vendredi 22 décembre 2017

KEDI - DES CHATS ET DES HOMMES


Documentaire/Joli et touchant par son message sur l'impact de ces félins sur l'humanité

Réalisé par Ceyda Torun
Long-métrage Turc/Américain 
Titre original : Kedi
Durée: 01h19mn
Année de production: 2016
Distributeur: Epicentre Films

Date de sortie sur nos écrans : 27 décembre 2017

KEDI a été lauréat du MEILLEUR PREMIER FILM DOCUMENTAIRE
lors de la cérémonie 2017 des 

Le distributeur Epicentre Films et la Fondation 30 Millions d’Amis s’associent pour la sortie de "KEDI – des chats et des hommes".

Une part de votre ticket de cinéma pour aller voir le film sera reversée à la Fondation 30 Millions d’Amis pour une campagne nationale et internationale de stérilisation des chats, "une action indispensable pour protéger et maîtriser la reproduction des félins" .

"Vous allez comme moi être éblouis par le film (...) un documentaire poétique, véritable ode aux chats mais aussi à la cité mythique d’Istanbul qui leur sert d’écrin."
Reha Hutin, Présidente de la Fondation


Résumé : Des centaines de milliers de chats vagabondent dans les rues d’Istanbul. Pendant des milliers d’années ils sont allés et venus dans la vie des gens, devenant à cette occasion une part essentielle des communautés qui font la richesse de la ville. Sans maîtres, ils vivent entre deux mondes, ni tout à fait sauvages ni tout à fait domestiqués – et ils apportent joie et raison d’être à ceux qu’ils choisissent d’adopter. À Istanbul les chats sont le meilleur miroir de la vie des gens

Bande annonce (VF)


Ce que j'en ai penséce documentaire est bon pour l'esprit et le cœur. On le sait depuis longtemps, les animaux apaisent et soignent des tas de maux chez les Hommes. Avec ce film, Ceyda Torun, la réalisatrice, nous en montre un exemple plein de tendresse avec des portraits de chats aux personnalités bien dessinées dans la magnifique ville d'Istanbul. 


Elle nous offre une invitation au voyage avec ses superbes plans de la ville. Nous faisons également la connaissance de quelques habitants dont la vie est influencée par ces envahisseurs aussi attachants qu'utiles. 


Nous partons à la rencontre des félins qu'elle suit fort habilement de sa caméra. Tous ceux qui ont eu un chat un jour savent que ces animaux mystérieux tissent une relation avec les humains qu'ils choisissent et que ce sont eux qui fixent les règles. Et en effet, les Stambouliotes vivent au quotidien ce lien étrange, mais solide défini par ces animaux qui chassent les vermines, demandent et donnent de l'attention et offrent par leur présence une forme d'apaisement non négligeable. Les images sont belles et les animaux formidables. Ce qui marque surtout, c'est à quel point ces chats font ressortir l'humanité dans ce qu'elle a de meilleur : s'occuper des autres, venir en aide aux plus fragiles, protéger, laisser vivre, accepter les différences de caractères... 










KEDI, DES CHATS ET DES HOMMES est un très joli documentaire à découvrir au cinéma. Il est bon pour le moral et c'est un plaisir des yeux. Même si on n'est pas un amoureux des chats, il apprend aux spectateurs à les voir sous l'angle de leur vraie nature, sauvage, intense, tendre et maline. Intéressant et convaincant.



NOTES DE PRODUCTION
(Á ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Entretien avec la réalisatrice Ceyda Torun
« À Istanbul, un chat est plus qu’un chat. Il incarne le chaos indicible, la culture, la singularité qui font l’essence d’Istanbul » Y. Barlas

Comment avez-vous travaillé avec les chats errants d’Istanbul ?

