dimanche 17 février 2019

TERRA WILLY : PLANÈTE INCONNUE













Animation/Comédie/Science fiction/Aventure/Un film plein de surprises et d'imagination, une réussite pour petits et grands

Réalisé par Eric Tosti
Avec Timothé Vom Dorp, Edouard Baer, Marie-Eugénie Maréchal, Guillaume Lebon, Barbara Tissier...

Long-métrage Français
Titre original : Terra Willy
Durée: 01h30mn
Année de production: 2019
Distributeur: Bac Films

À partir de 6 ans

Date de sortie sur nos écrans : 3 avril 2019



Résumé : Suite à la destruction de leur vaisseau, le jeune Willy est séparé de ses parents avec lesquels il voyageait dans l’espace. Sa capsule de secours atterrit sur une planète sauvage et inexplorée. Avec l’aide de Buck, un robot de survie, il va devoir tenir jusqu’à l’arrivée d’une mission de sauvetage. En attendant, Willy, Buck et Flash, une créature extra-terrestre avec laquelle ils se sont liés d’amitié, partent à la découverte de la planète, de sa faune, sa flore… mais aussi de ses dangers.

Bande annonce (VF)



Ce que j'en ai pensé : avec TERRA WILLY : PLANÈTE INCONNUE, le réalisateur, Eric Tosti, revient, après LES AS DE LA JUNGLE, avec une histoire pleine de surprises. Une grande créativité se dégage des paysages et créatures qui peuplent l'aventure de Willy, petit garçon de 10 ans qui se retrouve seul (ou presque) sur une planète non identifiée. Dès le début, la mise en scène spatiale convainc et les spectateurs se retrouvent plongés au cœur d'une intrigue baignée dans la science-fiction. Le déroulement de l'action est constant avec quelques ralentissements dus à un peu de redondance dans les états d'âme de ce petit héros très attachant puisque cohérent avec la vision qu'un enfant de cet âge peut avoir sur les événements. 

Une fois débarqués sur la planète mystérieuse, on passe de découvertes en découvertes. Le soin du détail, la diversité des couleurs et la variété des éléments que l'on voit à l'image sont impressionnants et enthousiasmants. Les scènes mettant en avant les panoramas sont magnifiques. La narration est très claire et fluide. Bien que l'histoire soit simple, elle est racontée en abordant des thématiques tournant autour de la famille, de l'amitié, de la résilience, de l'adaptation, de la découverte... 

Le travail sur les personnages est également remarquable. En effet, Willy, dont la voix est doublée par le jeune Timothé Vom Dorp, va faire la connaissance de plusieurs protagonistes dont Buck, un robot protecteur merveilleux, un compagnon rêvé, dont la voix est doublée par Edouard Baer qui fait un excellent travail pour lui conférer une personnalité à la fois robotique et capable d'empathie. 




Il y a aussi Flash un ami fidèle et adorable d'une espèce endémique indéterminée qui oscille entre le chien pour l'attitude et la chenille mélangée au dragon pour les caractéristiques physiques. 


La dynamique de ces trois êtres très différents s'avère plus touchante qu'on pourrait s'y attendre au premier abord.



Vous découvrirez beaucoup d'autres habitants de la planète avec un regard émerveillé. Attention cependant, il y a des monstres qui ne sont pas bien méchants, mais qui peuvent faire peur aux tout-petits. Il vaut donc mieux réserver ce film à des enfants à partir de 6 ans. 



Copyright photos @ Bac Films

TERRA WILLY : PLANÈTE INCONNUE distille son humour ainsi que son émotion avec habileté et son imagination avec générosité pour nous conter un fort joli récit qui régalera avec un égal bonheur les enfants et leurs parents. C'est une belle réussite à partager en famille.

L'AVANT-PREMIÈRE

Le 17 février 2019 à Paris a eu lieu la projection en avant-première du film TERRA WILLY : PLANÈTE INCONNUE qui a été précédée d'une introduction par le réalisateur Eric Tosti, ainsi que par les acteurs Timothé Vom Dorp (la voix de Willy) et Edouard Baer (la voix de Buck). 





Copyright photos @ Epixod

Retrouvez cette intervention dans la vidéo ci-dessous :


NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Willy 


Willy a 10 ans. Joyeux et optimiste, il est très curieux et s’intéresse au monde qui l’entoure, même si, comme la plupart des enfants de son âge, il préfère jouer plutôt que faire ses devoirs. Il se trouve juste à la frontière entre l’enfance et l’adolescence : un âge auquel, bien qu’il s’en défende, il reste encore très dépendant des adultes. Lorsqu’il se retrouve seul au milieu d’un désert de pierres sur une planète inconnue, il apprécie l’aide de Buck, le robot qui l’a accompagné dans la capsule de secours. 

Mais quand cette figure paternelle doit s’éloigner, il va devoir puiser dans ses ressources et prendre les choses en main avec l’aide inconditionnelle de son ami Flash, rencontré sur cette planète. 

Flash 


Flash est une créature extraterrestre qui vit sur la planète que Willy et Buck explorent. L’une de ses particularités est qu’à peu près tous les mois, il se transforme en chrysalide pour changer et grandir. Lorsqu’il se cogne (littéralement) à Willy, il est une sorte de grosse larve avec 8 petites pattes au caractère très affectueux ; une sorte de jeune chien fou qui adopte immédiatement Willy comme son meilleur ami ! Flash ne parle pas, mais sait très bien se faire comprendre avec ses gestes et « aboiements » très expressifs. 

Au fil des mois, Flash va devenir plus gros, plus fort, plus raisonnable et protecteur sans jamais, pour autant, se débarrasser de sa gourmandise. 

Buck 


Buck est un robot programmé pour protéger Willy en cas d’accident. Il peut parler et ressent des émotions simples. Il peut aussi améliorer tout seul son fonctionnement. Quand Buck et Willy s’écrasent dans le désert, sa première mission est de protéger coûte que coûte le jeune garçon. Buck est une sorte de garde du corps avec des prérogatives et des réactions très « militaires » : pragmatique, prenant les choses au premier degré, il est petit à petit touché par Willy et Flash et commence à devenir de plus en plus « humain ». Entièrement équipé de gadgets en tout genre et capable, en plus, de se transformer en moto, Buck fonctionne grâce à une batterie avec une autonomie limitée… qui va le lâcher et l’obliger à abandonner, malgré lui, son ami Willy à son destin… 

Édouard Baer 
(la voix de Buck) 


Artiste aux multiples talents, Édouard Baer est à la fois acteur, réalisateur, producteur, scénariste, auteur de pièces de théâtre, maître de cérémonies : César ou Festival de Cannes, animateur de radio et de télévision. Il a aussi prêté sa voix à quelques fi lms d’animation, à des livres audio et slamé pour l’album "The Evol" du groupe Shaka Ponk. 

INTERVIEW 
David Alaux, Éric et Jean-François Tosti 

Pouvez-vous nous décrire votre parcours et nous dire comment est né TAT productions ? 

Nous avons tous les trois le même âge et avons commencé enfants, à 12 ans, à nous intéresser aux techniques de l’animation. Nous étions à l’époque émerveillés par les effets spéciaux en stop motion de Ray Harryhausen : des films tels que Jason et les Argonautes ou Le 7ème voyage de Sinbad ont fait naître chez nous l’envie de créer et d’animer des personnages. Nous réalisons ainsi, au temps du collège, nos premiers tests avec une caméra Super 8 en filmant des marionnettes en pâte à modeler que nous animons image par image. Après ces coups d’essais, nous entrons au lycée et abandonnons petit à petit l’animation pour suivre des cursus scolaires et universitaires scientifiques bien éloignés du cinéma. À la fin de nos études, la passion est toujours présente et nous réalisons plusieurs courts métrages d’animation ou de fiction en amateurs. Notre apprentissage totalement autodidacte aboutit sur plusieurs petits films qui sont de vrais succès en festivals et nous commençons alors, en 1998- 1999, à envisager la possibilité de vivre de notre passion. 

Installés à Toulouse, nous ne trouvons pas à l’époque de structure locale pouvant porter nos projets et décidons de créer notre propre société, TAT productions. Les premières années sont difficiles mais le succès inattendu de notre premier court métrage professionnel en stop motion, Le Vœu, choisi par Alain Chabat pour figurer en avant-programme d’Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, nous ouvre les portes des agences de publicité. Nous réalisons alors pendant quelques années des films publicitaires et de commande et expérimentons diverses techniques d’animation. 

Fin 2005, nous décidons de revenir à nos premières amours, la création de personnages et d’univers, et développons un premier unitaire TV pour France 3, Spike, d’une durée de 35 minutes. Nous ouvrons alors un premier studio d’animation 3D qui accueille une vingtaine de personnes. 

La très bonne audience de Spike lors de sa diffusion sur France 3 à Noël 2008 et son rayonnement à l’international (vendu dans une cinquantaine de pays) nous ouvre définitivement les portes de la télévision. Nous développons alors une nouvelle création originale, Les As de la Jungle, dont le premier unitaire de 52 minutes est diffusé en 2011 puis nous passons au format série TV (52 minutes x 11 épisodes) et nous ouvrons un nouveau studio pour abriter 80 employés. 

Le succès est assez fulgurant en France et dans le monde (la série est diffusée dans environ 200 pays). Nous remportons le Prix Procirep du meilleur producteur d’animation TV en 2012 puis, après de nombreuses autres reconnaissances, un Emmy Award en 2015. 

Tout cela nous conduit naturellement à produire un premier long métrage pour le cinéma tiré de l’univers des As de la Jungle. Il sort en juillet 2017, réunit 700 000 spectateurs en France et plus de 2 millions à l’étranger. 

Cette réussite nous permet d’accélérer le développement de nouveaux projets de longs métrages dont, évidemment, TERRA WILLY – Planète inconnue, mais aussi deux autres fi lms. Le premier, Les Aventures de Pil, vient d’entrer en pré-production et le second, Argonautes, est en cours d’écriture. 

TAT productions emploie actuellement environ 120 personnes et continue à fabriquer ses productions 100% en France. En cinquième, on projetait en classe, devant nos camarades, nos petits films super 8… On était loin de penser qu’un jour ce serait notre métier et que des millions d’enfants dans le monde regarderaient nos créations... 

Vous êtes à la fois producteurs, coscénaristes et réalisateurs. C’est un cumul de postes assez original, qu’en pensez-vous ? 

