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samedi 13 juillet 2019

100 KILOS D'ÉTOILES


Comédie dramatique/Un film touchant sur le mal-être

Réalisé par Marie-Sophie Chambon
Avec Laure Duchêne, Angèle Metzger, Pauline Serieys, Zoé de Tarlé, Isabelle De Hertogh, Philippe Rebbot, Jonathan Lambert...

Long-métrage Français
Durée: 01h28
Année de production: 2017
Distributeur: Bac Films

Date de sortie sur nos écrans : 17 juillet 2019


Résumé : Loïs, 16 ans, n'a qu'un rêve depuis toute petite : devenir spationaute... s’envoler loin de cette Terre où elle se sent si étrangère. Mais elle a beau être surdouée en maths et physique, il y a un problème : Loïs pèse 100 kilos... et pas moyen d'échapper à ce truc de famille qui lui colle à la peau. Alors que tout semble perdu, Loïs rencontre Amélie, Stannah, et Justine, trois adolescentes abîmées comme elle par la vie, prêtes à tout pour partir avec elle dans l'espace…

Bande annonce (VF)


Ce que j'en ai pensé 100 KILOS D’ÉTOILES va vous toucher droit au cœur. La réalisatrice Marie-Sophie Chambon nous raconte une histoire qui ne tourne ni au road-trip pétrit de bons sentiments, ni au drame larmoyant. Il trouve un équilibre tout en sensibilité pour nous parler de la souffrance. 

Souffrance du corps et surtout souffrance de l'esprit qui s'installe au gré des expériences difficiles et du vécu douloureux. Elle met en place un environnement qui met sans cesse en opposition l'existant et le désiré. Ainsi, comment une jeune fille brillante et aimée par sa famille, peut-elle se sentir moins que rien parce qu'elle est en surpoids ? Il y a ici, sans vraiment le pointer du doigt, une véritable remise en cause sociétale de la façon dont les apparences prennent le dessus sur l'intelligence, sur ce que l'on dit (ou laisse dire) ou faire sous prétexte d’être dérangé par le physique de l’autre, de juger sans savoir ni comprendre, ainsi que la pression qui s'instaure sur la vision du corps dans le quotidien. Il est alors profondément touchant et révoltant de comprendre que ces jeunes adolescentes souffrent alors qu'on leur trouve mille et une raison d'être elles-mêmes tout simplement parce qu'elles ont beaucoup à offrir. 

La réalisatrice nous entraîne dans cette aventure qui tend vers l'étincelle qui permet de vivre ce moment précieux où l'on est heureux sans se préoccuper du regard des autres. Les sondes dans ce film servent de métaphore du lien avec la vie, comme une voie existant par défaut dans laquelle il faut trouver son chemin en tâtonnant. 

La narration aurait mérité d’être un peu plus lissée, car certains moments prennent forme sans qu’on sache vraiment d’où ils tiennent leur source. Cependant, la sensibilité exacerbée de l’adolescence sonne juste tout le temps. Elle est relayée par quatre jeunes superbes actrices : Laure Duchêne qui interprète Loïs, Angèle Metzger qui interprète Amélie, Pauline Serieys qui interprète Stannah, Zoé de Tarlé qui interprète Justine. Elles apportent toutes des personnalités marquées à leur protagoniste, chacune nous faisant ressentir le combat intérieur de son personnage. 




Copyright photos @ Bac Films

Quant à Philippe Rebbot qui interprète Jean-Luc, le père de Lois, et Isabelle de Hertogh qui interprète Jocelyne, la mère de Lois, ils forment un couple émouvant et sont une représentation parentale particulièrement attendrissante.

100 KILOS D’ÉTOILES n’est pas un film drôle, mais c’est un film vrai qui parle du mal-être ainsi que de la force de l’amitié et de l’amour familial. Il fait vibrer une corde sensible chez les spectateurs, c’est ce qui en fait une très jolie découverte.

NOTES DE PRODUCTION 
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

BIOGRAPHIE DES HÉROÏNES

Laure Duchêne
C’est lors d’un casting sauvage que Laure a été découverte. C’est avec 100 kilos d’étoiles qu’elle fait ses premiers pas au cinéma.

Angèle Metzger
Angèle Metzger est une actrice française née le 7 avril 1998 à Paris. Elle fait ses premiers pas au cinéma en 2017 dans la comédie fantastique Madame Hyde aux côtés d’Isabelle Huppert puis enchaine dans 100 kilos d’étoiles de Marie-Sophie Chambon où elle tient l’un des rôles principaux. Par la suite, elle joue dans plusieurs courtsmétrages : Le nom du fils de Louis Delva, Partagé/e de Julien Vallon et Anna Vernor II d’Edouard Carretié. Angèle Metzger est également dans le dernier film de Lisa Azuelos, Mon bébé où elle joue avec Sandrine Kiberlain.

Zoé de Tarlé
Après avoir suivi une formation en danse contemporaine au Conservatoire à Rayonnement Régional de Paris, elle est ensuite entrée dans la troupe de danse dirigée par Marion Muzac. Zoé a participé à la création du spectacle « Ladies First, de Loïe Fuller à Joséphine Baker » qui a tourné en France et en Belgique. En parallèle, elle a tourné dans plusieurs courts-métrages.

