vendredi 20 septembre 2019

LE MEILLEUR RESTE À VENIR

DIMITRI RASSAM ET JÉRÔME SEYDOUX PRÉSENTENT

FABRICE LUCHINI et PATRICK BRUEL

DANS


Au cinéma le 4 décembre 2019

Les deux acteurs de ce film sont, pour l'instant, ses meilleurs arguments, en espérant qu'il nous racontera une histoire touchante et/ou drôle sur cette amitié.

Un film de Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière (les réalisateurs du long-métrage LE PRÉNOM (2012))

Copyright affiche © Pathé Distribution - Tous droits réservés

Résumé : suite à un énorme malentendu, deux amis d’enfance, chacun persuadé que l’autre n’a plus que quelques mois à vivre, décident de tout plaquer pour rattraper le temps perdu.

  
#LeMeilleurResteAVenir

THE PEANUT BUTTER FALCON


Aventure/Drame/Une jolie histoire qui parle à notre coeur

Réalisé par Tyler Nilson et Mike Schwartz 
Avec Zachary Gottsagen, Shia LaBeouf, Dakota Johnson, Bruce Dern, John Hawkes, Thomas Haden Church, Jon Bernthal, Susan McPhail, Mick Foley...

Long-métrage Américain
Durée : 01h33mn
Année de production : 2018

Date de sortie sur les écrans américains : 23 août 2019
Date de sortie sur nos écrans : prochainement 


Résumé : Une petite frappe en cavale va devenir le coach de catch et allié de Zak, un jeune homme trisomique. Zak est lui aussi en fuite, il a quitté son foyer en vue d'essayer de réaliser son rêve : celui de devenir une catcheur professionnel et rejoindre l'école de catch de Saltwater Redneck.

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : les réalisateurs, Tyler Nilson et Mike Schwartz, nous entraînent dans une aventure improbable avec leur long-métrage THE PEANUT BUTTER FALCON, mais qui nous va droit au cœur. Sans faire dans le tire-larme, et en utilisant l'humour à bon escient, ils expliquent le contexte de chaque personnage et comment ils vont se croiser. Les réalisateurs veillent à ce que l'ambiance dotée d'un esprit lié à une envie de mordre la vie à pleines dents soit respectée à tout moment. Ils construisent des moments légers et des vrais moments de tension qui s'emboîtent parfaitement. Il y a un fil rouge assez classique dans la façon dont les rebondissements s'enchaînent, mais l'imbrication des vies des personnages et ce parcours un peu fou qui leur permettent de croiser des profils différents est original et très bien amenés. Ils savent aussi filmer de très belles images qui apaisent et nous donnent envie de rejoindre les protagonistes dans leur quête.


Zachary Gottsagen interprète Zak, un jeune homme atteint du syndrome de Down qui voudrait vivre son rêve. L'acteur se révèle très attachant et son duo avec Shia LaBeouf, qui interprète Tyler, fonctionne à merveille. 




Il faut dire que Shia LaBeouf créé le portrait touchant d'un gars rongé par la culpabilité et la colère qui s'enfonce dans les problèmes, mais qui a un bon fond.


Dakota Johnson vient compléter cette équipée inattendue dans le rôle d'Eleanor avec une douceur qui convient au film.



Comme toujours Bruce Dern apporte charisme et humour à son protagoniste, Carl. John Hawkes interprète un méchant crédible et Thomas Haden Church interprète une star du catch passionnée par son activité.

Malgré de petite facilité, THE PEANUT BUTTER FALCON réussit à être à la fois drôle et émouvant tout en respectant ses personnages. C'est un divertissement qui résonne comme un plaisir sur lequel il souffle un vent de liberté et dont il ne faut pas se priver. Il n'est pas étonnant qu'il ait obtenu le Prix du Public de la Ville de Deauville pendant la 45ème édition du Festival du film américain de Deauville où il était présenté en compétition.

Copyright photo @ Epixod


Copyright photos @ TOBIS Film GmbH
Source affiches/photos @ Allocine.fr

#ThePeanutButterFalcon

THE WOLF HOUR

THE WOLF HOUR

Thriller/Drame/Un film qui passe à côte de son potentiel

Réalisé par Alistair Banks Griffin
Avec Naomi Watts, Emory Cohen, Jennifer Ehle, Kelvin Harrison Jr., Brennan Brown, Jeremy Bobb...

Long-métrage Américain
Durée: 01h54mn
Année de production: 2018
Distributeur: Bac Films

Date de sortie sur nos écrans : prochainement


Résumé : Juillet 1977. New York. June Leigh, ancienne romancière à succès en panne d'inspiration, est retranchée dans son appartement du Bronx. Alors que de violentes émeutes et pillages plongent la ville dans le chaos, June est harcelée par un mystérieux individu... 

Ce que j'en ai pensé : le long-métrage THE WOLF HOUR était présenté en compétition du 45ème Festival du film américain de Deauville.


Le réalisateur Alistair Banks Griffin passe à côté de ce qui aurait pu être un super thriller avec THE WOLF HOUR. Pourtant, il maîtrise l'atmosphère de ce huis clos qui nous plonge efficacement dans l'ambiance du Bronx à New York au cours de l'été 1977. Avec peu de moyens, il nous fait ressentir cette ambiance particulière. La moiteur persistante et l'agressivité omniprésente sont très bien retranscrites. L'appartement de l'héroïne, vieillot, avec ses codes couleurs sombres et harmonisés, est un personnage à part entière. Les sons intérieurs et extérieurs forment un élément intrusif et perturbant qui donne du relief à l'ensemble.

L'agoraphobie de son héroïne est également adroitement mise en scène. Cette dernière est interprétée par Naomi Watts qui prête donc ses traits à June Leigh, une femme qui suite à un traumatisme panique à l'idée de mettre le nez dehors. L'actrice est tout à fait convaincante dans ce rôle. Elle porte le film sur ses épaules avec brio. 


Source photos @ Allocine.fr

Malheureusement, on n'adhère pas à l'histoire. En effet, le réalisateur place tout un contexte avec des éléments qui nous laissent penser que les faits pourraient prendre une certaine tournure. Il est très malin et original que cela ne se passe pas comme on pense, cependant, il aurait fallu qu'il mène à un ou des événements marquants. Mais on attend et rien qui soit surprenant ne se passe vraiment. Toute l'intrigue finit par tourner autour de l'écriture d'un livre. Et le problème est là. On a la promesse de quelque chose de palpitant et on se retrouve à regarder un roman s'écrire. 

Certes, la fin laisse la place à l'interprétation, ce qui est assez sympa, mais THE WOLF HOUR déçoit par son manque d'ambition. Dommage, parce qu'on aurait vraiment envie qu'il aille au bout de ses possibles intentions.

#TheWolfHour

jeudi 19 septembre 2019

CEUX QUI TRAVAILLENT


Drame/Un thème fort, mais des longueurs du fait du manque d'empathie pour le personnage principal

Réalisé par Antoine Russbach
Avec Olivier Gourmet, Adèle Bochatay, Delphine Bibet, Lalia Bron, Louka Minnella...

Long-métrage Suisse/Belge/Français
Durée: 01h42mn
Année de production: 2018
Distributeur: Condor Distribution

Date de sortie sur nos écrans : 25 septembre 2019 


Résumé : Cadre supérieur dans une grande compagnie de fret maritime, Frank consacre sa vie au travail. Alors qu’il doit faire face à une situation de crise à bord d’un cargo, Frank, prend - seul et dans l’urgence - une décision qui lui coûte son poste. Profondément ébranlé, trahi par un système auquel il a tout donné, le voilà contraint de remettre toute sa vie en question.

Bande annonce (VF)


Ce que j'en ai pensé : avec CEUX QUI TRAVAILLENT, le réalisateur, Antoine Russbach, prend un pari risqué, mais intéressant : celui de nous présenter une histoire amorale et de l'assumer jusqu'au bout. Il explore des thématiques sociétales qui ne laissent pas indifférentes avec une volonté de dénoncer des travers abominables, et qui ne sont pas toujours perceptibles aisément du point du vue des consommateurs, du capitalisme. Le scénario a des fulgurances quand il dénonce certains comportements des entreprises et l'hypocrisie qui règne dans le monde du travail. 

Il est cependant dommage que ces thèmes forts soient éventés par le choix complètement immoral du personnage principal, Frank, interprété par Olivier Gourmet. De sa décision, qui arrive tôt dans le déroulement des événements, s'en suit une remise en question de ce protagoniste, qui dans un autre contexte serait dramatique, mais à laquelle on adhère difficilement, car on ne ressent pas d'empathie pour lui. Il en va de même dans la tentative du réalisateur de construire une image de père qui aime ses enfants, qui vit dans un certain réalisme de ce qu'il est, et qui traverse une crise terrible. On ne se sent pas touché par l'expérience de vie de ce protagoniste. Le rythme est assez lent et comme on ne s'attache pas à Frank, les longueurs se font sentir. Oliver Gourmet a la carrure pour interpréter cet homme au caractère monochrome, taiseux et à la morale sans boussole. 





Copyright photos ©2019 Condor Distribution

CEUX QUI TRAVAILLENT propose une vision, malheureusement crédible, d'un certain type de personnalité que l'on croise dans la vie. Il a le mérite d'aborder des thèmes importants par un biais qui surprend parce qu'il ne tombe pas dans la facilité. Cependant, il ressort comme rugueux et trop long pour arriver à sa conclusion.

NOTES DE PRODUCTION 
(À ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Entretien avec Antoine Russbach,
Scénariste et réalisateur

Ceux qui travaillent s’inscrit dans un projet de trilogie. Comment ces trois films vont-ils être reliés ?

Initialement, j’avais le désir de réaliser un film choral intitulé CEUX QUI TRAVAILLENT, CEUX QUI COMBATTENT et CEUX QUI PRIENT, dans l’idée d’esquisser un état général de la société. C’était un projet ambitieux, complexe et coûteux, dont j’ai débuté l’écriture à l’issue de mes études cinématographiques en Belgique. Puis cette idée s’est transformée en projet de trilogie articulée autour du modèle médiéval formé par le tiers état (CEUX QUI TRAVAILLENT), la noblesse (CEUX QUI COMBATTENT) et le clergé (CEUX QUI PRIENT). Cette structure tripartite permet de mettre en évidence la difficulté de trouver sa propre place aujourd’hui, contrairement à ce qui se passait dans une société plus traditionnelle, où chacun avait un rôle prédéfini. Bien que ce système médiéval soit problématique à plein d’égards, il permettait probablement d’éviter cette souffrance de ne pas savoir quelle était sa place. Notre société actuelle nous fait comprendre qu’on peut faire mieux, aller plus loin et nous fait douter de notre rôle. Mes personnages font écho à ces anciennes fonctions sociales et répondent à des questions fondamentales : qui nous nourrit, qui nous défend, qui prend soin de nos âmes ?
CEUX QUI TRAVAILLENT répond au premier questionnement. Qui, en effet, remplit nos supermarchés ?