C’est sûr que ça peut paraître inhabituel, mais il correspond simplement à l’histoire de la création de TAT. Nous sommes plutôt auteurs/réalisateurs à la base, mais les circonstances nous ont finalement amenés à devenir également producteurs. Nous ne regrettons rien, car cet état de fait nous permet de mettre en œuvre de la façon la plus optimisée possible les moyens financiers à notre disposition pour la création des œuvres. Le rôle de producteur nous oblige à bien réfléchir au futur public des projets que nous développons en tant qu’auteurs et de partir sur des concepts dont le budget est en adéquation avec leur potentiel commercial. De plus, être les auteurs des projets que nous défendons auprès de nos partenaires, en tant que producteurs, renforce probablement notre pouvoir de conviction ! Cela nous permet aussi d’être extrêmement réactifs lors des échanges éditoriaux et artistiques avec ces mêmes partenaires. Si on se projette à la place d’autres auteurs/réalisateurs, on se dit que ce cumul nous permet aussi d’être sûrs du fait que les budgets sont investis à 100% dans les films, qu’il n’y pas d’argent dépensé inutilement ou de coûts démesurés sur lesquels nous n’aurions pas de contrôle. Et comme nous avons toujours travaillé comme ça, depuis nos tous premiers projets sur lesquels nous avions de tout petits budgets (voire pas de budget du tout), nous avons conscience des nouvelles libertés d’écriture et de mise en scène que nous autorisent nos moyens de production actuels. 

Vous avez commencé par réaliser des animations pour la télévision, pourquoi êtes-vous passés au cinéma ? 

C’était notre objectif à la création de notre société, et même si nous nous sommes vite rendus compte que le chemin serait long, en partant de rien, pour convaincre d’éventuels partenaires de nous suivre sur le financement de longs métrages, c’est une envie qui ne nous a jamais quittés. Notre parcours est finalement assez logique c’est le résultat de la stratégie que nous avons mise en place depuis nos débuts : nous avons fait le choix de créer notre propre studio, de tout fabriquer en France (déjà évoqué plus haut) et nous cherchons sans cesse à repousser les limites des supposés standards de qualité qui devraient correspondre aux budgets que nous manipulons. Depuis 10 ans, nous avons mis en place et constamment amélioré un pipeline de fabrication de nos programmes TV avec la volonté affichée de se rapprocher des standards cinématographiques, aussi bien en termes d’image que de son, avec par exemple des sessions de bruitages cinéma pour chacun des épisodes de la série Les As de la Jungle, une musique enregistrée avec un orchestre symphonique ou encore le recours à de grands comédiens de doublage français. Le passage au long métrage nous a donné la possibilité de pousser cette logique avec des budgets relativement plus importants et une temporalité de fabrication différente. Cette temporalité plus longue nous permet de mieux développer nos histoires et de faire vivre nos personnages. Elle nous donne également la possibilité de faire moins de compromis artistiques et techniques que dans le cadre de nos productions TV où il faut assurer un flux plus industriel. 

Quelles sont les circonstances et les envies à l’origine de TERRA WILLY – Planète inconnue ? 

TAT productions vit au rythme des As de la Jungle, a grandi avec eux, et continue à le faire, depuis bientôt dix ans. Cette licence à succès nous a permis d’apprendre, de nous développer et de nous installer sur le marché de l’animation, et surtout dans le cœur des enfants un peu partout dans le monde. C’est évidemment très agréable… mais nous aspirons également à explorer d’autres horizons. Il y a quatre ou cinq ans, nous avons senti un besoin très fort de développer de nouveaux univers, de créer de nouveaux personnages, d’inventer, de nous renouveler… et c’est ce que nous permettent les trois projets de longs métrages sur lesquels nous travaillons actuellement. TERRA WILLY – Planète inconnue est le premier projet de long métrage original que nous avons mené à bien. Il construit un univers complètement nouveau, même s’il s’inscrit complètement dans notre ligne éditoriale. 

Après Les As de la Jungle - le film, qui mettait en scène une douzaine de personnages principaux, nous avions envie de faire autre chose, avec un seul personnage (humain) principal, un fi lm «simple», avec une histoire «simple» (qui s’est évidemment enrichie au fil des réécritures). Nous avions aussi l’envie de mettre en avant l’idée de «découverte», d’émerveillement et d’ouverture à l’autre… Et on rêvait de faire un vrai film de SF pour enfants ! 

On rend quand même hommage à Maurice, le leader des As de la Jungle à qui l’on doit beaucoup, dans TERRA WILLY – Planète inconnue. Pour les plus observateurs, il apparaît furtivement au début du film sous la forme d’un jouet sur l’étagère de la chambre de Willy. 

Comment avez-vous travaillé ensemble à l’écriture du scénario ? 

Sur chacune de nos productions nous écrivons à six mains, puis David et Éric prennent en charge la réalisation des oeuvres, ensemble ou respectivement, alors que Jean-François assume le rôle de producteur. Sur chaque projet que nous développons, l’un de nous trois arrive en général avec une idée en tête, une sorte de pitch très sommaire qu’il expose aux deux autres. Si ceux-ci sont suffisamment convaincus, le porteur du projet se lance dans l’écriture d’un synopsis détaillé, qui servira de base à des séances de brainstorming (souvent rigolardes mais aussi parfois douloureuses et tendues) qui aboutiront à un traitement d’une quarantaine de pages. Nous essayons d’échanger dès cette étape avec nos partenaires potentiels (distributeur, chaînes de télé, etc.) afin de recueillir leurs remarques avant de trop avancer dans l’écriture. Puis le porteur de projet rédige une première version de scénario, qui sera elle aussi soumise à de nombreuses séances de brainstorming, pour aboutir à une version finale qui nous satisfasse tous les trois. 

Travailler à trois reste, à notre avis, l’une de nos grandes forces. Au fi nal cela nous fait gagner énormément de temps dans le montage fi nancier des projets. Nous nous connaissons depuis l’enfance ce qui permet un énorme gain de temps au moment des échanges : quelques mots suffisent en général pour que nous nous comprenions et chacun connaît les deux autres par cœur… Puis nous ne sommes pas obligés de prendre des gants pour nous dire la vérité en face. 

Un des trucs que nous avons remarqué, c’est qu’au bout de quelques mois, nous sommes bien incapables de savoir qui des trois a eu telle ou telle idée de rebondissement, de développement narratif ou de gag. 

Qui a fait naître le graphisme des personnages et ont-ils beaucoup évolué entre les dessins préparatoires et la réalisation du film ? 

La création graphique et la direction artistique du film ont été assurées par Benoît Daffis pour les personnages et Laurent Houis pour les décors. Ce sont deux artistes extrêmement talentueux avec lesquels nous collaborons depuis de nombreuses années sur nos projets, mais qui étaient pour la première fois en charge de concevoir l’univers visuel d’un film de A à Z. Le défi était de taille : sur TERRA WILLY – Planète inconnue, il fallait en effet tout inventer, notre petit héros humain bien sûr, mais aussi et surtout toute la faune et la flore d’une planète entière créée spécialement pour le film ! Le résultat à l’écran est très proche de leurs toutes premières esquisses car nous avons beaucoup échangé pendant la préparation du fi lm. Nous avons de nombreuses références cinématographiques ou plus généralement artistiques communes (la SF des années 70 / 80 et le cinéma familial de cette époque). Nos intentions étaient assez claires dès le scénario, ce qui a pu les guider pour être le plus juste possible très en amont dans leur travail. 

Il y a malheureusement certaines créatures très sympas qu’on ne verra pas dans le film car elles ont disparu à mesure des réécritures… mais qui sait, nous les découvrirons peut-être dans un futur TERRA WILLY 2 ! 

Sur les premières esquisses de Buck, le robot sphérique qui accompagne Willy dans ses aventures, Benoît Daffis l’avait fait tout blanc avec des parties orange vif…. 

C’était quelques mois seulement avant que Disney ne dévoile le look de BB8 dans les nouveaux Star Wars : un robot sphérique blanc et orange ! C’est à ce moment que Buck s’est paré de son rouge éclatant qui nous semble maintenant être sa seule couleur possible ;-) 

Comment vous partagez-vous le travail au moment de la réalisation ? 

Sur chacune des œuvres, nous désignons un «chef de projet» (David Alaux pour Les As de la Jungle, ou Eric Tosti sur TERRA WILLY – Planète inconnue). C’est lui qui va superviser le travail de réalisation au quotidien, échanger avec les équipes et essayer de les diriger au mieux. Les deux autres suivent bien entendu l’avancée du travail de très près, mais peuvent conserver un certain recul, nécessaire et salutaire lorsqu’il s’agit de prendre des décisions importantes comme, par exemple, au moment du montage final ou du mixage. Ils peuvent aussi intervenir à n’importe quel moment quand ils repèrent quelque chose (en termes de design, d’animation, d’éclairage…) qui ne leur «plaît pas» pour ouvrir une discussion avec le chef de projet. 

Quelle a été la scène la plus difficile à réaliser ? 

Les séquences d’action sont généralement les plus difficiles à mettre en œuvre techniquement. Je pense par exemple à la poursuite à moto dans le désert quand Willy et Buck sont pris en chasse par les monstres de pierre, ou les séquences du début dans le vaisseau, comme le jeu vidéo ou la traversée du champ d’astéroïdes… Sans parler de l’orage de grêle qui constitue un tournant du film ! Ces scènes mélangent souvent mouvements de caméra complexes, animation très dynamique, effets spéciaux, musique épique et sound design très riche, un vrai casse-tête à superviser ! 

Mais dans ce film, nous souhaitions aussi réussir à faire passer de l’émotion à plusieurs moments clés de l’histoire. La réalisation de ces séquences a été assez complexe car il fallait trouver les bons cadrages, le bon rythme, la juste intention dans l’animation pour transmettre les sentiments des personnages sans les verbaliser. Je pense bien sûr à la séparation initiale entre Willy et ses parents, ou encore de la séquence des lucioles qui traduit un début d’humanisation de Buck. D’un point de vue plus macro, c’est probablement tout le processus d’humanisation du robot du film, Buck, qui a été le plus difficile à traiter. 

Combien de temps a pris l’ensemble du processus de fabrication du fi lm, du début de l’écriture à la fin du montage ? 

