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jeudi 19 juillet 2018

ROULEZ JEUNESSE


Comédie/Malgré de petits défauts, c'est une jolie découverte, un film qui a du cœur

Réalisé par Julien Guetta
Avec Eric Judor, Laure Calamy, Brigitte Roüan, Philippe Duquesne, Déborah Lukumuena, Satya Dusaugey...

Long-métrage Français 
Durée : 01h24mn
Année de production : 2017
Distributeur : Le Pacte 

Date de sortie sur nos écrans : 25 juillet 2018


Résumé : Alex, 43 ans, est dépanneur automobile dans le garage que dirige d'une main de fer sa mère. Un jour, il dépanne une jeune femme et passe la nuit chez elle, mais au petit matin elle a disparu lui laissant sur les bras trois enfants.

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai penséROULEZ JEUNESSE est une comédie dramatique française à petit budget qui s'en sort très bien pour nous entraîner dans son aventure touchante. Ce film a quelques défauts : son scénario n'évite ni certaines caricatures ni des situations parfois convenues et son rythme est un peu bancal. Cependant, son histoire a du cœur et cela vient contrebalancer ses manquements. Le réalisateur, Julien Guetta, établit bien les différentes ambiances (la petite entreprise de dépannage, la maison familiale bordélique, la planque du célibataire endurci) qui cohabitent dans son long-métrage. Il garde une cohérence de ton et sa narration est fluide. 

Eric Judor interprète Alex, un homme-enfant, qui va voir sa vie chamboulée par une rencontre inopinée. L'acteur porte le film sur ses épaules et il le fait très bien. Il est juste et attachant dans ce rôle. 



Les enfants sont absolument adorables et naturels, ce qui facilite la compréhension des réactions d'Alex pour les spectateurs. 




Les seconds rôles sont, dans l'ensemble, assez solides.



ROULEZ JEUNESSE est un film qui raconte une histoire simple qui sait fait ressortir la tendresse, malgré une thématique sociale de fond dure. Il n'est pas larmoyant. Même s'il ne déborde pas d'originalité, il sait parler aux émotions des spectateurs. On a plaisir à partager ce moment avec l'acteur principal. C'est une jolie découverte.


NOTES DE PRODUCTION
(Á ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

ENTRETIEN AVEC JULIEN GUETTA 

Votre film ROULEZ JEUNESSE est loin des schémas de narration classique : Alex, le personnage principal (Éric Judor) vit encore chez sa mère à 43 ans mais a peu en commun avec les adulescents qu’on croise au cinéma. 

Ce n’est pas parce qu’un personnage vit encore chez sa mère à 43 ans qu’il ne s’assume pas et qu’il est considéré comme un Tanguy. Je ne voulais pas inscrire mon film dans la lignée des comédies sur les adulescents, je suis plus inspiré par des films comme 5 PIÈCES FACILES. Alex n’est pas un handicapé de service, il est indépendant, comme il le dit, il vit « à côté de chez sa mère, pas chez sa mère ». C’est un type qui roule toute la journée, seul, il ne se prend pas la tête avec les filles... Et c’est l’aventure qu’il va vivre en se retrouvant avec trois jeunes enfants qui va l’amener à changer. Doucement le film glisse vers quelque chose de plus dramatique. J’ai toujours en tête ce personnage que l’on retrouve souvent en littérature ou au cinéma : un mercenaire, un solitaire individualiste qui en se frottant à l’altérité va décider de servir la cause d’un autre, le secourir et devenir « chevalier ». Là où le film se démarque, c’est qu’à la fin de l’histoire, Alex ne doit pas régler seulement ses problèmes mais ceux des enfants. 

Pour autant, le personnage ne devient pas forcément un héros modèle. 

Les enfants sur lesquels tombe Alex sont vraiment abandonnés. Le désarroi et les pulsions de rejet qu’il a à leur égard, puis son attachement progressif n’iront pas jusqu’à les lui faire adopter. Alex ne devient pas leur père mais une présence amie qui sera toujours là pour eux. 

Comme LES VENTRES VIDES et LANA DEL ROY, vos deux précédents courts métrages, ROULEZ JEUNESSE traite des liens familiaux. 

C’est vrai, c’est un sujet récurrent dans mon travail car il s’impose à moi. Comment se construire avec l’héritage familial ? Comment continuer à vivre quand il y a des absents ou au contraire quand il y a un membre qui prend trop de place ou toute l’attention ? Ce qui m’intéresse, ce sont les relations dans une famille déconstruite, reconstruite. Toutes ces questions liées à la filiation, à la transmission, aux fratries, me passionnent… 

ROULEZ JEUNESSE démarre sur un rythme de comédie échevelé – les scènes sont coupées très cut, les péripéties s’enchaînent – jusqu’à faire basculer tout doucement le film vers le drame. Un drame d’où l’humour n’est d’ailleurs jamais complètement exclu. 

Tout l’enjeu du film était de réussir à amener le spectateur sur un terrain auquel il ne s’attend pas. Je savais le virage difficile à négocier mais j’y tenais énormément. L’idée était d’affronter les situations mises en place et d’aller jusqu’au bout. J’aime faire un cinéma divertissant mais profond, drôle mais sérieux, qui puisse mélanger drame et comédie. C’est ce que j’apprécie dans les films britanniques. 

Le rythme effréné de la première partie était-il déjà présent à l’écriture ? 

Absolument, je tenais à ce que le film aille vite, soit toujours en mouvement, que les événements s’enchaînent à toute allure et qu’il soit court. C’était un vrai plaisir dès le moment de l’écriture de fabriquer ce rythme. 

Combien vous a-t-il fallu de versions avant d’arriver à celle du film ? 

Beaucoup. Il a fallu beaucoup d’étapes pour arriver à la version finale. Au début de l’écriture, Alex était juste un type irresponsable et immature. Je sentais que mon personnage manquait de profondeur. Au fond un personnage clé me manquait, celui de la mère. À partir du moment où j’en ai fait la patronne du garage où travaille Alex, tout s’est enchaîné rapidement. Le film avait trouvé son sens et mon héros son vrai problème. 

Une mère qui empêche son enfant de grandir alors qu’elle l’exhorte constamment à saisir ses responsabilités. 

Exactement. La transmission n’est pas un processus facile. Mon père et mon frère travaillent ensemble dans l’entreprise familiale et je vois bien comme mon père peine à laisser les rênes à mon frère. C’est complexe car il ne cesse de le pousser à s’investir davantage mais il n’arrive pas à lui céder totalement la place. Leur relation m’a inspiré pour poser le rapport entre Alex et Antoinette. 