Comment en êtes-vous arrivé à vous intéresser au secteur du fret maritime ?

J’avais lu Splendeurs et misères du travail d’Alain de Botton, un philosophe et écrivain suisse qui vit à Londres. Dans une de ses histoires, il suivait la trajectoire d’un poisson pané de l’assiette d’un enfant jusqu’au pêcheur en décrivant chaque étape. J’avais trouvé ce texte magnifique et inspirant. Avec mon co-scénariste Emmanuel Marre, nous nous sommes beaucoup documentés sur ce sujet et avons rencontré des professionnels du secteur du fret.

En discutant avec eux, j’ai réalisé qu’ils ne voyaient jamais ces bateaux, ce qui me paraissait extraordinaire. Ces navires sont des points sur des cartes. Cela rend compte de la semi-virtualité du monde dans lequel nous vivons.

Votre film fait un va-et-vient constant entre le concret et l’abstrait, entre l’individuel et le collectif…

Tout l’enjeu du film est de parvenir à montrer ce rapport entre l’individu et le collectif de façon complexe et non idéologique. Les films sociaux induisent la plupart du temps une aliénation de l’individu par la société, dans la continuité d'une vision marxiste de la domination. Dans CEUX QUI TRAVAILLENT, l’individu est responsable de ses actes et de son devenir. C’est tout l’intérêt de faire un film social du point de vue de la classe dominante et dans un pays riche, la Suisse, où le chômage est de 3 % et baisse chaque année. Cela permet de questionner le modèle dans lequel nous vivons. Mon co-scénariste a lu un livre des années 1980 sur l’idéologie des cols blancs. En substance, il y est expliqué que le travailleur en col bleu est aliéné par son contremaître dans un rapport de domination très clair ; et que le système fait croire, en revanche, au col blanc qu’il est son propre chef, ce qui est une illusion.

Le col blanc serait donc auto-aliéné. C’est dans cette idéologie-là que s’inscrit le personnage de Frank. Je ne voulais pas faire un film qui fustige le système et le déclare responsable de l’aliénation des travailleurs, ni un film qui pointe du doigt des grands cyniques qui ruinent le monde, car tout cela aurait fini par rassurer le spectateur dans une vision dogmatique du problème. Or nous sommes dans un système construit par des individus et nos défaillances morales s'y reflètent peut-être. Le film questionne plutôt la nature humaine et son impact dans les systèmes que nous construisons. Il vise à faire réfléchir le spectateur à son rôle, sa place et sa responsabilité dans cette société, à lui ouvrir les yeux.

Votre film met en lumière les aberrations de notre système capitaliste, mais à aucun moment, il exprime l’idée qu’il faille l’éliminer…

CEUX QUI TRAVAILLENT n'est pas un film pro-capitaliste ni un film totalement anticapitalisme : il nous fait remarquer que ce système est aussi celui qui nourrit en grande partie le monde occidental. Si ce système était éliminé, nous devrions revoir complètement nos habitudes de consommateurs. Il est plutôt question ici de coresponsabilité. Le film nous met face à notre hypocrisie. Si nous avons appelé notre personnage central Frank, c’est en référence au monstre de Frankenstein (un roman qui a été écrit à Genève !). Frank est un peu la créature que nous avons fabriquée, que l’on désigne facilement en la condamnant, mais ce qu’elle fait nous arrange tous. Cette hypocrisie est très violente. Nous sommes volontairement aveugles.

Les gens de droite qui disent que le monde va s’autoréguler me font tout aussi peur que les gens de gauche qui veulent sauver le monde en détruisant le système, mais qui ont un téléphone dans leur poche dont le contexte de fabrication est plus que contestable. Si le film s’attache à quelque chose, c’est à notre aveuglement volontaire. Il dévoile que nous sommes tous complices du crime qu’a commis Frank.

Politiquement, comment situez-vous votre film ?

J’insiste sur le fait que je ne veux pas que ce soit un film de gauche. Je ne souhaite pas exclure les gens de droite de la salle. Le film est politique, mais non polarisé. C’est pourquoi, à la fin, Frank ne déchire pas le contrat. Cela aurait été trop facile de faire dire au film : « Il suffit de dire non ». Ce serait simpliste et l’on sortirait du film très rassuré. À l’origine du film, il y avait l’idée de ces gens en costume-cravate que je voyais à Genève. Je me suis surpris à avoir un regard sur eux très simpliste. Je les voyais différents de moi. Je leur faisais porter tous les problèmes du monde. Puis je me suis réveillé : je me suis trouvé arrogant et j’ai refusé de penser ainsi. Cette prise de conscience est à la source du film. À la base de ma démarche cinématographique, il y a le désir d’aller comprendre l’autre, d’aller vers ce qui m’est étranger. C’est un élan d’empathie.

Votre personnage, père d’une famille nombreuse, est un homme sans sourire…

C’est un homme malheureux. Là où il est aliéné, c’est qu’il a cessé de se demander s’il était heureux ou non. Seule compte la valeur travail pour lui. Il pense qu’avoir un travail et un certain niveau de vie est plus important qu’être heureux. Il ne s’est jamais écouté et s’est dénigré. Un homme plus en phase avec lui-même n’aurait jamais commis un pareil crime. Frank m’intéresse, car nous sommes tous susceptibles de faire comme lui et d’écouter les sirènes d’un système méritocratique qui promet qu’on obtiendra tout si l’on sacrifie tout. C’est très dangereux. Frank est prisonnier de cette idéologie. Et pire encore : il a construit une famille qu’il n’aime pas. Il a fabriqué des enfants bourgeois, alors que lui ne l’est pas. Il éprouve du mépris pour eux, car ils ne se battent pas comme lui s’est battu. Alors que c’est lui qui a fait d'eux ce qu'ils sont en leur offrant tout. Ses valeurs se sont retournées contre lui. Cet homme est une bête de somme déconnectée de son bonheur et des siens.

Un lien persiste tout de même avec sa fille cadette. C’est d’ailleurs elle qui va permettre que prenne corps, à l’image, le monde abstrait et invisible du fret maritime…

Frank a l’occasion de faire mieux avec sa plus jeune fille qu’avec ses aînés. Avec eux, le rapport est statique. Il était important qu’il y ait un endroit dans cette famille qui soit mobile. Avec la petite fille, il y a encore des enjeux d’avenir. On ne sait pas si Frank fait ce voyage avec Mathilde pour découvrir le monde lui-même ou s’il la prépare à la violence du monde pour lui éviter de vivre dans une bulle de luxe comme ses frères et sœurs. Les rayons des supermarchés qu’il va lui montrer sont comme des écrans qui masquent cette violence. Ce sont des interfaces ; nous ne voyons pas ce qui se cache derrière. La question de l’invisible est posée à divers niveaux dans ce film. L’invisible, c’est en premier lieu ce qui se passe dans la tête de Frank. L’une des questions les plus profondes du film est celle de l’empathie. Le film se demande si nous avons de l’empathie et si nous sommes capables d’aimer Frank, malgré sa monstruosité. La musique y est absente pour éviter de suggérer les émotions des personnages ou pour éviter que nous ressentions tous une même émotion. En outre, j’ai utilisé une focale de 50 mm qui ne montre jamais une vision d’ensemble des choses. Jusqu’au voyage, où l’on a utilisé des focales plus larges et où nous avons filmé Frank face à cette énorme machine qu’est le port. L’idée sous-jacente qui est posée de manière esthétique à cet instant est : quelle est la valeur de son drame personnel et du crime qu’il a commis face à l’ampleur de cette construction humaine folle qu’est cette gigantesque machine de distribution?
Que change à la marche du monde le drame que vit Frank ?

L’environnement domestique dans lequel évolue Frank en voiture est fait de haies qui dissimulent les villas des voisins…

Ces haies dans ces quartiers riches sont comme des œillères. Elles font écho à tout ce qu’on ne veut pas voir. La question se pose d’autant plus radicalement pour la famille de Frank, qui sait ce qu’il a fait, fait mine de l’ignorer et continue à consommer de la même façon. C’est la même position qu’on adopte en tant que consommateur : nous sommes capables de nous indigner de la violence du système capitaliste et d’aller acheter un téléphone le lendemain. La question est de savoir où s’arrête notre capacité d’inertie. Notre capacité à ne pas changer malgré ce qu’on sait me fascine et me terrifie, car nous n’avons pas d’excuses : nous sommes sur-informés.

Un temps fort du film est l’instant où le capitaine du navire reconnaît la voix de
Frank avant de le confronter. Cette séquence est saillante, car elle fait se rencontrer deux mondes, l’invisible et le visible, par le biais d’un timbre, d’une
vibration organique…

CEUX QUI TRAVAILLENT raconte que nous croyons vivre dans un monde virtuel, mais que nous vivons bel et bien dans un monde concret. Il est question d’un clandestin sur un bateau qui va coûter de l’argent. Cet homme invisible est un être humain, un vrai, et Frank l’oublie. Les communications téléphoniques du film laissent à penser que ces gens à qui nous parlons à l’autre bout du monde ne sont pas réels. Nous pensons que nos biens de consommation viennent de nulle part et il serait bon que nous nous réveillions. Cette reconnaissance soudaine de la voix du capitaine est une manière d’évoquer cela.

D’où vous vient votre goût pour les antihéros, déjà à l’œuvre dans vos deux courts-métrages, MICHEL et LES BONS GARÇONS ?

Je ne sais pas. J’adore ça. Je trouve qu’il y a un mécanisme très cinématographique dans le fait de pouvoir aimer les monstres. M LE MAUDIT est un film qui m’a beaucoup marqué quand j’étais jeune. C’est un personnage de pédophile affreux qu’on ne voit jamais, sauf pendant son procès à la fin du film et je n’ai jamais compris pourquoi j’avais autant d’empathie pour lui. Une chose incroyable au cinéma est le fait que l’empathie n’a rien à voir avec l’approbation morale.

On peut aimer des personnages avec lesquels on n’est pas d’accord. Il y a un mécanisme fondamental qui veut qu’on ait de l’empathie pour le personnage qui souffre le plus. Hitchcock en parle dans ses entretiens avec Truffaut. Il suffit que l’escalier grince quand le tueur monte l’escalier pour aller tuer sa victime pour qu’on ressente de l’empathie pour lui. J’adore explorer cette idée, parce qu’elle nous amène à faire l’expérience de l’altérité.