De l’idée originale au film complètement terminé, il se sera écoulé à peu près cinq ans. La fabrication du film proprement dite s’est, elle, déroulée sur 24 mois et aura mobilisé au final environ 150 personnes sur des durées variables. On est loin des 6, 8 ou 10 semaines de tournage d’un long métrage de fiction. La fabrication d’un fi lm d’animation tient un peu du marathon : il faut être régulier dans l’effort, savoir s’économiser et en mettre un bon coup à la fin. Quand on est dans un processus de fabrication si long, on oublie au bout d’un moment, ou plutôt on doute totalement, de l’efficacité des séquences d’émotion ou des gags et on a l’impression à la fin que «rien ne marche». Quand on projette enfin le film devant un public et que les gens rient, ou sont émus aux moments «prévus», deux, voire trois ans avant, c’est une énorme satisfaction ! 

Y a-t-il un message que vous vouliez faire passer avec cette histoire ? 

TERRA WILLY – Planète inconnue est un fi lm sur le fait de grandir, la sortie de l’enfance… mais c’est aussi (et essentiellement) un film sur l’amitié, l’importance de savoir s’ouvrir aux autres et de savoir leur demander de l’aide lorsqu’on se retrouve confronté à des difficultés qui paraissent infranchissables. 

Le film met aussi l’accent sur l’importance et l’impact que la curiosité et l’apprentissage peuvent avoir sur notre vie… voire notre survie ! Un des atouts du projet, de notre point de vue, c’est sa capacité à faire découvrir un monde à la fois cohérent et complètement nouveau, sans verser dans la magie ou le fantastique. La faune, la flore, bien que totalement imaginaires sont crédibles et nous pensons qu’elles feront beaucoup travailler l’imaginaire des enfants et de leurs parents ! 

Quels ont été les principaux défis à relever pour faire ce film ? 

Le film repose quasi-entièrement sur les épaules de notre jeune héros, Willy, qui apparaît dans presque tous les plans du fi lm. Le principal défi du fi lm était donc de le rendre crédible, mais aussi sympathique et attachant dès les premières images, pour permettre au spectateur (quel que soit son âge) de s’identifier à lui et d’avoir envie de l’accompagner dans son aventure. Son design, ses intentions de jeu et son animation ont donc été des points sur lesquels nous avons été extrêmement vigilants. Nous avons aussi acté très tôt que son rôle serait vocalement incarné par un enfant, pour retrouver tout le naturel et la spontanéité qui le rendraient crédible. Et Timothé Vom Dorp, son jeune interprète, a à ce titre délivré une très belle performance. 

Les autres défis du film étaient bien entendu de rendre les deux autres personnages principaux (Buck et Flash) aussi attachants que Willy et de faire en sorte que les relations du trio soient intéressantes et limpides dans leur évolution. 

Le dernier défi était de réussir l’univers visuel du film et nous espérons qu’il plaira au public ! 

Il y a une dizaine d’années, un financeur télé nous avait dit à propos des As de la Jungle : «Un pingouin tigre, ça ne marchera jamais !»... Depuis, on sait qu’on doit évidemment écouter les retours du «marché» mais aussi s’écouter nous-mêmes et être persévérants quand on croit à une idée ! 

Pourquoi avoir choisi Édouard Baer pour être la voix de Buck ? 

Nous avions envie de travailler avec Édouard Baer depuis longtemps, nous lui avions déjà proposé un rôle sur Les As de la Jungle mais son emploi du temps ne lui avait pas permis d’y participer. 

Son nom s’est imposé assez rapidement lorsque nous réfléchissions à quel comédien pourrait incarner Buck. La douceur et la bienveillance de sa voix, ainsi qu’une certaine distinction dans celle-ci, nous semblaient extrêmement pertinentes quant à nos intentions pour le personnage. Alors nous l’avons contacté… et il a accepté ! 

À la fin de la séance d’enregistrement, Edouard Baer, très séduit par le film, a déclaré : «Je me ferais bien construire une maison sur cette planète moi !» 

Que pouvez-vous nous dire sur le choix de la musique ? 

Concernant la musique, nous avons décidé de faire appel au talent d’Olivier Cussac, avec qui nous collaborons depuis bientôt vingt ans, sur tous nos projets, à l’instar du long métrage Les As de la Jungle en 2017 pour lequel il a été lauréat du prix du meilleur espoir décerné par l’UCMF. Sa partition, interprétée par un orchestre symphonique dirigé par Laurent Petitgirard, soutient bien entendu l’image, sans la paraphraser mais plutôt en la sublimant. 

Pour ce film, nous avons décidé de ne pas développer de thèmes principaux liés aux personnages (pas de thème «Willy») ou aux typologies de séquences (pas de thèmes «aventure» ou «découverte» déclinés dans le fi lm par exemple). Nous avons préféré nous laisser guider par l’émotion ou les émotions dégagées par chaque séquence, qu’elles soient intimes, ludiques ou épiques. 

Concernant la «couleur» de la partition, nous nous sommes orientés vers une musique faisant écho à celles des comédies et des grands films d’aventures, notamment européens, des années 70 et 80. Elle sait aussi se montrer plus «moderne», comme quand nous retrouverons Willy après l’ellipse qui intervient au deux-tiers du film, plus proche de l’adolescence que de l’enfance. 

Nos références disséminées dans le film

Comme dans la série et le long métrage des As de la Jungle, TERRA WILLY – Planète inconnue est truffé de références (plus ou moins explicites) à la pop-culture et au cinéma avec lequel nous avons grandi (notamment les blockbusters américains et les films de genre des années 70-80). Les spectateurs les plus perspicaces pourront identifier des hommages à Star Wars (incontournable vu la nature du film), mais aussi au Trou Noir (le space opéra de Disney), à E.T., Retour vers le futur, Starship Troopers, Terminator, Commando, Rambo, Predator, Planète Interdite… pour ne citer que les plus connus ! 

  
#TerraWilly

samedi 16 février 2019

MA GRAMMAIRE FAIT DU VÉLO


Au théâtre Essaïon jusqu'au 27 avril 2019
Le samedi à 17h30

Seul en scène
Durée : 1h10

Tout public à partir de 12 ans 

Interprète : François Mougenot
Mise en scène : Caroline Darnay 
Production : L’Impertinente
Co-production : Pierre Delavène (DSCP) 
Arrangements musicaux : Hervé Devolder 
Lumières : Anne Gayan


Le pitch

François Mougenot tourne seul en scène au- tour du thème, pour lui incontournable, de la langue française. De leçons de rattrapage en conférences au sommet, avec acrobaties de langage, dérapages dans le non-sens, escalades verbales mettant vos côtes à rude épreuve, passages en chansons, doublage en français et final sur tous les modes: l’auteur-comédien se dépasse, la langue caracole et l’humour est gagnant!

Ce que j'en ai penséce spectacle se niche sous les voûtes de la petite salle du théâtre Essaïon. Le décor est minimaliste, ce qui se comprend, car le texte est la superstar de la représentation et il occupe toutes vos réflexions. Quel régal que ce déballage verbal qui donne aux mots tous leur sens surtout dans des contresens. 

L'auteur et interprète François Mougenot se délecte de nous partager ses perles parlées ou chantées et nous les accueillons avec délectation puisque notre cerveau en fusion envoie le message à nos zygomatiques de se mettre en marche active au son des idées qui nous sont ici transfusées en quantité. Que ce soit par le biais de l'explication ou en traversant l'Histoire, l'artiste nous raccommode avec la grammaire et la conjugaison en nous faisant rire de bon cœur sans oublier de nous rappeler la beauté de la langue Française ainsi que sa richesse intrinsèque. Nous avons donc un trésor à portée de bouche que nous maltraitons, mais il ne nous le reproche pas, non, ce n'est pas l'objectif de son subjonctif. Pour parfaire le tout, la mise en scène de Caroline Darnay offre un écrin simple et adéquat qui valorise le rythme et la mise en contexte de chaque scène.


Copyright photos @ L'Impertinente

MA GRAMMAIRE FAIT DU VÉLO est un plaisir de l'ouïe qui ne manque ni d'humour ni d'intelligence. Il peut se consommer sans modération en famille ou entre amis. Alors n'ayez pas peur des (bons) mots et foncez voir la grammaire faire du vélo, vous verrez, c'est tout à fait revigorant !

À propos du spectacle 

FINALISTE DU CONCOURS SACD-PERFORMANCE D’AUTEURS

« On adore… A la manière de Devos au plus haut de son art, François Mougenot jongle avec la langue française… Un prétexte étonnamment inépuisable, à la base de toutes les digressions comiques. » 
Geneviève Gioana, LA PROVENCE

«Mougenot aime les mots et les jeux qui vont avec. Il ne se prive pas de les accumuler pour démontrer par l’absurde comment fonctionne notre langue, ses contradictions et ses embrouillaminis, ses chausse-trappes et ses subtilités, sa musicalité et ses absurdités.» 
Michel Voiturier, RUE DU THEATRE

Le spectacle a été créé à Paris à l’Auguste Théâtre puis au Studio Hébertot ainsi qu’à Bruxelles chez Hippolyte Wouters. Après ses succès au Festival Off d’Avignon en 2017 et 2018, il y sera pour la troisième fois en juillet 2019, au Théâtre des Corps-Saints. On pourra le voir aussi à Paris au Théâtre de l’Essaïon à partir de Février 2019 et pour une vingtaine de dates déjà, en tournée en France. Le sketch «La leçon de Grammaire» qui figure dans le spectacle a valu à son auteur François Mougenot de figurer parmi les finalistes du concours Performance d’Auteur-SACD au Théâtre des Variétés à Paris.

NOTE D’INTENTION :

François Mougenot est un artiste qui rend heureux. C’est la meilleure raison pour le mettre en scène.

Il entre, pose sa valise sur une table et déjà, le public sourit. Son expli- cation du fonctionnement des pronoms personnels fait rire aux éclats, ses exemples de concordance des temps rendent hilare, tout ce qui nous rebutait le plus à l’école quand nous étions petits devient sujet de joie. Il ne critique pas, ne dénonce pas, ne déplore pas ; il observe et s’en amuse. Et nous en rions avec lui.

Et nous nous apercevons plus tard qu’il nous a tendu un miroir bienveil- lant dans lequel se reflètent notre société, nos habitudes, nos travers et toute notre histoire depuis l’Antiquité Grecque jusqu’aux derniers tweets qui font le buzz.

François Mougenot est un gentleman vocabulacteur qui vous dépouille, sans douleur de vos tournures de phrases, un Phileas Fogg qui fait le tour de la langue française en chantant sur son vélocipède. Il est toujours dé- licat, toujours bien élevé ; il ne met pas ses tripes sur la scène, il ne crie ni ne se roule par terre. Ce qu’il fait est bien plus difficile : il nous parle. On a pu comparer sa verve à celle de Raymond Devos, sa dégaine à celle de Jacques Tati et ses chansons à celles des frères Jacques mais il reste unique, intarissable, indescriptible et incomparable.

