mardi 31 janvier 2017

SPLIT


Thriller/Fantastique/Angoissant, glauque et maîtrisé, une réussite

Réalisé par M. Night Shyamalan
Avec James McAvoy, Anya Taylor-Joy, Haley Lu Richardson, Kim Director, Jessica Sula, Betty Buckley, Brad William Henke, Sebastian Arcelus...

Long-métrage Américain
Durée: 01h56mn
Année de production: 2017
Distributeur: Universal Pictures International France 

Date de sortie sur les écrans américains : 20 janvier 2017
Date de sortie sur nos écrans : 22 février 2017


Résumé : Les fractures mentales des personnes présentant un trouble dissociatif de la personnalité ont longtemps fasciné et échappé à la science, il se dit que certains peuvent également manifester des attributs physiques uniques pour chaque personnalité ; un prisme cognitif et physiologique dans un seul être.

Kevin a manifesté 23 personnalités devant son psychiatre de longue date, le Dr Fletcher mais il en reste une, immergée, qui commence à se matérialiser et à dominer toutes les autres. Contraint d'enlever trois adolescentes, dont la volontaire Casey, Kevin se bat pour survivre parmi tous ceux qui évoluent en lui-même – et autour de lui- tandis que les murs entre ses personnalités volent en éclats.

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : j'ai beaucoup aimé SPLIT. Le réalisateur, M. Night Shyamalan, nous propose un vrai thriller. Il sait donner une intensité toute particulière à la terreur. Un peu à l'image de l'identité de son personnage principal, l'histoire est partagée en trois parties. Cela permet de casser le rythme entre des moments angoissants et des scènes plus calmes, mais l'inquiétude est toujours présente, rampante, elle s'enroule autour de l'esprit des spectateurs. M. Night Shyamalan choisit d'explorer un pan psychologique lié aux abus subis par les enfants et les répercussions chez les adultes qu'ils deviennent. Quand il veut faire dans le glauque sur ce thème, il y va à fond. Il suggère fort heureusement plus qu'il ne montre, mais il n'est malheureusement pas difficile de combler les vides et c'est un chemin tellement sombre qu'il ne vaut mieux pas s'y aventurer. Sa mise en scène donne une ambiance particulière au film. On retrouve sa patte dans cette ambiance étrange qui joue sur les variations entre réalité et fantastique.

La thématique des personnalités multiples a déjà été explorée au cinéma. Cependant dans SPLIT, c'est la maîtrise de la narration - la vérité est souvent dans les petits détails - alliée aux performances des acteurs, le tout enveloppé dans une atmosphère effrayante, cohérente et spécifique du début à la fin, qui le distinguent. Je n'ai qu'un reproche à faire à M. Night Shyamalan, c'est le manque de cohérence de l'aspect physique de sa jeune héroïne sur la durée de l'histoire. J'ai trouvé dommage de passer à côté de ce détail assez évident pour un film qui est dans son ensemble tellement bien fait.

James McAvoy interprète Kevin, un homme brisé qui abrite pas moins de 22 autres personnalités. Sa performance d'acteur est absolument remarquable. Le scénario permet de faire la connaissance de 8 des 23 personnalités et sa façon de passer de l'une à l'autre est impressionnante. On sait toujours à qui on a à faire à l'écran par un simple regard, une façon de se tenir, un geste, il est d'une très grande précision et d'une cohérence sans failles sur chacune des personnalités.




Betty Buckley interprète la doctoresse Karen Fletcher. Cette psychologue, spécialisée dans les troubles de la personnalité, cherche à comprendre le fonctionnement et les interactions des personnalités de Kevin entre elles. Cette actrice dégage beaucoup d'intelligence, d'humanité et d'empathie. Elle est parfaite dans ce rôle.



La jeune Anya Taylor-Joy interprète Casey Cooke, une jeune fille décalée et assez sauvage, qui se retrouve dans une situation atroce. Elle est tout à fait convaincante et exprime avec autant de force l'émotion ou le vide intérieur de sa protagoniste.



SPLIT tient toutes ces promesses. Il permet à M. Night Shyamalan d'exprimer son originalité de réalisateur, nous propose une histoire aussi glauque qu'angoissante et nous donne l'opportunité de profiter de l'épatante performance de James McAvoy. En plus, la toute fin ouvre un arc narratif aussi inattendu qu'enthousiasmant. Inutile de vous fendre l'âme pour vous décider à aller découvrir SPLIT au cinéma, si vous aimez les thrillers, n'hésitez pas.


