mardi 30 mai 2017

THE WALL


Thriller/Drame/Guerre/Une bonne surprise, le film tient ses promesses et même un peu plus

Réalisé par Doug Liman 
Avec Aaron Taylor-Johnson, John Cena, Laith Nakli...

Long-métrage Américain 
Durée : 01h30mn
Année de production : 2017
Distributeur : Metropolitan FilmExport

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs 

Date de sortie sur les écrans américains : 12 mai 2017
Date de sortie sur nos écrans : 7 juin 2017


Résumé : Deux soldats américains sont la cible d’un tireur d’élite irakien. Seul un pan de mur en ruine les protège encore d’une mort certaine. Au-delà d’une lutte pour la survie, c’est une guerre de volontés qui se joue, faite de tactique, d’intelligence et d’aptitude à atteindre l’ennemi par tous les moyens…

Bande annonce (VOSTFR)


Extrait - L'embuscade (VOSTFR)


Extrait - Accroche-toi ! (VOSTFR)


Ce que j'en ai penséTHE WALL est une bonne surprise. Le réalisateur, Doug Liman, nous fait rentrer directement dans le vif du sujet après une courte introduction plaçant la dynamique de la relation entre les deux héros qui vont devoir affronter un ennemi aussi dangereux qu'invisible. 

Doug Liman, le réalisateur du film (à gauche) et l'acteur John Cena (à droite)
Certes, il s'agit d'un film de guerre, mais le thriller prend le pas sur le reste pour nous accrocher et cela fonctionne. Pas vraiment de temps mort, mais pas de sur-action non plus. Le film s'équilibre entre peurs, souffrance, moments d'espoir, et même petites touches d'humour (qui n'empiètent cependant pas sur la dramaturgie de la situation). L'affrontement devient peu à peu psychologique. Le réalisateur gère habilement la tension pour ne pas étouffer le spectateur sous le stress. Il finit par titiller notre curiosité par rapport à ce sniper mystère. 

L'unité de lieu oblige le scénario de Dwain Worrell à faire preuve de bon sens et à être malin. Bien qu'on devine parfois la suite des évènements de loin, il n'en demeure pas moins divertissant.

Côté jeu, Aaron Taylor-Johnson, qui interprète le Sergent Allen Isaac, est très bon en soldat entraîné, mais pas non plus super doué. Pris entre des réactions humaines et des réflexes militaires, il rend son personnage attachant, ce qui évidemment rend l'enjeu intéressant pour les spectateurs puisque, du coup, on veut savoir comment il va s'en tirer.




John Cena interprète le Sergent-chef Shane Matthews. Je l'ai trouvé très juste et surtout efficace pour donner du charisme à son personnage.



THE WALL tient toutes les promesses du genre, et même un peu plus. La réalisation rend le déroulement des événements clairs et accrocheurs, les acteurs sont crédibles et le scénario réussit à nous inresser jusqu'au bout. Si vous aimez les face-à-face tendus au cinéma, alors n'hésitez pas à franchir le pas pour venir vous abriter contre le mur.


NOTES DE PRODUCTION 
(Á ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

« Des légendes de ce genre circulent au sujet de tireurs d’élite irakiens insurgés. La plus répandue est sans doute celle de Juba, un sniper du groupe de rebelles sunnites de l’Armée islamique en Irak, dont les exploits ont été vantés dans plusieurs vidéos diffusées sur Internet entre 2005 et 2007. Des centaines de morts lui ont été attribuées, et les rapports de l’époque suggèrent qu’il aurait été à l’origine d’une certaine psychose chez les soldats américains. »

Adam Taylor, The Washington Post, 22 janvier 2015

LA GENÈSE DU PROJET

Thriller psychologique intense, THE WALL est réalisé par un maître du genre, Doug Liman (MR. & MRS. SMITH, LA MÉMOIRE DANS LA PEAU, EDGE OF TOMORROW) et interprété par Aaron Taylor-Johnson, couronné aux Golden Globes (NOCTURNAL ANIMALS, KICK-ASS, SAVAGES, GODZILLA, AVENGERS : L’ÈRE D’ULTRON) et John Cena, star de la World Wrestling Entertainment (WWE) (CRAZY AMY, VERY BAD DADS). Le scénario écrit par Dwain Worrell a figuré sur la Black List 2014. Le film est produit par Amazon Studios.