Les chats qui vivent dans la rue à Istanbul sont généralement très à l’aise avec les gens et ça leur plaisait que nos cameramen les suivent. En revanche, ils étaient plus méfiants, en présence de la voiture télécommandée que nous avions transformée en caméra. Soit ils s’enfuyaient, soit ils jouaient avec, quand ils ne l’attaquaient pas ! Ils étaient capables de fixer l’objectif géant de la caméra pendant de longs moments. Sans doute voyaient-ils un œil immense qui les scrutait ? Ça avait l’air de les ravir d’être regardés ainsi. Nous tenions à ne pas les manipuler pour les faire « jouer ». Cependant, le cas de figure ne s’est jamais présenté. Ils étaient tout à leurs habitudes et quand on les observe de près, on se rend compte que leurs rituels sont prévisibles.

Nous avions toujours deux caméras placées sur eux. Charlie Wuppermann et Alp Korfali se mettaient d’accord pour savoir quels objectifs ils allaient utiliser pour la journée. De sorte qu’ils savaient toujours qui ferait les gros plans et qui filmerait en plan large, à chaque fois qu’un événement survenait. Ma seule intervention relative à la « direction d’acteurs » a consisté simplement à m’asseoir parmi les chats et à les caresser, pendant que Charlie ou Alp faisaient la mise en place et préparaient le cadre. Quand ils avaient terminé, je me retirais doucement du cadre. Notre plus grand défi était de nous approcher des chats sans qu’ils viennent nous demander des caresses ou qu’ils sautent sur nos genoux.

Avez-vous utilisé des équipements spéciaux pour filmer les chats ?

Pendant la préparation du film, nous avons vite pris conscience du mal de dos terrible qu’occasionnerait un filmage si près du sol et du danger aussi que c’était. On aurait pu facilement nous faire percuter par une voiture. Mais ce que nous avons filmé est très cinématographique et profite à l’histoire. Charlie a conçu une plate-forme pour les caméras, avec des moniteurs et un très long manche, afin de nous permettre de contrôler la mise au point. Les chats se déplacent aussi bien à la verticale qu’à l’horizontale dans toute la ville. Pour ne pas perdre leur trace, il nous fallait les avoir constamment dans notre champ de vision. Cependant, nous devions fréquemment frapper aux portes pour pouvoir accéder aux balcons ou dans les caves des gens. Si les chats se faufilaient dans des endroits interdits comme les voies ferrées ou un immeuble privé à l’abandon, nous nous séparions pour couvrir les issues les plus accessibles. Dans l’ensemble, les individus que nous avons rencontrés grâce aux chats étaient nos informateurs. Ils nous téléphonaient pour nous dire que tel chat était réapparu. Nous nous précipitions alors pour filmer. Il arrivait souvent que les chats se présentent à l’ouverture d’un café ou d’un restaurant ou bien quand une personne, qui les nourrit régulièrement, commence sa tournée. Ils avaient l’air d’avoir une horloge interne.

Quelles relations entretiennent les Stambouliotes avec les chats ?

Quand nous avons conçu le projet du film, ce qui nous plaisait le plus était la façon unique dont les chats sont traités à Istanbul, qui n’est pas très éloignée du traitement réservé aux vaches en Inde. Pour la population, qui est majoritairement musulmane, les chats sont quasi sacrés. Ils sont d’ailleurs cités à plusieurs reprises dans des histoires autour du prophète Mohammed. Comparée à l’approche hygiéniste en vigueur en Europe et aux États-Unis, où les chats des rues sont capturés et pris en charge, et à celle d’Asie et des pays arabes où ils sont traités avec indifférence, l’approche choisie par les habitants d’Istanbul consiste à s’occuper d’eux tout en préservant leur indépendance : elle offre de ce point de vue une nouvelle perspective pour comprendre la culture de la ville, et plus globalement la façon dont nous appréhendons la vie.

Quel est le sort le plus enviable pour les chats ? Vivre dans la rue ou en appartement ?

