samedi 3 mars 2018

THE DISASTER ARTIST



Drame/Comédie/Biopic/Un film maîtrisé et enthousiasmant, une réussite

Réalisé par James Franco
Avec James Franco, Dave Franco, Seth Rogen, Alison Brie, Ari Graynor, Jacki Weaver, Josh Hutcherson, Zac Efron, Bryan Cranston, Sharon Stone, Melanie Griffith...

Long-métrage Américain
Durée : 01h44mn
Année de production : 2017
Distributeur : Warner Bros. France

Date de sortie sur les écrans américains : 8 décembre 2017
Date de sortie sur nos écrans : 7 mars 2018


Résumé : En 2003, Tommy Wiseau, artiste passionné mais totalement étranger au milieu du cinéma, entreprend de réaliser un film. Sans savoir vraiment comment s'y prendre, il se lance … et signe THE ROOM, le plus grand nanar de tous les temps. Comme quoi, il n'y a pas qu'une seule méthode pour devenir une légende !

Bande annonce (VOSTFR)



Extrait (VOSTFR)



Ce que j'en ai pensé
ce film de James Franco nous donne une vision sur l'histoire derrière THE ROOM, le long-métrage désastreux produit, réalisé et interprété par Tommy Wiseau en 2003. 

J'ai découvert THE ROOM, que je ne connaissais pas du tout, lors de l'avant-première organisée par PANIC! X Chroma, à Paris au cinéma le Grand Rex, le 15 février 2018 . 

Avant-première de THE ROOM au Grand Rex
 


Les règles de la soirée
Tommy Wiseau et Greg Sestoro sur la scène du Grand Rex

Le livre écrit par Greg Sestero, acteur dans THE ROOM et ami de Tommy Wiseau
Je savais que je voulais voir THE DISASTER ARTIST, il me paraissait donc intéressant de découvrir le film à l'origine du projet de James Franco, afin de comprendre de quoi il retourne. Bien qu'il ne soit pas nécessaire de l'avoir vu avant, je le conseille fortement. Soyons clair, THE ROOM est un navet abominable, à tel point qu'il en est très drôle. J'ai eu la chance d'assister à une projection où il était célébré comme il se doit : à coup de lancement de petites cuillères en plastique et de cris déjantés à chaque fois qu'une porte n'est pas fermée, que le point n'est pas fait, que le cadre est mauvais... Bref, on a beaucoup hurlé dans la salle ce soir-là. Pour vous donner une idée, on dirait un mauvais épisode des Feux de l'Amour tourné en mode telenovella. C'est une expérience à vivre ! Une fois qu'on connaît l'objet du délit, on se régale en voyant THE DISASTER ARTIST. Il prend tout son sens et on en apprécie cent fois plus les clins d'œil à THE ROOM qu'il contient. 

Tout comme Tommy Wiseau, James Franco joue le rôle principal et réalise THE DISASTER ARTIST, mais la comparaison s'arrête là. Je vous rassure tout de suite THE DISASTER ARTIST est un très bon film. Ce long-métrage explique avec humour et sensibilité une amitié compliquée rendue possible par une certaine naïveté et une gentillesse qui semble venue d'une autre planète. La réalisation de James Franco pose l'origine, le contexte et le déroulement de la production de THE ROOM sans jamais ennuyer, au contraire. Une véritable gaieté se détache tout au long de cette aventure, malgré tout teintée de tristesse face au contraste entre l'énergie et la volonté de Tommy Wiseau de montrer sa fameuse vision au monde et la réception négative de cette dernière par littéralement n'importe qui. Le ton et l'ambiance du film sont soignés et cohérents. Ils crédibilisent l'ensemble. On ressent les émotions, les doutes ainsi que les soubresauts d'une catastrophe annoncée. 

James Franco est impressionnant dans sa personnification de Tommy Wiseau. Il est vraiment le miroir de Tommy aussi bien dans l'attitude, la parole, le physique, le maintien que dans la personnalité si particulière de cet homme enfant, étrange et mystérieux, qui a créé, dans sa tête, son univers avec ses propres règles. 



De son côté, Dave Franco endosse l'identité de Greg Sestero qui oscille entre la victime volontaire, le bon gars naïf et reconnaissant, l'ami fidèle, le timide qui se soigne et l'hyper sensible patient avec les pieds sur terre. Il offre une interprétation qui met en valeur toutes les variations de cette personnalité sans laquelle cette association d'artistes maudits aurait été impossible. 


Lors de l'avant-première à Paris, j'ai croisé rapidement Tommy Wiseau et Greg Sestero. Et bien, la similitude des interprétations de James et Dave Franco avec Tommy et Greg est bluffante. Ils s'approprient les personnages avec une grande justesse et nous permettent de croire que la réalité n'a pas du être très éloignée de ce qu'on voit à l'écran. 

Il y a pas mal de petits rôles qui viennent intelligemment soutenir le propos. Seth Rogen, notamment, est excellent dans celui de Sandy Schklair, le superviseur de scénario sur le tournage, car il représente la vision d'un professionnel habitué à travailler sur des projets normaux et dont les réactions nous font bien comprendre que quelque chose cloche dans cette production. Ce personnage est très drôle pour le coup.