THE WALL est le premier scénario de Dwain Worrell à devenir un film. Il l’a écrit en Chine, où il enseignait l’anglais. Il raconte : « Cette idée me trottait dans la tête et je me suis enfin décidé à la coucher sur le papier sur mon temps libre. Pour moi, le thème principal de cette histoire a toujours été celui du camouflage. Le film suit un sniper américain pris pour cible par un légendaire tireur d’élite irakien, mais il raconte également l’histoire d’hommes qui se mentent autant à eux-mêmes qu’à l’autre. Le jeu du chat et de la souris auquel ils se livrent durant la majeure partie du film est une manifestation extérieure de ce qui les agite intérieurement. »
Les échanges radio entre le soldat américain et son homologue irakien ainsi que leurs dialogues tout au long du film révèlent les points communs des personnages autant que le vaste fossé qui les sépare. Cela s’explique par l’intérêt de Dwain Worrell pour le langage. Le scénariste explique : « Je suis passionné de linguistique. J’ai étudié le mandarin à l’université d’État de Géorgie et je parle couramment le chinois. Apprendre une langue étrangère et essayer de penser et de converser dans cette langue vous donne une nouvelle vision de toutes les nuances qui entrent en jeu dans la communication. Le langage est pour moi l’un des outils les plus importants acquis au cours de l’évolution humaine, nous considérons d’ailleurs notre capacité à transmettre un message via des mots comme allant de soi. C’est quelque chose de très fort qui est aussi lié à l’écriture, laquelle est tout à fait fondamentale pour moi. L’idée de « camoufler » ses intentions à travers le langage est quelque chose que nous faisons tous les jours et qui se reflète dans ce film. »

Le scénariste a fait d’importantes recherches sur la guerre en Irak, l’état de stress post-traumatique (ESPT) et la vie quotidienne des soldats. Il commente : « J’ai rencontré des familles de militaires et regardé tous les documentaires possibles et imaginables sur le métier de tireur d’élite afin d’essayer de me familiariser avec leur jargon et de comprendre leur état d’esprit. J’ai ensuite envoyé le scénario à Amazon depuis la Chine et ils l’ont accepté en l’espace de deux semaines. »

LE RÉALISATEUR ET L’ÉQUIPE

Les thèmes, le cadre et les personnages de THE WALL ont immédiatement trouvé écho chez Doug Liman. Nombre des films et projets télévisés du cinéaste mettent en scène des conflits de grande envergure souvent racontés du point de vue des soldats, ainsi que des joutes intellectuelles de haut vol. Mais plus important encore, le scénario réduisait la guerre à ce qu’elle a de plus élémentaire, et cela l’intriguait particulièrement.

Le réalisateur déclare : « THE WALL est un thriller captivant doublé d’une analyse passionnante sur le fonctionnement réel de la guerre, où de parfaits étrangers s’entre-tuent. Ici, il s’agit de deux tireurs, un Américain et un Irakien, qui ne se connaissent pas et vont devoir faire l’impossible pour survivre. C’est ma vision personnelle du film de guerre. Il n’y est pas question de politique car ce n’est pas comme cela que fonctionne la guerre. On peut se permettre d’avoir tout un tas d’opinions lorsqu’on est bien à l’abri à New York, mais quand vous vous trouvez en Irak et que quelqu’un essaie d’avoir votre peau, cette personne est l’ennemi et doit être stoppée à tout prix. Il en va de votre vie. L’intrigue de THE WALL est donc très simple, à l’image de celles de mes films de guerre préférés. J’étais curieux de voir la réaction de l’être humain poussé aux limites de la survie, c’est quelque chose qui m’a toujours intrigué depuis LA MÉMOIRE DANS LA PEAU. J’ai toujours placé Jason Bourne dans des situations où toutes les chances étaient contre lui, sans véritable échappatoire ; le défi consiste alors à faire en sorte que le personnage s’en sorte malgré tout, ce qui est passionnant. C’est dans ces moments-là qu’il se révèle. »

Doug Liman a cependant ajouté à l’histoire un ingrédient qui n’était pas présent dans le scénario original : un troisième soldat, le sergent Matthews, officier supérieur du sniper américain Isaac. L’amitié qui lie les deux hommes vient encore accroître les enjeux du film. Isaac ne se bat pas uniquement pour sa vie, il se bat aussi pour celle de son camarade, et leurs efforts conjugués confèrent une toute nouvelle dimension à l’intrigue.