Face aux trois enfants qu’il découvre livrés à eux-mêmes après sa nuit d’amour avec une inconnue, Alex a une réaction d’épouvante qui frôle le burlesque : il cherche à tout prix à se débarrasser du dernier, un nourrisson qu’il est prêt à glisser de force entre les grilles de l’école où vont les plus grands. Se fait jeter par un officier de police au commissariat qui lui indique qu’il doit patienter trois jours avant que sa requête soit prise en compte. Affronte enfin une assistante sociale qu’il a eu le malheur de délaisser. On est en plein délire… 

J’ai voulu pousser les scènes jusqu’au bout pour apporter de la comédie. Je voulais mettre mon héros dans l’impasse totale ; tout lui tombe dessus, ça ne s’arrête jamais. Chaque situation nouvelle amène le personnage à se découvrir. Et nous, spectateurs, on comprend ainsi de mieux en mieux toutes ses facettes. 

Parlez-nous de ce trio de mécaniciens décalé, paresseux et fantasque que vous faites fonctionner comme une sorte de chœur qui commenterait les événements… 

C’est un trio attachant qui amène de la comédie et de l’humanité, qui inscrit le garage dans un univers loufoque. J’adore ces seconds rôles qui enrichissent un film ; chaque personnalité ouvre sur d’autres univers.

Avez-vous tout de suite songé à Éric Judor pour le rôle d’Alex ?

Pas immédiatement. Mes producteurs et moi étions en quête d’un quarantenaire connu : des noms émergeaient mais ça manquait de surprise. Je commençais à désespérer lorsqu’un jour, j’ai croisé Éric Judor qui sortait d’une maison de production. J’ai eu un flash et ai aussitôt appelé les producteurs qui ont trouvé l’idée géniale. Éric a aimé le scénario, c’était parti. Je trouvais qu’il incarnait un homme moderne, avec une présence physique à l’américaine, avec de l’humour. Et le challenge pour moi était de l’emmener dans un genre qu’il n’avait jamais joué, plus dramatique. Tout de suite, c’est devenu pour moi une des ambitions du film : le montrer comme on ne l’avait encore jamais vu au cinéma. Et c’était précisément ce qui m’intéressait : réussir à emmener ce comédien qui véhicule ne image très forte de comédie vers une note plus grave, inattendue, qui cueille le spectateur. Il a été formidable. Éric est un acteur incroyable.

Le reste du casting est également très surprenant…

Avec Éric, qui a un univers très fort, la charpente était posée. J’ai eu envie de réunir autour de lui des acteurs très différents et de les emmener autre part, j’aime mélanger les genres. Dans ROULEZ JEUNESSE, on retrouve Deborah Lukumuena, l’actrice de DIVINES, Maxence Tual, qu’on a vu dans APNÉE, Brigitte Rouän et Philippe Duquesne qui viennent chacun d’autres familles de cinéma. Certains comédiens comme Madeleine Baudaut, qui interprète l’une des garagistes, n’avait encore jamais tourné au cinéma.

Comment avez-vous trouvé les enfants ?

On a vu beaucoup d’enfants en casting, ça a pris du temps. J’ai revu les trois enfants plusieurs fois avant de me décider et ces quelques séances nous ont permis de mieux nous connaître. Nous avons beaucoup répété ensemble. Parallèlement, ils travaillaient chacun de leur côté. C’était d’autant plus difficile pour le petit Ilan qui n’avait que six ans et ne savait pas encore lire : il a dû apprendre son texte par cœur. J’ai été bluffé par sa façon de travailler sur le plateau, son intuition, sa complicité avec Éric, sa faculté à écouter l’autre acteur, c’est un vrai comédien. Il a aussi fallu mettre en confiance Louise qui est une jeune fille sensible et très timide. Elle était très stressée pour la scène de l’annonce de la mort de la mère mais elle a su transformer son stress en une émotion qui me bouleverse à chaque fois que je vois la scène.

De quelle manière travailliez-vous avec eux ? Éric Judor participait-il à ces séances ?

Dans un premier temps, nous nous sommes vus uniquement avec les enfants, nous avons répété à trois. Je leur ai expliqué ce qu’était un tournage, comment allait se dérouler les prises, etc. Éric est ensuite arrivé pour des répétitions tous ensemble. Il était important qu’ils se rencontrent et je tenais à ce que nous répétions la scène où il leur annonce la mort de leur mère. C’était capital pour moi d’être sûr qu’elle fonctionnait. Je réécris toujours au moment des répétitions en fonction des propositions des acteurs, ils me nourrissent énormément.

Comment avez-vous abordé le rôle d’Alex avec Éric Judor ?

On s’est vus souvent et on a fait beaucoup de lectures du scénario. Éric apporte énormément dans ce type de séance : pour le rythme, notamment. Il écrit, il réalise, je n’ai eu aucun problème à prendre les idées qu’il apportait.

Vous connaissiez l’acteur comique. L’acteur dramatique vous a-t-il surpris ?

Dès les répétitions, je savais qu’il relèverait le pari, il y avait tout de suite une sensibilité, une fragilité qui se dégageaient de lui. Éric maîtrise parfaitement la comédie mais j’ai été fasciné par ce qu’il peut donner dans le drame.

Avec de telles ruptures de ton, on imagine que le film a été très découpé en amont ?

Avec peu de temps de tournage, un chien, des enfants et une voiture sur le plateau, c’était d’autant plus indispensable que nous n’avions pas énormément de moyens. J’avais envie que le film soit beau, lumineux ; on a beaucoup travaillé en amont avec mon chef opérateur et la complicité d’une directrice artistique. Il n’y avait pas vraiment de place pour l’improvisation, les répétitions ont été fondamentales.

Votre personnage principal est entouré de femmes fortes qui le bousculent pendant tout le film.

C’est vrai. Plus il avance, plus ce sont les femmes qui lui donnent une direction à prendre. Certaines sont là pour le remettre à sa place ou l’inspirer dans ses choix – même Tina, la plus jeune de toutes. Les femmes sont de toute façon toujours plus matures que les hommes et particulièrement dans mon film !

Aviez-vous des références cinématographiques en tête ?

J’aime plusieurs styles de cinémas. Ken Loach pour qui j’ai une admiration sans borne – il n’a pas peur d’amener de la comédie dans le drame. Scorsese pour sa faculté à entraîner le spectateur vers quelque chose de flamboyant, sa façon d’amener du mouvement en permanence. Spielberg pour la façon dont il dirige les enfants…

L’image est de Benjamin Roux… un nouveau venu.

Nous nous sommes connus à Émergence, où je développais mon scénario. Benjamin a fait une très belle lumière et j’aimais l’idée que ce soit aussi un premier film pour lui. Thomas Krameyer, qui avait déjà signé la musique de mes courts, a également fait son baptême du long avec ROULEZ JEUNESSE. J’aimais l’idée que ce soit aussi une première fois pour eux.

