jeudi 14 janvier 2016

LEGEND


Policier/Biopic/Super interprétation de Tom Hardy, réalisation claire mais des longueurs

Réalisé par Brian Helgeland
Avec Tom Hardy, Emily Browning, Paul Anderson, Christopher Eccleston, Joshua Hill, Colin Morgan, Tara Fitzgerald, Nicholas Farrell...

Long-métrage Britannique/Français
Durée: 02h11mn
Année de production: 2015
Distributeur: StudioCanal

Date de sortie sur les écrans britanniques : 9 septembre 2015
Date de sortie sur nos écrans : 20 janvier 2016


Résumé : Londres, les années 60. Les jumeaux Reggie et Ronnie Kray, célèbres gangsters du Royaume-Uni, règnent en maîtres sur la capitale anglaise. À la tête d’une mafia impitoyable, leur influence paraît sans limites. Pourtant, lorsque la femme de Reggie incite son mari à s’éloigner du business, la chute des frères Kray semble inévitable…

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai penséLEGEND raconte l'histoire des frères Kray, des jumeaux, gangsters notoires de Londres dans les années 60. Le réalisateur, Brian Helgeland, nous conte sa version de qui ces deux hommes ont pu être (il nous le dit avec le titre, il s'intéresse à la légende). 
Le spectateur apprend à les (re)connaître. La folie parsemée de moments de lucidité de l’un, le charisme charmeur qui cache des fêlures de l'autre. Ils se complètent. Mais la vie va se charger d'eux. On assiste à leur montée en puissance par rapport à leurs concurrents mafieux puis à leur déchéance ; ces deux étapes sont inséparables dans ce genre de profession. Classique donc. 
Alors qu'est-ce qui distingue LEGEND des films du même genre ? L'interprétation des jumeaux Kray par Tom Hardy est impressionnante. 




Elle est tellement crédible que j'en ai oublié qu'il s'agissait du même acteur qui jouait les deux rôles. La ressemblance est logique (ils sont jumeaux) mais les frères sont tout à fait distincts aussi bien physiquement qu'en terme de personnalité. C'est une sensation étrange et réussie. Les scènes les réunissant à l'écran sont habilement montées pour les faire cohabiter de façon réaliste. J'ai donc aussi trouvé la réalisation intéressante car elle maîtrise intelligemment cet aspect majeur de l'histoire qu'elle raconte. 
Il est dommage que le scénario ne soit pas plus concis pour augmenter l’intensité et l’énergie de l’ensemble. Bien que le film soit agréable à suivre, il y a des longueurs.
LEGEND est un long-métrage de qualité, totalement en adéquation avec son thème. Ce qui est sûr, c’est que si vous appréciez Tom Hardy en tant qu’acteur, vous ne voudrez pas passer à côté de sa double performance. Si en plus, vous appréciez les intrigues mafieuses, alors LEGEND a tout vous plaire.


NOTES DE PRODUCTION
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

LÉGENDE ET VÉRITÉ

Avec LEGEND, le scénariste et réalisateur Brian Helgeland signe un thriller criminel captivant qui nous entraîne au coeur de l’histoire secrète des années 60 et des extraordinaires événements qui ont forgé la légende des frères Kray. Brian Helgeland déclare : « La première fois que j’ai entendu parler des Kray, l’histoire qu’on m’a racontée s’est avérée fausse. C’était une entrée en matière des plus appropriées ! » 

C’était en 1998, et le cinéaste venait d’être engagé par Warner Bros. pour travailler sur un film sur Led Zeppelin qui n’a jamais vu le jour. Mais dans le cadre de ses recherches, il a pu accompagner Jimmy Page et Robert Plant lors d’une tournée internationale. Un soir, au cours d’une discussion avec un membre de l’entourage du groupe, il a remarqué qu’il manquait un doigt à son interlocuteur et lui a demandé ce qui lui était arrivé.

« Il m’a dit que c’était l’oeuvre des Kray, raconte le réalisateur. Par la suite, comme la plupart des mythes et légendes qui entourent les jumeaux, j’ai appris que c’était faux, mais l’histoire était trop savoureuse pour ne pas la raconter. » 

Brian Helgeland venait de pénétrer dans un monde où il était très difficile de différencier le vrai du faux. La curiosité du réalisateur était éveillée. Son intérêt pourles deux frères s’est concrétisé, plusieurs années plus tard, dans l’écriture et la réalisation de LEGEND, un film qui raconte l’histoire de Ronnie et Reggie Kray, les plus célèbres gangsters de l’histoire de l’Angleterre. De la vérité aux mensonges, en passant par tout le reste.