Le réalisateur commente : « J’aimais la simplicité de l’histoire d’un soldat acculé derrière un muret, mais l’idée d’un film ne reposant que sur un seul acteur ne me plaisait pas, ça me rappelait trop ces exercices imposés sur lesquels planchent les étudiants en cinéma. J’ai donc conservé le postulat de départ en y ajoutant un personnage supplémentaire, celui du sergent Matthews, et l’histoire a pris un tout autre visage : celui d’un « buddy movie ». Leur amitié et le fait qu’elle soit mise en danger rend le film d’autant plus intéressant et palpitant. »

Le producteur David Bartis déclare : « Toute la difficulté a été de faire un film d’ampleur, ouvert malgré le fait qu’il se concentre sur le petit monde de deux personnages, et ambitieux malgré un budget extrêmement restreint. La solution a en partie consisté à faire appel à des gens avec qui Doug avait déjà travaillé, familiers de son approche, comme la directrice de casting Mindy Marin, le chef décorateur Jeff Mann, le producteur délégué Ray Angelic et la superviseuse de postproduction Nicole LaLoggia. Dans le même temps, nous avions besoin de sang neuf, de collaborateurs capables de s’adapter au rythme soutenu du tournage et d’apporter de nouvelles perspectives à l’équipe, des gens comme le directeur de la photographie Roman Vasyanov et la monteuse Julia Bloch. »

LES ACTEURS

Aaron Taylor-Johnson a été le premier acteur à être choisi. Il tient le rôle du sergent Isaac, un Ranger de l’armée américaine qui sert d’observateur à Matthews mais qui est aussi bon tireur que son supérieur. Lorsque leur homologue irakien blesse grièvement Matthews, Isaac doit faire appel à tous les éléments de sa formation, de son adresse au tir à son intelligence, pour vaincre l’ennemi invisible qui le met physiquement et mentalement au pied du mur.

L’acteur raconte : « Mon personnage fournit à Matthews toutes les informations techniques dont il a besoin pour bien tirer : les distances, les conditions de vent, ce genre de choses. Sa lunette télémétrique est donc un outil essentiel pour lui mais elle joue aussi un rôle crucial dans l’intrigue. Elle appartenait à son ex-partenaire tué au combat. Isaac préférerait donc ne pas avoir à utiliser son fusil, et il tient beaucoup à cette lunette. Il est encore traumatisé par cet événement, et tout au long du film, on le voit se débattre avec un ESPT dont on découvre petit à petit l’origine à travers le jeu du chat et de la souris auquel il se livre avec le soldat irakien. »

Aaron Taylor-Johnson a été séduit par l’originalité du scénario et l’opportunité de travailler sous la direction de Doug Liman. Il déclare : « Je suis immédiatement tombé sous le charme du script et du personnage. C’était magnifiquement écrit et le concept m’a semblé extrême, stimulant et passionnant. Et puis c’était Doug Liman, dont j’admire énormément le travail, qui était aux manettes ! Je n’avais aucun doute sur sa capacité à raconter cette histoire de manière intime et singulière. »

John Cena incarne quant à lui le sergent Matthews. L’acteur, entrepreneur et superstar du catch s’est entièrement immergé dans son rôle. En raison de son emploi du temps chargé, la production a organisé le tournage en fonction de ses disponibilités ; il a ainsi été présent sur le plateau pendant deux jours lors la première semaine de tournage et durant toute la dernière semaine. Au cours de la brève période qu’il a passée sur le tournage, il a pleinement incarné son personnage. Il a enduré une chaleur écrasante et des vents violents, a été recouvert de poussière – par le département maquillage mais aussi par les imprévisibles tempêtes de vent qui balayent quotidiennement le désert – refusant de s’abriter, alors qu’après avoir été touché par le tireur irakien, il pouvait passer plusieurs heures couché sur le ventre dans la poussière. Il arrivait cependant à John Cena de sortir de son personnage pour le plus grand plaisir de son partenaire et de l’équipe, à qui, en fabuleux conteur, il aimait raconter des histoires.