Vous accordez une grande place à la nature…

C’était très important et cela nous a pris beaucoup de temps durant les repérages. Il s’agissait de raconter une histoire difficile, forte mais je voulais malgré tout que le film soit lumineux. J’ai tenu par exemple à ce que l’annonce de la mort se passe en une fin d’après-midi d’été où la lumière raconte plus l’espoir que la mort. Cela apporte quelque chose au film.

Un mot sur le montage…

L’enjeu était de trouver un équilibre entre comédie et drame. Tout était une question de dosage. Ça a été un moment long et intense.

Pouvez-vous nous parler des musiques du film ?

Je voulais quelque chose de groovy qui soit à l’image de mon personnage. La musique accompagne la direction artistique du film, atemporelle… Il y a du Queen, du Moody Blues, du Nick Drake ; ils nourrissent mon univers.

ROULEZ JEUNESSE offre une fin très ouverte…

À la toute fin du film, on est heureux de voir Alex et les enfants réunis. Il est resté quelque chose de leur aventure. Alex a grandi, il dirige l’entreprise même si sa mère est toujours très présente. Il est proche des enfants mais ceux-ci ont quand même été placés en famille d’accueil. Il se dégage alors une douce joie teintée de mélancolie. La vie va continuer malgré les drames, c’est le début d’une histoire pour Alex et les enfants.

ENTRETIEN AVEC ÉRIC JUDOR

Quelle a été votre réaction en découvrant le scénario du film ?

Je l’ai trouvé formidable. Avec, quand même, un gros point d’interrogation : je n’avais aucune idée de ce qu’avait réalisé Julien auparavant. Or, selon la personne qui réalise ce type de projet – un projet quand même très risqué puisqu’il mélange la comédie et le drame – soit on tombe dans la franche rigolade, et c’est loupé ; soit on nage en plein drame et ça devient mièvre. J’avais besoin de savoir à qui j’avais affaire. J’ai demandé à Julien de visionner un de ses derniers courts métrages, LANA DEL ROY. Sa direction d’acteurs – le jeu des enfants notamment –, et la justesse de ses scènes m’ont bluffé. J’étais partant.

ROULEZ JEUNESSE est très différent de tout ce que vous avez fait jusqu’ici.

C’était très nouveau, et je trouvais justement que ça pouvait être une nouvelle étape pour moi. J’ai pensé : « S’il transpose la direction artistique du court sur ce film-là, ça peut être vraiment bien. »

Qu’est-ce qui vous séduisait particulièrement ?

Le rythme du début, que je trouve extrêmement malin. J’adore cet enchaînement de personnages qui se succèdent dans la dépanneuse d’Alex. Ce sont des scènes courtes, très drôles, on ne voit absolument rien venir. Et puis peu à peu, par paliers, assez subtilement, le spectateur embarque vers autre chose.

Comment décririez-vous Alex, votre personnage, à ce moment-là ?

Alex, c’est moi à 27 ans. J’avais le même rapport avec mes parents que celui qu’il a avec sa mère ; je travaillais juste assez pour pouvoir me payer des super vacances et le reste du temps, je vivais chez eux comme à l’hôtel. Je ne m’en faisais pas. Jusqu’à ce qu’un événement vienne changer net ma vision… Et c’est exactement ce qui se passe pour lui. Sa rencontre avec les enfants l’oblige à devenir responsable. Ils sont plus matures que lui : ça finit par le secouer, il comprend qu’il a un sacré retard à rattraper.

Sa prise de conscience est loin d’être immédiate…

Il se fout carrément des mômes au départ, ce qui permet d’enchaîner sur des scènes de comédie. Et puis à un moment, le déclic se produit. Je crois beaucoup à ces micro-événements qui changent le cours d’une vie. Une seconde peut suffire à prendre une nouvelle direction. Récemment, j’ai regardé un documentaire sur l’évolution de la musique ces vingt dernières années. Ce film a clairement réorienté ma propre façon d’aborder mon avenir artistique. J’ai compris que je devais évoluer. La culture et les supports changent, il faut savoir changer de cheval quand le sien est fatigué et que l’on se sent arriver au bout des choses. Je suis comme Alex, prêt à un nouveau départ.

Vous êtes acteur, auteur, réalisateur et producteur. Est-ce un handicap lorsqu’on se lance sur un premier long métrage ?

Cherche-t-on au contraire à prendre le pouvoir ? Ni l’un ni l’autre. Évidemment, on a un avis et on espère que le réalisateur le partage. Mais c’est aussi intéressant qu’il défende ses arguments. J’aime les gens de conviction qui me répondent, me convainquent, parce que cela veut dire qu’ils ont du style. Et ce n’est nullement une question de premier ou de dixième film. Certains cinéastes soi-disant expérimentés n’ont aucune idée de ce qu’ils veulent faire et avancent à vue, et j’ai beaucoup de mal avec ça. Très clairement, Julien savait où il allait. On vous connaît dans le registre comique.

Comment réussit-on à doser ses effets sur un film qui joue autant sur les ruptures de ton ?

Au début, j’avais tout le temps envie de pousser les chevaux. Sur toutes les scènes. J’en rajoutais des caisses et Julien n’arrêtait pas de me freiner. Au bout d’une semaine, il a réussi à me convaincre de gommer des choses et puis, enfin, un jour, il m’a dit : « Voilà, il est là, ton personnage ! » À partir de ce moment, j’ai à peu près réussi à naviguer comme il le souhaitait même si, de temps en temps, j’essayais de rajouter un gag. Et plus on avançait dans le tournage et mieux je comprenais où il voulait m’emmener. Je faisais moins d’écarts.

Quel directeur d’acteurs est Julien Guetta ?

Il a une musique dans sa tête et tant qu’il ne la retrouve pas sur le plateau, il nous fait refaire la scène. Il nous est arrivé de tourner la même séquence jusqu’à trente prises.

Le drame est un terrain que vous n’aviez encore jamais exploré. Avez-vous eu du plaisir à vous y confronter ?

C’est la première fois que j’interprète un personnage que les événements affectent – que ce soit dans mes films ou dans PLATANE, la série que je réalise sur Canal+, je reste toujours en dehors, les choses glissent sur moi. Avec Alex, c’était différent : je ne me suis jamais livré comme ça sur un plateau, je me suis complètement ouvert et, d’une certaine façon, c’était horrible. Pour la scène dramatique de fin avec les enfants, j’étais effondré. C’était un moment vraiment affreux, j’ai pleuré toute la journée et mis vingt-quatre heures à m’en remettre. Je ne sais pas comment font les autres acteurs. Moi, j’ai vraiment vécu le truc.

