vendredi 30 septembre 2016

UNE VIE ENTRE DEUX OCÉANS


Drame/Romance/Un joli film au scénario peu crédible

Réalisé par Derek Cianfrance
Avec Michael Fassbender, Alicia Vikander, Rachel Weisz, Bryan Brown, Jack Thompson, Emily Barclay, Anthony Hayes, Caren Pistorius...

Long-métrage Américain/Britannique/Néo-zélandais
Titre original : The Light Between Oceans 
Durée: 02h14mn
Année de production: 2016
Distributeur: Metropolitan FilmExport 

Date de sortie sur les écrans américains : 2 septembre 2016
Date de sortie sur les écrans britanniques : 4 novembre 2016
Date de sortie sur nos écrans : 5 octobre 2016


Résumé : Quelques années après la Première Guerre mondiale en Australie. Tom Sherbourne, ancien combattant encore traumatisé par le conflit, vit en reclus avec sa femme Isabel, sur la petite île inhabitée de Janus Rock dont il est le gardien du phare. Mais leur bonheur se ternit peu à peu : Isabel ne peut avoir d’enfant… Un jour, un canot s’échoue sur le rivage avec à son bord le cadavre d’un homme et un bébé bien vivant. Est-ce la promesse pour Tom et Isabel de fonder enfin une famille ?

Bande annonce (VOSTFR)


Extrait (VOSTFR) - Emmenez-moi sur Janus


Extrait (VOSTFR) - Cadeau d'anniversaire 


Extrait (VOSTFR) - Hanna rencontre Tom


Extrait (VOSTFR) - Shave


Extrait (VOSTFR) - Sur mon île


Ce que j'en ai pensé : UNE VIE ENTRE DEUX OCÉANS est un long-métrage très joliment réalisé par Derek Cianfrance. J'aime sa sensibilité, la fluidité de sa narration, la douceur des images et la force des émotions qu'il impose en racontant son histoire. Il joue habilement avec le temps, le ralentissant ou l'accélérant en fonction des besoins du scénario. Le film se situe en grande partie juste après la Première Guerre Mondiale et cette époque, dans sa mentalité, est bien expliquée par les scènes de réunions familiales. Elles posent le cadre de la période. La beauté des paysages nous fait voyager. La musique d'Alexandre Desplat accompagne délicatement les images et intensifie l'émotion de certains moments.




Par contre, le scénario ne m'a pas convaincue. Cette histoire s'appuie sur un peu trop de coïncidences et finie par donner l'impression d'être tirée par les cheveux. Les émotions passent, mais, du coup, ne nous touchent pas autant qu'on pourrait le souhaiter. L'impact est que le film paraît un peu long.

Les acteurs sont magnifiques. Michael Fassbender, dans le rôle de Tom Sherbourne, exprime à merveille et avec peu de mots le vide laissé par les souffrances de la Guerre, le retour à la vie à l'approche du bonheur ou encore les doutes autour d'une décision grave. 




Alicia Vikander est très convaincante dans le rôle d'Isabel Sherbourne, une jeune femme dont la peine fini par occulter le jugement.




Rachel Weisz est touchante dans le rôle d'Hannah Roennfeldt.



UNE VIE ENTRE DEUX OCÉANS est un film émotionnellement fort et agréable à regarder, mais il aurait mérité un scénario plus crédible et moins longuet.


NOTES DE PRODUCTION 
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)
"Il suffit de pardonner une fois. Tandis que la rancune, il faut l'entretenir à longueur de journée, et recommencer tous les jours". 
Derek Cianfrance a immédiatement décelé le potentiel cinématographique du roman de M.L. Stedman. En effet, celui-ci convoque la puissance de la nature, les conséquences de la guerre, une passion dévorante et surtout la force des sentiments amoureux qui pousse un couple à enfreindre les barrières morales. Tout en adaptant fidèlement le livre, Derek Cianfrance a gardé son regard de cinéaste attentif aux moindres incidents qui peuvent faire basculer les êtres humains dans le bonheur ou la tragédie. 

"UNE VIE ENTRE DEUX OCÉANS est un film qui parle d'amour, de vérité des sentiments, des secrets que conservent les gens les uns pour les autres et de ce qui peut se passer lorsque ces secrets sont révélés au grand jour", indique Derek Cianfrance. "C'est un drame moral mais c'est avant tout une histoire d'amour atemporelle". 

LA RÉVÉLATION DES SECRETS À L'ÉCRAN : L'ADAPTATION 

"Une vie entre deux océans" de M.L. Stedman a été publié aux États-Unis par Scribner en juillet 2012 et a immédiatement séduit le public et la critique : le livre s'est inscrit sur les listes de best-sellers du New York Times et de USA Today et a été consacré meilleur livre du mois d'août 2012. Depuis, il a été traduit en 35 langues. 

C'est la première fois que Derek Cianfrance adapte un roman. Il s'intéresse depuis toujours aux rapports intimes et explore, dans ses films, l'amour, la transmission des valeurs familiales, la solitude et l'importance des choix – autant de thématiques qui ont touché les nombreux lecteurs du livre. Le réalisateur a été salué par la critique en 2010 pour BLUE VALENTINE, chronique d'un couple en pleine séparation, qui était visuellement novateur. Puis, il a été plébiscité pour THE PLACE BEYOND THE PINES, drame criminel autour d'un braquage de banque marqué par des rapports passionnels entre père et fils. 

"Je me suis surtout attaché à étudier les relations familiales dans mes films", dit-il. "J'ai le sentiment que ma mission de cinéaste consiste à fouiller les rapports les plus personnels à travers des récits à la fois amples et intimistes". 

Avec "Une vie entre deux océans", Cianfrance a compris qu'il pouvait explorer cette dualité d'une manière inédite. C'est la dimension de fable du livre qui a séduit le réalisateur : il a en effet été sensible au décor d'une île isolée, à l'histoire d'amour affranchie des contraintes sociales, à ce bébé en pleurs échoué sur un canot et à cette femme désespérée dont le mari et le seul enfant disparaissent sans laisser de traces. Mais ce qui l'a convaincu davantage encore, c'est ce couple passionnément amoureux et vivant reclus qui doit s'efforcer d'accepter la dure réalité et les conséquences de choix douloureux. 