Aaron Taylor-Johnson commente : « John est quelqu’un de profondément sympathique et un vrai gentleman. J’ignore comment il a réussi à tourner ce film parce qu’il était toujours très occupé et passait son temps à s’envoler pour l’autre bout du monde, il était au Japon puis à New York pour quelques jours, puis sur le tournage… Nous n’avons donc pas eu le temps d’apprendre à nous connaître en amont, mais on s’est tout de suite bien entendus. Il a beaucoup de répartie et d’humour, et cela se ressent dans la relation qui unit nos personnages. »

John Cena a été séduit par la relation entre les deux soldats ainsi que par l’approche de Doug Liman vis-à-vis du film et de la mise en scène en général. Il explique : « J’adore les bonnes histoires et celle-ci est merveilleuse, elle reflète formidablement notre perception de la guerre et de ceux qui la mènent. Nous aimons célébrer et décorer nos héros, mais il y a des aspects de la guerre qui sont tout simplement horribles et retors, et nos soldats doivent souvent y faire face seuls. THE WALL soulève justement la question du choix individuel. »

L’acteur a calqué son implication totale sur l’attitude irréprochable de Doug Liman. David Bartis commente : « C’est face aux difficultés que Doug est le meilleur. À cet égard, les conditions de ce film, avec son budget limité, sa distribution restreinte et son calendrier serré, étaient idéales pour lui. Il a aimé relever le défi qui consistait à rendre ce monde clos suffisamment captivant pour que l’on ne s’ennuie pas une seconde pendant le film. »

John Cena déclare : « Doug Liman est formidable. J’aime les gens créatifs qui possèdent aussi une solide éthique professionnelle, et Doug en est le parfait exemple. Il sait exactement ce qu’il veut et comment obtenir le meilleur de chacun de ses collaborateurs. C’est un bourreau de travail qui s’entoure de gens qui partagent son état d’esprit. L’équipe au complet était entièrement dévouée au film. Il y avait de la poussière, du vent et il faisait chaud : les conditions étaient difficiles –surtout après dix heures de tournage – mais tout le monde y a mis du sien, ça a été un effort collectif et Doug a été exemple pour nous tous, c’est un fantastique meneur d’hommes. Avec lui, on peut être sûr que ce qui est écrit dans le scénario sera magnifié à l’écran. »

Bien qu’il ait eu tous les plans du film en tête, le cinéaste a toujours pris le temps de discuter en profondeur des scènes avec les acteurs, en particulier Aaron Taylor-Johnson, afin de s’assurer de la sincérité de l’histoire. Une attention particulièrement importante car lorsque les deux hommes sont séparés, Aaron Taylor-Johnson est quasiment seul à l’image, Isaac communiquant par radio avec son ennemi invisible. L’acteur partage la plupart de ses scènes avec une voix off, celle du tireur embusqué irakien – un rôle parfois endossé par Doug Liman.

L’acteur se souvient : « L’autre personnage avec lequel j’échange est le sniper ennemi qui n’apparaît pas à l’écran, il a donc fallu que j’adapte mon jeu. La manière dont Doug a choisi de tourner ces scènes est très authentique, il ne s’agissait pas de quelqu’un qui se trouvait à côté de la caméra mais d’une voix qui me parvenait via une oreillette. À l’instar d’Isaac, je réagissais donc à ce que je voyais, à ce que j’entendais et à ce que je ressentais, ce qui était difficile par moments mais important et intéressant. J’ai beaucoup aimé quand Doug prenait le micro et essayait de me mettre au défi de manière inattendue. »

Pour David Bartis, Aaron Taylor-Johnson et John Cena étaient parfaits pour ces rôles. « Nous avons eu beaucoup de chance avec la distribution, Aaron et John étaient tous les deux prêts à tout pour ce film. Ils n’ont pas hésité à passer plusieurs heures allongés sur le sable brûlant par plus de 42 degrés, et ce jour après jour, sans se plaindre. J’ai été très impressionné par leur engagement. »