Racontez.

Nous l’avons tournée quinze jours après le début du film – Julien m’avait laissé un peu de répit. J’avais eu le temps de rentrer dans mon personnage et de me familiariser avec l’équipe et les enfants. J’ignorais complètement dans quel état je serais : si je serais ému, si j’aurais besoin de me recueillir dans ma loge, si je réussirais à reparler normalement aux gens après… En temps normal, lorsque je suis un mode comique, j’essaie toujours de maintenir un climat de plaisanterie avec les techniciens, je les mets dans ma poche, je les fais rire avant la scène, et je sais qu’ils riront pendant. Là, impossible. Je n’avais plus d’alliés. Je ne savais pas si j’étais capable de jouer ce qu’on me demandait. Je ne peux pas dire que cela m’a ennuyé de jouer cette scène mais j’y ai laissé quelque chose de moi, un moment d’émotion fort que je préfère garder pour ma famille – ma vraie femme, mes vrais enfants. Ce n’est pas un hasard si je suis devenu humoriste. Je suis pudique, je n’aime pas montrer ce que je ressens. Pourtant, paradoxalement, c’est beaucoup plus facile que de faire rire. On donne davantage, c’est plus déchirant. Mais, techniquement, c’est plus facile.

Parlez-nous du travail avec les enfants.

Avec Ilan, le petit garçon, j’avais l’impression de jouer avec Ramzy jeune : c’est une vraie boule d’énergie. Ilan était très jeune et Julien se montrait très exigeant avec lui. On dit toujours qu’il n’y a rien de pire que de tourner avec des enfants et un chien. En réalité, c’est bien pire de tourner avec Ramzy ; il est plus chien fou que les trois enfants et le chien réunis !

Cela fait des années que Ramzy opère un virage au cinéma avec des rôles plus dramatiques…

C’est quelque chose qu’il aime et en quoi il excelle. Il a vraiment cela en lui.

On a, au contraire, l’impression qu’avec ROULEZ JEUNESSE, vous avez éprouvé l’envie d’un « one shot ».

L’avenir le dira. J’ai le sentiment d’avoir laissé quelque chose de moi dans ce film. Alors que mon vrai moteur, c’est de m’amuser. Je ne retrouve pas ça dans le drame. Mais j’avance en âge, les choses évoluent. Finalement, tout est une question de rencontres. Vous êtes très critique envers les comédies mainstream… C’est vrai. Je les trouve catastrophiques. Elles s’emparent systématiquement de thèmes qui parlent au plus grand nombre. Elles sont mièvres, mal écrites, mal filmées, les arrière-plans sont bâclés, les gags déjà vus deux cent mille fois. Et le public les plébiscite. ROULEZ JEUNESSE, au contraire, prend des chemins de traverse. C’est ce genre de film que j’ai envie de défendre.

La fin de ROULEZ JEUNESSE, par exemple, ne se clôt pas par un happy end.

C’est ce que j’aime parce que c’est la vie. Ce type et ces mômes ont des vies cassées mais ils reprennent le dessus. Ils ont tout à inventer et ça, c’est la vraie vie. Ça me va !

Vous préparez une nouvelle saison de PLATANE. Votre vie à vous consiste de plus en plus à tout contrôler en occupant tous les postes. Pourquoi ?

C’est une règle que je me suis fixée depuis déjà longtemps. Notre démarrage a été très chaotique, avec Ramzy ; nous avons été parfois contraints de défendre des choses qui ne nous ressemblaient pas. L’expérience m’a appris que, si je voulais être fier de ce que je présentais, je devais être présent à toutes les étapes. C’est devenu vital pour moi.

Vous avez vécu un gros échec avec LA TOUR DE CONTRÔLE INFERNALE. Cela vous affecte ?

J’avais des attentes sur ce film, j’y avais mis beaucoup d’idées neuves, des rôles secondaires formidables… ça n’a pas pris. Et oui, j’ai été déçu.

Et quand vous tournez pour les autres ?

C’est un entracte. Un entracte heureux. Avez-vous toujours ce projet de réaliser votre projet de film sur ZORRO ? Plus que jamais. Je suis en train d’écrire et c’est Laurent Lafitte qui interprétera Zorro.  

  
#RoulezJeunesse

jeudi 31 mai 2018

AU POSTE!


Au cinéma le 4 juillet 2018

Le sympathique teaser du film est bien à l'image du travail de ce réalisateur : drôle, surprenant et absurde.

Un film de Quentin Dupieux
Avec Benoît Poelvoorde, Grégoire Ludig, Marc Fraize, Anaïs Demoustier et Philippe Duquesne


Résumé : Un poste de police.
Un tête-à-tête, en garde à vue, entre un commissaire et son suspect.

Teaser (VF)


  
#AuPoste


Autre post du blog lié au film AU POSTE!

mercredi 9 mai 2018

AU POSTE!


Au cinéma le 4 juillet 2018

Avec Quentin Dupieux derrière la caméra, on peut toujours s'attendre à un résultat inattendu. Ce long-métrage ne dérogera sûrement pas à la règle.

Un film de Quentin Dupieux
Avec Benoît Poelvoorde, Grégoire Ludig, Marc Fraize, Anaïs Demoustier et Philippe Duquesne


Résumé : Un poste de police.
Un tête-à-tête, en garde à vue, entre un commissaire et son suspect.


  
#AuPoste

samedi 19 avril 2014

Back to the present



Au cinéma depuis le 16 avril 2014

BABYSITTING est sorti mercredi au ciné.
J'ai bien ri en voyant cette comédie. Retrouvez mon avis ici.

Cette bande-annonce Twitter, qui permet de lire les tweets des spectateurs sur le film ainsi que de tweeter et retweeter son avis directement depuis la vidéo, est disponible :


Il y a également un nouvel extrait du film à découvrir :


Enfin sur la page fan, un jeu d'imitations d'animaux pour gagner ses places pour le film a été lancé récemment.
Pour le découvrir, cliquez sur ce lien https://www.facebook.com/Babysitting.lefilm ou l'image ci-dessous :


Suivez les actualités du film sur 
Twitter : https://twitter.com/UniversalFR et #Babysitting 

mercredi 26 mars 2014

Back to the future



Comédie qui fait rire

Réalisé par Philippe Lacheau, Nicolas Benamou
Avec Philippe Lacheau, Alice David, Vincent Desagnat, Tarek Boudali, Julien Arruti, Grégoire Ludig, David Marsais, Gérard Jugnot, Clotilde Courau, Philippe Duquesne, Charlotte Gabris, David Salles, Philippe Brigaud, Enzo Tomasini, Vladimir Houbart, Pascal Boisson, Sylvia Fasolo...