Ce n'est pas un hasard si l'intrigue se déroule sur Janus Rock qui tient son nom du dieu romain aux deux visages, divinité des commencements et des fins et de la croisée des chemins. Tout comme Janus, les personnages de Tom et Isabel sont pris entre deux feux – entre un passé hanté par les destructions de la guerre et un avenir dont ils espèrent dessiner ensemble les contours, entre la volonté de se terrer loin de la laideur du monde et celle de s'accrocher à la moindre lueur d'espoir, entre la tentation d'une décision impulsive et la faculté de faire le choix le plus juste. Le vrai défi consistait à aborder ces différents éléments narratifs dans une grande histoire d'amour marquée par une quête de rédemption. 

Le réalisateur souhaitait retrouver les émotions personnelles qu'il a ressenties en lisant le livre : "Je tenais à rester d'une grande fidélité au roman", explique-t-il. "C'est M.L. Stedman qui, jusqu'ici, m'a fait le plus beau compliment sur le film en me confiant qu'elle avait passé la journée à pleurer après la projection. Elle a été touchée parce qu'elle sentait qu'elle avait été comprise. Elle m'a dit : 'La finalité de l'existence pour les êtres humains n'est-elle pas de se comprendre les uns les autres ?'" 

Comme des millions de fans dans le monde, Cianfrance a été fasciné par l'écriture de l'auteur et par sa faculté à trouver l'équilibre entre suspense et poésie à partir d'un récit mêlant secrets inavouables et décisions fatidiques. Il se souvient d'avoir pleuré dans le métro en lisant le livre, malgré les regards étonnés autour de lui : "Depuis, j'ai vu d'autres personnes pleurer en lisant ce roman dans des cafés, des jardins publics ou une rame de métro, et cela ne fait que confirmer mon sentiment qu'il s'agit d'une histoire profondément humaine et universelle", indique-t-il. "À mon sens, si les gens sont autant touchés par ce récit, c'est parce qu'il évoque avec sincérité la souffrance qu'on éprouve quand on aime ou qu'on perd un être aimé, mais aussi parce qu'il parle magnifiquement de rédemption et de convalescence". 

Envisageant déjà le film qu'il pourrait réaliser, Cianfrance s'est mis en quête d'obtenir les droits d'adaptation du livre. Or, ils avaient été acquis par DreamWorks et le producteur David Heyman (LES ANIMAUX FANTASTIQUES, GRAVITY, la saga HARRY POTTER) de Heyday Films venait d'entamer le développement du projet. Quant à Heyman, il avait découvert le livre grâce à la productrice exécutive Rosie Alison (MÉMOIRES DE JEUNESSE, LE GARÇON AU PYJAMA RAYÉ). 

"J'adore les histoires qui adoptent plusieurs points de vue, et c'est le cas de ce récit sans que cela nécessite un budget considérable", souligne le producteur. "Non seulement on épouse le regard de Tom, d'Isabel et d'Hannah, mais chaque personnage qu'on croise apporte une nouvelle dimension à l'intrigue. C'est ainsi que le film vous embarque dans un périple intime et émotionnel dont, à mon avis, les spectateurs souhaiteront reparler bien après la projection". 

"Le livre jette un regard âpre et sans concession sur l'amour, le deuil et le sacrifice de soi", ajoute Rosie Alison. "D'une certaine façon, il s'agit d'un thriller psychologique où le suspense provient de la force des sentiments amoureux". 

Le réalisateur a abordé Heyman en lui faisant part de sa détermination à réaliser l'adaptation : son enthousiasme s'est avéré convaincant. Étant donné qu'il avait vu BLUE VALENTINE et THE PLACE BEYOND THE PINES, Heyman savait que la subtilité de l'écriture de Cianfrance et la force de sa mise en scène correspondaient parfaitement au style vivant du livre. 

"Il n'y a rien d'artificiel dans le cinéma de Derek", indique Heyman. "C'était essentiel pour ce film car c'est une histoire extrêmement forte sur le plan émotionnel. On a eu la chance que Derek s'identifie autant aux personnages. On retrouve l'esprit du livre à chaque page de son scénario et à chaque plan du film". 

Cianfrance a écrit le scénario sans consulter l'écrivain mais celle-ci était constamment présente dans son esprit. "Même si on ne s'est jamais parlé, j'ai noué une relation très forte avec elle mentalement", dit-il. "J'ai considéré son livre comme un texte sacré. Je l'ai lu si souvent que j'ai fini par le mémoriser. J'ai constamment cherché à restituer les sentiments que j'ai éprouvés en le lisant la première fois. C'était mon étoile polaire". 

Il a également fait en sorte de conserver l'absence de jugement normatif du livre envers ses personnages complexes. "Ce qui m'a vraiment séduit, c'est qu'il n'y a pas de 'méchants' dans l'histoire", relève-t-il. "Cela ne veut pas dire que tous les personnages prennent les bonnes décisions ou qu'ils ne font pas de mal aux autres, mais au fond d'eux-mêmes ce sont des gens bien. Dans mes films, je m'intéresse à l'humanité et c'était donc un grand honneur de raconter une histoire où les soi-disant 'méchants' de l'histoire se révèlent parfois ceux auxquels on s'attache le plus". 

Si Cianfrance tenait absolument à se montrer fidèle au roman, il était tout aussi attentif à dénicher cette mystérieuse alchimie qui permet de retrouver le souffle des oeuvres littéraires sur grand écran. D'ailleurs, il a lui-même dû prendre plusieurs décisions complexes pendant l'adaptation : comment condenser l'intrigue savamment orchestrée de M.L. Stedman et donner une dimension visuelle à des scènes d'essence littéraire afin que les personnages soient des êtres de chair et de sang ? 

"Dans n'importe quelle adaptation, le plus difficile est de savoir ce qu'il faut laisser de côté", reconnaît-il. "C'est comme en sculpture : dès qu'on s'y met, on peut se sentir inspiré. On peut en fin de compte développer certains passages et thèmes qu'on aime et repousser les limites pour atteindre encore plus de vérité. C'est à ce moment-là que le scénario commence à prendre vie. Il y a bien entendu des différences majeures entre le cinéma et la littérature, à commencer par le traitement du temps. Le rythme et la manière d'aborder les secrets et les révélations y sont très différents". 

