mardi 18 août 2015

Back to the future

UNE FAMILLE A LOUER

Comédie/Bonne idée de départ mais les échanges sonnent faux

Réalisé par Jean-Pierre Améris
Avec Benoît Poelvoorde, Virginie Efira, François Morel, Philippe Rebbot, Pauline Serieys, Calixte Broisin-Doutaz, Edith Scob, Nancy Tate...

Long-métrage Français
Durée: 01h36mn
Année de production: 2015
Distributeur: StudioCanal

Date de sortie sur nos écrans: 19 août 2015 


Résumé : Paul-André, la quarantaine, est un homme timide et plutôt introverti. Riche mais seul, il s'ennuie profondément et finit par conclure que ce dont il a besoin, c'est d'une famille ! Violette, quadragénaire pleine de peps, est menacée d'expulsion et a peur de perdre la garde de ses deux enfants. Paul-André propose alors un contrat en tout bien tout honneur pour louer sa famille contre le rachat de ses dettes. Pour le meilleur et pour le pire…

Bande annonce (VF)


Ce que j'en ai pensé : Ce film a tout pour être une jolie comédie rafraîchissante, mais non, elle passe à côté parce que le scénario n'est pas assez solide.
Il y a une bonne idée de base qui se dépêche intelligemment de sortir de son potentiel glauque - Paul-André, interprété par Benoît Poelvoorde, est un gentleman à la recherche d'une dynamique familiale, il n'achète pas les faveurs de Violette, interprétée par Virginie Elfira.
Les acteurs sont très sympas. J'ai juste eu l'impression que Benoît Poelvoorde jouait un peu trop en retenu, il est d'ailleurs très bon quand il se lâche à certains moments. Les personnages sont bien croqués et chacun apporte sa part à l'histoire.




Les décors sont judicieusement choisis: la charmante petite chaumière qui respire la vie face à la maison bunker qui donne envie de déprimer. Bref tout y est...
Sauf que le scénario gâche l'ensemble. Au-delà du fait qu'il ne dépasse pas le stade des évidences (vous trouverez dans les rebondissements de l'intrigue tout ce que vous penserez qu'il va arriver), l'enchaînement des réactions des protagonistes se fait soit pour de mauvaises raisons (ce qui ne permet pas au spectateur de s'attacher à eux) soit pour des raisons obscures (on ne comprend donc pas pourquoi ils réagissent comme ils le font). Le manque de consistance dans les interactions entre les personnages font perdre son intérêt de départ au film.
Avec UNE FAMILLE À LOUER, on ne rit pas, on ne pleure pas. Le film se laisse regarder sans plus. Dommage...


NOTES DE PRODUCTION
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

ENTRETIEN AVEC JEAN-PIERRE AMÉRIS 

DE RETOUR À LA COMÉDIE ? 

C’est mon dixième film et ma deuxième comédie. C’est par la comédie que je parviens à parler de moi le plus directement. LES ÉMOTIFS ANONYMES était très autobiographique et c’est à nouveau le cas de UNE FAMILLE À LOUER, qui pourrait être sous-titré « Un émotif en famille » ! 

LE THÈME DE LA FAMILLE VOUS TIENT À CŒUR ? 

Jusque-là, j’avais traité ce thème de manière moins directe, et souvent sous l’angle du conflit et de l’incompréhension entre les enfants et les parents, comme dans LES AVEUX DE L’INNOCENT, MAUVAISES FRÉQUENTATIONS, et JE M’APPELLE ELISABETH. Jamais aussi frontalement que dans ce film-ci. J’avais tendance à penser, comme Paul-André, mon personnage incarné par Benoît Poelvoorde, qu’une famille ce sont des gens qui se gueulent dessus. Un a priori plutôt négatif ! 

VOUS AVEZ CHANGÉ D’OPINION ? 

J’ai évolué sur le sujet grâce à Murielle Magellan, la coscénariste du film. Nous nous sommes rencontrés en 2008 en adaptant pour la télévision le roman La Joie de vivre, un sommet de récit sur la névrose familiale, et… nous sommes tombés amoureux ! Depuis, je souhaitais faire un film sur ce sujet : la rencontre de la carpe et du lapin. Un vieux garçon un peu sombre, dépressif et maniaque, et une mère de famille vaillante et nettement plus positive, comme l’est Murielle. En 2011, l’idée m’est venue du postulat de départ : un homme riche et misanthrope qui ne connaît pas la vie de famille croise la route d’une mère célibataire en difficulté financière. Il lui propose de lui rembourser ses dettes à condition qu’elle le prenne en stage dans sa famille. Puis, avec Murielle, nous avons nourri le scénario de nos caractères respectifs, mon pessimisme, son optimisme, et de détails vécus, comme mon beau fils qui faisait du sport dans le salon ! J’aime dire que ce film est l’histoire d’un homme qui se confronte au désordre de la vie. Mais Murielle préfère dire : au mouvement de la vie... 