Long-métrage Français
Durée : 1h25m
Année de production : 2013
Distributeur : Universal Pictures International France
Twitter : https://twitter.com/UniversalFR et #Babysitting

Date de sortie sur nos écrans : 16 avril 2014 


Résumé : Faute de baby-sitter pour le week-end, Marc Schaudel confie son fils Remy à Franck, son employé, "un type sérieux" selon lui. Sauf que Franck a 30 ans ce soir et que Rémy est un sale gosse capricieux. Au petit matin, Marc et sa femme Claire sont réveillés par un appel de la police. Rémy et Franck ont disparu ! Au milieu de leur maison saccagée, la police a retrouvé une caméra. Marc et Claire découvrent hallucinés les images tournées pendant la soirée.

Bande annonce (VF)


Ce que j’en ai pensé : Hier soir, j’ai eu la chance d’assister à la projection en avant-première de la comédie française BABYSITTING. Julien Arruti, à la fois co-scénariste et acteur, a eu la gentillesse de venir introduire le film et répondre à nos questions.

Pour moi, impossible d’éviter, à priori, le parallèle avec PROJET X, film américain sorti en 2012, puisqu’il s’agit de la même thématique. Les deux films mettent en scène une soirée qui dérape méchamment. Alors que PROJET X mettait en avant une impressionnante batterie de moyens, BABYSITTING est beaucoup plus humble à ce niveau-là mais n’en reste pas moins tout aussi sympathique et surtout plein de trouvailles vraiment cool. A posteriori, il est évident qu'il y a des différences importantes entre les deux (la culture, l'âge des protagonistes et les enjeux notamment) qui en font des films distincts.

Si je dois faire un reproche à BABYSITTING, c’est qu’il met un peu de temps à décoller. Les 20 premières minutes posent le cadre longuement et de manière trop évidente par rapport à la suite des événements.
Mais une fois au centre du sujet - la soirée qui dégénère -, la comédie (et donc les éclats de rire) s’installe et à partir de là c’est un bon moment en perspective. Il y a d’excellentes idées et des personnages secondaires bien délires.
Une des réussites du film est que les réalisateurs, Philippe Lacheau et Nicolas Benamou ont réussi à ne pas faire ni une suite de sketchs, ni un film de potes, mais un long métrage avec une histoire, de l’humour et une morale. BABYSITTING a du cœur. On sent que l'équipe s'est bien éclatée tout en bossant sérieusement et surtout en gardant à l'esprit les spectateurs et l'envie de nous faire rire.
Autre point positif, bien que filmé en found-footage (une grande partie de l'histoire se base sur de vraies-fausses images retrouvées dans un caméscope, donc avec beaucoup de mouvements), la réalisation reste claire et agréable à regarder. 

Les trois acteurs principaux, Philippe Lacheau qui interprète Frank, Tarek Boudali, qui interprète Sam et Julien Arruti qui interprète Alex, forment un trio qui force la sympathie. A la fin du film, le spectateur est attaché à eux. Les seconds rôles tels que Vincent Desagnat qui interprète Ernest, Alice David qui interprète Sonia ou encore Philippe Duquesne qui interprète l’Agent Caillaud apportent un vrai plus par rapport au scénario et à la mise en scène de certains événements.



BABYSITTING a été une bonne surprise. Je me suis bien marrée et j'ai été étonnée de l'inventivité de certaines scènes. C'est un film à voir entre amis pour une franche rigolade.


Entretiens et notes de production
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers!)

ENTRETIEN AVEC PHILIPPE LACHEAU ET NICOLAS BENAMOU, RÉALISATEURS

Comment est né BABYSITTING ?
Philippe Lacheau : L’idée m’est venue chez moi, dans mon bain. On avait eu plusieurs projets cinématographiques avec la Bande à Fifi mais aucun ne s’était fait pour des histoires de budget. A cette époque, les films foundfootage comme PARANORMAL ACTIVITY débarquaient en masse. Ils ne coûtaient pas cher et cartonnaient à chaque fois. C’était tous des films d’horreur ou de science-fiction. Je me suis dit « reprenons le procédé, mais en comédie ». C’est là que m’est venue l’idée de BABYSITTING : des parents laissent leur enfant à un baby-sitter, retrouvent leur maison saccagée ainsi qu’une petite caméra, et ils appuient sur « play ». A la différence des found-footage classiques, dans notre film, il y a 40% de found-footage et 60% de réalisation traditionnelle.
Nicolas Benamou : Ce n’est pas un effet de mode, c’est un ingrédient au service de l’histoire.

En effet, le film débute comme une comédie classique, dans l’esprit du JOUET avec Pierre Richard. C’est par la suite qu’il vire au found-footage et à un humour plus proche de VERY BAD TRIP et des happenings à la Jackass.
P.L. : Pierre Richard, c’est celui qui m’a donné envie de faire de la comédie quand j’étais petit. Avec Terence Hill. Sinon, on a surtout été influencés par les comédies américaines, par leur sens du délire. Plus par VERY BAD TRIP que par « Jackass ». L’idée n’était pas de leur ressembler mais d’aller aussi loin que possible dans les situations décalées tout en racontant une histoire. On risque d’être comparés à PROJET X à cause du sujet sauf que j’ai écrit BABYSITTING avant. Quand PROJET X est sorti, j’ai d’abord eu très peur. Puis je suis allé le voir et j’ai compris que c’était très différent. BABYSITTING n’est pas un film de teuf, c’est une comédie plus familiale.

L’aspect found-footage, cela induit quoi en termes de mise en scène ?
N.B. : On ne se contente pas de filmer des gens dans une fête. Il faut mettre en scène le bordel. Le plus difficile, c’est de créer de faux instants de vérité, de faire croire que tout a été pris sur le vif, le temps d’une nuit. Ça doit avoir l’air tout simple alors que c’est beaucoup de boulot. Et d’excitation.
P.L. : On a énormément travaillé en plans-séquences. Il nous arrivait, en une nuit de tournage, de ne mettre en boîte qu’un seul plan. Mais de 4 minutes. La grosse scène de fête de la fin, elle est composée de deux plans. Il y a 150 figurants, des cascades, tout le monde a du texte, le gamin doit mimer un saut par la fenêtre, être remplacé par sa doublure pour qu’on le retrouve quelques secondes après dans la piscine… Et si un seul se plante, il faut tout recommencer.
N.B. : Les figurants sont très actifs. Ça crée une émulation, une solidarité entre les acteurs et l’équipe que l’on ne trouve pas sur un tournage traditionnel.

