Note d’intention du réalisateur
LOS ANGELES M'A TOUJOURS FASCINÉ...
Pourtant, au début, je n’aimais pas cette ville, mais pour une raison irrationnelle, j’éprouvais chaque année le besoin d’y retourner. J’avais conscience que quelque chose m’échappait, et que je passais à côté de l’essence de la ville. Ensuite, j’ai appris à aimer Los Angeles pour ce qu’elle est vraiment, en faisant abstraction de l’image d’Épinal dont Hollywood me bassinait lorsque j’étais plus jeune, et même si c’est un concentré de tout ce qu’une ville post-moderne peut offrir de pire : circulation chaotique, pollution, manque de zones piétonnes, ségrégation entre les communautés allant des jetsetteurs les plus riches jusqu’aux gangs les plus intimidants.
MUTAFUKAZ est, à sa façon, un vibrant hommage à cette ville si difficile à vivre. J’aime le dynamisme de L.A. : son histoire, son atmosphère, son multiculturalisme... L’identité graphique de la ville, avec ses hauts palmiers fins et ses larges rues, m’a depuis toujours énormément inspiré. Et comme tous les petits Français qui ont grandi dans les années 80, j’ai été bercé par les séries et les films américains. Ce décor m’a, de fait, toujours paru très familier. J’ai donc naturellement créé Dark Meat City, une sœur jumelle maléfique de L.A. qui me permet d’injecter tous mes fantasmes liés à la ville. DMC est un concentré des qualités et des défauts de Los Angeles dans lequel je fais évoluer trois amis losers, orphelins et très différents, qui n’appartiennent à aucune communauté. On finit par s’identifier à ces trois-là, tant ils sont en marge du reste du monde qui les entoure. Dark Meat City, à l’instar de Los Angeles, est une ville-monde ; les quartiers qui la composent et sa démographie reflètent la diversité des habitants de la Terre. Les habitants de Dark Meat City vivent aussi dans l’appréhension d’un cataclysme, mais il est plus question ici d’un bouleversement d’ordre surnaturel que d’une catastrophe naturelle comme le Big One.
« PENCHEZ LE MONDE SUR UN CÔTÉ ET TOUT CE QUI NE TIENT PAS TRÈS BIEN GLISSERA VERS LOS ANGELES. »- FRANK LLOYD WRIGHT
Sous un ciel bleu étincelant, la ville héberge plusieurs millions d’habitants, et en symbole absolu du rêve américain, c’est une des villes aux flux migratoires les plus importants du monde.
Pourtant, sous ses allures de ville tolérante, on peut parfois ne pas se sentir en sécurité dans certains quartiers, comme si l’un des joyaux de la société occidentale pouvait à tout moment sombrer dans la violence comme dans les meilleurs films de John Carpenter.
Le personnage principal s’appelle Angelino, c’est aussi comme ça qu’on désigne les habitants de L.A. et cela veut aussi dire « petit ange ». Mais quand on voit la tête du gars en question, on se dit qu’il aurait tout aussi bien pu s’appeler «Diabolito». Si David Vincent, avec son brushing impeccable et ses yeux bleus à tomber à la renverse, n’a pas réussi à convaincre les autorités respectables de la présence des envahisseurs en son temps, on se demande bien comment Vinz, Angelino et Willy, trois petits zonards aussi vilains que médiocres, vont bien pouvoir s’y prendre face au même problème.
L’UNION FAIT LA FORCE
Au travers d’un film d’animation résolument porté sur l’action, j’essaie de traiter de sujets plus profonds : la quête d’identité, notre place dans la société, l’amitié et, bien sûr, l’amour. J’ai joué sur toutes les idées préconçues portées par la culture pop avec de nombreuses références à l’imaginaire américain qui a frappé mon imagination d’adolescent français. Des luchadores masqués aux gangs latinos et afro-américains (inspiration directe de la guerre entre les Bloods et les Crips qui a secoué le sud de Los Angeles dans les années 90), en passant par Men in Black et les extraterrestres... Personne n’est épargné dans MUTAFUKAZ (d’où le titre). Mais la fameuse maxime de Machiavel « diviser pour régner » se transforme progressivement en « l’union fait la force ». Le salut final viendra de la coalition des différents gangs de la ville. Malgré les différences communautaires, toutes les couleurs s’unissent contre le mal et deviennent les nouveaux anges gardiens de Dark Meat City.
