dimanche 22 novembre 2015

STRICTLY CRIMINAL



Policier/Thriller/Très bon film policier

Réalisé par Scott Cooper
Avec Johnny Depp, Joel Edgerton, Benedict Cumberbatch, Dakota Johnson, Kevin Bacon, Jesse Plemons, Peter Sarsgaard, Corey Stoll, David Harbour, Rory Cochrane, Julianne Nicholson, James Russo, Adam Scott...

Long-métrage Américain
Titre original : Black Mass
Durée: 02h03mn
Année de production: 2015
Distributeur: Warner Bros. France

Interdit aux moins de 12 ans 

Date de sortie sur les écrans américains : 18 septembre 2015
Date de sortie sur nos écrans : 25 novembre 2015


Résumé : Le quartier de South Boston dans les années 70. L'agent du FBI John Connolly convainc le caïd irlandais James "Whitey" Bulger de collaborer avec l'agence fédérale afin d'éliminer un ennemi commun : la mafia italienne. Le film retrace l'histoire vraie de cette alliance contre nature qui a dégénéré et permis à Whitey d'échapper à la justice, de consolider son pouvoir et de s'imposer comme l'un des malfrats les plus redoutables de Boston et les plus puissants des États-Unis.

Bande annonce (VOSTFR)



Bande annonce (VF)



Ce que j'en ai pensé : STRICTLY CRIMINAL est un film très bien construit. Bien qu'il s'agisse d'une histoire inspirée de faits réels, l'intrigue est suffisamment travaillée et intelligemment amenée pour ne pas donner au spectateur l'impression de regarder un biopic. On se laisse prendre par le fil des événements. On comprend les imbrications au fur et à mesure que les stratégies se dévoilent et  qu'on découvre les faits. 

La réalisation de Scott Cooper est fluide. Elle nous décrit parfaitement bien l'atmosphère et l'esprit de Southie (South Boston) pendant les années 70-80. J'ai apprécié que les personnages aient de la profondeur, l'histoire montre différentes facettes de leur personnalité sans pour autant tomber dans la facilité. 

En plus d'une intrigue intéressante et solide et d'un cadre soigné, STRICTLY CRIMINAL bénéficie d'un casting impressionnant qui est un vrai plaisir à voir défiler à l'écran. 
Johnny Depp dans le rôle titre réussit une très belle interprétation et personnification. Il fait juste ce qu'il faut pour rendre James "Whitey" Bulger charismatique, inquiétant et dangereux. 



Joel Edgerton nous offre lui aussi une superbe performance dans le rôle de John Connelly, un agent du FBI qui joue un jeu trouble. 



Benedict Cumberbatch est impeccable dans le rôle du sénateur Bill Bulger. 


Il y a autour d'eux toute une constellation de personnages interprétés par des acteurs connus qui font un très bon travail.





STRICTLY CRIMINAL est un film policier d'excellente facture auquel il ne manque aucun des ingrédients qui font les bonnes recettes du genre. Je vous le conseille absolument.

Qui est le vrai ‘Whitey’ ? Cliquez sur l'infographie ci-dessous pour découvrir le vrai James Bulger



NOTES DE PRODUCTION
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)
WHITEY Tu sais ce que je fais aux balances, John ?
CONNOLLY Il s'agit pas de balancer, Jimmy. C'est une collaboration.
WHITEY Une collaboration ? Entre moi et le FBI ?
CONNOLLY Non, pas du tout. Entre toi et moi. Une collaboration comme ça ne risque pas de t'affaiblir, Jimmy. Elle va te rendre encore plus fort. 
Pendant plus de dix ans – jusqu'à son arrestation en 2011 –, le caïd le plus redoutable de Boston, James "Whitey" Bulger, a été traqué par le FBI. Seul Ben Laden était plus recherché encore par l'agence fédérale. Mais, ironie du sort, Bulger n'aurait pas acquis un tel pouvoir sans le soutien et la complicité du FBI. STRICTLY CRIMINAL raconte comment l'accord entre le gangster Whitey Bulger et l'agent John Connolly a permis au premier d'étendre son empire criminel en toute impunité. Chemin faisant, le second, aveuglé par sa propre ambition, a protégé Bulger en empêchant quiconque d'enquêter sur lui, sans tenir compte de la liste des cadavres qui ne cessait de s'allonger. 

Le réalisateur et producteur Scott Cooper précise : "John Connolly connaissait Whitey et son frère Billy Bulger depuis qu'ils étaient gosses car ils ont grandi dans le même quartier de South Boston, surnommé 'Southie'. Cette histoire m'intéressait en raison des relations entre les deux frères, radicalement différents l'un de l'autre, et John Connolly, qui connaissait le pouvoir du clan Bulger et qui l'avait toujours admiré. Connolly a fini par laisser Bulger commettre ses crimes au cœur de Boston parce qu'il voulait être bien vu par Whitey depuis que celui-ci lui était venu en aide au cours d'une bagarre à l'époque où ils étaient gamins". 

Pendant que Connolly gravissait les échelons du FBI en s'attaquant à la mafia newyorkaise, Whitey Bulger se taillait une tout autre réputation à Boston. Alors qu'il gagnait en puissance, prenant finalement la tête du Winter Hill Gang, il était craint par certains, même si d'autres le considéraient comme une sorte de Robin des Bois bénéfique pour le quartier. 

Johnny Depp, qui campe James "Whitey" Bulger, s'explique : "Southie était – et est toujours – une communauté très soudée dont les membres étaient extrêmement fidèles à Jimmy", dit-il, utilisant le prénom du personnage qui préférait qu'on l'appelle ainsi. "Pas mal de gens l'idolâtraient depuis qu'ils étaient tout petits et beaucoup d'entre eux voulaient tout simplement être comme lui parce qu'il faisait ce qu'il voulait et que, l'essentiel du temps, il gagnait. Mais c'était aussi un type très charismatique. Il dégageait une telle puissance de séduction qu'on avait envie d'être à ses côtés. On avait envie de le comprendre et de le connaître. J'ai trouvé James Bulger fascinant et j'ai été intéressé par ce qui l'animait". 

Joel Edgerton, qui campe John Connolly, souligne : "Je pense que John considérait Whitey comme une sorte de rebelle qui bénéficiait d'une aura de rock-star au sein de sa communauté. Mais il entretenait avec lui une relation privilégiée : il connaissait la rock-star et cette rock-star avait été bienveillante envers lui. Il y a longtemps, en tout cas. Je crois qu'il a intégré le FBI plein de bonnes intentions et qu'il avait l'ambition de devenir un grand flic. Pourtant, dans sa ville, la frontière entre criminels et policiers était très mince, et si celui qu'on admirait était du côté des gangsters, on pouvait alors revoir ses ambitions. Il suffit de voir la liberté sans limites dont jouissent en apparence les criminels … Je pense que cela lui est un peu monté à la tête". 

Le producteur John Lesher note que la fascination de Connolly pour Whitey est assez semblable à la nôtre : "À travers les films, les livres et les séries télé, on sait bien que les gens sont intrigués par les gangsters", dit-il. "En effet, ils n'obéissent pas aux mêmes règles que le reste de la société. Dans le cas du film, il existe un lien privilégié entre un célèbre gangster, dont le frère se trouve être l'homme politique le plus puissant de l'État, et un agent du FBI auréolé de sa gloire. Une telle situation ne s'invente pas : elle dépasse la fiction !" 