Pauline Serieys
Pauline a débuté sa carrière de comédienne avec Palais Royal de Valérie Lemercier. Elle apparaît ensuite dans quelques téléfilms et longsmétrages en parallèle de sa scolarité, jusqu’à Une famille à louer de Jean-Pierre Améris qui lui vaut d’être nommée aux Révélations des César 2016. Elle décroche ensuite un rôle majeur dans la série Les Grands réalisée par Vianney Lebasque, récompensée deux années de suite au Festival de la fiction TV de La Rochelle, et dont la dernière saison sera diffusée sur OCS à la rentrée. Pauline sera prochainement à l’affiche de Notre Dame, de Valérie Donzelli.

ENTRETIEN AVEC
Marie-Sophie Chambon
La co-scénariste et réalisatrice

Princesse et L’Obsolescence programmée des machines, vos courts-métrages, sont annonciateurs de 100 Kilos d’étoiles, votre premier long-métrage. Vous y faites l’esquisse de votre héroïne, Loïs, petite, puis jeune fille, dont le surpoids fragilise sa relation au monde. Ce personnage vous habite-t-il depuis longtemps ?

Depuis que j’écris, j’ai en tête un personnage de fille ronde. Il m’a sans doute été inspiré par mon vécu, car ma mère, très sensible à la question de l’apparence physique, a mis ma soeur au régime très tôt. J’ai donc observé cette souffrance-là, enfant. Avec le temps, j’ai pris conscience qu’un corps de femme en surpoids symbolisait à lui seul ce que la femme n’a pas le droit d’être dans notre société. La femme se doit d’être un symbole de désir, sa représentation est souvent pensée par le prisme du regard masculin. C’est le reflet d’une société de consommation. Une femme corpulente est pour moi une figure de révolte, une figure politique.

D’emblée, votre film pose la question de la place que prend ce corps dans l’espace, dans un plan de couloir introductif où deux femmes obèses peinent à se croiser…

La question du surpoids est aussi liée à celle de la classe sociale. Statistiquement, on sait qu’il y a davantage d’obèses parmi les classes défavorisées que parmi les classes aisées. J’avais donc en tête l’image de personnages coincés dans un espace trop petit pour eux, car ils n’ont pas les moyens de vivre dans un appartement plus spacieux. Mon film ne parle pas de précarité, mais il m’importait qu’on sente que Loïs vient d’une famille modeste.

Ce couloir étroit était lié, dans mon esprit, à l’idée d’un espace, celui de cette famille, où les corps ne peuvent vivre en harmonie. Cette séquence soulève cette question : comment font ces corps pour évoluer dans un monde qui ne leur est pas adapté ? 

Ce corps, épais et robuste, engendre chez Loïs une conscience aiguë de ce que représente la pesanteur terrestre…

C’est un personnage, en effet, extrêmement conscient du monde auquel elle appartient et de sa place fragile dans cet ensemble. Dans les premières versions de mon scénario, j’avais imaginé que nous étions dans l’espace et que l’espace était découpé en échelles de valeur. Loïs expliquait qu’elle était une infime partie d’un grand tout, en partant de la terre jusqu’à la représentation de la toile cosmique, qui est une des visions les plus abstraites que nous puissions avoir de l’univers. Je me suis raconté que Loïs était consciente de ces dimensions et qu’elle souffrait de vivre sur une planète où il lui est reproché de faire quelques dizaines de centimètres en trop, alors que l’univers est immense et que ses limites sont à peine concevables. Elle est touchée par cette absurdité.

Elle est trop grosse pour la terre, mais que cela représente-t-il au regard de l’échelle de l’univers ? Tout est relativité pour elle.

Le prénom Loïs fait ici référence à la femme de Superman, un super-héros entre ciel et terre…

J’ai commencé à écrire cette histoire lorsque j’étais encore élève en scénario à la FEMIS. Dans les premières versions, le père de Loïs était fan de Superman. C’était un militaire qui avait pu rencontrer, un jour, l’actrice qui incarne la compagne de Superman à l’écran, Margot Kidder. Ma Loïs à moi avait fantasmé que cette actrice était sa mère cachée, car elle tentait de se persuader qu’elle n’était pas la fille de sa mère. J’ai abandonné cette idée, mais gardé le prénom de Loïs en référence à Superman.

Le handicap au sens large est au cœur de 100 Kilos d’étoiles, à travers le profil de quatre jeunes filles « un peu spéciales », comme dit l’une d’elle. Ce handicap engendre une volonté de fuite hors du monde, ce que fait Superman grâce à sa faculté de voler…

Oui, Superman peut s’échapper et c’est ce qui touche Loïs. C’est une image qui est très présente dans sa tête : s’extraire du monde, voler… Stannah, coincée dans son fauteuil, et Amélie, à cause de son anorexie, sont toutes les deux, comme Loïs, dans une quête d’apesanteur physique qui les soulagerait du poids que représente leur corps. Justine, quant à elle, avec cette maladie psychique, est également dans un rêve d’évasion qui lui permettrait d’échapper à la dureté du monde. Elles ont ce rêve en commun et c’est pour ça qu’il y a un point de rencontre possible très fort entre elles.

Votre héroïne ne fait pas que s’échapper : elle grandit. Il y a là l’idée d’un conte initiatique…

C’est juste. Les Anglais ont ces jolis mots pour désigner les récits d’apprentissage : les coming- of-age stories. Au début du récit, Loïs se sent seule au monde. Le film s’ouvre avec sa voix intérieure, comme si l’on se trouvait dans sa tête. Le mouvement du film amène cette voix à répondre à quelqu’un : à la fin, ses lettres ne sont plus destinées à l’univers, mais à d’autres gens. C’est une façon pour moi de la raccorder à la vraie vie, dans le sillage du moment de grâce où elle s’est envolée avec ses amies.