THE DISASTER ARTIST parle d'une page dans l'encyclopédie de l'histoire du cinéma. C'est une réussite à tous points de vue. Il nous embarque dans cette improbable aventure avec beaucoup de tendresse au final. Les personnages sont profondément touchants. L'intention derrière ce film prouve qu'on peut faire contre mauvaise fortune bon cœur, que le succès ne se présente pas toujours sous la forme qu'on espère et qu'il y a encore une place dans ce monde pour des esprits complètement décalés. Je vous conseille ce long-métrage maîtrisé et enthousiasmant.

Note : il faut rester jusqu'au bout du générique de fin


NOTES DE PRODUCTION
(Á ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

En 2003, un cinéaste indépendant se lance dans l’industrie du cinéma sans aucune expérience et produit l’un des pires films de tous les temps : THE ROOM, mélodrame romantique torride sur un triangle amoureux qui tourne au désastre, écrit, réalisé et produit par Tommy Wiseau. Cette figure énigmatique aux cheveux teints en noir et à l’accent mystérieux acquiert une notoriété étonnante à Hollywood en louant un immense panneau publicitaire surplombant Highland Avenue pour faire la promotion d’un étrange projet particulièrement prétentieux à 6 millions de dollars. Sur le panneau figure un gros plan du visage de Tommy Wiseau, l’air menaçant, la paupière tombante, et un slogan à l’orthographe douteuse annonçant un drame à la Tennessee Williams. 

Le film sort dans deux salles du sud de la Californie, puis sort brutalement de l'affiche après n’avoir rapporté que la modique somme de 1800 dollars en deux semaines. Mais THE ROOM connaît une deuxième vie dans les années qui suivent grâce à des séances de minuit et au bouche-à- oreille. Au fil du temps, Tommy Wiseau finit par endosser ce rôle de mystérieux inconnu qui s'est maladroitement imposé parmi les plus grands ratés de Hollywood en poursuivant son rêve à tout prix. 

Puis, c’est en 2013 que Greg Sestero, l’une des vedettes de THE ROOM, publie The Disaster Artist. Il s'agit du récit de l’arrivée du jeune acteur à Los Angeles et de sa participation à THE ROOM, après sa rencontre avec Tommy Wiseau lors d’un cours de théâtre où les deux hommes, tous deux admirateurs de James Dean, sympathisent. Avant la publication du livre (coécrit avec Tom Bissell) par Simon & Schuster, les épreuves tombent entre les mains du scénariste, réalisateur et producteur James Franco : celui-ci se trouve alors à Vancouver pour tourner L’INTERVIEW QUI TUE avec son vieux complice Seth Rogen. James Franco n’a alors pas encore visionné THE ROOM, mais il est immédiatement séduit par le récit amusant et plein de charme de Sestero. 

Tommy envisageait ce film comme un drame, et au final il a fait rire les gens, raconte James Franco. Le livre de Greg parlait d’Hollywood, mais c’était aussi l’histoire de ces types un peu marginaux qui ont contribué à mettre en chantier THE ROOM. J’ai lu 'The Disaster Artist' comme un récit sur la réalité du monde du cinéma mais raconté du point de vue d’un outsider, un peu comme dans le film ED WOOD que j’adore. James Franco est aussi séduit par cette histoire d’amitié entre deux hommes dans les coulisses du tournage d’un désastreux film amateur qui, contre toute attente, finit par ravir les spectateurs du monde entier. Il achète donc les droits du livre, et en hommage à Tommy Wiseau, se met en tête de réaliser, produire et interpréter son adaptation cinématographique. Il y incarne Tommy Wiseau lui-même, aux côtés de son jeune frère Dave dans le rôle de Sestero. James Franco porte un regard déjanté sur le rêve américain de deux amis que tout oppose mais qui partagent un rêve de célébrité et l’abordent de façon inattendue mais victorieuse. 

Les coulisses de THE ROOM 

Au fil de son évolution d’un midnight movie à un véritable phénomène culturel, THE ROOM devient une success story absurde sans égal dans toute l’histoire d'Hollywood. Le film est un phénomène hors du commun qui séduit aussi bien les étudiants que les humoristes ou encore les scénaristes en herbe. Les spectateurs sont nombreux à faire la queue pour les projections nocturnes partout à travers les États-Unis flanqués d’objets en référence au film, tels que des cuillères en plastique ou encore des ballons de football américain, qu’ils balancent à travers la salle tout en commentant à voix haute les dialogues, le jeu des acteurs ou encore les retournements de situation improbables. Entertainment Weekly consacre en 2008 tout un reportage à ce phénomène culte né d’un mystérieux panneau publicitaire pour finalement faire sensation à travers le monde. 

C’est en 2003 que le scénariste Scott Neustadter, fraîchement débarqué à Los Angeles pour tenter sa chance à Hollywood, aperçoit le fameux panneau publicitaire de Tommy Wiseau en sillonnant la ville en voiture. Il est immédiatement subjugué : On voyait le visage de ce type, les yeux baissés, et un numéro de téléphone, raconte Scott Neustadter. Je me suis dit que ça pouvait être un restaurant ou une boîte de nuit, mais impossible de savoir ce que ça voulait dire. Je n’avais aucune idée de ce dont il pouvait bien s’agir jusqu’à ce que je discute avec des gens qui m’ont expliqué que c’était un film projeté de temps en temps. Par la suite, j’ai entendu dire qu’il était affreusement mauvais, et pourtant, tout le monde en parlait. Mais est-ce qu’il pouvait vraiment être si raté que ça ?