Aucune de ces options ne convient tout à fait. Ceux qui ont été enfermés ont un comportement fantasque et sautent même parfois par les fenêtres. Et puis il y a les chats des rues dont personne ne s’occupe et qui sont sales et affamés. Les chats les plus heureux étaient, à coup sûr, ceux qui étaient capables de s’adapter à ces deux mondes. En somme, ceux qui pouvaient aller et venir à leur guise, en ayant la sécurité et le confort d’un foyer et une personne chez qui retourner. Beaucoup d’habitants se disent exaspérés par les chats. Mais quand on discute avec eux et qu’on analyse la situation, on se rend compte que leur aversion vient plus de leurs problèmes psychologiques que des chats. Nous avons rencontré des gens qui détestent vraiment les chats mais c’était presque impossible de décrocher un entretien avec eux, parce qu’ils étaient très fermés aux autres et ne parlaient même pas à leurs voisins.

Comment avez-vous financé le film ?

S’il n’y avait pas eu cet effet de mode autour des chats sur Internet, ce film aurait été impossible à financer il y a dix ans. De plus, il n’aurait jamais été soutenu comme il l’est aujourd’hui. Nous souhaitions conserver notre indépendance, en ne recevant pas de financements d’un quelconque gouvernement, ce qui nous autorisait à montrer ce que l’on souhaitait dans le film. En conséquence, notre seule option était de faire appel à des investisseurs privés. Quand nous avons rédigé la note d’intention de notre projet, nous avions peu de films sous la main auxquels nous référer. Les seuls chiffres que nous étions en mesure de fournir étaient le nombre de vues, relatif aux vidéos de chats sur Internet. Toute l’élaboration du film a été un défi pour nous car nous savions que nous voulions faire un documentaire très différent des vidéos de chats. Mais nous n’avons jamais cessé de croire qu’il y a, dans le monde entier, beaucoup d’amoureux des chats.

Comment vous êtes-vous documentée pour le film ?

Nous nous sommes d’abord rendus à Istanbul à l’été 2013 pour voir quel film nous pourrions faire. Nous avons arpenté les différents quartiers de la ville et discuté avec les personnes qui s’occupaient des chats. Ce sont elles qu’on retrouve dans le film définitif. L’année suivante, des producteurs ont fait des recherches pour nous, pendant trois mois, sur le terrain. Ils ont repris notre travail de repérages dans les quartiers, afin de trouver des histoires qui seraient les fils narratifs du film. Quand nous avons débuté le tournage, nous avions 35 histoires de félins. Pendant les trois mois de fabrication du film, nous n’avons pu suivre que 19 d’entre eux car tous ne se présentaient pas aux endroits où on les attendait. Finalement, au montage, nous avons retenu les sept histoires qui forment le film définitif. Le critère de sélection des « humains » était l’éclairage qu’ils pouvaient donner sur leurs relations avec les chats. Nous avons choisi des personnes ordinaires, rencontrées dans la rue, sélectionnées aussi parce qu’elles connaissaient un chat en particulier et avaient noué avec lui une relation. Nous nous sommes entretenus avec ces « experts », en fonction de leurs domaines d’activités. Nous avons interviewé de nombreux artistes, des musiciens, des philosophes et des professeurs de tous horizons : tous étaient des amoureux des chats et en conséquence, avaient un regard unique sur eux.

Comment avez-vous évité l’écueil de l’anthropomorphisme ?

A l’évidence, les individus plaquent sur les chats des caractéristiques qu’ils voient en eux ou des traits de caractère qu’ils n’aiment pas. Nous faisons la même chose avec tout ce qui nous entoure, y compris avec les voitures à qui l’on donne un nom parfois ! C’est la raison pour laquelle c’était si fascinant d’écouter les gens parler des chats. Cet attachement que l’on a pour eux nous permet non seulement de connaître les gens un peu mieux mais aussi d’apprendre davantage sur nous-mêmes. Les divergences que j’ai pu observer sur la vraie nature des chats et la manière dont les personnes les percevaient sont révélatrices de notre appréhension limitée du monde. Je suis sincèrement convaincue que les chats, plus que tous les autres animaux, sont dotés d’une personnalité. Contrairement aux chiens qui sont croisés depuis des centaines d’années, les chats sont fidèles à ce qu’ils sont. C’est pour cela qu’ils donnent l’impression de « connaître l’existence de Dieu ». Ils n’ont pas été élevés dans le culte des humains. Ils sont complètement autonomes et capables de prendre soin d’eux, sans l’intervention de l’homme. Quand ils décident de se tenir à nos côtés, c’est très gratifiant car c’est un choix qu’ils font.