Credit Photos : Universal Pictures & John Baer

NOTES DE PRODUCTION 
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Les origines de la terreur : la genèse de SPLIT

Les spectateurs ont découvert l’univers complexe et mystérieux de M. Night Shyamalan en 1999 avec son film phénomène, SIXIÈME SENS, bientôt suivi par d’autres succès remarquables, tels qu’INCASSABLE (2000) et SIGNES (2001). En 2015, il a entrepris un virage dans sa carrière avec le film d’épouvante THE VISIT, qui a frôlé les 100 millions de dollars de recettes dans le monde. Suivant le même modèle de production qui lui permet une liberté totale de création, il a choisi ici encore de s’en tenir à un budget plus modeste et d’autofinancer SPLIT.

« Je veux innover avec chaque film, faire quelque chose qui n’a jamais été fait », explique le cinéaste. « C’est ce qui me motive, mais c’est également risqué et problématique, quand il s’agit de vendre l’idée à d’autres. » À la suite du succès international de THE VISIT, M. Night Shyamalan fait à nouveau équipe avec Jason Blum et Blumhouse Productions pour SPLIT. Connu dans la profession pour sa capacité à soutenir des films à petit budget et à en faire des succès, le producteur déclare : « Night est un cinéaste à part, il est capable de raconter d’extraordinaires histoires, centrées surles personnages, tout en tissant une toile de fond beaucoup plus ample. SPLIT n’est pas un film comme les autres, c’est un film ambitieux avec un budget limité, un film épique de par l’histoire incroyablement novatrice et captivante que nous raconte Night, qui ne s’appuie ni sur un déploiement d’images de synthèse ni sur un budget outrancier. »

Avec une production plus restreinte, le cinéaste était à même de concentrer son énergie sur l’histoire et le développement des personnages, s’épargnant les diversions et les complications qu’implique un film plus onéreux. « Je suis facilement déconcentré, c’est une des raisons pour lesquelles j’apprécie de faire des films à plus petit budget. Ça me permet de rester en contact avec mon intuition créative, sans me disperser. »

Le scénariste et réalisateur « pitcha » l’idée de SPLIT à son collaborateur de longue date et président de la production de leur société Blinding Edge Pictures, Ashwin Rajan, au cours d’un dîner. « J’ai tout de suite adhéré, c’était un film idéal pour Night qui réunissait les thèmes qui lui tiennent à coeur », se souvient le producteur délégué du film. « Il avait couché quelques idées et quelques scènes sur le papier, et elles étaient passionnantes. »

Jason Blum, lui aussi, a immédiatement été conquis par la richesse narrative et l’originalité du nouveau projet du cinéaste, qui dérogeait aux conventions du thriller classique. « Les spectateurs pourront apprécier SPLIT à un niveau viscéral, basique, mais ils seront également amenés à s’interroger sur le fondement de la nature humaine, une préoccupation et un thème sous-jacents dans toute l’œuvre de Night. »

Shyamalan s’est illustré dans différents genres cinématographiques. « Chacun de ses films est unique », commente Steven Schneider. « Night sait combiner contes populaires, légendes et autres histoires, avec son propre vécu et ses expériences personnelles. Tous ses films s’articulent autour de thèmes et de personnages complexes, et là encore, j’ai été impressionné par la profondeur de SPLIT. » Pour le producteur délégué, le public ne sera pas seulement diverti par ce nouvel opus, mais déstabilisé et stimulé. « J’ai la même ambition que Night, celle que ce film génère des discussions sur la notion même d’identité. »

Qu’il s’agisse de clairvoyance dans SIXIÈME SENS (1999), de force surhumaine dans INCASSABLE (2000) ou du syndrome de « sundowning » (augmentation de l’anxiété en fin de journée chez les personnes séniles) dans THE VISIT (2015), les histoires que choisit de nous raconter le cinéaste trouvent leurs origines dans des phénomènes existants. Mais ce n’est qu’un point de départ : Shyamalan entraîne ensuite ses personnages aux confins du monde réel, à la frontière du surnaturel, en développant des lignes narratives qui trouvent leur source dans leurs conflits intérieurs.