Les origines mystérieuses de Tommy Wiseau commencent à faire l’objet de rumeurs et autres légendes à mesure que son film désastreux devient célèbre. Il prétend être originaire de la NouvelleOrléans même s’il est plus probablement né en Europe de l’Est. Un producteur a même qualifié son accent de mélange entre langage humain et langage Ewok. Il a financé lui-même les 6 millions de dollars qu’a coûté le film grâce à sa fortune personnelle, apparemment amassée grâce à des projets immobiliers et des entreprises commerciales dans la région de San Francisco. Plus étonnant encore, Tommy Wiseau a continué à louer son panneau publicitaire pendant cinq ans après le flop initial de THE ROOM, dépensant ainsi 5000 dollars par mois pour que les automobilistes de Los Angeles ne l’oublient pas. Après avoir transgressé toutes les règles possibles d’Hollywood, Tommy Wiseau était devenu membre à part entière de l’industrie du cinéma. 

Quinze ans après sa sortie ratée, THE ROOM est toujours un film dont on parle, auquel on adhère, dont on se moque, et que l’on adore, même au sein de l’establishement hollywoodien qui avait rejeté Tommy Wiseau pendant des années. Personne ne finance son propre film, et pourtant c’est ce que Tommy a fait pour THE ROOM, ce qui est complètement fou, estime le producteur Evan Goldberg de Point Grey Pictures, associé de Seth Rogen. Il a acheté son propre matériel et a écrit le scénario lui-même, en somme tout ce qu’il ne faut pas faire quand on entreprend un projet personnel à partir de zéro. Et pourtant ça a marché ! 

Le scénariste Michael H. Weber, qui a adapté The Disaster Artist avec l’aide de son partenaire Scott Neustadter, interprète l'échec retentissant de Tommy Wiseau ainsi que ses origines mystérieuses comme une histoire pleine d’espoir, tout droit sortie de l’imagination d’un fonceur extrêmement motivé. On ne connaît pas tous les détails du parcours personnel de Tommy, mais après avoir rencontré beaucoup de difficultés, il est parvenu à faire un film que beaucoup de gens regardent encore aujourd’hui et dont on parle partout dans le monde, note Michael H. Weber. On lui a dit non des dizaines de fois, mais il a persévéré et a réussi malgré tout, ce qui est un véritable exemple. 

Seth Rogen, à la fois interprète et producteur du film, est un amateur de longue date de THE ROOM : il incarne le scripte Sandy Schklair, autrement dit la voix de la raison sur ce tournage totalement loufoque. Seth Rogen assimile le projet cher à Tommy Wiseau au geste ultime d’expression d’un outsider : THE ROOM est étrange et complètement fou ; par moments, il est presque incompréhensible parce qu’il semble qu’aucune logique ne motive l’intrigue. Mais plus on apprend de choses sur la relation entre Tommy et Greg et sur leur passé, plus on adhère à leur histoire. En un sens, Tommy a tout raté, mais il a aussi accompli quelque chose parce qu’il est parvenu à exprimer ce qu’il avait à dire dans THE ROOM. 

L'histoire de Sestero 

C'est au moment où THE ROOM a connu une deuxième vie en devenant un film culte projeté lors de séances de minuit que Sestero a décidé d'écrire "The Disaster Artist". L'ouvrage retrace les débuts de son amitié avec Wiseau, à l'époque où ils ambitionnaient d'être comédiens professionnels et vivaient à San Francisco. Sestero avait 19 ans lorsqu'il a fait la connaissance de Wiseau dans son cours de théâtre, où celui-ci a proposé sa propre lecture, totalement déjantée, de la scène où Marlon Brando explose dans "Un tramway nommé Désir". Dès lors, les deux hommes sont devenus partenaires sur scène. "Il y avait quelque chose d'irrésistible chez lui alors que, sur un plan technique, tout ce qu'il faisait en cours sonnait faux", note Sestero. "Il jouait de manière catastrophique, mais son jeu comportait une dimension étrangement artistique". 

En dehors des cours, il a découvert que Wiseau était jovial et drôle, et qu'il encourageait toujours son entourage à donner le meilleur de soi et à se jeter à l'eau. "Ce n'était pas une sorte de junkie totalement cinglé – il était poignant, il montrait l'exemple et il m'a permis de prendre conscience de choses que mes parents n'avaient pas su éveiller chez moi, eux qui souhaitaient que je renonce à mes ambitions artistiques et que je me stabilise", indique Sestero. "Dès l'instant où j'ai entendu Tommy déclamer son monologue en cours de théâtre, j'ai compris que j'avais trouvé une âme sœur". 