Cependant, Lesher reconnaît que la production s'est autorisée une certaine licence poétique en modifiant certains faits "car il aurait été impossible de restituer efficacement l'ensemble des événements qui se sont produits en un seul film. On a changé certains personnages et parfois resserré la chronologie, mais la trame d'ensemble s'inspire de la réalité, ce qui rend cette histoire totalement fascinante". 
WHITEY Il y a balancer et balancer… C'est une opportunité professionnelle. On fait en sorte que le FBI se batte pour nous contre nos ennemis, et ensuite, il nous protège et nous, putain, on fait exactement ce qu'on veut. 
La révélation explosive selon laquelle Whitey Bulger travaillait comme indic pour le FBI a fait la Une du Boston Globe en 1988 et, au cours de la décennie suivante, les détails de l'accord entre l'agence fédérale et le mafieux ont filtré. À l'époque journalistes au Globe, Dick Lehr et Gerard O'Neill, qui avaient été les premiers à divulguer le scandale, ont par la suite retracé toute l'affaire dans leur ouvrage "Black Mass: Whitey Bulger, the FBI, and a Devil’s Deal", dont s'inspire le film. Au départ, cependant, l'article adoptait un angle tout à fait différent. 

Lehr s'explique : "À l'origine, on devait raconter l'histoire de deux frères, Whitey et Billy, qui ont grandi dans la même maison des quartiers défavorisés de South Boston et qui se sont chacun hissés au sommet de leurs univers respectifs, même s'ils obéissent à des règles différentes". Billy Bulger a fait carrière en politique. Diplômé de l'université, il a suivi une trajectoire aux antipodes du parcours criminel de son frère, qui l'a menée à la présidence du Sénat du Massachusetts. Benedict Cumberbatch, qui incarne Billy, souligne que la dichotomie entre les deux frères l'a intrigué : "Billy Bulger a été un homme politique très influent au sein du Sénat du Massachussetts pendant longtemps. Si on voulait obtenir quelque chose, il fallait passer par lui. Pour autant, c'était le frère de Whitey Bulger et son parcours était donc inévitablement lié à celui qui était sans doute le criminel le plus redoutable du XXème siècle. Le gouffre entre eux est fascinant". 


Depp acquiesce : "Billy a suivi sa voie et il est devenu un homme politique très imbu de lui-même, tandis que Jimmy a suivi la sienne et a fini à la tête du crime organisé. Et pourtant, ils allaient rendre visite à leur mère et ils formaient une famille unie, même s'ils étaient de bords radicalement différents". L'article était censé explorer les parcours totalement divergents des deux frères … jusqu'à ce que les journalistes découvrent un événement sidérant qui a été un véritable coup de théâtre. "On s'est rendu compte que même si Whitey était un caïd de la mafia bien connu, il avait en quelque sorte échappé à la police avec une dextérité déconcertante. En fouillant dans les archives, on a découvert qu'au sein de la police on avait longtemps soupçonné que Whitey et le FBI – en la personne d'un agent du nom de John Connolly, également de South Boston – entretenaient des rapports étroits". 
McGUIRE Comment tu peux être aussi sûr de toi qu'il va être fiable comme indic?
CONNOLLY J'ai grandi avec lui à Southie. On se connaissait bien Jimmy, son frère Billy et moi, et on a noué des liens indestructibles. S'il me donne sa parole, il la tiendra. 
"Dès qu'on a eu la certitude que Whitey avait été indicateur pour le FBI, on s'est laissé porter par notre imagination", déclare O'Neill. "Les indics sont le Graal du FBI et, à leur tour, les 'affranchis' sont contents d'avoir un ami dans la police, si bien qu'ils ont des rapports intimes. Mais je pense que Whitey Bulger ne pouvait être indic que pour quelqu'un originaire de Southie. Comme Connolly avait lui-même grandi dans ce quartier, il se sentait plus proche de lui que de tout autre agent. Connolly a su mettre à profit son réseau d'origine et a été salué et récompensé pour avoir réussi à faire de Whitey un indicateur, mais en réalité, c'était Whitey qui tirait les ficelles". 

"Au départ", poursuit Lehr, "c'était difficile à croire que Whitey avait pu travailler comme indic pour le FBI car c'était contre tous ses principes. On a mené notre enquête, on a vérifié que c'était vrai et on a publié ce qui s'est avéré n'être que le sommet de l'iceberg". "Et boum ! La grenade était dégoupillée", intervient O'Neill. "On ne se doutait pas à quel point la réalité était sombre et terrible : il nous a fallu des années pour tout démêler", reprend Lehr. "Mais cette histoire n'était que la première étape d'une saga hallucinante qui s'est aussi avérée être un scandale historique dans lequel Whitey et le FBI étaient compromis". Le producteur Brian Oliver, qui avait pris une option sur le livre de Lehr et O'Neill, ajoute : "Ce qui m'a intéressé, c'est l'idée que le FBI pouvait avoir des mafieux haut placés qui travaillaient pour l'agence fédérale – ou que le FBI croyait qu'ils travaillaient pour eux. Cela montre qu'on peut tous se retrouver dans une spirale. Connolly se disait sans doute qu'il faisait ce qui lui semblait juste – jusqu'à ce qu'il se rende compte que ce n'était pas le cas. Mais il ne pouvait plus faire machine arrière". 

Le scénario de STRICTLY CRIMINAL a été écrit par Mark Mallouk et Jez Butterworth qui ont tous les deux constaté que les liens unissant Connolly et Bulger constituaient un nœud que personne ne pouvait dénouer. Comme l'indique Mallouk, "Ce film raconte comment l'ambition a pris le pas sur le travail bénéfique qu'avait accompli Connolly à ses débuts au FBI. Il voulait sauver Boston de la mafia italienne : c'était son intention lorsqu'il a mis le doigt dans l'engrenage et qu'il a commencé à venir en aide à Whitey. Il s'est dit que ce serait une relation qui profiterait à tous les deux. Mais il ne faut pas mettre son doigt dans l'engrenage avec un type comme Whitey Bulger. On se retrouve immédiatement pris au piège". 

"C'est devenu le monde à l'envers", ajoute Butterworth. "Alors que Connolly espérait exercer le pouvoir au nom du FBI, c'est l'inverse qui s'est produit et Whitey qui tenait les rênes. Tous ceux qui n'étaient pas aussi proches de Bulger auraient sans doute compris ce qui se passait, mais pour une raison ou pour une autre, ce n'était pas le cas de Connolly". Scott Cooper indique que c'est la dynamique exceptionnelle entre les personnages qui l'a surtout fasciné dans le scénario : "Ce qui m'attire, c'est la dimension profondément tragique et humaine des histoires, et le film réunissait les deux. Le scénario était presque shakespearien et abordait des thèmes que j'aime explorer : la corruption, la tromperie et l'orgueil démesuré au cœur d'une intrigue que j'avais envie de fouiller". Le film brosse aussi des portraits de famille radicalement différents, voire en opposition : la famille d'où l'on vient, incarnée par Whitey et Billy, et celle qui prend naissance dans la rue, comme en témoignent Connolly et Whitey, ou encore Whitey et le gang Winter Hill. "Je pense que James Bulger dirigeait son clan comme une famille et considérait sa bande comme sa vraie famille", commente Depp. La famille qu'on choisit est une autre thématique du film, comme en témoignent les rapports entre Whitey et son ex-petite amie Lindsey Cyr (Dakota Johnson), et Connolly et son épouse Marianne (Julianne Nicholson) : "Lindsey et Marianne apportent une grande émotion à cette histoire qui en manquerait sans leur présence", souligne le réalisateur. 

"Ce n'est qu'à travers leur regard qu'on découvre cette facette de Whitey Bulger et de John Connolly, chacun dans son genre". Les producteurs étaient conscients que Scott Cooper serait à même d'aborder les thématiques de duplicité, d'ambition et de loyauté dévoyée qui parcourent le film. "Quand on a rencontré Scott, il m'a dit qu'il souhaitait s'attacher avant tout à la dimension humaine des personnages, ce qui m'a vraiment séduit. Par la suite, il a cherché à changer de point de vue et à montrer ce qu'ils étaient capables de faire. Je trouve qu'il y est très bien parvenu sans les rendre particulièrement sympathiques et sans excuser leurs actes". 

