mardi 29 mars 2016

A BIGGER SPLASH



Drame/Ennuyeux

Réalisé par Luca Guadagnino
Avec Tilda Swinton, Ralph Fiennes, Dakota Johnson, Matthias Schoenaerts, Aurore Clément, Elena Bucci, Lily McMenamy, Corrado Guzzanti...

Long-métrage Italien
Durée: 02h04mn
Année de production: 2015
Distributeur: StudioCanal 

Date de sortie sur les écrans italiens : 26 novembre 2015
Date de sortie sur nos écrans : 6 avril 2016


Résumé : Lorsque la légende du rock Marianne Lane part sur l’île méditerranéenne de Pantelleria avec Paul, son compagnon, c’est pour se reposer. Mais quand Harry, un producteur de musique iconoclaste avec qui Marianne a eu autrefois une liaison, débarque avec sa fille Pénélope, la situation se complique. Le passé qui ressurgit et beaucoup de sentiments différents vont faire voler la quiétude des vacances en éclats. Personne n’échappera à ces vacances très rock’n’roll…

Bande annonce (VOSTFR)



Ce que j'en ai pensé : Ennui est le mot qui me vient à l'esprit pour décrire mon ressenti en regardant A BIGGER SPLASH. Il s'agit d'une réinterprétation du film LA PISCINE mais je ne la trouve pas utile. Il est indéniable que ce (trop) long-métrage bénéficie d'un très beau casting et que certains plans du réalisateur, Luca Guadagnino, sont superbes. Cependant, les personnages ne sont pas intéressants, l'histoire est insignifiante et le montage casse trop souvent le peu de rythme qui réussit à se mettre en place. Le résultat est que les longueurs se font ressentir de manière persistante. Le réalisateur essaie de construire une tension basée sur des sentiments contrariés, sans succès. 

J'aime beaucoup Tilda Swinton mais son rôle de Marianne, même s'il lui permet d'exprimer l'originalité de sa personnalité, n'est pas sympathique.


Ralph Fiennes interprète Harry. J'ai été surprise de le voir autant s'exposer, c'est assez rare qu'il choisisse des rôles exubérants. Il est très bon. Son personnage est le seul qui ait attiré mon attention et qui m'ait donné envie de m'intéresser au film.



Matthias Schoenaerts, qui interprète Paul, joue très bien mais son personnage n'a pas beaucoup d'intérêt.



Dakota Johnson interprète Pénélope. Son rôle semble devoir servir de détonateur dans le carré de relations des quatre protagonistes principaux, mais ce n'est pas clair. Et le manque d'expression des sentiments de son personnage n'aide pas l'ensemble à prendre du sens.


A BIGGER SPLASH ne m'a pas du tout convaincue, je ne vous le conseille donc pas.

Note : Le réalisateur Luca Guadagnino est venu avant la projection nous demander de profiter du générique de fin du film

video

NOTES DE PRODUCTION 
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Après la projection du film le réalisateur Luca Guadagnino et l'acteur Matthias Schoenaerts ont eu la gentillesse de venir répondre à nos questions. Retrouvez leur intervention dans les vidéos ci-dessous (attention, elles contiennent des spoilers) : 



******************
QUELQUES MOTS SUR
A BIGGER SPLASH
par LUCA GUADAGNINO

« Dans mon film précédent, AMORE, je voulais explorer le monde clos de la haute société milanaise et étudier ce qui se produit lorsque naît la passion, un sentiment aussi authentique que dangereux, aux conséquences mortelles.

Avec A BIGGER SPLASH, je tenais à faire un film sur l’amour, la beauté, le désir, le sexe, la sexualité et le danger incarné par un ancien amant, qui par sa seule présence et ses actions, est capable de provoquer des comportements destructeurs et de ressusciter le passé des deux personnages principaux. Confrontés à leur passé, les personnages dévoilent la version la plus authentique d’eux-mêmes et pénètrent dans un maelstrom de sexe et de désir brûlant qui les pousse inexorablement vers le côté obscur.

Il s’agit pour moi d’un drame psychologique tout ce qu’il y a de plus contemporain ; la structure classique du film prend forme de la manière la plus moderne qui soit à travers une intrigue et des personnages qui nous entraînent vers une apogée électrique et troublante.

Je me suis inspiré de Roberto Rossellini, de l’énergie brute de Martin Scorsese et de la grande perspicacité sur la nature humaine de Jonathan Demme. J’admire également beaucoup le travail de Patricia Highsmith et Paul Bowles, avec leur sens aigu du roman noir et leur capacité à peindre des personnages dans un univers qui leur est étranger, faisant ainsi ressortir leurs impulsions les plus profondes – généralement la passion et le danger de l’amour absolu dans ce qu’il a de plus inquiétant.