LES DÉCORS

THE WALL a été tourné en 14 jours à Lancaster, dans le désert près de Los Angeles, ce que le producteur David Bartis ne peut s’empêcher de trouver ironique : « Après avoir parcouru le monde entier pour trouver le décor idéal, nous avons atterri à deux pas de chez nous ! »

Il ajoute : « Pour donner l’illusion que les personnages se trouvent à l’autre bout du monde, nous avons ajouté un pipeline au décor. Une partie de cet oléoduc a été construite sur le tournage, le reste a été créé en images de synthèse. Sa présence évoque nos intérêts au Moyen-Orient et les nombreuses vies sacrifiées au nom du pétrole sans jamais que cette question ne soit abordée frontalement dans l’histoire. »

D’après Nicholas Irving, le conseiller militaire de la production, le lieu de tournage du film ressemble à s’y méprendre à l’Irak. Et il sait de quoi il parle, étant un ex-Ranger de l’armée américaine déployé à plusieurs reprises en Irak et en Afghanistan, où ses aptitudes de sniper lui ont valu d’être surnommé The Reaper (le Faucheur en français). C’est John Cena qui l’a recommandé à l’équipe. Le conseiller militaire raconte : « Je suis ami avec John, avec qui j’ai travaillé sur « American Grit », et il connaissait mes états de service. »

Nicholas Irving a passé du temps avec les deux acteurs principaux, et plus tard avec les figurants qui incarnent des soldats. Il leur a appris la bonne manière de tirer et de se déplacer, et avec Aaron Taylor-Johnson en particulier, il a évoqué en détail le caractère mathématique et mécanique du travail de repérage et d’observation.

Il explique : « Il y a une manière précise de manipuler la lunette et des spécificités techniques au métier, comme la méthode du crack-bang, la mesure de la différence entre le claquement lié au dépassement du mur du son de la balle et le bruit de la détonation à la bouche de l’arme : on compte les secondes, un peu comme avec l’éclair et le tonnerre, sauf qu’il s’agit d’une formule différente. Nous avons étudié des formules et calculs balistiques comme le temps de vol d’une balle, ce genre de choses. Je lui ai appris différentes positions utilisées par les snipers : arme pointée vers le bas ou vers le haut, comment tenir son fusil lorsqu’on est allongé au sol, comment porter son arme, comment respirer ou tirer entre deux battements de cœur… Nous avons passé quatre ou cinq heures sur un champ de tir où nous avons tiré au pistolet, au fusil de précision et à la carabine, et Aaron était capable d’atteindre une cible en plein centre à 500 mètres, ce qui est très impressionnant. Il a un talent inné pour le tir. »

Parler de ses expériences aux acteurs du film et se retrouver sur une « zone de combat », quand bien même s’agissait-il d’un plateau de tournage, a fait remonter de nombreux souvenirs chez l’ancien militaire. Il raconte : « John connaissait mon expérience, mais Aaron pas vraiment. Lui raconter ce que j’ai vécu, lui transmettre mon savoir, lui expliquer ce que je faisais en mission et le regarder sur le tournage m’a fait remonter le temps. L’intrigue du film est similaire à ce que j’ai vécu en Tchétchénie : nous étions pris au piège et un de mes hommes nous est courageusement venu en aide pour finalement se faire tirer dessus cinq minutes après nous avoir sauvés… Mais j’ai aussi de bons souvenirs, mes hommes auraient donné leur vie pour moi et j’aurais fait pareil pour eux. La camaraderie entre Matthews et Isaac est très réaliste. »

LE MUR

Le mur qui offre une protection précaire à Isaac contre l’assaillant irakien devient presque un personnage à part entière dans le film. La structure est progressivement détruite tandis que les deux soldats échangent des tirs ; la production a donc organisé le tournage en fonction de ses différentes étapes de destruction.