LA FIRME

Dans les années 60, les « Swinging Sixties », Londres était l’endroit où il fallait être. Carnaby Street était un défilé de couleurs et de célébrités, les Beatles façonnaient leur légende sur Abbey Road, et Londres était devenue la capitale mondiale de la mode, de la musique, du cinéma et de la photographie. Mais les années 60 avaient aussi une face cachée, plus sombre, et les Kray et leur gang, la Firme, en étaient les figures de proue. Nés dans l’East End en 1933, Ronnie et Reggie étaient de vrais jumeaux – Reggie était l’aîné d’environ 10 minutes. Ils ont grandi dans les rues de Londres et sont rapidement devenus des chefs de gang et des criminels respectés, experts en extorsion, en vol à main armée et en intimidation. Grâce à leur façade de charismatiques propriétaires de plusieurs boîtes de nuit londoniennes, les jumeaux fréquentaient de nombreuses célébrités – ils ont même été photographiés par le grand David Bailey – et exerçaient une extraordinaire influence politique et sociale qui les rendait quasiment intouchables par la police. Ils ne régnaient pas seulement sur l’East End : tout Londres leur appartenait. Et ils n’étaient pas de simples gangsters, c’étaient de véritables célébrités. 

C’est alors que les choses ont commencé à se gâter. En 1966, Ronnie a froidement abattu George Cornell, un membre des Richardson, un gang rival, dans un pub de Whitechapel, le Blind Beggar. L’année suivante, Reggie a été terrassé par la douleur lorsque sa femme, Frances, s’est donné la mort. Quelques mois après, il a violemment assassiné son associé et celui de son frère, Jack McVitie dit « le Chapeau », devant des dizaines de témoins lors d’une soirée. La vie rêvée des frères Kray était arrivée à son terme. En 1968, une longue enquête de police, menée par l’inspecteur Leonard « Nipper » Read, s’est conclue par l’arrestation des Kray et de plusieurs de leurs associés. Ils ont été condamnés à la prison à perpétuité pour leurs meurtres respectifs. Ronnie n’a plus jamais retrouvé la liberté : déclaré fou, il a passé le reste de sa vie à l’hôpital de Broadmoor, avant de mourir d’une crise cardiaque en 1995. Reggie a été libéré en 2000 pour raisons de santé ; atteint d’un cancer en phase terminale, il est décédé six semaines plus tard. En dépit du fait qu’ils avaient passé la moitié de leur vie derrière les barreaux, la légende des frères Kray n’a cessé de grandir.

NAISSANCE D’UNE LÉGENDE

Une fois emprisonnés, les Kray ont fait l’objet de plusieurs dizaines d’ouvrages, alimentant ainsi leur mythe. L’un des premiers livres sur le duo, The Profession Of Violence, a été écrit par John Pearson, un journaliste qui connaissait personnellement les frères Kray. Pour faire connaître les exploits de Ronnie et Reggie au grand public, le producteur Quentin Curtis et son associé Chris Clark ont acheté les droits de l’ouvrage. Un film intitulé LES FÈRES KRAY avait déjà été réalisé en 1990 par Peter Medak, avec Gary et Martin Kemp du groupe Spandau Ballet dans les rôles des jumeaux, mais Quentin Curtis estimait qu’il y avait encore beaucoup de choses à dire sur le sujet. En quête des partenaires idéaux pour porter cette histoire sur grand écran, Quentin Curtis et Chris Clark l’ont proposée à Working Title et Tim Bevan, qui a fait preuve d’un enthousiasme immédiat. Le producteur avait en outre une idée originale pour différencier le film des autres films de gangsters britanniques : faire un film de gangsters à l’américaine. 