Nous sommes partis de l’idée d’une fracture entre un monde révolu – l’univers du rock’n’roll de la fin du XXe siècle – et cette sorte de nouveau conservatisme qui d’une certaine manière, nous gouverne tous aujourd’hui. À mon sens, A BIGGER SPLASH dresse un portrait très contemporain de notre époque et révèle une facette de l’Italie que d’habitude seules quelques rares personnes connaissent.

Ces gens qui ont apparemment tout ce qu’ils désirent se révèlent vulnérables et tentent sans succès d’échapper au monde extérieur – pour finalement mieux se faire rattraper par la réalité.

Et lorsqu’ils en prennent conscience, la passion déferle, leur sentiment de sécurité s’évanouit et laisse place à leurs instincts les plus primaires.

Contre toute attente, ils réussissent néanmoins à tirer parti de cette expérience. »

ENTRETIEN AVEC
LUCA GUADAGNINO

COMMENT AVEZ-VOUS ENTENDU PARLER DE CE PROJET ?

STUDIOCANAL m’a contacté parce qu’ils avaient vu AMORE et qu’ils souhaitaient travailler avec moi. STUDIOCANAL avait les droits de LA PISCINE, le film de 1969 mis en scène par Jacques Deray, avec Alain Delon, Romy Schneider, Maurice Ronet et Jane Birkin. Il s’agit d’un film culte en France, c’est pourquoi STUDIOCANAL a eu envie d’en produire un remake. Nous avons choisi de nous inspirer de LA PISCINE et d’explorer les thèmes du film original sans nous y limiter. Nous avons entrepris de remanier les principes sur lesquels reposent le film de Jacques Deray, le scénario de Jean-Claude Carrière et l’histoire originale et le roman d’Alain Page. J’étais personnellement très intrigué par la manière dont le désir gouverne les relations entre hommes et femmes, et entre les gens en général. Je tenais à étudier comment le désir pouvait être sur ou sous-estimé, placé au centre de l’attention ou ignoré, comment il pouvait se transformer en force destructrice ou productrice et féconde.

POURQUOI AVOIR FAIT APPEL À DAVID KAJGANICH POUR LE SCÉNARIO ?

J’ai proposé à STUDIOCANAL de collaborer avec un scénariste américain. J’admire le travail de David depuis de nombreuses années car j’avais déjà eu l’occasion de lire ses scénarios. Je lui ai donc demandé s’il souhaitait travailler avec moi sur A BIGGER SPLASH. C’était le cas, nous avons donc entamé une collaboration et nous nous sommes plongés dans la politique du désir. Nous sommes partis de l’idée d’une fracture entre un monde révolu – l’univers du rock’n’roll de la fin du XXe siècle – et cette sorte de nouveau conservatisme qui, d’une certaine manière, nous gouverne tous aujourd’hui. Nous tenions à ce que les personnages se combattent les uns les autres de manière très intime, mais qu’ils soient également des pions sur un plus grand échiquier, celui du conflit entre les générations. Il s’agit d’un conflit entre l’injonction à prendre du plaisir de la génération rock’n’roll et le besoin de sécurité de ceux qui ont le sentiment d’avoir survécu à ce grand déluge.

DANS LE FILM, HARRY SE RÉVÈLE L’AMBASSADEUR DU MODE DE VIE ROCK’N’ROLL. ET IL ENRAGE CONTRE LE TEMPS QUI PASSE…

Absolument. Je pense qu’en tant que cinéaste, votre attention doit toujours se porter sur la minorité, ceux qui s’embarquent dans des aventures désespérées, et Harry fait évidemment partie de ceux-là. Il refuse de reconnaître que sa quête de l’honnêteté, de la vérité et du plaisir absolu est en opposition totale avec son besoin de sécurité – ou comme le disent très bien les Rolling Stones, de « sauvetage émotionnel ». C’est quelque chose qu’il ne comprend pas.

Cela illustre également selon moi un conflit très contemporain, car la jeune génération est d’une certaine manière plus conservatrice que ses aînés. Incapables de gérer les déchaînements de passion, les jeunes préfèrent négliger le désir.

C’est peut-être ce qui se produit lorsque vos parents – ou la génération qui vous précède – vous guide vers une absence totale de responsabilité. C’est intéressant, mais ça n’est pas sans conséquences.

QUEL EST LE RÔLE DE MARIANNE, LA STAR DU ROCK’N’ROLL QUI SEMBLE ASPIRER À UNE VIE PLUS TRANQUILLE, AU MILIEU DE TOUT CELA ?

Marianne Lane est une immense star du rock. Elle est faite de la même étoffe qu’Harry et que toutes les fabuleuses légendes du rock’n’roll. En tant que producteur, Harry a fait de Marianne une artiste épanouie. Ils ont été amis et amants, ils vivaient dans le même univers et parlaient le même langage, mais Harry ne conçoit pas que l’on puisse changer et avoir envie de prendre une autre direction. Et c’est une des raisons qui explique l’issue dramatique de sa réaction face aux autres. D’un autre côté, si Marianne veut survivre, elle doit rayer Harry de sa vie.