Quand on choisit Olivier Gourmet pour le personnage de Frank, on prend en charge aussi son iconographie plutôt positive…

Je n’ai pas écrit le film en pensant à lui. J’ai préféré écrire sans penser à un acteur en particulier, pour ne pas perdre en plasticité. Il se trouve qu’Olivier Gourmet a l’histoire personnelle et le corps qu’il faut pour ce personnage-là. Il vient d’un milieu rural, c’est quelqu’un de physique et non d’intellectuel. Il y a chez lui tout un savoir-faire corporel. Il a quelque chose d’un cow-boy dans sa manière de se placer et de bouger. La chose la plus essentielle était le rapport du comédien à la partie obscure de la nature humaine. Il fallait quelqu’un qui ait le courage de jouer ce monstre. Il a cette intelligence. J’aime la manière qu’il a de se positionner par rapport à ses personnages. Il se refuse à les sauver de manière angélique et il ne les condamne pas non plus. Frank n’est pas un étranger pour Olivier. Il fait le chemin d’essayer de comprendre comment un homme peut agir ainsi, sans juger, en allant au bout de cet exercice, qui demande beaucoup de ressources, d’efforts et de remises en question. Il endosse la part de lumière et la part d’ombre de ses personnages. C’est ça, le véritable humanisme. Quand il a lu le scénario, il l’a fait avec les yeux de Frank. Bien sûr, il a amené avec lui sa vie, car il est aussi père de famille, il travaille beaucoup, et tout ça, il le porte dans son corps.

Comment avez-vous travaillé avec vos comédiens ?

J’aime bien avoir un scénario qui peut être testé par la mise en scène. Certaines scènes ont été coupées, car elles n’étaient pas justes. J’aime l’idée que le plateau ne soit pas le lieu où l’on projette ses visions, mais qu’il soit un espace ouvert pour découvrir ce que chacun offre. Avec les comédiens, c’est pareil : je leur explique le mieux possible ce qu’ils doivent faire, le sens de ce qu’ils font, tous les outils utiles pour qu’eux puissent se les accaparer et les interpréter selon ce qui leur semble judicieux. On cherche donc ensemble ce qui est le plus pertinent pour la scène. De la même manière, le cadreur a la liberté d’aller chercher ce qu’il veut avec la caméra. J’aime l’idée qu’il fasse confiance à son instinct, dès lors qu’il a compris le sens du film.

Comment avez-vous composé le personnage de l’épouse de Frank, qu’incarne Delphine Bibet ?

Mon idée est que Frank et sa femme ont cheminé ensemble en partant d’une vie plus modeste, qu’elle l’a soutenu, mais qu’elle a eu plus de temps que lui pour s’ouvrir au monde. Elle lui révèle qu’il aurait pu faire un autre choix que le sien.

Comme dans vos courts-métrages, CEUX QUI TRAVAILLENT est traversé d’une tension de bout en bout. Cela fait-il partie de votre plaisir de cinéaste ?

J’utilise beaucoup les mécanismes liés à l’ironie dramatique. C’est-à-dire le décalage de connaissance entre le spectateur et les personnages. C’est ce qui m’avait beaucoup marqué dans LE FILS des frères Dardenne. C’est un film d’une heure et demie où il ne se passe rien et qui m’a tendu considérablement. Dans la mesure où l’on est conscient de ce qui relie ces personnages, tout ce que l’on voit est teinté. Même le bois dans ce film prend un autre sens qu’en menuiserie ! Je trouve ce mécanisme fondamentalement excitant, car on attend la jouissance de la résolution. Cet instant est atteint quand les personnages qui ignorent l’information centrale la découvrent. On est dans l’attente de ce soulagement. Cela nous tend, nous tient en haleine, et nous fait voir le monde différemment, car il est inscrit dans tel ou tel non-dit. C’est une façon passionnante d’expérimenter de nouvelles façons de regarder le réel.

Votre partition sonore fait la part belle au silence…

Ils sont importants, car ils nous permettent de nous demander si nous aurions fait la même chose que Frank ou non : ils laissent la place à la réflexion. J’ai voulu accorder beaucoup de place aux ambiances. Les silences sont pleins dans ce film. Ils intègrent des sons réalistes du quotidien, qui nous font sentir que tout ce qu’on voit est vrai. Dans la voiture, je voulais qu’on se sente comme dans une bulle, isolés du monde. Par exemple, dans la séquence où Frank donne l’ordre de tuer le clandestin, on se trouve derrière lui dans la voiture, il raccroche et va chercher sa fille à l’école dans le même plan. Lorsque Mathilde ouvre la portière, on entend les oiseaux. C’est un son qu’on a travaillé pour faire éprouver cette façon qu’a le personnage d’être déconnecté du monde.

De la même manière, vos décors sont composés minutieusement…

D’une façon générale, nous avons accordé beaucoup d’importance aux détails dans le film. Dans le décor, nous avons imaginé tous les objets avec beaucoup de précision afin de faire éprouver un sentiment de réalité. Je ne voulais pas qu’on représente le monde de l’entreprise et de la classe dirigeante de manière stylisée. L’écueil aurait été de montrer une entreprise d’un blanc immaculé, avec des objets symétriques, des lumières grotesques, qui auraient été l’incarnation de l’empire du mal omnipotent, que je vois parfois dans certains films. Je n’aime pas cette manière de faire, car elle déshumanise ces entreprises. Alors que ce système est construit par des humains et qu’il est proche de nous. J’ai discuté avec beaucoup de dirigeants qui ont une sensibilité étonnante au monde. C’est d’autant plus perturbant ! Nous avons travaillé sur les costumes avec la même minutie. Avec ma sœur qui est photographe, nous avons passé un après-midi à Genève à prendre, au téléobjectif, des photos de businessmen qui sortaient des banques, pour observer leurs coupes de cheveux, les détails qui faisaient leur singularité et qui pouvaient aider à façonner le personnage de Frank. Quant à sa maison, je voulais qu’elle soit triste. Tout ce qu’on y voit est cher, mais manque d’âme. Il y a un modèle, d’une part, et la réalité, d’autre part, qui n'est jamais vraiment à sa hauteur. L’ironie dramatique dans cette histoire fait que, comme on sait ce que Frank a fait, on ne peut regarder son intérieur de façon neutre. On sait qu’il est en train de se damner pour cette maison, pour ce mode de vie.

Comment avez-vous travaillé aux dialogues du film ?

L’idée est toujours d’en dire le moins possible et de ne jamais dire ce qu’on peut voir ou comprendre autrement. C’est une règle de bon sens au cinéma, mais qui n’est pas toujours respectée.

Votre photographie est très claire, peu contrastée…

Les couleurs dominantes sont pastel et il m’importait que l’image du film soit peu contrastée.
Le contraste aurait suggéré une frontière entre le bien et le mal et je n’en voulais surtout pas.
La caméra ne doit pas en savoir plus que nous ni nous suggérer ce que nous devons penser.

Pourquoi avoir situé vers la fin du film le récit d’un souvenir traumatique de l’enfance de Frank ?

Dans cette séquence, c’est la manière dont ses enfants entendent cette histoire qui m’intéressait. Je me demandais ce que cela signifiait pour ses enfants de manquer de quelque chose, alors qu’eux ne savent pas ce que cela veut dire et vivent dans l’opulence. En filigrane se profilait aussi l’idée que le capitalisme vise à nous sauver du manque. Mais nous nous sommes tellement éloignés de cette idée aujourd’hui que le problème semble même inverse : il est désormais celui de l’excès. Cela me permettait de donner une finalité au mouvement de Frank et à ses choix de vie. Et, bien sûr, d’apporter un éclairage psychologique à son attitude : sa dureté naît aussi d’un désir de dépasser la précarité qu’il a connue enfant.

Quant au placement de cette séquence à ce moment avancé du récit, il est lié au fait que les membres de sa famille savent ce que Frank a fait. Ses enfants vont donc l’écouter différemment. Au départ, Frank nous est étranger et cette séquence nous permet de dévoiler une part intime importante de son personnage et de le découvrir progressivement.

Avez-vous foi dans les pouvoirs du cinéma à transformer les consciences ?

Si on peut agir pour que chacun cesse de se replier dans ses certitudes et ses retranchements, c’est déjà pas mal ! Je pense surtout que le cinéma n’est pas là pour donner des réponses. En tout cas, mon film ne cherche pas donner l’exemple. Je préfère montrer le contre-exemple et que chacun ait le devoir de se situer par rapport à ça. Si cela peut nous permettre d’être moins arrogant, c’est déjà bien !

Propos recueillis par Anne-Claire Cieutat

Entretien avec OLIVIER GOURMET,
Interprète de Frank Blanchet

Quelle était votre impression à la première lecture du scénario ?

Le scénario m’a tout de suite parlé. J’ai directement vu en l’histoire et le personnage de Frank Blanchet un écho pertinent et sensible sur la société́ aujourd’hui. S’en sont suivi plusieurs discussions avec Antoine à Bruxelles, durant lesquelles nous avons parlé en détail de certaines scènes, de l’esthétique du film, de son rythme et de son identité́. J’ai été́ immédiatement intéressé́ par ce premier film et par les questions morales soulevées par ce jeune réalisateur.

Tout en étant très crédible en chemise et costard, il ne semble pas que vous soyez très familier avec le monde de la finance et du fret maritime... Comment vous êtes-vous préparé́ pour ce rôle ?

Ce n’est pas un monde que je connais ou qui me ressemble. Bien au contraire ! Mais ça n’a pas été́ très difficile. Mon travail de préparation passe par l’observation. Lors de mes études, j’ai été́ formé à observer et écouter beaucoup pour m’enrichir de ce qui nous entoure. C’est fondamental d’avoir une certaine sensibilité́ pour avoir un jeu crédible. Même si Frank Blanchet paraît très différent d’Olivier Gourmet, de ma personnalité́ et de mon monde, ça n’est pas si éloigné́ que ça au bout du compte... Le désir d’argent et de réussite, on l’a quand même tous quelque part en soi. Moi aussi, j’ai besoin de gagner ma vie, moi aussi j’ai des factures à payer.
Ce n’est pas toujours facile. On peut donc facilement se transposer. Frank Blanchet c’est un cas extrême, mais dans la vie de tous les jours on est parfois amené́ à prendre des décisions brutales et injustes. Le moteur qui guide notre âme marche de la même façon. Que l’on soit cuisinier, ouvrier ou médecin, les ressorts humains sont les mêmes...

Vous portez le film, vous incarnez le rôle principal, comment appréhendez ce genre de responsabilité́ ?