Pourquoi trouve-t-on ces références à l’Islam dans votre film ?

J’étais contente d’intégrer des références à l’Islam et à Allah, dans un contexte plus positif que celui d’aujourd’hui. Cela explique en grande partie pourquoi les gens s’occupent des chats. Il y a en effet beaucoup de références au prophète Mahomet et aux chats qui l’auraient sauvé d’une morsure de serpent venimeux. On raconte aussi comment sa chatte s’endormait sur le bas de son habit. Quand il devait partir pour la prière, il préférait couper le tissu, plutôt que de la réveiller. C’est souvent une manière d’évoquer la compassion et le respect que l’on doit aux autres, ce qui est un fondement des enseignements du Prophète.

La ville d’Istanbul constitue un personnage capital du film, au même titre que les chats.

Je voulais étudier les différentes mutations de la ville, autant que la relation très ancienne, liant les hommes et les chats. Il m’importait aussi de représenter la ville sous un angle inédit, loin de celui qu’on trouve dans les films ou les documentaires. Beaucoup de Turcs ont fait des documentaires sur Istanbul d’autres sortent encore actuellement, et à chaque fois, la ville est montrée de manière simpliste. On retrouve toujours les cinq mêmes angles de vue sur les mosquées, le pont du Bosphore ou le Grand bazar. Istanbul est bien plus que cela et je voulais partager cet aspect de la ville avec d’autres personnes. Rappeler aussi aux Stambouliotes à quel point leur ville est belle. Ils sont si occupés qu’ils ne la voient plus.

Entretien réalisé par Sandrine Marquès

A la rencontre des chats



Istanbul : les chats comme des pachas !
Extrait de l’article écrit par Volker Saux pour GEO EXTRA

Difficile de savoir précisément à quand remonte l’arrivée des félins dans les rues de Cihangir et à Istanbul en général. Au XVIIe siècle déjà, le voyageur Jean de Thévenot s’étonnait dans son Voyage du Levant que des riches Turcs mourant lèguent de l’argent pour nourrir les chiens et les chats des rues. 

«Historiquement, ces derniers ont été amenés ici par des marins venus de tous les coins du globe, avance Arif Asci, un photographe qui a publié en 2009 un livre sur les chats d’Istanbul. Chaque navire en avait à bord pour protéger le grain des rats. Mais quand les chats faisaient beaucoup de petits pendant les longues escales, les marins en laissaient quelques-uns dans le port. On retrouve le même phénomène dans d’autres villes côtières. » 

Ces voyageurs opportunistes ont proliféré, jusqu’à s’inscrire dans le paysage de la cité. Aujourd’hui, on continue à en croiser un peu partout : auprès des pêcheurs de Karaköy à l’entrée de la Corne d’Or, dans les jardins de la grande et splendide mosquée Süleymaniye, ou encore sur l’avenue Istiklal, la principale artère piétonne de l’ex-Constantinople. Les chats se concentrent néanmoins dans des aires propices : des parcs comme ceux d’Abassaga ou de Nisantasi, et des vieux quartiers tortueux, riches en recoins et en interstices, loin de l’urbanisation galopante de cette mégalopole aux 15 millions d’habitants. Comme Kuzguncuk, sur la rive asiatique, et surtout Cihangir, « où le chat est aussi sacré que la vache en Inde », s’amuse l’Anglaise Hilary Sable. 