Vous avez signé le film à deux, ce qui est assez rare. Comment est née votre collaboration ?
P.L. : Il y a plus de dix ans, Nicolas travaillait pour le « Morning Live » de Michaël Youn sur M6 et moi sur sa petite soeur, Fun TV. On se croisait souvent. Mais le déclic a eu lieu l’année dernière, au Maroc, sur le tournage de PARIS À TOUT PRIX de Rheem Kerici. Nicolas était superviseur technique, moi, j’avais co-écrit le film et je jouais dedans. Je lui ai fait lire le scénario de BABYSITTING, il a beaucoup aimé. Ça a été « coup de foudre à Casablanca ».
N.B. : On a des références et un parcours communs. Et on a toujours été raccords sur le film qu’on faisait. Sur un tournage, on est très complémentaires. Nos tempéraments ne sont pas actifs de la même façon et au même moment. Comme Fifi est aussi à l’écran, il était souvent avec les autres acteurs et moi, j’avais plus la main sur l’organisation du plateau. Chacun est là où l’autre n’est pas et, au final, c’est plutôt efficace.

Parlons des acteurs. BABYSITTING organise la rencontre de plusieurs familles et générations de la comédie : la Bande à Fifi, Alice David de « Bref », Vincent Desagnat de la famille Michaël Youn, David Marsais et Grégoire Ludig du Palmashow, Gérard Jugnot du Splendid, Philippe Duquesne des Deschiens.
N.B. : C’est un tour d’horizon de toutes nos influences comiques.
P.L. : On a eu beaucoup de chance de les avoir. Tout le monde a été super.

Le couple formé par Clotilde Courau et Gérard Jugnot est assez inattendu.
P.L. : On s’est dit : « c’est bizarre mais ça va marcher ». Il est riche, elle est jeune ; c’est un couple moderne ! Clotilde nous a dit qu’elle en connaissait beaucoup des comme ça. Clotilde et Gérard ont été très généreux. Ils nous faisaient confiance et ne nous ont jamais regardés de haut.
N.B. : Entre les prises, à chaque fois que les assistants proposaient à Clotilde ou Gérard de retourner dans la logeéquipe, ils préféraient rester avec nous sur le plateau. Jugnot nous a dit avoir beaucoup apprécié l’énergie du tournage. Il régnait un vrai esprit d’équipe, proche de celle d’une troupe de théâtre.

Parmi les nombreuses scènes délirantes, il y en a une vouée à devenir culte : celle de la danse Surra de Bunda, où une strip-teaseuse gifle Franck avec ses fesses.
N.B. : Il fallait que Franck ait la honte de sa vie devant la fille dont il est secrètement amoureux.
P.L. : On voulait une scène de strip-tease et on cherchait ce qu’il pourrait y avoir de plus humiliant pour lui. La chantilly dans le pantalon, le seau de glaçons sur le sexe… tout ça, c’était déjà vu. Et on a trouvé cette danse du Brésil. Les Brésiliennes l’utilisent pour se venger des hommes.
N.B. : Avec la coupe du Monde de football qui arrive, on n’est pas à l’abri d’une mode.

ENTRETIEN CROISÉ ENTRE ACTEURS
AVEC ALICE DAVID, PHILIPPE LACHEAU, TAREK BOUDALI ET JULIEN ARRUTI

Comment décririez-vous vos personnages ?
Alice David : Sonia, mon personnage, est une fille assez fraîche et simple. Elle travaillait anciennement avec Franck aux éditions Schaudel et, à l’époque, il y a eu un petit raté entre eux.
Philippe Lacheau : On ne voulait pas faire de Sonia un cliché de la belle gosse mais une fille rigolote et rock’n’roll. Alice, on ne la connaissait pas avant et on a découvert qu’elle était exactement comme ça. Il fallait qu’elle contraste avec Franck qui lui est plutôt coincé, timide. C’est une victime, un mec gentil mais avec un charisme proche de 0 et ce côté Pierre Richard du mec qui n’a pas de chance. Et puis il a les amis les plus stupides et insouciants au monde. Au fur et à mesure du film, Franck va évoluer, prendre de l’assurance, que ce soit avec ses potes ou avec Sonia dont il est amoureux.
Alice David : La maladresse de Franck, c’est aussi ce qui touche Sonia. Elle n’est pas dupe. Il y a eu ce raté entre eux, elle fait croire qu’elle ne s’en souvient pas mais si elle vient à cette soirée, c’est parce que Franck lui plaît.
Julien Arruti : Moi, je joue Alex, le meilleur pote d’enfance de Franck qui a pour caractéristique principale d’être le pire abruti de la planète.
Philippe Lacheau : Comme quoi, il n’y a pas que des rôles de composition !
Julien Arruti : Fifi m’a dirigé en me disant : « On doit se demander si les parents de ton personnage n’étaient pas de la même famille avant de se marier » ! Du coup, j’ai beaucoup travaillé… Alex, il aime la vitesse, les voitures, la teuf. Son but dans la vie, c’est de faire un film qui buzze sur le web.
Alice David : Il a pour spécialité de mettre les pieds dans le plat. Et son intérêt va à l’encontre de celui de Franck : plus il se passe des trucs de ouf pendant la soirée, plus Alex est content parce qu’il pourra récolter des vues sur internet avec sa vidéo.
Tarek Boudali : Quant à Sam, mon personnage, il aime les filles, ses potes et s’amuser. C’est un dragueur qui ne serre pas souvent. Et dès qu’il est possible de faire une connerie, c’est lui le moteur. Les personnages nous sont venus assez naturellement, ils correspondent à ce que chacun de nous s’éclate à jouer.

Tourner en found-footage, ça change quoi quand on est acteur ?
Alice David : Beaucoup de choses. Déjà, on ne fonctionne qu’en plans-séquences. Alors qu’en temps normal, on tourne la même scène en plusieurs fois sous trois-quatre axes différents. Comme, en plus, c’est une comédie, il fallait que tout soit très construit rythmiquement. On ne pouvait pas se reposer sur le montage pour les effets comiques. A côté, cela autorise une grande liberté de jeu au sein de chaque séquence. C’est génial de tourner en found-footage !
Tarek Boudali : Dans le film, il y a pas mal de scènes avec beaucoup de personnages. Tout le monde, même ceux qui n’ont qu’une réplique, devait rester très concentré. Parce qu’il en suffit d’un qui bafouille ou qui oublie son texte et il faut tout recommencer depuis le début.
Philippe Lacheau : C’est comme d’être accrochés par une corde à une falaise : s’il y en a un qui tombe, il emporte tous les autres avec lui. Ça oblige à rester solidaires. Il faut se l’avouer : sur un tournage traditionnel, quand on a la caméra sur soi, on se donne à 400% mais quand on est hors-champ ou en contre-champ, on est en deçà, même inconsciemment. Alors que là, on devait toujours être à fond.