COMMENT QUALIFIERIEZ-VOUS VOTRE COMÉDIE ? 

C’est une fable romantique. De LA BELLE ET LA BÊTE à PRETTY WOMAN, j’aime ces histoires d’un homme et d’une femme qui se libèrent l’un l’autre par l’amour. Mais plus précisément, je tenais à faire une comédie romantique avec enfants. Trop souvent, dans ce genre de comédies, les enfants sont périphériques ou carrément absents. J’ai découvert à cinquante ans le rôle de père avec mon beau fils, et je voulais filmer ça. Paul-André découvre tout en même temps : l’amour pour une femme et l’affection pour deux enfants. C’est un stage intensif ! 

COMMENT AVEZ-VOUS « CONSTRUIT » LA FAMILLE DE VIOLETTE ? 

Il fallait que ce soit la famille « tuyau de poêle » . Deux enfants de deux pères différents, les fruits de deux coups de foudre qui ont disparu de la circulation. Un petit garçon métisse, une adolescente. Les deux jeunes interprètes ont été merveilleux. C’était drôle à diriger puisque, dans le film, ce sont eux qui incarnent la raison devant deux adultes qui jouent à « si on vivait ensemble »... 

VOUS AVEZ CHOISI UNE FORME TRÈS STYLISÉE. 

Depuis plusieurs films, je m’attache à styliser, à créer, à chaque fois, un petit monde et une forme particulière. Pour celui-ci, je voulais insister sur l’aspect ludique : puisque cet homme et cette femme se disent, à la manière d’un jeu d’enfants, « et si on jouait à la vie de famille ? ». Il prend le risque de quitter son « château », elle se risque à accepter ce drôle de contrat. Aucun naturalisme là-dedans : on ne voit pas une seule rue, un seule voiture de la vraie vie. C’est un conte de fée à trois maisons : celle de Paul-André, celle de Violette et celle de la mère. Sans parler du kiosque en ruine où Paul-André finit par faire sa déclaration d’amour à Violette : un décor assumé de conte de fée. 

QUELLES ONT ÉTÉ VOS RÉFÉRENCES DANS LA DIRECTION ARTISTIQUE ? 

Principalement anglo-saxonnes. J’avais en tête la maison d’Erin Brockovich. De plein pied, avec un espace intérieur qui permet une mise en scène en profondeur, alors que dans les petits pavillons à la française, plus cloisonnés, on se retrouve vite face à un mur ! Nous avons beaucoup cherché cette maison et avons fini par la trouver en banlieue parisienne. Nous avons filmé son extérieur, mais l’intérieur de la maison de Violette a été créé en studio, comme dans les vieilles comédies américaines des années 40 de Frank Capra ou Gregory La Cava. Pour faire des plans larges en intérieur, il faut tourner en studio. Je rêvais de pouvoir faire ce plan où Paul-André entre dans la chambre de Violette au moment où elle y entre aussi par l’autre porte, celle de la salle de bain… La mère de Paul-André, elle, m’évoque la belle-mère de Tippi Hedren dans LES OISEAUX d’Hitchcock. Ce genre de femmes qui n’arrivent pas à être aimantes, affectueuses… je connais. Et le majordome incarné par François Morel est un peu celui de… Batman ! 

ON PENSE À MON HOMME GODEFREY DE LA CAVA, MAIS À L’ENVERS. 

J’adore ce film. Oui, dans la comédie de La Cava, c’est un pauvre - enfin un faux pauvre - qui s’invite dans une famille riche. Là, c’est le contraire. Ce sont des comédies qui m’inspirent presque inconsciemment : il y aussi LA FILLE DE LA CINQUIEME AVENUE, toujours de La Cava, où, cette fois, un homme riche fait pénétrer Ginger Rogers dans sa grande maison, ce qui recrée du lien dans sa famille. Ou VOUS NE L’EMPORTEREZ PAS AVEC VOUS de Frank Capra pour le côté famille foldingue... 

LES COULEURS SONT PLUS ÉCLATANTES QUE DANS LES ÉMOTIFS ANONYMES. 

Hommage au technicolor ! Et elles sont en accord avec Violette, son monde de couleurs pétantes dans lequel va plonger ce vieux garçon habitué à un décor noir et blanc. Il prend le risque du bonheur. 