Tim Bevan développe : « Qui ne rêve pas de réaliser un vrai film de gangsters ? Soyons honnêtes, si vous faites des films et que vous avez mon âge, il y a de très fortes chances pour que vous soyez venu au cinéma grâce aux films de gangsters, les Coppola et autres Scorsese. Comme l’histoire de Ronnie et Reggie avait déjà été portée sur grand écran, il fallait que notre film se différencie clairement de son prédécesseur. C’est comme cela qu’est née l’idée d’en confier la réalisation à un cinéaste qui connaisse bien la tradition des films de gangsters américains pour lui en conférer le style et l’atmosphère. » 

Et ce cinéaste, c’est Brian Helgeland, à qui l’on doit notamment le scénario de GREEN ZONE, le thriller de Paul Greengrass produit par Working Title, avec Matt Damon. Mieux encore, Brian Helgeland est américain et connaît bien le genre du film de gangsters et du film policier pour avoir écrit et réalisé PAYBACK avec Mel Gibson, et coécrit le film culte de Curtis Hanson L.A. CONFIDENTIAL, pour lequel il a remporté l’Oscar. 

Intrigué par la première histoire qu’il avait entendue sur les jumeaux, Brian Helgeland en a appris davantage sur eux au fil du temps, mais il confie que c’est la vision de Tim Bevan qui l’a initialement persuadé de réaliser le film : « C’était l’occasion pour moi de mettre en scène un film de gangsters, ce qui, pour un réalisateur américain, est quasi impossible étant donné tout ce qui a déjà été fait. La crainte de la comparaison vous empêche de vous lancer. » 

Le réalisateur avait également un point de vue très américain sur les frères Kray. Il déclare : « Je les vois comme des enfants pauvres issus d’un quartier défavorisé qui ont emprunté la seule issue qui s’offrait à eux pour réussir : la criminalité – ce qui est un point de vue très américain. J’ai toujours essayé de les considérer comme des égaux. Je ne les ai jamais méprisés, ni admirés. Un réalisateur se doit de prendre le parti de ses protagonistes. » 

Brian Helgeland s’est plongé dans des recherches sur les Kray. Il s’est rendu dans les lieux clés de leur vie, il a contacté leurs alliés (et leurs ennemis) toujours en vie, y compris le pittoresque ancien gangster Freddie Foreman, et a lu tout ce qu’il a pu trouver à leur sujet. Mais il y a un pan de la vie des Kray sur lequel il n’a pas trouvé grandchose : Frances Shea, la femme de Reggie. Toutes les pistes qu’il a suivies se sont révélées être des impasses. Tous ceux qu’il a interrogés sur le sujet ont poliment botté en touche.

Il raconte : « J’ai questionné Freddie Foreman à propos de Frances, mais il m’a simplement répondu que c’était un joli brin de fille. J’ai interrogé Barbara Windsor, une ancienne habituée des clubs des Kray, qui m’a dit que Frances était réservée et jolie, mais qu’elle ne se souvenait pas de grand-chose de plus. » 

Brian Helgeland a alors rencontré Chris Lambrianou, un ancien associé des Kray, qui l’a emmené faire une visite guidée impromptue de l’East End des jumeaux. Et une fois de plus, le réalisateur a tenté d’en savoir davantage sur Frances. Mais cette fois, il a obtenu des réponses.

Il se souvient : « Chris Lambrianou m’a dit : « Frances est la raison pour laquelle nous sommes tous allés en prison » Tout l’univers que j’avais construit autour des Kray s’effondrait soudain comme un château de cartes. Chris m’a confié qu’à sa mort, Reggie avait cessé de s’occuper des affaires. » 

Reggie, qui avait toujours été le plus solide des jumeaux (Ronnie, à qui on a plus tard diagnostiqué une schizophrénie paranoïde, était beaucoup plus versatile et souvent bourré de médicaments), a commencé à négliger la Firme. Le réalisateur poursuit : « Lambrianou m’a montré une ruelle sombre à côté du Carpenter’s Arms et m’a dit : « Un soir, environ deux semaines avant qu’on soit tous arrêtés, j’ai vu Reggie disparaître dans la nuit. De toute ma vie, je n’avais jamais vu un homme aussi seul que lui. » C’est à cet instant que j’ai su comment je voulais raconter l’histoire et quel rôle Frances y jouerait. » 

Ce rôle, c’est celui de narratrice. Frances commente en effet calmement et tristement les événements tragiques qui se déroulent, depuis sa tombe. Chris Clark remarque : « C’est poignant et cela offre un point de vue très intéressant. Elle apporte quelque chose de différent au genre. À bien des égards, le film repose sur la relation entre Ron, Reg et elle. C’est à la fois percutant, original et moderne. » 