Doug Liman déclare : « Aaron a passé énormément de temps derrière ce mur, ça a vraiment été notre point de départ. Sur le plan visuel, Jeff Mann et moi avons essayé de raconter l’histoire en construisant tout un monde à travers ce mur parce que c’est ce qu’il représente pour Isaac ; il fait la différence pour lui entre la vie et la mort. »

Le chef décorateur Jeff Mann et Doug Liman avaient travaillé ensemble pour la première fois sur MR. & MRS. SMITH et entretiennent depuis une étroite relation professionnelle et personnelle. Lorsque le réalisateur l’a contacté pour THE WALL, Jeff Mann venait tout juste de terminer un long projet en dehors des États-Unis. Ce nouveau film semblait donc être, selon ses propres mots, « l’antidote idéal ». Il explique : « Le scénario était fantastique et le planning de tournage très restreint, ce qui était un soulagement après la longue expérience que je venais d’avoir. De plus, j’étais très heureux de travailler à Los Angeles. »

Le chef décorateur poursuit : « Comme nous passons la plupart du temps dans un seul et même décor, toute la difficulté a consisté à le rendre visuellement intéressant. Il a fallu trouver le moyen de le mettre au service de l’histoire et de lui donner l’envergure que méritait le film en utilisant intelligemment nos ressources limitées. Le mur est un personnage à part entière de l’histoire, il se devait donc d’être esthétique et authentique, mais aussi d’aider la caméra et les acteurs dans leur travail. J’ai dit à Doug que je voulais que ce muret ait l’air instable. C’est mieux que rien mais ce n’est vraiment pas le rempart idéal pour se protéger d’une mort certaine. Évidemment pour les besoins du tournage, il ne pouvait cependant pas être réellement instable. »

Le mur possède son propre « arc narratif » que Jeff Mann et son équipe ont dû respecter et qui a influencé la manière dont ils l’ont conçu et construit. Le chef décorateur explique : « Le mur doit passer par plusieurs étapes au cours de l’histoire. Une partie de la structure s’effondre, une autre est soufflée, et enfin Isaac y creuse un trou pour y faire passer sa lunette. Cela faisait beaucoup de contraintes pour un tournage aussi court et nous n’avions pas les ressources nécessaires pour construire plusieurs morceaux de mur distincts ou en sculpter un en mousse pour telle ou telle scène. »

Jeff Mann a effectué d’importantes recherches sur l’architecture irakienne, yéménite et nord-africaine afin de définir à quel bâtiment ce mur aurait appartenu avant de se transformer en ruine. Il a ainsi imaginé toute l’histoire de cette structure de pierre, ce qui a influé sur le choix des matériaux qui le composent et la manière dont il a été érigé.

Il commente : « Dans notre esprit, il s’agissait jadis d’un bâtiment complet dont les pierres ont été dérobées au fil du temps. Qui sait quel genre d’endroit c’était ? Une petite mosquée, peut-être. Nous avons ajouté de la texture du côté où se cache Isaac afin d’évoquer l’histoire du bâtiment. Nous ne voulions pas que ce mur ait l’air d’avoir appartenu à une bergerie située au milieu de nulle part, c’est pourquoi nous avons intégré de vieux encadrements de fenêtres en bois et un cadre de porte pour évoquer la vie qui régnait autrefois dans ce lieu. Notre mur n’a pas été construit en terre mais en pierre, et nous avons utilisé deux types de pierres différents. La logique derrière cette décision a été dictée par l’histoire. Lorsqu’on enlève une pierre à la base de la structure, on ignore s’il ne s’agit pas d’une pièce maîtresse qui va tout faire s’effondrer, alors que lorsqu’on retire une brique située au pied d’un mur de briques, on ne met pas toute la structure en danger. Si vous tirez dans une brique, l’édifice ne va pas s’écrouler, mais si vous tirez dans une pierre qui se trouve être le pivot de la structure et qui peut potentiellement faire céder tout le mur, les enjeux sont nécessairement accrus. On obtient en outre quelque chose de beaucoup plus intéressant et plus riche sur le plan visuel. Nous avons ajouté plusieurs épaisseurs de plâtre ainsi que du grillage sur la surface intérieure du mur, où l’on distingue des traces de peinture qui laissent deviner le travail de finition qui ornait jadis l’intérieur du bâtiment. »

Jeff Mann et son équipe ont effectué des tests sur la structure avant le tournage principal pour s’assurer de sa solidité, ce qui a conditionné le choix des matériaux ayant servi à sa construction. Ils ont fabriqué une première version du mur qu’ils ont utilisée pour les répétitions et qui a servi de modèle à celui qu’on voit dans le film, haut et épais au début, plus bas et plus exposé par la suite. Cela a nécessité de minutieuses recherches malgré un budget et un calendrier limités.