QUI EST VIOLETTE ? 

Lors de la préparation, j’ai montré deux films à Virginie Efira : ERIN BROCKOVICH et LES NUITS DE CABIRIA de Fellini avec Giuletta Masina. Violette est ce genre d’héroïne : un peu « too much », sur le fil de la vulgarité, sans jamais l’être vraiment. Ce genre de caractère féminin me touche avec leurs excès mais aussi leur côté enfantin. Violette n’a pas « la classe » et, justement, on s’en fiche. 

POURQUOI EN AVOIR FAIT UNE SCULPTEUSE SUR LÉGUMES ? 

Pour lui donner un talent. Les gens ont toujours un petit quelque chose qui les rend à part. J’attache beaucoup d’importance au geste, même le plus petit en apparence. Ce qui compte, c’est faire. C’était aussi une manière de traiter le thème des schémas familiaux, de ces rôles que la famille vous force à endosser : dans la scène du pique-nique, elle est la bonne fille dont tout le monde se moque un peu, finalement. Sa famille la considère comme un peu cruche et elle accepte ce rôle, ce mécanisme. On a tous connu ce moment où quelqu’un, en famille, vous balance une méchanceté, en disant « mais je plaisante »… Il y a une vraie violence. Mais cette « cruche » a un talent insolite et poétique. Mon film n’est pas un éloge de la famille, mais plutôt des liens que l’on se choisit. Coluche disait, je crois : « La plus belle des familles est celle qu’on s’invente ». De bric et de broc, peut-être, mais qui casse les codes pour aller vers la vie. 

LE FILM PARLE AUSSI DE LA PRÉCARITÉ. 

Ce n’est pas parce qu’on fait une comédie stylisée qu’il faut être hors de la réalité sociale. Violette ne cesse de dépasser les humiliations sociales. Sa condition de jolie femme désargentée la pousse à croire, par exemple, que pour avoir un boulot, il faut forcément passer à la casserole. Elle pense même que Paul-André va le lui proposer tout de suite. Elle est stupéfaite de découvrir qu’il n’a aucune intention, a priori, de coucher avec elle ! 

VOUS AVEZ ÉCRIT LE RÔLE DE PAUL-ANDRÉ POUR BENOÎT POELVOORDE ? 

Oui, spécialement pour lui. J’avais tant aimé travailler avec lui sur LES ÉMOTIFS ANONYMES. C’est toujours beau de retrouver un comédien. Je me sens proche de Benoît. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il est mon Antoine Doinel mais je me retrouve en lui, et il sait m’interpréter. Il m’observe tout le temps ! Le personnage de Paul-André nous ressemble à tous les deux : la maniaquerie, le fait d’arriver à la cinquantaine sans avoir d’enfants à soi, et ce double mouvement entre la peur et l’envie de se lier aux autres. Benoît fait passer tout cela par la comédie, par la tendresse, et je l’admire pour cela. C’est dur d’être léger. La légèreté n’est pas ma tendance naturelle, mais j’y travaille, autant dans la vie que dans mes films ! 

ET VIRGINIE EFIRA ? 

Une évidence. Je l’avais vue dans VINGT ANS D’ÉCART. C’est une comédienne magnifique qui m’évoque les actrices hollywoodiennes des années d’or comme Carole Lombard ou Ginger Rogers, incroyablement vivantes, pleines de peps et qui ne craignaient pas de jouer sur le fil de la vulgarité. Et elle a cet humour belge, comme Benoît, que j’adore. Elle aime jouer, composer, oser le burlesque. 

UN MOMENT DE TOURNAGE QUI VOUS RESTE EN MÉMOIRE ? 

La scène où Violette raconte à ses enfants comment elle est censée avoir rencontré Paul- André, et qu’elle effleure son cou. Le regard des enfants, le trouble qui nait soudain entre elle et lui : ce fut un bonheur de les voir jouer tous les quatre… 

ENTRETIEN AVEC BENOÎT POELVOORDE 

ENTRETIEN TÉLÉPHONIQUE EXPRESS AVEC BENOÎT POELVOORDE, ACTEUR PUDIQUE QUI AIME REGARDER PASSER LES RENARDS.

C’EST VOTRE DEUXIÈME FILM AVEC JEAN-PIERRE AMÉRIS. 

J’avais aimé travailler avec lui sur LES ÉMOTIFS. C’est un homme bien. J’ai lu ce scénario, il m’a plu, et hop ! 

JEAN-PIERRE AMÉRIS L’A ÉCRIT EN PENSANT À VOUS. 