Pour le réalisateur, le fait que les secrets puissent à la fois détruire et souder un couple est l'un des thèmes majeurs de l'intrigue. "La manière dont les secrets sont révélés sur un plan cinématographique était d'une importance capitale pour que l'adaptation fonctionne", confie le réalisateur. "Par exemple, dans le livre, Tom et Isabel apprennent la vérité sur le bébé au même moment alors que dans le film Tom la découvre en premier, si bien qu'on le sent porter ce poids tout seul sur ses épaules". 

Ce n'est qu'après avoir rédigé plusieurs versions du script que Cianfrance a rencontré M.L. Stedman pour la première fois. "J'étais très nerveux", se souvient-il. "Comme j'ai le plus grand respect pour elle, j'espérais pouvoir me montrer à la hauteur de son oeuvre. On a dîné ensemble et j'ai découvert l'une des femmes les plus charmantes, attentionnées et affectueuses que j'aie jamais rencontrée. C'est quelqu'un de très pudique mais elle m'a beaucoup soutenu tout au long du tournage. J'étais très sensible au fait que je m'appropriais sa création pour en faire autre chose, et sa confiance m'a vraiment donné le courage dont j'avais besoin pour réaliser ce film". 

"J'ai eu une chance folle que grâce à Heyday Films et DreamWorks ce projet ait abouti entre les mains du merveilleux Derek Cianfrance", intervient l'écrivain. "Il a su transposer l'univers du livre dans une autre forme d'expression avec maîtrise et amour. Sans parler des comédiens, de la photo et de la musique qui sont magnifiques. Au final, le résultat est une oeuvre d'une beauté raffinée et d'une grande authenticité émotionnelle qui reste fidèle à l'esprit de mon roman, tout en étant une interprétation toute personnelle du réalisateur et de ses acteurs. C'était un formidable privilège de voir ce film prendre forme peu à peu". 

Les producteurs ont été enchantés par la structure du scénario. "On savait qu'on tenait là quelque chose de singulier", indique le producteur Jeffrey Clifford (CHLOE, IN THE AIR). "Le scénario de Derek a su distiller les émotions essentielles du roman de manière à la fois authentique, réaliste et a vraiment restitué toute la force des personnages". 

Les comédiens ont été, eux aussi, touchés par le script de Cianfrance. "Il m'a ému aux larmes, tout comme le roman", reconnaît Michael Fassbender qui interprète le personnage tourmenté de Tom Sherbourne. "L'histoire d'amour de Tom et Isabel est magnifiquement racontée. Quand on arrive autant à se projeter dans un film en tant qu'êtres humains – et je pense que les gens se retrouveront en Tom et Isabel –, c'est alors que le cinéma affirme toute sa force". 

TOM SHERBOURNE : GARDIEN DE PHARE ET HOMME SECRET 

Au début d'UNE VIE ENTRE DEUX OCÉANS, Tom Sherbourne, ancien combattant hanté par une guerre effroyable où 60 000 de ses compatriotes ont perdu la vie, débarque dans l'ouest de l'Australie. Cherchant à fuir le cycle infernal de la souffrance, de la culpabilité et des traumatismes, il trouve le moyen idéal de vivre en reclus, tout en étant utile, en occupant un poste de gardien de phare entre les océans Indien et Austral. Et pourtant, loin de la solitude qu'il recherchait, Tom se révèle, touché d'une manière qu'il n'imaginait plus possible, par l'amour d'une femme. Une femme qui tient sincèrement à sonder son cœur et qui lui porte un amour qui menace de l'anéantir. 

Deux fois cité à l'Oscar, Michael Fassbender campe ce solitaire aux valeurs morales solidement ancrées, dans son rôle le plus émouvant à ce jour. S'il a déjà fasciné le public en obsédé sexuel dans SHAME de Steve McQueen, en mutant dans la saga X-MEN ou en esclavagiste pervers dans 12 YEARS A SLAVE, également de Steve McQueen, on ne l'a jamais vu dans un tel registre. 

C'est ce changement de cap qui a enthousiasmé Cianfrance. "Je suis totalement hypnotisé et bluffé par le charisme de Michael à l'écran depuis des années", confie-t-il. "Ce qui m'a toujours frappé, c'est son intelligence et la manière dont son esprit fonctionne à l'écran : il est hors du commun. Mais s'agissant de ce personnage, je voulais qu'on perçoive les émotions de Michael Fassbender – ses émotions qui s'accordent à sa présence physique et à son intelligence. Je voulais qu'il mette son âme et sa fragilité au service du film. Je voulais voir le conflit entre le coeur de Michael et son esprit". 

Le réalisateur poursuit : "Quand on s'est rencontrés, j'ai demandé à Michael s'il n’avait jamais été amoureux, et lorsqu'il a éclaté de rire et qu'il m'a répondu 'oui', j'ai aussitôt éprouvé un sentiment fraternel à son égard. À ce moment-là, je n'envisageais personne d'autre. J'avais le sentiment qu'il était destiné à camper le rôle de Tom. Tom me fait penser à une casserole d'eau bouillante sur laquelle on a posé un couvercle. À première vue, il est dans la maîtrise de soi, mais en réalité la tempête couve sous son crâne". 

Fassbender était également séduit par cette tempête, séduit par un homme qui éprouve le besoin quasi viscéral d'avoir un comportement juste après l'immoralité de la guerre, plus encore lorsqu'il tombe amoureux. "En lisant le livre et le scénario, j'ai été impressionné par les principes de Tom, par sa loyauté et par sa force de caractère", souligne le comédien. "C'est un homme stoïque et honnête, mais il est aussi en convalescence. Il est traumatisé par les cicatrices mentales qu'il a subies au combat et pourtant quand il fait la connaissance d'Isabel, sa fraîcheur et son innocence le poussent à lui ouvrir son cœur".

La méfiance profonde de Tom à l'égard de la passion amoureuse est un trait de caractère qui permet de bien cerner le personnage. "Il est devenu insensible à force de voir ce que les hommes sont capables de s'infliger et il n'est plus franchement à l'aise en compagnie des autres", remarque Fassbender. "C'est pour cette raison qu'il a l'impression que son travail de gardien de phare lui donne de l'énergie. Mais quand Isabel entre dans sa vie, il s'ouvre de nouveau à la sensualité et il se sent en paix avec lui-même". 

