lundi 23 janvier 2017

LA LA LAND


Comédie musicale/Romance/Une histoire classique dans un écrin brillant

Réalisé par Damien Chazelle
Avec Ryan Gosling, Emma Stone, John Legend, J.K. Simmons, Rosemarie DeWitt, Finn Wittrock, Callie Hernandez, Sonoya Mizuno...

Long-métrage Américain 
Durée: 02h08mn
Année de production: 2016
Distributeur: SND 

Date de sortie sur les écrans américains : 25 décembre 2016
Date de sortie sur nos écrans : 25 janvier 2017


Résumé : Au cœur de Los Angeles, une actrice en devenir prénommée Mia sert des cafés entre deux auditions. 
De son côté, Sebastian, passionné de jazz, joue du piano dans des clubs miteux pour assurer sa subsistance. 
Tous deux sont bien loin de la vie rêvée à laquelle ils aspirent…
Le destin va réunir ces doux rêveurs, mais leur coup de foudre résistera-t-il aux tentations, aux déceptions, et à la vie trépidante d’Hollywood ?

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai penséDamien Chazelle nous offre une réalisation riche en beaux plans et en idées. Son LA LA LAND est foncièrement original. 

Damien Chazelle, le réalisateur, sur le tournage de La La Land
À travers l'histoire de ces deux destinées qui s'entrelacent, il visite de nombreux genres (comédie musicale, romance, hommage aux films d’antan...) sans jamais vraiment s'attacher à l'un d'eux. Cela peut décontenancer. On passe de moments réalistes à de la vie fantasmée ou rêvée tout au long du film. 



Cette histoire romantique contrariée par les aléas et les obligations de la vie veut s'ancrer dans l'émotion, peut-être un peu trop pour que cela fonctionne vraiment à mon goût. De plus, quelques longueurs s'installent. L'intrigue n'est pas suffisamment étoffée pour la durée du film.



L'histoire se situe à Los Angeles, dans le monde des artistes qui cherchent à vivre de leur art. Ce n'est pas si commun comme contexte. Il permet de multiplier les ambiances. Le réalisateur l'utilise intelligemment pour nous entraîner en permanence à la limite du rêve et de la réalité. 




La mise en scène et la direction d'acteurs sont très impressionnantes. Il fallait à Damien Chazelle un couple d'acteurs talentueux qui puissent tout faire et être crédibles dans des situations banales ou fantaisistes. Avec le duo Emma Stone/Ryan Gosling, il a trouvé ses deux perles. Emma Stone, qui interprète Mia, une jeune femme qui veut devenir actrice, est particulièrement touchante. Elle sait être drôle, légère, sérieuse. Elle chante, danse, joue. Elle est parfaite dans toutes les situations. 



Ryan Gosling interprète Sebastian, un jeune homme amoureux du jazz. Il offre à son protagoniste une personnalité aussi décalée que sa passion dévorante. Il est attachant.



Avec LA LA LAND, Damien Chazelle nous livre une histoire romantique classique dans un écrin brillant. En fonction de sa sensibilité, on adhérera plus ou moins aux aspects émotionnels et romantiques, mais il n'en demeure pas moins que c'est un film hors norme qui proposent aux spectateurs une jolie histoire très agréable à regarder.



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NOTES DE PRODUCTION 
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Un pianiste de jazz et une actrice en devenir tombent amoureux dans la ville des stars…
À la fois hommage à la grande époque des comédies musicales hollywoodiennes, déclaration d'amour au mythe éternel de Los Angeles et histoire d'un coup de foudre, LA LA LAND réunit Ryan Gosling et Emma Stone devant la caméra de Damien Chazelle (WHIPLASH, oscarisé).

Comme toute histoire se déroulant à Los Angeles, le film commence sur une autoroute ! C'est là que Sebastian rencontre Mia, en plein embouteillage, comme une métaphore de l'impasse dans laquelle se trouvent les deux futurs amoureux. Car ils aspirent chacun à accomplir leurs rêves : Sebastian souhaiterait que le public du XXIème siècle s'intéresse encore au jazz traditionnel, tandis que Mia aimerait enfin passer une audition sans qu'on l'interrompe. Mais aucun des deux ne se doute que leur rencontre fatidique leur permettra de franchir des pas de géant…

Tout en étant jalonnée d'obstacles, leur trajectoire amoureuse et artistique esquisse les contours d'un univers cinématographique singulier. Un univers conjuguant lumière, couleurs, son, musique et mots qui évoque le bonheur auquel chacun aspire et les chagrins d'amour dont on ne se relève jamais…

Référentiel et audacieux, LA LA LAND rend hommage au classicisme hollywoodien et construit un monde à la fois crédible et merveilleux autour des relations amoureuses, des rêves intimes et des choix de toute une vie. "Ce qui comptait à mes yeux, c'était de faire un film sur deux êtres animés par des rêves quasi irréalisables qui les poussent l'un vers l'autre, mais qui les divisent aussi", confie Chazelle.

Il poursuit : "Même si LA LA LAND est très différent de WHIPLASH à bien des égards, ces deux films parlent d'un sujet qui me tient beaucoup à cœur : comment trouver un équilibre entre l'art et la vie, entre les rêves et la réalité – et plus précisément, comment trouver un équilibre entre son rapport à son art et son rapport aux autres. Avec LA LA LAND, je voulais aborder ces thèmes en utilisant la musique, les chansons et la danse. Je trouve que la comédie musicale est le genre par excellence qui permet d'évoquer ce délicat dosage entre rêve et réalité".

Si les codes du film sont atemporels, le producteur Marc Platt, grand nom de la comédie musicale, souligne que l'approche est novatrice. Il a fait équipe avec les producteurs Fred Berger et Jordan Horowitz qui, dès le départ, ont développé le projet avec Chazelle. "Damien a renouvelé le genre en s'inspirant de motifs classiques mais il a su les réinterpréter d'une manière contemporaine", dit-il. "À partir des codes de l'âge d'or du cinéma hollywoodien, il a réussi à réaliser une œuvre qui s'adresse aux nouvelles générations".

Pour trouver l'adéquation entre audace des idées et forme classique, le cinéaste a réuni des collaborateurs qui ont chacun puisé dans leur imaginaire. Outre Berger, Horowitz et Platt, citons le compositeur Justin Hurwitz (déjà à l'affiche de WHIPLASH et GUY AND MADELINE ON A PARK BENCH) qui a créé tout un univers musical ; les auteurs Benj Pasek et Justin Paul (cités au Tony et à l'Emmy), dignes héritiers de Rogers et Hammerstein, qui ont signé les textes des chansons ; le producteur exécutif musical Marius de Vries, qui a assuré la direction musicale de MOULIN ROUGE et collaboré à la partition de ROMÉO + JULIETTE de Baz Luhrmann ; et la chorégraphe Mandy Moore qui a su démocratiser la danse contemporaine avec l'émission "So You Think You Can Dance" et qui collabore pour la première fois à un long métrage. Hurwitz précise que Chazelle et lui ont cherché le moyen de se réapproprier un genre parfois empreint de nostalgie à travers un langage musical, visuel et émotionnel résolument contemporain.

"La perspective de ne pas se contenter de faire un film musical, mais d'y évoquer les amours et les rêves dans le Los Angeles d'aujourd'hui, nous a galvanisés, Damien et moi", indique le compositeur. "On vit plus intensément dans les comédies musicales, et c'est ce qui nous plaît, mais on tenait également à apporter une part de réalisme dans cet univers féerique".

Pour Mandy Moore, LA LA LAND occupe une place singulière, à mi-chemin entre le contemporain et l'atemporel. "Le film montre bien à quel point cette alliance entre musique, chorégraphie, jeu des acteurs, chant et narration peut être actuelle", note-t-elle.

DANS LE MONDE DE LA LA LAND

C'est d'abord un rêve insensé qui a donné naissance à ce projet. Damien Chazelle souhaitait savoir s'il pouvait tourner un film qui convoque la magie et la force des plus grandes comédies musicales américaines et françaises d'autrefois à une époque – la nôtre – dominée par le cynisme. Car si notre monde a changé à une vitesse vertigineuse en un demi-siècle, sommes-nous pour autant moins sensibles aux rencontres fortuites ou aux occasions manquées ? Aux rêves qui n'aboutissent pas ou à ceux qui se concrétisent ? À l'expérience de l'amour fou ou à l'impact des mutations de la société sur nos rapports les plus intimes ?

Le réalisateur s'est demandé s'il pouvait raconter une histoire à travers des scènes chantées et dansées pour procurer du bonheur au spectateur à une époque où le numérique et le pessimisme ont envahi le cinéma.

"Avec LA LA LAND, je voulais raconter une histoire d'amour et réaliser une comédie musicale digne de celles qui m'ont enchanté quand j'étais gamin, mais en l'inscrivant dans un contexte très actuel", dit-il. "Je voulais utiliser la couleur, les décors, les costumes et les codes expressionnistes du cinéma d'autrefois pour raconter une histoire se déroulant aujourd'hui".