À LA RECHERCHE DES JUMEAUX KRAY

LEGEND est interprété par un casting de haut vol composé de David Thewlis, Christopher Eccleston, Sam Spruell, Taron Egerton, Tara Fitzgerald et Colin Morgan, aux côtés de l’actrice australienne Emily Browning dans le rôle de Frances. À propos de l’audition de cette dernière, Brian Helgeland déclare : « Elle était l’incarnation même de Frances. Elle a fait un travail remarquable pour s’approprier le personnage, son accent et sa sensibilité. » 

Mais le réalisateur était conscient que le film reposerait avant tout sur les épaules de l’acteur qui interpréterait Ronnie et Reggie. Il tenait à ce que les deux rôles soient incarnés par un seul et même comédien, à l’image de Jeremy Irons dans FAUX-SEMBLANTS de David Cronenberg. Il explique : « Je ne voulais pas qu’il y ait une simple ressemblance entre mes deux personnages principaux, j’étais convaincu qu’en ayant recours à un seul et même acteur, la relation entre les deux frères serait beaucoup plus authentique, mais les acteurs capables de relever un tel défi se comptent sur les doigts d’une main. » 

En réalité, le cinéaste avait un seul nom en tête : celui de Tom Hardy. Le producteur Tim Bevan déclare : « Reggie est une sorte de star de cinéma à l’ancienne, genre Steve McQueen, tandis que Ronnie est un personnage plus excentrique, bourré de médicaments et mentalement instable. Et Tom a réussi à définir un style et une personnalité bien différents pour chacun d’eux. » 

En raison du budget restreint et du planning serré du film – tourné dans plus de 100 lieux différents à travers Londres (l’équipe n’a eu recours qu’à quelques décors construits en studio) en à peine plus de 50 jours, le scénario rêvé de Brian Helgeland, qui consistait à tourner la moitié du film avec Tom Hardy dans la peau d’un des jumeaux, puis à recommencer dans la peau de l’autre, était irréalisable. Durant les 35 jours de tournage au cours desquels il a incarné les deux personnages, Tom Hardy commençait donc généralement la journée dans le rôle du frère le plus présent dans la scène. Il s’agissait le plus souvent de Reggie, le personnage principal du film aux yeux du réalisateur. Puis, une fois ses scènes achevées, l’acteur passait par le département maquillages et costumes pour se glisser dans la peau de Ron afin de tourner le reste de la séquence. Plusieurs techniques ont été utilisées pour faciliter l’apparition des deux personnages à l’écran. 

Brian Helgeland explique : « La manière de filmer des jumeaux incarnés par un seul et même acteur n’a pas beaucoup évolué depuis l’interprétation de Hayley Mills dans LA FIANCÉE DE PAPA en 1961 ! ». L’équipe s’est en effet largement appuyée sur la technique du split screen, tandis que la caméra de motion-control, beaucoup plus chronophage, était occasionnellement utilisée. Tom Hardy enregistrait souvent les dialogues d’un des jumeaux, qui lui étaient ensuite diffusés via une oreillette, lors du tournage de l’après-midi où il changeait de rôle. À de rares occasions, l’équipe a également eu recours à l’incrustation du visage de l’acteur sur le corps de sa doublure, Jacob Tomuri, lequel adoptait autant que possible le langage corporel de Tom Hardy. Cette technique a été utilisée dans la scène phare du film : le combat qui oppose les deux frères à l’Esmeralda’s Barn, leur casino. 

Brian Helgeland confie : « Nous avons parfois simplement eu recours à la technique qui consiste à positionner l’acteur par rapport à la caméra de sorte qu’on ne voie pas son visage. » Pour la séquence dans laquelle Ron et Reggie affrontent les hommes de main de Richardson, le réalisateur a placé les deux frères aussi loin l’un de l’autre que possible afin de pouvoir intégrer des plans de Tom Hardy dans les deux rôles au cours de l’épique bagarre qui s’ensuit lors du montage. 

Le réalisateur précise : « Ce sont les dialogues qui ont constitué la plus grande difficulté. Nous avons en effet découvert que plus les répliques des deux personnages se chevauchaient, plus ils étaient crédibles ; à l’inverse, si l’on passe de Reggie à Ronnie et inversement, cela sonne faux. Et Tom arrive brillamment à parler en même temps que son double ! » 

Brian Helgeland a collaboré avec l’équipe créative et Tom Hardy afin de créer le style et la personnalité de Reggie et Ronnie ainsi que leur univers. La chef costumière Caroline Harris a joué un rôle crucial dans la création de l’univers visuel de LEGEND. Elle a commencé par faire d’importantes recherches photographiques sur les Kray et les années 60. Leur monde était plus classique que moderne, et ce classicisme se reflète dans les personnages qui l’habitent. Reggie et Ronnie s’attendaient à ce que les membres de la Firme viennent au travail en costume-cravate, et que les invités de leurs soirées soient sur leur trente-et-un. 