Alors que la présence d'Isabel éveille en Tom une passion irrépressible, il a désormais le sentiment qu'il ne peut plus vivre sur cette île sans elle. Bien qu'il soit manifestement déchiré entre son sens du devoir et le bonheur de sa femme, il finit par prendre une décision qui bouleversera la vie de plusieurs personnages. "Le canot s'échoue à un moment très particulier dans le parcours de Tom et d'Isabel et cet événement sera déterminant dans leurs choix à venir", déclare Fassbender. "Il faut savoir aussi qu'ils sont très seuls sur cette île : ils prennent conscience que ce qui pouvait ressembler à un paradis pourrait bien se transformer en une prison à ciel ouvert". 

La décision de garder le bébé sera lourde de conséquences mais Michael Fassbender comprend le choix déconcertant de Tom qui préfère suivre les inclinations de son coeur en dépit des doutes qui l'assaillent. "Cette histoire possède la complexité de la vraie vie", remarque-t-il. "Il arrive en effet qu'on se retrouve à faire un choix qu'on ne peut pas qualifier de bon ou de mauvais. Le film ne juge d'ailleurs personne ; il évoque plutôt la manière dont on fait face aux conséquences de nos choix, et c'est à mes yeux ce qui fait de nous des êtres humains. Quant à Tom, dès lors qu'il prend conscience des répercussions de ses actes, il est rongé par sa décision parce qu'au fond il est fataliste et qu'il a à cœur de faire le bien". 

Tandis que le bébé, baptisé Lucy, grandit, Tom l'entoure de plus en plus d'affection et d'amour – et il n'en est que plus rongé par la culpabilité. "Tom est le genre d'homme qui a une grande connaissance des marées, des étoiles et de l'origine des fossiles, il adore transmettre son savoir à Lucy", note Fassbender. "Comme avec la plupart des enfants, la curiosité et l'enthousiasme de la petite lui permettent de se sentir vivant. Dans le même temps, élever Lucy pendant quatre ans en portant ce lourd secret va à l'encontre de ses principes". 

Ce déchirement entre son bonheur d'être père et sa crainte de ce qu'il a fait subir à d'autres se manifeste peu à peu sur le corps du comédien. "Je suis très fier de son jeu", déclare Cianfrance. "Il réussit à faire de Tom un pôle de stabilité et de réconfort, mais aussi un homme terrorisé. À mes yeux, Michael est l'un des très rares acteurs qui sache exprimer ces deux sentiments simultanément… qui soit capable de se montrer fort et rassurant en apparence tout en laissant transparaître ses tumultes intérieurs". 

Fassbender estime que sa prestation doit beaucoup à l'investissement personnel du cinéaste. "Derek ne laisse rien au hasard", explique-t-il. "Pour autant, il vous soutient et il vous fait confiance". L'acteur a été particulièrement frappé par les plans-séquences caractéristiques du réalisateur. "Cette méthode de travail exige beaucoup de concentration de la part du comédien, mais on se rend compte que cela permet à Derek de trouver ces moments où on lâche vraiment prise et où on est le plus vivant". 

Si le rôle nécessitait d'aller débusquer les émotions les plus enfouies de Tom, il s'est aussi révélé physiquement éprouvant pour Michael Fassbender : en effet, Janus Rock est terriblement exposé aux éléments et seul Tom est là pour éviter la catastrophe. "Je ne crois pas me souvenir, depuis que je suis adulte, de m'être couché une seule fois avant minuit", plaisante-t-il. "Mais sur ce tournage, je tombais de fatigue tous les soirs à 21h". 

Malgré ses turpitudes, Michael Fassbender estime que son personnage vit une expérience inestimable à Janus Rock. "Même si la situation tourne mal pour Tom, il a au moins connu l'amour, il s'est senti investi dans quelque chose et il a sans doute vécu dix vies en l'espace de quatre ans à Janus avant que tout dégénère", analyse le comédien. 

ISABEL SHERBOURNE : UN CHOIX QUI BOULEVERSERA SA VIE 

Belle, vive et déterminée, Isabel Sherbourne est à la fois une jeune femme mystérieuse et envoûtante, celle qui redonne à Tom le goût de vivre après les horreurs de la guerre. C'est aussi celle qui poussera le couple à faire un choix fatidique. Pour camper Isabel dans toute sa complexité, Derek Cianfrance savait qu'il lui fallait une comédienne capable d'aller au-delà de la surface des choses. Il a choisi Alicia Vikander, jeune danseuse devenue comédienne oscarisée. En 2015, elle a été saluée pour deux rôles fascinants : Ava, androïde douée d'une intelligence artificielle hors du commun dans EX MACHINA et Gerda Wegener, épouse et artiste de l'un des premiers transsexuels dans THE DANISH GIRL. 

"Isabel ne se censure pas : elle est fidèle à ses émotions", assure Cianfrance. "Je ne savais pas qui pourrait camper ce personnage à la fois vulnérable, ouvert, cyclothymique et courageux. Du coup, j'ai rencontré de nombreuses formidables actrices mais à ce moment-là je n'avais jamais entendu parler d'Alicia jusqu'à ce que notre directeur de casting me dise de regarder ROYAL AFFAIR. Quand j'ai fini par rencontrer Alicia, j'ai immédiatement compris que j'avais trouvé mon Isabel. Elle a fait quelques lectures – ce qui est contraire à mes habitudes – et elle m'a totalement convaincu car elle se livrait sans la moindre retenue. J'ai aussi senti qu'elle et Michael s'entendraient à merveille. Et j'avais raison : ils ont formé un couple magnifique". 

Tout comme Michael Fassbender avec Tom, Alicia Vikander s'est sentie irrésistiblement attirée par le personnage d'Isabel : "J'ai été impressionnée par l'élan vital qu'insuffle Isabel au début de l'histoire", note la comédienne. "Comme Tom, elle a été traumatisée par la perte terrible de ses deux frères pendant la guerre. Malgré tout, elle conserve cette étincelle de vie et cette fougue, et c'est pour cela qu'elle ensorcelle Tom". 