QUELLE IMPORTANCE ONT LES DÉCORS DANS CE FILM ?

J’ai toujours su que le film se déroulerait sur l’île de Pantelleria et je me souviens l’avoir dit à Olivier Courson (le président-directeur général de STUDIOCANAL) et Ron Halpern (le vice-et des acquisitions). Je leur ai expliqué qu’il serait plus intéressant de tourner le film dans un lieu comme Pantelleria, qui incarne l’altérité dans tout ce qu’elle a de plus dangereux et la puissance des éléments auxquels sont confrontés les personnages. Le film met en effet en scène le conflit entre les quatre personnages, mais également le conflit entre ces personnages et le paysage. Comme l’ont dit Gilbert et George, « un paysage sans personnages est une image crypto-fasciste ». 

Un paysage porte toujours en lui l’obscénité de la présence humaine, c’est pourquoi je tenais à faire s’affronter la force incroyable de Pantelleria et le conflit de ces quatre êtres, de sorte qu’ils soient non seulement confrontés à leurs propres antagonismes mais aussi à la puissante et imprévisible altérité de l’île. Pantelleria est une île vraiment spéciale et singulière située à mi-chemin entre la Sicile et la Tunisie. La roche y est sombre, presque noire en raison de sa nature volcanique, et les vents y sont légendaires et puissants, à l’image du sirocco venu d’Afrique. Les personnages y vont pour passer des vacances et se retrouvent au milieu d’une nature puissante. On dit souvent que la nature est indifférente aux désirs de l’homme, et je pense que ce film en est l’illustration.

VOUS AVEZ DIRIGÉ TILDA SWINTON À PLUSIEURS REPRISES, COMMENT S’EST PASSÉE VOTRE COLLABORATION SUR CE FILM ?

Je crois que cela fait 21 ans cette année que Tilda et moi nous sommes rencontrés. En ce qui me concerne, toute occasion de faire équipe avec elle sur l’épuisante et exaltante mission qui consiste à réaliser un film est une chance, car j’adore travailler avec elle. Je suis convaincu que grâce à la relation intime qui nous unit, Tilda et moi sommes capables de concevoir des choses qui ne sont pas uniquement motivées par le travail, mais par la volonté de livrer une oeuvre significative. Avec elle, je ne dirige pas une actrice, je travaille main dans la main avec une partenaire. En général, c’est ce que je recherche dans toutes mes collaborations. Avec Tilda, qui fait partie de la famille, tout cela est naturel et organique. 

Lorsqu’elle a rejoint le projet, après avoir lu le scénario tel qu’il était alors, c’est-à-dire plein de dialogues, elle a eu l’idée que face au flot de paroles qu’Harry déverse sur chacun des personnages, Marianne devrait rester muette. Je trouve que le fait qu’elle ait perdu sa voix est un formidable exemple de ce que Tilda est capable d’apporter à un projet.

POURQUOI AVEZ-VOUS PENSÉ À RALPH FIENNES POUR INCARNER CETTE FORCE DE LA NATURE QU’EST HARRY ?

J’admire Ralph depuis que je l’ai vu dans LA LISTE DE SCHINDLER. J’ai aussi aimé le film qu’il a réalisé. Quand j’étais plus jeune – je devais avoir 15 ou 16 ans – je rêvais de travailler avec lui. J’imaginais des films dans lesquels il tenait le rôle principal bien avant de commencer à en 
réaliser moi-même. C’était pareil avec Tilda, ce film m’a donc donné l’occasion de rassembler mon équipe de rêve.

COMMENT AVEZ-VOUS APPROCHÉ RALPH FIENNES ?
A-T-IL IMMÉDIATEMENT ÉTÉ INTÉRESSÉ PAR LE PERSONNAGE D’HARRY ?

Ralph a souvent interprété des personnages pleins de contradictions, mélancoliques et sombres, mais également incroyablement romantiques, cependant je ne l’avais jamais vu dans le rôle d’un personnage frénétique et déchaîné. Je me souviens avoir regardé la bande-annonce de THE GRAND BUDAPEST HOTEL de Wes Anderson et avoir trouvé Ralph incroyablement impertinent, ironique et léger.

Ça m’a surpris, j’ai eu la sensation qu’il y avait un peu d’Harry en lui, ce qui m’a plu car pour moi, le choix des acteurs ne repose pas sur le talent mais sur le fait de trouver des éléments du personnage en eux et inversement.

VOUS RECHERCHEZ DONC DES ACTEURS QUI ONT AU MOINS UN PEU DES PERSONNAGES EN EUX, OU QUI ONT L’IMPRESSION DE LES RECONNAÎTRE ?