Marc Platt remarque : "L'esthétique de LA LA LAND est très contemporaine. Les mouvements de caméra sont fluides pour plonger le spectateur dans l'énergie du moment, tout en le ramenant à l'âge d'or hollywoodien".

Si ce style visuel s'inspire de la grande cinéphilie de Chazelle, le film est né d'un rendez-vous entre le réalisateur et deux jeunes producteurs : Fred Berger, qui a fait ses débuts avec Sofia Coppola et produit L'HONNEUR D'UN MARINE et THE TITAN, et Jordan Horowitz, connu pour TOUT VA BIEN, THE KIDS ARE ALL RIGHT. C'est lors de cette réunion que Chazelle a fait part de son projet de drame romantique et musical situé à Los Angeles. Les producteurs ignoraient totalement quelle forme pourrait prendre ce film, mais l'ambition du cinéaste les a intrigués. "Quand on a fait sa connaissance, Damien nous a bluffés par sa connaissance du cinéma, alors même qu'il n'avait réalisé qu'un film indépendant", confie Berger.

"En voyant ce garçon timide s'épanouir en réalisateur prometteur, on a compris dès ce premier rendez-vous qu'on avait affaire à quelqu'un d'exceptionnel". Le producteur se souvient de la manière dont Chazelle leur a présenté son projet : "C'était d'une audace et d'une originalité extraordinaire. On craignait que ce projet ne voie jamais le jour dans le contexte actuel, si bien qu'on a eu envie de tout mettre en œuvre pour qu'il se fasse. Il réinvente totalement le film musical. Et connaissant la cinéphilie encyclopédique de Damien, on s'est dit que s'il y avait bien quelqu'un à même de faire aboutir ce projet, c'était lui". "L'énergie et la créativité de Damien sont si communicatives que lorsqu'il nous a dit que c'était là le film qu'il souhaitait faire, on a eu envie de l'accompagner, quoi qu'il nous en coûte", ajoute Horowitz.

"Mais il fallait qu'on réfléchisse à la meilleure manière de le faire. On a adoré son idée de départ mais il a ensuite fallu pas mal de temps pour développer le scénario, les personnages et les chansons". Horowitz et Berger étaient conscients que le défi était immense, mais ils savaient aussi qu'il n'y avait qu'une seule manière de s'y prendre : en s'y donnant corps et âme. "On a décidé d'oublier toute prudence", reprend Horowitz. "On travaillait librement parce qu'on n'avait pas d'échéance à respecter au départ. On savait seulement qu'on trouverait le moyen de tourner ce film".

De son côté, Chazelle était inspiré par Jacques Demy et ses œuvres musicales acidulées comme LES PARAPLUIES DE CHERBOURG, LES DEMOISELLES DE ROCHEFORT ou UNE CHAMBRE EN VILLE. "C'est sans doute Demy qui m'a le plus influencé, non seulement pour ce film mais pour tout ce que j'ai fait jusque-là", confie le réalisateur.

"Aucun film ne m'a davantage marqué que LES PARAPLUIES DE CHERBOURG. J'y suis profondément attaché". Il a souhaité inscrire les codes des comédies musicales des années 40, 50 et 60 qu'il affectionne tant – la partition musicale ininterrompue, les couleurs vives, l'énergie – dans sa ville préférée : Los Angeles, personnage à part entière. La métropole californienne a servi tour à tour de cadre étouffant aux films noirs et de paradis luxuriant pour jeunes filles en bikini, mais elle a aussi été une ville ivre d'ambition. Pourtant, Chazelle souhaitait envisager Los Angeles comme une muse – un microcosme de rencontres fatidiques et d'embouteillages sans fin où chacun poursuit un rêve inaccessible, parfois futile, parfois déterminant.

"LA LA LAND met en scène une ville spectaculaire qui est aussi un monde à part entière", remarque le cinéaste. "Du coup, je me suis dit que ce serait formidable de la filmer en Scope pour qu'elle ait l'envergure et le côté spectaculaire d'une comédie musicale hollywoodienne de la grande époque". Il a situé la scène d'ouverture dans un bouchon d'autoroute pour des raisons assumées. "À Los Angeles, la plupart des voitures qui circulent ne transportent qu'une ou deux personnes", poursuit Chazelle.

"C'est ce qui donne à cette ville un sentiment de solitude. Mais c'est aussi ce qui fait de Los Angeles un paradis pour les rêveurs. Car que peut-on bien faire au volant ? Soit on écoute de la musique, soit on rêve. Chacun nourrit son propre rêve, chacun est plongé dans sa propre chanson. On est dans son propre univers ouaté, et on s'invente sa propre comédie musicale. C'est pour toutes ces raisons que l'embouteillage est le lieu idéal pour la rencontre entre deux rêveurs comme Sebastian et Mia. On s'est servi des autoradios pour imaginer une mosaïque musicale dans laquelle tous ceux qui sont coincés dans ce bouchon gigantesque interviennent les uns après les autres".

Le Los Angeles de Chazelle est aussi une ville de désirs inassouvis – de clubs de jazz clandestins, de salles d'audition où l'on attend, le cœur serré, l'occasion de tenter sa chance, d'appartements où l'on fait halte le temps d'une nuit, et de cafétérias des grands studios où se croisent les stars et les apprentis comédiens. C'est aussi une ville où les soirées, les planétariums et mêmes les parkings, qui sont autant de lieux banals, peuvent composer un paysage cinématographique propice à la musique. "LA LA LAND est incontestablement une déclaration d'amour à la ville", souligne Platt. "La manière dont le film met en scène deux jeunes gens très branchés dans des sites hollywoodiens emblématiques est incomparable. On ressent à la fois le fantasme romantique qu'incarne Los Angeles et son ancrage dans une réalité quotidienne".

Certes, le projet de Chazelle était sophistiqué, mais un film musical de grande ampleur n'était pas franchement évident pour un réalisateur encore débutant. Celui-ci s'est fait connaître pour WHIPLASH (2014), histoire d'un jeune batteur de jazz et de son redoutable prof qui a fasciné le public. WHIPLASH a remporté trois Oscars sur cinq nominations, dont une dans la catégorie meilleur film. Avant WHIPLASH, Chazelle avait déjà exploré le genre musical.

Son premier long métrage, GUY AND MADELINE ON A PARK BENCH, était une histoire d'amour en noir et blanc racontée à travers des chansons et des danses : il s'agissait de son film de fin d'études à Harvard, relecture moderne des comédies musicales de la MGM tournées pour un budget dérisoire. Pour le cinéaste, c'était autant l'occasion de se plonger dans l'histoire du cinéma que de proposer une œuvre visionnaire.

"J'ai découvert la comédie musicale tardivement, vers la fin de mes études secondaires, au moment où je m'intéressais au cinéma d'avant-garde, et j'ai commencé à regarder les films avec Fred Astaire et Ginger Rogers", explique Chazelle. "Les comédies musicales des années 30 étaient très expérimentales et je trouvais cela enthousiasmant". Avec GUY AND MADELINE ON A PARK BENCH, Chazelle s'est imposé comme un talent prometteur. Mais il aspirait encore à des rêves de cinéma en Technicolor et il attendait son heure pour s'y atteler. "Ce film n'était qu'une esquisse de ce que j'avais vraiment envie de faire dans le genre", reprend-il.

"Du coup, j'ai continué à écrire des scénarios jusqu'à ce que je trouve une idée pour une comédie musicale de plus grande envergure qui obéisse aux mêmes codes – un film musical qui parle de la vraie vie mais qui soit fidèle aux œuvres spectaculaires du genre, tournées en Cinemascope et en Technicolor dans les années 50".

Ce sont ces rêves qui ont abouti à LA LA LAND, même si la trajectoire n'a pas été linéaire. Chazelle a d'abord échafaudé l'intrigue avec Hurwitz – qu'il a rencontré pendant ses études à Harvard – bien avant que les deux hommes ne collaborent aux partitions de GUY AND MADELINE ON A PARK BENCH et de WHIPLASH. Hurwitz explique que Chazelle et lui ont toujours parlé ensemble de rythme et de mélodie. "Depuis qu'on se connaît, nos rapports tournent autour de la musique, et les films comportant d'importantes scènes chantées et dansées nous ont beaucoup inspirés, qu'il s'agisse des PARAPLUIES DE CHERBOURG ou de CHANTONS SOUS LA PLUIE".

"Justin et moi nous comprenons à demi-mot et parlons le même langage", intervient le réalisateur. "Il a écrit la partition de WHIPLASH et de LA LA LAND, et j'espère qu'il composera la musique de tous mes films à venir". Hurwitz était enchanté par les personnages de Sebastian et Mia, deux rêveurs des temps modernes qui incarnent leurs deux grandes passions : la musique et le cinéma. Pour le compositeur, l'attirance magnétique entre Sebastian et Mia – aimantés l'un à l'autre tout en s'affrontant en raison de leurs ambitions artistiques distinctes – est la force motrice du film et même de sa musique.