J’en fais abstraction, je ne me mets pas trop de pression, même si on y pense sur le plateau. Mais on n’est pas seul, il y a un réalisateur et toute une équipe de professionnels ; on construit ensemble un film. Vous pouvez être le meilleur comédien du monde, si le réalisateur n’arrive pas à rassembler et diriger en transmettant avec conviction et force son projet, le film risque d’être raté ; heureusement ce n’était pas le cas ! La pression n’est pas que sur moi ; elle est sûrement sur Antoine ; c’est sa première expérience sur un long métrage. Mon rôle est celui de me mettre au service du réalisateur et de ce qu’il veut raconter. Je sais que je dois être disponible et à l’écoute : ma responsabilité́ c’est d’être concentré et en forme, de bien dormir, de connaître mon texte, mais surtout d’avoir du plaisir et de l’entretenir tous les jours avec toutes les personnes sur le plateau.

Vous parliez de l’importance d’apprendre son texte, cependant CEUX QUI TRAVAILLENT s’articule beaucoup autour des silences, de l’intériorisation. Comment arrive-t-on à en dire plus avec le silence qu’avec les mots ?

Les films silencieux font un peu partie de mon ADN et j’ai une certaine sensibilité́ pour les scénarios qui vont dans cette direction. Je pense que les silences, les regards et le jeu corporel peuvent mieux donner à voir certaines problématiques et tensions. C’est comme dans la vie de tous les jours ; nos silences cachent souvent des problèmes pour protéger nos proches ou parce qu’on n’est pas fier de soi pour plein de raison et que l’on s’emmure. Les films qui traitent ce genre de problématique, quand ils sont trop bavards ne m’émeuvent pas. Ce qui m’émeut, ce sont les personnages qui se transforment, et qui n’ont plus de mots pour expliquer ce qu’ils ressentent. Du coup, il faut jouer avec le corps et dans les silences. Le scénario de CEUX QUI TRAVAILLENT était écrit comme ça. Avant de tourner, j’ai pourtant sûrement dû dire à Antoine que certaines séquences étaient trop dialoguées ou trop explicatives, que dans la vie on ne dit pas ça ou qu’on le dit différemment. Comme le film est très proche de certaines réalités et vérités humaines, il fallait aller dans cette direction.

Un point important du film est votre relation avec la cadette Mathilde, joué par Adèle Bochatay. C’est sa première expérience derrière la caméra, comment est-ce que c’était de travailler avec elle ?

Elle était bien choisie, formidable et plus que naturelle, très présente. Elle proposait des choses, elle se questionnait, comprenait son personnage avec cette naïveté́, pudeur, candeur et force qu’ont seulement les enfants quand ils plongent entièrement dans le jeu. Avec les enfants, il faut rester à l’écoute et disponible et ne pas imposer ce qu’on veut faire passer, mais laisser faire. Il ne faut que rarement les emmener ailleurs, quand on sent qu’ils ne vont pas là où on veut qu’ils aillent. C’est pareil avec un autre partenaire, mais c’est plus simple avec un enfant. Souvent, un partenaire a déjà̀ pensé et prémédité son jeu, c’est donc plus compliqué de l’emmener ailleurs, alors qu’un enfant est plus instinctif, plus disponible et malléable.

Est-ce qu’il faut aimer ses personnages pour les jouer ? Aimiez-vous Frank Blanchet ?

Ce n’est pas évident d’apprécier Frank Blanchet au premier abord, même s’il est touchant. Son personnage véhicule un message concret sur la société́ d’aujourd’hui, un message urgent dont il faut parler. Frank Blanchet me mobilise et j’ai donc eu du plaisir à le faire vivre à l’écran. Il nous permet de réfléchir, de résister, il nous maintient éveillés. C’est le déclencheur d’une chose horrible, mais on peut facilement se reconnaître en lui.

Source et copyright des textes des notes de production :
© 2018 Box Productions, Novak Prod, RTS, Teleclub AG, RTBF. Tous droits réservés.
© 2019 Condor Distribution SAS.Tous droits réservés.

  
#CeuxQuiTravaillent

mercredi 18 septembre 2019

À COUTEAUX TIRÉS


Au cinéma le 27 novembre 2019

L'affiche et la bande-annonce mettent bien en avant que chaque personnage va représenter une intrigue dans ce film. Cela rend curieux sur la façon dont le réalisateur va dérouler son histoire.

Un film réalisé par RIAN JOHNSON (Looper, Star Wars: Les derniers Jedi)
Avec DANIEL CRAIG, CHRIS EVANS, ANA DE ARMAS, JAMIE LEE CURTIS, TONI COLLETTE, DON JOHNSON, MICHAEL SHANNON, LAKEITH STANFIELD, KATHERINE LANGFORD, JAEDEN MARTELL et CHRISTOPHER PLUMMER


Résumé : Célèbre auteur de polars, Harlan Thrombey est retrouvé mort dans sa somptueuse propriété, le soir de ses 85 ans. L’esprit affûté et la mine débonnaire, le détective Benoit Blanc est alors engagé par un commanditaire anonyme afin d’élucider l’affaire. Mais entre la famille d’Harlan qui s'entre-déchire et son personnel qui lui reste dévoué, Blanc plonge dans les méandres d’une enquête mouvementée, mêlant mensonges et fausses pistes, où les rebondissements s'enchaînent à un rythme effréné jusqu'à la toute dernière minute.

Réunissant au casting Daniel Craig, Chris Evans, Ana de Armas, Jamie Lee Curtis , Toni Collette, Don Johnson, Michael Shannon, LaKeith Stanfield, Katherine Langford, Jaeden Martell et Christopher Plummer, À COUTEAUX TIRÉS est une réinvention contemporaine du polar à la Agatha Christie nappée d'humour noir et signée par Rian Johnson (BRICK, LOOPER, STAR WARS : LES DERNIERS JEDI).

Bande-annonce (VOSTFR)


Quelques photos du film





Copyright photos @ Metropolitan FilmExport

  
#ACouteauxTires


Autre post du blog lié au film À COUTEAUX TIRÉS

AD ASTRA


Science fiction/Aventure/Un film qui ne laisse pas indifférent

Réalisé par James Gray
Avec Brad Pitt, Tommy Lee Jones, Ruth Negga, Liv Tyler, Donald Sutherland, Jamie Kennedy, Kimberly Elise, Ravi Kapoor...

Long-métrage Américain
Durée : 02h04mn
Année de production : 2019
Distributeur : Twentieth Century Fox France

Date de sortie sur les écrans américains : 20 septembre 2019
Date de sortie sur nos écrans : 18 septembre 2019



Résumé : l’astronaute Roy McBride (Brad Pitt) s’aventure jusqu’aux confins du système solaire à la recherche de son père disparu et pour résoudre un mystère qui menace la survie de notre planète. Lors de son voyage, il sera confronté à des révélations mettant en cause la nature même de l’existence humaine, et notre place dans l’univers.

Bande-annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : AD ASTRA est une locution latine signifiant « vers les étoiles ». Avec ce film, le réalisateur James Gray nous propose une quête intérieure déployée visuellement dans ce contexte particulier qu’est l’espace. Il nous raconte la tentative d’un homme de donner un sens à sa vie au travers d’un voyage qui lui donnera une réponse ex astris (« en provenance des étoiles » donc). Son long-métrage étonne par sa maîtrise visuelle tout d’abord. 

Véritable film de science-fiction, le réalisateur créé ses règles sur l’environnement spatial au fur et à mesure de l’avancement de l’intrigue, tout en lançant des messages reçus 5/5 sur les effets de l’humanité sur la Terre ainsi que sur tout ce qu’elle conquiert. Au travers de ses images, il pousse les concepts connus vers de nouvelles frontières, il les utilise pour faire avancer son intrigue et nous permet de nous projeter dans cette aventure. 



Une autre bonne surprise est qu’il crée tout un environnement contextuel très construit, mais qui au final, pourrait être totalement retiré du film, ce qui ne changerait pas le fond de son sujet qui est centré sur le ressenti interne du personnage principal. Un peu comme s’il lançait un message ironique sur l’habillage visuel de son long-métrage face à la thématique profonde de son scénario. Tout en modelant une impression de grande fresque philosophique complexe, il reste en réalité sur une vision au premier degré sur tous les sujets qu’il aborde, donnant à son film un ton inhabituel, comme décalé, au point qu’on se demande parfois si ce qu’on voit est réel dans l’univers de cette histoire. 

Par contre, il faut dépasser quelques incohérences au long du chemin et quelques scènes qui ne résonnent pas forcément comme étant utiles et qui ont tendance à nous sortir un peu de la narration. Cependant, on lui pardonne aisément ces moments, à la fois parce qu’il nous intrigue et parce que son protagoniste central, Roy McBride, est très réussi. Il est interprété par Brad Pitt qui offre un portrait sensible et désarmant d’un homme qui ne sait absolument pas où il en est et qui fonctionne par automatisme. 




Les seconds rôles sont solides que ce soit Tommy Lee Jones qui interprète Clifford McBride, Ruth Negga qui interprète Helen Lantos, Liv Tyler qui interprète Eve ou encore Donald Sutherland qui interprète le Colonel Tom Pruitt.


Copyright photos @ 20th Century Fox France

AD ASTRA clame haut et fort sa particularité. Son exploration de la solitude et de la recherche de ce qui est essentiel dans la vie est touchante. Au risque de se faire reprocher quelques longueurs et des éléments peu crédibles, son réalisateur lui confère une personnalité propre et originale qui ne laisse définitivement pas indifférent.


NOTES DE PRODUCTION
(À ne lire/regarder qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Le 2 septembre 2019, le film a été projeté en avant-première à Paris. A cette occasion, le réalisateur James Gray a eu la gentillesse de venir répondre à quelques questions. Retrouvez cet échange dans les vidéos ci-dessous :




Notes de production

Sous la direction de James Gray (THE LOST CITY OF Z, THE IMMIGRANT), qui signe aussi le scénario avec son associé de longue date Ethan Gross (Fringe), on retrouve également Tommy Lee Jones, primé aux Oscars (JUST GETTING STARTED, JASON BOURNE), Ruth Negga, nommée aux Oscars (LOVING, Preacher), Liv Tyler (la trilogie LE SEIGNEUR DES ANNEAUX, ARMAGEDDON) et Donald Sutherland (HUNGER GAMES, Trust).

AD ASTRA est produit par la société Plan B Entertainment, constituée de Brad Pitt, Dede Gardner, p.g.a. et Jeremy Kleiner, p.g.a. (VICE, MOONLIGHT, TWELVE YEARS A SLAVE, THE BIG SHORT : LE CASSE DU SIÈCLE), tous trois récompensés aux Oscars, ainsi que par James Gray, p.g.a., Anthony Katagas, p.g.a. (THE LOST CITY OF Z, TWELVE YEARS A SLAVE), Rodrigo Teixeira, p.g.a. de la société RT Features (CALL ME BY YOUR NAME) et Arnon Milchan de la société Regency Pictures (GONE GIRL). Mark Butan, Lourenço Sant' Anna, Sophie Mas, Yu Dong, Jeffrey Chan, Anthony Mosawi, Paul Conway, Yariv Milchan et Michael Schaefer en sont les producteurs délégués.