En ce qui concerne les frères Kray, Caroline Harris déclare : « On raconte qu’un jour, Ron a apporté une photo d’Al Capone dans un costume croisé à double boutonnière à son tailleur, il semblait donc logique d’aller dans ce sens. » Pour Reggie en revanche, la chef costumière a opté pour une coupe italienne, la préférée du gangster si l’on se réfère aux photos de l’époque, un style élégant également porté par les stars de cinéma européennes telles que Jean-Paul Belmondo. L’allure des deux frères est par conséquent très différente, ce qui permet de les distinguer d’un seul coup d’oeil, laissant Tom Hardy libre d’entamer son impressionnante transformation physique. 

Le chef décorateur Tom Conroy a quant à lui supervisé plus de 100 décors, un chiffre qui reflète selon lui l’implacabilité des jumeaux. Il déclare : « J’ai été fasciné d’apprendre qu’ils avaient fini par s’installer dans des appartements modernes situés l’un au-dessus de l’autre à Cedra Court, dans le nord-ouest de Londres. Parmi les décors que nous avons construits, figure l’appartement de Reggie et Frances, un lieu que nous avons voulu clair et calme et qui ne reflète pas forcément les goûts de Reggie… À l’inverse, celui de Ronnie est sombre et caverneux, à l’image de la grotte d’Aladin, recouvert d’or et de chrome, et parsemé de sabres rituels et de caméras cachées – grâce auxquelles il fait chanter les personnalités de l’establishment qui fréquentent ses orgies. » 

L’univers du film est également directement inspiré d’un portrait emblématique réalisé par David Bailey. Le papier peint de l’appartement de Ronnie dans le film est une réplique exacte de celui que l’on voit dans le célèbre cliché de Reggie et Ronnie tenant deux des serpents de Ron pris par le photographe. La chef maquilleuse Christine Blundell a également participé à la création du style des frères Kray, en particulier celui de Ronnie. Si Reggie est un séduisant dandy, Ronnie, avec son visage plus rond et sa personnalité plus sombre, a nécessité plus de travail. 

La maquilleuse explique : « Nous avons testé plusieurs styles, mais nous n’avions pas le temps de réaliser des prothèses complètes. Il a fallu que nous fassions presque tout nous-mêmes. » Elle a aussi modifié la chevelure de l’acteur et utilisé une perruque qui allonge le visage de Ronnie avant de lui poudrer le visage pour le rendre plus rond. Enfin, un prothésiste dentaire a réalisé un moulage de la bouche de Tom Hardy et fabriqué des prothèses sur mesure qui rendent sa mâchoire plus carrée. 

Christine Blundell ajoute : « Nous avons modifié ses incisives supérieures et élargi son nez. Nous avons également joué sur les ombres et la forme du visage, mais ce n’est que lorsqu’on lui mettait la perruque que Tom devenait vraiment Ron. » 

Tout le reste, en revanche, on le doit à Tom Hardy, y compris l’effrayant regard noir et perçant de Ron. Brian Helgeland, qui a été très impressionné par la facilité avec laquelle l’acteur passait d’un frère Kray à l’autre, déclare : « Tom passait d’un personnage à l’autre avec une aisance déconcertante. » Le cinéaste s’est aussi amusé de la manière dont la personnalité de Reggie et Ronnie s’exprimait à travers Tom Hardy.

Il raconte : « Ron était beaucoup plus facile à diriger que Reggie ! Lorsque Tom arrivait sur le tournage dans la peau de Ron, il passait son bras autour de mon cou et me demandait avec la voix inimitable de Ron ce que nous allions faire et où se trouvait la caméra, je lui expliquais et il ne posait jamais de questions. Lorsqu’il incarnait Reggie, en revanche, il était prudent et silencieux, et tenait à savoir tout ce qui allait se passer. Mais je ne pense pas que Tom en était conscient ! » 

LA MUSIQUE 

Pour accompagner les aventures de Reggie et Ronnie, l’équipe a opté pour une bande originale emblématique du Swinging London. Il est en effet difficile de trouver une décennie plus révolutionnaire et influente sur le plan musical que les années 60. Et cela vaut aussi bien d’un côté que de l’autre de l’Atlantique. Tandis que les groupes pop anglais prenaient les États-Unis d’assaut, Detroit inondait en retour les ondes britanniques avec les titres des artistes de la Motown. Et le succès fut immédiat. 