"C'est un film très romantique, quoique empreint de mélancolie", dit-il. "Il exalte les sentiments les plus fous et il évoque les chagrins d'amour déchirants, si bien qu'il fallait que toutes ces nuances se retrouvent dans la partition". L'émulation entre Chazelle et Hurwitz est totale : "Justin est à mes côtés depuis le tout début du projet", signale le réalisateur.

"Avant même que je n'écrive le moindre dialogue, alors qu'on réfléchissait encore à l'intrigue, Justin développait déjà le thème musical du film. Même pendant le montage, je travaillais dans une pièce, et lui, juste en face de là où j'étais". Fred Berger note : "Justin a été une des pierres angulaires de ce projet dès le premier jour. Ce qui est formidable, c'est qu'il composait la musique pendant le développement du scénario – et comme Justin et Damien se connaissent depuis qu'ils ont 18 ans, ils collaborent ensemble comme deux frères en se poussant mutuellement dans leurs retranchements. Justin ne vit que par et pour la musique et il n'est prêt à aucun compromis. Il envoyait des centaines de mélodies au piano à Damien, qui les réduisait à une vingtaine, puis avec Jordan, on les écoutait et on les réduisait encore – et à partir de ces quelques éléments, on a développé les chansons presque de la même manière qu'on développe un scénario".

Marc Platt souligne : "Justin Hurwitz est un artiste exceptionnel : c'est un type discret doté d'une âme d'une grande profondeur qui se manifeste à travers sa musique. Pour LA LA LAND, on lui a demandé d'écrire des mélodies qui convoquent plusieurs émotions, évocatrices de la période actuelle et d'un univers de jazz atemporel. Il a écrit chaque note de musique du film – c'est un musicien qui fait parfaitement écho au style de Damien et qui possède son propre langage".

Marius de Vries, qui a travaillé avec Hurwitz et l'ensemble des collaborateurs dès les préparatifs, précise : "C'était formidable de disposer du scénario d'une grande richesse de Damien, des magnifiques mélodies de Justin et de ses subtiles orchestrations à un stade très avancé alors qu'on était encore en prépa. LA LA LAND possédait sa propre tonalité musicale dès le début. On a tout de suite compris l'univers musical et sonore dans lequel on était, si bien qu'on a pu le développer et le préserver plus facilement".

Lorsque l'accueil de WHIPLASH a imposé Chazelle comme un réalisateur de premier plan, LA LA LAND a suscité un regain d'intérêt. Chazelle a présenté son projet à Lionsgate, qui tenait à ce que le film soit réalisé exactement selon les intentions de son auteur. "On nous a offert la possibilité de faire précisément le film que Justin et moi avions envisagé en 2006", indique le cinéaste. "On l'a réalisé sans le moindre compromis. Comme on est réalistes, on s'attendait à devoir faire un minimum de concession car, dans la vraie vie, on ne peut jamais assouvir totalement ses fantasmes. Mais, de ce point de vue, cette aventure nous a permis de concrétiser nos rêves les plus fous".

Au cours du développement du projet, Marc Platt, qui a fait ses débuts au théâtre et produit INTO THE WOODS, PROMENONS-NOUS DANS LES BOIS et NINE, a rejoint l'équipe. Il reconnaît ne pas avoir pu résister à la perspective d'une collaboration avec Chazelle. "J'admire énormément les comédies musicales, et j'admire aussi les cinéastes actuels qui ont vraiment quelque chose à dire et qui proposent un moyen original de le faire", dit-il.

"J'ai aussitôt été frappé par la manière dont la vision de Damien intégrait le passé au présent. Il était prêt à tourner à la manière des grands studios d'autrefois qui ne passaient pas leur temps à changer de plan toutes les deux minutes. Il apprécie la palette très riche de Demy et la chorégraphie de Jerome Robbins et de Bob Fosse. Mais dans le même temps, la force de son scénario tient au réalisme des émotions qui vient des deux adorables protagonistes, ancrés dans la modernité". Pour autant, les films musicaux sont réputés pour être difficiles à monter financièrement dans le contexte actuel. "Il y a tellement plus de paramètres que pour un film classique", constate Platt.

"Tout d'abord, il y a la musique – la mélodie, le texte, l'orchestration et les arrangements –, ensuite il y a les comédiens qui doivent apprendre les chansons et les numéros dansés, et enfin il y a les décors, les costumes, les mouvements d'appareil, les éclairages : cet ensemble doit composer un univers qui est légèrement en décalage avec notre quotidien. La question était de savoir si on allait pouvoir créer une unité entre tous ces éléments qui soit contemporaine".

Pour y répondre, la production a engagé deux comédiens qui forment un couple résolument moderne. "Je voulais qu'on réutilise cette vieille recette hollywoodienne consistant à confier les rôles principaux à un couple de cinéma mythique. C'était le cas de Fred Astaire et Ginger Rogers, Bogart et Lauren Bacall, Myrna Loy et Dick Powell – ces comédiens hauts en couleurs qui jouaient des rôles différents mais qui restaient de fortes personnalités. Je trouve cette idée merveilleusement romantique et j'avais l'impression que Ryan Gosling et Emma étaient les acteurs qui s'en rapprochaient le plus. Dans le même temps, je me disais qu'ils pouvaient rendre le film constamment surprenant et déjouer les attentes. Du coup, on ne joue pas sur le côté glamour qu'on associe en général à la présence de Ryan et d'Emma dans le même film".

Car si LA LA LAND est une véritable histoire d'amour, il évoque aussi ce à quoi l'on renonce pour aller au bout de nos rêves. "Le plus terrible, c'est que pour réaliser leurs rêves, Sebastian et Mia doivent se séparer", affirme Chazelle. "Je suis très ému par le fait qu'on puisse rencontrer quelqu'un qui vous transforme et vous oriente sur une voie vous permettant – enfin ! – de concrétiser vos rêves – mais que, au bout du compte, on doive s'engager seul sur cette voie", déclare le réalisateur. "On peut former un couple avec quelqu'un qui vous marque à vie, sans forcément rester avec cette personne jusqu'à la fin de vos jours. Je trouve cela magnifique, bouleversant et merveilleux. Pour moi, c'était le sujet central du film".

L'histoire de Sebastian

Pianiste de jazz, Sebastian manque de justesse de passer à côté du grand amour de sa vie. Partisan d'un jazz traditionnel, il refuse le moindre compromis et commence par snober Mia qui, selon lui, est incapable de le comprendre. Mais rien ne se passe comme prévu. Cité à l'Oscar, Ryan Gosling tient sans doute ici le rôle le plus inattendu de son parcours.
Depuis qu'il a été révélé avec HALF NELSON, il a enchaîné avec UNE FIANCÉE PAS COMME LES AUTRES, LES MARCHES DU POUVOIR, BLUE VALENTINE, DRIVE et THE BIG SHORT : LE CASSE DU SIÈCLE et s'est fait connaître pour son tempérament fougueux. Comment l'imaginer en protagoniste doux et charmeur d'une comédie musicale ?

La production était convaincue qu'il était l'homme de la situation. Marc Platt avait déjà collaboré avec Gosling sur DRIVE et savait qu'il pouvait encore réserver des surprises. "D'abord, c'est un merveilleux acteur qui sait jouer dans tous les registres – drame, comédie, violence, douceur, charme, chant, piano, danse…

Et Ryan possède une dimension atemporelle qui correspond au film et au personnage. Le rôle exigeait aussi une préparation intense et je savais que Ryan en était capable", dit-il. Fred Berger souligne que Gosling semblait comprendre ce qui fait vibrer son personnage et qui séduit Mia. "Ryan l'interprète comme un homme de grande conviction", détaille Berger. "D'où sa détermination à rester à Los Angeles pour y réaliser son rêve sans le moindre compromis. Ce n'est pas par vanité ou par esprit revanchard qu'il s'obstine, mais parce qu'il est animé par une véritable passion que Ryan exprime admirablement dans son interprétation".

Il se trouve que Gosling affectionne lui-même la comédie musicale : "J'étais très intrigué par le fait que Damien souhaite s'inscrire dans la grande tradition des films de Fred Astaire et Ginger Rogers ou de Gene Kelly, car ce sont justement les comédies musicales qui me touchent", reconnaît l'acteur. "C'était d'autant plus merveilleux qu'il veuille faire un film dans ce style-là que j'avais moi-même secrètement envie de tourner un long métrage du même genre".

Gosling était également séduit par l'idée d'incarner un homme vénérant du plus profond de son être, un art qui semble décliner à une époque marquée par des changements culturels rapides. "Sebastian a consacré sa vie à devenir un grand pianiste de jazz mais il a compris au fond de lui que cette époque est révolue", reprend Gosling.

"Ses héros ont au moins 70 ans, et désormais, un grand pianiste qui joue du vrai jazz est voué à travailler dans des bars où les clients ne prennent même plus la peine d'interrompre leurs conversations pour écouter la musique. Faut-il donc se résoudre à accepter des compromis pour être un artiste ?" La ligne de démarcation entre l'attachement à de grands principes et le risque de se marginaliser est ténue, comme le reconnaît Gosling. "Je crois que Sebastian se débat entre le purisme et le risque de basculer dans le snobisme", dit-il.