"Il faut un réalisateur de grand talent et d'une extrême intelligence pour signer un film où il n'y a aucun personnage foncièrement positif et dans STRICTLY CRIMINAL, c'est de toute évidence le cas", note Oliver. "Savoir raconter une histoire dont les personnages ont d'authentiques trajectoires, sans qu'aucun d'entre eux ne soit le héros, c'est très difficile, et Scott s'en est remarquablement tiré". "Scott Cooper est un cinéaste rare", affirme Johnny Depp. 

"J'ai été époustouflé par CRAZY HEART et LES BRASIERS DE LA COLÈRE, car il y faisait preuve d'une exceptionnelle profondeur assez inattendue chez un relatif débutant – et j'avais donc vraiment envie de tourner avec lui. Sur le plateau, j'ai trouvé incroyable que ce ne soit que son troisième long métrage. J'ai été stupéfait par sa dextérité, par la force de sa vision et par sa passion. Il a totalement vécu ce film, matin, midi et soir. Ce type est hallucinant ! Je tournerais une publicité pour l'annuaire téléphonique avec lui", dit-il encore en souriant. 

"Non, c'est vrai ! J'ai énormément de respect pour lui : c'est un réalisateur exceptionnel qui a un grand avenir devant lui". Kevin Bacon, qui campe le supérieur direct de Connolly, renchérit : "J'admire les films de Scott et j'ai apprécié sa méthode de travail sur le plateau. Il instaure une atmosphère de grande complicité et il encourage le travail d'équipe avec les comédiens, si bien qu'il s'est agi d'une expérience très gratifiante". 

On trouve également au casting Rory Cochrane, Jesse Plemons, W Earl Brown, Corey Stoll, Peter Sarsgaard, Adam Scott et Juno Temple. La ville dans laquelle se déroule le film est un élément de la mise en scène aussi important que les personnages : STRICTLY CRIMINAL a été tourné à Boston car "il n'aurait pas pu être tourné ailleurs", analyse Cooper. "Pour moi, le fait de tourner dans un lieu précis ou dans une ville bien spécifique permet au spectateur de mieux cerner l'époque et le cadre où l'histoire a lieu – et Boston est une ville à part". 

Le producteur Tyler Thompson acquiesce : "Boston joue son propre rôle dans le film et aucune autre ville n'aurait pu passer pour la capitale de la Nouvelle-Angleterre. C'est un endroit extraordinaire et les Bostoniens ont été formidables avec nous". "C'est une histoire qui appartient à Boston", affirme le producteur Patrick McCormick. "Elle est toujours présente dans chacun de ses quartiers. Il fallait qu'on soit sur place pour cerner les voix, l'architecture et – quand c'était possible – les lieux réels où se sont déroulés certains événements". "Il est normal qu'on modifie les personnages et les événements pour les besoins d'un film", reconnaît Lehr, "mais l'exactitude des décors et de l'environnement est quand même cruciale, et les comédiens et les techniciens tenaient par-dessus tout à cette précision". Le réalisateur s'explique : "Tous les tournages sont difficiles sous des aspects bien particuliers, mais c'est d'autant plus le cas lorsqu'on aborde des événements réels. Cette intrigue comportait d'innombrables ramifications et mettait en jeu plusieurs personnages qui avaient chacun leur point de vue et du coup la vérité semblait parfois échapper à l'observateur. Il a fallu beaucoup de travail pour réussir à transposer dans la mise en scène ce qui s'est passé avec la plus grande authenticité". 
WEEKS En réalité, nous autres gamins irlandais du quartier de Southie, on a commencé par jouer aux flics et aux voleurs quand on était gamins et puis on s'est retrouvé du jour au lendemain dans les mêmes rôles, mais cette fois pour de vrai. Et comme à l'époque où on était petits, ça n'a pas toujours été facile de nous distinguer.
LE CHOIX DES COMÉDIENS 

Au début du film, Whitey Bulger et son gang n'intéressent pas vraiment le FBI. "Au départ, c'est la mafia italienne, installée dans le nord de Boston, qui détient le pouvoir", indique le réalisateur. "Bulger et ses gars d'origine irlandaise du Winter Hill Gang sont des racketteurs à la petite semaine et des usuriers qui ont peut-être commis un meurtre ou deux, mais ce sont Gennaro Angiulo et ses hommes de main qui sont à la tête du crime organisé dans la ville. Lorsque Connolly revient à Boston, il comprend que pour grimper dans la hiérarchie du bureau de Boston du FBI, il lui faut mettre la Cosa Nostra hors d'état de nuire. Et pour y parvenir, il a besoin de Whitey Bulger. Connolly estime que Whitey pourra lui apporter une mine d'informations. Néanmoins, c'est aussi un type extrêmement dangereux, si bien que le FBI est réticent à l'idée que Connolly puisse se servir de lui comme informateur". 

Il s'avère que les craintes du Bureau étaient légitimes. Whitey accepte de fournir des renseignements à Connolly, devenant ce que les policiers appellent pudiquement "un intermédiaire". "Très franchement, il s'agit d'un type dépourvu de tout sens moral, extrêmement brillant et malin, et qui peut désormais commettre tous les crimes qu'il souhaite en parfaite impunité", reprend Cooper. "C'est la porte ouverte à toutes les catastrophes, et les conséquences ont fini par donner lieu au scandale le plus retentissant de toute l'histoire du FBI". 

Évoquant l'adage selon lequel il existe un code d'honneur chez les voleurs, Johnny Depp ajoute : "Avant tout, Jimmy Bulger est, au fond, un homme d'honneur. Quand Connolly vient le voir, sa première réaction est de lui dire qu'il ne sera jamais une balance. Il ne va pas se mettre à balancer ses copains, et ce, à aucun prix. Mais sa collaboration avec le FBI pour neutraliser la mafia italienne relève d'une décision 'professionnelle' qui, sans le moindre doute, est fidèle à ses convictions. Car lorsqu'on vous propose un marché aussi favorable, on ne peut que l'accepter, et c'est ce qu'il fait. Au final, il fournit très peu d'infos au FBI – mais obtient beaucoup en échange – et c'est donc un stratagème brillant de sa part". 

Pour Cooper, Whitey Bulger est "un personnage inédit [pour Johnny Depp]. Whitey savait être charmant mais pouvait également, en un quart de seconde, vous tuer aussi bien que vous regarder. Johnny a compris que Whitey Bulger n'était pas, pour l'essentiel, un personnage attachant. Il y a une vraie méchanceté chez lui, qu'on n'avait encore jamais vue chez Johnny". "Mais il souhaitait en proposer une interprétation complexe", poursuit le réalisateur. "Il tenait à en montrer la folie meurtrière, la malveillance, la cruauté – et la part d'humanité aussi. Il y avait là un risque car on ne voulait surtout pas qu'on puisse nous accuser d'avoir humanisé un homme qui incarnait le mal absolu. Et nous n'avons pas hésité à évoquer les différentes facettes de sa brutalité. C'était un tueur sans pitié, et Johnny interprète cette dimension du personnage à la perfection. 