Oui, un film doit selon moi toujours être une sorte de documentaire, et pas seulement pour satisfaire cette idée décadente qui ne me plaît pas vraiment qui voudrait qu’il y ait un lien entre la vie et la scène. J’ai donc rencontré Ralph après avoir vu cette bande-annonce et j’ai découvert un homme intense. Je lui ai remis le scénario et nous nous sommes retrouvés quelques jours plus tard. Il m’a alors confié qu’il souhaitait prendre part au projet parce qu’il avait le sentiment de connaître Harry.

LA MUSIQUE DES ROLLING STONES JOUE UN RÔLE ESSENTIEL DANS L’HISTOIRE.
QU’AURIEZ-VOUS FAIT SI VOUS N’AVIEZ PAS PU UTILISER LEURS CHANSONS ? A-T-IL ÉTÉ DIFFICILE D’EN OBTENIR LES DROITS ?

Pantelleria et les Rolling Stones ont toujours été les piliers de la conceptualisation de ce projet, et ce depuis ma première rencontre avec les dirigeants de STUDIOCANAL. Je les ai immédiatement prévenus : le film serait rock’n’roll et se déroulerait sur l’île de Pantelleria. Et quoi de plus rock’n’roll que les Rolling Stones ? Si vous ne connaissez pas les Rolling Stones, vous ne pouvez pas prétendre connaître le rock’n’roll.

Nous avons commencé à travailler sur le scénario et David a créé ce personnage incroyable, magnifiquement ancré dans l’histoire des Stones.

LE GROUPE A-T-IL ÉTÉ IMPLIQUÉ DE QUELQUE AUTRE MANIÈRE DANS LE FILM ?

Nous avons entamé une communication très timide et respectueuse avec le groupe et son management. Nous nous sommes même rendus à Rome où ils donnaient un concert pour rencontrer les très élégants et sympathiques Ronnie Wood et Charlie Watts qui nous ont donné quelques conseils. Nous avons par exemple changé quelques détails dans le monologue d’Harry sur la création du morceau « Moon is Up » (tiré de l’album des Stones intitulé « Voodoo Lounge »). Ils nous ont permis de parfaire l’exactitude du scénario, c’était fabuleux. Nous voulions non seulement qu’Harry fasse partie de l’histoire des Stones, mais nous tenions aussi à ce qu’ils soient présents dans le film à travers leur musique. Nous désirions également pouvoir utiliser leurs chansons en raison de l’histoire du film.

QUELLES ONT ÉTÉ VOS INSPIRATIONS POUR LE FILM ?

Je suis un cinéphile et d’un côté je pense toujours en termes de réalité – comme le disait Jean Renoir, « au cinéma, il faut laisser la porte ouverte à la réalité » – mais de l’autre, j’ai toujours en tête les leçons des grands maîtres qui ont fait mon éducation. Je me suis inspiré de plusieurs films liés entre eux, et liés à Pantelleria et au rock’n’roll. A BIGGER SPLASH me rappelle VOYAGE EN ITALIE de Roberto Rossellini, dans lequel Ingrid Bergman et George Sanders se rendent à Naples pour tenter de résoudre leurs problèmes de couple et se heurtent à la puissance et à la violence de la ville, tout comme Marianne, Harry et les autres se heurtent aussi aux paysages de Pantelleria. 

D’un autre côté, j’ai été fortement influencé par le film de Jean-Luc Godard sur les Rolling Stones, ONE + ONE, qui porte sur la création de la chanson « Sympathy for the Devil », entrecoupé de séquences de contestations politiques tournées en dehors de Londres et caractéristiques du style de Godard. Jean-Luc Godard, figure emblématique de la Nouvelle Vague du cinéma français, a été inspiré par Rossellini et a travaillé avec les Stones, et ce lien entre la France, l’Italie et les pays anglo-saxons est également présent dans notre film à travers la présence d’un réalisateur italien, de producteurs et financiers français et de personnages, d’acteurs et de musiciens anglo-saxons.

POURQUOI AVEZ-VOUS CHOISI MATTHIAS SCHOENAERTS POUR LE RÔLE DE PAUL ?

J’ai rencontré Matthias il y a quatre ans maintenant parce que quelqu’un m’avait parlé de ce fantastique acteur belge qui avait joué dans un film choc intitulé BULLHEAD que je n’avais pas vu. Je me trouvais alors à Los Angeles, je me suis donc procuré un screener et je l’ai regardé. J’ai trouvé que ce type était une vraie force de la nature. Il se trouve qu’il était également à Los Angeles et nous nous sommes rencontrés. Je l’ai à nouveau rencontré après DE ROUILLE ET D’OS et à ce moment-là nous voulions tous les deux travailler ensemble, c’est pourquoi il m’a semblé naturel de lui confier le rôle de Paul, un garçon sombre qui reste calme face à Harry jusqu’à ce qu’il explose et fasse inconsciemment ce qu’il ne devrait pas faire.