En tant que conteur, Shyamalan mise autant sur des recherches exhaustives que sur son imagination pure. Pour ses films s’inscrivant dans le registre du suspens et du surnaturel, il pioche dans l’univers de l’occulte, tout en laissant libre cours à son imagination en se posant simplement la question : Et si… ? Il explique : « Je pars d’un phénomène reconnu, auquel les gens croient, et je développe. Avec le trouble dissociatif de l’identité, chaque personnalité croit en sa propre existence, à 100%. Si l’une d’elles est persuadée d’être diabétique ou d’avoir du cholestérol, son corps peutil en être affecté ? La question fait débat. Personnellement, je crois que oui. Et si l’une des personnalités croit qu’elle possède des pouvoirs surnaturels ? Qu’en est-il alors ? »

Durant ses études à NYU, M. Night Shyamalan a suivi des cours de psychologie où le trouble dissociatif de l’identité (TDI) a été abordé. Il a par la suite continué à se tenir informé du développement des théories ayant trait au diagnostic de ce trouble mental. Quand il s’est attelé à l’écriture du scénario de SPLIT, il s’est amplement documenté sur les cas les plus célèbres, et les histoires personnelles qu’il a découvertes l’ont profondément marqué. Pour élaborer son conte surnaturel, il a rencontré des psychiatres spécialisés ayant une connaissance approfondie de ce trouble et des comportements et fonctionnements psychiques des individus qui en souffrent. « Pour ce film, Night a combiné connaissances scientifiques et professionnelles et art de la narration, pour nous entraîner dans une virée incroyable », commente Ashwin Rajan. « L’interprétation est remarquable et je pense que le public va adhérer. »

Très attentif et précis, à la façon du maître Alfred Hitchcock, Shyamalan peaufine chaque scène. « Chaque plan est méticuleusement storyboardé pour s’assurer qu’il respecte sa vision originale », explique le producteur Marc Bienstock. « Night est un perfectionniste, et c’est très stimulant. »

Comme pour chacun des projets qu’il entreprend, le cinéaste a précisément défini l’univers visuel de SPLIT. « C’est un film sombre, magnifiquement photographié, avec une palette chromatique et une utilisation des ombres impressionnantes », déclare Jason Blum. « Night a un talent inégalé pour faire naître la terreur et l’effroi au sein d’un décor apparemment banal, il cultive la menace insidieuse, plus que l’effet de choc.»

Dans la peau des personnages : huit rôles en un

Pour le cinéaste, seule une poignée d’acteurs était susceptible d’interpréter un homme habité par 23 personnalités. Pour que le public puisse y adhérer, ressentir de l'empathie empathique, celles-ci ne devaient en aucun cas être perçues comme caricaturales, mais exister à part entière. Shyamalan souhaitait travailler avec James McAvoy, un acteur capable de tenir avec le même aplomb des rôles dans des blockbusters comme dans des films intimistes. Il le sentait à même de relever ce défi. « C’est le personnage le plus complexe qu’il m’ait été donné d’écrire. Je me demandais si James comprenait ce à quoi j’allais le soumettre. Il l’a parfaitement compris, c’est un acteur extrêmement audacieux. »

Lui ayant fait parvenir le scénario sans trop d’explications, le réalisateur espérait tirer de son interprète des idées sur Kevin auxquelles il n’avait pas pensé lui-même. Il se souvient : « James m’a demandé : comment s’appelle-t-il ? Juste pour savoir, pour ne pas m’y perdre. Et je lui ai répondu : je ne peux pas te le dire, lis le scénario. »

L’acteur avoue son intérêt immédiat pour le projet. « J’ai lu les 10 premières pages et je me suis dit : ouah, c’est quoi, ce truc ? J’ai lu les 10 pages suivantes et j’ai pensé : mais qu’estce que c’est que cette histoire ? J’avais l’impression d’être perpétuellement confronté à quelque chose de nouveau, d’inconnu. C’est là que réside tout le talent de Night, qui rend son travail si jouissif. Il sait garder le spectateur en haleine, on se demande si on est face à un thriller, un drame psychologique, un film d’horreur, de science-fiction ou une fable surnaturelle. Ce film est tout ça à la fois. » La détermination de Shyamalan à mettre en oeuvre et financer ce projet a été une source d’inspiration pour l’acteur. « Il fait preuve d’un grand courage en allant contre le diktat de dépenser 200 millions de dollars pour garantir l’intérêt d’un film », déclare James McAvoy. « Au lieu de cela, il se débarrasse de tout ce qui peut venir parasiter sa façon de raconter une histoire. C’est un privilège de travailler avec un cinéaste de cette trempe. »