James Gray s'est entouré d'une équipe technique prestigieuse : le directeur de la photographie nommé aux Oscars Hoyte Van Hoytema, ASC, FSF, NSC (TENET, DUNKERQUE), le directeur artistique Kevin Thompson (qui avait déjà travaillé avec lui sur THE YARDS et LITTLE ODESSA), les monteurs John Axelrad, ACE (THE LOST CITY OF Z, THE IMMIGRANT) et Lee Haugen (THE LOST CITY OF Z, DOPE), le compositeur Max Richter (MARIE STUART, REINE D’ÉCOSSE, The Leftovers), le compositeur de musiques additionnelles Lorne Balfe (MISSION : IMPOSSIBLE – FALLOUT, The Crown), les superviseurs musicaux Randall Poster (DIVERGENTE 3 : AU DELÀ DU MUR, DIVERGENTE 2 : L'INSURRECTION) et George Drakoulias (VERY BAD TRIP 3, DETROIT), le superviseur d’effets visuels Allen Maris (PROMETHEUS, ROBIN DES BOIS) ainsi que le costumier Albert Wolsky (BUGSY, QUE LE SPECTACLE COMMENCE), doublement primé aux Oscars, et le directeur de casting Douglas Aibel (MANCHESTER BY THE SEA, THE GRAND BUDAPEST HOTEL).

L'ODYSSÉE DE ROY

Per aspera ad astra, soit en latin "Par des sentiers ardus jusqu'aux étoiles".

Dans un futur proche, le commandant Roy McBride (Brad Pitt) dirige une équipe chargée de construire une antenne géante dans le but de découvrir une potentielle vie extraterrestre, lorsqu'une soudaine surcharge détruit sa station d'observation, lui coûtant presque la vie.

Cet incident n'est qu'un aperçu des nombreux ravages causés sur Terre, parmi lesquels des incendies et des crashes d'avions, qui sont le fait de surcharges électriques, conséquences d'explosions radioactives. Les services de renseignements américains pensent que ces explosions sont dues à des rayons cosmiques émanant de Neptune, et qu'elles sont par conséquent causées par le Projet Lima, une expédition mise en place des années auparavant, et qui a mystérieusement disparu dans l'espace seize ans après son lancement.

"L'idée du Projet Lima était qu'en étant suffisamment éloignés du Soleil, le champ magnétique de ce dernier ne pouvait altérer les équipements et instruments, explique le réalisateur, coproducteur et coscénariste James Gray. Ainsi, les scientifiques pouvaient étudier avec la plus grande exactitude l'espace et les différentes planètes, dans le but de découvrir des signes de vie intelligente."

La personne en charge de cette expédition, Clifford McBride, n'était autre que le père de Roy, astronaute légendaire, porté disparu depuis seize ans. Bien qu'il ne l'ait pas revu depuis son adolescence, Roy n'a cessé d'idolâtrer ce père absent, héritant de son incroyable goût du risque et de la même certitude que les réponses à toutes les questions physiques et métaphysiques de l'univers se trouvent au cœur de l'espace. L'absence de Clifford et son manque d'engagement auprès de sa famille ont cependant conduit Roy à développer une personnalité solitaire et distante, peu encline aux relations, refoulant toute émotion, positive comme négative.

"Les autorités du gouvernement américain vont trouver Roy pour lui annoncer que son père, qu'il pensait mort depuis de nombreuses années, est toujours en vie à l'autre bout du système solaire”, raconte James Gray. “La mission de Roy est de parvenir à communiquer avec lui. En effet, il est nécessaire de le retrouver, ses actions étant sans doute malveillantes : il est probablement en train de mettre en place des actes terroristes depuis les anneaux de Neptune. Roy devra réussir à le tirer de son silence."

"Imaginons un instant ce que peut ressentir Roy à ce moment précis. Persuadé pendant toutes ces années que son père est mort, il apprend soudainement que ce dernier est non seulement toujours en vie, mais qu'il pourrait également être à l'origine d'actions destructrices envers l'humanité."

Pour rejoindre le Projet Lima, Roy doit, dans un premier temps, voyager de la Terre à la Lune via une navette commerciale. De là, il sera alors transféré sur une base éloignée où il retrouvera le Cepheus, le vaisseau qui le convoiera d'abord sur Mars. Là-bas, il devra essayer de contacter son père par le biais d'une liaison laser sécurisée. S'il y parvient, il prendra alors la direction du Projet Lima.

Le Colonel Pruitt (Donald Sutherland) accompagne Roy dans sa mission. Cet ancien astronaute qui travaillait pour SpaceCom est l'un des plus vieux amis de son père. Pruitt raconte à Roy - qu'il avait déjà rencontré alors que ce dernier n'était qu'un enfant - que la dernière conversation qu'il a eue avec son père, des années auparavant, était loin d'être plaisante. Clifford s'était mis en colère lorsque Pruitt lui avait annoncé qu'il quittait SpaceCom.

Ils partent en direction de la Lune et voyagent sans encombre. L'astre est aujourd'hui colonisé par des populations issues de différents pays qui y ont développé des avant-postes sophistiqués. Comme sur Terre, ils se disputent les ressources disponibles. Cependant, les zones situées entre ces avant-postes sont de dangereuses zones de non-droit, et durant leur trajet jusqu'au Cepheus, ils sont attaqués par des pirates et des hors-la-loi.

"Malheureusement, l'Histoire nous apprend que l'être humain est incapable de surmonter les querelles idéologiques”, se désole James Gray. “La Lune est donc emplie de pirates puisqu'elle détient de nombreuses ressources naturelles, ainsi qu'un grand nombre d'otages potentiels qui peuvent être sources de rançons. Ce futur, qui est prometteur, présente également beaucoup de problèmes."

Pendant l'attaque, leur escorte militaire est décimée et Pruitt est sérieusement blessé. Incapable de continuer la mission, il confie à Roy une vidéo hautement confidentielle provenant de SpaceCom qui lui révèle des renseignements top secrets sur le Projet Lima.

Il apprend qu'après une longue période passée dans l'espace, la moitié des scientifiques du projet, déçue de n'obtenir aucun résultat, souhaitait retourner sur Terre. Mais Clifford n'en faisait pas partie. Alors qu'une division de l'équipe s'opère, chaque parti tentant de prendre le contrôle du vaisseau, une sorte de fusion d'anti-matière due au travail effectué par les scientifiques survient brusquement, causant une surcharge électromagnétique à l'origine d'explosions, menaçant la stabilité de tout le système solaire, avec des conséquences directes sur la Lune et Mars.

Devenu fou, Clifford exécute les dissidents qu'il accuse de mutinerie et c'est depuis cet évènement qu'il se cache quelque part aux confins de l'espace. Roy réalise alors que le véritable but de sa mission est de sortir son père de l'ombre, afin que le gouvernement puisse l'assassiner et détruire toute trace du Projet Lima dans le secret le plus total.

À bord du Cepheus, Roy se retrouve avec une équipe de quatre personnes. Les premiers problèmes arrivent quand le Capitaine, Lawrence Tanner (Donnie Kershawarz), insiste pour répondre à un signal SOS émis par un vaisseau norvégien de recherche biomédicale, le Vesta. Roy finit par accepter d'accompagner Tanner à bord, où ils ne trouvent aucun signe de vie humaine. Surgit alors un babouin enragé qui attaque Tanner et le tue. Roy parvient à éliminer l'animal avant de retourner à bord du Cepheus.

Alors que l'équipe se prépare à atterrir sur Mars, le vaisseau perd soudainement de sa puissance. Le second du Capitaine Tanner, le Lieutenant Donald Stanford (Loren Dean) se tétanise, et Roy se voit contraint de prendre les commandes de l'appareil.

À son arrivée, il rencontre Helen Lantos (Ruth Negga), la Directrice de la Section américaine sur Mars, puis est escorté jusqu'à la liaison laser grâce à laquelle il pourra contacter le Projet Lima. La première tentative de Roy pour joindre son père, à qui il doit lire un communiqué officiel préparé par des représentants du gouvernement, est un échec. Il délivre alors un message improvisé et bien plus personnel, mais on l'informe alors qu'il ne peut aller plus loin dans sa mission. En effet, étant donné qu'il est proche du sujet à contacter, cela pourrait engendrer des risques psychologiques. L'équipe du Cepheus se chargera de retrouver le Projet Lima sans lui.

Frustré et furieux, Roy se tourne vers Helen qui lui confie être elle aussi une orpheline du Projet Lima. Ses deux parents faisaient partie des scientifiques assassinés par Clifford alors qu'ils souhaitaient retourner sur Terre. Elle lui explique que le Cepheus est chargé de munitions nucléaires vouées à assassiner Clifford et détruire le Projet Lima. Persuadée que le destin de Roy est d'aller au bout de son voyage, Helen décide de lui venir en aide et le mène jusqu'à un lac souterrain qui lui permet de remonter sur le Cepheus. Revenu à bord juste à temps, Roy doit alors faire face à l'équipage, qui s'est vu donner l'ordre de l'exterminer. S'ensuit une bataille défiant les lois de la gravité à laquelle Roy survit. Il continue alors son voyage vers Neptune seul - un voyage de 79 jours, 4 heures et 8 minutes.

Nerveux à l'idée d’affronter son père, Roy laisse enfin libre cours à ses émotions. Il n'est plus l'homme réservé et peu sociable qu'il était au début de sa mission. Lassé de son existence solitaire dans l'espace, il se sent prêt à explorer les interactions humaines sur Terre.

"Il fait face à une prise de conscience qui prend de plus en plus de place dans sa vie", explique James Gray.

LA GENÈSE DU FILM

James Gray se rappelle avoir été inspiré par le lauréat du Prix Nobel de Physique Enrico Fermi, dont les recherches ont servi de socle à l'exploitation de l'énergie nucléaire, et qui pensait que le quart sud-ouest des Etats-Unis avait 90% de chances d'être détruit lors de la première fission nucléaire.

"Personne ne savait si la réaction en chaîne prendrait fin, explique James Gray. J'ai trouvé cela très alarmant et je me suis demandé : que se passerait-il si vous vous retrouviez perdu dans l'espace, avec rien à perdre ? Il n'y a pas de limite lorsque l'on expérimente.

"J'ai alors pensé au livre de Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres, et au film APOCALYPSE NOW. L'idée est venue de là, du livre et de l'envie de développer l'atmosphère des missions Apollo et Mercury."