Ici, les félins sont considérés comme des créatures pures, aimées du Prophète Pourquoi cet attachement ? Pour certains, il remonte à l’époque où les chats servaient à écarter les rats des habitations, et où ils épargnèrent ainsi à la cité les ravages de la peste noire. Pour d’autres, il tient plutôt à l’islam : «Dans les hadiths, paroles et gestes du Prophète, on rapporte que Mahomet préféra couper le pan de sa tunique plutôt que de déranger un chat qui s’y était endormi. Aux personnes qui s’étonnèrent de son geste, il aurait dit : « L’amour du chat fait partie de la foi. » 

Le chat, bien que carnassier, est considéré comme une créature pure. « Contrairement aux chiens, il est autorisé à entrer dans les habitations » écrit Catherine Pinguet, chercheuse associée au CNRS et spécialiste de la cité du Bosphore (elle a notamment participé à la rédaction d’Istanbul : histoire, promenades, anthologie et dictionnaire, éd. Laffont, 2010). Cela expliquerait, entre autres raisons, l’accueil bien moins sympathique réservé ici aux chiens des rues. En 1910, le parti Jeunes-Turcs tenta d’éradiquer les canidés, qui eux aussi pullulaient, en les déportant sur un îlot désert où ils s’entretuèrent. Jamais sort aussi cruel ne fut réservé aux chats. Les habitants de la ville, eux, ne théorisent pas longuement sur leur amour des félins. Ils évoquent plutôt le « respect des êtres vivants », et une culture locale qui les pousse à prendre soin de ces paisibles voisins à quatre pattes. En réalité, tout se passe comme si ceux-ci avaient ici un statut hybride, mi-sauvages, mi-domestiques des chats publics dont le maître serait la collectivité, en quelque sorte. 

« A Paris ou à Londres, les gens ont une relation très amicale avec leurs chats domestiques. Mais il n’y a pas de chats des rues, ou alors ils sont mis en refuge et euthanasiés. En Turquie, la plupart des gens ne veulent pas avoir d’animal domestique, ce qui est considéré comme un luxe. Du coup, ils préfèrent s’occuper de ceux des rues », explique Lizi Behmoaras, une écrivaine qui entretient quatre chats dans le quartier de Kuzguncuk. La loi turque de protection animale de 2004 reconnaît d’ailleurs les droits des animaux « domestiques sans propriétaires ». A Istanbul, l’entretien des chats des rues ne dépend pas seulement des efforts des habitants et des vétérinaires qui leur consentent des ristournes. Il repose aussi sur l’action des belediye, les districts qui composent la ville. Dans celui de Besiktas par exemple, juste au nord de Cihangir, 21 employés municipaux s’occupent d’une population estimée à près de 3 000 chats.

Ils mettent en place des abris et des gamelles collectives (voire des machines qui distribuent des croquettes lorsqu’on y introduit une bouteille plastique à recycler !). Ils soignent les chats malades ou heurtés par un véhicule, « à la demande des habitants qui nous appellent, précise Ahmet Ufuk Caliskan, le chef des services vétérinaires de Besiktas. Nous venons chercher l’animal en voiture et nous l’amenons dans notre centre vétérinaire. Il est ensuite relâché là où il a été ramassé ». 

Les employés municipaux prennent surtout en charge la stérilisation, pour tenter de réguler la population féline de la ville. Mais chez les défenseurs des animaux, l’action des autorités suscite aussi des réserves. Certains les accusent de faire le minimum, d’entasser les bêtes dans des abris indignes, voire de préparer leur éradication. 

En 2012, des milliers de personnes manifestèrent à Istanbul contre un projet de loi visant à embarquer chats et chiens dans des « parcs naturels » à l’extérieur de la ville, soupçonnés d’être des sortes de mouroirs. Le projet fut abandonné. Pour l’instant ? Les chats des rues de Cihangir sont devenus des phénomènes de réseaux sociaux, dont les photos sur des comptes comme « Cats of Istanbul » ou « Street Cats-Istanbul » (signées Michel Berthaud,) sont partagées et « likées » par des milliers de fans.

Les chats et les Français

Les Français préfèrent toujours les chats aux chiens : les chats sont près de 13,5 millions dans les foyers français contre 7,3 millions de chiens, révélait en mai 2017 la nouvelle étude FACCO-KANTAR TNS, conduite à l’automne 2016.