"Au bout du compte, il doit se poser une question que de nombreux artistes se posent à un moment ou à un autre : faut-il continuer à faire ce boulot qui me permet de vivre ou est-ce que je dois bien admettre que ce n'est qu'un travail et que je dois payer mes factures ?" Cette interrogation prend une nouvelle résonance lorsque Sebastian rencontre Mia. Il sent presque immédiatement que son destin à elle est prometteur et il souhaite l'aider à réaliser ses rêves.

"Je crois que c'est plus facile pour lui d'accompagner Mia dans ses ambitions que de faire aboutir les siennes", remarque l'acteur. "Il estime que Mia doit susciter ses propres opportunités et arrêter qu'on lui donne la permission de faire ce qu'elle a envie de faire". Même si Gosling a pu s'identifier au personnage, il a pris des cours de piano pendant plusieurs mois et s'est initié à un style de danse dégageant charme et modernité. Justin Hurwitz s'est dit impressionné par l'énergie inépuisable de Ryan Gosling. "Le travail qu'il a accompli pour apprendre à jouer du piano est tout simplement insensé", dit-il.

"Je ne m'en remets pas. Son investissement dans ses cours de piano – sans même parler de son travail d'acteur et de son entraînement au chant et à la danse – est renversant. C'était l'une des plus belles surprises du film de constater les prouesses qu'il a su accomplir". Marius de Vries confirme : "Je n'ai jamais rien vu de tel !" "D'ailleurs, on n'a jamais utilisé de doublure pour les gros plans sur les mains de Sebastian quand il est au piano", affirme le cinéaste. "Ce sont celles de Ryan. Pour ce rôle, il nous fallait un comédien qui ait suffisamment de conscience professionnelle pour devenir musicien. Et Ryan a relevé le pari".

Le grand musicien John Legend confie : "J'étais jaloux, je l'avoue ! Rien qu'à regarder Ryan jouer, je me disais que ce type était très bon alors qu'il n'avait appris à jouer que quelques mois plus tôt. C'est assez impressionnant". Gosling a relevé le défi avec l'énergie d'un homme habité, notamment parce qu'il s'agissait pour lui aussi de l'accomplissement d'un rêve. "J'ai toujours souhaité avoir le temps d'apprendre à jouer du piano – et j'ai eu cette magnifique opportunité de me retrouver devant un piano pendant trois mois et de ne faire que jouer ! Et j'en ai profité. C'est vraiment l'une des périodes de prépa les plus exaltantes que j'aie jamais connues", dit-il.

Lorsque l'acteur ne s'entraînait pas au piano, il dansait avec Emma Stone et Mandy Moore. "D'emblée, j'ai compris que Ryan avait du talent", remarque-t-elle. "Il maîtrise très bien sa gestuelle et il est d'une grande exigence vis-à-vis de lui-même. Dès le premier jour, il n'a cessé de dire 'Je peux faire mieux'. Mais de mon point de vue, ses progrès ont été impressionnants. On aurait dit qu'une flamme intérieure brûlait en lui. Ryan s'imprègne de ce qu'il apprend, puis il se l'approprie à sa manière. Une fois qu'il a intégré les mouvements, il était prêt à accomplir des miracles".

Emma Stone, qui a donné la réplique à Ryan Gosling dans CRAZY, STUPID, LOVE et GANGSTER SQUAD, n'a eu aucun mal à former un couple avec son partenaire qui a su faire de son personnage un type drôle, charismatique et perturbé. "Ryan s'est énormément investi dans le rôle", constate-t-elle. "Il a appris à jouer du piano avec brio et il s'est révélé un merveilleux partenaire de danse. Mais ce qui m'a le plus surprise, c'est qu'il est extrêmement drôle. Ce que je veux dire par là, c'est que même si je sais que Ryan est un type drôle, il s'est révélé VRAIMENT irrésistible dans ce film. Il s'est totalement accompli en Sebastian".

Emma Stone/Le rêve de Mia

Apprentie comédienne, Mia semble ne pouvoir échapper à un cycle infernal, passant d'un boulot de barmaid à des auditions ne débouchant jamais sur rien. Mais elle ne cesse de croiser le même pianiste mal embouché au volant de son cabriolet – et la roue tourne…
Citée aux Oscars, Emma Stone, à l'affiche de SUPERGRAVE, EASY GIRL, LA COULEUR DES SENTIMENTS et BIRDMAN, a dû relever un défi considérable. En effet, elle campe une jeune femme dont les ambitions et les sentiments sont ancrés dans la réalité… et qui doit d'un instant à l'autre se mettre à danser et chanter. Par chance, l'actrice a déjà incarné des personnages dramatiques et témoigné de ses talents de chanteuse en interprétant Sally Bowles dans la reprise de "Cabaret".

"La puissance de son jeu dans les scènes chantées et dansées et sa palette d'émotions sont épatantes", relève Chazelle. "Je trouve qu'elle est l'une des plus grandes comédiennes de sa génération : elle est capable d'exprimer beaucoup de choses sans dialogue, rien qu'avec son visage et sa gestuelle. C'est exactement ce que je cherchais : raconter une histoire et construire des personnages à travers des chansons et des pas de danse. Emma y est parvenue, tout en incarnant une femme parfaitement vraisemblable".

Ryan Gosling a été émerveillé par le choix d'Emma Stone : "Emma est unique", dit-il. "Et elle fait de Mia un personnage tout aussi unique. On est en empathie avec Mia qui travaille à Los Angeles en voulant tenter sa chance. Mais on se rend aussi compte que Mia n'est pas tout à fait comme les autres et qu'elle ne correspond pas forcément à ce que recherche le monde du spectacle, autrement dit des artistes interchangeables. Elle n'est pas comme ça". Gosling ajoute : "C'est aussi une merveilleuse danseuse et je me reposais littéralement sur elle la plupart du temps". Pour la production, grâce à Emma Stone, Mia est un personnage dans lequel toutes les femmes peuvent se reconnaître, même si elle évolue dans un monde à part.

Selon Jordan Horowitz, "Emma apporte du réalisme au personnage – et même si le mot est souvent galvaudé, il ne l'est pas dans son cas. Elle dégage un glamour digne des plus grandes stars et reste accessible et authentique. C'est difficile de ne pas tomber amoureux d'elle. On devine ses émotions et vu la trajectoire de Mia, c'était d'une importance capitale".

Marc Platt précise : "Tout le monde ne rêve pas de devenir acteur mais l'interprétation d'Emma transcende cette ambition particulière. On a le sentiment que le rêve de Mia pourrait être celui de la plupart des gens, quelles que soient leur aspirations, et Emma y excelle". La manière dont Emma Stone a su transposer le monde intérieur de son personnage par la danse a conquis les auteurs du film. "Quand elle danse, Emma est totalement naturelle, bien qu'elle ait énormément bossé pour en arriver là", déclare Horowitz. "On croirait que le personnage a été conçu sur mesure pour elle".

Mandy Moore a apprécié l'engagement total de la comédienne : "Emma est pleine d'énergie, ce qui se ressent non seulement dans ses propos mais dans ses gestes", dit-elle. "Elle fait partie de ces gens qui se plongent dans un projet avec passion, et tout au long des répétitions, elle n'a cessé de s'améliorer. C'était extraordinaire de la voir devenir une vraie danseuse". Très en amont, Emma Stone a rencontré Chazelle qui lui a soumis ses idées de chorégraphie : "C'était grisant", confie la comédienne.

"J'ai immédiatement été emballée par la perspective de raconter cette histoire très contemporaine de deux artistes en devenir dans le style des comédies musicales des années 50". L'aspiration de Mia à connaître un parcours hors du commun a résonné chez la comédienne. "Mia est animée par une ambition dont elle n'a pas forcément conscience", suggère-t-elle.

"Elle veut devenir actrice dans une ville où tant de gens ont le même rêve. Elle a le sentiment de posséder un petit quelque chose que d'autres n'ont pas, sans savoir ce que c'est. Je m'identifie à son désir de devenir comédienne et de passer des auditions mais, surtout, c'était exaltant de propulser le personnage dans cet univers musical où l'on peut tout à coup sautiller dans la rue ou se mettre à chanter. C'était un défi magnifique".

Même si elle avait déjà une expérience de la scène musicale, Emma Stone a passé des mois à se préparer au rôle. "Nous nous sommes énormément entraînés avec Mandy Moore et nous avons répété tous les jours pendant deux mois. C'était dément parce que, même si j'avais déjà suivi des cours de danse, j'ai dû apprendre les claquettes, le rythme du jazz et la danse de salon". Elle souligne également qu'il ne s'agissait pas de danser à la perfection.