Le coscénariste Ethan Gross était le camarade de classe de James Gray à l'USC School of Cinematic Arts. Ils ont collaboré sur de nombreux longs-métrages du réalisateur.

"Nous voulions que le personnage vive un voyage initiatique”, explique Ethan Gross. “Tout comme 2001, L'ODYSSÉE DE L'ESPACE (Kubrick, 1968) qui est imprégné de l'Odyssée d'Homère. Et APOCALYPSE NOW qui adhère totalement au concept du voyage du héros (ou monomythe) de Joseph Campbell, décrit dans son livre Le Héros aux mille et un visages."

"Il y a énormément de très bons films de science-fiction”, ajoute James Gray. “Mais y en a-t-il beaucoup qui sont émouvants ? J'avais envie de proposer quelque chose à l'opposé de ce que l'on trouve généralement, ces films positifs dans lesquels l'humain découvre des vies extraterrestres, l'existence d'une vie intelligente bienveillante. Avec AD ASTRA, j'ai voulu élaborer le contraire, et poser à voix haute la question "et si, en fait, il n'y avait rien ? et si ce n'était qu'un grand vide là-haut ? "

"J'étais soucieux d'explorer l'idée que, en tant qu'êtres humains, nous ne sommes pas faits pour aller dans l'espace. Nous ne sommes pas programmés pour flotter à 400 kilomètres hors de l'atmosphère. Nos corps ne sont pas faits pour cela, ils ne le seront jamais, et il y aura forcément un prix à payer.

"J'ai lu cette citation de Arthur C. Clarke (qui a écrit 2001 L'ODYSSÉE DE L'ESPACE), se souvient James Gray. ‘Deux possibilités existent : soit nous sommes seuls dans l'univers, soit nous ne le sommes pas. Les deux hypothèses sont tout aussi effrayantes.’ Et en y réfléchissant, je crois bien ne jamais avoir vu un film qui présentait l'hypothèse que nous sommes seuls. Du coup, j'ai pensé à développer cette idée, avec ce personnage qui fait des expériences dangereuses au cœur de l'espace, et l'histoire a commencé à prendre forme. Ensuite, je me suis demandé qui serait envoyé pour négocier avec lui. Cela pourrait être une histoire basée sur une relation père/fils, ce serait plutôt mythique. C'est comme cela que les éléments du film ont commencé à trouver leur place dans mon esprit."

James Gray, qui considère que AD ASTRA est un film ancré dans notre réalité et vraisemblable, ajoute " Je trouve que cette idée de voyage dans l'espace est à la fois magnifique et terrifiante. Je suis totalement pour l'exploration spatiale et les missions vers Mars. Mais parfois, exploration est aussi synonyme de fuite. J'espère que les gens comprennent à quel point il est important de soutenir l'exploration mais aussi de chérir notre planète. Il faut préserver la Terre et les liens humains, coûte que coûte".

Ethan Gross précise : "Ce film ne parle pas DU futur mais d'UN futur potentiel. Cela ne veut pas dire qu'il présente la vision que nous avons du futur. Ce film n'est pas une prédiction, il raconte juste ce qui pourrait se passer si l'exploration spatiale continue et que nous parvenons à coloniser la Lune, Mars, et plus loin encore.

"Ce film est presque une extension de la technologie spatiale des années 60 et 70, comme si celle-ci avait progressé telle quelle, sans la plupart des éléments qui caractérisent aujourd'hui les films de science-fiction."

James Gray admet qu'il a tendance à concevoir le progrès de manière optimiste et qu'il n'est pas réellement enclin à réaliser des films dystopiques dans lesquels la vision du futur est très négative. Cela étant dit, il ne souhaite pas non plus proposer des films où le futur ne serait que merveille et enchantement.

"En réalité, je pense que le futur ressemblera plus ou moins au monde dans lequel nous vivons aujourd'hui, admet-il, mais avec un peu plus de gadgets." "Nous avons effectué de nombreuses recherches afin que le film soit scientifiquement plausible. Nous souhaitions être précis, mais en faisant attention à ce que la technologie ne prenne pas le dessus sur l'histoire, qui reste la dynamique du film."

Le personnage de Roy est issu de leurs propres expériences.

James Gray raconte : "J'ai imaginé Roy comme une extension de pratiquement toutes les personnes que je connais, moi y compris, quelqu'un qui sait qu'il va quelque part mais ne sait pas réellement où. Roy croit qu'il sait ce qu'il veut et qu'il a réussi à l'obtenir, en partie du moins, mais en réalité quelque chose lui manque sérieusement. Il a un vide en lui qu'il lui faut combler, mais il n'arrive pas à mettre les mots dessus."

"Donc, la réelle mission de Roy est de trouver comment combler ce manque. Sa solitude, son incapacité à communiquer, le fait qu'il connaisse si mal les personnes qui l'entourent, sont le cœur même du film. Car plus il va créer de liens, plus les risques vont augmenter, que ce soient des risques concernant sa mission, ou bien des risques plus personnels. Par conséquent, il rencontre des gens mais ne se soucie pas de leur authenticité.

"Roy ne se sent réellement vivant que lorsqu'il sort de l'atmosphère terrestre, qu'il part explorer”, explique Ethan Gross. “C'est seulement là-haut qu'il se sent exister. Il entretient une relation avec une femme, Eve, qui tient à lui, et lui aussi semble tenir à elle, mais quelque chose le retient, le bloque, et le force d'une certaine manière à la repousser.

"Son incapacité à lier des relations intimes est clairement due à son père, qui l'a abandonné des années auparavant. Roy suit son schéma."

"Ce n'est pas quelqu'un qui est totalement seul, mais c'est un solitaire qui, en un sens, préfère vivre ainsi”, raconte James Gray. “Durant toute la première moitié du film, il doit faire face à ses problèmes personnels, et le fait de ne pas réussir à exprimer ses sentiments à ses proches, de tout garder secret, est pour lui une réelle cause d'anxiété. Il ne peut pas révéler aux autres qui il est vraiment. "

Durant sa mission, Roy est sans cesse contrôlé par des moniteurs, qui ne sont pas seulement là pour s'assurer de ses fonctions vitales.

"L'idée était de relever précisément son état psychologique parce qu'en de telles circonstances, entre cette potentielle catastrophe qui arrive, sa lutte intérieure concernant son père, son départ de la Terre, cela fait beaucoup à digérer pour une seule personne. Il apparaît logique que Roy soit totalement chamboulé par ce contexte, et son état psychologique est finalement plus à surveiller que son état physique."

"Au cours du voyage, Roy réalise qu'il tend de plus en plus à devenir comme son père”, ajoute Ethan Gross. “Et que c'est quelque chose qu'il ne désire absolument pas puisque ce dernier est en train de perdre sa propre humanité. Il doit donc mettre un terme à cela. Et, finalement, il est déterminé à retourner sur Terre, afin de devenir lui-même père, un être aimant, connecté aux autres, n'ayant pas peur de créer des liens intimes.”

En ce qui concerne le personnage de Clifford, les scénaristes se sont inspirés de Charles Conrad mais également de Herman Melville.

"Je suis un grand fan du roman Moby Dick, raconte James Gray. Pour moi, McBride est une sorte de Capitaine Achab. Il devient totalement obsédé par sa propre "baleine blanche", qui est pour lui la découverte de gentils aliens capables de nous apporter les réponses aux questions que l'on se pose tous."

"Le père de Roy a toujours voulu être la première personne à découvrir une forme de vie intelligente”, explique Ethan Gross, “mais des années ont passé et les scientifiques du Projet Lima ont perdu tout espoir de trouver un signe de vie extra-terrestre."

"Cependant, Clifford est un homme vaniteux, il est déterminé, il refuse d'abandonner. Il restera aux confins de la galaxie même après la mort du dernier membre de l'expédition, et continuera à chercher cette fameuse preuve de vie.

"La vie sur Terre ne l'intéresse clairement pas. La vie de ses co-équipiers scientifiques du Projet Lima non plus. Il ne tient à rien."

La rencontre de Roy avec Helen Lantos, qui a passé sa vie entière sur Mars dans une habitation sous terre marque un tournant fondamental pour lui.

Ethan Gross explique : "Elle représente l'envers de Roy. Comme lui, c'est une orpheline du Projet Lima. On l'a laissée seule sur Mars lorsque ses parents ont été sollicités pour rejoindre l'expédition de Clifford McBride. La douleur et la colère l'habitent constamment, mais à l'inverse de Roy elle a choisi de ne pas enfouir ses sentiments. Ils font partie d'elle et elle compose avec chaque jour de sa vie, et Roy se rend compte de cela.

"Elle se préoccupe des autres, explique James Gray, et personne ne lui dit rien. Roy est la première personne à se montrer honnête avec elle. En retour, elle en fait de même avec lui. C'est important car il a connu peu de personnes comme elle."

"Un lien se crée entre eux, et bien qu'il n'y ait rien de romantique là-dedans, c'est ce lien qui va le conduire à des actes de désespoir, et qui va faire qu'elle va l'aider à regagner le Cepheus pour prendre la direction de Neptune, même si elle a conscience que cela entraînera la perte de son travail, et peut être même plus."

Le personnage du Colonel Pruitt, le vieil ami de Clifford, a été pensé afin que Roy puisse obtenir des informations quant à la véritable nature de son père, et ses intentions. Pruitt est un des seuls à savoir ce qui est arrivé au père de Roy, ainsi que les réelles intentions de SpaceCom. Il représente la connexion humaine qui a toujours manqué à Roy."

"Il ne peut cependant pas accompagner Roy dans son voyage, explique James Gray. On veut qu'il aille avec lui, on veut qu'il soit une figure protectrice pour Roy, mais c'est quelqu'un de faible qui ne peut assumer ce rôle."

AD ASTRA a connu une longue période de préparation, ce qui n'est pas inhabituel avec James Gray. C'est entre la production de TWO LOVERS en 2008 et de THE IMMIGRANT en 2012 que James Gray et Ethan Gross ont commencé à parler d'un potentiel scénario se déroulant dans l'espace. Ils ont travaillé sur le script des années durant, puis la société de Rodrigo Texeira RT Features a décidé de développer le projet.

En 2016, lorsque Brad Pitt accepte de produire le film et d’interpréter le personnage principal, les choses s'accélèrent. Grâce aux accords entre sa société Plan B Entertainment et New Regency, il assure le financement et la distribution via la Twentieth Century Fox, ainsi qu'un co-financement par la société Bona Film Group avec des droits de distribution dans la Chine continentale, Taïwan, Hong Kong et Macao.

Le travail de production débute en août 2017.