Et l’engouement pour le chat ne se dément pas. En dix ans, la population féline, jugée moins contraignante en termes de garde, a bondi. Il y avait 10 millions de chats en 2006.
La passion des Français pour les animaux reste une valeur sûre : 49,5% des foyers français possèdent aujourd’hui un animal familier, soit près d’un foyer sur deux.

« Dans un contexte de crise, l’animal est de plus en plus plébiscité car il permet d’oublier ses petits problèmes quotidiens et de contrer la solitude », a estimé dans un communiqué Nelly Papapanayotou, directrice chez KANTAR TNS. « Ceci est d’autant plus vrai pour le chat et le chien assimilés à un compagnon par plus de 60% des foyers possesseurs, voire un membre de la famille pour 59,7% des possesseurs de chien et 49,5% des possesseurs de chats », a-t-elle ajouté.

Cette enquête de la FACCO (Fédération des fabricants d’aliments préparés pour chiens, chats, oiseaux et autres animaux familiers) KANTAR TNS est réalisée auprès de 14.000 foyers français, tous les deux ans.
Source : extraits d’un article publié dans L’UNION

Comment le chat nous soigne

Parmi les animaux qui se sont liés à l’homme, le chat occupe une place particulière : non content d’être accepté au foyer, il s’y comporte en maître des lieux, choisit ses emplacements et ses horaires. Ce qui ressemble à une possession est en fait un commensalisme bien ordonné pour le toit et le couvert, le chat nous prodigue une présence chaleureuse, des jeux et des conversations étonnantes, mais aussi ce ronron mystérieux et protecteur. Le chat est un thérapeute à domicile... 

Le vétérinaire comportementaliste Joël Dehasse pourrait bien l’avoir compris: c’est que le chat, même adulte, constitue un substitut de bébé pour l’homme, qui lui prodiguent des attentions et des soins équivalents à ceux donnés à un bébé d’homme … D’un poids équivalent à un bébé, le chat permet de développer un comportement de “pater/maternité” qui lui, entraîne des bienfaits réciproques à l’homme et au chat. De fait, la plupart des animaux domestiqués gardent leurs caractères infantiles. C’est le cas du chien, qui “est un louveteau qui n’aurait pas grandi”, puisque l’homme a constamment sé- lectionné les animaux “les plus mimi” pour les garder au foyer. 

Chez le chat, on retrouve de nombreux caractères infantiles qui nous ravissent : 
- la recherche des caresses et d’une présence continue. 
- le ronronnement et l’abandon contre nous. 
- le pétrissage avec les pattes antérieures, et le suçotement, deux réminiscences de l’acte de la tétée. 
- un pelage doux et propre. 
- un miaulement (réservé à l’homme, les chats ne miaulent pas entre eux) expressif réduit à quelques onomatopées faciles à interpréter. 
- le besoin continuel de jouer (jeux de découverte, jeux d’adresse…). 
Alors bien sûr, la sexualité, ou des cohabitations difficiles, peuvent gommer ces caractères juvéniles, mais le “modèle” du chat d’intérieur est bien celui d’un gros chaton qu’on veut continuer de materner. 

Les jeux avec un chat 
Le jeu est une activité spontanée (s’il est contraint, “ce n’est plus du jeu”) qui peut s’opérer à plusieurs (selon alors des règles acceptées par tous), ce sont surtout des jeux d’exercice, ou bien en solitaire, ils font alors appel à des symboles, des représentations. Le jeu est spontané et empreint de la notion de plaisir. Il est aussi une marque d’organisation psychique et cognitive: jouer, c’est apprendre, c’est s’éprouver soi-même. 

Les bénéfices du jeu pour le maître: c’est à la fois un retour à l’enfance, une période idéalisée sans soucis, sans contrainte, et une complicité où l’on “joue à se faire peur”, puisque on risque à tout moment de se faire mordre ou griffer … Et puis tout simplement un plaisir partagé, une sympathie qu’on sait maintenant due à la production de neurotransmetteurs (sérotonine, ocytocine) apaisants, mais aussi énergisants. 