Face à un artiste aussi original, le devoir d’un metteur en scène est de le soutenir ; de l’encadrer afin qu’il puisse exécuter ses tours avec toute la virtuosité dont il est capable et surtout, de lui donner les moyens de s’adresser directement à vous. Il vous suffira de vous asseoir, de vous détendre et de vous laisser faire.

AUTEUR ET INTERPRÈTE


C’est au Cours Jean-Laurent Cochet que François MOUGENOT a appris le métier de comédien et développé son goût de l’écri- ture, puis en jouant au théâtre, par exemple dans Corot de Jacques Mougenot, mise en scène de Jean-Laurent Cochet, La Carpe du Duc de Brienne de et mis en scène par Jacques Mouge- not, ainsi que « La Cantatrice Chauve » d’Eugène Ionesco et « Ce qui arrive et ce qu’on attend » de Jean-Marie Besset, dans des mises en scène d’Arnaud Denis.

Il a aussi écrit « La Fourmi et la Cigale » pièce créée au Théâtre du Petit Hébertot, où il jouait la Fourmi, face à son Frère Jacques Mougenot dans le rôle de la Cigale et à la mise en scène. Cet authentique numéro de « transformisme ver- bal » raconte, avec cocasserie ou impertinence, la célèbre fable « en variant le style », à la manière de Molière, Racine, Shakespeare, Hugo, Feydeau et bien d’autres, sans oublier les classiques du cinéma (Audiard, Pagnol), et de la télévision - autant de pastiches (parus aux éditions EDITE) qui témoignent déjà du goût immodéré de l’auteur pour les jeux de langage.

MISE EN SCÈNE

Caroline DARNAY s’est tournée vers le théâtre après des débuts dans la danse et la comédie musicale. Elle a étudié la danse au Studio Paris Centre à Paris ainsi qu’au Broadway Dance Center et à l’Alvin Ailey’s American Dance Center à New York et a chorégraphié de nombreux spectacles. Comme comédienne, elle a joué G.B. Shaw, Molière, Shakespeare et Ionesco ainsi que plusieurs rôles à la télévision et a travaillé au cinéma avec Mario Monicelli, Olivier As- sayas et Lars Blumers. Formée chez Jean-Laurent Cochet, elle a mis en scène La Répétition d’Anouilh, « L’Heureux Stratagème » de Marivaux où elle jouait la Comtesse, « Le Demi-Monde » de Dumas fils où elle jouait la Baronne d’ Ange,

« La Paix du Ménage» de Maupassant, « L’invitation à la Valse » de Dumas et a joué dans « Tartuffe » et « Le Malade Imaginaire» aux côtés de René Camoin. Elle est l’auteur de « BASILE » où elle tient le rôle de la Duchesse de Châtillon sous la direction de Rémi Préchac, avec lequel elle a collaboré à la mise en scène des opéras bouffes d’Offenbach « La Princesse de Trébizonde » « La Périchole » et «Le Pont des Soupirs». Actuellement, elle joue le rôle de Madame Deforges dans l’adaptation par Florence Camoin d’«Au Bonheur des Dames» de Zola et vient de mettre en scène « Suivez le Guide !» « Opus Coeur» d’Israël Horovitz et l’adaptation d’« Amok» de Stefan Zweig avec Alexis Moncorgé. (Molière 2016 de la Révélation Masculine).

L’IMPERTINENTE

L’Impertinente est une jeune production qui aime, produit et diffuse de la comédie! Elle a déjà produit «Le Village est à 12 kilomètres...environ!», de Stéphanie Gesnel et Maud Heywang, coup de coeur du journal Le Parisien et de Paris Match, au Petit Gymnase. Aujourd’hui elle s’attaque à la langue française avec humour grâce à «Ma Grammaire fait du vélo». Que le rire remporte l’épreuve !

Copyright des notes de production @ L'Impertinente

  

Informations pratiques

6, rue Pierre au lard 
(à l'angle du 24 rue du Renard) 
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vendredi 15 février 2019

LE CHANT DU LOUP


Drame/Un scénario malin, une réalisation maîtrisée, une très bonne surprise

Réalisé par Antonin Baudry
Avec François Civil, Omar Sy, Reda Kateb, Mathieu Kassovitz, Paula Beer, Etienne Guillou-Kervern, Nicolas Van Beveren, Arthur Choisnet...

Long-métrage Français
Durée : 01h55mn
Année de production : 2018
Distributeur : Pathé 

Date de sortie sur nos écrans : 20 février 2019


Résumé : Un jeune homme a le don rare de reconnaître chaque son qu’il entend. A bord d’un sous-marin nucléaire français, tout repose sur lui, l’Oreille d’Or.

Réputé infaillible, il commet pourtant une erreur qui met l’équipage en danger de mort. Il veut retrouver la confiance de ses camarades mais sa quête les entraîne dans une situation encore plus dramatique.

Dans le monde de la dissuasion nucléaire et de la désinformation, ils se retrouvent tous pris au piège d’un engrenage incontrôlable.

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé pour son premier film, le réalisateur Antonin Baudry n’a pas cherché la facilité. LE CHANT DU LOUP est ambitieux par son contexte, celui des sous-marins. Le réalisateur parvient fort bien à nous faire ressentir l'enfermement et l'étroitesse des cabines de commandement. Il filme de façon fluide et nous accompagne habilement au travers des procédures qui nous sont inconnues et qui sont codifiées, donc difficiles à comprendre par la parole uniquement. Il rend tout cela clair. Il est juste dommage que certaines répliques ne soient pas très audibles, car on voudrait tout comprendre tant on est pris dans l’action. 

Le scénario, dont il est l’auteur, est très bien travaillé et malin sur toute la partie intrigue stratégique qui s'intègre parfaitement dans l’environnement choisi. Il pose le contexte, fait monter la tension au fur et à mesure et inclus un peu d'humour, toujours bienvenu sans jamais être maladroit. Il sait également nous familiariser rapidement avec les éléments qui tournent autour du repérage acoustique. Il est très appréciable que les protagonistes ne soient pas des héros à qui tout réussi, imbattables, sans failles. Au contraire, ils font des erreurs, ont des doutes et savent utiliser leur courage et des ressources inopinées pour se sortir de situations compliquées. De ce fait, ils sont très attachants. 

En ce qui concerne l'oreille d'or (Officier marinier [sous-officier] chargé d'écouter les bruits provenant de l'extérieur du bâtiment grâce au sonar et de les identifier. Ces bruits peuvent être d'origine biologique, sismique ou humaine [bateaux de commerce ou de guerre, sous-marins, exploitations pétrolières...]. Source de cette définition Wikipedia) qui est le lien entre les scènes, les hasards font parfois un peu trop bien les choses pour que l'enchaînement de ce qui lui arrive soit tout le temps crédible. Néanmoins, cela n'empêche absolument pas de s'attacher au personnage de Chanteraide interprété par le charmant François Civil. En effet, plusieurs scènes mettent adroitement en valeur ce métier surprenant, rendant ce protagoniste intéressant à suivre. 




Ce qui est sûr, c’est qu’on tremble face aux rebondissements inattendus qui jalonnent cette histoire. Les acteurs sont tous impeccables, il faut dire que le casting est enthousiasmant, puisqu’en plus de François Civil, il se compose d’Omar Sy qui interprète l’officier D'Orsi, Reda Kateb qui interprète le commandant Grandchamp, Mathieu Kassovitz qui interprète l’amiral Alfost et Paula Beer qui interprète la touchante Diane.





LE CHANT DU LOUP est une très bonne surprise, car son réalisateur assure à son film une atmosphère maîtrisée visuellement, une histoire prenante et des acteurs qui nous font vivre cette aventure de l’intérieur avec conviction. 

Copyright photos © Julien Panié

NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire/regarder qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Suite à la projection de ce film dans le cadre du Club Allociné le lundi 4 février 2019 au Forum des Images à Paris, le réalisateur Antonin Baudry ainsi que les acteurs François Civil et Reda Kateb ont eu la gentillesse de venir à notre rencontre pour une session de questions / réponses que vous pouvez découvrir dans les vidéos ci-dessous :




Notes de production

ENTRETIEN ANTONIN BAUDRY

Une des surprises réservées par LE CHANT DU LOUP, c’est qu’il ne ressemble pas vraiment à un film français à gros budget avec des acteurs connus. Par exemple, ce n’est ni un polar, ni une comédie. Vous avez conscience de cette différence ?

Oui j’en ai totalement conscience. Et je remercie vraiment mes producteurs, Jérôme bien sûr, mais aussi Alain Attal et Hugo Sélignac, de m’avoir fait confiance pour cette aventure risquée. Je remercie aussi tout autant ceux qui ont donné sans compter, pendant des mois et certains des années, pour ce film – je pense à toute mon équipe. Ce n’était pas évident de faire confiance à quelqu’un qui n’a encore jamais fait de film, chacun d’entre eux avait le choix entre ce projet et d’autres, et ils m’ont suivi. Stéphane Riga (producteur exécutif et artistique) est le premier nom qui me vient à l’esprit. Je ne remercierai jamais assez ceux qui m’ont fait confiance. C’est une chance. L’originalité du projet a plu. C’est ça qui nous a donné l’énergie.

D’où vient cette histoire de sous-marin ? Le genre est plutôt traditionnellement américain. Ça réactive également des souvenirs de la guerre froide…

J’aime les mondes inconnus, invisibles, le mystère. Quand j’ai pu m’immerger dans un sous-marin pendant plusieurs jours, j’ai été saisi. On a l’impression d’être dans le ventre d’une baleine. Les machines sont semi-organiques. Les équipages se connaissent intimement. C’est un microcosme de la société dans lequel ce qui sépare les gens à la surface – la religion, la politique, les origines – n’existe pas. Seuls comptent la solidarité, le courage, le fait de pouvoir réagir ensemble. Et en même temps le monde des sous-marins nucléaires est un univers dur, qui met en jeu la dissuasion nucléaire, l’auto-annihilation de l’espèce. J’ai voulu essayer de comprendre ce paradoxe : ils s’entrainent à la guerre pour qu’elle n’ait pas lieu : c’est le principe de la dissuasion, qui structure la doctrine française de défense. Autour de cette idée, bien réelle, de l’ordre irréversible. C’est très particulier.

Votre expérience antérieure dans la diplomatie, vos connaissances en géopolitique vous ont-elles servi pour l’écriture du scénario du CHANT DU LOUP ?