Réalisateur et acteur ont étroitement collaboré pour s’assurer de la singularité de l’interprétation qui demandait une grande authenticité pour chacune des personnalités qu’endosse le protagoniste. « Night est très exigeant et méticuleux », déclare James McAvoy. « Il a une idée très précise de ce qu’il veut, tout en restant ouvert et à l’écoute. » Changer d’humeur et de personnalité, parfois dans un même plan, était une aventure périlleuse. « On espère que les spectateurs vont adhérer à une première interprétation, puis il faut les faire adhérer à la personnalité suivante, et faire en sorte que la transition soit intéressante, sans pour autant les aliéner. »

Mais cette expérience demeurait un défi incroyable pour l’acteur de théâtre et de cinéma aguerri qu’est McAvoy. « Pour être honnête, j’ai pris beaucoup de plaisir à jouer toutes ces facettes. On a rarement la chance de s’atteler à un tel travail, une telle performance, et c’est excitant de changer radicalement de façon d’être et de penser en un très court instant. » Les deux hommes travaillèrent avec assiduité pour s’assurer que chaque personnalité ait une voix et une présence distinctes. « James est écossais, mais il a joué la majorité de ses rôles avec un accent américain ou anglais », remarque le cinéaste. « Je fouillais dans son répertoire d’accents et je lui suggérais une idée : Et si Hedwig avait un cheveu sur la langue ? Et James s’en emparait avec brio. »

Pour incarner le jeune Hedwig, James McAvoy dut éviter certains travers. « Pour interpréter un enfant, la plupart des acteurs jouent un adulte attardé », explique le réalisateur. « Hedwig est très intelligent, et il se trouve qu’il a 9 ans. Je disais à James : "Tu ne joues pas un adulte idiot, ce n’est pas ce qu’on vise. Utilise tes yeux, tu es très intelligent, mais tu n’as que 9 ans. Ce geste que tu utilises, tu ne sais pas ce qu’il signifie." »

Acteur et réalisateur ont ainsi travaillé les nuances et les motivations de chaque alter ego. » James me demandait pourquoi telle personnalité répondait de telle façon, et comme cette histoire m’habitait, j’étais à même de lui disséquer ma logique de pensée », nous raconte Shyamalan. « Il était important de fouiller chaque personnalité jusqu’à ce qu’elle existe véritablement pour nous deux. »

Si le cinéaste suit son scénario à la lettre, il encourage néanmoins les acteurs à apporter leur contribution, leur touche, entre les lignes. « Je traite le scénario comme une pièce de théâtre et je ne modifie pas les dialogues après coup, mais pour gagner en authenticité, la porte est ouverte à l’improvisation au niveau de l’interprétation », nous confiet- il. Pour Shyamalan, il existe des millions de façons de jouer une scène sans en changer le texte. « J’essaie de suggérer aux acteurs qu’ils sont beaucoup plus flexibles qu’ils ne le croient. » Cette flexibilité, James McAvoy l’a exploitée avec un talent unique. « Il a respecté les dialogues à la virgule près, mais il a improvisé avec son visage et son corps », explique encore le réalisateur. « Il faisait des propositions de jeu totalement originales. Nous sommes entrés dans une dynamique formidable où ce que je considère sacré n’a pas été altéré mais intensifié. »

La très bonne condition physique de l’acteur s’avéra un atout majeur. « Il devait sauter des obstacles, escalader des parois », raconte Shyamalan. « Sa doublure était présente, en cas de besoin, mais James est très agile et sa forme physique a été déterminante pour le rôle. » Au-delà même des cascades, le physique de l’acteur semble changer avec les personnalités qu’il endosse, comme s’il rapetissait de 10 cm en interprétant Hedwig et se durcissait en entrant dans la peau de Dennis. « Qu’il joue un enfant ou une femme autoritaire, James a approché chaque personnalité avec une grande aisance physique », se souvient le réalisateur. « Il arrivait qu’à la fin d’une scène, l’équipe applaudisse spontanément, ayant conscience d’avoir assisté à un moment de bravoure. »

«Quand on pense au travail de James dans ce film, on ne peut que s’extasier », reconnaît Jason Blum. « Non seulement il passait sans difficulté d’une personnalité à l’autre selon les jours de tournage, mais il le faisait au cours d’une même scène ! C’est un acteur au sommet de son art et on a tous été scotchés par sa performance.»