Le chat est un magnifique et performant trait d’union entre les hommes. 
Et il permet de faire passer des messages d’une personne à l’autre: “Ce que je dis à Minet, c’est valable pour tous ceux qui écoutent”. A ce titre, le chat est un excellent médiateur au sein d’une collectivité (famille, école, maison de retraite …). Le cinéma a su utiliser cette relation triangulaire, dans “le chat”, avec Gabin et Signoret, et surtout dans “LA FEMME DU BOULANGER”, au retour de cette Pomponette volage si attendue dans le fournil 

Le chat nous lèche, le chat nous caresse … 
Le chat a un sens tactile très développé. Avec des vibrisses, importants poils au niveau des naseaux (moustaches), des paupières et des antérieurs. Avec des pelotes digitales sensitives. Avec sous sa peau des milliers de corpuscules nerveux sensibles à divers mode de toucher (caresse, pincement, pression) et producteurs de neurotransmetteurs apaisants.

Ainsi équipé, le chat recherche en permanence le contact en douceur avec ses congénères (soins de toilettes en commun, sommeils entrelacés), avec les surfaces un peu rugueuses (tronc, bas de meuble, moquette), et bien sûr avec l’homme … Et comme ça tombe bien! L’homme est lui aussi à la recherche de contacts rassérénants. Mais dans notre carcan sociétal, les contacts physiques sont très régulés car ils ont une connotation sexuelle. Ils ne s’effectuent que selon des rituels (danse, bisou familial, accolades viriles de sportifs…) très codifiés. Seuls les enfants en bas âge et nos compagnons domestiques sont tolérés de câlins “gratuits”. Voilà donc encore une explication à cette complicité entre le chat et l’homme: le chat “nous permet” des gestes d’affection, des élans de tendresse, qui nous sont interdits par ailleurs. Et en plus il en redemande ! 

Les caresses du chat à l’homme se font par léchage ou par frottage de tout son corps. N’oublions pas ce pétrissage régulier, toutes griffes rentrées, généralement accompagné d’un ronronnement tout en douceur … 

De son côté, l’homme caresse essentiellement par effleurements avec la paume de la main ou l’extrémité des doigts. Cela provoque chez le chat un plaisir qui frise la sensualité, surtout lorsque la zone caressée est la ligne du dos, très riche en fibres nerveuses: le plaisir se transforme vite en douleur intolérable, le chat se retourne et mord, avant de détaler … 

D’où l’intérêt de surveiller les mouvements de la queue du chat qu’on caresse: si elle se tend, commence à battre en l’air, stop ! 

Bonheur ou détresse ? 
Le ronronnement est un appel … 
Nous l’avons vu, le ronronnement est acquis par le chaton dès les premiers jours de sa vie. Ce ronronnement a un sens, c’est un signal de reconnaissance et d’apaisement entre le chaton et sa mère. Une fois le chat adulte, ce phénomène vibratoire unique dans le monde animal perdure, avec un sens plus ou moins conservé, car il s’exprime dans des conditions très diverses. 

Chez l’homme, ce ronronnement aura deux effets: 
- le son perçu à l’oreille et “reconnu”, c’est celui du petit bonheur, qui correspond à une ambiance de calme et de sécurité. Il fait appel à la mémoire et à une “culture féline” basée sur la complicité. 
- les vibrations perçues par nos récepteurs cutanés (corpuscules de Pacini) font secréter des endorphines d’action très courte (quelques minutes), mais puissantes. Au total, un “nuage” de molécules calmantes, mêlé de pulsions émotives apaisées: l’écoute du ronronnement est une véritable thérapie dans le sens d’un yin généralisé … 

Cette « ronronthérapie » se pratique à la Mr Jourdain, auprès de chaque minet, ou bien par l’écoute d’enregistrements que les lecteurs d’Effervesciences connaissent bien …

Docteur Jean-Yves GAUCHET
Jean-Yves Gauchet est vétérinaire à Toulouse et spécialisé dans les médecines naturelles. Il est également éditeur scientifique du journal Effervesciences dans lequel il a révélé pour la première fois les effets thérapeutiques du ronronnement. Il a acquis une notoriété et bénéficie d’une grande médiatisation grâce à son concept de ronronthérapie. Il a publié en 2014 deux ouvrages, au Courrier du Livre : «Mon chat et moi on se soigne» et «Mon chat et moi, on se régale !».