Un soir, sur un coup de tête, ils ont roulé pendant trois heures pour se rendre dans le centre de la Californie, là où James Dean s'était tué dans un accident de voiture. Tous deux rêvaient de devenir acteurs : la vision du monde de Tommy – sa conviction qu'il faut tout faire pour atteindre ses ambitions artistiques – a inspiré le jeune Sestero, qui se cherchait encore. Ils sont devenus encore plus proches lorsque Wiseau a proposé à l'adolescent de lui louer une chambre dans son appartement de West Hollywood. En effet, Sestero avait enfin décidé de s'installer à Los Angeles pour tenter sa chance comme comédien à la fin des années 90. Par la suite, Wiseau lui a confié le rôle principal de THE ROOM, projet qu'il mûrissait depuis longtemps. 

"Greg a sans doute été le premier, dans la vie de Tommy, à surmonter son allure étrange et à le traiter en être humain", déclare Dave Franco. "C'était un véritable ami pour Tommy qui, de son côté, attachait de l'importance à son point de vue, l'encourageait et le soutenait. Au fond de lui, Greg était sans doute conscient que Tom inventait pas mal d'éléments de son passé, mais il s'en moquait parce que Tommy était un formidable ami". 

Comme on le découvre dans "The Disaster Artist", le tournage de THE ROOM, qui a duré huit mois, s'est avéré une catastrophe monumentale. Retraçant l'histoire d'un triangle amoureux, entre Johnny (Wiseau), banquier de San Francisco, sa femme Lisa (Juliette Danielle) et son meilleur ami Mark (Sestero), le film aligne des dialogues épouvantables, des comédiens qui jouent mal et des impasses scénaristiques. Wiseau, qui remplaçait systématiquement ses acteurs sans réfléchir, a stupéfait ses techniciens et ses comédiens en tournant simultanément en pellicule et en numérique et en dépensant des milliers de dollars pour acheter du matériel de tournage que la plupart des réalisateurs débutants se contentent de louer. À un moment donné, son équipe de tournage comptait 400 personnes – un chiffre effarant pour un modeste projet indépendant. 

Wiseau s'est attribué le premier rôle, mettant à profit sa relecture extravagante de la "Méthode" de l'Actors Studio qu'il a cultivée pendant ses cours de théâtre à San Francisco. Il a même parodié la célèbre réplique de James Dean, "Vous me rendez fou !", dans LA FUREUR DE VIVRE, pour l'une des scènes les plus notoires – et grotesques – de THE ROOM. La prestation de Wiseau, qui se dirige lui-même, est totalement unique en son genre, ce qui a subjugué James Franco quand il a fini par découvrir le film plusieurs années après sa sortie. "Il se bat pour que son film existe tout en devant surmonter tous les obstacles qui entravent sa réussite, et ça se voit dans son jeu", indique Franco. "Johnny, son personnage, mène presque un combat dostoïevskien Il a sincèrement cherché à exprimer quelque chose dans THE ROOM – ses émotions, sa vie avec sa femme, son désespoir d'avoir été rejeté par le monde". 

La découverte de THE ROOM 

Franco se souvient d'être passé devant des affiches du film de Wiseau, à Los Angeles, au tout début de sa carrière, mais il ne s'agissait, à ses yeux, que d'un phénomène semblable à la campagne d'autopromotion d'Angelyne, icône hollywoodienne des années 80. Ce n'est que lorsqu'il a lu "The Disaster Artist" en 2014 que Franco a souhaité voir le film. Il a ainsi fait partie de ses rares spectateurs, décelant dans l'improbable trajectoire de Wiseau vers la célébrité des éléments lui rappelant BOULEVARD DU CRÉPUSCULE, BOOGIE NIGHTS et LE TALENTUEUX M. RIPLEY. Il y a aussi décelé une vision surréaliste et moderne du Rêve américain. "Ce type débarque à Los Angeles pour devenir une star et, contre toute attente, il réussit à trouver les financements pour son projet, il le met en scène et les spectateurs finissent par l'adorer", signale Franco. "On n'apprécie pas son film pour ce qu'il a voulu y mettre, bien entendu, mais Tommy ne le sait pas. J'ai eu le sentiment qu'il y avait un autre point de vue sur cette histoire – celui de Greg – qui pouvait encore enrichir le film". 

À cette époque, Franco était à un tournant de sa riche carrière qui a débuté avec la série FREAKS AND GEEKS en 1999 et son interprétation de James Dean dans un téléfilm de Mark Rydell consacré à l'icône et salué par la critique. Passant facilement du métier d'acteur à l'écriture, de la réalisation à la production, Franco s'était un peu lassé du cinéma – jusqu'à ce qu'il retrouve une énergie renouvelée dans des comédies comme DÉLIRE EXPRESS et C'EST LA FIN, plébiscitées par le public. Il a souhaité que THE DISASTER ARTIST s'inscrive dans le même registre que ces grands succès populaire, autrement dit une comédie délirante conçue pour toucher un très large public. "Le livre de Greg m'a régénéré, tout comme Tommy a connu un nouveau départ lorsque THE ROOM a eu une deuxième vie", constate Franco. "Il faut accepter que les gens vous perçoivent d'une certaine façon, mais aussi être soi-même. Ce qui est magnifique dans 'The Disaster Artist', c'est qu'il cerne parfaitement les désirs de Tommy et son rêve de percer à Hollywood. C'est l'ambition de tout artiste : créer une œuvre qui touche le plus grand nombre de gens et réussir à nouer un lien avec certains d'entre eux à travers son travail". 