Il s'est donné beaucoup de mal pour se documenter à fond et nous avons eu de longues discussions. De sa gestuelle à son timbre de voix, il a su totalement incarner le sociopathe qu'était Whitey Bulger". "Ce qui rendait mon travail complexe, c'est que James Bulger était un type assez mystérieux", note Depp. "J'ai appris à le connaître à travers des amis et des gens avec lesquels il a travaillé au début de sa 'carrière'. Cela m'a vraiment permis de m'approprier le personnage. Pour moi, c'était un vrai travail d'équilibriste puisque cet homme était une véritable bombe à retardement ambulante, extrêmement dangereuse et imprévisible, mais qui pouvait se révéler capable d'émotion, voire faire preuve de sensibilité". L'acteur confirme qu'il ne s'est pas contenté d'explorer la psychologie du personnage : "Quand on campe un personnage qui a existé ou qui est encore en vie, il est essentiel de l'aborder avec respect, quelle que soit cette personne", souligne le comédien. "C'est leur vie après tout, et ils méritent qu'on les interprète avec sincérité et humanité, quels qu'aient été leurs actes. C'est alors que le maquillage prosthétique trouve sa place.

Joel Harlow, qui a signé les maquillages de ce film et avec qui je travaille depuis des années, a fait un boulot formidable". Cooper commente : "Johnny souhaitait s'approprier pleinement les différentes facettes physiques du personnage. Whitey Bulger perdait ses cheveux et avait les yeux bleus, alors que Johnny a les yeux noirs et de très beaux cheveux. Mais entre Johnny et Joel Harlow, ils ont très bien cerné Whitey. Grâce à des images d'archives et des photos, ils ont réussi à retrouver tous les détails du visage de Whitey : la distance entre ses yeux et son nez, ses lèvres qui dessinent comme un rictus, son menton, son implantation capillaire… Le résultat était tellement convaincant que lorsqu'il a débarqué sur le plateau, ceux qui connaissaient Whitey ont trouvé Johnny glaçant". "Il ressemblait vraiment à Whitey", reconnaît Dick Lehr. "Il avait sa gestuelle et son côté fanfaron. C'était déstabilisant et très efficace". 

Joel Edgerton précise : "Intérieurement comme extérieurement, Johnny a fait un boulot extraordinaire. J'adore avoir des partenaires qui me font réfléchir, et Johnny en fait partie de toute évidence. Il s'est glissé dans la peau de Whitey Bulger". "Tourner avec Joel était un vrai bonheur", déclare Depp, "car il a un formidable sens de la répartie. Lorsqu'on peut s'engager dans ce type de ping-pong émotionnel avec son partenaire, et qu'on comprend qu'il est assez fort pour s'y donner à fond, c'est merveilleux. À chacune de nos scènes, Joel tentait une approche nouvelle. Il m'a surpris en permanence. C'est un acteur génial". Tout comme Depp, Edgerton a fait des recherches sur son personnage, se documentant sur les motivations de John Connolly et les conséquences de ses actes. "John est un agent du FBI qui vient d'arrêter en fanfare un caïd de la mafia new-yorkaise et il a droit à un accueil digne d'un héros quand il rentre à Boston", souligne le comédien. 

"Il comprend qu'il a désormais l'occasion de mettre hors d'état de nuire la mafia italienne de Boston par l'intermédiaire de son vieux copain d'enfance, Whitey Bulger. John le convainc de devenir informateur de haut rang pour le FBI. Et c'est à partir de là que la situation se complique en raison des termes de leur accord : si Whitey est en mesure d'aider le FBI à anéantir la Cosa Nostra, l'agence acceptera de fermer les yeux sur les activités illégales du gangster… à l'exception du meurtre".
WHITEY …Je ne suis ni une balance, ni un indic. Ce n'est qu'un boulot comme un autre.
CONNOLLY Totalement d'accord avec toi. Tu es notre messager. Tu peux faire plus ou moins ce que tu veux : personne ne va t'emmerder tant que tu nous fournis des pistes sérieuses. 
Cette fois, le pacte avec le diable est scellé. 

"Mais rapidement, les choses dégénèrent", indique Bian Oliver, "parce que Connolly sort du cadre de l'accord passé avec Whitey. Il franchit la ligne rouge et, à partir de là, Whitey est conscient qu'il le tient". Connolly a déjà goûté au succès et aux avantages qui en découlent. Par conséquent, à ses yeux, la fin justifie les moyens – quels qu'ils soient. 

Edgerton remarque : "Je pense que John aime être fêté et admiré de tous. Mais malheureusement, sa disposition d'esprit l'entraîne dans une spirale infernale. John s'est tellement compromis dans sa relation avec Jimmy qu'il ne voit pas à quel point il est corrompu, qu'il évolue désormais dans un univers dangereux et qu'il n'a plus de conscience. Toute sa vie est bouleversée par cette relation obsessionnelle et par son besoin d'être constamment reconnu par un criminel". Cooper observe : "Joel Edgerton avait un rôle très difficile car John Connolly arbore plusieurs masques. Avec sa femme, il campe un personnage, avec Billy Bulger, un autre, et avec Whitey, un troisième. Et bien entendu, il a un tout autre visage quand il est avec ses collègues du FBI. Joel a interprété Connolly avec beaucoup de subtilité, restituant à merveille son côté fanfaron et sa manière de se pavaner comme un coq, mais aussi sa vulnérabilité et ses nombreuses faiblesses. D'ailleurs, quand le véritable Fred Wyshak, qui a connu Connolly pendant des années, est venu sur le plateau, il nous a dit que Joel 'l'avait cerné à tout point de vue'. Il est extraordinaire". 

Edgerton est tout aussi élogieux à l'égard du réalisateur : "Scott sait comment aborder chacun d'entre nous, en tenant compte de ses caractéristiques, et on a besoin de cette relation individualisée avec lui", dit-il. "Il est à même de nous transmettre les bonnes informations qui vont nous permettre de nous orienter dans une nouvelle direction ou de nous faire appréhender l'état d'esprit ou l'émotion du personnage à tel ou tel moment. C'est également un homme très passionné et toujours bien organisé. Il s'est documenté à fond et il connaît les faits réels par cœur. Sur le plan personnel, c'est un homme d'une rare élégance – bref, c'est un type épatant qui déborde d'énergie. C'était un bonheur de travailler avec lui au quotidien". 

Benedict Cumberbatch indique que l'opportunité de tourner sous la direction de Cooper l'a aussitôt séduit : "La plupart des comédiens ont envie de travailler avec Scott, et ses films précédents m'ont donné envie de le connaître", confie-t-il. "Il a été comédien, si bien qu'il est en parfaite empathie avec ce qu'on doit affronter devant la caméra et qu'il sait très bien comment obtenir le meilleur d'une scène. Il adore le réalisme – c'est sa signature en tant que metteur en scène – et c'était donc un plaisir de travailler avec lui dans les séquences intimes. C'est exactement ce qu'on aime quand on est acteur". Le réalisateur précise : "Benedict a été brillant dans le rôle de Billy Bulger qu'il a totalement incarné. Il est plus grand que le véritable Bulger, mais on ne pense jamais aux différences physiques entre les deux car il s'est pleinement approprié la générosité de cet homme et son statut au sein de sa communauté. Benedict a visionné des heures d'images d'archives et s'est montré d'une grande précision dans la démarche et l'élocution du personnage, qui étaient différentes de celles de son frère. Quand il s'exprimait, il avait un ton qui était révélateur d'un homme d'une grande classe intellectuelle". 