Les personnalités-clés : le casting

Avec un budget limité et une distribution principale centrée sur cinq rôles, le choix des acteurs était crucial, indépendamment de leur expérience. Shyamalan déclare : « J’aime les acteurs débutants pour leur énergie et leur luminosité, et les acteurs chevronnés, comme Betty (Buckley) et James (McAvoy), pour leur formidable capacité d’improvisation. »

Quand il a écrit le rôle de la psychiatre, le cinéaste avait déjà son actrice en tête. « Night est tout en espièglerie et en joie de vivre, ce que j’adore », reconnaît Betty Buckley dont c’est la deuxième collaboration avec le réalisateur, après PHÉNOMÈNES (2008). Thérapeute déterminée, la docteure Fletcher prend très à coeur son travail avec ses patients. En approchant le trouble de Kevin comme un atout plutôt qu’un handicap, elle est en rupture avec le courant dominant de la profession. « Elle le considère comme un être exceptionnel, avec un potentiel unique », explique l’actrice. « Elle a diagnostiqué un trouble dissociatif de l’identité chez Kevin, mais elle s’intéresse davantage à l’évolution de l’une de ses personnalités, à ce qu’il devient. »

Pour son rôle, Betty Buckley a rencontré un psychologue spécialisé dans le traitement de patients souffrant de ce trouble. « Je voulais m’assurer que je répondais et réagissais de manière adéquate aux manifestations des différentes personnalités jouées par James », nous confie-t-elle. « La docteure Fletcher s’est donnée pour mission d’aider cet homme a trouver une identité centrale qui lui permette d’intégrer et de réconcilier toutes les déclinaisons de lui-même. Chacune de ses personnalités pense et se comporte différemment, a des motivations qui lui sont propres. C’est un trouble mental déroutant et mon jeu devait sonner juste. » La connaissance du cinéaste pour son sujet et son histoire fut d’une aide précieuse. « Il avait méticuleusement élaboré le scénario et en maîtrisait tous les aspects. Si j’avais une idée, il m’aidait à la préciser, ou il me disait de but en blanc que je n’y étais pas du tout. »

Au-delà des frissons que lui avait provoqué le scénario, le thème de la solitude abordé à travers son personnage intéressait l’actrice. « Elle a choisi une vie solitaire, pour se dédier à son travail et à ses patients, et j’ai essayé de communiquer cet isolement dans mon interprétation », explique-t-elle. « SPLIT s’apparente à un film français, dans les thèmes qu’il développe comme dans le style, ce qui est plutôt inhabituel pour ce genre de film. » L’actrice est également reconnaissante envers le réalisateur d’avoir choisi un interprète principal avec un important bagage théâtral : « Le choix de James est tout à fait judicieux. Les comédiens de théâtre ont une approche du jeu et une discipline spécifiques, dont Night tire profit dans sa façon de travailler. »

Pour le rôle de Casey, une jeune femme à l’acuité aiguë et au passé lourd, la production s’est tournée vers Anya Taylor- Joy, l’une des stars montantes d’Hollywood. Le public a pu récemment découvrir son impressionnant talent dans le film d’horreur THE WITCH (Robert Eggers, 2015), et Shyamalan se félicite de sa participation : « Elle a une présence brute, sans affectation. » Avant de rejoindre la distribution, la jeune actrice a eu le privilège de lire le scénario.

Elle raconte : « Ils voulaient que j’accepte le rôle sans l’avoir lu, mais je les ai suppliés. L’histoire m’a impressionnée, elle est restée dans mon esprit pendant des jours. » Trouvant rapidement accès à son personnage via sa position d’outsider, elle nous confie : « Cette difficulté à s’intégrer pourrait bien lui être salutaire, ce qui est une idée très intéressante. » Et admirant encore la débrouillardise de Casey, elle ajoute : « Elle s’est endurcie parce qu’elle a vécu des choses terribles, mais ce vécu lui a donné la capacité de disséquer une situation en l’appréhendant telle qu’elle est, non telle qu’elle la voudrait. »

