mardi 16 janvier 2018

VERÓNICA


Épouvante-horreur/Une réalisation intéressante, bonne construction d'ambiance, très bien interprété, le scénario reste un classique du genre

Réalisé par Paco Plaza
Avec Sandra Escacena, Bruna González, Claudia Placer, Iván Chavero, Consuelo Trujillo, Ana Torrent, Ángela Fabián, Carla Campra...

Long-métrage Espagnol
Durée: 01h45mn
Année de production: 2017
Distributeur: Wild Bunch Distribution

Date de sortie sur les écrans espagnols : 25 août 2017
Date de sortie sur nos écrans : 24 janvier 2018

LE FILM D’HORREUR N°1 AU BOX-OFFICE ESPAGNOL


Résumé : À Madrid, après avoir participé à une séance de spiritisme avec ses amies, une jeune fille est assaillie par des créatures surnaturelles qui menacent de s'en prendre à sa famille.

Le seul cas d’activité paranormale officiellement reconnu par la police espagnole.

Bande originale 1 (VOSTFR)



Bande originale 2 (VOSTFR)



Ce que j'en ai pensé le réalisateur Paco Plaza adopte un point de vue proche du documentaire pour nous introduire cette histoire inspirée de faits réels (ou du moins rapportés comme tel dans un rapport de police). Le film nous fait suivre la descente aux enfers d'une jeune fille possédée par des esprits malins. La reconstitution de l'ambiance du début des années 90 en Espagne est très maîtrisée. Elle témoigne d'une époque où les téléphones avaient des fils et où il n'était pas possible de demander à Google comment régler ses problèmes. Cela ajoute à la tension propre au désespoir de cette jeune fille face à une situation qu'elle ne comprend pas et qui l'isole. Bien que l'intrigue traverse les habituelles manifestations propres aux événements paranormaux liés aux possessions, la façon qu'à le réalisateur d'enrouler des faits étranges autour du quotidien est efficace. Les effets spéciaux sont classiques, mais ils sont en adéquation avec l’atmosphère du quotidien évoqué ici et ils demeurent inquiétants à l’écran. Sans vraiment parler de peur, on reste curieux face au déroulement de cette histoire et l'angoisse se rappelle à nous par moments. 



Les jeunes acteurs sont supers. Venica est interprétée par Sandra Escacena qui est tout à fait convaincante dans son portrait d'une adolescente sensible et responsable, ce qui aide à crédibiliser l’histoire présentée ici. 



Les petites sœurs de Venica, Lucia et Irene, sont respectivement interprétées par Bruna González et Claudia Placer. Ces deux petites filles sont attachées à leur grande sœur et lui offrent leur confiance. Quant au petit Antonito, le benjamin, il est interprété par le très chou Iván Chavero. Cette fratrie est attachante, ce qui participe à augmenter l’intérêt du spectateur par rapport à leur sort.



VERÓNICA ne renouvelle pas le genre de la possession démoniaque, cependant, il fait bien le travail, notamment pour construire son ambiance spécifique et replacer l'histoire dans le contexte de l’époque. Il plaira aux amateurs du genre, tout en impressionnant ceux ou celles qui ne se sont jamais frottés aux esprits malins au cinéma.

Crédit photos © 2018 Wild Bunch

NOTES DE PRODUCTION

(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

NOTE DU PRODUCTEUR, ENRIQUE LOPEZ LAVIGNE

Le projet a vu le jour à l’automne 2007, à la suite d’une conversation avec un policier de la brigade criminelle qui nous a fourni des informations au sujet d’une affaire non résolue, en lien avec un phénomène paranormal. S’agissant d’une enquête de police, ce dossier avait un intérêt supplémentaire pour nous autres producteurs, parce que l’affaire a fait parler d'elle sur Internet, et que nous travaillons avec Iker Jiménez, producteur d'émissions de télé et de radio. Les multiples facettes de l’affaire, la force d'un drame familial, et la dimension paranormale sont autant d'ingrédients particulièrement stimulants pour la création d’un film au moment où le cinéma espagnol triomphe grâce à ses jeunes prodiges qui évoluent en Espagne mais aussi partout à travers le monde. En 2009, notre choix s’est tout de suite porté sur un jeune scénariste du nom de Fernando Navarro, qui nous a aidés à jeter les bases d’une histoire alliant horreur et drame familial. Ce mélange surprenant est nourri de références à une histoire vraie que nous avons un peu modifiée. L’héroïne est une adolescente du nom de Veronica qui meurt des suites d’une crise d’épilepsie causée par des visions et autres phénomènes étranges restés inexpliqués. 