Il y en a un(e) qui s’est planté(e) plus que les autres ?
Tarek Boudali : Je ne balancerai pas. Tout ce que je peux dire, c’est que ce n’est pas moi.
Alice David, Philippe Lacheau et Julien Arruti (ensemble) : Nous non plus !

Le found-footage laisse-t-il la place à l’improvisation ?
Julien Arruti : Il n’y a pas de vraies impros mais, parfois, il fallait combler un peu pour le rythme ou lors d’un déplacement.
Tarek Boudali : Comme dans la scène où on sort du bois et qu’on parle des putes.
Alice David : Mais il fallait rester précis dans le timing. Certains mouvements de caméra étaient calés sur une réplique ; si elle arrivait une demi-seconde trop tôt ou trop tard, c’était foutu.

La fête que l’on voit dans le film, c’est votre fantasme de soirée idéale ?
Tarek Boudali : Non, on est très fête mais plus relax.
Julien Arruti : Il y a quand même pas mal de trucs cool. Pour l’anecdote, à un moment j’embrasse un travelo et ils m’ont tous fait croire que c’était un vrai.
Alice David : Il faut préciser que ce qu’on voit à l’écran ne correspond pas forcément à ce qu’on a vécu. Par exemple, dans la scène où on traverse la fête avec le gamin dans les bras, il ne devait pas y avoir un bruit pour qu’on puisse entendre nos dialogues. On était au milieu de 150 figurants qui faisaient mine de s’éclater, en silence !

Alice et Philippe, vous nous gratifiez d’un duo mémorable sur la chanson « I Want You back » des Jackson Five, accompagnés par un orchestre bavarois. Vous avez beaucoup travaillé pour chanter aussi mal ?
Alice David : On a pris un cours de chant avant le tournage. On ne se connaissait encore pas bien et, franchement, il n’y a pas mieux pour créer des liens. Parce qu’on est bien obligé de prendre sur soi et d’y aller gaiement. Dans la vie, je chante un petit peu mais j’ai une voix plus grave. Là, on est parti sur une tonalité haute pour que ça sonne plus spontané. L’important n’était pas la justesse mais l’énergie.
Philippe Lacheau : Pareil pour la danse. Je suis fan de Michael Jackson et je connais pas mal ses chorégraphies. Mais si je m’étais mis à danser trop bien, ça m’aurait sorti du personnage. J’ai dû me retenir, vous n’imaginez pas la frustration que ça a été.
Julien Arruti : Tous les ans, à son anniversaire, Philippe fait Michael Jackson. C’est vous dire s’il l’a bossé.
Tarek Boudali : Moi, mon truc, c’est d’imiter les animaux. J’y ai droit à chaque soirée. Comme dans le film, ils m’obligent à faire l’écureuil, le dinosaure, la tortue… Autant dire qu’il n’y pas mieux pour ruiner toutes mes chances auprès des filles.
Philippe Lacheau : Vous savez qu’on a débuté le tournage du film un 25 juin. Le jour de mon anniversaire mais aussi celui de la mort de Michael Jackson !

Autre scène potentiellement culte : celle de la danse Surra de Bunda. On voit dans le générique de fin que vous y êtes tous passés.
Tarek Boudali : J’ai eu mal au crâne tout le reste de la journée.
Alice David : Moi, j’en suis sortie avec un torticolis qui me poursuit encore. Se prendre un cul dans la gueule, c’est très drôle pour les gens qui regardent mais pour soi, c’est horrible.
Philippe Lacheau : Ils se plaignent de l’avoir fait une fois pour les besoins du générique alors que, pour ma scène, j’ai dû y passer 24 fois. La fille avait des Rangers qui frottaient sur mes épaules, je n’en pouvais plus.

Parlons des différentes générations et familles d’acteurs qui se croisent dans le film. Il y a Gérard Jugnot, Clotilde Courau, Vincent Desagnat, Philippe Duquesne, vous Alice…
Tarek Boudali : Le fait qu’ils aient tous accepté spontanément a été très important pour nous. Ca veut dire que le scénario leur a plu, qu’ils nous ont fait confiance. Une cohésion assez magique s’est créée entre nous. Que Gérard Jugnot, qu’on admire tant, nous prenne au sérieux sans jamais nous regarder de haut, est quelque chose d’incroyable. Pareil pour Alice qu’on ne connaissait pas et qui s’est intégrée très naturellement à l’équipe. On a fini de tourner il y a plus de six mois et, aujourd’hui, on continue à se voir, à passer des soirées tous ensemble. C’est un vrai film de bande, ce dont on est très fiers.
Alice David : Si on avait trois jours off durant le tournage, on se demandait ce qu’on allait bien pouvoir faire tellement on avait hâte de se retrouver. On n’a pas eu à composer pour entretenir un rapport complice.
Julien Arruti : Dans la bande à Fifi, on est potes d’enfance. On s’entend très bien et je crois que la bonne humeur qui transpire de nos délires est assez contagieuse.
Phlippe Lacheau : BABYSITTING représente un aboutissement pour nous. Il y a eu la radio, le théâtre, la télé, des petites chaînes, des grosses chaînes… Tout ça, c’était dans un seul but : faire notre film.
 Julien Arruti : J’en ai des frissons…

Quel souvenir vous restera du tournage ?
Alice David : Il y en a plein. J’ai adoré les cascades en bagnole. C’était le dernier jour de tournage, on était chargés des sept semaines passées ensemble et on a fini avec cette scène pleine d’adrénaline où la voiture de keufs nous poursuit. Super jouissif !
Philippe Lacheau : Autant je serais incapable de choisir un bon souvenir tellement il y en a eu, autant je n’ai aucun mal à citer le pire : ma scène de bisou avec Tarek. Au moment de l’écriture, on trouve ça marrant. Mais quand, deux ans après, on comprend qu’il va falloir la tourner, c’est différent.
Tarek Boudali : Cette scène, je ne peux pas la regarder. Le pire, c’est que c’est moi qui en ai eu l’idée !
Julien Arruti : Moi, je n’ai pas de pire souvenir depuis que je sais que ce n’était pas un travelo.
Philippe Lacheau : Mais si tu en as un. Julien est souvent off puisque c’est lui qui est censé tenir la caméra dans l’histoire. Une grande partie du tournage, il n’était donc pas à l’image. Sauf un jour où on devait le voir dans tous les plans. Eh bien, ce jour-là…
Julien Arruti : … j’ai bu l’eau de la fête foraine.
Philippe Lacheau : Et il s’est trouvé malade, genre gastro carabinée. A un moment, ça n’allait pas du tout, il est parti aux toilettes et il a oublié d’enlever son micro…