Pour Alicia Vikander, l'attirance d'Isabel pour Tom s'explique en partie par sa quête de liberté et d'identité. "Chez Tom, Isabel découvre un homme qui l'accepte telle qu'elle est", poursuit-elle. "Avec lui, elle a le sentiment qu'elle peut enfin être elle-même". 

Elle est aussi pleine de contradictions : "Pour moi, Isabel est très forte, mais aussi naïve et vulnérable", constate Alicia Vikander. "Elle est à l'écoute de ses pulsions, pour le meilleur et pour le pire. Sa trajectoire est difficile mais j'ai été conquise par sa volonté et sa force spirituelle". 

Quant à sa décision de faire comme si le bébé échoué est sa propre fille, la comédienne estime qu'Isabel choisit délibérément de ne pas tenir compte des terribles conséquences de son geste, préférant s'abandonner à son instinct maternel. "Parfois, dans la vie, on prend des décisions qui ne sont sans doute pas les plus judicieuses", dit-elle, "mais ce qui est formidable dans ce film, c'est qu'on est en empathie pour chacun des personnages et qu'on comprend les raisons de leurs agissements. J'ai été autant touchée par Isabel, Tom et Hannah". 

Si l'alchimie entre Alicia Vikander et Michael Fassbender était cruciale, la relation entre la comédienne et Florence Clery, qui campe Lucy/Grace à l'âge de 4 ans, était tout aussi importante. "Florence est extraordinaire", s'enflamme Alicia Vikander. "Il fallait que je m'accroche pour ne pas être dépassée par son imagination débordante. Elle a une présence innée. Je l'ai adorée, ce qui rendait la situation d'autant plus déchirante".

Grâce à la mise en scène de Derek Cianfrance, ces émotions sont restées vivaces. "Derek se montre humble et généreux", reprend la comédienne. "Il laisse ses comédiens totalement libres pendant que la caméra tourne, et il attend de voir ce qui se passe. Il est d'une grande intelligence affective. Dans le même temps, il est très préparé : il monte le film pendant le tournage, si bien qu'il vous laisse entendre ce que la scène pourra donner comme résultat. C'est très utile". 

Pour la scène où Isabel découvre Janus Rock, Derek Cianfrance voulait que la comédienne ait une réaction totalement spontanée. Par conséquent, il a emmené Alicia Vikander sur place les yeux bandés dans le noir le plus complet. "Ils m'ont amenée dans une cabane sans fenêtre, plongée dans le noir, où on m'a fait enfiler mon costume pour la première fois", dit-elle. "Je ne voyais pas Derek, je ne voyais personne. Et puis, le premier assistant est arrivé et m'a dit qu'on allait ouvrir la porte et qu'il fallait que je me dirige vers Derek et l'équipe et que j'ai l'air de découvrir l'île. De toute façon, c'est ce qui s'est produit !" 

Elle ajoute : "J'ai ouvert la porte et j'ai arpenté la colline comme Isabel, et c'est alors que j'ai ressenti son enthousiasme enfantin et son amour de la nature. Et puis, je me suis dirigée vers le phare et le soleil s'est levé… Je n'avais jamais vu un spectacle aussi beau. Je l'ai vécu comme Isabel, et je m'en souviendrai toute ma vie". 

"Ce moment était d'une pureté absolue", signale le réalisateur. "Je n'aurais pas pu écrire une scène pareille : c'était totalement inattendu. Alicia est devenue Isabel sous nos yeux, au moment où elle découvrait cet endroit pour la première fois". 

HANNAH ROENNFELDT : EN QUÊTE D'UNE RÉPONSE 

Lorsque Tom et Isabel Sherbourne découvrent un bébé dans un canot, ils s'imaginent que les parents de l'enfant sont morts. Ce n'est que par la suite que Tom apprend l'existence de la femme qui pèsera sur sa conscience pendant des années : Hannah Roennfeldt, habitante de Partageuse qui continue d'espérer qu'elle retrouvera un jour son mari et sa fille disparus en mer. D'abord hautaine et en détresse, Hannah éprouve ensuite un vrai désarroi et finit par se réconcilier avec elle-même. Autant dire qu'il s'agit d'un personnage aussi fondamental que ceux de Tom et d'Isabel. 

C'est ainsi que Derek Cianfrance a choisi Rachel Weisz, comédienne oscarisée, réputée pour camper des personnages tout en nuances dans THE CONSTANT GARDENER, LOVELY BONES, POUR UN GARÇON et récemment THE LOBSTER. Le réalisateur souhaitait travailler avec elle depuis plusieurs années et Hannah lui semblait correspondre à merveille à l'actrice. "Elle est mère et je pense qu'il faut être soi-même parent pour vraiment comprendre Hannah", indique le réalisateur. "Ma collaboration avec Rachel restera l'une des expériences les plus gratifiantes et les plus marquantes de ma carrière, car on a travaillé dans un tel climat de confiance qu'on a pu aller très loin". 

Il reconnaît que la comédienne a dû trouver un difficile équilibre pour que le deuil d'Hannah ne verse pas dans le pathos : il lui a organisé un rendez-vous avec un psychologue pour mieux comprendre le travail de deuil qui s'opère lorsqu'on est sans nouvelles d'un être cher. "C'était à l'époque du crash de la Malaysia Airlines où l'on n'a retrouvé ni l'avion, ni les passagers, on a pas mal discuté de la souffrance des familles qui continuaient à espérer alors que tout le monde s'attendait au pire", commente le réalisateur. "Avec Rachel, on a beaucoup parlé du fait que l'espoir d'Hannah est considéré comme une pure chimère par les habitants de la ville, même si c'est ce qui la fait tenir. Le plus remarquable chez elle, c'est qu'elle ne perd jamais la foi… Elle se tient debout grâce à son espoir de mère et d'épouse dévouée". 

Rachel Weisz a été séduite par les personnages du récit car ils sont tous imparfaits. Elle a aussi été frappée par la force du scénario qui réussit à restituer les émotions cathartiques du livre. "C'est l'une des plus fidèles adaptations que j'aie jamais lues", dit-elle. "Tout comme le livre, le script a touché une corde sensible". 