Le rêve, l’évasion physique et mentale de vos héroïnes ouvrent la porte au merveilleux, genre peu représenté dans le cinéma français…

C’est vrai et j’aime le cinéma pour ça : lorsqu’il est relié au réel, mais qu’opère une forme de grâce qui provient de l’imaginaire des personnages. On ne sait pas, dès lors, si ce qui se joue existe ou non, mais peu importe, car le cinéma nous donne à représenter ce que l’on porte au plus profond de nous.

Quels furent vos partis pris de mise en scène pour figurer la cohabitation de ces deux mondes, terrestre et aérien ?

Il m’importait d’être au plus près de la réalité dans les effets spéciaux. C’est la raison pour laquelle je ne voulais pas utiliser de fonds verts pour aborder l’espace et l’univers, mais un fond noir sur lequel nous avons ajouté des étoiles, afin d’accentuer la dimension extraordinaire du film sans que cela ne paraisse trop faux. Dans la séquence où mes comédiennes sont sur le bord de la fenêtre dans la chambre d’hôpital, nous avons reconstitué un mur pour avoir cette grande vitre qui donne sur l’extérieur et faire éprouver ce sentiment d’ouverture et de liberté. Dans la séquence dans la grotte, nous avions initialement l’intention d’ajouter des vers luisants, mais le décor était suffisamment beau en lui-même avec ses roches naturelles qui évoquent l’univers. Avec mon chef-opérateur, Yann Maritaud, nous avons préféré la filmer telle quelle. De la même manière, lorsque les héroïnes s’envolent, c’est un vrai ciel que l’on voit derrière elles. Il y avait davantage de merveilleux dans mon scénario, mais j’aime qu’il se soit immiscé autrement dans le film que par des effets spéciaux.

Vos décors successifs - l’appartement de la famille de Loïs, son lycée, la piscine, l’hôpital, la grotte, le CNES (Centre National d’Études Spéciales) – jouent alternativement avec les idées d’enfermement et d’ouverture, et avec trois éléments, le ciel, la terre et l’eau…

C’est sans doute inconscient, mais c’est vrai. Il y a aussi l’idée du sol martien qui m’est venue en visitant le CNES. Là où vont discuter Loïs et un participant au concours. Cet endroit donne la sensation d’être dans le monde et hors du monde à la fois, c’est pourquoi je n’ai pas voulu qu’on masque la route à son abord. J’aime l’idée que le rêve de Loïs soit aussi concret. C’est ce qu’elle apprend. Le film pose cette question : que faire de nos fantasmes ? Ce récit initiatique permet à Loïs de transformer son rêve en quelque chose de concret : vouloir visiter l’espace, c’est devoir aussi rencontrer le monde.

Vous filmez aussi une histoire d’amitié entre des “pieds nickelés” au féminin. Toutes quatre sont à la fois très naïves et très conscientes de la violence du monde…

On représente souvent les adolescents d’aujourd’hui comme des êtres très sexualisés. Or, si la sexualité faisait partie de mes questionnements à l’adolescence, elle n’était pas du tout au centre de ma vie. Je me suis fait la même réflexion face aux adolescentes des colos dans lesquelles j’ai travaillé comme animatrice : le passage à l’âge adulte passe par autre chose. Je voulais donc que mes héroïnes ne soient pas focalisées sur des questions sexuelles. Elles ont vécu des choses violentes et sont à la fois mûres et immatures. Affectivement, elles sont parfois un peu enfantines, et en même temps, elles sont très conscientes de la rudesse du monde qui les entoure. J’ai aimé jouer sur cet entre-deux-âges de la vie.

Comment avez-vous travaillé la tonalité et le positionnement du film, entre drame et comédie, réalisme et réalisme magique…

À l’écriture, j’aime raconter des choses tristes avec un ton assez drôle et léger. Nous avons ensuite beaucoup travaillé avec mes comédiennes, lors d’une semaine de répétition avec un coach acteur, Aurélien Némorin, afin qu’elles s’approprient le texte et trouvent le ton juste. Beaucoup de dialogues leur appartiennent, d’ailleurs. Je les ai poussées vers la comédie, y compris lors des moments graves. Quant au réalisme magique dont vous parlez, c’est plus fort que moi : il intervient quoi que j’écrive ! Mais je voulais que la mise en scène oscille constamment entre une vision concrète du monde et une vision plus fantasmée, qui correspond au deal que l’on fait tous intérieurement entre nos rêves et la réalité.

D’où viennent vos quatre jeunes comédiennes ?

Je voulais mêler actrices expérimentées et débutantes, afin qu’elles puissent se nourrir les unes les autres.

Avec Kenza Barrah, en charge de mon casting, nous avons mis six mois à trouver Laure Duchêne, qui joue Loïs. Kenza a fait les sorties de collèges et de lycées à Paris, en Bretagne, en Normandie, et c’est au Salon du Livre de la Porte de Versailles qu’elle a trouvé Laure, qui venait à Paris pour la première fois. Plusieurs paramètres étaient en jeu pour ce rôle : il fallait, bien sûr, une fille ronde, mais aussi une fille qui aime la science et qui joue juste. Pauline Serieys a débuté petite au cinéma dans Palais Royal de Valérie Lemercier. Je l’avais repérée dans Les Grands, une série pour OCS que j’ai beaucoup aimée.