Ah oui ? C’est gentil, ça… Attendez, deux secondes, il y a un renard qui passe dans mon jardin. 

C’EST LA DEUXIÈME FOIS QUE VOUS INCARNEZ UN PERSONNAGE QUI LUI RESSEMBLE BEAUCOUP, ET VOUS RESSEMBLE AUSSI… 

J’imagine, oui. Paul-André est un angoissé comme lui. Comme moi. Pour ne pas s’énerver, il me choisit pour m’énerver à sa place ! Mais je ne suis pas un acteur qui réfléchit, je fais ce que Jean- Pierre me dit de faire. Cela tombe bien : c’est un metteur en scène très pointilleux qui dirige à la virgule près. 

ET VOS PARTENAIRES ? 

Virginie est formidable. Elle est tellement gaie. Nous nous sommes bien amusés à tourner ensemble. Et j’étais épaté par les deux enfants, leur patience et leur concentration sur le tournage. 

AUTRE CHOSE ? 

Vous avez rencontré le champion de sculpture sur légumes ? Épatant, le mec. Et le plus beau c’est qu’il a trouvé une compagne qui, elle, aussi, adore la sculpture sur légumes ! La vie est bien faite, tout de même. Et vous, ça va ? 

ENTRETIEN AVEC VIRGINIE EFIRA 

C’EST VOTRE PREMIÈRE INCURSION DANS LE MONDE DE JEAN-PIERRE. 

J’avais vu LES ÉMOTIFS ANONYMES et C’EST LA VIE, et j’avais beaucoup d’estime pour Jean- Pierre : apprendre qu’il voulait tourner avec moi m’a donc ravie. J’ai commencé à lire le scénario et cet a priori positif s’est transformé en évidence à la dixième page. Tout me plaisait : le rôle de Violette, bien sûr, mais aussi l’énergie vitale de cette histoire, où Jean-Pierre livre une part d’intime avec l’élégance de la légèreté. J’étais tellement contente que j’ai fait une petite danse autour de la table basse de mon salon ! 

QU’AVEZ-VOUS AIMÉ PARTICULIÈREMENT DANS LE SCÉNARIO ? 

Cette histoire d’un homme qui s’est enfermé dans une zone de confort, mais cherche, finalement, à être bousculé. Le fait aussi que ce soit une histoire d’amour à l’envers : normalement, on rencontre quelqu’un, on tombe amoureux, pour, ensuite, découvrir son quotidien, basculer dans son monde. Et là c’est l’inverse ! Cela débute par un « arrangement » et cela débouche sur l’amour. De plus, le film n’est pas une ode conventionnelle à la famille : il dit plutôt que l’intime se construit pas à pas avec de petites joies, mais aussi des conflits, des moments boiteux. La famille est une chance, mais aussi un enfermement. Violette ellemême est à une place qu’on lui a donnée et elle n’en bouge pas. L’humiliation douce qu’elle subit de la part des propres membres de sa famille était vraiment intéressante à jouer. 

QU’AVEZ-VOUS AIMÉ D’EMBLÉE DANS LE PERSONNAGE DE VIOLETTE ? 

Qu’il soit un peu bringuebalant avec une belle contradiction : elle se sent toute petite mais elle se fait très grande. C’est une fille qui tient le coup, qui relève la tête. Un joli petit soldat, un peu vulgaire, mais digne. Elle est vulnérable, mais elle préfère ne pas s’appesantir. Elle ravale ses complexes et continuer à avancer avec la bretelle du soutien-gorge apparente. Je me souviens quand j’étais adolescente : je n’étais pas le summum de l’élégance ! Je fréquentais des go-go danseuses, je portais des grosses bottes et une chaîne en or à la cheville… Le « déguisement » n’était pas mal du tout ! Mais, comme Violette, j’avais un peu d’humour sur moi-même et cette surcharge de féminité. Souvent, ce sont les femmes qui se sentent petites qui se rajoutent un kilo de mascara… 

COMMENT VOUS ÊTES-VOUS GLISSÉ DANS LA PEAU DU PERSONNAGE ? 

J’ai aimé que lors de la préparation, Jean-Pierre me donne des films à voir et des chansons à écouter pour me plonger dans l’univers de Violette. J’ai regardé LES NUITS DE CABIRIA : c’est une référence très haute, certes, mais mieux vaut une référence très haute que trop basse ! Fellini c’était mieux que NRJ 12 pour comprendre mon personnage, non ? Il connaissait la tonalité musicale qu’il voulait donner au film. Pour moi, Violette était du genre à écouter du hip hop. J’aime ces femmes qui gardent un lien fort avec leur adolescence, avec le léger pathétisme que cela peut avoir si elles ont trente-cinq ou quarante ans. Ce refus de vieillir me touche beaucoup, comme cette manière de s’habiller un peu « trop », motivé par un désir éperdu de plaire… Au final, nous nous sommes mis d’accord sur de la musique noire américaine, plus soul que hip hop. 