Le chef décorateur déclare : « Il y avait deux ou trois types de pierres différents que nous voulions utiliser. Nous avons réalisé des tests techniques avec une maquette, une version du mur plate en bois composée de plusieurs morceaux, comme un grand puzzle. Chaque moment du film où une petite partie du mur s’effondre ou reçoit une balle a été mis en scène. Ça a été très instructif car nous avons découvert les endroits qu’il fallait qu’on renforce et ceux qui menaçaient de s’effondrer d’un bloc alors que nous voulions qu’ils se disloquent. Cela nous a aussi permis de nous assurer que l’équipe et Aaron Taylor-Johnson pourraient travailler en toute sécurité à côté de la structure, car elle se compose de plusieurs centaines de kilos de vraies pierres qui s’élèvent jusqu’à deux mètres et qui pouvaient s’avérer dangereuses si elles tombaient sur quelqu’un en raison des vents violents qui balaient le désert. Nous nous sommes finalement lancés dans la construction du mur final avec l’aide un consultant spécialiste des maçonneries en pierre et avons réalisé quelques tests dans l’atelier de notre superviseur des effets et ami Brendan O’Dell. Nous avons également sculpté quelques fausses pierres. Pour faire s’effriter la structure, nous avons entouré certaines pierres de fil de fer sur lequel nous avons tiré manuellement pour les faire tomber. »

Les vents quotidiens et la chaleur étouffante n’ont pas uniquement affecté la construction du mur, ils sont devenus un élément malvenu mais inévitable de la production. Le matin, le vent n’excédait pas les quatre nœuds mais il atteignait les 12 nœuds l’après-midi et changeait sans arrêt de direction. Une tempête de sable pouvait surgir à n’importe quel moment. D’ailleurs, pendant le tournage de la scène dans laquelle le personnage de John Cena inspecte la zone tandis qu’Isaac lui parle hors écran via une oreillette, une petite tornade de sable a soudain enveloppé l’acteur, créant la surprise chez Aaron Taylor-Johnson qui ne le voyait plus. Juste après la fin du tournage principal, un violent feu de forêt alimenté par ces vents chauds a d’ailleurs dévasté les alentours.

LA PHOTOGRAPHIE

Le directeur de la photographie Roman Vasyanov a choisi une approche visuelle adaptée à ces conditions météorologiques changeantes en optant pour le format Super 16, plus facile et rapide à insérer dans la caméra que le 35 mm, et idéal donc pour un tournage dans des conditions aussi inhospitalières et un calendrier aussi serré. Il déclare : « J’ai aussi pensé que le grain du Super 16, qui rappelle celui de la photographie de guerre, se prêterait merveilleusement à ce drame captivant. J’ai également eu l’idée de faire appel à la macrophotographie lorsque le personnage d’Aaron est épuisé ou perd conscience, j’ai pensé qu’il serait intéressant d’utiliser un objectif très courte focale qui provoque des effets prismatiques. J’avais donc en tête ces plans très serrés mais également de vastes plans larges du désert avec la poussière suspendue dans les airs et les tempêtes de sable. »

Doug Liman et Roman Vasyanov ont choisi d’éviter les lieux communs des films de guerre pour créer un style visuel propre à l’histoire, aux personnages et au décor de THE WALL. Le réalisateur commente : « Roman a proposé que nous tournions en 16 mm anamorphique dès le départ. Nous étions tous les deux conscients que c’était à la photographie qu’il revenait de rendre intéressant l’univers du film, avec son décor désolé et austère. Nous tenions à éviter l’esthétique caméra à l’épaule de la plupart des films de guerre, nous ne voulions pas qu’il soit inutilement stylisé. Et puis le grain du format 16 mm anamorphique est sans égal. Le fait que nous ayons tourné sous un soleil de plomb rend les décors encore plus beaux, plus dramatiques et laisse davantage de place à l’imagination. »