Cependant, elle était consciente que le personnage allait la conduire jusque dans les zones les plus tourmentées de la psychologie humaine, où le deuil, la trahison et le besoin de connaître la vérité coûte que coûte composent un mélange explosif. "Hannah est une femme difficile à cerner car elle a le coeur brisé", poursuit-elle. "Je ne peux pas imaginer de souffrance plus terrible que celle d'avoir perdu son enfant et son mari en mer, et ne pas même pouvoir leur offrir de sépulture. J'ai donc considéré qu'elle vivait dans une sorte de brouillard permanent, attendant des réponses qui – elle en est convaincue – viendront un jour". 

Hannah vit aussi une histoire d'amour avec un immigré allemand, Frank Roennfeldt (Leon Ford), que son père, très fortuné, lui avait interdit de fréquenter. En effet, à l'époque de la Première Guerre mondiale, le sentiment antigermanique était à son comble. Elle choisit pourtant d'épouser Frank et elle donne ainsi naissance à leur fille adorée, Grace. Jusqu'à cette nuit tragique où Frank et leur enfant disparaissent au large. "Il y a beaucoup d'amour dans cette histoire, entre parents et enfants, mais aussi entre maris et femmes", déclare Rachel Weisz. 

Pour Hannah, la révélation tant attendue du destin de sa fille suscite chez elle à la fois euphorie et inquiétude puisqu'elle comprend que leurs liens ont été coupés. Son amour pour son enfant n'a pas changé mais celle-ci la considère désormais comme une étrangère effrayante. "C'est dévastateur pour Hannah de voir que sa propre fille ne la reconnaît pas et ne la considère pas comme sa mère", analyse la comédienne. "Je trouve que cette situation soulève des questions fascinantes sur le débat entre l'inné et l'acquis et sur le rôle de parent". 

Tout comme Alicia Vikander, Rachel Weisz salue la prestation de la jeune Florence Clery qui a rendu le dilemme d'Hannah plus poignant encore. "Florence aime jouer et inventer et je crois qu'elle deviendra peut-être réalisatrice", confie la comédienne, "parce qu'elle avait un vrai talent pour l'organisation sur le plateau". 

Étant donné la nature conflictuelle de leur relation, marquée par l'incompréhension et la frustration, Rachel Weisz a tenté de nouer un lien personnel avec la toute jeune actrice. "On avait des scènes très dures si bien que je tenais à ce qu'elle se sente en sécurité et à lui expliquer ce qui se passait", dit-elle. "J'ai moi-même un enfant de 9 ans et je sais donc comment m'y prendre de manière ludique pour conserver une certaine légèreté. C'était absolument fondamental pour nous deux". 

Alors qu'Hannah et Isabel n'étaient pas vouées à se croiser, elles finissent par se rencontrer… Le premier face-à-face entre les deux femmes, après le retour de Lucy, est particulièrement intense. "Voilà deux mères aimant leur fille qui s'affrontent", commente Rachel Weisz. "Et la scène est très chargée émotionnellement". 

Quant à la question de savoir laquelle des deux agit avec justesse, la comédienne espère au moins qu'elle donnera matière à réflexion au spectateur. "Ce qui me fascine dans cette histoire, c'est qu'elle est presque biblique dans sa manière de s'interroger sur les questions morales", dit-elle. "À mon avis, certains trouveront les actes de l'une parfaitement légitimes, et d'autres s'indigneront de son comportement. C'est très intriguant car j'ai le sentiment que c'est lorsque les situations échappent à tout manichéisme et aux réponses toutes faites que la morale entre vraiment en jeu. Dans la vie, rien – ou presque – n'est noir ou blanc, et cette histoire donne de l'humanité et de l'empathie à un groupe de personnages qui, précisément, ne se caractérisent pas par des traits de caractère binaires". 

Selon la comédienne, Derek Cianfrance a accompagné les comédiens tout au long des scènes où leurs personnages commettent des erreurs par amour et par désir. "Derek est un vrai cinéaste", affirme Rachel Weisz. "Il s'investit totalement et vous donne des indications pour jouer telle ou telle scène de différentes manières, et j'adore ça. On ne sait jamais à l'avance quelle prise il conservera au montage mais on est certain qu'il est constamment à la recherche des moments de sincérité. Il vous pousse dans vos ultimes retranchements – et peut-être même au-delà – tout en étant bienveillant et encourageant". 

LES SECONDS RÔLES 

Autour de Rachel Weisz, Michael Fassbender et Alicia Vikander, gravitent des personnages secondaires campés par de nouveaux venus et des comédiens chevronnés. Le grand acteur australien Jack Thompson, à l'affiche de GATSBY LE MAGNIFIQUE et HÉROS OU SALOPARDS, ou encore STAR WARS : ÉPISODE II – L'ATTAQUE DES CLONES, incarne Ralph, capitaine bourru du Windward Spirit, unique embarcation transportant vivres et passagers reliant Janus Rock au pays. "La mer coule dans les veines de Ralph", indique Thompson. "Je crois que la beauté de l'océan, sa fureur et sa puissance donnent à tous ceux qui lui consacrent leur vie une très grande humilité. Cela définit bien Ralph". 

"J'ai rarement rencontré quelqu'un qui témoigne d'une telle énergie vitale", s'enthousiasme le réalisateur. "À chaque fois que je croise Jack, je vois de la joie, du panache et de la sincérité. Il est né pour camper Ralph". 

Autre acteur australien, Bryan Brown, qui s'est fait connaître grâce à LES OISEAUX SE CACHENT POUR MOURIR, COCKTAIL et AUSTRALIA, interprète Septimus Potts, père riche et influent d'Hannah. Celui-ci lui coupe les vivres quand elle épouse un Allemand. "Pour Septimus, il nous fallait quelqu'un de charismatique et de sombre et qui ne soit pas dans l'émotion", intervient David Heyman. "On voulait un acteur imposant et Bryan était l'homme de la situation". 

Le réalisateur signale : "Septimus est un personnage qui m'intéresse énormément car son rejet du mari de sa fille est un élément déclencheur de l'intrigue. S'il avait accueilli à bras ouverts son gendre, les événements du film ne se seraient pas produits. Il est un catalyseur de cette histoire et, vers la fin, il joue un rôle essentiel dans la période de convalescence". 