L’Américaine Timi Yuro s’est installée en Angleterre où elle a connu un franc succès. Elle s’est non seulement fait une place de choix parmi les chanteurs de northern soul, mais également dans le cœur de Reggie Kray. Ce dernier avait un penchant pour sa voix grave et l’a fait chanter dans ses clubs. Timi Yuro est incarnée par la chanteuse Duffy, qui a également composé le titre qui accompagne le générique final du film, « Whole Lotta Love ». Reggie adorait la musique et son milieu, et prenait autant de plaisir à jouer les propriétaires de boîtes de nuit que l’équipe de LEGEND a pris à recréer cet univers. 

Les célébrités se pressaient pour boire, jouer et danser jusqu’au petit matin dans les clubs des frères Kray. Parmi elles figuraient notamment Frank Sinatra, Sonny Liston, Shirley Bassey, le peintre Francis Bacon et les actrices Barbara Windsor et Joan Collins. À Londres comme à Las Vegas, les boîtes de nuit étaient autant le repaire des vedettes du moment que des gangsters. Jamais les titres instrumentaux n’ont connu de plus grand succès que dans les années 60 : « Sissy Strut » des Meters, « The In Crowd » du Ramsey Lewis Trio ou « Sleep Walk » de Santo & Johnny étaient tous disques de platine. Dans le film, ces morceaux viennent s’ajouter à la musique originale envoûtante et épurée du compositeur Carter Burwell. 

LES HOMMES DERRIÈRE LA LÉGENDE 

Qu’est-ce qu’un nom ? Tout, si l’on en croit Brian Helgeland, qui a très vite opté pour LEGEND – et non LEGENDS – en guise de titre pour le film. Il raconte : « L’une des premières images sur laquelle je suis tombé en faisant des recherches était celle du corbillard de Reggie Kray, sur lequel étaient disposés des oeillets pour former le mot « Legend ». Avec tout ce que j’avais entendu et lu sur les deux frères, ce mot me semblait parfaitement adapté et j’ai choisi d’en faire le titre du film. L’histoire est écrite par les vainqueurs, et les frères Kray n’en feront jamais partie. Ils incarnent aujourd’hui un mythe qui a fait les choux gras des tabloïdes, ils sont diabolisés et admirés à la fois. Les Kray sont devenus une légende. Ils appartiennent au panthéon où reposent également les légendes de Robin des Bois et du roi Arthur. » 

Les deux frères font aujourd’hui l’objet d’histoires toutes plus invraisemblables les unes que les autres tandis que leur réputation continue de grandir. Brian Helgeland raconte qu’il ne pouvait pas confier à un chauffeur de taxi londonien qu’il faisait un film sur les Kray sans que celui-ci n’affirme connaître quelqu’un qui avait travaillé pour eux. Il déclare : « Ce qui m’intéressait, c’était de connaître l’origine de ces histoires que, dix ans plus tard, tout le monde raconte. J’ai tenté de reconstruire la version des événements qui, selon moi, a donné naissance au mythe. » 

Le réalisateur a dû faire le tri parmi toutes ces histoires, choisir les éléments à inclure dans le film et tenter de compléter les éléments manquants. Il s’est également efforcé de ne pas suivre le conseil du magnat de la presse William Randolph Hearst et de laisser la légende à la légende. Le film ne met ainsi pas en scène le mythe qui voudrait que les frères Kray aient cloué un de leurs rivaux au sol, ni l’épisode au cours duquel ils auraient prétendument coupé le doigt d’un associé de Led Zepplin. 

Il commente : « Il s’agit de ma version de l’histoire des Kray. Le Londres et l’effervescence des années 60 ont depuis longtemps disparu, tout comme leurs représentants, les jumeaux Kray ; tout cela appartient désormais à la légende. Mais ce qui m’a le plus intéressé dans le fait de porter leur vie sur grand écran, c’était de dresser le portrait des hommes derrière la légende… »

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