"Nos personnages sont deux apprentis artistes, si bien qu'on n'est pas censés être des danseurs et des chanteurs accomplis", ditelle. "D'ailleurs, Damien tenait à ce que nos rapports soient vivants et bruts d'une certaine façon, même si on participe à d'extraordinaires scènes de chorégraphie. Du coup, on était presque encouragés à commettre des erreurs".

Elle ajoute : "Je pense que Mia et Sebastian s'entraînent mutuellement à envisager la vie différemment. Ils sont tous les deux dans l'impasse au moment où ils se rencontrent et sentent qu'ils ne progressent pas sur le plan artistique. Mais Sebastian vient en aide à Mia en lui demandant : 'Pourquoi est-ce que tu n'écris pas tes propres histoires que tu pourrais raconter en tant qu'actrice ?' Je crois qu'elle a besoin d'être bousculée parce qu'elle a oublié qu'elle possède cette faculté. De son côté, Mia convainc Sebastian qu'il peut sans doute développer sa vocation artistique en explorant des pistes inédites. Au bout du compte, ils découvrent de nouveaux horizons qu'ils avaient au fond d'euxmêmes mais qu'ils n'avaient pas osé explorer".

Pour le réalisateur, l'alchimie a été immédiate entre les deux comédiens. "Ryan et Emma se comprennent à demi-mot et sont très complices à l'écran", dit-il. "Ils réussissent un tour de force dans ce film en rendant crédible un univers féerique. Il faut des comédiens de la trempe de Ryan et d'Emma pour ancrer ce récit dans la réalité et en faire ressortir la dimension humaine. Il existe très peu de comédiens capables de susciter l'émotion tout en dégageant un vrai glamour de stars".

Il savait aussi ce qu'il attendait de ses interprètes, même si c'était difficile à verbaliser : "Il s'agissait à mes yeux d'une sorte de fantaisie et de gaieté qui devait être présente dans le film", dit-il. "Il fallait qu'il se dégage quelque chose de pétillant lorsqu'ils sont réunis à l'écran, comme du champagne".

Le premier grand rôle à l'écran de John Legend Lauréat de dix Grammy et auteur-compositeur-interprète oscarisé, John Legend trouve ici son premier grand rôle à l'écran. Il campe Keith, musicien qui encourage Sebastian à faire partie de son groupe, Les Messengers, et l'éloigne de Mia. Legend a également coécrit la chanson "Start A Fire" qui impose les Messengers sur le devant de la scène. Fred Berger signale que le choix de Legend, au départ, relevait du pur fantasme.

"Ce film a toujours été une sorte de rêve éveillé, si bien qu'on a rêvé à qui l'on pouvait confier le rôle et cela s'est concrétisé", dit-il. "Étant donné l'emploi du temps surchargé de John, c'était difficile d'imaginer qu'il pourrait se rendre disponible. Mais il a pu le faire et il s'est engagé dans le projet avec enthousiasme et passion. Il a parfaitement cerné l'état d'esprit du film car c'est un type adorable, bosseur et très simple".

"Sur le plan musical, on était convaincus qu'il serait épatant", reprend le producteur. "Mais du point de vue du jeu d'acteur, il fallait qu'il soit à la hauteur de Ryan – et son don inné nous a bluffés. Je crois bien qu'on le retrouvera plus souvent à l'écran, et pas uniquement pour ses talents de chanteur". Legend n'a pas hésité une seconde à tenter une nouvelle aventure : "Je me suis dit que c'était une occasion formidable de me confronter davantage au travail d'acteur tout en étant dans un univers que je connais bien, puisque c'est celui de la musique", affirme l'artiste.

"J'ai été séduit par la perspective d'interpréter un musicien dans un film d'un cinéaste aussi doué et d'avoir pour partenaires des acteurs aussi géniaux". Legend était également fasciné par le conflit entre Keith et Sebastian qui divergent sur l'attitude à adopter face aux évolutions culturelles rapides. "Ils sont tous les deux très doués et adorent le jazz", remarque Legend.

"Mais ils s'engueulent parce que, pour Keith, il ne faut pas tenter de préserver à tout prix ce qui se pratiquait cinquante ans plus tôt : mieux vaut s'inspirer de ce qu'ils ont appris et s'adapter à l'époque actuelle. À l'inverse, Sebastian tient à rester fidèle à la tradition. Pourtant, Keith espère pouvoir exploiter le formidable talent de Sebastian sans avoir à gérer les aspects difficiles de sa personnalité". Legend était enchanté de donner la réplique à Ryan Gosling : "Ryan est l'un des meilleurs comédiens de sa génération", dit-il. "Autant dire que j'étais dans mes petits souliers en débarquant sur le projet et Ryan m'a soutenu. Il m'a vraiment encouragé à me sentir à la hauteur".

En écrivant "Start A Fire", Legend a mieux cerné les personnages : "Ce qui m'a plu, c'est qu'on voit la chanson évoluer à mesure que Sebastian et Keith comprennent le genre de musique qu'ils veulent créer", indique Legend. "Sebastian se retrouve face à un dilemme, en s'interrogeant sur les concessions qu'il est prêt à faire".

"C'était un vrai pari pour John d'apporter sa touche de modernité", relève Gosling. "Son style aurait pu être en porte-à-faux avec la musique à laquelle le film rend hommage. Bien au contraire, grâce à la contribution de John, le dilemme de mon personnage est encore plus complexe". On trouve encore au casting Sonoya Mizuno (EX MACHINA), Jessica Rothe (PARALLELS), Calllie Hernandez (BLAIR WITCH), Finn Wittrock (INVINCIBLE) et Rosemarie DeWitt (RACHEL SE MARIE). Après WHIPLASH, J.K. Simmons, comédien oscarisé, retrouve Damien Chazelle.

PAROLES ET MUSIQUE

Dans LA LA LAND, les scènes chantées sont tout aussi naturelles que les dialogues. Chazelle et Hurwitz ont fait appel aux auteurs Benj Pasek et Justin Paul qui ont collaboré aux spectacles "Dear Evan Hansen", "A Christmas Story", "Dogfight", "James et la pêche géante" et "Edge". C'est la première fois qu'ils signent un livret pour le cinéma.

"On a été séduits par l'énergie de Damien et de Justin et par leur désir de rendre hommage aux grands classiques de la comédie musicale, tout en imaginant une œuvre foncièrement actuelle", souligne Paul. "On ne réalise plus tellement ce genre de film musical aujourd'hui", ajoute Pasek, "et cela fait longtemps qu'on avait envie de participer à un tel projet". Par le plus grand des hasards, Pasek et Paul sont tombés sur Chazelle et Hurwitz chez l'ami qui les hébergeait lors de leur passage à Los Angeles. "Il se trouve que Justin habite dans le même immeuble", se remémore Pasek. "Il nous a dit : 'Vous nous suivez ou quoi ?'"

Tout comme Chazelle, Pasek et Paul étaient séduits par le défi consistant à travailler dans un univers à mi-chemin entre réalité et féerie romantique. "Il fallait trouver le juste équilibre puisqu'il s'agissait d'évoquer les difficultés de ceux qui tentent leur chance à Los Angeles et le bonheur de deux êtres qui réalisent enfin leur rêve", analyse Paul. "Ce n'était pas facile. On a écrit beaucoup de versions différentes … et on a souvent travaillé en mangeant des plat préparés !" Il fallait également qu'on retrouve dans les chansons ce qu'incarnent Sebastian et Mia.

"Sebastian est un peu en décalage avec son temps et appartient à la contre-culture, si bien que c'était un défi intéressant à relever", poursuit Paul. "À l'inverse, Mia est moins torturée". Ryan Gosling et Emma Stone ont été une source d'inspiration. "Il y a une telle alchimie et un tel charme qui se dégagent de leur relation qu'on ne peut que s'en inspirer", ajoute Pasek. Paul et Pasek ont également été portés par les compositions de Hurwitz. "C'est original et mélodieux", dit Paul. "Il a créé une musique qui n'a rien de parodique, sans être pourtant ancrée dans l'époque actuelle. Il se situe dans une sorte d'entre-deux et c'est ce qu'on préfère".

Gosling a tellement aimé les chansons qu'il les avait constamment en tête. "J'ai joué certains morceaux pour piano quatre heures par jour pendant trois mois, si bien qu'en théorie je pourrais ne plus jamais avoir envie de les entendre", plaisante-t-il. "Mais à chaque fois que je les entends, je suis ému, et je trouve qu'ils sont magnifiques". Emma Stone a interprété deux chansons – "Audition" et "City of Stars" – en direct sur le plateau pour vivre le moment présent. "C'était un vrai pari mais j'y tenais beaucoup", note la comédienne. "Je venais de me produire dans 'Cabaret' et j'ai vu à quel point les conditions du direct apportent une dimension supplémentaire, même si on a la voix qui s'éraille ou si on chante un peu faux, car c'est irremplaçable".

Une chorégraphie signée Mandy Moore

Les chansons ont ensuite inspiré des scènes dansées qui s'intègrent naturellement à l'intrigue. Damien Chazelle a souhaité faire en sorte que la chorégraphie évoque l'élégance, l'imagination et la liberté dramaturgique qu'on prête aux comédies musicales des années 50 – tout en y apportant une énergie et un rythme proches des spectateurs habitués aux iPhones et à YouTube.