Il y a une dimension géopolitique dans le film. Bien sûr, mes connaissances en la matière m’ont servi. Les relations internationales, sous les apparences, ça reste le domaine de la guerre de tous contre tous, le Leviathan. Les adversaires vous piègent, les amis vous trahissent. Des engrenages fatals peuvent se déclencher très vite. Je connais ces rouages. Les événements que je décris pourraient vraiment avoir lieu un jour, hélas – sans que nous n’en sachions rien. Dans ce film, tout est montré du point de vue des sous-mariniers : ils ne savent pas tout et n’assistent pas aux discussions des décideurs politiques. Ils assument, pour le meilleur et pour le pire, les décisions.

Parfois, il faut le courage exceptionnel de quelques hommes pour sortir d’un engrenage fatal. Nous n’en savons rien, ici, à la surface, et nous n’en saurons jamais rien... tant que le pire est évité.

Est-ce que c’est un film qui fait l’éloge d’un héroïsme discret ?

Il est difficile de ne pas être sensible à l’héroïsme de personnes invisibles, qui font des choses dont personne ne saura jamais rien et qui risquent leur vie pour cela. Cet héroïsme qui ne vise aucune reconnaissance me touche profondément.

Est-ce que la construction scénaristique du CHANT DU LOUP, avec ce prologue qui nous propulse tout de suite de plain-pied au cœur de la tension, s’est imposée tout de suite ?

J’aime entrer in medias res dans une histoire, sans préambule. Pour moi, la meilleure façon de présenter des personnages, c’est de les voir dans l’action. Ensuite, on peut se demander qui ils sont. Un commandant de sous-marin qui rentre après sept semaines d’action intense sous les mers, quand il rentre chez lui, c’est qui ? C’est un type comme tout le monde, qui marche seul dans la rue avec son baluchon sur le dos. A quoi pense-t-il ? Comment vit-il, tout d’un coup, la solitude, après des semaines passées à devoir prendre une décision à chaque minute ?

Comment s’est passé le tournage ? Il faut rappeler que c’est votre premier long-métrage…

Il y avait sur le plateau de tournage la même énergie que j’ai trouvée dans un sous-marin en mission. Intense et extrême, en immersion. C’était magique.

Avez-vous tourné les scènes de sous-marin dans un véritable sous-marin ou avez-vous tout reconstitué en studio ?

On a tourné avec des vrais sous-marins pendant leurs temps d’exercice ! Pour les intérieurs, on a recréé les salles de commandes des deux sous-marins en studio. Benoît Barouh, le chef décorateur du film, a fait un travail extraordinaire. En dernier ressort, pour les plans littéralement infilmables sous l’eau, j’ai eu recours aux technologies numériques.

A ce propos, quelle est la part des effets spéciaux dans ce film ? Est-ce que ça allonge beaucoup le temps de la post-production ?

C’est à la fois un pouvoir supplémentaire et une difficulté supplémentaire. On peut montrer des choses qu’on ne pourrait pas montrer sans. Mais il faut avoir une ligne claire, s’y tenir tout en étant capable de tout changer, et beaucoup s’investir en termes de temps. Pour chaque plan numérique, il y a mille étapes. Quand on vous propose un plan, il faut en général dire non, refaire. C’est quand on travaille un plan numérique qu’on comprend, par contraste, ce qu’est le réel : une série d’accidents imprévisibles.

Votre film donne un sentiment de réalisme, de précision dans la connaissance des procédures, des rituels à l’œuvre dans un sous-marin. Cette précision vient-elle de votre imagination de scénariste ou des informations que vous avez recueillies lors de vos séjours en sous-marin ?

J’ai passé en tout plusieurs semaines en immersion sous l’eau, à bord des deux types de sous-marins français (les Sous-marins Nucléaires d’Attaque, SNA, et les Sous-marins Nucléaires Lanceurs d’Engin, SNLE). J’ai beaucoup observé tout ce qui se passait, de la chaufferie nucléaire à la salle des commandes. Toutes les procédures que je montre dans le film sont basées sur une observation précise, de la plus simple (détecter un bateau inconnu) à la plus complexe (vérifier l’authenticité d’un ordre du président de la république). J’ai décidé de conserver la façon d’être et le langage des sous-mariniers tel qu’il était, sans rien édulcorer. J’ai fait le pari qu’avec les images le spectateur comprendrait tout ce qui se passe – comme je l’ai moi-même fait quand j’ai été à bord. 

Je crois que la façon de parler, le langage étrange des sous-mariniers constitue un élément dramatique important pour le film, c’est pourquoi les termes techniques ont été maintenus dans leur réalisme et leur vérité humaine. De la même manière, tous mes décors sont construits à l’échelle 1, c’est-à-dire qu’on n’a pas triché les espaces pour avoir plus de place pour la caméra. Les acteurs ont dû jouer et bouger dans un espace très confiné, et on a fait des prouesses techniques pour pouvoir les filmer malgré l’exiguïté des décors. C’était important de faire cet effort. Je voulais que le plateau devienne un lieu de vérité, et que les comédiens agissent dans des situations réelles.

La vie dans un sous-marin, ce sont des rituels et des accidents. Les rituels permettent d’effectuer en groupe des opérations complexes, où il faut à la fois gérer une chaufferie nucléaire, naviguer à l’aveugle sous des centaines de mètres d’eau, détecter et identifier tout ce qui bouge autour, et surtout se maintenir indétectable, y compris par d’autres bateaux alliés et même français. Alors chacun déroule des rituels, des litanies de chiffres, de codes, qui servent à vérifier que la situation est « cohérente », à corroborer.

C’est un ballet, une chorégraphie où chacun sait ce qu’il a à faire, assume son rôle. Mais il y a aussi une autre dimension : chaque sous-marinier respire sur une longueur d’onde qui lui est propre, et qui s’accorde avec celle des autres. Il faut sentir cela, profondément, et le transcrire – le montrer avec des images, des visages, des figures, des raccords, des notes, des sons...

Au centre du film, il y a le personnage de l’Oreille d’or…

Dans un sous-marin qui n’a ni porte ni fenêtre, tout ce que vous percevez du monde extérieur, c’est uniquement les sons. L’Oreille d’or d’un sous-marin, c’est celui qui sait reconnaitre, identifier et analyser les sons. Il y a en France une poignée d’Oreilles d’or, et une école pour les former, dont le nom est magique : le Centre d’Interprétation et de Reconnaissance Acoustique (CIRA). C’est une école très peu connue, dont toutes les activités sont top secrètes. Les Oreilles d’or doivent pouvoir échanger entre eux sur les sons qu’ils entendent. C’est pourquoi ils développent un langage, des mots pour qualifier chaque son. Ils appellent cela des « critères psycho-acoustiques », mais en réalité c’est vraiment un langage : un son en « froissement d’étoffe », type « galop de cheval », une « cavitation sèche », un « bruit mouillé avec impression de masse », etc. Quand j’ai découvert cela, ça m’a beaucoup plu. Il y a une dimension poétique forte dans l’univers du sous-marin.

D’autre part, une Oreille d’or, c’est forcément quelqu’un d’hyper-sensible. Quand vous avez des antennes qui vous rendent plus sensibles, vous êtes plus fort, mais aussi plus fragile. Vous percevez, dans la vie quotidienne, des choses que personne autour de vous ne perçoivent, qui n’existent pas pour les autres. C’est à la fois un grand pouvoir et une chose qui vous isole. A bord du sous-marin, la tâche de l’Oreille d’or est exactement celle du poète : nommer les phénomènes, dire le vrai, décrire le monde qui les entoure. C’est Orphée – et la trajectoire de Chanteraide, l’Oreille d’or et le héros du film, est orphéique. Il descend aux enfers, puis en remonte – mais pas indemne.

C’est aussi une sorte de marginal, quelqu’un d’un peu inadapté à l’institution, qui a souvent des soucis avec la hiérarchie parce qu’il n’est pas complètement dans le moule…

Ce qui m’a tout de suite beaucoup frappé, c’est que dans les sous-marins le meilleur outil de détection des sons soit, encore aujourd’hui, non pas une machine mais une oreille humaine. Il y a, dans l’identification d’un son, toute une dimension interprétative, intuitive même. Un commandant qui prend une décision dans son sous-marin aime voir l’Oreille d’or lui dire les yeux dans les yeux que la situation est claire et que le son bizarre qu’on entend dans le Nord n’est pas une menace, mais un biologique. Dans le monde d’aujourd’hui, c’est une situation peu banale.

Chanteraide est quelqu’un qui est en butte avec le système, justement parce qu’il a cette hyper sensibilité. Cette sensibilité au son le met en danger. Dès que vous avez des antennes que les autres n’ont pas, vous êtes par nature en conflit avec le système. Et c’est ça aussi que j’ai voulu raconter.

J’ai l’impression que vous éprouvez une certaine fascination pour la discipline, la rigueur, cette communication très codée entre les hommes…

Non, ce qui me fascine c’est l’inverse. Nous vivons tous dans des systèmes dans lesquels il y a des codes et des normes. Et ce qui me fascine c’est comment les individus se débrouillent avec ce système et, à un moment donné de leur vie, doivent choisir.

Les sous-mariniers sont des gens qui embarquent sous l’eau pendant 70 jours d’affilée, sans voir la surface et en étant tout le temps les uns avec les autres. Pendant une grande partie de leur existence, leur vie privée se résume à la famille des sous-mariniers. C’est dans cet univers que j’ai voulu montrer les conflits intérieurs auxquels est confronté chaque personnage. C’est un film sur les décisions intérieures. Chaque personnage a son dilemme, son moment de doute profond. Pour moi, ce sont les temps forts du film.

Le huis-clos donne aussi au film un poids, une densité…

Le huis-clos donne évidemment une force et une énergie particulières, surtout s’il agit par contraste avec le monde extérieur, le monde de la surface. Cet ancrage dans des lieux qui sont, à la fois, très réalistes et très serrés, crée une grande intensité humaine. Ce dispositif est très cinématographique, car il permet de déployer des moments d’intériorité à plusieurs. C’est une situation unique qui prend parfois la tournure d’un moment de grâce.

Parlons des comédiens. Tout d’abord, avez-vous eu la possibilité de choisir vos acteurs ? Ce qui est intéressant dans ce casting, c’est qu’il est juste et, en même temps, légèrement décalé ou inattendu, comme dans le cas d’Omar Sy, peu familier de ce genre de rôles mais très crédible.