La façon que Shyamalan a de diriger ses acteurs fut d’une grande aide pour la jeune actrice, particulièrement durant les scènes les plus terrifiantes où Casey doit affronter une des incarnations de Kevin. « J’ai appris ce que voulaient dire la peur, la panique, le désespoir, et ces ressentis ne peuvent pas être généralisés, ils sont spécifiques à chacun. Night me disait : « Je ne sais pas qui j’ai vu, mais ce n’était pas Casey. » Et il avait systématiquement raison !» Le cinéaste cherchait à ce que chaque prise soit unique, en faisant en sorte que les acteurs abordent la scène avec une idée et une proposition différentes à chaque fois. « Les acteurs se nourrissent les uns les autres. Si James improvise, ça va me pousser à modifier mon jeu », continue Anya Taylor-Joy. « Le déroulement des scènes était fascinant à observer. James est l’un des acteurs les plus doués de sa génération, pouvoir l’étudier de près est une chance inestimable. »

Il s’avère que les scènes difficiles motivaient l’instinct protecteur de l’acteur envers sa cadette. « Il aurait été périlleux, et peut-être même dangereux, d’aborder ce rôle à la "method actor"», déclare celle-ci. « Heureusement pour moi, James tenait à me mettre à l’aise et faisait régulièrement des blagues entre les prises pour détendre l’atmosphère. »

Pour le rôle de Marcia, le choix du réalisateur et des producteurs se porta sur Jessica Sula, déjà remarquée dans la série « Recovery Road » (2016), qui auditionna pour le film via son iPhone. « Ce n’était pas une vidéo de très grande qualité », s’amuse-t-elle à raconter. « Je l’ai envoyée à 1 h du matin, et le lendemain, on m’a appelée pour que je vienne rencontrer le directeur de casting à Los Angeles, et que je refasse un essai filmé. » Après s’être engagée sur le projet, la jeune actrice découvrit avec stupéfaction le scénario tranquillement terrifiant qu’avait tissé Shyamalan : « Chaque page finissait sur un cliffhanger », se souvient-elle. « C’est un thriller brillamment ficelé, avec une âme, du Shyamalan dans toute sa splendeur. »

Pour Jessica Sula, le défi consistait à donner de la profondeur à ce personnage cloîtré dans une cellule et terrorisé, et elle y travailla avec l’aide de Shyamalan. « C’est une adolescente normale, issue d’une bonne famille et qui se retrouve dans une situation effroyable qu’elle n’aurait jamais pu envisager. Je ne voulais pas en faire une gourde tremblante et apeurée. Night connaît ses personnages sur le bout des doigts, il m’a aidée à viser juste et à donner vie à Marcia. »

Les scènes particulièrement intenses du film n’étaient pas anodines à jouer pour la jeune actrice et ses camarades. « On était souvent en retrait et silencieuses, et on parlait peu entre les prises », se souvient-elle. « J’écoutais beaucoup de musique classique, du Beethoven, ce qui m’aidait à me vider la tête sans pour autant sortir de l’état et de l’humeur dans lesquels j’étais. »

Haley Lu Richardson fut retenue pour incarner Claire, une étudiante très populaire et première de sa promo. La jeune actrice, qu’on a pu voir dans THE EDGE OF SEVENTEEN (Kelly Fremon Craig, 2016), se souvient de son audition, où elle fut parachutée dans une des scènes les plus brutales du film, sans avoir lu le scénario. « Night ne dévoile pas ses projets facilement avant le tournage. C’était un défi de jouer cette scène hors contexte. J’ai dû visualiser tout un univers à partir d’un moment isolé et me donner à fond. Quand j’ai enfin pu lire le scénario, je me suis rendu compte que le film était plus tordu et angoissant que je n’aurais jamais pu l’imaginer », nous confie-t-elle. 

Actrice et réalisateur se sont entretenus à plusieurs reprises sur le personnage de Claire et sur la façon de se débarrasser des stéréotypes féminins qu’on trouve habituellement dans les films d’horreur. « Dans la plupart des films, la jolie blonde meurt en premier, mais on voulait donner beaucoup plus de poids à Claire, c’est une femme de tête qui croit dur comme fer que ces trois filles peuvent agir de concert et prendre le dessus sur leur ravisseur. Elle est furieuse contre Casey qui refuse de s’enfuir… jusqu’à ce qu’elle comprenne que celle-ci a probablement vu juste depuis le début.»