Angèle Metzger avait joué dans Madame Hyde de Serge Bozon. J’aimais beaucoup sa voix. Au début, je trouvais juste Angèle trop douce pour jouer Amélie. Je l’ai fait improviser une séquence de conflit avec une infirmière et j’ai vu qu’elle pouvait exprimer la colère avec force et conviction.

Quant à Zoé de Tarlé, nous avons mis du temps aussi à la trouver. Son rôle était celui d’un personnage étrange et lunaire ; et Zoé, qui avait déjà joué dans un court-métrage, m’est apparue comme une évidence avec son air débarqué d’une autre planète, que je trouvais très beau.

Isabelle de Hertogh et Philippe Rebbot, dans le rôle des parents de Loïs, ont des physionomies opposées, mais un grand capital sympathie en commun…

Dans ma tête, les parents de Loïs étaient aussi opposés que peuvent l’être Loïs et Amélie. Tous deux se complètent et s’attirent, car ils sont différents. J’ai coécrit 100 Kilos d’étoiles avec Anaïs Carpita, que j’ai rencontrée à la FEMIS et qui avait coécrit Mariage à Mendoza d’Edouard Deluc. C’est dans ce film que j’ai découvert Philippe Rebbot. J’avais adoré son étrangeté, sa drôlerie et le fait qu’il ne soit pas lisse, car on sent qu’il promène avec lui un vécu chargé. Philippe a beaucoup apporté au film. Dans la séquence où il clame son amour à sa femme, une large partie du monologue vient de lui. Ce qui est beau chez lui aussi, ce sont sa générosité et son âme de poète !

Quant à Isabelle Hertogh, je l’avais découverte dans le film belge Hasta la vista de Geoffrey Enthoven. Elle m’a marquée par sa générosité et sa dureté combinées. Elle porte en elle un combat qui m’a beaucoup touchée.

Comment s’est fait le choix des couleurs du film ?

Je voulais que Loïs aille progressivement vers la couleur dans ses vêtements. J’avais été marquée par une interview d’une jeune fille en surpoids qui disait être « sortie du noir ». J’aime cette idée d’un moment où l’on montre son corps et où l’on accepte d’être vu et regardé.

Je souhaitais aussi que les couleurs du film soient à la fois vives et délavées, ce qui lui confère un caractère un peu atemporel. Ma costumière, Marta Rossi, et moi avons travaillé aux costumes dans cette optique.

Pour les séquences dans le centre fermé, nous avons choisi, avec mes chefs décorateurs Frédérique Doublet et Frédéric Grandclère, des couleurs pastel, dans les tons de bleu délavé, afin que les couleurs du dehors puissent contraster.

Propos recueillis par Anne-Claire Cieutat

Source et copyright des textes des notes de production @ Bac Films

 
#100KilosDEtoiles


Autre post du blog lié au film 100 KILOS D'ÉTOILES

vendredi 21 juin 2019

100 KILOS D'ÉTOILES


Au cinéma le 17 juillet 2019

La souffrance et l'amitié semblent offrir un joli écrin plein de sensibilité à ce long-métrage.


Avec


Résumé : Loïs, 16 ans, n'a qu'un rêve depuis toute petite : devenir spationaute... s’envoler loin de cette Terre où elle se sent si étrangère. Mais elle a beau être surdouée en maths et physique, il y a un problème : Loïs pèse 100 kilos... et pas moyen d'échapper à ce truc de famille qui lui colle à la peau. Alors que tout semble perdu, Loïs rencontre Amélie, Stannah, et Justine, trois adolescentes abîmées comme elle par la vie, prêtes à tout pour partir avec elle dans l'espace…

Bande annonce (VF)


Quelques photos du film







Copyright photos @ Bac Films

 
#100KilosDEtoiles

mardi 18 août 2015

Back to the future

UNE FAMILLE A LOUER

Comédie/Bonne idée de départ mais les échanges sonnent faux

Réalisé par Jean-Pierre Améris
Avec Benoît Poelvoorde, Virginie Efira, François Morel, Philippe Rebbot, Pauline Serieys, Calixte Broisin-Doutaz, Edith Scob, Nancy Tate...

Long-métrage Français
Durée: 01h36mn
Année de production: 2015
Distributeur: StudioCanal

Date de sortie sur nos écrans: 19 août 2015 


Résumé : Paul-André, la quarantaine, est un homme timide et plutôt introverti. Riche mais seul, il s'ennuie profondément et finit par conclure que ce dont il a besoin, c'est d'une famille ! Violette, quadragénaire pleine de peps, est menacée d'expulsion et a peur de perdre la garde de ses deux enfants. Paul-André propose alors un contrat en tout bien tout honneur pour louer sa famille contre le rachat de ses dettes. Pour le meilleur et pour le pire…

Bande annonce (VF)


Ce que j'en ai pensé : Ce film a tout pour être une jolie comédie rafraîchissante, mais non, elle passe à côté parce que le scénario n'est pas assez solide.
Il y a une bonne idée de base qui se dépêche intelligemment de sortir de son potentiel glauque - Paul-André, interprété par Benoît Poelvoorde, est un gentleman à la recherche d'une dynamique familiale, il n'achète pas les faveurs de Violette, interprétée par Virginie Elfira.
Les acteurs sont très sympas. J'ai juste eu l'impression que Benoît Poelvoorde jouait un peu trop en retenu, il est d'ailleurs très bon quand il se lâche à certains moments. Les personnages sont bien croqués et chacun apporte sa part à l'histoire.