LE CASTING

Cela a été une belle surprise pour James Gray que Brad Pitt accepte de jouer le rôle de Roy McBride. “Nous avons tenté à plusieurs reprises, pendant des années, de travailler ensemble, mais pour diverses raisons de timing cela n’a jamais abouti” se remémore le cinéaste. “Je suis heureux qu’il ait pu s’engager cette fois par rapport à notre calendrier de tournage”.

“J’aime depuis toujours les réalisations de James” déclare Brad Pitt avant de préciser : “Cela provient sans doute de ses vastes connaissances en histoire du cinéma. On retrouve toujours un certain classicisme dans sa narration, une élégance, qui le rapprochent des plus grands”.

“Nos premiers échanges ont porté sur la notion de connexion, notamment sur le sens qu’elle peut prendre chez un homme. Quel serait l’impact si on avait affaire à un être humain dépourvu de toute aptitude à créer du lien ? Mon personnage est très compétent dans une tour de contrôle ou dans l’espace, lorsque le danger est présent. Mais lorsqu’il s’agit d’un cadre plus intime, il est quasiment en situation de handicap”.

“Nous rencontrons Roy dans une étape de sa vie où plus rien ne fonctionne et il en est soudain conscient” poursuit l’acteur. “Et tandis qu’il traverse cette phase, il découvre que son père est peut-être encore en vie. Entre James et moi, la discussion tournait autour de l’idée de vulnérabilité. Que représente-t-elle ? Que signifie la force chez l’homme, et d’où provient-elle au juste ? Finalement, ce que nous nous efforcions de démontrer, c’est que précisément notre force est issue de notre vulnérabilité.

“La véritable confiance provient du fait que nous soyons, en tant qu’individus, capables de reconnaître nos faiblesses, nos lacunes, nos incertitudes, et au lieu de tenter de les dissimuler, que nous sachions nous montrer au contraire très ouverts. En effet, la vie m’a appris que c’est là une source de paix intérieure et de force, et c’est sans aucun doute l’antithèse de l’éducation qu’a reçue mon père.

“Voilà quelles ont été nos discussions en amont avec James Gray, qui m’ont convaincu de ce qu’il cherchait à montrer avec ce film” explique Brad Pitt.

“Brad remarque le moindre détail. Il est si perspicace que c’est un bon allié pour le réalisateur” souligne James Gray, “non seulement parce qu’il est, comme ici, également producteur, mais parce que c’est un acteur qui vous aide. Il ne s’intéresse pas uniquement à son rôle ; il est soucieux de l’ensemble de l’histoire.

“C’est quelqu’un d’intéressant. C’est une star de cinéma certes, il en a le look et le charisme, mais il montre une certaine ambivalence par rapport à ce statut. C’est un excellent et talentueux acteur, subtile, qui prend brillamment les directions qu’on lui indique puis les transforme en tout autre chose. Il agit avec nonchalance, à l’instar de James Stewart ou Spencer Tracy. On dirait presque qu’ils ne jouent pas. Mais leur jeu est incroyable ; c’est juste qu’on ne perçoit pas le travail.

“Je ne dis pas qu’il ne fait pas d’efforts” s’amuse James Gray, “je dis que c’est l’impression qu’il nous donne et c’est extrêmement gratifiant pour un réalisateur. Tourner avec lui a été fabuleux. Il est très généreux, de ses émotions et de son temps. Un réel plaisir.”

“Je dirais que AD ASTRA a trait aux films des années 70, la période d’où James semble tirer son langage cinématographique“ commente Brad Pitt. “J’entends par là que c’est un cinéma contemplatif, qui développe. À cela s’ajoutent des grands moments d’action qui procurent sur grand écran un spectacle époustouflant.”

Pour le rôle de Clifford, le père énigmatique et vénéré, la production a retenu un acteur sacré aux Oscars : Tommy Lee Jones.

“J’adore la science-fiction” déclare l’acteur, “et j’ai trouvé le scénario et l’histoire vraiment enthousiasmants”.

Selon Tommy Lee Jones son personnage est “un grand astronaute, un explorateur, qui devient un homme dangereux ; Un homme perdu.”

“Tommy Lee Jones est une personne on ne peut plus intense, et une légende qui plus est”, considère James Gray. “Il est explosif, sous tension. On ressent un vrai danger. La caméra braquée sur lui, il devient terriblement effrayant.

“Avec lui, il s’agit d’un processus intérieur, et quant au travail et aux directives à formuler, elles sont par la force des choses, très simples, très à propos, les réglages sont très fondés, puis il vous regarde, marque une pause, et enfin déclare ‘allez, faisons un essai’ “.

“Il fait une prise, on l’adapte un peu, et c’est beau, extrêmement préparé et précis, il fait exactement ce qu’on lui indique mais aussi ce qu’il pense être correct pour la scène. Comme je le soulignais, sa vie intérieure se fait très présente à l’écran. On peut ressentir une réelle noirceur, mais d’une belle manière. Il est formidable.”

“Par son sérieux, par le poids qu’il impose, Tommy Lee Jones convenait parfaitement pour incarner Clifford. Sa réputation d’être très intelligent et compétent est amplement justifiée, c’est un maître absolu. Il laisse une empreinte indélébile dans un film.” s’enthousiasme Brad Pitt.

Tommy Lee Jones, de son côté, dit “avoir aimé travailler avec James et Brad. C’était une partie de plaisir, une heureuse aventure”.

Pour interpréter Helen Lantos, la production a fait appel à l’actrice nommée aux Oscars Ruth Negga qui avait déjà partagé avec Brad Pitt l’affiche de WORLD WAR Z. Elle se réjouissait à l’idée de rallier l’équipe et possédait, selon James Gray, toutes les qualités pour donner à son personnage le rôle de catalyseur capable d’apporter empathie et compassion à Roy.

“Mon rôle est assez petit et concentré mais James tenait à ce que Helen soit en quelque sorte à l’origine de l’expérience humaine, même si elle n’apparaît pas trop à l’écran” analyse Ruth Negga.

James Gray explique qu’il fallait au personnage de Helen, “qui est née et a grandi sur Mars, une émotivité et une connexion particulière. J’avais vu Ruth Negga dans LOVING, et son jeu tout en profondeur m’a donné l’image d’une excellente comédienne.”

Un autre rôle bref mais essentiel, est celui du Colonel Pruitt. C’est le très aguerri Donald Sutherland qui l’interprète, heureux de se joindre à James Gray et à Brad Pitt pour un film qui selon lui “vaut la peine d’être vu et mérite qu’on en discute après coup. Si on parvient à réaliser un film capable de faire réfléchir les gens, c’est fantastique”.

“C’est un très grand acteur. Il arrive très préparé, à l’instar de Tommy Lee Jones, mais loin d’être très intériorisé, Donald Sutherland préfère travailler avec de nombreuses stimulations extérieures” observe James Gray.

“Il est en demande de directives, de dialogue, il souhaite une ambiance très ouverte sur le plateau”.

“Il donne beaucoup sur le tournage” confirme Brad Pitt. “C’est monumental pour moi d’avoir eu l’occasion de travailler et d’échanger avec lui, le grand Donald Sutherland, qui a participé à tant de mes films préférés.”

“James Gray a été charmant, il vous laisse faire, espérant que vous trouviez votre voie, puis il vous secoue un petit peu, vous donne un petit coup de pouce jusqu’à obtenir ce qu’il souhaite” explique Donald Sutherland à propos de la démarche du réalisateur. “Il est habile et c’est agréable de parvenir à combler ses désirs, à répondre à sa vision, et atteindre ses ambitions.”

Liv Tyler (LE SEIGNEUR DES ANNEAUX, ARMAGEDDON) joue Eve, la compagne de Roy, qui apparaît principalement dans des flashbacks.

L’équipage du vaisseau Cepheus est interprété par Donnie Keshawarz (Forever, Damages) dans le rôle du Capitaine Lawrence Tanner, Loren Dean (LA MULE, Gray’s Anatomy) qui joue le Lieutenant Donald Stanford, Kimberly Elise (DEATH WISH, HELLBENT), interprète de la spécialiste en navigation et géologue Lorraine Deavers, et Bobby Nish (Sons of Anarchy, So queuthland) qui incarne le médecin de bord Franklin Yoshida.

LES EXPERTS

On ne saurait faire un film de science-fiction authentique sans les conseils et les données des experts. Aussi, la production s’est tournée vers la NASA ainsi que vers diverses agences spatiales.

Garrett Reisman, astronaute à la retraite qui a effectué deux missions à bord de la Station spatiale internationale en 2008 et 2010, a dès le début de l’aventure, été une des sources d’information pour James Gray en termes de voyage dans l’espace. Bien qu’il ne soit intervenu au cours du tournage que lorsque les scènes nécessitaient son expertise, il a aussi accordé du temps au réalisateur lors de sa phase d’écriture.

“Nombre d’entre nous envisageons la manière de rendre viable la présence de l’homme sur une autre planète de notre système solaire, particulièrement sur la planète rouge, et nous songeons à la merveilleuse utopie que cela représente.” déclare l’astronaute. “Mais je pense que nous devons aussi considérer une autre perspective et nous interroger sur ce qu’il en résulterait si à la place de notre utopie nous arrivions à une dystopie.”

“Si nous en finissions avec l’attraction terrestre et transportions avec nos fusées et notre technologie de pointe l’humanité sur une autre planète, en exportant nos faiblesses avec nous ? Si cela tournait mal ? C’est ce que James Gray explore avec ce film.”

L’ingénieur en aéronautique Robert Yowell, qui a à son actif 30 ans de Programme Spatial depuis son entrée à la NASA en 1989, a également épaulé le réalisateur.

“James Gray souhaitait autant de réalisme que possible dans le film. J’ai annoté le scénario avec quelques suggestions. Ce qu’il recherchait en termes de réalisme était de l’ordre de la physique. Par exemple, est-il possible de tirer un coup de feu sur la Lune ? La réponse est oui, un révolver standard fonctionnerait dans l’espace ; une balle possède son propre système d’oxydation. Une autre interrogation était : peut-on parler depuis la Terre à quelqu’un sur Neptune en temps réel ? Et malheureusement, la réponse dans ce cas est négative. Pour ce qu’on en sait, la vitesse de la lumière est ce qu’elle est. Le délai est donc considérable en termes d’heures.”

“À quoi ressemblerait le sang en l’absence de gravité ? Quel aspect aurait un cadavre dans l’espace ? Ce sont des pensées assez macabres, mais un jour quelqu’un devra affronter ces éventualités. Et en effet, ces questions relèvent absolument de la physique.” poursuit Robert Yowell.