La principale difficulté à laquelle nous avons été confrontés est que l’adolescente meurt à la fin sans que l’on puisse expliquer pourquoi, laissant ainsi le spectateur sur sa faim face à ce dénouement particulièrement frustrant. Nous avons fini par nous dire qu’un réalisateur innovant pourrait trouver une solution à ce problème. Nous avons donc fait appel à Paco Plaza, réalisateur de [REC], la saga la plus populaire du cinéma espagnol. 

Paco a étudié le projet, s’est donné beaucoup de mal pour trouver une solution mais a fini par nous avouer en 2010 qu’il n’y était pas parvenu. Nous avons donc mis VERÓNICA de côté et avons depuis produit douze films pour la société de production Apache qui n’avaient cependant pas le potentiel de cette histoire. 

Quatre ans plus tard, Paco m’a rappelé. Il était en discussion depuis des mois au sujet d’un projet international, ce qui lui convenait plutôt bien, mais voulait me reparler de cette histoire qu’il ne pouvait pas s’ôter de la tête. 

Paco avait finalement trouvé une solution à notre problème grâce à Fernando Navarro. Nous pouvions donc maintenant raconter l’histoire de Veronica, qui vit avec sa famille dans un appartement dans le quartier de Vallecas à Madrid et qui décide un jour de jouer avec une planche de Ouija. 

Paco demande alors une équipe de professionnels de haut niveau et sollicite la possibilité d’explorer toutes les options possibles de l’histoire : celle-ci se déroule dans un appartement avec des acteurs victimes d’une force inconnue, capable de provoquer une attaque cardiaque chez une adolescente et de la faire mourir de peur. 

Le réalisme émanant d’une histoire inspirée de faits réels nous a aussi permis d’explorer la dimension humaine de cette histoire. Nos influences les plus évidentes sont peut-être CAMINO de Javier Fesser et L’EMPRISE de Sydney Furie. Dans ces deux films, c’est une femme victime d’événements incontrôlables qui tient le rôle principal. On a un personnage très humain qui doit faire face à des événements inexplicables. 

Le film, tourné dans le quartier de Vallecas à Madrid, parle une langue universelle : celle de l’émotion et de l’action. 

NOTE D'INTENTION DU RÉALISATEUR, PACO PLAZA

PEUT-ON MOURIR DE PEUR ? 

Pour la première fois de l’histoire de l'Espagne, un rapport de police révèle la présence d’éléments surnaturels inexpliqués lors d’une enquête. Les agents de police ont affirmé dans un document officiel avoir été témoins de phénomènes qui leur étaient inconnus. Ils affirment aussi que certains phénomènes étaient complètement inexplicables. C’est ce qu’on appelle désormais l’affaire Verónica. 

Produire un film inspiré de faits réels représente une immense responsabilité. C’est un défi de taille que de raconter ces événements en raison des preuves terrifiantes que nous possédons et du dénouement tragique. En tant que spectateur d’un film d’horreur inspiré de faits réels, on ne peut s’empêcher de se demander ce qui est vrai et ce qui relève de l'imagination et qui a été intégré pour créer un effet d’autant plus fort sur le public. Quand on lit les mots inspiré de faits réels, on ne peut qu’être pris de frissons et se demander si ce genre d'événements pourrait vraiment se produire dans la réalité. 

Réaliser ce film sur ce qu'on a surnommé le dossier Vallecas nous confronte à la difficulté d’agencer, dans un intérêt dramaturgique, le nombre considérable de détails, de témoignages et de preuves liés à l’affaire. Le problème le plus difficile à résoudre a été la façon d’aborder les faits, le terrible destin de notre héroïne. La solution la plus évidente à nos yeux a été la narration à la première personne du cauchemar vécu par l’adolescente. 