Les sketches de la Bande à Fifi au « Grand Journal » étaient très référencés, ils faisaient appel à un humour de jeunes geek. BABYSITTING est un film plus familial.
Tarek Boudali : Ce qu’on faisait sur Canal+ était plus burlesque et décalé. Là, le found-footage nous obligeait à miser davantage sur le naturel. On ne devait pas voir des comédiens jouer mais des mecs en soirée. J’ai d’ailleurs tenu à ce qu’on ne répète pas trop entre nous avant le tournage pour garder une certaine fraîcheur.
Julien Arruti : BABYSITTING n’est pas qu’un film avec des vannes. Il y a des personnages attachants et une histoire dont on veut connaître la fin.
Tarek Boudali : Au cinéma, il faut toucher un maximum de personnes, donc différentes générations. Au départ, on pensait que le film s’adressait aux ados et aux jeunes adultes jusqu’à, disons, 35 ans. Après la projection au Festival de l’Alpe d’Huez, des personnes de 75-80 ans sont venues nous dire qu’elles s’étaient marrées du début à la fin. Ca nous a surpris et fait chaud au coeur. Et ça veut dire que les gens peuvent y aller en famille. « On voit une bande de potes et on a envie d’être potes avec vous », a-t-on entendu. Si les spectateurs se disent ça, alors le pari est réussi.

Vous referiez un film ensemble ?
Tous (ensemble) : A fond !

LA MUSIQUE, LE SURRA DE BUNDA

BABYSITTING mettant en scène une soirée, la musique y tient un rôle primordial. Elle a été composée par Maxime Desprez et Michael Tordjman. « On vient de la musique électronique », confie Maxime Desprez. « Or BABYSITTING est un film très porté sur la fête, sur les sons dance-floor. On connaît bien ça ». Producteurs du tube « Stand on the Word » de Keedz et collaborateurs, entre autres, de Madonna, David Guetta et Bob Sinclar, ces deux requins de studios avaient déjà oeuvré au cinéma, notamment pour la comédie à succès LES PROFS.

Pour BABYSITTING, Desprez et Tordjman ont composé plus de 50 minutes de musique en trois mois. « Il ne fallait pas que ce soit répétitif, explique Maxime Desprez. On a pu explorer plein de directions et miser sur un grand éventail de styles musicaux : un morceau électro-pop en ouverture, du dub-step électronique durant la fête, de courts thèmes jazzy ou bossa nova, un thème de fin très ballade rock anglo-saxonne… ». Hormis un titre préexistant - « Bang Bang » de Mani – qui accompagne la séquence à la fête foraine et la reprise d’ « I Want You Back » des Jackson 5 par Alice David et Philippe Lacheau, toutes les chansons ont été composées pour le film, avec la participation d’artistes tels que Flo Malley (finaliste de l’émission « The Voice ») et la chanteuse de world music Marcia Grandini. Quant à la scène déjà culte du Surra de Bunda, elle est rythmée par le morceau « Boom del Culo » interprété par Audrey Sarrat. « Il existe une musique brésilienne pour la Surra de Bunda, précise Desprez, mais on a voulu s’en éloigner un peu. Notre thème est plus cinématographique, plus burlesque ».

 Ce n’est pas du strip-tease, ce n’est pas du lapdance, ce n’est pas de la samba : c’est du Surra de Bunda ! Tel est le nom de la danse pratiquée sur Franck (Philippe Lacheau) en guise de cadeau d’anniversaire surprise. Le principe ? La fille s’accroupit sur les épaules de sa « victime » et la gifle avec ses fesses au rythme de la musique. Originaire du Brésil, le Surra de Bunda (littéralement « raclée de popotin ») a été créée il y a environ quatre ans par le groupe Tequileiras do Funk. Depuis, celui-ci a pris pour habitude, à chacun de ses concerts, d’inviter les hommes du public à se soumettre aux coups de croupe de danseuses pour le moins (dé)culottées.

UN FEEL-GOOD MOVIE

BABYSITTING est la première comédie française mélangeant récit traditionnel et found-footage. Le foundfootage employé au sein d’une comédie relève d’un enjeu d’écriture et de mise en scène pour le moins singulier. Ecrit par le noyau dur de l’ex-bande à Fifi, Philippe Lacheau, Tarek Boudali, Julien Arruti et Pierre Lacheau, le scénario de BABYSITTING est un audacieux meltingpot. On y retrouve le goût des faux happenings, le sens du délire cartoonesque et la bonne humeur communicative de Philippe Lacheau et ses camarades, mais dans un cadre totalement nouveau. Le scénario, très structuré, renvoie aux mécaniques implacables à la Francis Veber, dont LE JOUET a eu une influence déterminante sur le film. L’humour potache et décalé témoigne de l’amour des auteurs pour la comédie américaine actuelle. Quant aux références pop (le gag du voisin qui s’envole, inspiré de LÀ-HAUT des studios Pixar) et autres clins d’oeil à certains sketches cultes de la Bande à Fifi (la course de Mario Kart pour de vrai), ils achèvent de faire de BABYSITTING un feel-good movie aussi imprévisible que survolté.

LE FOUND-FOOTAGE


BABYSITTING emprunte au genre du found-footage. Le terme found-footage désigne les films composés d’images censées avoir été trouvées, découvertes à l’abandon, donc supposées authentiques. Le genre est né à la fin des années 1970 avec le film comédie américaine actuelle. Quant aux références pop (le gag du voisin qui s’envole, inspiré de LÀ-HAUT des studios Pixar) et autres clins d’oeil à certains sketches cultes de la Bande à Fifi (la course de Mario Kart pour de vrai), ils achèvent de faire de BABYSITTING un feel-good movie aussi imprévisible que survolté. italien CANNIBAL HOLOCAUST de Ruggero Deodato qui fit longtemps polémique : sa promotion avait été orchestrée autour de l’idée (fausse) que tout ce que l’on y voit – dont des scènes de tortures et de mises à mort d’humains et d’animaux - était véridique. Il a été remis au goût du jour par le succès historique du PROJET BLAIR WITCH de Daniel Myrick et Eduardo Sanchez en 1999 avant de devenir à la mode, en 2007, grâce au carton de PARANORMAL ACTIVITY d’Oren Peli. La plupart des found-footage sont des films d’horreur ([REC], LE DERNIER EXORCISME) ou de science fiction (CLOVERFIELD, CHRONICLE). Il y a deux ans, PROJET X de Nima Nourizadeh a repris le concept au sein d’une comédie. Aujourd’hui, BABYSITTING est la première comédie française mélangeant à parts égales foundfootage et mise en scène traditionnelle.