La musique du film
Kira Fontana – Compositeur

Grande admiratrice de l’esprit indépendant des félins, Kira Fontana est tombée amoureuse de l’idée derrière le projet de « KEDI – des chats et des hommes ». 

Désireuse d’en apprendre plus sur les milliers de chats des rues d’Istanbul et sur le lien particulier qu’ils tissent avec les humains, Kira fut très heureuse d’être approchée par la réalisatrice Ceyda Torun pour écrire la musique du film et accompagner ces histoires. 

Kira souhaitait créer un univers musical éthéré qui reflète le rôle que les chats jouent à la fois comme miroir des humains et comme observateurs de la nature changeante de la ville. Kim a étudié la composition à l’école de musique d’Eastman puis à celle de Yale. Ses principales sources d’inspiration sont Steve Reich, John Adams et David Lang. Elle vit maintenant à Los Angeles, où elle travaille comme compositeur et parolière.


B.O.F – TRACKLISTING


Daydreams 
Musique composée par Kira Fontana 
Interprété par Kira Fontana avec Sidney Hopson 

Arkadasim Esek Ecrit par Baris Manço (Müzikotek) 
Interprété par Baris Manço 
Avec l’aimable autorisation de Emre Grafson Müzik (Hal Hal) - Autorisé par Müzikotek 

Jardo 
Ecrit et interprété par Levent Yildirim 
Avec l’aimable autorisation de Chant Du Monde 

Gol-e-Gandom 
Ecrit et interprété par Lloyd Miller 
Avec l’aimable autorisation de Lloyd Miller & Jazzman Records 

Findik Dallari 
Interprété par Mavi Isiklar 
Avec l’aimable autorisation de Ada Müzik (Türk Pop Tarihi) 

Amber Eyes 
Written and Performed by Lloyd Miller 
Courtesy of Lloyd Miller & Jazzman Records 

«Bak Yesil Yesil' 
Ecrit par Mustafa Seyran, Mehmet Erbulan’ (Median Müzik Edisyon)
Interprété par Emel Sayin 
Avec l’aimable autorisation de Avrupa Müzik, Odeon Müzik Yammclllk (Emel Sayin Vol.2) 

Uska Dara - A Turkish Tale 
Ecrit par Hsiang Li - Interprété par Eartha Kitt 
Avec l’aimable autorisation de RCA Records 
Utilisé avec l’autorisation de Emi Music Publishing 
Et en accord avec Sony Music Licensing 

Deli Kadin 
Ecrit et interprété par Erkin Koray 
Avec l’aimable autorisation de Mega Müzik (Best of Erkin Koray) 

Peki Peki Anladik 
Ecrit par Mazhar Alanson (Universal Music Taxim Edition) 
Interprété par M.F.O., anciennement connu sous le nom de Mazhar-Fuat-Özka (MFÖ) 
Avec l’aimable autorisation de Ossi Müzik (Best of MFÖ)

Ceyda Torun 
(Réalisatrice / Productrice)

Née à Istanbul, Ceyda a passé ses jeunes années parmi les chats des rues, tandis que sa mère avait peur qu’elle attrape la rage et sa sœur qu’elle ne ramène des puces. Après que sa famille ait quitté le pays quand elle avait 11 ans, Ceyda a vécu à Amman en Jordanie, puis à New York pour son lycée, sans jamais croiser un chat des rues. Elle a fait des études d’anthropologie à l’Université de Boston, puis est revenue à Istanbul pour assister le réalisateur Reha Erdem, avant d’aller à Londres travailler avec le producteur Chris Auty. Elle est revenue aux États-Unis pour fonder Termite Films avec le cinéaste Charlie Wuppermann et a depuis réalisé son premier documentaire, KEDI.

CEYDA TORUN (crédit photo : Selçuk Samiloglu)  

 
#KediLeFilm

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