Alors que Franco était en plein tournage de L'INTERVIEW QUI TUE !, il a eu l'occasion de s'entretenir au téléphone avec Wiseau et Sestero au beau milieu de la nuit, après avoir pris une option sur l'ouvrage de ce dernier. "Je ne savais pas bien si Tommy était du genre à vouloir tout contrôler, ou s'il avait changé depuis THE ROOM", relate Franco. "L'une des premières questions que Tommy m'ait posée a été 'Qui jouera mon rôle ?' Quand je lui ai répondu que je n'en savais rien, il m'a suggéré le nom de Johnny Depp, l'une des plus grandes stars au monde, bien entendu". 

C'est Sestero qui a qui a suggéré à Franco d'interpréter lui-même Wiseau dans THE DISASTER ARTIST. "Je suis la carrière de James depuis qu'il a campé James Dean", reconnaît Sestero. "Je n'avais jamais vu une telle interprétation de James Dean et je m'étais toujours dit que notre histoire lui devait beaucoup, notamment en raison de la réplique 'Vous me rendez fou !', qui a beaucoup nourri notre amitié". Par la suite, Sestero a confié à Franco que, selon Wiseau lui-même, celui-ci n'envisageait que Depp ou Franco pour l'interpréter à l'écran. 

Au cours du tournage de L'INTERVIEW QUI TUE !, Franco a évoqué "The Disaster Artist" à son partenaire Seth Rogen : en effet, il était convaincu que ce projet correspondait parfaitement à la ligne éditoriale de sa société Point Grey Pictures à qui l'on doit 50/50, C'EST LA FIN et NOS PIRES VOISINS. "La boîte de Seth a une approche très intelligente des films mais elle a toujours travaillé au sein du système des studios", explique Franco. "Elle est capable de produire des films de studio tout en les rendant personnels. Elle produit les films qu'elle a envie de produire". 

Franco avait également envie d'un changement après avoir réalisé des films d'auteur pointus comme AS I LAY DYING, d'après le chef d'œuvre de William Faulkner, et CHILD OF GOD, tiré du premier roman de Cormac McCarthy. Si ces deux longs métrages avaient été plébiscités par la critique, ils n'avaient pas touché un large public. "Je suis bien plus proche de Tommy Wiseau qu'on ne pourrait le croire", reconnaît Franco. "On ne peut pas vraiment dire que CHILD OF GOD ait triomphé au box-office !" 

L'écriture du scénario 

Une fois que Point Grey, Good Universe et Ramona Films ont accepté d'accompagner la production du film, Franco a sollicité Scott Neustadter et Michael H. Weber qui ont fait leurs premières armes avec (500) JOURS ENSEMBLE, puis ont connu le succès public et critique avec NOS ÉTOILES CONTRAIRES et THE SPECTACULAR NOW. Pour Franco, l'amitié qui lie les deux hommes faisait écho à la collaboration artistique entre Sestero et Wiseau. "Sous la plume de Scott et Michael, les rapports entre les personnages sont d'une grande richesse, mais ils n'avaient encore jamais signé de scénario autour d'une amitié entre deux hommes", note le réalisateur. 

Pour les deux auteurs, qui ont bâti leur carrière après s'être rencontrés sur un projet commun, THE DISASTER ARTIST était l'histoire d'une amitié entre deux êtres qui nourrissent le même rêve. "Ce n'est pas tant un film sur le cinéma que l'histoire de deux rêveurs qui ont très envie d'entreprendre un projet, mais qui n'ont ni les bons contacts, ni les capacités, pour y parvenir", indique Neustadter. "On s'est vraiment reconnus dans leur parcours". Weber ajoute : "Greg et Tommy s'épaulent pour aller de l'avant et concrétiser leurs ambitions. L'un des deux est excessivement confiant, mais n'a pas forcément les facultés de réaliser son rêve, tandis que l'autre a davantage les pieds sur terre, mais n'a pas la moindre créativité. Il n'a pas suffisamment confiance en lui pour aller au bout de son rêve jusqu'à ce qu'il rencontre ce type… qui n'est autre que Tommy Wiseau". 

Dans THE DISASTER ARTIST, les scénaristes ont parfaitement su cerner la complicité et l'humour qui naissent entre deux personnes – amis, amants ou collaborateurs de création – qui se trouvent sur la même longueur d'ondes. Retrouvant l'esprit joyeusement délirant de (500) JOURS ENSEMBLE – où un employé de bureau un peu coincé (Joseph Gordon-Levitt) s'épanouit après être tombé amoureux de sa collègue (Zooey Deschanel) – Neustadter et Weber excellent de nouveau à dépeindre les rapports humains. "On peut se sentir très seul quand on tente de réaliser ses rêves, et Greg et Tommy ont chacun foi en l'autre alors même que plus personne ne croit en eux", indique Neustadter. "On a tous les deux connu ça. On a tous les deux été convaincus qu'on savait écrire, on a tous les deux développé un projet, et on s'est retrouvés face à des gens qui nous disaient 'Arrêtez donc de rêver !' On s'est très fortement identifiés à ces deux-là". 