“James Gray avait également des questions concernant la radiation du nucléaire et des rayons gamma, le rayon neutronique, la matière et l’antimatière. Nos conversations étaient toujours passionnantes et ses questions mûrement réfléchies”.

James Gray se rappelle que toute l’équipe du groupe aéronautique Lockheed Martin lui est venue en aide : “Je leur ai posé toutes les questions qu’on puisse imaginer”.

Lors de la phase de pré-production, le réalisateur a organisé un “dîner des astronautes”, conviant, entre autres, divers experts de la NASA et des sociétés JPL (Jet Propulsion Laboratory) et SpaceX. “C’était un échange d’idées extrêmement riche et un éclairage sur leurs considérations par rapport à la direction que prennent les choses et la place qu’elles occupaient auparavant. En somme, il est parfois nécessaire de regarder en arrière pour pouvoir aller de l’avant. Cela a été un grand enseignement pour moi.”

LA PRODUCTION

Selon James Gray, “la tâche du réalisateur consiste à établir le contexte dans lequel d’autres personnes seront à même de créer et effectuer des choses formidables. Notre directeur artistique, Kevin Thompson, a ancré toutes ses conceptions sur des éléments tangibles, que nous pouvons comprendre. Nous avons observé avec beaucoup d’attention le Skylab et la Station spatiale internationale, ainsi que l’intérieur des navettes spatiales dans l’intention de les faire évoluer, toujours selon notre idée de futurisme vraisemblable.

“ Kevin Thompson a fait un travail exceptionnel mais qui s’est transformé pour moi en véritable défi car nous avons dû tourner dans des locaux très exigus - ce qui était le but puisque cela ressemble vraiment à cela. Il nous a fallu, en outre, construire les décors en double car nous avions besoin d’une version horizontale et d’une autre verticale. Par moments, Brad était accroché à un harnais à 9 mètres du sol et la caméra le suivait en contre-plongée, le laissant apparaître en suspension. Cela donne une impression d’apesanteur, mais c’était ardu.”

“C’était un scénario très existentiel, pas le typique film de science-fiction dans l’espace” précise Kevin Thompson.

“James était attaché à tous les détails de la Station spatiale internationale et à la vie de ces gens coincés dans des espaces confinés, tendant à la claustrophobie. L’aspect humain prévalait à ses yeux. Il était opposé à la vision futuriste d’un vaisseau de croisière imaginaire”.

“Il montrait aussi une forte curiosité pour tous les projets américains fondateurs de la NASA. Il ressentait l’astronef et comprenait le sentiment de solitude de l’homme hors de son vaisseau, sa taille infime au regard de la galaxie.” ajoute le directeur artistique.

James Gray a donné comme principale référence à son décorateur le documentaire FOR ALL MANKIND (Al Reinert, 1989) avec son image extrêmement contrastée. “James est très visuel” explique Kevin Thompson.

Pour un film qui se déroule avant tout dans l’espace, AD ASTRA utilise très peu de fond vert et d’images générées par ordinateur (CGI).

“C’est un postulat de départ que de réaliser les choses de manière matérielle, dans la mesure du possible” développe le directeur artistique. “Tous les moniteurs, les cockpits, les renforcements sont concrets pour répondre à l’esthétique et au ressenti voulu par James. Nous avons en revanche été contraints d’utiliser le fond vert pour les scènes tournées en extérieurs dans l’espace. ”.

James Gray confirme que son approche “visait autant que possible à l’authenticité. Pour nous, la Lune était plus ou moins un avant-poste extrêmement développé, parmi une série de bastions. Pour Mars, qui est en quelque sorte la dernière antenne habitée de notre histoire, nous nous sommes inspirés d’images d’une plate-forme scientifique de l’Antarctique de nos jours.” dévoile le réalisateur.

“Lorsqu’on tourne un film d’époque”, précise Kevin Thompson “tout ne provient pas forcément de cette époque-là. Nous avions un slogan ‘regarder le passé pour voir le futur’. Nous avons mélangé des éléments de différentes époques pour représenter l’idée d’une technologie nouvelle se heurtant aux choses du passé. Nous voulions un rendu relativement classique et intemporel”.

Dans AD ASTRA, vous ne verrez ni gadgets ni armes futuristes. “Nous avons fait un peu marche arrière, les gens utilisent encore le papier et les anciens systèmes de communication” explique Kevin Thompson.

“Nous ne voulions pas distraire le spectateur avec une technologie futuriste. Notre principal élément d’anticipation est un petit scanner car les écrans seront transparents et projetterons des images dessus. On a utilisé ces appareils mais aussi des tablettes et des écrans plats pour les images vidéo. Je pense que ces outils technologiques seront encore longtemps d’actualité, cela ne semblera donc pas daté.”

TROUVER LA TERRE, LA LUNE, MARS ET NEPTUNE DANS LA CITÉ DES ANGES

Pour la plupart des décors figurant la Terre, la Lune, Mars et Neptune, la production a choisi de tourner en décors naturels plutôt qu’en studios. Ce choix a impliqué de très vastes prospections dans le comté de Los Angeles. Kevin Thompson, Hoyte Van Hoytema et l’équipe de repérages ont arpenté des kilomètres pour trouver l’environnement répondant à la vision de James Gray.

Le régisseur d’extérieurs Chris Kusiak reconnaît que la recherche a été intense et qu’il a visité des lieux qui lui étaient inconnus.

“Nous avions besoin de plusieurs sites souterrains et Los Angeles n’est pas un lieu très indiqué pour cela comme le seraient au contraire les états de New York ou de Pennsylvanie.

Parmi les sites, on trouve un centre commercial abandonné du centre-ville de Los Angeles, qui abritait l’ancienne ligne rouge du métro et servait de terminal en-dessous du bâtiment. Un tunnel immense a retenu l’attention de l’équipe car il pouvait servir de sous-sol sur Mars et figurer le tunnel qu’emprunte Roy pour se faufiler dans le Cepheus lors de la nouvelle étape de son périple vers le Projet Lima. D’autres lieux du centre-ville ont également été utilisés tels que le Hall of Records et la Union Station.

Une ancienne imprimerie du Los Angeles Times à Orange County tient lieu de rampe de lancement pour le voyage dans la Lune. Quant à l’attaque des pirates sur la Lune, elle a lieu à Dumont Dunes, dans le désert de Mojave.

“La Terre, qui n’apparaît qu’un instant dans le film, est le seul endroit où nous avons utilisé de la lumière naturelle et des fenêtres avec un aperçu de l’extérieur” précise Kevin Thompson.

“À part la course à travers la surface lunaire jusqu’à SpaceCom, le seul endroit où ils ne sont pas en sous-sol sur la Lune est la chambre d’hôtel. Puis, nous descendons sous la surface.” ajoute-t-il.

“La Lune, son hall principal et ses tunnels, sont tous en béton ciré ou brut, dans une palette relativement neutre de gris et de marron car nous avons volontairement réservé les couleurs pour Mars.”

Pour nous figurer ce que Mars pourrait être, nous sommes passés par de vieux édifices aux formes bizarres. Nous n’avions pas d’idée arrêtée mais nous savions que ce serait aussi en souterrain. Nous tenions à nous éloigner des clichés et de ce que les gens connaissent déjà et nous avons fini dans une centrale électrique inoccupée. L’idée était que l’éclairage nous donne l’impression d’être dans un incubateur humide.”

LA LUMIÈRE DU FUTUR

Après INTERSTELLAR, c’est la seconde incursion dans l’espace pour le chef opérateur Hoyte Van Hoytema.

“Il entre en scène et c’est lui le chef” avoue James Gray. “Et je lui en suis très reconnaissant car il nous a apporté l’expérience qu’il a acquise sur le film de Christopher Nolan, concernant bon nombre de manipulations techniques dont j’ignorais tout, notamment tourner avec l’apesanteur, filmer sur des décors à la verticale et à l’horizontale et comment y parvenir de manière efficace et rationnelle.”

“Il a sa propre équipe, fidèle à ses côtés sur chaque tournage et entièrement dédiée à servir le film. Ils sont épatants.”

Le directeur artistique confirme que le choix de tourner en support film plutôt qu’en numérique a été une aide appréciable pour le rendu des atmosphères des différentes planètes.

“En filmique on capture bien davantage l’image et on obtient des détails impossibles à avoir en version digitale. Le centre de communication sur Mars, la rotonde et la salle Shunga reflètent ainsi une atmosphère colorée par une lumière au ton gris-orangé mélangée à une brume qui renforce la sensation d’humidité.”

LES VÊTEMENTS DU FUTUR

“Lorsqu’on pense à des costumes de science-fiction, la difficulté est que la moindre poche ou fermeture éclair va immédiatement dater le vêtement.” constate James Gray. Je souhaitais faire appel à un styliste totalement étranger à l’univers de la science-fiction”.

“Lorsque j’ai contacté Albert Wolsky, je lui ai apporté un recueil que j’ai intitulé Moon Fire, qui rassemble des photos de Buzz Aldrin, Neil Armstrong et Michael Collins chez eux, montrant ainsi la manière dont s’habillent des ingénieurs avec de simples cols roulés et des chemises à manches courtes à carreaux.”

Le célèbre créateur de costumes doublement primé aux Oscars pour les films QUE LE SPECTACLE COMMENCE et BUGSY a rapidement compris le souhait du réalisateur. “James voulait un look banal, ordinaire. J’ai parfaitement saisi ce qu’il voulait, mais encore faut-il imaginer comment rendre banal et ordinaire un vêtement dans cent ans. Le travail s’est avéré difficile car le résultat devait être totalement invisible. La consigne était claire, la garde-robe ne devait en aucun cas faire déguisement.”

James Gray a demandé à Albert Wolsky de respecter au mieux les combinaisons spatiales des hommes du programme Apollo, c’est pourquoi le résultat est différent des autres films de science-fiction où les combinaisons ont été réinventées.

“On est resté le plus proche possible de l’original mais la vraie combinaison pèse dans les 13 kilogrammes. On a donc réduit son poids de moitié en conservant la ressemblance au maximum. Les combinaisons spatiales sont équipées d’un dispositif de refroidissement, d’une matière qui se dilate ou se contracte par la pression et bien sûr d’un ordinateur. C’est un véritable univers là-dedans. À vrai dire, nos costumes étaient équipés du même système de refroidissement que les combinaisons véritables, pour que les acteurs n’étouffent pas de chaleur à l’intérieur”.

James Gray se dit ravi “que les costumes ne se remarquent même pas. Les gens portent tout simplement ce qu’ils doivent porter, et ce n’est pas si évident en matière de sciencefiction”.

Le tournage du film AD ASTRA, conclut James Gray, a été un “Voyage fantastique”.  

Source et copyright des textes des notes de production 
@ Twentieth Century Fox France

  
#AdAstra


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