Dans cette optique, il a collaboré avec Mandy Moore, lauréate de deux Emmy et connue pour l'émission "So You Think You Can Dance". Si elle a conçu la chorégraphie de concerts, de spectacles et de clips, elle a aussi chorégraphié HAPPINESS THERAPY. Marc Platt souligne que chorégraphier un long métrage est une forme d'expression artistique très particulière. "C'est un travail très différent de la scène, surtout lorsque la caméra se déplace avec l'énergie et la fluidité de LA LA LAND", dit-il. "Il nous fallait un chorégraphe qui sache intuitivement comment les danseurs se déplacent en fonction des mouvements de caméra". Mandy Moore était enchantée que les auteurs du film aient d'importantes ambitions chorégraphiques. "Je suis fan absolu de comédies musicales, que ce soit sur scène ou au cinéma – surtout celles de la MGM", dit-elle.

"La danse est toute ma vie, et c'était extraordinaire de voir jusqu'où Damien était prêt à aller". Elle a été impressionnée par la connaissance du réalisateur en la matière : ils ont parlé de l'histoire de la danse au cinéma pendant des heures. Elle signale : "Dès que j'ai fait sa connaissance, il s'est mis à évoquer des scènes de chorégraphie de plusieurs films, et je me suis dit qu'aucun autre réalisateur ne s'y connaissait autant que lui".

Le réalisateur était tout aussi séduit par les diverses influences de Mandy Moore. "Elle a étudié la danse classique, et c'est exactement ce qu'il nous fallait, mais elle était aussi capable d'imaginer une chorégraphie inédite à l'écran", remarque-t-il.

"Le plus important, c'est que la chorégraphie raconte les personnages et soit axée sur les corps en mouvement. J'étais convaincu qu'il nous fallait un vrai réalisme à ce niveau-là. Ce que j'ai expliqué à Mandy, c'est que dans ce film, la danse, les chansons et le jeu des acteurs sont à l'unisson et qu'on ne les envisage pas séparément. C'était formidable que Mandy entraîne Ryan et Emma et assure la chorégraphie parce que, au bout du compte, les scènes de danse sont dictées par la relation entre Ryan et Emma. La danse est un moyen merveilleux de raconter l'histoire de gens qui tombent amoureux et d'exprimer les sentiments et le frisson qu'on éprouve quand on rencontre quelqu'un qui vous chavire pour la première fois".

Le réalisateur et Mandy Moore voulaient que la chorégraphie se fonde dans la narration de manière très moderne afin de faire en sorte que le spectateur se sente interpellé sans pour autant briser la fluidité du récit. "Quand j'ai rencontré Damien, on a évoqué le fait qu'on voulait que le public se sente impliqué émotionnellement et immergé dans nos scènes dansées", précise la chorégraphe. "On souhaitait donner le sentiment que Sebastian et Mia sont des personnages réels qui, l'espace d'un instant, échappent aux contraintes du quotidien".

Mais le défi ne s'arrêtait pas là. "Je savais que Damien voulait tourner le film à l'ancienne. Sans se couvrir", dit-elle. "C'était grisant. Et puis, je me suis dit, 'Mon Dieu, comment va-t-on y arriver ?' On s'est alors rendu compte que pour que la magie soit au rendez-vous, il fallait une sacrée audace". La réussite de ces séquences a nécessité une importante organisation logistique, mais l'essentiel consistait à préserver l'émotion.

Gosling et Emma Stone ont dû apprendre plusieurs chorégraphies complexes, alors même qu'ils ne sont pas des danseurs professionnels. Mandy Moore a décidé d'assurer elle-même leur entraînement afin de conserver une unité entre la préparation et le tournage. "C'est pour cela qu'une vraie magie émane du couple Ryan-Emma", dit-elle. "En effet, on a imaginé les pas de danse pendant leur entraînement et ces pas ont fait partie intégrante de leurs personnages. Ils ont tous les deux travaillé très dur et ce qui m'a impressionnée, c'est qu'ils débarquaient tous les jours sur le plateau en grande forme. On aurait dit que cette occasion de danser les épanouissait – et c'était magnifique".

La première séquence dansée, "Traffic", où un embouteillage sur une autoroute se transforme en chœur, représentait l'un des plus grands défis. "C'était énormément de travail", affirme Mandy Moore. "Notre bureau était couvert de Post-it précisant les marques de chaque voiture, l'identité de chaque personne censée grimper sur tel ou tel véhicule, et les voitures qui devaient être renforcées. C'était une logistique hallucinante".
De son côté, la production devait impérativement démarrer le tournage sans délai car elle ne disposait que d'un temps très limité pour utiliser l'échangeur de l'autoroute. Par conséquent, les répétitions étaient extrêmement intensives.

Ryan Gosling se souvient : "Tout devait fonctionner sans accroc une fois que les caméras se sont mis à tourner, car on n'avait pas droit à la moindre erreur. Du coup, on a répété pendant trois mois en amont afin de répondre aux attentes de Damien en une seule prise".
Mandy Moore ne tarit pas d'éloges à l'égard des danseurs : "Les danseurs de 'Traffic' sont les héros anonymes du film parce qu'ils ont réussi l'impossible : danser sur des voitures sur une autoroute à près de 38° ! Grâce à eux, le résultat est magique", dit-elle. La chorégraphe a également été éblouie par la scène "Someone In The Crowd", où Mia se prépare à se rendre à une soirée : on la voit se préparer avec ses colocataires, puis s'attarder dans une somptueuse maison tout en verre et enfin plonger dans la piscine. "Le tournage de nuit de cette séquence a été démentiel", reconnaît-elle.

"J'aimerais que le public se rende compte de tous les moyens qu'on a mobilisés. C'était délirant mais quand j'ai visionné les rushes, le résultat était fantastique : les couleurs, les mouvements d'appareil, les costumes et la chorégraphie formaient un ensemble harmonieux". Le réalisateur avait imaginé la scène comme la métaphore de ces jeunes artistes qui, à Hollywood, sont pris en étau entre leur carrière et leur vie sociale.

Chazelle s'explique : "La scène fait allusion au dilemme de nombreux artistes en devenir qui se demandent s'ils peuvent aller faire la fête ou s'ils ne devraient pas rester chez eux pour travailler. Mais il s'agit d'un débat plus large : jusqu'où est-on prêt à aller pour réaliser son rêve ? Est-on prêt à faire des concessions ou à vendre son âme ? À aller jusqu'à des compromissions ? 'Someone in the Crowd' illustre bien ces questionnements et le malaise de Mia face à cette situation".

Pour Mandy Moore, la scène du planétarium reste le clou du film. Elle a imaginé une chorégraphie "en apesanteur", selon ses propres termes, où Gosling et Emma Stone dansent sur un câble. "On voulait que le spectateur ait le sentiment que Sebastian et Mia se mettent à entamer cette magnifique valse parce qu'ils n'ont pas d'autre choix que de danser à ce moment-là", dit-elle.

"Les mouvements de caméra sont magnifiques et l'émotion très forte". Pour Emma Stone, la scène du "Duo" reste l'une de ses préférées : elle commence par la recherche d'une voiture garée et se poursuit au sommet d'une colline surplombant la ville. "C'est là que nos personnages nouent un vrai lien pour la première fois", indique la comédienne. "C'est un moment extraordinaire, si bien qu'on en a très longuement parlé avec Damien et Ryan. Dans cette prise – unique – de six minutes, il était essentiel qu'on ressente le bonheur de ces deux êtres qui tombent – littéralement – dans les bras l'un de l'autre". Le final, intitulé "Épilogue", est aussi le numéro le plus important, entraînant les personnages de Los Angeles jusqu'à un Paris féerique, puis en sens inverse.

"C'est une magnifique séquence fantasmatique et les décors sublimes conçus par le département artistique m'ont inspirée", s'enthousiasme Mandy Moore. "Il y avait trente danseurs qui ont tous eu l'occasion de danser. Et puis, on découvre parmi eux Ryan et Emma qui vivent leurs derniers instants de bonheur ensemble. Autant dire que c'était très émouvant". La logistique de ces séquences musicales extrêmement complexes, l'interaction entre musique et chorégraphie, les répétitions et les enregistrements ont été orchestrés par le superviseur musical Steve Gizicki : "Il s'agit sans doute de ma mission la plus difficile, mais aussi la plus gratifiante", confie-t-il.