Une vision déformée : décors & costumes

Une fois encore, M. Night Shyamalan s’est rendu dans sa ville natale, Philadelphie, pour y réaliser son nouveau film. « Il y tourne tous ses films », explique le producteur Marc Bienstock. « Il est intraitable là-dessus. »

La chef décoratrice Mara LePere-Schloop a collaboré étroitement avec le cinéaste pour élaborer le quotidien brutal dans lequel évolue Kevin. « C’était un projet difficile en raison des multiples strates de l’histoire auxquelles les spectateurs ont accès ou pas, selon son évolution », explique-t-elle. « Je voulais utiliser nuances et détails pour faire allusion à ce qui allait suivre, sans pour autant vendre la mèche. » La décoratrice et son équipe ont travaillé sur les couleurs pour rendre compte des différentes personnalités de Kevin. « Ce sont des personnages hyperboliques, et nous avons beaucoup parlé de l’utilisation d’une nouvelle couleur avec l’émergence de chaque personnalité », se souvient-elle.

Des touches de couleurs furent également stratégiquement distribuées dans le monde souterrain habité par Kevin et ses alter ego. « Nous avons essayé de souligner leur effet, en évitant de trop saturer tout ce qu’il y avait autour. Mais le niveau de saturation des couleurs change d’une scène à l’autre, et s’intensifie durant les épisodes de violence. » La façon rigoureuse qu’a le réalisateur de préparer le tournage et son recours au storyboard, ont facilité l’élaboration de l’univers qu’il avait envisagé. « Night a déjà tout le film en tête, et il est très généreux avec son temps quand il s’agit de passer en revue les éléments-clés du décor. Il m’a donné une idée précise de ce qu’il voulait et des plans qu’il allait tourner. » Avec un planning millimétré, la chef décoratrice était souvent amenée à travailler rapidement pour ne pas compromettre le reste du tournage. « On ne peut pas prendre des décisions dans son coin sur un film de ce gabarit, il faut le penser dans son ensemble et être efficace à tous les niveaux. »

Shyamalan était toujours disponible pour les questions et les suggestions de son équipe, même celles ayant trait aux plus petits détails. « On peut avoir mille décisions à prendre en un jour, de la couleur des murs au type d’ampoule qu’on va utiliser », nous confie Mara LePere-Schloop. « Night sait conjuguer les tâches et il prend toujours le temps d’expliquer sa vision des choses. »

Le chef costumier, Paco Delgado, a lui aussi travaillé avec une palette de couleurs restreinte. « Le parti pris esthétique était de produire une image très sombre », remarque-t-il. Pour habiller Casey, Delgado a opté pour des vêtements trop grands et des épaisseurs multiples sous lesquelles elle cache son corps. « C’est une personne meurtrie, ayant souffert d’abus. Elle n’en a que faire de s’intégrer ou de suivre la mode », nous explique-t-il.

Pour la psychiatre, le chef costumier s’est cantonné aux beiges, aux gris et aux bleus : « Je voulais une garde-robe élégante, jamais tape-à-l’oeil, en accord avec son statut professionnel. »
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Pour les différentes personnalités de Kevin, il a là encore joué sur les couleurs : « Dennis est la personnalité la plus coriace, il me fait penser à un soldat ou à un policier, qui contrôle toujours la situation. On a choisi un gris intense pour refléter ce caractère. » La créativité de Barry s’exprime à travers des couleurs et des matières douces, comme la laine. Pour Hedwig, Delgado s’est inspiré des écoliers à Philadelphie : « On lui a mis un survêtement, comme portent tant de garçons de son âge, et on s’est autorisés un peu plus de couleurs. » Patricia a été l’une des personnalités les plus difficiles à habiller : « On s’est demandé si James devait porter une perruque et ressembler à une femme. Au final, on a décidé que Patricia devait simplement être un homme qui porte des vêtements de femme », la féminité du personnage émergeant clairement du jeu de l’acteur. Un élément commun à toutes les personnalités qu’endosse James McAvoy est sa coupe de cheveux minimaliste. « Je ne voulais pas de styles de coiffures ou de perruques compliqués. Son crâne rasé offre une toile de fond neutre où seules ses expressions de visage vous informent du passage d’un alter ego à un autre.»


 

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