Oui : il fallait non seulement trouver le bon acteur pour le bon personnage (évidemment !), mais aussi qu’ils forment une famille à la fois unie et profondément diverse. Je voulais des types d’hommes très différents, un microcosme de la France. Avec des personnalités différentes, des plastiques différentes, des beautés différentes. J’ai la chance d’avoir pu recruter les acteurs dont je rêvais. Confier un personnage à un acteur, c’est un transfert très particulier. On sait qu’il va en faire quelque chose d’inattendu et, en même temps, c’est précisément ça qu’on espère. J’essaie de créer l’espace pour que les comédiens aient cette liberté.

Vous leur avez fait faire des stages en immersion ?

François, Omar, Mathieu et Réda ont vécu chacun une journée complète en immersion, à la profondeur maximale qu’un sous-marin peut atteindre – profondeur confidentielle, impossible à révéler ! Ils se sont imprégnés du langage et des gestes des sous-mariniers. C’était très important. Et puis nous avons passé du temps tous ensemble, avec tous les acteurs du film, pour former un équipage, trouver notre chorégraphie. Sur le plateau, il y avait des vrais sous-mariniers qui avaient candidaté pour des rôles de figurants, et je les ai intégrés à l’équipe avec plaisir. Cela a beaucoup contribué au réalisme du film.

Au bout de quelques jours de tournage, tous les acteurs parlaient couramment le langage des sous-mariniers et connaissaient les procédures à suivre, comme s’ils étaient dans un vrai sous-marin. A plusieurs reprises, j’ai demandé aux acteurs d’improviser leur réaction à tel ou tel événement. Ils l’ont fait avec aisance et brio. C’était bluffant. J’ai gardé ces plans au montage.

En quoi consiste, pour vous, la direction d’acteur ? Quel genre de choses dites-vous aux comédiens ?

Pour moi c’est un chemin. Il est unique pour chaque acteur. L’enjeu, c’est l’incarnation. C’est très difficile, pour tout le monde. On n’est jamais sûr d’y arriver. Rien n’est jamais acquis. Et puis, il y a un moment où, tout d’un coup, l’incarnation a lieu. Les comédiens offrent un moment de réel, un moment de grâce. La caméra enregistre cela. Tout le reste est anecdotique.

Dans le film, il y a une femme, qui a comme un statut à part.

Le personnage de Diane incarne le monde extérieur au sous-marin : alors que tous les personnages du film sont des hommes et des sous-mariniers français, elle est une femme, elle n’a rien à voir avec les sous-marins et elle n’est pas française. Elle représente le monde de la surface – elle nous représente tous.

Le lien très fort qui se crée immédiatement avec l’Oreille d’or fonctionne comme un aimant. C’est à travers elle qu’il découvre la clé de l’énigme qu’il cherche. De par cette rencontre, l’avenir de Chanteraide se transforme, et, à plus grande échelle, celui du monde change aussi. C’est souvent vrai dans la vie : vous faites une rencontre et, sans savoir pourquoi, cela va modifier la trajectoire de votre existence. Sans qu’il y ait réellement une cause et un effet, il y a une connexion qui se fait. Cette connexion a des conséquences imprévisibles.

Pour en revenir aux films de sous-marins, il est clair que Le Chant du Loup va au-delà des codes de ce genre, et qu’il a un caractère hors-norme. Mais y-a-t-il des films qui vous ont particulièrement inspiré ?

Oui, je suis conscient que c’est un film atypique. En tout cas si l’on cherche à le faire rentrer dans le « genre » du « film de sous-marin ». C’est à ma connaissance le premier réalisé en France – en tout cas depuis plusieurs décennies. Peut-être parce que j’ai voulu m’inspirer du réel, davantage qu’adopter les codes d’un genre pré-établi. Je ne me suis donc pas inspiré d’autres films de sous-marins. Presque tous sont américains. Or, en France, nous sommes aussi confrontés à la question du nucléaire, de la dissuasion, nous avons aussi cette armada de sous-marins et, ce que j’ai pu y observer ne correspond pas à ce qu’on voit dans les films américains.

Donc, j’ai décidé de m’inspirer uniquement de ce que je voyais ou de ce que je ressentais. Même s’il y a des films de sous-marins que j’adore comme DAS BOOT (LE BATEAU) qui est un film sublime, ou À LA POURSUITE D’OCTOBRE ROUGE.

Dans la mesure où le film se déroule dans un milieu militaire très sensible, avez-vous dû donner des gages à l’armée française ?

La seule contrainte était de ne pas révéler des choses qui mettraient en danger les sous-mariniers français. Or, ces secrets reposent principalement sur des chiffres. Ce ne sont pas des choses qui m’intéressaient pour le film. Par conséquent, il n’y a eu aucun souci.

ENTRETIEN FRANCOIS CIVIL

Comment avez-vous envisagé la question du son et de l’écoute, sachant que votre personnage est surnommé « L’Oreille d’Or » ?

C’était central. Chanteraide est doué d’une ouïe exceptionnelle, qui change complètement sa perception du monde. J’ai rencontré des Oreilles d’Or qui m’ont beaucoup parlé de leur métier de manière pragmatique, mais en creusant un peu, j’ai appris comment ce dernier impactait leur vie quotidienne. Ils sont sujet à des déformations professionnelles sans arrêt ! Il était donc évident que Chanteraide appréhenderai le monde de manière singulière. Je me suis imaginé qu’il était synesthète. C’est une particularité rare qu’ont certains individus de mélanger plusieurs sens. Les sons qu’il entend lui évoquent des images. Ça collait parfaitement avec le fait que ses oreilles sont les yeux du sous-marin.

Dans LE CHANT DU LOUP, vous faites équipe avec des comédiens plus chevronnés que vous. Est-ce que c’est un atout ? Est-ce que ça vous a stimulé, aidé ? Ou bien, au contraire, est-ce que ça vous a fait peur ?

J’appréhendais forcément un peu à l’idée de rencontrer des acteurs dont j’admire le travail. Mais on s’est tout de suite bien entendu. On est devenu un équipage et on prenait tous un plaisir dingue à faire exister ce sentiment de famille, à se tirer les uns les autres vers le haut. Les sous-mariniers, une fois à bord de leur submersible, ont pour coutume d’enlever leurs grades de leurs tenues. Ça permet de mettre tout le monde sur un pied d’égalité et de souligner l’importance de chaque homme, quel que soit son rôle.

J’ai senti tout de suite que c’est ce qui s’est passé aussi entre les comédiens. Tout le monde était au service de la mission : faire le meilleur film possible.

LE CHANT DU LOUP est le premier long-métrage d’Antonin Baudry. Quel genre de rapports avez-vous entretenu avec votre réalisateur ? Était-il très dirigiste ? Quels genres d’indications vous a -t-il donné ?

Quand on discute un peu avec Antonin, on a vite l’impression qu’il a vécu douze vies ! C’est impressionnant. C’est quelqu’un de passionné et de passionnant. Son intelligence est à la hauteur de sa sensibilité. Son implication tant dans la forme que dans le fond, son souci du détail et son engagement sur le tournage ont été total. Nos conversations avant et pendant le tournage n’ont jamais cessé de m’enthousiasmer et de m’inspirer. Il m’a donné beaucoup de matière sur laquelle m’appuyer, des pistes de réflexions, des lectures…

Il a une force de travail, une poésie, une ambition, une gentillesse qui font qu’on a envie de tout lui donner.

Ça a été un réel bonheur de le rencontrer et de partager tout ça avec lui.

Quel a été votre degré d’intérêt pour l’univers très particulier des sous-marins nucléaires ? Avezvous découvert un monde que vous ignoriez ? Avez-vous été passionné par cet univers aux règles très strictes et aux limites très précises ?

J’ai été fasciné par ce monde dont j’ignorais tout. Fasciné par cette machine qui contient plus de technologie qu’une fusée et qui finit pourtant par s’en remettre à l’homme, à ses sens, à son instinct.

Fasciné par le fonctionnement codifié de cette micro société coupée du reste du monde pendant plusieurs mois, dans un espace si exigu. Fasciné par ces hommes et leur abnégation, leur solidarité, leur engagement. Des hommes qui s’entrainent à la guerre pour l’éviter. Tout tournage a son lot de découvertes, mais je dois avouer que celui-ci était d’une richesse sans égale.

Comment définiriez-vous les relations de votre personnage avec les autres et avec le monde extérieur ?

Chanteraide a un don, une hyper sensibilité qui lui donne des pouvoirs que les autres n’ont pas. Ça fait de lui le meilleur dans son domaine, mais fatalement ça l’isole aussi des autres. Cette sensibilité lui confère une forte intériorité, une certaine fragilité qui le distingue du reste des protagonistes. Ce degré de solitude et cet aspect rêveur sont des choses qu’il m’a fallu trouver, composer. Malgré sa différence, Chanteraide considère l’équipage comme des membres de sa famille. Il voit en Grandchamp une figure paternel qu’il admire par-dessus tout. C’est sur les bases de cet amour et cette confiance qu’il croit perdue, qu’il s’obstine à essayer de réparer son erreur de la première mission, qui a failli couter la vie à tout l’équipage. Cette obsession va le pousser à enfreindre les règles d’un monde pourtant très strict et protocolaire...

Votre personnage est le seul qui a une relation avec une femme. Comment avez-vous abordé les scènes avec Paula Beer qui incarne une libraire complètement étrangère au monde très fermé des sous-marins ?

Leur rencontre est une respiration au milieu du film et l’était aussi sur le tournage. Elle m’a permis d’explorer une autre facette de Chanteraide. Cette rencontre qui bouleverse sa vie va aussi renforcer le dilemme auquel il fait face à la fin du film. Jouer avec Paula a été un bonheur. Sa présence, son regard, sa liberté dans nos scènes m’ont impressionné.

ENTRETIEN OMAR SY LE CHANT DU LOUP est le premier long-métrage d’Antonin Baudry. Quel genre de directeur d’acteur est-il ? Est-il très directif ? Ou au contraire s’appuie-t-il sur les initiatives des comédiens ?