Les décors sont judicieusement choisis: la charmante petite chaumière qui respire la vie face à la maison bunker qui donne envie de déprimer. Bref tout y est...
Sauf que le scénario gâche l'ensemble. Au-delà du fait qu'il ne dépasse pas le stade des évidences (vous trouverez dans les rebondissements de l'intrigue tout ce que vous penserez qu'il va arriver), l'enchaînement des réactions des protagonistes se fait soit pour de mauvaises raisons (ce qui ne permet pas au spectateur de s'attacher à eux) soit pour des raisons obscures (on ne comprend donc pas pourquoi ils réagissent comme ils le font). Le manque de consistance dans les interactions entre les personnages font perdre son intérêt de départ au film.
Avec UNE FAMILLE À LOUER, on ne rit pas, on ne pleure pas. Le film se laisse regarder sans plus. Dommage...


NOTES DE PRODUCTION
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

ENTRETIEN AVEC JEAN-PIERRE AMÉRIS 

DE RETOUR À LA COMÉDIE ? 

C’est mon dixième film et ma deuxième comédie. C’est par la comédie que je parviens à parler de moi le plus directement. LES ÉMOTIFS ANONYMES était très autobiographique et c’est à nouveau le cas de UNE FAMILLE À LOUER, qui pourrait être sous-titré « Un émotif en famille » ! 

LE THÈME DE LA FAMILLE VOUS TIENT À CŒUR ? 

Jusque-là, j’avais traité ce thème de manière moins directe, et souvent sous l’angle du conflit et de l’incompréhension entre les enfants et les parents, comme dans LES AVEUX DE L’INNOCENT, MAUVAISES FRÉQUENTATIONS, et JE M’APPELLE ELISABETH. Jamais aussi frontalement que dans ce film-ci. J’avais tendance à penser, comme Paul-André, mon personnage incarné par Benoît Poelvoorde, qu’une famille ce sont des gens qui se gueulent dessus. Un a priori plutôt négatif ! 

VOUS AVEZ CHANGÉ D’OPINION ? 

J’ai évolué sur le sujet grâce à Murielle Magellan, la coscénariste du film. Nous nous sommes rencontrés en 2008 en adaptant pour la télévision le roman La Joie de vivre, un sommet de récit sur la névrose familiale, et… nous sommes tombés amoureux ! Depuis, je souhaitais faire un film sur ce sujet : la rencontre de la carpe et du lapin. Un vieux garçon un peu sombre, dépressif et maniaque, et une mère de famille vaillante et nettement plus positive, comme l’est Murielle. En 2011, l’idée m’est venue du postulat de départ : un homme riche et misanthrope qui ne connaît pas la vie de famille croise la route d’une mère célibataire en difficulté financière. Il lui propose de lui rembourser ses dettes à condition qu’elle le prenne en stage dans sa famille. Puis, avec Murielle, nous avons nourri le scénario de nos caractères respectifs, mon pessimisme, son optimisme, et de détails vécus, comme mon beau fils qui faisait du sport dans le salon ! J’aime dire que ce film est l’histoire d’un homme qui se confronte au désordre de la vie. Mais Murielle préfère dire : au mouvement de la vie... 

COMMENT QUALIFIERIEZ-VOUS VOTRE COMÉDIE ? 

C’est une fable romantique. De LA BELLE ET LA BÊTE à PRETTY WOMAN, j’aime ces histoires d’un homme et d’une femme qui se libèrent l’un l’autre par l’amour. Mais plus précisément, je tenais à faire une comédie romantique avec enfants. Trop souvent, dans ce genre de comédies, les enfants sont périphériques ou carrément absents. J’ai découvert à cinquante ans le rôle de père avec mon beau fils, et je voulais filmer ça. Paul-André découvre tout en même temps : l’amour pour une femme et l’affection pour deux enfants. C’est un stage intensif ! 

COMMENT AVEZ-VOUS « CONSTRUIT » LA FAMILLE DE VIOLETTE ? 

Il fallait que ce soit la famille « tuyau de poêle » . Deux enfants de deux pères différents, les fruits de deux coups de foudre qui ont disparu de la circulation. Un petit garçon métisse, une adolescente. Les deux jeunes interprètes ont été merveilleux. C’était drôle à diriger puisque, dans le film, ce sont eux qui incarnent la raison devant deux adultes qui jouent à « si on vivait ensemble »... 

VOUS AVEZ CHOISI UNE FORME TRÈS STYLISÉE. 

Depuis plusieurs films, je m’attache à styliser, à créer, à chaque fois, un petit monde et une forme particulière. Pour celui-ci, je voulais insister sur l’aspect ludique : puisque cet homme et cette femme se disent, à la manière d’un jeu d’enfants, « et si on jouait à la vie de famille ? ». Il prend le risque de quitter son « château », elle se risque à accepter ce drôle de contrat. Aucun naturalisme là-dedans : on ne voit pas une seule rue, un seule voiture de la vraie vie. C’est un conte de fée à trois maisons : celle de Paul-André, celle de Violette et celle de la mère. Sans parler du kiosque en ruine où Paul-André finit par faire sa déclaration d’amour à Violette : un décor assumé de conte de fée. 