Le casting 

Une fois le scénario achevé, Franco a décidé de camper lui-même Wiseau et a confié le rôle de Greg Sestero à son frère Dave Franco, bien qu'ils n'aient encore jamais partagé l'affiche d'un film. Ils se sont donné la réplique dans une série de courtes vidéos pour le site Funny or Die, et ont monté ensemble une société de production. Mais le cadet a choisi de trouver sa propre voie, sans vouloir bénéficier de la notoriété de son frère aîné. 

James s'explique : "J'ai déjà proposé des rôles à mon frère dans des projets plus ambitieux mais il a systématiquement refusé car il ne voulait en aucun cas vivre dans mon ombre. Il a su bâtir sa propre carrière qui n'a rien à voir avec la mienne. Grâce aux petites vidéos de Funny or Die – où je jouais un prof de théâtre caricatural et lui mon étudiant –, j'ai compris que la nature de nos rapports se prêtait parfaitement à la relation des deux protagonistes de THE DISASTER ARTIST". Dave renchérit : "Bien entendu, je connais mon frère depuis toujours, et nous avons une relation hors du commun : on est toujours là l'un pour l'autre et il y a des parallèles entre nous, d'un côté, et Tommy et Greg, de l'autre. En effet, l'un d'entre eux a accepté d'héberger l'autre à ses débuts et lui a permis de démarrer sa carrière – et c'est ce que mon frère a fait pour moi quand j'ai emménagé à Los Angeles". 

Dave tournait un autre film à Boston lorsque son frère lui a proposé le rôle de Greg Sestero, et l'a ainsi poussé à découvrir THE ROOM pendant une pause. "La première chose qui me soit venue en tête, c'est de me demander comment ce projet avait bien pu voir le jour et comment il a pu devenir culte", indique Franco. "Mais après réflexion, j'ai compris : ce film se démarque totalement de tous les navets du cinéma parce que Tommy n'a jamais eu conscience de faire un mauvais film. Il était animé d'une telle sincérité qu'il pensait vraiment qu'il allait remporter l'Oscar". 

On trouve parmi les comédiens Seth Rogen, fidèle collaborateur de Franco, qui campe le scripte stressé Sandy Schklair, unique membre expérimenté de l'équipe technique. Allison Brie, de son côté, interprète Amber, jeune femme qui perturbe la relation amicale entre Sestero et Wiseau, poussant le jeune acteur à quitter l'appartement de Wiseau. La comédienne a entendu parler de THE ROOM pour la première fois alors qu'elle tournait dans COMMUNITY : elle a découvert que le cadreur de la sitcom, Todd Barron, avait été le directeur de la photo du long métrage de Wiseau. Intriguée, elle a écouté un enregistrement de "The Disaster Artist" avec son mari Dave Franco, au cours d'un périple en voiture avant de voir le film en DVD. Allison Brie a particulièrement apprécié de voir ses partenaires Ari Graynor, Paul Scheer et Jacki Weaver se glisser dans la peau des acteurs du film. "Ma scène préférée, c'est celle de l'avant-première de THE ROOM", déclare l'actrice. "C'était irrésistible de voir nos acteurs improviser les réactions de leurs personnages en découvrant le film, et en particulier pour les scènes de sexe. On dirait vraiment les personnages du film". 

Ari Graynor interprète Juliette Danielle qui incarne elle-même la détestable et manipulatrice Lisa : celle-ci est l'objet de tensions passionnelles entre les deux protagonistes qui insultent copieusement la jeune femme au cours des séances de minuit. Avant le tournage, Ari Graynor a visionné le film des dizaines de fois pour bien comprendre ce qui avait pu plaire au public dans le film et chez Tommy Wiseau. "Quand je l'ai découvert, j'ai été totalement déstabilisée", dit-elle. "Qu'est-ce qui avait bien pu passer par la tête de Tommy pour faire un film pareil ? Ce n'est qu'après plusieurs visionnages que Tommy m'est apparu comme sympathique, et même attachant dans sa démarche. Plus je plongeais dans l'univers de THE ROOM, et plus je me disais que ce film n'était pas si mauvais que ça ! J'ai commencé à éprouver de l'empathie pour Tommy, pour ce qu'il cherchait à exprimer et pour sa vision du monde". 

Alors que Jacki Weaver venait d'achever le tournage de ZEROVILLE sous la direction de James Franco, elle s'est vue confier le rôle de Carolyn Minnott, mère de Lisa souffrant d'un cancer. Contrairement à la plupart des spectateurs et fans de THE ROOM, la comédienne n'a pas été particulièrement stupéfaite par le point de vue original de Wiseau. "Je ne me suis pas réjouie en voyant le film", confie-t-elle. "En réalité, j'ai même trouvé ça très déprimant. Mais je reconnais que c'est une histoire fascinante. J'ai dit à mon mari qu'on s'apprêtait à regarder le pire film au monde. Et il m'a répondu qu'il avait vu énormément de films dans sa vie, et que beaucoup d'entre eux étaient épouvantables, et qu'il ne pouvait donc s'agir du pire d'entre eux. Au bout de 99 minutes – un temps précieux qu'on ne pourra jamais récupérer –, il m'a dit : 'ma chérie, je crois que tu as raison, c'est bien le pire film jamais réalisé'". Néanmoins, Jacki Weaver a adoré camper une gueularde légendaire sous la direction de Franco. "C'était un pur bonheur d'observer James diriger ses acteurs tout en campant Tommy Wiseau", remarque-t-elle. "C'est un jeune homme brillant doté d'un formidable sens de l'humour. J'espère qu'il ne cessera jamais d'être drôle et excentrique". 