Les parents d'Isabel, d'origine plus modeste, Violet et Bill Graysmark sont campés par Jane Menelaus (QUILLS – LA PLUME ET LE SANG, L'OEIL DU CYCLONE) et Garry McDonald (MOULIN ROUGE, DON'T BE AFRAID OF THE DARK). Florence Clery, petite fille très vive de 4 ans originaire de Chichester, en Angleterre, s'est vue confier le rôle de Lucy/Grace. 

On trouve encore au casting Thomas Unger dans le rôle de Bluey Smart, acolyte de Ralph ; Emily Barclay dans celui de la soeur d'Hannah, Gwen ; et Caren Pistorius sous les traits de Lucy Grace, devenue adulte, qui cherche à percer les mystères de son passé. 

"Le casting était fondamental pour ce projet, d'autant plus que Derek noue un lien très intime avec chacun de ses acteurs", explique Heyman. "Il instaure un environnement très protégé qui permet aux comédiens d'expérimenter toutes sortes de choses et de ne pas craindre l'échec, ce qui est capital. Il tourne ces longs plans-séquences où ils s'abandonnent à l'instant, plus qu'ils ne jouent au sens traditionnel du terme. C'est magnifique à observer". 

LA TRANSPOSITION DE L'ATMOSPHÈRE DU LIVRE À L'ÉCRAN 

Si le film doit beaucoup au jeu des acteurs, il bénéficie aussi d'une reconstitution réaliste d'une époque et d'un lieu. Derek Cianfrance tenait à plonger le spectateur dans l'atmosphère de Janus Rock, à la beauté sauvage et au climat extrême, et des petites villes de l'ouest de l'Australie qui souffrent encore des conséquences de la Première Guerre mondiale. 

Le réalisateur a ainsi travaillé avec le directeur de la photo Adam Arkapaw, deux fois lauréat de l'Emmy, la chef-décoratrice Karen Murphy, les chefs-monteurs Ron Patane et Jim Helton, et la chef-costumière Erin Benach. La partition est signée par Alexandre Desplat, compositeur oscarisé. 

Le cinéaste a établi des liens très soudés avec son équipe. "Ce qui m'a impressionné, c'est la confiance qu'accorde Derek à ses collaborateurs", souligne Heyman. "Il donne le tempo mais il est à l'écoute des suggestions de ses partenaires". 

Le tournage d'UNE VIE ENTRE DEUX OCÉANS s'est déroulé sur 45 jours à l'automne 2014, dans les décors naturels des régions de Marlborough et d'Otago en Nouvelle-Zélande et sur l'île australienne de Tasmanie. 

La première étape a consisté à trouver le Janus Rock du film, car le phare est à la fois un personnage à part entière et un élément essentiel du récit. Les phares sont depuis longtemps un emblème de la littérature, symbolisant à la fois le sanctuaire, la constance et la croyance que la lumière peut percer les ténèbres les plus noires. Le phare de Janus Rock possède une résonance particulière dans le roman de M.L. Stedman puisqu'il est situé à la jonction entre les océans Indien et Austral, là où deux mondes se rencontrent et fusionnent. 

Pour dénicher un phare proche de celui du livre, la production s'est lancée dans une recherche approfondie, visitant plus de 300 phares en Australie et en Nouvelle-Zélande. C'est le phare de Cape Campbell, sur le Détroit de Cook, au nord-est de l'Île du Sud de la Nouvelle-Zélande qui a convaincu l'équipe. D'une hauteur de 22m, le bâtiment est pourvu d'une petite maison pour le gardien et d’un jardin, idéalement situés en contrebas. Ce phare guide les bateaux pris au piège des mers agitées et des vents violents depuis 1870. 

"Après avoir sillonné deux pays du nord au sud, nous avons déniché Cape Campbell", se souvient le régisseur d'extérieurs Jared Connon. "Dès l'instant où Derek s'est installé dans le phare et s'est mis à observer la mer où il a aperçu un récif, on savait qu'on tenait notre Janus Rock. Derek a été particulièrement emballé par le point de vue car on avait vraiment le sentiment d'être à la jonction de deux océans". 

"Janus est une île ambivalente", insiste le réalisateur, "alternant entre la lumière et les ténèbres, l'amour et la haine, la vérité et les mensonges. C'est une île où les grands bonheurs côtoient les plus grandes souffrances, où l'on naît et où l'on meurt. J'ai toujours eu le sentiment que ce lieu était mythique et j'étais enthousiaste à l'idée de mettre en scène une île où personne ne s'était encore aventuré". 

"Cape Campbell m'a inspiré parce que les gardiens de phare y vivent depuis très longtemps, je sentais la présence de leur esprit", poursuit le réalisateur. "Au cours de l'une de mes premières visites sur place, je suis tombé sur une vieille pierre tombale où l'on pouvait lire 'À notre fille bien-aimée, disparue bien trop tôt, août-décembre 1896'. Il s'agissait donc d'un bébé. J'ai alors senti la présence de tous ces êtres qui avaient vécu là, leurs joies et leur détresse, leur vie et leur disparition. Nous avons cherché à y puiser notre inspiration et à faire corps avec la mémoire des lieux". 

Si Cape Campbell est en réalité une péninsule, et non une île, son emplacement géographique donne le sentiment qu'elle est coupée de toute civilisation. On ne peut y accéder que par une voie privée ou un long sentier de randonnée, seulement visible à marée basse. "Il ne ressemble à aucun autre décor où j'ai tourné", précise Connon qui a effectué les repérages des trilogies du SEIGNEUR DES ANNEAUX et du HOBBIT. "C'est un espace marqué par les éléments. Nous avons d'ailleurs été soumis aux caprices de la météo mais c'est un cadre époustouflant". 

Des vents violents, des éclairs et des tempêtes, assez fréquents dans cette région au printemps, ont occasionné quelques légers dégâts au QG de la production pendant le tournage mais comédiens et techniciens s'en sont sortis indemnes. La brutalité des éléments, l'isolement et l'absence de confort moderne (comme l'impossibilité d'utiliser le téléphone portable) a soudé l'équipe. D'où une volonté de se dépasser et une complicité qui ont permis à l'ensemble des collaborateurs de tenir tout au long du tournage. 