QUELLES ONT ÉTÉ VOS RÉFÉRENCES DANS LA DIRECTION ARTISTIQUE ? 

Principalement anglo-saxonnes. J’avais en tête la maison d’Erin Brockovich. De plein pied, avec un espace intérieur qui permet une mise en scène en profondeur, alors que dans les petits pavillons à la française, plus cloisonnés, on se retrouve vite face à un mur ! Nous avons beaucoup cherché cette maison et avons fini par la trouver en banlieue parisienne. Nous avons filmé son extérieur, mais l’intérieur de la maison de Violette a été créé en studio, comme dans les vieilles comédies américaines des années 40 de Frank Capra ou Gregory La Cava. Pour faire des plans larges en intérieur, il faut tourner en studio. Je rêvais de pouvoir faire ce plan où Paul-André entre dans la chambre de Violette au moment où elle y entre aussi par l’autre porte, celle de la salle de bain… La mère de Paul-André, elle, m’évoque la belle-mère de Tippi Hedren dans LES OISEAUX d’Hitchcock. Ce genre de femmes qui n’arrivent pas à être aimantes, affectueuses… je connais. Et le majordome incarné par François Morel est un peu celui de… Batman ! 

ON PENSE À MON HOMME GODEFREY DE LA CAVA, MAIS À L’ENVERS. 

J’adore ce film. Oui, dans la comédie de La Cava, c’est un pauvre - enfin un faux pauvre - qui s’invite dans une famille riche. Là, c’est le contraire. Ce sont des comédies qui m’inspirent presque inconsciemment : il y aussi LA FILLE DE LA CINQUIEME AVENUE, toujours de La Cava, où, cette fois, un homme riche fait pénétrer Ginger Rogers dans sa grande maison, ce qui recrée du lien dans sa famille. Ou VOUS NE L’EMPORTEREZ PAS AVEC VOUS de Frank Capra pour le côté famille foldingue... 

LES COULEURS SONT PLUS ÉCLATANTES QUE DANS LES ÉMOTIFS ANONYMES. 

Hommage au technicolor ! Et elles sont en accord avec Violette, son monde de couleurs pétantes dans lequel va plonger ce vieux garçon habitué à un décor noir et blanc. Il prend le risque du bonheur. 

QUI EST VIOLETTE ? 

Lors de la préparation, j’ai montré deux films à Virginie Efira : ERIN BROCKOVICH et LES NUITS DE CABIRIA de Fellini avec Giuletta Masina. Violette est ce genre d’héroïne : un peu « too much », sur le fil de la vulgarité, sans jamais l’être vraiment. Ce genre de caractère féminin me touche avec leurs excès mais aussi leur côté enfantin. Violette n’a pas « la classe » et, justement, on s’en fiche. 

POURQUOI EN AVOIR FAIT UNE SCULPTEUSE SUR LÉGUMES ? 

Pour lui donner un talent. Les gens ont toujours un petit quelque chose qui les rend à part. J’attache beaucoup d’importance au geste, même le plus petit en apparence. Ce qui compte, c’est faire. C’était aussi une manière de traiter le thème des schémas familiaux, de ces rôles que la famille vous force à endosser : dans la scène du pique-nique, elle est la bonne fille dont tout le monde se moque un peu, finalement. Sa famille la considère comme un peu cruche et elle accepte ce rôle, ce mécanisme. On a tous connu ce moment où quelqu’un, en famille, vous balance une méchanceté, en disant « mais je plaisante »… Il y a une vraie violence. Mais cette « cruche » a un talent insolite et poétique. Mon film n’est pas un éloge de la famille, mais plutôt des liens que l’on se choisit. Coluche disait, je crois : « La plus belle des familles est celle qu’on s’invente ». De bric et de broc, peut-être, mais qui casse les codes pour aller vers la vie. 

LE FILM PARLE AUSSI DE LA PRÉCARITÉ. 

Ce n’est pas parce qu’on fait une comédie stylisée qu’il faut être hors de la réalité sociale. Violette ne cesse de dépasser les humiliations sociales. Sa condition de jolie femme désargentée la pousse à croire, par exemple, que pour avoir un boulot, il faut forcément passer à la casserole. Elle pense même que Paul-André va le lui proposer tout de suite. Elle est stupéfaite de découvrir qu’il n’a aucune intention, a priori, de coucher avec elle ! 

VOUS AVEZ ÉCRIT LE RÔLE DE PAUL-ANDRÉ POUR BENOÎT POELVOORDE ? 

Oui, spécialement pour lui. J’avais tant aimé travailler avec lui sur LES ÉMOTIFS ANONYMES. C’est toujours beau de retrouver un comédien. Je me sens proche de Benoît. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il est mon Antoine Doinel mais je me retrouve en lui, et il sait m’interpréter. Il m’observe tout le temps ! Le personnage de Paul-André nous ressemble à tous les deux : la maniaquerie, le fait d’arriver à la cinquantaine sans avoir d’enfants à soi, et ce double mouvement entre la peur et l’envie de se lier aux autres. Benoît fait passer tout cela par la comédie, par la tendresse, et je l’admire pour cela. C’est dur d’être léger. La légèreté n’est pas ma tendance naturelle, mais j’y travaille, autant dans la vie que dans mes films ! 