Étant donné que c’était son premier film, on aurait pu se dire qu’Antonin venait chercher des acteurs plutôt expérimentés parce qu’il avait besoin d’être un peu aidé. Pas du tout. Ce que demandait Antonin était, à chaque fois, d’une très grande précision. On a énormément discuté avant. Mais sur le plateau, il savait exactement ce qu’il voulait. C’est intéressant de noter à quel point il était exigeant. Quelquefois presque trop. Parfois, j’avais besoin de comprendre la nuance car il me demandait des choses que j’avais l’impression de lui avoir donné. Il savait exactement ce qu’il attendait de ses acteurs. En même temps, Antonin est quelqu’un qui se fie beaucoup à l’instinct, même si, par ailleurs, il est très raisonné, très réfléchi, il prépare beaucoup. Mais une fois que son cerveau a fait tout le boulot, il y a une part d’instinct qui se libère. Il se fiait aussi beaucoup à l’instinct de ses acteurs. C’est aussi à ce niveau-là qu’on avait quelque chose à partager.

Dans la mesure où LE CHANT DU LOUP est un film dans lequel les personnages entretiennent des rapports très forts, est-ce que ça a produit quelque chose de particulier dans vos relations avec les autres comédiens ?

Oui mais, en fait, ça s’est passé avec toute l’équipe. En studio, les dimensions du sous-marin étaient exactement conformes à la réalité. On était dans une grande proximité, un peu les uns sur les autres. Il fallait donc s’habituer, trouver une forme d’harmonie. Ça crée des liens, des habitudes. De ce point de vue, c’était un tournage particulier. On a été en proximité pendant toute la durée du tournage. Mais, comme après tous les tournages, chacun a repris le cours de sa vie. En même temps, entre la fin du tournage et la sortie du film, ce n’est pas vraiment là qu’on peut savoir si des liens vont durer. C’est après la sortie que la vérité des relations apparaîtra. Je connaissais Mathieu Kassovitz. Je connaissais moins Reda Kateb avec qui ça a été une super rencontre. On a vraiment bien accroché et c’était super de travailler avec lui. Et François Civil, c’était un peu notre petit. On va le suivre comme notre petit frère. C’est le benjamin de la bande !

Est-ce que vous vous retrouvez dans le personnage que vous interprétez ? Ou, au contraire, est-ce que c’est un personnage qui n’a rien de commun avec vous ?

En apparence, il est très éloigné de moi. Dans la façon d’exprimer les choses, on est très différent. Mais je trouve qu’intérieurement, dans ce qui l’anime, dans ses valeurs, dans sa conception de la vie, on est finalement assez proches. Il a des principes et des valeurs qui me parlent énormément. Après, il les exprime d’une autre manière, d’autant plus qu’il évolue dans un milieu très différent, mais on est assez proche dans le ressenti.

Est-ce qu’en tant que spectateur c’est le genre de film que vous avez envie de voir ?

Complètement. J’adore ce genre de film. Je suis un peu un cliché : je suis un mec et ce genre de film ça me parle directement. D’ailleurs, ce que j’ai pu faire aux USA en tant qu’acteur ressemble beaucoup à ce genre de film. Quand on prend un film comme INFERNO, même si c’est moins spectaculaire, il y a le même genre de tension. Egalement, encore d’une autre façon, dans JURASSIC WORLD. C’est du cinéma spectacle. J’adore ça. J’étais donc hyper content et même fier de faire un film comme ça en France. Vraiment !

Est-ce que l’absence de femme, en dehors du personnage de Paula Beer que vous ne rencontrez jamais, était pesante ?

Je vais me faire un peu engueuler mais c’était assez récréatif. (Rires) On est dans un sous-marin, il n’y a pas de femme. C’est une ambiance fraternelle, entre potes. Au départ dans le scénario, on avait chacun notre vie mais ça n’a finalement pas pu être gardé. C’est intéressant de voir que ces mecs ont finalement deux vies. Ils ont leur famille avec femme et enfants et leur famille avec leurs potes. Il y a tout de même un côté un peu adolescent. Mais on a tous plus ou moins la nostalgie de ça.

Quelle a été votre réaction quand vous avez découvert LE CHANT DU LOUP ?

Je ne l’ai vu qu’une fois mais le film m’a paru vraiment à la hauteur de son ambition initiale. Antonin a réussi son pari de faire un film spectaculaire et intelligent. Il a réussi à mettre une tension de la première à la dernière minute. Il a fait un grand film dans lequel on sauve le monde. C’était ça le pari ! Je suis très content du film et je suis fier d’Antonin. En le suivant, je savais de quoi il pouvait être capable, mais, j’avoue qu’il m’a bluffé. Le scénario était tellement bon que c’était compliqué de rater le film. Mais Antonin a réussi à faire un film qui est encore meilleur que le scénario que j’avais lu. Il y a beaucoup de paramètres qui font que le film est assez bluffant : un premier film, un film d’un genre pratiquement inédit en France, un budget important… C’est quand même très ambitieux. Et pour moi, Antonin coche toutes les cases.

Est-ce que votre participation à ce film vous a amené à porter un regard différent sur la géopolitique internationale et les tensions qu’elles génèrent ?

Oui. Après cette expérience, après avoir échangé avec les sous-mariniers, je me suis vraiment interrogé sur la paix. Finalement, c’est quoi la paix ? Quand on voit le film mais aussi quand on a accès à des informations sur le travail de ces hommes dans un sous-marin nucléaire, on peut se poser plein de questions. Je ne peux plus passer au-dessus de la mer sans avoir une pensée pour ces hommes qui vivent dans les sous-marins. Je n’ai plus le même rapport à la mer.

ENTRETIEN MATHIEU KASSOVITZ

On peut dire que LE CHANT DU LOUP est un film de genre. Est-ce que vous avez une attirance particulière pour le film de sous-marins ? 

C’est un genre à part. Déjà, à la mise en scène, c’est très compliqué à gérer parce qu’on passe son temps dans des endroits confinés, très petits. Il y a toute une dramaturgie qui naît de la vie entre les hommes. Pour tout réalisateur, c’est un sujet passionnant, notamment en raison de cet espace clos. Qu’est-ce qu’on peut faire avec une caméra dans un endroit qui ressemble à un tube en longueur où les gens n’ont pas la place pour marcher ? Le film en huis-clos est également un genre à part entière. C’est très jouissif à regarder au cinéma. Parce qu’on fait appel à l’essence même du cinéma.

Est-ce que ça vous a surpris qu’un cinéaste français s’attaque à ce genre, alors qu’en général les films de sous-marins sont d’abord américains ?

Non. Il n’y a pas de films de genre. LE CHANT DU LOUP est un thriller qui mélange politique et action. Tous les films sont des films de genre. Deux personnes qui sont dans une cuisine, c’est un film intimiste, c’est-à-dire un genre. Et tous les genres sont intéressants quand les films sont bons. Pour LE CHANT DU LOUP, le scénario était bon. Et c’est particulièrement important pour un film de sous-marins. Il faut tenir le suspense. Si on a affaire à des sous-marins, on a généralement affaire également à des hommes qui doivent prendre des décisions très importantes pour leur survie. La barre est haute. Mais là, de toute façon, le scénario était très bon. Ce qui m’a surpris c’est qu’on ait confié autant d’argent à quelqu’un qui n’avait jamais fait de film. Mais quand on n’a jamais fait de film et qu’on écrit un scénario comme celui-là, un producteur comprend que la personne maîtrise son sujet et que, par conséquent, le tournage devrait bien se passer.

Justement, parlons d’Antonin Baudry. Comment était-il sur le plateau ? Était-il très dirigiste ?

Il connaissait son sujet, son histoire. Il connaissait la fonction de chaque personnage. Quand on fait un film comme ça avec des militaires, au-delà des problèmes psychologiques des personnages, il y a toujours un moment où on se raccroche au protocole qu’ils doivent suivre. Et ça a beaucoup aidé Antonin à tenir les acteurs et à aller au bout de ce qu’il voulait faire.

Malgré tout, il s’agissait d’un cinéaste qui n’avait jamais dirigé des acteurs. Comment ça s’est passé ? Est-ce que vous lui avez fait confiance ? Est-ce que vous avez cherché à imposer votre vision du personnage ?

On en a parlé avant. On n’était pas dans l’histoire d’un père qui va enlever sa fille, qui est au bord du suicide… En fait, il n’y avait pas grand-chose à discuter. On peut parler de la coiffure du personnage, de son habillement, de la manière dont il salue et bien sûr de sa mentalité. Mais, à partir du moment où l’on voit que c’est une mentalité de militaire qui obéit forcément au protocole, le personnage apparaît très vite. Pour un personnage de militaire, il n’y a pas beaucoup de couches. En tout cas, dans ce genre de film.

Quels étaient vos rapports avec les autres comédiens ?

On n’était pas beaucoup ensemble. J’ai eu seulement une ou deux scènes avec Omar Sy ou avec Reda Kateb. J’ai eu davantage de scènes avec François Civil. Ça s’est super bien passé. On était heureux. On était tous conscients que le scénario tenait le coup, qu’on participait à un film assez particulier dans le cinéma français, que le réalisateur était un type brillant. C’est toujours agréable de travailler avec quelqu’un qui connaît son sujet et qui dirige les acteurs dans la direction où il veut aller. Donc, on était plutôt décontractés. En plus, c’était un plaisir de travailler avec les marins eux-mêmes – tous les gens qui faisaient de la figuration étaient des sous-mariniers. Sur une équipe de 20 comédiens, il y avait 5 vrais comédiens et le reste c’était des sous-mariniers. C’était obligatoire de prendre des sous-mariniers comme figurants pour donner de la crédibilité aux situations d’attaque dans le sous-marin. Ça aurait été impossible de faire la même chose avec des figurants classiques. Les sous-mariniers savent comment ça fonctionne.

Après avoir tourné le film, portez-vous un autre regard sur la géopolitique contemporaine ?

J’y avais déjà accès grâce au Bureau des Légendes. Il faut beaucoup d’expérience pour comprendre la géopolitique. La géopolitique ce n’est pas les news, c’est ce qu’il y a derrière les news. Il faut arriver à interpréter ce que tu vois dans les news avec ta propre connaissance du sujet et ta façon de recouper les informations. Si tu te contentes de regarder la même chaîne d’info tous les soirs, tu n’auras pas accès à la géopolitique, tu auras juste l’impression de la géopolitique. LE CHANT DU LOUP et Le Bureau des Légendes peuvent être complémentaires, l’action qui se passe dans LE CHANT DU LOUP peut se dérouler au même moment que certaines situations du Bureau des Légendes. En fait, une histoire comme celle du CHANT DU LOUP ça peut exister tous les jours et personne ne peut vous garantir qu’elle n’a pas existé. Pour comprendre la géopolitique, il faut énormément de recul. C’est plutôt ma curiosité pour la géopolitique qui me permet d’aborder Le Bureau des Légendes ou LE CHANT DU LOUP avec encore plus d’intérêt. J’aime bien faire partie de ce genre d’aventures qui sont proches de la vraie réalité. Les gens ont besoin d’en savoir un peu plus que ce qu’ils lisent sur Twitter. LE CHANT DU LOUP est un film vraiment intéressant parce que ce n’est pas juste un thriller avec du suspense mais aussi un film qui permet d’avoir accès à un monde inconnu du grand public. Même si, au final, la réalité dépasse toujours la fiction.