QU’EN EST-IL DE DAKOTA JOHNSON ?
VOUS L’AVEZ PROBABLEMENT CHOISIE AVANT LA SORTIE DE CINQUANTE NUANCES DE GREY ?

Nous avons distribué le rôle de Pénélope à la dernière minute. Nous approchions dangereusement de la date du tournage, j’ai donc rencontré de nombreuses actrices de cette génération qui m’ont beaucoup intrigué et fasciné. Et puis un jour, un ami, Brian Swardstrom, l’agent de Sam Taylor Wood et Tilda, a mentionné Dakota. J’ai alors contacté Sam qui avait travaillé avec elle sur CINQUANTE NUANCES DE GREY, et elle m’a dit que malgré la difficulté du film, Dakota avait été incroyable.

Au vu de sa passion et de son enthousiasme, j’ai demandé à rencontrer Dakota. Elle est venue me voir alors que je préparais le film chez moi à Crema, près de Milan. Elle savait exactement ce qu’elle voulait et avait parfaitement cerné le personnage, étant donné qu’elle n’avait lu le scénario que quelques jours auparavant. J’ai tout de suite su que nous avions trouvé notre Pénélope. Elle s’est alors rendue à Pantelleria et nous avons commencé à travailler.

ENTRETIEN AVEC
RALPH FIENNES
interprète de HARRY

PARLEZ-NOUS DE VOTRE PERSONNAGE, HARRY.

Harry est un producteur de disques qui affirme avoir contribué à construire la légende des Rolling Stones, notamment en enregistrant les percussions d’un de leurs morceaux sur une poubelle en aluminium. Il raconte volontiers cette histoire. Il a toujours plein d’anecdotes à dire ; l’énergie et l’adrénaline coulent dans ses veines, c’est une véritable tornade, en actes et en paroles.

C’est un homme provocateur qui aime aussi amuser la galerie, il cuisine, il danse et il aime la musique, qui est toute sa vie. Mais je pense que sous cette façade, il y a une âme égarée venue récupérer la femme qu’il a aimée autrefois et qui a refait sa vie avec quelqu’un d’autre.

FACE À L’ÉLOQUENCE D’HARRY, MARIANNE, ELLE, EST TENUE AU SILENCE. ELLE VIENT DE SUBIR UNE OPÉRATION DES CORDES VOCALES ET NE DOIT PAS PARLER, CE QUI CRÉE UNE DYNAMIQUE INTÉRESSANTE DANS L’HISTOIRE.

En effet. Dans une version antérieure du scénario, Marianne avait des répliques, mais Tilda a pensé qu’il serait plus intéressant qu’elle soit muette. Il s’agit d’une chanteuse de rock qui se remet d’une opération des cordes vocales mais on l’entend cependant parler dans les flashbacks. Elle ne peut pas parler le temps de récupérer de l’opération et décide de partir en vacances avec son jeune amant, qui se trouve également être un ami d’Harry. Mais ce dernier débarque comme un ouragan, bien décidé à la récupérer, accompagné d’une jeune fille, dont Marianne et Paul, incarné par Matthias Schoenaerts, supposent qu’elle est son amante avant qu’il ne leur annonce qu’il s’agit en réalité de sa fille…

PARLEZ-NOUS DE L’ÎLE SUR LAQUELLE SE DÉROULE LE FILM ET DU RÔLE QU’ELLE TIENT DANS L’HISTOIRE. 

Il s’agit de l’île de Pantelleria, qui est située entre la Sicile et la Tunisie. C’est là que l’histoire se déroulait dans le scénario et c’est là que nous avons tourné le film. C’est une île de roches volcaniques battue par des vents qui changent sans cesse de direction. Le temps tournait vite à l’orage et il était souvent éprouvant de tourner dans cet environnement car les communications étaient difficiles, les routes peu praticables et le vent incroyablement puissant.

ON A L’IMPRESSION QUE LES QUATRE PERSONNAGES SONT ISOLÉS SUR L’ÎLE, QU’ILS NE S’INTÈGRENT JAMAIS VRAIMENT.
CELA AFFECTE-T-IL LEUR COMPORTEMENT ?

Ils vivent en effet en autarcie. Comme beaucoup de gens, ils ont le privilège de pouvoir s’envoler pour passer des vacances dans des endroits reculés et profiter de manière superficielle du climat, de la gastronomie et du mode de vie sans jamais vraiment apprendre à connaître le lieu où ils ont choisi de venir se reposer.

HARRY EST UN PERSONNAGE EXTRÊMEMENT VIVANT. VOUS ÊTES-VOUS RECONNU EN CET HOMME QUI S’ACCROCHE À SON PASSÉ ET À SES SOUVENIRS ?