Les recherches qu'a menées Cumberbatch se sont avérées indispensables : "Quand on joue un personnage réel, on a une responsabilité supplémentaire", affirme-t-il. "On n'est pas uniquement là pour raconter l'histoire : on doit prendre en compte le fait que celui qu'on campe à l'écran existe vraiment. Est-ce qu'on est obligé de sacrifier une partie de la vérité pour les besoins d'un film ? Le cinéma est un art très puissant car il devient une forme de récit historique : les films composent une sorte d'histoire moderne orale dans la mesure où on transmet des anecdotes et le récit de personnages aux futures générations. Il faut donc être très vigilant". 
BILLY Les affaires de Jimmy, c'est les affaires de Jimmy. En tout cas, c'est pas les miennes. CONNOLLY … Il faut que tu m'écoutes, Billy. Ton frère navigue dans des eaux très, très troubles. On a tous besoin d'amis. Même Jimmy. Même toi. Personne ne réussit tout seul. Pas vrai, sénateur ? 
Pour Cumberbatch, son personnage est "un être humain extraordinaire qui incarne une figure politique irlando-américaine conservatrice et coriace. C'est un homme redoutablement intelligent, érudit, et très puissant, mais il est pris entre le marteau et l'enclume. On voit bien qu'il aime son frère et que, dans le même temps, il sent qu'il a des devoirs en tant que haut fonctionnaire. C'est une tension formidable à jouer pour un comédien. On a cherché à évoquer ses relations avec ses proches, sans sous-entendre que Whitey protégeait Billy, ou que Billy protégeait Whitey. On n'a pas abordé cette question, et on s'est contenté de suggérer qu'il s'agissait de deux frères qui s'aimaient profondément, en laissant le spectateur se forger sa propre opinion". Comme par un effet de miroir, Johnny Depp indique que Cumberbatch et lui "sont devenus comme deux frères. C'est un acteur très généreux et il a su se dépasser lui-même. On sent qu'il est profondément humain et qu'il y a une loyauté et un amour indéfectibles entre Billy et Jimmy". 

Hormis son frère, le plus proche confident de Whitey est Stephen Flemmi, alias "le tireur d'élite" – le seul en qui il ait suffisamment confiance pour le mettre dans la confidence de son accord avec le FBI. Rory Cochrane, qui campe Flemmi, souligne : "Il se prend moins au sérieux que Whitey et est incontestablement plus discret que lui, mais il est tout aussi dangereux. Flemmi est surpris quand Whitey lui fait part de l'accord secret parce qu'on peut se faire tuer pour avoir parlé aux flics ou au FBI. Mais le but est justement de ne pas lâcher trop de renseignements au FBI, et de se servir des agents fédéraux pour savoir si une descente de police se prépare ou si quelqu'un a joué les balances. Du coup, cela leur permet de se sortir indemne de n'importe quelle situation ou presque". 

Tyler Thompson ajoute : "Rory Cochrane s'est métamorphosé en Steve Flemmi, homme particulièrement taiseux. Même entre deux prises, il pouvait être assez flippant". John Lesher rappelle que Cochrane a consulté l'ensemble des sources d'information disponibles pour se préparer au rôle : "Je me suis mis à le surnommer Rory le maire de South Boston parce qu'il connaissait tout le monde là-bas", plaisante-t-il. "Il s'est totalement plongé dans ses recherches sur le personnage et a apporté une densité et une authenticité sidérantes à son jeu. Il a largement contribué au résultat final". "C'était formidable de rencontrer tous ces gens, dont certains ont connu Flemmi, et de rassembler les pièces du puzzle au fur et à mesure de mes découvertes," note Cochrane. "C'étaient parfois de tout petits détails mais qui se sont avérés utiles". 

Lors de ses pérégrinations à travers Southie, Cochrane était accompagné par Jesse Plemons qui ajoute : "Les premières semaines, on avait l'impression de mener une enquête, Rory et moi. On suivait la moindre piste susceptible de nous fournir une information utile dans notre jeu". Plemons a pris 18 kg pour incarner le plus jeune des membres du Winter Hill Gang, Kevin Weeks : "Weeks a environ 18 ans quand on fait sa connaissance", constate Plemons. "Il est videur au Triple O's, le repaire de Jimmy. Lorsqu'une bagarre éclate, Weeks, qui a fait de la boxe, se bat comme un lion, même si la situation lui est défavorable. Lorsque Whitey sort de la boîte et se rend compte que ce gamin a un sacré cran, il décide de le prendre dans son gang". 

L'acteur poursuit : "Ce qui m'a intéressé, c'était de me mettre à la place de Weeks et de me demander ce que j'aurais fait si j'avais grandi dans le même environnement que lui. Weeks a le sentiment qu'il a du pouvoir rien qu'en étant aux côtés de Whitey Bulger. Comment faire pour refuser une offre pareille ?" Le réalisateur souligne qu'il songeait à Plemons pour le rôle depuis le début. "Je l'ai découvert en voyant THE MASTER", dit-il. "Je savais que je voulais qu'il campe Kevin Weeks dès le jour où j'ai accepté de réaliser le film. Il évoluait tout au long de l'histoire : c'est d'abord un dur, puis un témoin des actes criminels de Whitey qui met la ville à sac. C'est un comédien profond qui est tout simplement merveilleux à chaque instant du film". 

Peter Sarsgaard campe Brian Halloran, membre du Winter Hill Gang, qui commet l'erreur de tenter de balancer Whitey Bulger au FBI … et plus précisément, à l'agent John Connolly. "Peter est épatant dans le rôle", indique Cooper. "Brian Halloran est un toxicomane qui semble déstabilisé et nerveux, ce qui est compréhensible étant donné les circonstances dans lesquelles il se retrouve. Peter a su cerner l'excentricité et la nature stressée du personnage et sa prestation est impressionnante malgré sa courte présence à l'écran". Certains collègues de Connolly voient davantage d'écueils que d'avantages à pactiser avec Whitey Bulger. 

Son supérieur direct, l'agent Charles McGuire, "se méfie beaucoup de Whitey et ne souhaite pas conclure d'accord avec lui car il sait qu'il est profondément malveillant et qu'il pourrait finir par causer du tort à d'autres agents", affirme Cooper. McGuire est l'exemple même d'un personnage composite. "Il s'inspire de plusieurs agents car, dans la réalité, ils changent de poste au bout de trois ou quatre ans et notre film se déroule sur plusieurs décennies", explique le réalisateur. "Mais je me suis dit qu'il était important d'avoir un des agents qui supervise toute l'opération du début à la fin". "Charles McGuire est interprété par Kevin Bacon, et je n'aurais pas pu rêver mieux", poursuit Cooper. "Il s'est parfaitement intégré à l'atmosphère du film, de son accent à sa démarche. C'est un homme qui inspire beaucoup de respect". Bacon a apprécié le fait que son personnage "ait une position morale très ferme sur la corruption et qu'il cherche à faire respecter la loi". 

L'acteur enchaîne : "D'une certaine façon, il incarne la voix de la raison au sein de l'agence, et on a besoin d'hommes comme lui. C'est un bon équilibre d'avoir quelqu'un qui n'est pas fasciné à l'idée de se servir de Whitey Bulger pour éradiquer la mafia italienne. Je pense que McGuire voit un peu John Connolly comme une tête brûlée et qu'il n'est pas en béate admiration devant son parcours, son style ou son charisme". À l'inverse de McGuire, l'agent John Morris, autre supérieur de Connolly, se laisse aveugler par la détermination, voire l'obstination, de John Connolly et par le charme trompeur de Whitey Bulger. David Harbour, qui interprète Morris, déclare : "Connolly est très sûr de lui et il obtient ce qu'il veut, et Morris admire son efficacité. Très vite, on voit que Connolly est enthousiaste à l'idée de faire de Bulger un informateur et il convainc Morris. Cependant, à un moment donné, ils franchissent la ligne rouge et se mettent à fréquenter ces gangsters, et Morris compromet sa carrière et son avenir pour impressionner ce type. Whitey Bulger peut être parfaitement charmant à un moment, et devenir odieux l'instant d'après, et Morris en est témoin. C'est alors que la réalité de la situation s'impose à lui et que le compte à rebours démarre". 