ENTRETIEN REDA KATEB

LE CHANT DU LOUP donne un sentiment de grande précision. Est-ce que ça s’est répercuté sur la façon dont Antonin Baudry travaillait sur le plateau avec vous ?

Oui. La précision était là. Je parlerai d’une exigence totale, de chaque moment. Mais, surtout, Antonin a un point de vue qui s’exprime toujours, même quand il s’agit de séquences avec une grosse équipe et beaucoup d’effets spéciaux. Ce qui m’a vraiment frappé chez Antonin, ce qui m’a rendu admiratif, c’est qu’en tant que réalisateur, il ne s’est pas transformé en faiseur, c’est-à-dire en quelqu’un qui essaie juste de mettre ses plans en boîte. Le pilotage d’un film comme celui-là c’est très lourd et beaucoup de réalisateurs qui, au début, ont une ambition artistique finissent souvent par juste essayer de faire que chaque journée se passe bien, que le nombre de plans prévu soit tourné. Antonin, lui, ne lâchait rien. On faisait beaucoup d’heures mais j’avais confiance en lui car je savais que, jamais, il n’allait lâcher un plan, une scène qui aurait été inaboutie. La précision, elle est aussi dans la langue. Sans parler de l’aspect sonore qui était très important. Dès qu’on a commencé à évoquer le film, Antonin m’a parlé d’une forme de chorégraphie sonore liée à la situation du sous-marin, un bâtiment dans lequel on ne voit que par ses oreilles. Dans la préparation, il était aussi question des intonations, de la manière dont se parlent les membres de l’équipage à l’intérieur d’un sous-marin. C’est quelque chose de militaire, sec mais qui comporte également une grande humanité. Ça m’a aussi permis d’envisager mon personnage, Grandchamp, comme une figure paternelle pour le personnage de Chanteraide et pour tout son équipage. Il ne s’agissait pas de jouer au commandant comme on joue à la guerre mais d’incarner un homme qui prend soin de son équipage, sur qui pèse une grande responsabilité, qui est porteur d’une mission. C’est quelqu’un qui a fait le choix, en total libre arbitre, d’aller au bout de sa mission. Le film montre aussi que rien ne remplace l’intuition, l’humanité.

Vous êtes-vous identifié à votre personnage ? Vous êtes-vous retrouvé dans sa manière d’être ? Y’a-t-il des qualités morales qui vous touchent chez lui ?

Je joue des personnages mais j’essaie toujours de trouver des connexions physiques, psychologiques, morales entre les rôles que j’interprète et moi. Mais, la plupart du temps, je me refuse à nommer directement ces rapprochements. Je me dis que, si on m’a choisi, c’est parce que je suis moi. Et, ensuite, j’ai un personnage à créer. En fait, je suis extrêmement loin de Grandchamp. Mais là où je peux tout de même m’identifier à lui, c’est dans le soin et l’attention qu’il donne aux autres. Très souvent, sur un plateau de tournage, je sais juste à l’oreille si la scripte a un rhume. J’envisage l’équipe de tournage, un peu comme un équipage de bateau ou de sous-marin mais je n’en suis pas le commandant. J’en suis un des agissants.

Dans le film, il y a une dimension fraternelle et, en même temps, une tension très forte parce que la situation s’y prête. Comment est-ce que ça s’est répercuté dans vos relations avec les autres comédiens ?

Ça s’est traduit par une bonne camaraderie, une forme de fraternité. On passait énormément de temps ensemble, donc c’était beaucoup de rires. Surtout avec Omar. D’autant plus que les choses qu’on avait à jouer ensemble étaient tellement en tension, en crescendo… Toute la scène du prologue, on l’a tournée comme un plan séquence. C’était vraiment comme au théâtre. On vivait une continuité de 15-20 minutes. Et à chaque fois, les nerfs étaient tellement tendus à l’intérieur de la prise que c’était un peu comme une équipe de rugby qui, entre les phases de jeu, se marre et déconne. On a pris du plaisir à jouer ensemble. Tous les acteurs sont un peu régressifs quand ils arrivent sur un tournage. On est un peu comme des enfants qui se déguisent.

Et, en plus, on avait plein de jouets autour de nous. Il y avait une belle bande de gamins qui faisait bien la différence entre la vie et ce qu’il y avait à jouer. La plus grande tension, elle existe surtout entre deux espaces, entre un sous-marin et la terre ou entre deux sous-marins. Mais, à l’intérieur de chaque lieu clos, on a affaire à des gens qui sont ensemble. De temps en temps, il y a l’éclosion d’un conflit mais qui doit tout de suite disparaître. Le plus important, c’est ce qui dépasse les personnages. Les enjeux sont beaucoup plus importants qu’eux.

Est-ce que ce film, compte tenu de son sujet, vous a amené à porter un autre regard sur la géopolitique internationale ?

Le film, je l’ai lu, je l’ai vécu, je l’ai tourné. Mais, en le découvrant, j’ai d’abord été un spectateur devant un film. Mais pas un spectateur du sens, plutôt un spectateur de la forme. C’est-à-dire comment ce film avait été réussi dans sa fabrication, dans sa facture. Pour ce qui est du contexte contemporain, je vois LE CHANT DU LOUP comme une métaphore. LE CHANT DU LOUP c’est ce qu’on entend quand un sous-marin a été repéré par un sonar actif. Donc, c’est le bruit qu’on entend au moment où on va se prendre une torpille. Et moi, j’entends LE CHANT DU LOUP comme une sorte d’avertissement. C’est-à-dire qu’on se rend compte que cette situation de tension ce n’est pas de l’anticipation. Ça peut être demain, après-demain, dans un mois. La situation géopolitique d’aujourd’hui est tellement tendue que le principe même de la dissuasion peut être mis en danger. Si la ligne est franchie par une grande puissance nucléaire, il n’y a plus de dissuasion. La dissuasion n’existe que jusqu’à ce que l’arme nucléaire soit utilisée. C’est un danger qui menace notre monde. En plus, on a tourné pile au moment où Trump et Kim Jong-un étaient en pleine escalade de tweets et de provocations. On ne peut qu’observer tout ça avec beaucoup d’inquiétude.

En quoi diriez-vous que ce film a été une expérience nouvelle pour vous ?

La note nouvelle, pour moi, c’était l’opacité. On joue souvent pour exprimer des sentiments. Et là, au contraire, l’idée était de mettre les sentiments au second plan, tout en faisant en sorte qu’ils soient tout de même là. Il y a tout un travail d’intériorité dont je ne saurais vraiment expliquer le processus mais où, en tout cas, on ne cherche pas à exprimer mais plutôt à faire sentir les choses. Quitte à les faire rentrer dans le réel de cette situation où l’on parle presque une langue étrangère. Par exemple, à certains moments, lorsque je dis, par exemple, « Cap au 1-7-2 », à l’intérieur je pense que j’ai peur pour mon ami. Mais ce qui sort c’est « Cap au 1-7-2 ». Lorsque je regarde un écran, je pense peut-être à ma femme qui est resté à terre et que, peut-être, déjà, il n’y a plus personne à Brest. Mais quand je regarde cet écran, je suis concentré sur la trace et sur ce qu’elle veut dire. C’est avant tout la situation qui nous dicte ce qu’on a à jouer. Et la situation me dictait en général beaucoup d’opacité pour mon personnage.

Comment voyez-vous le dilemme moral dans lequel se débat votre personnage, dans la seconde moitié du film ?

Pour comprendre ça, il faut justement passer du temps avec les sous-mariniers, avec des commandants de sous-marin, parler avec eux, se rendre compte qu’on a affaire à des gens qui sont très différents des militaires et de l’image traditionnelle qu’ils peuvent renvoyer. Dans les sous-marins, j’ai rencontré des gens cinéphiles, des intellectuels, des gens brillants dans énormément de domaines et avec une mise en perspective des choses vraiment intéressantes.

Eux me disaient qu’ils auraient appuyé sur le bouton. C’est pour ça qu’ils sont là. Le doute ne se pose pas. Sinon, ils n’auraient pas choisi d’être à ce niveau-là. Mais je n’ai pas rencontré des gens belliqueux, des chiens de guerre. Au contraire, j’ai rencontré des gens qui sont dans le soin, dans la bienveillance et qui sont investis d’une mission qui les dépasse mais qu’ils ont choisie. C’est un peu comme quelqu’un qui a décidé de rentrer dans les Ordres. La vocation d’une personne qui a de telles responsabilités sur les épaules, c’est assez mystérieux. Elle n’est pas dans un raisonnement ou dans une explication. C’est un peu comme croire en Dieu. Pour eux, la doctrine de la dissuasion, avec l’idée que la paix du monde repose là-dessus, c’est presque du domaine de la croyance en Dieu.

Au final, LE CHANT DU LOUP frappe par son réalisme…

Ça me paraît être dans la continuité de ce qu’on a tourné et, plus encore, de ce qu’on s’est raconté avec Antonin. Avant de faire un film, c’est très important, pour un acteur, de savoir dans quelle esthétique, dans quel point de vue, dans quelle optique on va donner vie à un personnage. Avec Antonin, on a passé beaucoup de temps à parler. C’est une chose qui lui tenait vraiment à cœur. Le grand film de sous-marin qui fait référence chez les sous-mariniers, et qui était une référence commune à Antonin, c’est DAS BOOT (LE BATEAU). Et c’est effectivement le film de ce genre le plus réaliste. C’est le film dans lequel les sous-mariniers se reconnaissent le plus. C’est leur film culte. Ce n’est ni USS ALABAMA, ni À LA POURSUITE D’OCTOBRE ROUGE, même si, comme moi, ils adorent. Ils attendaient qu’un film de sous-marin français rende hommage à leur travail si secret, si peu vu, aussi pour leur famille. De manière à ce que les gens voient un peu plus ce qu’ils font pour nous. Car ils ont le sentiment de vivre dans une dévotion totale pour qu’on puisse continuer à boire des cafés sur une terrasse. Ce film c’est LE CHANT DU LOUP.

Source et copyright des textes des notes de production @ Pathé

  
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