jeudi 4 juillet 2019

CLUB JOKERS #6

CLUB JOKERS #6

Hier soir s’est déroulé la sixième session du Club Jokers à la Cinémathèque française pendant laquelle nous avons découvert, en film surprise, LES SEIGNEURS (THE WANDERERS) du réalisateur Philip Kaufman, datant de 1979, adapté du roman éponyme de Richard Price. 


LES SEIGNEURS est un long-métrage qui parle des gangs dans le Bronx de New-York au début des années 60. C'est le témoignage d'une époque qui dépeint des destinées d’adolescents qui sont liées au quartier où ils grandissent. Ils trouvent dans ces groupes qui leur ressemblent une forme de fraternité et d'amitié qui leur offre une autre vision de la vie que celle de leur situation familiale, souvent chaotique. Le réalisateur met en avant des atmosphères qui distinguent ceux qui se tirent la bourre pour passer le temps de ceux qui sont vraiment dangereux. Les dialogues sortis d'un autre temps ne manquent parfois pas d'humour. L’histoire parle d’aspects sociétaux en sous-titre. Certaines scènes paraissent désuètes, mais cela ne retire rien au charme qui émane du film dans son ensemble. D’autant que les personnages sont attachants. Il s'agit de gamins qui se cherchent et qui essaient de donner un sens à leur vie. On y retrouve notamment Ken Wahl dans le rôle de Richie, John Friedrich dans le rôle de Joey et Alan Rosenberg dans celui de Turkey. Ils rendent leurs protagonistes touchants tout en leur offrant des personnalités distinctes et marquées. On note également que Karen Allen interprète Nina, avec sa toujours très belle énergie. 

La bande originale accompagne habilement le déroulement des événements. Les chansons, qui sont un plaisir pour nos oreilles, sont représentatives de la période décrite dans le film. 

Si vous aimez les films sur cette époque, alors LES SEIGNEURS est une chouette découverte.

Suite à la projection, Jimmy Laporal-Trésor, Virak Thun et Sébastien Birchler, tous trois scénaristes, sont venus nous parler du développement de leur projet commun. On a écouté, on a appris et on a participé aussi !


Voici un résumé des échanges. 

Il y a une connexion réelle entre LES SEIGNEURS est le projet de ces scénaristes puisqu’il s’agit du scénario du film LES RASCALS qui parle des bandes organisées qui régnaient en région parisienne dans les années 80.

Les bandes organisées de ces année-là, qui ont existé, paraissent être un mythe pour les jeunes d’aujourd’hui. C'est pourquoi ils ont envie d’explorer ce sujet, pour expliquer cette période aux jeunes. 

Ils ont débuté en faisant plusieurs synopsis qui n'ont rien donné. Ils ont noté tout ce qu'ils voulaient raconter sur un tableau en réfléchissant à ce qui les touchait particulièrement et le bon synopsis a fini par se dessiner. 

Ils ont aussi fait des recherches à la bibliothèque pour trouver des faits divers de cette époque expliquant ce qu'il se passait dans les rues de Paris. Ensuite, ils ont rencontré des personnes qui ont fait partie de bandes pendant cette période, y compris des fers de lance, représentant de la jeunesse des années 80, qui se bastonnaient après les concerts et vivaient selon les 3 b (baise, bière et baston). Tout comme dans LES SEIGNEURS, ils se sont rendu compte qu'à l'époque toutes les groupes se connaissaient. 

L’action de leur histoire se situe à la fin de l’année 1984, au moment d'une montée du Front National, il y a donc un parallèle à faire avec aujourd'hui.

Après avoir positionné les faits dans le temps, ils se sont attaqués aux dialogues. 

Ils se sont partagé le film en trois et ils ont travaillé sur ce qui fonctionnait ou pas. Ils avaient un objectif commun et une envie de construire ensemble, ce qui a facilité le processus. Par contre, il n'y aura qu'un réalisateur, c'est donc celui qui va réaliser qui aura le dernier mot, mais plus dans un esprit de lissage de l’histoire que de changement au mépris des idées des autres. 

L'ambition affichée de ce projet est de montrer aux gamins d'aujourd'hui dans quelle ambiance eux ont grandi. À l'époque, dans les bandes, il y avait des règles à respecter, si on dérogeait, on était exclu. 

Il y avait différents types de bandes. Les Black Dragons, par exemple, étaient des fils de diplomates qui avait une conscience politique héritée des Black Panthers aux Etats-Unis. 
Cette aventure se situe à un moment charnière où tout bascule. 

Il y aura un court-métrage sur ce même thème d'ici à la fin 2019. Après le film, dont la fin de réalisation est prévue pour septembre 2020, il y aura aussi un projet de série à plus long terme, pour montrer l'évolution des bandes par décennies.

La bande originale sera authentique et représentative de l’époque.

Ils veulent s'intéresser aux liens d'amitié qui unissent les petites frappes. 

Le ton sera celui du titi parisien comme à l'époque. Il y aura de l'argot, un mélange de langues, car les personnages auront des origines différentes. Il y a un travail d'équilibriste entre les codes de l'époque et une touche de modernisation. 

Les Rascals sont 5 amis de 18 ans, multi-ethniques. Dans les années 80, il y avait un lien de fraternité par le code, donc la géographie n'importait pas. Aujourd'hui, on voit plus des bandes de territoire. 

C'était un temps plus positif où l'intégration n'était pas un sujet, les gens vivaient ensemble sans se poser de questions.

Ils veulent faire un casting sauvage avec des têtes inconnues. 

Il y aura des personnages féminins dont une qui a un rôle important ainsi que des mères, comme dans la vie. 

Le projet global, qui pourrait même être prolongé avec des livres, tient sa source de l'envie de raconter cette histoire, de défendre un cinéma français écrit par de jeunes scénaristes. Vendre ce projet ne va pas être simple et l'idée de le faire courir sur cinq ans peut-être une idée qui le fasse sortir du lot. Ils ont envie de le défendre. 

La règle pour savoir quoi raconter est d'être convaincu que l'histoire est bonne. 

#ClubJokers

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