Le travail du directeur de la photographie a été dicté essentiellement par les personnages, qu’il s’agisse d’un gros plan, du point de vue subjectif du sniper ou d’un plan général. Il explique : « Je suis convaincu que chaque plan doit s’appuyer sur les personnages. Je n’aime pas beaucoup utiliser une caméra portée simplement pour créer du mouvement ou tourner plus d’images. Pour moi, la caméra doit d’une certaine manière être traitée comme un acteur et refléter l’état d’esprit du personnage. Au début de THE WALL, l’image est donc assez statique mais au fur et à mesure que la tension monte, les mouvements de la caméra deviennent plus saccadés. »

Après que le sniper irakien blesse grièvement Matthews, le film repose presque essentiellement sur Isaac tandis qu’il essaie de prendre le dessus sur son ennemi invisible. Roman Vasyanov et son équipe ont par conséquent passé beaucoup de temps avec Aaron Taylor-Johnson.

Le directeur de la photographie raconte : « Aaron est un acteur extrêmement talentueux et mon principal objectif était de lui donner le plus de liberté possible. C’est en partie la raison pour laquelle nous avons fait le choix d’utiliser la lumière naturelle. Puisque son personnage passe quasiment la totalité du film derrière le mur, l’idée était d’essayer de le filmer sous un maximum d’angles. Il arrive parfois que quand un film se déroule dans un seul et même lieu et qu’on opte pour une couverture minimale, cela crée une sensation d’étouffement, ce que nous avons essayé d’éviter. Nous voulions que les spectateurs aient le sentiment de se trouver au beau milieu de ce gigantesque désert avec Isaac et son ennemi, et personne pour lui venir en aide. Nous voulions que tout tourne autour d’Isaac et de sa lunette. »

Ce sont d’ailleurs les choix d’interprétation d’Aaron Taylor-Johnson qui ont déterminé les mouvements de la caméra, que ce soit quand Roman Vasyanov le filmait au plus près ou quand la caméra adoptait le point de vue de la lunette de tir de son fusil. Le directeur de la photographie explique : « Nous avons commencé par étudier les mouvements d’Aaron afin de définir les meilleurs plans en fonction de son attitude – jamais l’inverse, à aucun moment nous n’avons essayé d’intégrer Aaron à un plan prédéfini. Son instinct est remarquable, il sait toujours où se trouve la caméra et se déplace intuitivement dans le cadre sans jamais sortir de son personnage. Tous les plans, y compris les plans subjectifs, sont dictés par les actions d’Isaac qui se retrouve seul et sans espoir de voir débarquer des renforts. Le mur derrière lequel il se cache est donc la seule chose qui peut lui sauver la vie. »

Le calendrier serré du tournage, le budget restreint du film, les conditions météorologiques éprouvantes et la volonté de la production de tourner en lumière naturelle ont inspiré Roman Vasyanov et validé sa décision de filmer sur pellicule plutôt qu’en numérique. Le directeur de la photographie commente : « J’ai eu la même expérience sur FURY. Lorsqu’on est confronté à des conditions difficiles et qu’on veut utiliser plusieurs caméras et obtenir l’esthétique la plus neutre et la plus réaliste possible, la pellicule est à mon sens ce qu’il y a de mieux car elle saisit la réalité telle que nos yeux la perçoivent. Quand je tourne sur pellicule, je n’ai que mon posemètre avec moi et je m’y fie entièrement, et je travaille avec une équipe réduite – pas d’ingénieurs de la vision, pas de grands écrans, pas de playback. Et ce qui m’a plu, c’est qu’on se serait cru sur le tournage d’un documentaire des années 60 ou 70 ! Et puis j’adore le format Super 16. Nous avons la chance incroyable de vivre à une époque où nous pouvons choisir nos outils en fonction de l’histoire qu’on veut raconter, et le Super 16 était indiscutablement ce qui se prêtait le mieux à THE WALL. »  

  
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