Dans la peau de Tommy Wiseau 

Artiste prolifique, James Franco a dû subir une métamorphose bien spécifique pour ce projet où il campe un personnage réel tout en mettant en scène une reconstitution du film qui a rendu Wiseau célèbre ! Le comédien est habitué à se glisser dans la peau de ses personnages, qu'il s'agisse de James Dean, d'Aron Ralston – randonneur blessé dans 127 HEURES – ou du gangster rappeur de SPRING BREAKERS. Comme ces personnages inoubliables, Franco a incarné Wiseau avec le même soin quasi maniaque. "James est très beau dans la vraie vie, si bien que lorsqu'on le transforme en un type à l'allure étrange, c'est très déconcertant", reconnaît le producteur Evan Goldberg. "Il ne ressemble pas du tout à Tommy Wiseau dans la réalité". 

Pour métamorphoser Franco en Wiseau, il a fallu faire appel aux talents de la maquilleuse et coiffeuse Nana Fischer, fidèle collaboratrice du réalisateur, et au grand prothésiste Andrew Clement (DEADPOOL, LES GARDIENS DE LA GALAXIE). Nana Fischer, Clement et leurs équipes ont dû trouver le moyen de rendre le visage foncièrement effilé de Franco aussi carré que celui de Wiseau, avec son menton anguleux, ses larges paupières dissimulant un regard perçant et ses cheveux noirs menaçants. "On a eu plusieurs idées pour faire en sorte que la mâchoire de James soit plus carrée", indique Nana Fischer. "Entre autre effets, on a eu recours à de fausses joues, un faux menton, un faux nez et bien évidemment de faux cheveux pour se rapprocher de la teinture spectaculaire de Tommy". 

Clement a réalisé un moulage du visage de Franco et sculpté un nouveau menton, un nouveau nez, de nouveaux sourcils, pour reproduire les traits saillants du visage de Wiseau. Franco a porté jusqu'à six dispositifs prosthétiques sur le visage pendant toute la durée du tournage. Étant donné que les prothèses sont des accessoires distincts nécessitant d'être collés et fixés, et que le maquillage devait s'accorder au teint de Wiseau, Franco a été contraint d'arborer ces prothèses toute la journée, qu'il soit en train de jouer ou de diriger ses partenaires : il lui fallait une heure au début et à la fin de la journée de tournage pour fixer, puis ôter, les cheveux, le maquillage et les prothèses. Pour parachever l'effet, le comédien a porté des lentilles de contact bleues pendant seize heures par jour. 

"C'était amusant d'être sur le plateau car James s'exprimait comme Tommy toute la journée, même s'il n'était pas en train de jouer le personnage", indique Rogen. "On n'avait pas à l'appeler Tommy mais quand on avait besoin de s'adresser à James Franco en tant que réalisateur – sur les questions de logistique qu'on aborde pendant un tournage – il prenait la voix et l'accent de Tommy. Souvent, on ne savait plus très bien quelle était son identité, mais James n'avait pas l'air de trouver tout cela étrange". 

L'évocation d'une vision d'artiste 

Pour reconstituer les scènes les plus emblématiques de THE ROOM dans THE DISASTER ARTIST, Franco s'est entouré du chef-décorateur Chris Spellman, qui a reproduit les décors grossiers improvisés par Wiseau ; du directeur de la photo Brandon Trost, qui a imité les éclairages et les mouvements d'appareil amateurs ayant contribué à faire de THE ROOM l'un des pires films au monde ; et de la chef-costumière Brenda Abbandandolo qui a retrouvé le style des comédiens et des techniciens du film-culte, en évoquant l'époque à laquelle ils ont vécu et tourné. 

Certaines scènes du film d'origine ont été reconstituées plan par plan, tandis que les comédiens ont cherché à retrouver les attitudes précises de leurs "personnages" au moment du tournage THE ROOM à Los Angeles en 2002. "C'était un exercice de mise en scène méticuleux, même si le résultat a été catastrophique", signale Franco. Trost ajoute : "C'est comme regarder un accident de train au ralenti : on ne sait jamais ce que nous réserve Tommy et on voulait traduire ce sentiment d'incertitude à travers les mouvements d'appareil". 

Trost et ses cadreurs, dont deux on travaillé avec Wiseau sur THE ROOM, ont adopté une approche quasi documentaire pour reconstituer les coulisses du film d'origine, en s'inspirant du style des frères Dardenne : ils ont ainsi filmé les acteurs présents sur le plateau caméra à l'épaule. Trost tenait à la plus grande exactitude et a ainsi étudié THE ROOM plan par plan, et image par image, tentant de reproduire les sautes d'image, les erreurs de point et les ombres portées sur le visage des personnages. "C'est vraiment difficile de tourner des images qu'on essaie délibérément de rater", indique Trost. "C'est l'une des raisons pour lesquelles THE ROOM, à mon avis, a été un grand succès : il a été réalisé avec sincérité. Wiseau a fait croire qu'il tournait le nouveau CITIZEN KANE". 