Entre lumière, couleurs et action : le rôle de la photographie

Le style de LA LA LAND s'inspire avant tout du CinemaScope anamorphique et des couleurs acidulées de la grande époque des comédies musicales. Mais le réalisateur a réinterprété ces codes visuels avec sa sensibilité d'homme du XXIème siècle. Et si lui savait précisément ce qu'il voulait, il était conscient que ses collaborateurs seraient surpris.
"Le montage rythmé de WHIPLASH traduisait le tempo de la batterie", indique Chazelle. "LA LA LAND est aux antipodes : si le style de WHIPLASH peut être défini comme géométrique, LA LA LAND est, lui, tout en courbes. Le cinéaste qui m'a inspiré est Max Ophuls, maître des mouvements de caméra. On aimerait tous créer des mouvements d'appareil comme Ophuls, et bien entendu il a su le faire avant l'apparition du Steadicam. Notre objectif, c'était que la caméra soit semblable à un danseur, tout en fluidité, qui ne gêne jamais les pas de danse des comédiens mais qui s'intègre néanmoins à la chorégraphie".

La mise en scène expressionniste de RAGING BULL de Martin Scorsese a également marqué le cinéaste. "Dans ce film, Scorsese se demande ce qui se passe si on place la caméra au centre du ring", dit-il. "De même, je voulais installer la caméra parmi les danseurs afin qu'on ait l'impression qu'elle se déploie tout autour d'eux".

Pour y parvenir, il a collaboré avec le chef-opérateur Linus Sandgren, connu pour avoir éclairé AMERICAN BLUFF et JOY de David O. Russell. S'il a tourné en 35 mm avec des objectifs anamorphiques pour rattacher le film au passé, il a traité la photo à l'aide d'outils technologiques actuels. "Il fallait que la caméra soit d'un dynamisme incroyable", précise Horowitz. "Et on savait que Linus était l'homme de la situation". "Je n'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi motivé pour accomplir une prouesse qui en aurait découragé plus d'un", indique Fred Berger. "On a fait un usage intensif du Steadicam dans des proportions inédites. Et plus le tournage est devenu difficile, meilleur était Linus". La complicité artistique entre Chazelle et Sandgren a fait forte impression. "Damien aime s'inspirer de l'histoire du cinéma tout en étant inventif", affirme Berger.

"La collaboration entre lui et Linus était idyllique : ils se stimulaient mutuellement en se demandant comment pousser telle ou telle idée le plus loin possible. C'est ainsi que, grâce à eux, le résultat à l'écran est sans précédent".

Chazelle précise : "Linus était exactement le directeur photo qu'il nous fallait : il était non seulement prêt à tenter l'aventure avec nous, mais il avait envie d'aller encore plus loin que nous ne l'avions imaginé. Il possède une énergie d'enfant que je trouve sidérante. On dirait un gamin dans un magasin de jouets qui envisage toutes les possibilités que lui offre le cinéma".

Sandgren a été séduit par la vision très précise du film qu'avait le réalisateur et qu'il a story-boardée intégralement avant le début du tournage. "Quand Damien m'a raconté comment il envisageait de réaliser le film, c'était tellement hors du commun que c'en était intriguant", constate le chefopérateur.

"Il voulait faire un film rendant hommage à l'âge d'or d'Hollywood d'une manière très moderne et en jouant sur la fluidité des mouvements de caméra. Ses idées esthétiques étaient tellement belles que je ne me suis rendu compte que plus tard qu'elles posaient d'innombrables défis techniques". Des défis qui se sont avérés incessants. Tout d'abord, étant donné que le film était tourné en 35 mm anamorphique à 4 perfs, l'équipe disposait d'une autonomie de dix minutes. Bien plus, Chazelle tenait à tourner les grands numéros musicaux en une seule prise.

"C'est toujours un pari majeur, surtout si on veut le faire avec un bon éclairage", explique Sandgren. "Damien ne souhaitait pas avoir recours à des effets numériques en postproduction : tout devait être tourné sur le plateau. La magie du film n'est jamais artificielle : tout ce que l'on voit à l'écran se déroule sous nos yeux. De mon côté, je considère toujours que les choses peuvent se faire : il faut seulement trouver la solution. Dans ce cas, il nous a fallu être extrêmement organisé". La composition des plans était tout aussi exigeante. "Damien tenait à ce que l'image soit très anamorphosée", reprend-il. "À l'heure actuelle, les films en Scope sont tournés en 2.40:1. Mais on s'est dit que ce serait intéressant de tourner LA LA LAND en 2.52:1 pour lui donner l'aspect plus anamorphosé des vieux films. J'en ai parlé à des techniciens chez Panavision et ils ont aménagé quelques objectifs pour s'adapter à nos désirs. Il leur a fallu construire de nouveaux verres dépolis pour nous mais je trouve que cela enrichit encore le film".

Sandgren a également utilisé une myriade de lumières teintées pour mettre en valeur la palette de bleus froids, de verts et de roses. Chazelle tenait particulièrement à ce que les scènes de nuit soient éclairées avec leur propre ciel bleuté. Quant à l'emplacement de la caméra dans les scènes dansées, Sandgren a fait appel à son penchant personnel pour la chorégraphie : "Il fallait qu'on ait le sentiment que la caméra se met également à danser", note-t-il.

"Dans le même temps, il ne fallait pas que ça se voie, si bien qu'elle devait se fondre avec les danseurs. Chaque numéro présentait ses propres difficultés et on s'est souvent dit qu'on n'arriverait pas à les régler. Il y avait énormément de facteurs à prendre en compte à chaque moment".

Le Los Angeles de LA LA LAND : les décors

LA LA LAND n'est pas seulement une magnifique histoire d'amour, mais un hommage à Los Angeles et à ceux qui ne cessent de prendre des risques artistiques, quitte à en avoir le cœur brisé. L'équipe a ainsi sillonné toute la ville au cours des 40 jours de tournage. Comédiens et techniciens se sont donc rendus à l'Observatoire de Griffith Park et au célèbre Lighthouse Café de Redondo Beach, club de jazz depuis 1949. L'ensemble a été supervisé par l'équipe du chef-décorateur David Wasco et de la décoratrice de plateau Sandy Reynolds-Wasco (RESERVOIR DOGS, PULP FICTION, RUSHMORE, LA FAMILLE TENENBAUM, KILL BILL, COLLATERAL et INGLORIOUS BASTERDS). Ils se sont inspirés de leur fascination pour une ville souvent dénigrée mais propice aux fantasmes.

"On a montré Los Angeles de jour comme de nuit", indique David Wasco, "mais c'était surtout l'occasion de porter un regard neuf sur la ville grâce à un réalisateur novateur sur un plan esthétique. On connaît bien le terrain et du coup on en a profité pour tourner dans des quartiers qu'on n'a pas encore vus à l'écran". Sandy Reynolds-Wasco ajoute : "Ce qui nous a également plu, c'est qu'il s'agit de la première vraie vision musicale de Los Angeles depuis des décennies".

À l'image de l'atmosphère du film, les lieux de tournage alternent entre modernité et époques révolues. "C'est quelque chose d'intrinsèque à la ville", relate David Wasco. "On peut parfois être face à un immeuble et avoir le sentiment d'être à Hollywood dans les années 40 et puis se retourner et se sentir en 2016. Damien avait l'intention d'exploiter la dimension atemporelle de la ville". Chazelle souhaitait également restituer l'atmosphère particulière de la ville.

"Los Angeles est un formidable personnage de cinéma car elle déborde à la fois d'optimisme et de rêves brisés", note Sandy Reynolds-Wasco. L'histoire de la culture pop est également très visible dans la métropole californienne. En témoigne la projection de LA FUREUR DE VIVRE à laquelle assistent Sebastian et Mia au Rialto Theatre, célèbre salle de cinéma, puis la scène de l'Observatoire de Griffith Park où se déroule l'un des temps forts du film de Nicholas Ray. L'équipe était enchantée de pouvoir tourner dans ces décors réels, mais David et Sandy Wasco ne s'en sont pas contentés. Ils ont ainsi utilisé le véritable cadre du planétarium tout en en réinventant l'intérieur comme un univers féerique Art Déco où Sebastian et Mia entament une valse, tandis qu'une succession de tableaux défilent en arrière-plan. Pour ce décor, ils ont même retrouvé le vieux projecteur d'origine du planétarium, aujourd'hui remplacé par un modèle plus moderne. "On en a loué un d'occasion, si bien qu'on s'est servi du véritable projecteur du planétarium qu'on a posé sur une plaque tournante", précise David Wasco. "C'était un décor très intéressant".

L'échangeur des autoroutes 110 et 105, qui surplombe le centre-ville, était un site beaucoup moins facilement aménageable. C'est là que se déroule la séquence d'ouverture, chantée et dansée. "C'est assez original de mettre en scène un numéro à la Busby Berkeley sur une autoroute de Los Angeles", signale Wasco.

"On a donc commencé par agencer un espace dans le parking du studio où on a installé de fausses séparations des voies et des voitures pour que Damien, Mandy et les comédiens puissent répéter. Puis, on a disposé d'un très bref laps de temps pendant lequel la police autoroutière de Californie a fermé l'autoroute et nous a permis de tourner cette séquence extrêmement complexe. Et comme par magie, tout s'est très bien passé".