ET VIRGINIE EFIRA ? 

Une évidence. Je l’avais vue dans VINGT ANS D’ÉCART. C’est une comédienne magnifique qui m’évoque les actrices hollywoodiennes des années d’or comme Carole Lombard ou Ginger Rogers, incroyablement vivantes, pleines de peps et qui ne craignaient pas de jouer sur le fil de la vulgarité. Et elle a cet humour belge, comme Benoît, que j’adore. Elle aime jouer, composer, oser le burlesque. 

UN MOMENT DE TOURNAGE QUI VOUS RESTE EN MÉMOIRE ? 

La scène où Violette raconte à ses enfants comment elle est censée avoir rencontré Paul- André, et qu’elle effleure son cou. Le regard des enfants, le trouble qui nait soudain entre elle et lui : ce fut un bonheur de les voir jouer tous les quatre… 

ENTRETIEN AVEC BENOÎT POELVOORDE 

ENTRETIEN TÉLÉPHONIQUE EXPRESS AVEC BENOÎT POELVOORDE, ACTEUR PUDIQUE QUI AIME REGARDER PASSER LES RENARDS.

C’EST VOTRE DEUXIÈME FILM AVEC JEAN-PIERRE AMÉRIS. 

J’avais aimé travailler avec lui sur LES ÉMOTIFS. C’est un homme bien. J’ai lu ce scénario, il m’a plu, et hop ! 

JEAN-PIERRE AMÉRIS L’A ÉCRIT EN PENSANT À VOUS. 

Ah oui ? C’est gentil, ça… Attendez, deux secondes, il y a un renard qui passe dans mon jardin. 

C’EST LA DEUXIÈME FOIS QUE VOUS INCARNEZ UN PERSONNAGE QUI LUI RESSEMBLE BEAUCOUP, ET VOUS RESSEMBLE AUSSI… 

J’imagine, oui. Paul-André est un angoissé comme lui. Comme moi. Pour ne pas s’énerver, il me choisit pour m’énerver à sa place ! Mais je ne suis pas un acteur qui réfléchit, je fais ce que Jean- Pierre me dit de faire. Cela tombe bien : c’est un metteur en scène très pointilleux qui dirige à la virgule près. 

ET VOS PARTENAIRES ? 

Virginie est formidable. Elle est tellement gaie. Nous nous sommes bien amusés à tourner ensemble. Et j’étais épaté par les deux enfants, leur patience et leur concentration sur le tournage. 

AUTRE CHOSE ? 

Vous avez rencontré le champion de sculpture sur légumes ? Épatant, le mec. Et le plus beau c’est qu’il a trouvé une compagne qui, elle, aussi, adore la sculpture sur légumes ! La vie est bien faite, tout de même. Et vous, ça va ? 

ENTRETIEN AVEC VIRGINIE EFIRA 

C’EST VOTRE PREMIÈRE INCURSION DANS LE MONDE DE JEAN-PIERRE. 

J’avais vu LES ÉMOTIFS ANONYMES et C’EST LA VIE, et j’avais beaucoup d’estime pour Jean- Pierre : apprendre qu’il voulait tourner avec moi m’a donc ravie. J’ai commencé à lire le scénario et cet a priori positif s’est transformé en évidence à la dixième page. Tout me plaisait : le rôle de Violette, bien sûr, mais aussi l’énergie vitale de cette histoire, où Jean-Pierre livre une part d’intime avec l’élégance de la légèreté. J’étais tellement contente que j’ai fait une petite danse autour de la table basse de mon salon ! 

QU’AVEZ-VOUS AIMÉ PARTICULIÈREMENT DANS LE SCÉNARIO ? 

Cette histoire d’un homme qui s’est enfermé dans une zone de confort, mais cherche, finalement, à être bousculé. Le fait aussi que ce soit une histoire d’amour à l’envers : normalement, on rencontre quelqu’un, on tombe amoureux, pour, ensuite, découvrir son quotidien, basculer dans son monde. Et là c’est l’inverse ! Cela débute par un « arrangement » et cela débouche sur l’amour. De plus, le film n’est pas une ode conventionnelle à la famille : il dit plutôt que l’intime se construit pas à pas avec de petites joies, mais aussi des conflits, des moments boiteux. La famille est une chance, mais aussi un enfermement. Violette ellemême est à une place qu’on lui a donnée et elle n’en bouge pas. L’humiliation douce qu’elle subit de la part des propres membres de sa famille était vraiment intéressante à jouer. 

QU’AVEZ-VOUS AIMÉ D’EMBLÉE DANS LE PERSONNAGE DE VIOLETTE ? 

Qu’il soit un peu bringuebalant avec une belle contradiction : elle se sent toute petite mais elle se fait très grande. C’est une fille qui tient le coup, qui relève la tête. Un joli petit soldat, un peu vulgaire, mais digne. Elle est vulnérable, mais elle préfère ne pas s’appesantir. Elle ravale ses complexes et continuer à avancer avec la bretelle du soutien-gorge apparente. Je me souviens quand j’étais adolescente : je n’étais pas le summum de l’élégance ! Je fréquentais des go-go danseuses, je portais des grosses bottes et une chaîne en or à la cheville… Le « déguisement » n’était pas mal du tout ! Mais, comme Violette, j’avais un peu d’humour sur moi-même et cette surcharge de féminité. Souvent, ce sont les femmes qui se sentent petites qui se rajoutent un kilo de mascara… 

COMMENT VOUS ÊTES-VOUS GLISSÉ DANS LA PEAU DU PERSONNAGE ? 