D'ailleurs, le vent commence à tourner lorsque débarque un nouveau procureur fédéral incorruptible, Fred Wyshak. Ce dernier, campé par Corey Stoll, n'est pas impressionné par la tentative de Connolly de l'amadouer avec des billets pour un match des Red Sox, et ne parvient pas à changer d'avis sur leur principal informateur – Whitey Bulger – malgré le double langage de l'agent. "Le précédent procureur fédéral prônait la non-intervention et laissait Connolly commettre ses malversations avec Bulger", reconnaît le réalisateur. 

"Et puis, Fred Wyshak lui a succédé et il constate qu'il y a un problème. Whitey Bulger est censé être un indic des plus précieux, mais il ne fournit presque rien en matière d'informations. Pire encore, c'est le FBI qui lui livre des renseignements, et ce n'est pas conforme à l'accord entre le gangster et l'agence. Dès leur première conversation, Wyshak lui fait savoir que de nouvelles règles sont désormais en vigueur. Il révèle ainsi la première faille dans le dispositif mis en place par Connolly". Pour ajouter à son angoisse, Stoll a reçu la visite du véritable Fred Wyshak sur le plateau le premier jour du tournage. "C'était un peu stressant au départ", admet-il, "mais c'était aussi inestimable de l'avoir parmi nous". Si le FBI et la mafia étaient des organisations masculines, quelques femmes ont joué un rôle majeur dans l'histoire… même si elles devaient se contenter parfois de faire partie des dommages collatéraux. Juno Temple campe Deborah Hussey qui "entretient une relation trouble avec son beaupère, Steve Flemmi", note mystérieusement la comédienne. "Sans qu'elle s'en rende compte, elle finit par gêner Whitey Bulger, ce qui lui vaut de graves problèmes". 

Dakota Johnson interprète Lindsey Cyr, ex-petite amie de Whitey et mère de son unique enfant. "Dakota est à la fois douce et pragmatique, et c'est ce que je cherchais pour contrebalancer la nature plus taciturne de Whitey", ajoute le réalisateur. "Lindsey fait ressortir une certaine humanité chez Whitey, notamment à travers leur amour commun pour leur fils", relève Dakota Johnson. "Cela ne fait pas de lui quelqu'un de moins épouvantable, mais dénote une facette différente de sa personnalité". 

Marianne Connolly découvre une nouvelle facette de son mari, John, lorsqu'il se rapproche de plus en plus de Whitey. Julianne Nicholson, qui campe le rôle, signale : "Marianne voit beaucoup moins son mari et quand il est à la maison, elle remarque qu'il change en profondeur : il arbore des montres et des costumes tape-à-l'œil et il se tient même différemment. C'est comme s'il payait sa propre autopromotion et qu'il devenait quelqu'un d'autre. Ce n'est pas l'homme qu'elle a épousé, et du coup, ils s'éloignent l'un de l'autre". 
MARIANNE T'es en train de changer, John. C'est Jimmy Bulger qui te fait cet effet. CONNOLLY … Que ça te plaise ou pas, Marianne, tu as épousé un gamin de la rue. Et la rue m'a appris que la loyauté avec ses amis fonctionne dans les deux sens. Et la loyauté, ça compte beaucoup pour moi. 
Cooper raconte : "Quand on a fait la connaissance de John et Marianne, ils sont profondément amoureux l'un de l'autre et débordant d'optimisme. Ils viennent de rentrer chez eux, la ville semble accueillante, et l'agence fonde beaucoup d'espoir sur John, s'attendant à ce que son retour à Boston reste dans les mémoires. Il marquera en effet les esprits… mais pas exactement comme le FBI pouvait s'y attendre". 

Edgerton analyse : "Je crois que Marianne est au cœur du film dans la mesure où on comprend, en la voyant, à quel point John s'est fourvoyé. Leur couple est mis à rude épreuve, ce qui montre bien qu'il est allé trop loin". Originaire de Medford, dans le Massachusetts, Julianne Nicholson avait un avantage sur ses partenaires : en effet, elle a su adopter naturellement l'accent de Boston, immédiatement reconnaissable. "C'est super dur de simuler l'accent de Boston de manière convaincante", dit-elle, en utilisant un adjectif caractéristique de la Nouvelle-Angleterre. "J'ai été très impressionnée par l'aisance dont chacun a fait preuve". Les comédiens ont travaillé avec les répétiteurs Howard Samuelson et Carla Meyer pour s'initier aux nuances de la langue de Boston – et notamment du quartier de South Boston. Pour compliquer la tâche, plusieurs comédiens ne sont pas américains… 

Edgerton reprend : "Je suis australien, et je crois bien que c'est l'un des accents les plus difficiles que j'aie dû adopter. Il n'y a pas d'accent qui soit aussi critiqué et passé au crible que celui de Boston, car il est très spécifique. Mais parfois, les plus grands défis donnent lieu à des résultats formidables. Il faut savoir se fier à son instinct et à son oreille, mais aussi bosser dur, et quand on fait les choses bien, on le sent". D'origine anglaise, Benedict Cumberbatch précise qu'il devait s'exprimer comme un homme qui est né et qui a grandi à Southie et, s'il n'a jamais tourné le dos à ses origines, qui évolue désormais dans le milieu très feutré de la politique. Il constate : "On perçoit la coexistence de ces deux univers à travers ses réflexions percutantes et brillantes qu'on entend dans les innombrables images d'archives que j'ai visionnées, à l'instar des célèbres petits déjeuners à base de pancakes qu'il animait pour la Saint Patrick. C'était un bateleur né, doublé d'un humoriste et imitateur formidable, si bien qu'on pouvait se permettre de faire ce qu'on voulait – et on l'a fait – avec sa voix". 

"J'ai passé du temps avec une bande de types de Southie qui m'ont pas mal aidé rien qu'en parlant", note Depp. "Ils discutaient, je les écoutais et je m'imprégnais de leur accent". Le réalisateur souligne : "Tous les acteurs ont une véritable oreille pour les dialectes et ont bossé dur pour mettre au point l'accent bostonien avec justesse. Quand on dirige un groupe d'acteurs aussi nombreux, il faut savoir précisément ce qu'on attend de chacun d'entre eux. Lorsqu'on travaille avec d'excellents comédiens, ils vous dévoilent leur âme de manière vivante et libre, et c'est ce qui s'est produit sur ce tournage". 
WYSHAK Je veux la tête de Whitey Bulger. Et si on doit arrêter chaque voyou de Boston pour y arriver, c'est ce que nous ferons. Chaque usurier. Chaque bookmaker. Chaque dealer. Il y en aura bien un qui témoignera contre lui. 
BOSTON 

Le réalisateur pouvait aussi compter sur ses collaborateurs pour déterminer la tonalité du film et reconstituer l'époque où se déroule l'intrigue : "Grâce à mes chefs de poste, j'ai été en mesure de raconter l'histoire avec authenticité et fluidité", indique Cooper. "Mon chef-opérateur, Masanobu Takayanagi, est un formidable collaborateur. Masa avait éclairé mon précédent film et a parfaitement compris mon sens de la composition et ma conception de la lumière et il sait exactement quand j'aime avoir des mouvements d'appareil ou, au contraire, privilégier des plans fixes. Ma chef-décoratrice, Stefania Cella, est à la fois une vieille amie et une merveilleuse artiste qui a un remarquable sens du détail. Et ma chef-costumière, Kasia Walicka Maimone, possède un regard extraordinaire et accorde autant d'importance que moi à la précision et au réalisme. J'ai donc choisi de raconter cette histoire profondément américaine en m'entourant d'un directeur de la photo japonais, d'une décoratrice italienne et d'une costumière polonaise", dit-il en plaisantant. "Mais tout ce qui compte, c'est qu'ils ont fait un travail magnifique". 