Mon frère, Magnus, travaille dans l’industrie musicale et je pense qu’il y a un peu de lui dans Harry ! Mais je me suis également inspiré de gens que j’ai croisés dans le monde du cinéma.

Je ne peux nommer personne en particulier, je fais plutôt référence à l’énergie de ces gens qui sont dans l’industrie depuis un moment et qui évoquent souvent leur passé, se remémorant avec nostalgie la vie qu’ils menaient alors.

DANS LE FILM, VOUS DANSEZ REMARQUABLEMENT BIEN. AVEZ-VOUS CHORÉGRAPHIÉ CETTE SCÈNE AVEC LUCA GUADAGNINO ? COMMENT VOUS ÊTES-VOUS PRÉPARÉ ? 

J’ai travaillé avec Ann Yee. Dans le scénario, il était écrit : « Harry danse et c’est un bon danseur…». Personnellement je n’ai rien contre faire quelques pas de danse après avoir bu quelques verres, mais je n’ai jamais été très à l’aise sur la piste. J’ai donc exploré ce style avec Ann, mais la scène n’est pas chorégraphiée.

VRAIMENT ? C’EST DE L’IMPROVISATION ?

Ann m’a seulement appris à exprimer différentes choses ! Avec les non-danseurs, elle réussit à les désinhiber et à leur faire comprendre que physiquement, rien n’est mauvais ou faux – tout est possibilité.

VOS PARTENAIRES ÉTAIENT-ILS AU COURANT DE CE QUE VOUS ALLIEZ FAIRE ?
QUELLE A ÉTÉ LEUR RÉACTION LORS DE LA PREMIÈRE PRISE ?

Je pense qu’ils se sont habitués au bout d’un moment ! La musique – « Emotional Recue » des Rolling Stones – est fantastique et je pense que tout le monde, y compris les techniciens, l’a appréciée. Nous avions la chance de pouvoir jouer la musique sur le tournage. Parfois au cinéma, on est obligé d’avoir des oreillettes parce que le son n’est pas très bon, mais ça n’a pas été le cas sur A BIGGER SPLASH. La musique emplissait l’air grâce à des enceintes cachées dans le décor, c’était magique.

ENTRETIEN AVEC
DAKOTA JOHNSON
interprète de PÉNÉLOPE

COMMENT AVEZ-VOUS PRIS CONNAISSANCE DU PROJET ?

J’ai lu le scénario environ un an avant le début du tournage, mais rien n’était encore décidé, la distribution n’était pas arrêtée. Je voyageais alors en Europe avec des amis musiciens, nous étions au beau milieu de la France lorsque j’ai reçu un appel de mon agent pour me demander si je pouvais me rendre en Italie pour rencontrer Luca. Je me suis donc rendue à l’aéroport le plus proche où j’ai pris le premier vol pour Milan, puis j’ai fait la route jusqu’en Crémone pour rencontrer Luca.

PARLEZ-NOUS DE VOTRE PERSONNAGE, PÉNÉLOPE.

Pénélope est une jeune femme intrépide qui est très consciente de sa sexualité et de son pouvoir de séduction. Elle se délecte des situations embarrassantes et aime tester les limites de ses interlocuteurs.

La normalité ne l’excite pas, elle en veut toujours davantage. Dans le film, elle porte d’ailleurs un tee-shirt sur lequel est écrit « I Want More » ; et elle le porte à l’envers et devant-derrière, ce que je trouve assez révélateur. Pénélope est une hédoniste, elle est égoïste et légèrement hystérique. Elle n’a aucune empathie et méprise les émotions des autres, jusqu’à ce que cela lui revienne en plein visage et qu’elle soit obligée de faire face à la réalité. Tout au long du film, Harry – son père – et elle tentent d’apprendre à se connaître, à déterminer ce qu’ils signifient l’un pour l’autre et quelle relation les unit. Au cours de leurs aventures à travers l’Europe, elle a endossé une identité qui n’est pas la sienne et a joué avec les émotions des autres jusqu’à en avoir elle-même le coeur brisé. La vraie vie reprend alors le dessus, il ne s’agit plus d’un jeu.

LE CONFINEMENT DE CETTE VILLA ET LES TENSIONS SEXUELLES ENTRE LES QUATRE PERSONNAGES RENDENT LA SITUATION D’AUTANT PLUS EXPLOSIVE…

Oui. Lorsque quatre personnes se retrouvent dans un environnement fermé, il est inévitable que quelque chose d’étrange ou de gênant se produise. Le film explore les relations entre ces personnages et leur caractère perpétuellement mouvant. L’île confère également sa propre énergie au film. Le tournage était parfois chaotique car le climat et l’énergie changeaient constamment.