THE DISASTER ARTIST a été tourné à quelques centaines de mètres du lieu où THE ROOM a été filmé, à Los Angeles : la production s'est servie d'un entrepôt d'essais caméra suffisamment exigu et étroit pour les besoins du film, permettant aux techniciens de recréer l'atmosphère de claustrophobie propre à THE ROOM. Spellman, tout comme Wiseau, a utilisé le même entrepôt pour tous les décors, transformant alternativement cet espace nu en une ruelle, une chambre et un salon. Le célèbre fond vert situé sur le toit de l'immeuble du tournage initial a été construit dans un parking voisin : la production a eu recours aux mêmes méthodes artisanales très peu coûteuses que Wiseau avait mises en œuvre pour évoquer une ambiance nocturne à San Francisco qui, dans les deux films, fait davantage songer à un mauvais téléfilm des années 80 ! "Le plus difficile consistait à prendre en compte les trois niveaux de réalité, comme une sorte de mise en abîme, afin que notre film évoque l'original", signale Spellman. "On filmait les décors de THE ROOM, sans oublier les techniciens qui tournaient dans ces décors (et qui étaient acteurs) et la véritable équipe technique de THE DISASTER ARTIST qui, elle, travaillait sur le plus vaste décor. Il fallait qu'on trouve le bon espace pour que chacun – comédien ou technicien – puisse restituer fidèlement la vision de Tommy". 

Brenda Abbandandolo a étudié la mode des années 1998 à 2003 – période allant de la première rencontre entre Greg et Wiseau à l'avant-première de THE ROOM – pour retrouver les différents styles vestimentaires associés au film et à son époque. Elle s'est plongée dans les années 80 et s'est particulièrement inspirée du punk-rocker Adam Ant pour l'allure grunge et anachronique de Tommy Wiseau qui mélange des tenues débraillées et sombres à la démarche d'un artiste de heavy metal un rien vaniteux. "Il me fait penser à un rocker des années 80 qui s'est planté sur toute la ligne", note la chef-costumière. "Comme si Tommy achetait ses fringues dans un dépôt-vente et n'arrivait toujours pas à se trouver son style". 

À l'inverse, Sestero était l'incarnation de l'adolescent typiquement américain en shorts et en débardeur lorsque, à 19 ans, il a fait la connaissance de Wiseau à San Francisco : "On aurait dit le jour et la nuit", indique Brenda Abbandandolo. "Greg était un jeune homme de bonne famille qui allait sans doute voir POINT BREAK au cinéma et écoutait Dave Matthews, tandis que Tommy lisait Tennessee Williams et entretenait son côté rocker sur le retour. Quand on les voit ensemble, on se demande vraiment comment ces deux-là ont pu devenir amis". 

La chef-costumière a également imaginé le style des acteurs jouant dans THE ROOM, comme Juliette Danielle, campée par Ari Graynor. "Je voulais qu'Ari ait l'air d'une fille typique des années 90, même si c'est l'une des pires périodes de l'histoire de la mode", dit-elle. 

L'héritage de THE ROOM 

Près de vingt ans après sa présentation mouvementée en avant-première au Laemmle Fairfax de Los angeles, THE ROOM continue d'attirer les spectateurs du monde entier lors de séances de minuit, en Amérique du Nord, en Scandinavie, au Royaume-Uni et en Nouvelle-Zélande. Des gens de tous milieux se pressent toujours en salles pour découvrir la vision excentrique de Wiseau, à l'instar de Zach Braff, J.J. Abrams, Jonah Hill, Will Arnett et Kristen Bell (VERONICA MARS) qui s'est procurée une copie du film peu après sa sortie et a organisé des projections privées pour ses amis. 

Que ce soit par hasard ou délibérément, Tommy Wiseau est allé jusqu'au bout de sa démarche artistique et, contre toute attente, a réalisé un film atemporel, dont THE DISASTER ARTIST a su restituer l'esprit iconoclaste et l'audace dans ses détails les plus foutraques. Malgré ses défauts, THE ROOM a réussi à rassembler des milliers de gens – et sa popularité ne se dément pas. "Les gens viennent toujours aux séances de minuit et jettent des cuillers sur l'écran et hurlent tout au long de la projection", raconte Sestero. "Tommy a créé une œuvre d'art qui résiste à l'épreuve du temps. Il a toujours voulu être accepté par les studios hollywoodiens : comment pourrait-il ne pas se réjouir de cette situation ?" 

Franco conclut : "Le fait que THE ROOM soit projeté dans le monde entier signifie qu'il ne s'agit pas seulement d'un navet légendaire dont on prend plaisir à se moquer avec ses potes. Ce film est hors du commun grâce à Tommy Wiseau qui a mis tout son cœur dans ce projet. THE ROOM possède ce que d'autres mauvais films n'ont pas, à savoir la passion à l'état pur".

  
#TheDisasterArtist

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