Le graphisme transpire la culture West Coast, et se teinte sporadiquement de références issues de séries B et de l’âge d’or de la SF américaine, conférant à Mutafukaz une singulière atmosphère parfois sombre, parfois bling-bling, souvent paranoïaque, mais toujours fun et second degré.
RUN
Réalisateur
Note d’intention du producteur
J’ai été immédiatement captivé par le monde inhabituel créé par Run.
Lors de notre rencontre, son coup de pinceau et son atmosphère sombre, très urbaine, avaient déjà attisé ma curiosité. Pour moi, cela ne faisait aucun doute : Angelino et l’environnement dans lequel il évoluait avaient un gros potentiel. C’est pour cela que j’ai en toute confiance donné carte blanche à Run pour la création de sa bande dessinée Mutafukaz. Aujourd’hui, je peux dire que je suis très satisfait de ma décision.
La spécificité d’Ankama Éditions est de donner leur chance à des auteurs qui n’auraient pas nécessairement obtenu gain de cause avec d’autres maisons d’édition... Mutafukaz a ouvert la porte à un éclectisme qui caractérise désormais nos différents labels. D’autres héros et d’autres publications se sont développés depuis. Je crois que l’on peut dire qu’Angelino et toute sa bande ont permis l’émergence du Label 619 et de son atmosphère unique.
Face au succès grandissant de la bande dessinée Mutafukaz, son adaptation cinématographique semblait une évidence.
Le court-métrage « Mutafukaz - Opération Blackhead » et les nombreux prix reçus nous ont confortés dans notre conviction de nous embarquer dans l’aventure d’un long-métrage.
Ankama a fait du chemin depuis la série WAKFU. Nous avons créé une autre série pour un public plus jeune : DOFUS : Aux trésors de Kerubim, une série de 52 épisodes avec comme personnage principal un vieux héros qui fut jadis un aventurier hors pair.
Dès lors, de nouvelles perspectives ont émergé, et nous avons sorti notre premier long métrage d’animation au cinéma en Février 2016 : Dofus – Livre I : Julith. Si vous suivez notre actualité, vous savez que la 3ème saison de WAKFU, diffusée sur France Télévision à l’automne 2017, sera une série labélisée NETFLIX ORIGINALS disponible dans 190 pays et doublée dans plus de 10 langues à partir d’Avril 2018. Notre expérience dans le domaine du divertissement franchit désormais un cap avec le film Mutafukaz, et ce, grâce au Studio 4°C. C’est un réel plaisir de travailler avec cette entreprise japonaise qui compte de nombreux talents.
La quête de ses origines est un thème qui m’a toujours tenu à cœur et que j’ai souvent exploré. Cela ne fait aucun doute : l’histoire d’Angelino rentre parfaitement dans ce cadre.
Ajoutez à cela un savant mélange d’humour, de suspens et d’action et vous obtenez une histoire qui, selon moi, a sa place dans le monde du long-métrage.
J’espère que vous prendrez autant de plaisir à découvrir le film Mutafukaz que nous avons pris à le produire.
TOT
Producteur
Technique d’animation
À une époque où l’industrie du film d’Animation est saturée par les productions en images de synthèses, l’existence de Mutafukaz fait office d’heureuse anomalie.
Dans le plus grand respect de l’animation traditionnelle chère aux studios Japonais dont le Studio4°C est une référence, ce long-métrage a nécessité le travail de centaines de dessinateurs. Chaque plan est conçu minutieusement au papier et au crayon, dans un véritable retour à la matière : cela représente des milliers de croquis préparatoires crayonnés, qui sont ensuite décalqués à la main pour en faire des Gengas* précis.
Ces Gengas sont ensuite scannés pour donner l’animation des personnages. Les décors eux, sont travaillés à la main et colorés à la gouache, avant d’être numérisés puis augmentés sur ordinateur. Enfin, l’usage parcimonieux et ingénieux de modèles 3D lors de mouvements de caméra très cinématographiques donne à cette production hors-norme une esthétique unique, associant la poésie de l’animation traditionnelle au dynamisme du film live.
*Poses clés des mouvements
PERSONNAGES PRINCIPAUX