D'entrée de jeu, il était évident que STRICTLY CRIMINAL allait être tourné à Boston et, si possible, "sur les lieux mêmes où certains événements se sont déroulés", ajoute Cooper. Patrick McCormick précise : "En tournant dans les décors réels de l'action, notre objectif était d'améliorer encore la vraisemblance du film. Quand on se retrouve dans les endroits où traînaient ces personnages, on est transporté à l'époque de leurs méfaits". Johnny Depp souligne : "Le quartier de Southie joue un rôle majeur dans le film car il donne un éclairage sur la vie de Jimmy Bulger, son enfance et son identité, tout comme sur celle des autres personnages. Scott a très bien cerné cette dimension". 

Certaines scènes ont été tournées dans le Lancaster Street Garage de South Boston, le QG de Whitey, de Stephen Flemmy et du Winter Hill Gang. La production a également tourné à proximité du fleuve Neponset de Quincy, sous le pont où Whitey faisait enterrer la plupart de ses victimes. En tournant dans ces quartiers, la production a veillé à respecter la mémoire de la communauté. "On sentait qu'on avait une responsabilité à l'égard des habitants du coin, et notamment de ceux qui ont pu avoir été touchés par les forfaits de Whitey Bulger", affirme Brian Oliver. "Les habitants de Boston ont été très généreux et nous ont accueillis à bras ouverts", déclare Cooper. "On n'y serait pas parvenu sans leur soutien et leur coopération". L'une des principales difficultés tenait au fait que plusieurs décors naturels ont considérablement changé depuis l'époque des événements : "Quand on tourne un film d'époque, qui se déroule il y a 30 ou 40 ans, c'est toujours compliqué d'en éliminer les éléments les plus modernes, car plusieurs endroits ont été rénovés au fil des années. Il faut commencer par faire des recherches, ce qui est fondamental. On a consulté de nombreuses coupures de presse et photos et on a visionné les images de journaux télévisés de l'époque. On a également rencontré des agents du FBI et des journalistes". 

Pour reconstituer la période, la production a dû modifier les enseignes publicitaires et installer des cabines téléphoniques qui, depuis l'arrivée des portables, ont disparu pour la plupart. Même les marquages au sol ont dû être changés. Journaliste devenu écrivain, Gerard O'Neill témoigne : "Jai été vraiment impressionné. Ils ont totalement réussi à reconstituer l'atmosphère du Boston de cette époque". Quelques lieux n'existent plus aujourd'hui : le Triple O's, où Whitey et ses acolytes se retrouvent souvent, a changé de propriétaire depuis longtemps. "On devait tourner des scènes à l'intérieur et à l'extérieur du bar", précise Stefania Cella, "si bien que pendant les repérages, on cherchait un endroit qui dégageait la même ambiance. On a déniché l'endroit idéal dans un quartier de Cambridge qui ne s'est pas trop embourgeoisé. On a refait la façade du Polish American Club pour le transformer en Triple O's, et on a changé les devantures des magasins des rues voisines". 

Plusieurs scènes de rues ont été tournées à Lynn, ville de banlieue située à une quinzaine de kilomètres au nord de Boston. C'est notamment le cas du défilé de la Saint Patrick, conduit à sa tête par Benedict Cumberbatch, alias Billy Bulger. À Chelsea, de l'autre côté du fleuve Mystic, la production a transformé un entrepôt désaffecté en plateau pour certaines scènes d'intérieurs. Il s'agit essentiellement de la maison où Whitey et Billy ont grandi et où leur mère a vécu jusqu'à sa disparition. Stefania Cella précise : "J'ai eu accès à des archives photographiques des habitations de ces quartiers pauvres, et on en a repérées certaines, mais les pièces étaient trop exiguës pour y tourner, sans compter qu'elles ne ressemblent plus du tout à ce qu'elles étaient dans les années 70 et 80. En travaillant en studio, j'ai pu reconstituer la maison avec le bon papier peint et les sols tels qu'ils étaient. Ensuite, on a aménagé les décors avec des accessoires qu'on pouvait changer pour marquer le passage du temps". 

Deux lieux différents ont été utilisés pour le QG du FBI. Un étage désaffecté d'un immeuble de bureaux au cœur de Boston a accueilli les bureaux de Connolly et de McGuire, les salles de conférences et d'interrogatoires, et l'espace retranché pour les criminels mafieux. D'autres scènes ont été tournées dans l'entrée et la cour de la mairie de Boston. McCormick explique que s'il y a bien une occasion où l'équipe a dû tricher, c'est "en reconstituant Miami à Boston, et je dois d'ailleurs tirer mon chapeau à Stefania. Il nous fallait retrouver le Miami de 1982, qui n'existe plus vraiment. On a déniché un espace vierge à Revere Beach, et Stefania s'est appuyée sur de magnifiques photos pour reconstituer un café de bord de mer de Little Havana, avec des palmiers, du sable fin et quelques voitures anciennes. On n'avait plus aucune raison d'aller à Miami alors qu'on pouvait trouver ce qu'il nous fallait à quelques minutes de Boston". 

Kasia Walicka Maimone a également dû mêler réalité et imagination pour les costumes. "Quand il s'agit de personnes ayant vraiment existé, je recherche toujours des images emblématiques", dit-elle. "L'accoutrement de ces gangsters n'avait rien d'ostentatoire ou de particulièrement surprenant, même si Whitey avait son propre style. En consultant des photos de lui, je me suis rendu compte que certains éléments ressortaient. En en parlant avec Scott, j'ai suggéré que Whitey porte constamment une veste en cuir, comme un signe distinctif, et puis qu'on fasse varier d'autres éléments de sa garde-robe au fil des décennies. Du coup, pendant l'essentiel du film, il porte la même veste de cuir, même s'il passe du noir au brun clair à mesure qu'il avance en âge". La chef-costumière a enrichi le personnage d'accessoires en s'appuyant sur ses recherches : "À partir des photos, on savait qu'il aimait porter des bottes de cow-boy sur mesure", remarque-t-elle. "Il affectionnait également une ceinture avec une boucle à l'effigie d'Alcatraz que lui avait donnée un agent du FBI, et on a donc fabriqué la boucle à l'identique. Il a porté des jeans à taille haute et des T-shirts moulants toute sa vie, si bien que ces vêtements sont devenus des signes distinctifs de son accoutrement. Johnny Depp incarnait à merveille le personnage, ce que venait parfaire sa manière de porter ses vêtements. On espère toujours bénéficier d'une collaboration pareille, où tout le monde parle le même langage, et c'est exactement ce qui s'est passé sur ce film". 

La costumière a trouvé des photos de Stephen Flemmi en veste blanc cassé, si bien qu'elle a habillé Rory Cochrane avec des vestes de couleur claire pendant l'essentiel du film. Pour Kevin Weeks, ancien boxeur, elle a fourni à Jesse Plemons des tenues plus sport et des chaussures de boxe. "C'était intéressant d'élaborer la garde-robe des personnages à partir de nos recherches sur les personnes réelles, tout en réinterprétant ces infos dans l'optique du film", indique la chef costumière. Agent du FBI, John Connolly est la plupart du temps en costume-cravate, ce qui pourrait sembler tâche facile pour un chef-costumier. Cependant, Kasia Walicka Maimone précise : "Les tenues de Joel Edgerton représentaient un vrai défi pour nous car elles évoluent en fonction de sa propre trajectoire. Quand on fait sa connaissance, Connolly achète à l'évidence des costumes en prêt-à-porter, mais on le voit progressivement passer d'un style discret à un style plus audacieux qui s'affirme à travers des costumes sur mesure. On ne voulait pas que cela soit trop spectaculaire et du coup, on a procédé par petites étapes. C'était important de rester cohérent par rapport aux habitudes du FBI, si bien que c'était un numéro d'équilibriste assez périlleux". 