Verónica règne sur un monde enfantin imaginé par ses frères et soeurs au sein de leur appartement ; la porte d’entrée représente le dernier rempart contre la folie et les enfants se réfugient derrière elle pour faire face aux événements terrifiants qui se produisent. Verónica se retrouve prise entre enfance et adolescence, comme pour faire écho au monde qui l’entoure. L’Espagne du début des années 90, d’avant les Jeux Olympiques de Barcelone, traverse sa propre adolescence et se tourne peu à peu vers l’âge du numérique, et tente de devenir un pays moderne. 

L’image que j’ai souhaité donner dans ce film, c’est celle de l’enfant qui devient femme, qui abandonne le monde magique de l’enfance. Il s’agit de dresser un portrait fidèle de Verónica et de l’environnement dans lequel elle évolue sans se poser la question de l’analyse rationnelle. C’est en cela que le film offre un regard de terreur de façon naturelle ; on ne veut pas de quelque chose d’imposé de l’extérieur, mais on adopte plutôt le point de vue de l’héroïne. 

Parfois, avec Fernando Navarro, le coscénariste, on se disait en plaisantant qu’on voulait que le film ressemble à un remake d’un film de Carlos Saura, mais qui aurait été réalisé par James Wan. Cette petite blague révèle pourtant bien l’essence du film : Verónica et ses frères et soeurs évoluent dans un monde où ils sont comme de petits Robinsons abandonnés par leurs parents qui passent leur temps au travail ; le cauchemar est renforcé par leur point de vue d’enfant qui crée un univers effrayant, jusqu’au dénouement tragique. 

Le directeur de la photographie, l’équipe artistique, mais aussi le jeu des acteurs, nous ont permis de construire cet univers, de recréer une vision idéalisée de l’esprit du début des années 90. Les références culturelles et visuelles sont puisées dans cette époque, mais la façon de filmer est tout à fait actuelle. 

Ce mélange de réalisme et d’horreur se rapproche de [REC], même s’il y a aussi de nombreuses différences entre les deux films. Si l’horreur fonctionne dans [REC], c’est grâce aux archétypes bien identifiables du lieu, mais aussi l’impression que l’on donne à voir un monde réel et familier dans lequel on a tenté d’insérer des éléments caractéristiques du genre. 

Le seul véritable point commun entre ces deux films, c’est cet esprit. Dans [REC], le mouvement de la caméra est vif et brutal parce qu’il adopte le point de vue du personnage, ce qui a un effet particulièrement télévisuel. VERÓNICA est un film de genre. 

L’esthétique est sublime, inspirée par les innovations de Luis Cuadrado, mais dans un style gothique. Le langage est sophistiqué, mais sans laisser de côté la nature spectaculaire du film d’horreur ; la bande-son est bien pensée et permet de sublimer l’image, sans mettre en péril l’expérience sensorielle. On se glisse complètement dans la peau de l’héroïne, on adopte son point de vue mais aussi tous ses autres sens. On tente de communiquer au spectateur la terreur de Verónica lors de ces événements d’un point de vue presque subjectif. 

Dans la dernière partie du film, on trouve un plan séquence de 20 minutes. On y évolue aux côtés de Verónica tandis qu’elle affronte son pire cauchemar sans aucune coupure, si bien que le spectateur se retrouve en complète immersion. On va voir de nos propres yeux cette présence inconnue qui la hante, mue par le désir d’abolir la frontière entre son monde et le nôtre. 

J’essaye de me mettre dans la peau de cette adolescente terrifiée et d’y inviter le spectateur par la même occasion, tout en conservant l’équilibre entre la perte de l’innocence et l’horreur. Quand je pense au style du film et à la prestation de la comédienne, j’ai l’impression qu'il s'inscrit dans la lignée de CRIA CUERVOS, ou qu'il est un proche cousin de LAISSE-MOI ENTRER. Il s’agit bien d’un récit traditionnel de perte d’innocence, mais c’est aussi un film d’horreur atroce et terrifiant. On s’intéresse bien sûr à la psychologie des peurs enfantines, mais on veut aussi que le spectacle soit effroyable et particulièrement intense. On souhaite que les gens face à l’affiche du film qui annonce ‘inspiré de faits réels’ se disenta est-ce que c’est vraiment arrivé ? tandis qu’un frisson leur parcourt le dos. Et qu’ensuite une petite voix leur réponde oui.

  
#VeronicaLeFilm


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