Ce sont les Wasco qui ont eu l'idée de faire conduire à Sebastian une décapotable Buick Riviera de 1980, voiture immédiatement identifiable qui devient un personnage à part entière. Ils ont aussi couvert les murs de l'appartement de Sebastian de photos de légendes du jazz, tandis que Mia a accroché chez elle un immense portrait de son héroïne Ingrid Bergman. Ils ont également ponctué leurs domiciles de clins d'œil à des films que les cinéphiles reconnaîtront sans doute, mais ils revendiquent aussi l'influence de peintres comme Ed Ruscha et David Hockney qui ont exploré la mythologie de Los Angeles, ou encore du fauviste Raoul Dufy, réputé pour ses explosions de couleurs. Les décors sont plus inventifs encore vers la fin du film, et tout particulièrement pour le numéro baptisé "Épilogue".

"Pour cette séquence, Damien souhaitait évoquer les univers fantasmatiques de Los Angeles et Paris reconstitués en studio", ajoute David Wasco. "On a utilisé des toiles peintes si bien que le style visuel est délibérément théâtral. C'est une scène essentielle et on s'y est attelés depuis le début de la prépa jusqu'au jour du tournage". Si Los Angeles est le berceau de bien des films, il n'est pas toujours évident d'y tourner. Le réalisateur était enchanté de pouvoir proposer un regard neuf sur la ville. "Je n'étais jamais allé dans la plupart des endroits qu'on a repérés", note-t-il. "Cela fait neuf ans que je vis à Los Angeles, et ce qui me fascine ici, c'est qu'il y a sans cesse de nouveaux lieux à découvrir. Cette dimension propre à la ville enrichit le récit".

Un foisonnement de couleurs : les costumes signés Mary Zophres

Pour Mary Zophres, chef-costumière citée à l'Oscar qui a aussi bien collaboré à NO COUNTRY FOR OLD MEN qu'à INTERSTELLAR, LA LA LAND lui permettait de s'immerger totalement dans un univers. Elle a ainsi travaillé avec Linus Sandgren et le couple Wasco pour imaginer un monde où les costumes s'accordent aux décors. Tout d'abord, Mary Zophres a réfléchi à la très grande variété de costumes du film.

"Rien que Mia et Sebastian ont plus de cinquante tenues différentes chacun", remarque la chef-costumière. "Mais j'étais tellement inspirée par la vision de Damien que j'en avais la chair de poule. C'est ce qui permet d'aller de l'avant même quand on n'a pas dormi et qu'on est épuisé".

Chazelle et elle ont cherché à transmettre l'émotion par les couleurs. "Dès le premier jour, on a passé en revue chacune des scènes en rapport avec la palette chromatique", confie la chef-costumière. "Par exemple, on a évoqué telle scène qui devait être dans des tons neutres avec une touche de jaune, ou telle autre dans laquelle les hommes étaient en costumes sombres et les femmes dans des tenues colorées. Ce qu'on voulait, c'était un style atemporel traité de manière contemporaine".

Le réalisateur et sa collaboratrice se sont longuement penchés sur de grandes comédies musicales comme LES PARAPLUIES DE CHERBOURG de Jacques Demy, TOUS EN SCÈNE ! de Vincente Minnelli et SUR LES AILES DE LA DANSE de George Stevens. Mais Mary Zophres précise qu'il ne s'agissait pas d'imiter ces modèles. Bien au contraire, les costumes et les couleurs s'inspirent essentiellement des univers dans lesquels évoluent Sebastian et Mia.
"C'était une démarche des plus intuitives", note-t-elle. "Nous avons largement fait appel à la couleur, comme dans les comédies musicales de la grande époque, mais nous l'avons fait pour que cela mette les personnages en valeur. Par exemple, j'avais vu Emma dans une robe jaune canari sur un tapis rouge. Il n'y a pas beaucoup de gens qui sont flattés par cette couleur, mais Emma était éblouissante. Du coup, j'ai proposé à Damien de lui faire porter une robe jaune pour le numéro du 'Duo'". Mary Zophres s'est révélée être une formidable muse.

"C'est un vrai bonheur d'habiller Emma", dit-elle. "On a vécu des moments de pur émerveillement pendant qu'elle essayait ses différentes tenues car elle est une véritable source d'inspiration. Au départ, Mia est habillée dans des tons chatoyants qui dénotent son côté 'girlie'. Et puis, à mesure qu'elle gagne en maturité et qu'elle se concentre davantage sur son travail d'actrice, les teintes de sa garde-robe s'estompent un peu – jusqu'à ce que, dans son spectacle, elle soit carrément habillée en noir et blanc. On la retrouve ensuite cinq ans plus tard : c'est la même femme, mais beaucoup plus sophistiquée". La plupart des tenues de Mia ont un côté vintage, en adéquation avec l'atmosphère du film. "Son chemisier de barmaid s'inspire d'un plan sublime d'Ingrid Bergman des années 40", souligne la chef-costumière.

"On a aussi pensé à un bout d'essai qu'Ingrid Bergman a fait au tout début de sa carrière où elle porte une robe dos nu rose. Mia porte une tenue similaire qu'on a dénichée dans une friperie vintage de la San Fernando Valley. C'est le genre de robe qu'on pouvait porter il y a cinquante ans, mais qu'on peut tout aussi bien porter aujourd'hui". En ce qui concerne Sebastian, Mary Zophres a mis en valeur son élégance légèrement décalée avec son époque. Presque tous ses vêtements ont été conçus sur mesure.

Elle s'explique : "Il n'a pas forcément l'air à la mode, mais il n'est pas non plus habillé comme la plupart des gens qu'on croise dans la rue. On sent qu'il s'agit d'un style qu'il a lui-même mis au point et qu'il cultive. On ne l'imagine pas en t-shirt. Il a une silhouette d'une grande finesse qui traduit son respect pour la tradition et la bienséance".

Les couleurs revêtent une importance capitale chez Sebastian, qu'il s'agisse de son costume marron en zibeline dans la scène d'ouverture ou de sa veste en tweed bleue ou encore de ses tenues totalement noires qu'il porte en tournée avec les Messengers. Il arbore également des chaussures bichromes – que la chef-costumière apprécie particulièrement, comme elle l'affirme : "Elles étaient en vogue dans les années 40, mais il s'en dégage une vraie fantaisie, une grande légèreté et un amour de la vie. Pour moi, ces chaussures incarnent une forme de gaité et sont emblématiques de Sebastian car il est animé d'une vraie passion pour le passé. J'adorerais voir davantage d'hommes en chaussures bi-chromes dans la rue".

Gosling a été très sensible au travail de Mary Zophres. "S'il existe un Mont Rushmore des chefs-costumières, Mary Zophres y figure en bonne place", indique Ryan Gosling. "C'est l'une des plus grandes créatrices de costumes en activité et ses tenues m'ont vraiment permis de trouver l'équilibre entre l'atmosphère des années 40 et l'époque contemporaine". Pour les principaux numéros dansés, Mary Zophres s'est non seulement attachée à l'esthétique de la chorégraphie, mais aussi à sa dimension fonctionnelle : elle tenait à ce que les costumes tourbillonnent et virevoltent et soient plus flamboyants encore dans les scènes de danse les plus extravagantes.

"Les tenues de Mary font écho à la sensibilité exacerbée qui émane de chaque plan du film", reprend Marc Platt. "Et les mouvements que décrivent ses costumes ne font qu'accentuer la beauté du film". Jordan Horowitz s'est dit enchanté à l'idée que l'ensemble des chefs de poste se mobilisent et réussissent l'exploit de signer un film musical résolument contemporain. "Nous avons bénéficié de formidables collaborateurs sur ce film", dit-il "Et à mon avis, ce qui le singularise, c'est que toutes les parties prenantes se sont passionnées pour leur travail et ont adoré mettre en œuvre le projet de Damien avec autant de bonheur qu'il en a eu pour l'écrire".

Fred Berger intervient : "Au final, LA LA LAND est une expérience sensorielle telle qu'il se prête particulièrement bien au grand écran et qu'il réserve au spectateur un moment de bonheur intense. Les personnages y sont authentiques, mais il s'agit également d'un spectacle visuel de la première à la dernière image". Selon Platt, chaque élément soigneusement étudié du film – les dialogues, les chansons, le jeu des comédiens, l'image, les décors et les costumes – contribue à créer une œuvre qui, comme l'amour, donne le sentiment de transcender la simple addition de ses ingrédients. "LA LA LAND est une expérience cinématographique à part entière", dit-il.

"C'est un film qui a du souffle tout en étant intime. À la fois spectaculaire et romantique. Joyeux et mélancolique. Il y a des scènes dansées et chantées et le film parle d'amour et offre une vision inédite de Los Angeles. Au bout du compte, il peut vous plonger dans une atmosphère qu'on n'a pas l'habitude de ressentir au cinéma". Le réalisateur espère que le film inspirera chez le spectateur la passion qui l'a vu naître. "Je pense vraiment que la passion est au cœur de LA LA LAND", conclut Chazelle. "Il parle de la passion pour l'art et pour l'amour. J'espère qu'on ressentira aussi la passion qui nous a animés pendant le tournage, l'écriture et la composition de la musique".

  
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