De même, les costumes de Billy Bulger traduisent l'évolution de son changement de statut : "Au départ", reprend la chef-costumière, "ses tenues sont sans doute un brin plus voyantes que celles correspondant à un homme politique. Mais il apprend rapidement les codes de son milieu, et ses costumes sont alors impeccables comme il convient à un homme dans sa position". Pour habiller Benedict Cumberbatch, Kasia Walicka Maimone a un peu triché avec la réalité. Elle a ainsi élargi les jambières des pantalons et les épaules des vestes pour donner l'illusion que l'acteur est un peu plus petit que sa taille réelle. En outre, l'acteur a pris quelques kilos pour avoir l'air plus trapu qu'à son habitude. Le département maquillage a également eu recours à des prothèses pour grossir ses joues et arrondir la forme de son visage. Des prothèses de visage finement sculptées ont aussi été utilisées pour donner à Johnny Depp les traits de Whitey Bulger. 

Le chef du département maquillage Joel Harlow souligne : "Dès le départ, il était important que Johnny ait la tête de Whitey Bulger. On a d'abord réalisé un scan virtuel de sa tête et ensuite, grâce à des documents trouvés sur Internet, j'ai moulé des prothèses en silicone. On a effectué plusieurs tests avant de trouver ce qui fonctionnait, en nous focalisant sur le menton et le nez afin de créer un mélange entre Whitey et Johnny. On s'est donné beaucoup de mal pour obtenir la bonne densité de silicone, surtout pour le front, et pour que les expressions de Johnny soient naturelles". 

Pour l'implantation capillaire de Whitey, particulièrement notable, le département Chevelure dirigé par Gloria Casny a commencé à travailler à partir des éléments de silicone conçus par Harlow et moulés spécialement pour épouser la tête de Depp, puis prolongés jusqu'au front et aux sourcils. Par la suite, le perruquier et responsable effets spéciaux Chevelure Khanh Trance a passé d'innombrables heures à fixer des milliers de cheveux, un par un, sur le silicone pour créer l'implantation capillaire et les sourcils. 

Gloria Casny explique : "Elle a dû coller les cheveux un par un pour que l'ensemble ait l'air naturel. J'ai ensuite ajouté une perruque poivre et sel à l'arrière du crâne de Johnny pour qu'elle forme une continuité avec son implantation capillaire et recouvre ses cheveux naturellement noirs". Ce dispositif était d'autant plus complexe que chaque élément de silicone ne pouvait être utilisé qu'une seule fois. "Du coup, il fallait qu'on en fabrique de nouveaux tous les jours", reprend Gloria Casny. 

"À un moment donné, il y avait deux personnes qui assistaient Khanh 12 heures chacune, 24 heures sur 24. On devait également s'arranger pour que le vieillissement soit progressif : on accentuait le gris des cheveux et on faisait en sorte que le crâne se dégarnisse. Quant aux favoris, ils évoluaient en fonction du passage des années". "Au final, il s'agit d'une métamorphose sidérante", résume Cooper. 
WEEKS Au départ, Jimmy était un petit voyou dont la notoriété se limitait à Southie. Et en un rien de temps, c'est devenu un sacré caïd. Vous savez pourquoi ? Grâce au FBI. 
POUR CONCLURE 

À la fin du tournage, Cooper a fait appel au chef-monteur David Rosenbloom et au compositeur Tom Holkenborg. "Quand j'ai vu le film", se souvient Holkenborg, "j'en ai eu les mains moites et les genoux qui tremblent. J'ai été très impressionné". "Je savais que c'était un bon début", sourit Cooper. "Il m'a dit : 'Si tu veux bien, je vais m'isoler pour écrire quelque chose, et je serai de retour d'ici une semaine pour te le faire écouter'. Et il est revenu huit jours plus tard avec une partition de 48 minutes qui m'a totalement bouleversé. C'était sublime. Il y avait là toute l'émotion et le souffle que j'attendais, et un sentiment de trouble qui traverse le film. À partir de là, Tom a élaboré une bande-originale puissamment évocatrice qui m'a permis de trouver la forme du film". 

"J'ai commencé par réfléchir au thème de Whitey", note le compositeur. "C'est un type maléfique, très sombre, si bien que je tenais à composer une musique soulignant sa noirceur, mais aussi les différentes facettes du personnage. J'ai donc imaginé un thème récurrent, dans les graves, décliné au piano et au violoncelle". "Je pense que la musique permet au spectateur de mieux cerner l'esprit imprévisible et perturbé de Whitey Bulger", commente le réalisateur. Le musicien a composé une mélodie qui va crescendo, puis decrescendo pour John Connolly : "Son thème démarre sur une note assez grave, puis s'élève vers une note plus aiguë, comme s'il cherchait à s'élever vers un sommet inaccessible, et finit par retomber", commente Holkenborg. 

"On a ainsi le sentiment que le personnage voudrait s'élever à tout prix au-dessus de sa condition, mais que quelque chose le retient – et au fur et à mesure qu'avance l'intrigue, ce sentiment est de plus en plus prégnant". Le thème de Connolly comprend un passage pour violoncelle qui "correspond à plusieurs personnalités aperçues dans le film", reprend le compositeur. "D'ailleurs, le violoncelle est l'instrument principal de la BO". "C'est l'un de mes instruments préférés", renchérit Cooper. "Il s'en dégage une puissance et une dimension élégiaque hors du commun. Par moments, la musique est symphonique et vous entraîne dans l'histoire, et à d'autres moments elle n'est jouée que par une formation de cordes. Mais dans certaines scènes, particulièrement déstabilisantes, on n'entend que quelques cordes ou un violoncelle solo". 

Autre instrument privilégié dans la bande-originale : les grandes orgues. "C'était assez logique puisque le film s'appelle BLACK MASS ["messe noire", traduction du titre original, NdT]", note Holkenborg, qui a acheté un orgue spécialement pour les besoins du film. "C'est un instrument magnifique et c'était formidable de pouvoir utiliser toutes ses potentialités sonores. C'était génial que Scott y soit aussi favorable puisque le but était d'accompagner ses idées". "Sur ce film", poursuit-il, "on a convenu ensemble que la sobriété était essentielle. Mais une fois ce postulat posé, j'ai bénéficié d'une grande liberté de création. J'ai tâché de lui composer une partition qui sorte de l'ordinaire et il s'est montré très sensible à ces sonorités émouvantes qui, à mon sens, correspondaient totalement aux personnages du film". 

"Tom est un compositeur très éclectique qui a parfaitement cerné la relation vouée à l'échec entre Whitey Bulger et John Connolly et l'atmosphère d'une ville à jamais marquée par les exploits de Bulger", constate Cooper. Depp ajoute : "Je crois que si Bulger a fait affaire avec Connolly, c'est avant tout parce qu'ils étaient tous les deux originaires de Southie, et qu'ils se comprenaient très bien à cet égard. Ce lien forgé dans ces quartiers était très fort et résonne encore aujourd'hui". 

Le réalisateur conclut : "Je voulais évoquer les rapports de fraternité et de loyauté – mais aussi l'ambition, l'avarice et l'orgueil démesurés – qui animaient tous ces personnages. Pour moi, il était essentiel de ne pas se contenter de raconter une histoire de criminels qui, au fond, étaient des êtres humains, mais de parler d'êtres humains, condamnables ou pas, qui étaient aussi des criminels. Et je ne voulais surtout pas perdre de vue le fait que dans le Boston des années 70 et 80 certains policiers et criminels pouvaient presque se confondre".

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