J’ai aimé que lors de la préparation, Jean-Pierre me donne des films à voir et des chansons à écouter pour me plonger dans l’univers de Violette. J’ai regardé LES NUITS DE CABIRIA : c’est une référence très haute, certes, mais mieux vaut une référence très haute que trop basse ! Fellini c’était mieux que NRJ 12 pour comprendre mon personnage, non ? Il connaissait la tonalité musicale qu’il voulait donner au film. Pour moi, Violette était du genre à écouter du hip hop. J’aime ces femmes qui gardent un lien fort avec leur adolescence, avec le léger pathétisme que cela peut avoir si elles ont trente-cinq ou quarante ans. Ce refus de vieillir me touche beaucoup, comme cette manière de s’habiller un peu « trop », motivé par un désir éperdu de plaire… Au final, nous nous sommes mis d’accord sur de la musique noire américaine, plus soul que hip hop. 

ET LE COSTUME ? 

J’ai été très bonne élève : je me suis fait un petit dossier de photos de groupies des années 70, et de quelques « cagoles ». Pour Violette, je pensais à des vêtements très sexualisés, Jean-Pierre un peu moins. Et puis il y avait le look d’Erin Brockovich, évidemment : ces deux guiboles sur de hauts talons qui surgissent d’une mini-jupe, avec, en même temps, deux enfants dans les bras. Quelque chose de sexy mais encombré ! Une figure iconique. J’aurais eu tendance tout de même à des tenues trop coordonnées, trop « mode », et la costumière m’en a empêchée : non, non, mettons du doré avec du rouge et du noir… Elle a eu raison. Je trouve mon apparence très réussie dans le film : pas de bon goût mais assumé. 

VOUS AVEZ AUSSI SUIVI UNE AUTRE « PRÉPARATION »… 

J’ai pris des cours de sculpture sur légumes ! Peu de gens peuvent prononcer cette phrase… Avec le champion du monde de la discipline dont la première phrase, quand je l’ai rencontré, a été : si vous saviez tout ce que l’on peut faire avec un poireau. J’admire aussi cela chez Jean-Pierre : il croit à l’importance de faire des choses, même toutes petites, même insolites, comme réaliser des roses et des lions avec une pastèque. 

QUEL GENRE DE DIRECTEUR D’ACTEUR EST JEAN-PIERRE AMÉRIS ? 

Passionné ! Et il sait communiquer sa passion pour ce projet commun qu’est un film. Avec lui, on se sent vraiment ensemble sur le tournage. Et surtout, très précis, très minutieux ! Il visualise son film dans les moindres détails et sa mise en scène est parfaitement chorégraphiée : il a sa vision de nos corps dans l’espace et nous donne le parcours. On refait ce parcours des dizaines de fois jusqu’à l’oublier et le faire naturellement. La caméra est toujours là, mais il fait en sorte qu’on l’oublie. Dans la scène du pique-nique, nous sommes quinze à table. Lors d’une prise, une comédienne en bout de table a fait remarquer qu’elle n’entendait pas mes répliques, et qu’il fallait que je parle plus fort. Jean-Pierre lui a répondu : non, si tu n’entends pas, tu fais comme dans la vie, tu dis « pardon ? »… Il aime chercher la vérité, c’est chouette. Pas d’improvisation, mais la vie qui s’engouffre… 

LE FAIT DE TOURNER AVEC BENOÎT POELVOORDE ÉTAIT UN « PLUS » ? 

Évidemment. Je le connais depuis longtemps mais nous n’avions travaillé ensemble que de manière fugace sur le film d’Anne Fontaine. Nous avons la « belgitude » en commun, et aussi notre goût pour la nuit, la liberté, et l’alcool ! Il y a quelques années, nous avons fait pas mal de fêtes très joyeuses ensemble. Du genre où l’on prend la place de l’orchestre pour chanter dans des lieux où, normalement, on ne chante pas ! Surtout, j’ai toujours mis Benoît à une hauteur intellectuelle et humaine particulière. J’aime sa nature, ses contradictions, sa profonde tristesse, sa gaieté folle et volubile, et la perméabilité, chez lui, entre l’homme et l’acteur. 

QUEL GENRE DE PARTENAIRE EST-IL ? 

S’il y a bien quelqu’un qui est totalement étranger à la vanité, c’est bien lui. Tirer la couverture à soi ? Il ne doit même pas connaître l’expression ! Il joue « avec », et il commence même à jouer un peu avant le mot « action » pour être dedans, et nous entraîner avec lui. Il y avait des scènes où j’avais réfléchi à l’avance aux émotions que je voulais exprimer et puis je me retrouvais en face de Benoît et tout changeait : cet homme fait naître les émotions. Il vous donne envie de rire et de pleurer en même temps. Chaque jour, je mesurais ma chance d’être là, entre lui et Jean-Pierre. Et avec ces deux jeunes comédiens qui jouent mes enfants. J’ai gardé contact avec le petit garçon. L’adjectif « solaire » a été inventé pour sa tête ! À la fin du tournage, je me suis fait pour la première fois de ma carrière cette réflexion d’actrice : mince, je vais quitter Violette…