PARLEZ-NOUS DE LA RELATION ENTRE HARRY ET PÉNÉLOPE ?

Harry et Pénélope se sont rencontrés environ un an avant le début de l’histoire, mais c’est la première fois qu’ils passent vraiment du temps ensemble.

Leur relation est assez singulière parce que Pénélope a conscience de l’effet qu’elle a sur les hommes et qu’elle teste sa féminité et sa sexualité, tandis que lui a eu de nombreuses maîtresses de son âge. Il se sent néanmoins responsable d’elle.

ENTRETIEN AVEC
MATTHIAS SCHOENAERTS
interprète de PAUL

PARLEZ-NOUS DE VOTRE PERSONNAGE, PAUL.

Paul est un animal blessé. C’est un ancien alcoolique qui tente de se reconstruire après une tentative de suicide. Il accompagne Marianne sur l’île pour non seulement se reconstruire, mais également rebâtir leur relation parce qu’à force de vivre sur le fil du rasoir, il y a presque laissé sa vie. Ils cherchent la paix, le silence et le repos. C’est alors qu’Harry, interprété par Ralph Fiennes, décide de leur rendre visite et vient semer le trouble.

MARIANNE, QUI SE REMET D’UNE OPÉRATION DES CORDES VOCALES, NE PEUT PAS PARLER.
COMMENT JOUE-T-ON FACE À UNE PARTENAIRE MUETTE ?

Dans le scénario original, Marianne était censée être actrice, mais Tilda a pensé qu’il serait plus intéressant d’en faire une star du rock. Je me souviens qu’un jour Luca m’a appelé pour me dire que Tilda avait eu l’idée que Marianne soit muette pendant tout le film. J’ai d’abord été un peu désarçonné parce que le film reposait sur les dialogues, et puis j’ai réalisé que cela allait nous obliger à trouver le moyen de communiquer sans parler et d’exprimer ce que nous ressentions sans avoir recours à la parole. Une dynamique très intéressante s’installe alors lorsque Harry, véritable moulin à paroles, entre en scène. Son flot de paroles dissimule le calme plat de son existence, c’est d’ailleurs la raison pour laquelle il débarque sur Pantelleria : il a le sentiment de passer à côté de quelque chose, il se sent inutile et aimerait rallumer la flamme avec Marianne. Et il le fait en la soûlant de mots.

MARIANNE ET PAUL SONT EN QUELQUE SORTE RATTRAPÉS PAR LEUR PASSÉ. ILS ESSAYENT DE CHANGER, MAIS HARRY LES EN EMPÊCHE…

Exactement. A BIGGER SPLASH raconte l’histoire d’êtres qui veulent aller de l’avant mais qui ont peur de le faire, et prennent le risque de retomber dans leurs anciens travers parce qu’ils leur sont connus, et donc plus confortables que l’inconnu. C’est en définitive un film sur le fait de grandir, de tourner la page, de lâcher prise et de sauter dans l’inconnu. Il est aussi question des relations humaines, de la tension sexuelle.

L’ATMOSPHÈRE QUI RÈGNE DANS CETTE VILLA EST ASSEZ OPPRESSANTE…

Oui, le film a entièrement été tourné en décors réels sur Pantelleria, une île magnifique entre la Sicile et l’Afrique. Cette île est une allégorie de la situation dans laquelle se trouvent les personnages, car dans une certaine mesure, ils vivent tous sur leur propre île. Pantelleria possède également une énergie féroce, c’est une petite île, elle est donc exposée à toutes sortes de vents, ce qui lui confère une intensité incroyable.

QUAND AVEZ-VOUS RENCONTRÉ LUCA GUADAGNINO POUR LA PREMIÈRE FOIS ?

C’était il y a quatre ans. J’étais à Los Angeles pour représenter BULLHEAD aux Oscars et le projet était déjà d’actualité, nous en avons donc discuté, puis il a été mis de côté avant de réapparaître à nouveau. Il m’a alors contacté pour me dire que Tilda Swinton et Ralph Fiennes avaient donné leur accord et qu’il voulait que je prenne part au projet.

Nous avons donc commencé à communiquer plus régulièrement, et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire j’étais sur l’île en train de tourner le film !

ENTRETIEN AVEC
TILDA SWINTON
interprète de MARIANNE

VOUS AVEZ DÉCLARÉ QUE VOUS N’AVIEZ AUCUNE ENVIE DE TOURNER UN FILM LORSQUE LUCA VOUS A CONTACTÉE POUR A BIGGER SPLASH.
QU’EST-CE QUI VOUS A FAIT CHANGER D’AVIS ? 