ET LE COSTUME ? 

J’ai été très bonne élève : je me suis fait un petit dossier de photos de groupies des années 70, et de quelques « cagoles ». Pour Violette, je pensais à des vêtements très sexualisés, Jean-Pierre un peu moins. Et puis il y avait le look d’Erin Brockovich, évidemment : ces deux guiboles sur de hauts talons qui surgissent d’une mini-jupe, avec, en même temps, deux enfants dans les bras. Quelque chose de sexy mais encombré ! Une figure iconique. J’aurais eu tendance tout de même à des tenues trop coordonnées, trop « mode », et la costumière m’en a empêchée : non, non, mettons du doré avec du rouge et du noir… Elle a eu raison. Je trouve mon apparence très réussie dans le film : pas de bon goût mais assumé. 

VOUS AVEZ AUSSI SUIVI UNE AUTRE « PRÉPARATION »… 

J’ai pris des cours de sculpture sur légumes ! Peu de gens peuvent prononcer cette phrase… Avec le champion du monde de la discipline dont la première phrase, quand je l’ai rencontré, a été : si vous saviez tout ce que l’on peut faire avec un poireau. J’admire aussi cela chez Jean-Pierre : il croit à l’importance de faire des choses, même toutes petites, même insolites, comme réaliser des roses et des lions avec une pastèque. 

QUEL GENRE DE DIRECTEUR D’ACTEUR EST JEAN-PIERRE AMÉRIS ? 

Passionné ! Et il sait communiquer sa passion pour ce projet commun qu’est un film. Avec lui, on se sent vraiment ensemble sur le tournage. Et surtout, très précis, très minutieux ! Il visualise son film dans les moindres détails et sa mise en scène est parfaitement chorégraphiée : il a sa vision de nos corps dans l’espace et nous donne le parcours. On refait ce parcours des dizaines de fois jusqu’à l’oublier et le faire naturellement. La caméra est toujours là, mais il fait en sorte qu’on l’oublie. Dans la scène du pique-nique, nous sommes quinze à table. Lors d’une prise, une comédienne en bout de table a fait remarquer qu’elle n’entendait pas mes répliques, et qu’il fallait que je parle plus fort. Jean-Pierre lui a répondu : non, si tu n’entends pas, tu fais comme dans la vie, tu dis « pardon ? »… Il aime chercher la vérité, c’est chouette. Pas d’improvisation, mais la vie qui s’engouffre… 

LE FAIT DE TOURNER AVEC BENOÎT POELVOORDE ÉTAIT UN « PLUS » ? 

Évidemment. Je le connais depuis longtemps mais nous n’avions travaillé ensemble que de manière fugace sur le film d’Anne Fontaine. Nous avons la « belgitude » en commun, et aussi notre goût pour la nuit, la liberté, et l’alcool ! Il y a quelques années, nous avons fait pas mal de fêtes très joyeuses ensemble. Du genre où l’on prend la place de l’orchestre pour chanter dans des lieux où, normalement, on ne chante pas ! Surtout, j’ai toujours mis Benoît à une hauteur intellectuelle et humaine particulière. J’aime sa nature, ses contradictions, sa profonde tristesse, sa gaieté folle et volubile, et la perméabilité, chez lui, entre l’homme et l’acteur. 

QUEL GENRE DE PARTENAIRE EST-IL ? 

S’il y a bien quelqu’un qui est totalement étranger à la vanité, c’est bien lui. Tirer la couverture à soi ? Il ne doit même pas connaître l’expression ! Il joue « avec », et il commence même à jouer un peu avant le mot « action » pour être dedans, et nous entraîner avec lui. Il y avait des scènes où j’avais réfléchi à l’avance aux émotions que je voulais exprimer et puis je me retrouvais en face de Benoît et tout changeait : cet homme fait naître les émotions. Il vous donne envie de rire et de pleurer en même temps. Chaque jour, je mesurais ma chance d’être là, entre lui et Jean-Pierre. Et avec ces deux jeunes comédiens qui jouent mes enfants. J’ai gardé contact avec le petit garçon. L’adjectif « solaire » a été inventé pour sa tête ! À la fin du tournage, je me suis fait pour la première fois de ma carrière cette réflexion d’actrice : mince, je vais quitter Violette…

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