Derek Cianfrance était ravi que l'équipe réduite d'acteurs et de techniciens puisse camper à quelques pas du plateau et connaître les mêmes conditions de vie, difficiles et variables, que celles des personnages du film. Au cours du tournage, ils ont vécu tous ensemble, subissant les orages, les tempêtes, les vents violents, sans contact, ou presque, avec le monde extérieur. Ils se sont ainsi rapprochés du mode de vie de Tom et Isabel. 

"Comme le film parle d'isolement, j'avais le sentiment qu'on devait être isolés pendant le tournage", confie le réalisateur. "Je voulais qu'on se retrouve tous au même endroit afin qu'au réveil, on puisse filmer le lever du soleil et tourner des scènes au beau milieu de la nuit. Je cherche toujours à faire vivre des expériences uniques à mes acteurs afin que leur prestation dépasse le jeu traditionnel du comédien et se rapproche de l'être". 

Alicia Vikander était ravie de séjourner sur les lieux mêmes de l'action, ce qui lui a permis de se glisser dans la peau de cette jeune femme vivant dans un espace enclavé et rude. "Derek a mis en place cet environnement ultra-réaliste à partir duquel on pouvait explorer nos personnages", dit-elle. "Je crois que c'est le plus cadeau qu'on m'ait fait de toute ma carrière. C'était extraordinaire de pouvoir vivre au milieu de l'océan et des tempêtes et d'être tour à tour terrifiée et éblouie". 

Si les ciels brumeux et les paysages tourmentés étaient essentiels pour le chef-opérateur Adam Arkapaw (MACBETH, ANIMAL KINGDOM), la chef-décoratrice Karen Murphy s'est efforcée de mettre au point des intérieurs tout aussi évocateurs, en y apportant un semblant de présence humaine. "Il m'a semblé que la maison du gardien de phare et les intérieurs du phare devaient être à part et donner le sentiment qu'ils sont habités", indique la décoratrice qui a collaboré à GATSBY LE MAGNIFIQUE et aux CERFS-VOLANTS DE KABOUL. "On a créé des pièces où l'on pouvait ouvrir le moindre placard et y trouver une assiette, une fourchette ou une pomme de terre. Comme dans une vraie maison". 

Au bout de plusieurs semaines dans le cadre isolé de Cape Campbell, la production a pris ses quartiers dans la charmante ville de Dunedin, sur la côte est de l'Île du Sud de la Nouvelle-Zélande, où vivent 125 000 habitants. C'est là que Karen Murphy et son équipe ont construit la petite ville imaginaire de Partageuse, qui permet d'accéder à Janus Rock. Dans cette optique, la chef-décoratrice y a aménagé des magasins et des rues, pourvues d'une signalisation d'époque, et y a installé des calèches et des voitures des années 1910. Le réalisateur y a ensuite tourné les séquences se déroulant chez les Graysmark, à l'église et dans la prison. 

La production a également tourné à Port Chalmers, dans les environs de Dunedin, où d'authentiques bâtiments ont campé la librairie de McPhee – où Hannah fait la connaissance de Frank – et la mercerie de Mouchemore, où Isabel confronte Hannah et Lucy/Grace. La modeste demeure d'Hannah et Frank a été repérée à St. Bathans, petite bourgade bâtie sur une ancienne mine d'or à l'intérieur des terres de Dunedin. Les décors de la production tranchaient singulièrement avec le paquebot de 7 niveaux accueillant 2000 passagers, accosté à quelques mètres de là. 

"Le diable est dans les détails", signale Karen Murphy. "J'ai passé beaucoup de temps dans les bibliothèques d'Australie pour consulter des photos de toutes sortes de lieux, des merceries aux commissariats". 

La chef-costumière Erin Benach (DRIVE, LA DÉFENSE LINCOLN) a fait preuve de la même attention au réalisme : elle a adoré travailler les tissus et les motifs fabriqués à la main du début du XXème siècle. "Il n'y avait pas de production de masse si bien que tout était conçu avec un sens incroyable du détail", dit-elle. "Chaque tenue était pourvue de boutons et de fermoirs, tout était brodé avec soin et je tenais à faire en sorte qu'on retrouve tous ces détails dans nos costumes". 

Michael Fassbender remarque : "C'est grâce aux costumes qu'on a pu mettre une touche finale à nos personnages. C'était comme la cerise sur le gâteau. Tom est très pointilleux concernant ses tenues car c'est un ancien militaire. Ses costumes trahissent encore la présence de la guerre". 

Si la majorité des décors se trouvent en Nouvelle-Zélande, certains extérieurs de la ville côtière de Partageuse ont été repérés à Stanley, sur l'île de Tasmanie, à 2400 km à l'est de la Nouvelle-Zélande. Bourgade de 460 habitants, Stanley est un lieu touristique situé sur la côte nord-ouest de la Tasmanie où la charmante rue principale et la jetée convenaient parfaitement à l'histoire. "À Stanley, l'artère principale est très calme et les magasins y sont rares", reprend Karen Murphy. "C'est un espace qu'on a pu investir et aménager en plateau de tournage. Comme Stanley est niché à flanc de colline, elle offre des points de vue magnifiques". 

Attentif à instaurer une vraie tension et un climat propre au récit pendant le tournage, Derek Cianfrance était animé des mêmes intentions au moment du montage, piloté par Ron Patane et Jim Helton, qui ont également monté THE PLACE BEYOND THE PINES et BLUE VALENTINE. De même, il souhaitait une partition lyrique qu'il a confiée à Alexandre Desplat (THE DANISH GIRL, THE GRAND BUDAPEST HOTEL). 

"Ce qui nous a emballés, c'est la passion de Derek pour le livre de M.L. Stedman et la manière dont il s'y est investi corps et âme", souligne le producteur Jeffrey Clifford. "Pour Derek, il ne s'agissait pas seulement d'une activité professionnelle : il avait le sentiment qu'il devait réaliser ce film et il était prêt à consentir des sacrifices personnels pour y parvenir". 

Le mot de la fin revient à Derek Cianfrance : "J'espère qu'à l'issue de la projection le public aura le sentiment d'avoir vécu une extraordinaire histoire d'amour et un récit initiatique où s'affrontent l'amour et la quête de vérité. J'espère plus encore que les spectateurs, après avoir vu le film, discuteront entre eux pour savoir à quel personnage ils s'identifient le plus et lequel, selon eux, a fait les bons choix et pourquoi".

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