Luca et moi parlons tout le temps de tout, et occasionnellement de faire des films. Je savais qu’il préparait A BIGGER SPLASH, mais lorsque nous en avons discuté, j’ai décidé que je n’y prendrai pas part pour différentes raisons, en partie parce que je n’avais pas envie de faire un film à ce moment-là. Et puis il m’a redemandé et je dois avouer que j’étais très tentée de retravailler avec lui, avec le chef opérateur Yorick Le Saux et avec toute la petite famille que j’apprécie tant, mais je n’avais pas envie de parler. Quand j’ai réalisé que c’était ce qui me retenait, je lui ai proposé de faire de Marianne une rock star qui a perdu sa voix. Lorsqu’il a accepté, nous avons tous les deux plongé dans cette aventure tête baissée.

RESTER MUETTE PENDANT PRESQUE TOUT LE FILM EST UN DÉFI ASSEZ INHABITUEL. COMMENT L’AVEZ-VOUS VÉCU ?

Ça a été très intéressant. Je n’aime pas vraiment les personnages éloquents au cinéma, je préfère ceux qui essayent de s’exprimer, échouent et tentent de communiquer par un autre moyen que le langage. L’idée d’incarner un personnage qui a décidé de prendre du recul sur sa vie, et qui sait qu’il ne peut pas parler et qui est relativement en paix avec cette idée était très reposante. Mais évidemment, la dynamique qui s’installe à l’arrivée d’Harry, avec qui elle a jadis entretenu une relation basée sur la communication et auquel elle ne peut désormais plus répondre, m’a beaucoup intriguée.

VOUS ÊTES-VOUS SENTIE PRISE AU PIÈGE SUR CETTE ÎLE ET DANS LA VILLA ?

Oui, de la même manière que lorsqu’on part en vacances – en particulier en groupe – on est toujours un peu oppressé. Je suis certaine que les gens qui sont déjà partis en vacances avec un ou deux hôtes indésirables reconnaîtront cette sensation de « je sais que je ne devrais pas me plaindre parce que je suis en vacances, mais là, la coupe est pleine… ». Tout est fallacieux, ce scénario de vacances en tout cas est une imposture et cette joie forcée qu’Harry apporte avec lui est très oppressante.

AVEZ-VOUS IMAGINÉ LE PASSÉ DE MARIANNE LORSQUE VOUS EN AVEZ FAIT UNE ROCK STAR ?

Oui, je lui ai inventé toute une vie, même si dans le film on n’en a qu’un bref aperçu, car le sujet porte sur sa transformation et ce qui vient ensuite. C’est l’histoire d’une femme qui a pris la décision de changer de vie, en partie parce que les circonstances – avec son opération – l’y obligent, mais également par choix. Marianne veut mettre ces vacances à profit pour faire le point et décider si elle veut reprendre sa vie d’avant ou pas.

PAUL, LE PERSONNAGE DE MATTHIAS SCHOENAERTS, INCARNE CE CHANGEMENT, TANDIS QU’HARRY REPRÉSENTE LE PASSÉ ET LA VIE DISSOLUE QU’ELLE MENAIT JUSQU’ALORS…

Effectivement. Pour moi, le film traite aussi du fait de grandir. Il évoque ce moment dans la vie où, peu importe l’existence que l’on mène – il n’est pas nécessaire d’être une star du rock, un cinéaste ou un producteur de musique –, on est confronté aux choix que l’on a faits et à leurs conséquences, ce moment où l’on envisage de changer de vie, où l’on change de vie ou où l’on décide d’assumer les conséquences de ces nouveaux choix. A BIGGER SPLASH évoque le poids des années, et en ce sens, il s’agit d’un film adulte car il met en lumière le moment de l’existence où ces personnages doivent prendre ces décisions. On peut aimer profondément quelqu’un sans pouvoir vivre de manière apaisée à ses côtés, et c’est une réalité dont on prend conscience à partir d’un certain âge.

ET COMMENT S’EST DÉROULÉE VOTRE COLLABORATION AVEC DAKOTA JOHNSON ?

J’aime beaucoup la relation de Marianne et Pénélope, il y a quelque chose de très profond entre elles. À travers la relation très virile d’Harry et Paul, le film évoque ce que Luca appelle « le désir de tuer le père », mais je pense qu’il est aussi question de la maternité à travers ces deux personnages féminins. Marianne a récemment perdu sa mère et n’a jamais eu d’enfant, c’est alors qu’apparaît cette jeune femme, qui n’est évidemment pas sa fille mais qui lui évoque l’enfant qu’elle aurait pu avoir avec Harry et soulève chez elle la question de la maternité.

Elle se retrouve également en Pénélope, qui à la fin du film cite avec tendresse ce que Marianne a dit à Harry dans un moment de cruauté. Il y a quelque chose qui me touche profondément dans leur relation, Marianne tente de nouer des liens avec Pénélope tout au long du film, mais la jeune femme appartient à une autre génération, elle vient d’une époque et d’un univers très différents.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire