mercredi 13 janvier 2016

THE REVENANT



Western/Aventure/Une superbe photographie et une réalisation majestueuse

Réalisé par Alejandro González Iñárritu
Avec Leonardo DiCaprio, Tom Hardy, Domhnall Gleeson, Will Poulter, Paul Anderson, Kristoffer Joner, Brendan Fletcher, Lukas Haas...

Long-métrage Américain
Durée: 02h37mn
Année de production: 2015
Distributeur: Twentieth Century Fox France

RÉCOMPENSES REÇUES AUX


** MEILLEUR FILM DRAMATIQUE **

** MEILLEUR ACTEUR DANS UN FILM DRAMATIQUE : LEONARDO DiCAPRIO **

** MEILLEUR RÉALISATEUR : ALEJANDRO GONZÀLEZ IÑÁRRITU **

Date de sortie sur les écrans américains : 8 janvier 2016
Date de sortie sur nos écrans : 24 février 2016


Résumé : Dans une Amérique profondément sauvage, le trappeur Hugh Glass est sévèrement blessé et laissé pour mort par un traître de son équipe, John Fitzgerald. Avec sa seule volonté pour unique arme, Glass doit affronter un environnement hostile, un hiver brutal et des tribus guerrières, dans une inexorable lutte pour sa survie, portée par un intense désir de vengeance.

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : THE REVENANT est un grand film cinématographique. La photographie magnifique accompagne majestueusement une réalisation d'une maîtrise absolue. 





Alejandro González Iñárritu, le réalisateur, place sa caméra au plus près de ses personnages lors des scènes d'action. Il réussit à conserver une incroyable clarté dans les séquences des événements. Le spectateur comprend parfaitement ce qu'il se passe à tout moment. 
J'ai été impressionnée par sa capacité à passer du calme au chaos en quelques secondes. Cela fait monter l'adrénaline. Je vous assure qu'il y a deux ou trois scènes intenses dans le film qui vous souffle par la violence et la vitesse à laquelle les changements de ton se mettent en place. 
Cependant l'action n'est pas le cœur de THE REVENANT. A mon avis, trois aspects se mélangent, formant le message que le réalisateur veut nous transmettre : un aspect contemplatif qui se traduit par une mise en avant de la beauté et de la sérénité de la nature - il est d'autant plus frappant lorsque cette dernière est souillée par la violence des hommes; un aspect quête qui se découvre au fur et à mesure au travers de l'histoire de Hugh Glass; un aspect spirituel qui accompagne la quête de Hugh en pointillé. C'est toute l'intelligence de cette histoire de mélanger les trois afin de garder un bon équilibre dans son approche scénaristique et de ne pas faire basculer les spectateurs dans l'ennui. 
Le scénario est assez simple au fond; il est très bien travaillé. Tout en racontant les aventures de Hugh, il laisse de la place à la rudesse des éléments, au cadre de l'époque (la conquête de l’Ouest en 1823), à la violence brute des hommes et aux relations complexes entre les différentes tribus indiennes et les pionniers (basées entre autres sur le commerce via des échanges). J'ai trouvé intéressant qu'il montre également le pire comme le meilleur chez l'homme.
Léonardo DiCaprio est parfait dans le rôle de Hugh Glass. Sa présence, sa crédibilité, son jeu, tout est impeccable. Ce n'est pas un rôle facile mais il l'habite totalement.




Le reste du casting est également en or, entre autres (mais pas que) Tom Hardy dans le rôle de John Fitzgerald, Domhnall Gleeson dans le rôle d'Andrew Henry ou encore Will Poulter dans le rôle de Bridger. Je ne nous en dis pas plus sur ces personnages pour ne rien dévoiler de l'intrigue.
J'ai deux petits reproches à faire. J'ai ressenti un peu de longueurs, même si je comprends qu'elles sont nécessaires car elles correspondent à la vision du réalisateur, qu'il mène à bien. Et concernant le rôle de Bridger (interprété par Will Poulter), j'ai été surprise que ce personnage ne soit pas mieux exploité, au final, dans la totalité du scénario.

THE REVENANT est un long-métrage impressionnant dans sa réalisation, sa photographie et sa mise en scène, doté d'un scénario intelligemment travaillé, avec un casting impeccable. C'est un grand film à côté duquel il ne faut pas passer.


NOTES DE PRODUCTION
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Avec le film d’aventures épiques THE REVENANT, le réalisateur oscarisé Alejandro G. Iñárritu nous transporte au XIXe siècle, en pleine conquête de l’Ouest, pour nous raconter la légende de Hugh Glass. Le film, qui immerge le public au cœur de l’Amérique profondément sauvage de 1823 avec tout ce que cela comporte de beauté, de mystère et de danger, retrace le parcours physique et psychologique d’un homme prêt à tout pour survivre. À mi-chemin entre le thriller et le voyage initiatique, THE REVENANT explore l’instinct primaire de l’être humain, sa volonté de se battre non seulement pour sa survie, mais aussi pour sa dignité, la justice, ses convictions et sa famille. 

Connu pour ses films 21 GRAMMES, BABEL ou encore BIRDMAN, lauréat de l’Oscar du meilleur film, Alejandro G. Iñárritu signe avec THE REVENANT sa première fresque historique et met son style singulier, mélange d’images saisissantes et d’émotions intimes, au service d’une histoire qui transporte le public là où le cinéma moderne s’est rarement aventuré.
Le fait que le film ait été tourné en pleine nature sauvage a permis à l’équipe de se faire une idée des difficiles conditions de vie de Hugh Glass et de ses compagnons dans les années 1800. Mais le réalisateur et son équipe étaient prêts à relever tous les défis d’un tournage entre le Canada et l’Argentine, des régions connues pour leurs conditions météorologiques imprévisibles et leurs vastes étendues sauvages, afin de s’immerger dans le quotidien des trappeurs du début du XIXe siècle.
Alejandro G. Iñárritu a travaillé en étroite collaboration avec l’acteur primé aux Golden Globes et nommé à l’Oscar Leonardo DiCaprio qui incarne Hugh Glass, un rôle aussi exigeant sur le plan physique que sur le plan émotionnel. Grâce au talent d’acteurs internationaux tels que Tom Hardy, primé aux BAFTA Awards, Domhnall Gleeson ou Will Poulter, et à des comédiens amérindiens, le cinéaste a réussi à ressusciter un passé méconnu. Avec son collaborateur de longue date, le directeur de la photographie oscarisé Emmanuel « Chivo » Lubekzi, ils ont adapté leur style à la fois lyrique et intimiste aux grands espaces : tantôt la caméra semble flotter à travers des paysages grandioses, tantôt elle s’approche au plus près des personnages, si proche que l’on peut voir leur respiration. Alejandro G. Iñárritu a également consulté plusieurs historiens afin de représenter de la manière la plus authentique possible les conflits territoriaux aujourd’hui mythiques qui ont opposé le gouvernement américain et les tribus amérindiennes. 
La légende de Hugh Glass commence en 1823, lorsqu’il prit part, à l’instar de milliers d’autres, au commerce des fourrures, moteur majeur émergent de l’économie américaine. À l’époque, beaucoup considéraient la nature comme un désert spirituel qui ne demandait qu’à être dompté et conquis par les plus audacieux des hommes. C’est ainsi que ces aventuriers se sont précipités dans l’inconnu, qu’ils ont remonté des rivières non cartographiées et se sont enfoncés dans des forêts incroyablement denses en quête d’adrénaline et d’aventure, mais également de profit. Ils se retrouvaient souvent en concurrence directe avec les tribus amérindiennes installées depuis longtemps sur ces terres.
Nombre de ces hommes sont morts anonymement, mais Hugh Glass est entré dans la légende en refusant tout simplement de mourir. Sa légende est née après qu’il a survécu à l’attaque d’un grizzli, l’un des plus grands dangers de l’Ouest. Pareille attaque aurait suffi à terrasser le plus aguerri des pionniers, mais pas Glass. Dans le film, le personnage, atrocement blessé, s’accroche à la vie, mais il est rapidement trahi par les membres de son équipe, ce qui ne fait qu’alimenter son désir de survivre à tout prix. Malgré la terrible perte qu’il subit et sa situation désespérée, Glass est déterminé à ne pas se laisser mourir. Par soif de vengeance, il entreprend alors un périple semé de dangers inconnus qui va le confronter à des cultures étrangères, et qui finalement, se transformera en quête de rédemption. Tandis qu’il arpente l’Ouest sauvage, il se débarrasse peu à peu du désir de destruction qui le gouvernait jadis. Il s’est transformé en Revenant, un être revenu d’entre les morts.
Alejandro G. Iñárritu déclare : « L’histoire de Glass pose les questions suivantes : qui sommes-nous lorsque nous nous retrouvons dépouillés de tout ? De quelle étoffe sommes-nous réellement faits ? De quoi sommes-nous capables ? »
Leonardo DiCaprio commente : « THE REVENANT raconte l’incroyable histoire d’un homme confronté aux éléments dans une contrée sauvage, une Amérique encore inconnue. C’est un film qui explore le pouvoir de l’esprit. L’histoire de Hugh Glass fait partie de ces légendes que l’on se raconte au coin du feu, mais Alejandro l’a utilisée pour étudier ce qui se passe lorsqu’on est confronté à la mort, ce que notre esprit est capable d’endurer et les conséquences d’une telle épreuve lorsqu’on y survit. »

THE REVENANT s’oppose en tout point au monde clos du précédent film du réalisateur, BIRDMAN. Après avoir exploré les névroses de la société contemporaine, Alejandro G. Iñárritu livre ici une grande fresque historique américaine, avec ses perpétuelles tensions entre sauvagerie et civilisation, sérénité et ambition.
Il déclare : « J’ai rêvé de ce projet durant plus de cinq ans. Il s’agit d’une histoire intense et poignante qui se déroule dans des décors grandioses et raconte la vie de trappeurs qui, en dépit des souffrances physiques, développent une grande spiritualité. Bien que l’histoire de Glass soit en grande partie apocryphe, nous nous sommes efforcés de rester fidèles à ce que ces hommes ont vécu dans ces vastes territoires vierges. Nous n’avons pas ménagé notre peine, tant sur le plan physique que technique, pour livrer un film aussi sincère que possible. »
Le cinéaste a été fasciné par la capacité qu’a le danger de nous mettre à nu et de révéler ce dont nous sommes réellement faits, ainsi que par la manière dont il met au jour ce qui serait resté enfoui si l’on n’avait pas été confronté à notre propre mortalité. À propos du danger que l’on peut rencontrer en pleine nature, l’alpiniste Reinhold Messner a déclaré : « La montagne a le don de nous remettre à notre place. On n’y découvre pas combien l’on est grand et fort, au contraire : elle nous apprend combien nous sommes fragiles, faibles et gouvernés par nos peurs. Mais on ne peut véritablement prendre conscience de cela qu’en étant confronté à la mort. » La chef costumière Jacqueline West ajoute : « Le personnage de Glass prend conscience de la possibilité de sa propre mort, et c’est quelque chose de très puissant. »
Cette confrontation avec la mort est également étroitement liée à l’extraordinaire relation qui unit le trappeur à son fils, car après la mort de celui-ci, Glass s’accroche encore davantage à la vie.
Alejandro G. Iñárritu commente : « THE REVENANT raconte non seulement l’histoire d’un homme qui livre un dur combat pour sa survie, mais également une histoire pleine d’espoir. Pour moi, le plus important était de raconter cette aventure avec un esprit d’émerveillement et de découverte, de la traiter comme une exploration à la fois de la nature sauvage et de la nature humaine. »
Le producteur Steve Golin déclare : « Alejandro met beaucoup de sincérité dans tout ce qu’il fait. Ses films sont réalistes mais possèdent également une dimension spirituelle et dans THE REVENANT, cette combinaison s’exprime de manière inédite. »
                                                                                                           
LA LÉGENDE DE HUGH GLASS 

Depuis deux siècles, la capacité de Hugh Glass à repousser les limites de son corps, de son esprit et de son âme a fait de lui une véritable légende. On sait peu de choses sur ses jeunes années hormis sa naissance à Philadelphie en 1773, mais il semblerait qu’il ait été pirate. À 30 ans, il a pris la direction de l’Ouest et en 1823, il a participé à l’expédition du capitaine Andrew Henry pour explorer la rivière Missouri. C’est près de ce qui est aujourd’hui la ville de Lemmon, dans le Dakota du Sud, que Glass a été attaqué par un ours et abandonné par les hommes désignés pour rester auprès de lui, persuadés – à tort – qu’il ne survivrait pas.
Hugh Glass n’a laissé aucun écrit derrière lui, à l’exception d’une lettre destinée aux parents d’un compagnon tué par les indiens Arikaras. Lorsqu’on a découvert qu’il avait survécu, son histoire s’est étalée dans tous les journaux du pays. Depuis, plusieurs biographies et romans ont vu le jour, mais en 2002, Michael Punke a publié Le Revenant, l’un des récits les plus approfondis et les plus documentés sur les événements. Curieusement, Michael Punke n’est pas écrivain mais représentant de commerce ; sa fascination de toujours pour les pionniers de la conquête de l’Ouest l’a cependant conduit à étudier toutes les ressources possibles afin de dresser le portrait le plus réaliste de Hugh Glass jamais réalisé.
Son livre a été qualifié par Publishers Weekly de « conte héroïque enchanteur sur l’obsession de la vengeance » et été plébiscité par les amateurs de récits d’aventures, parmi lesquels figuraient les producteurs d’Anonymous Content : Steve Golin, Keith Redmon et David Kanter.
Steve Golin déclare : « J’ai toujours aimé les films de survie en pleine nature, et nous nous sommes tous dit que le roman de Michael Punke ferait un formidable film d’aventures. La route a été longue pour David, Keith et moi, mais nous sommes plus que ravis du résultat final et de l’extraordinaire équipe qui nous a aidés à réaliser ce projet. Cela n’a pas été évident, mais la créativité que cette histoire a inspirée est tout simplement exceptionnelle. »

Anonymous Content a confié l’écriture du scénario à Mark L. Smith, qui a vu dans cette histoire l’occasion de faire vivre au public une expérience à peine imaginable à l’ère du tout-technologique.
Il explique : « Dans les années 1820, quand on vous abandonnait en pleine nature, vous vous retrouviez vraiment seul au milieu de nulle part. Il n’y avait pas d’iPhone pour vous venir en aide. Glass est confronté à des expériences presque inimaginables, qu’il s’agisse de tomber du sommet de chutes d’eau vertigineuses ou de combattre des loups. Son histoire est une aventure, mais c’est aussi un riche et émouvant cheminement intérieur et j’étais persuadé que cela pourrait également faire un formidable spectacle visuel. »

Cet espoir est devenu réalité lorsque Alejandro G. Iñárritu a accepté de réaliser le film afin de transporter les spectateurs dans un univers aussi fascinant qu’inaccessible. Mark L. Smith commente : « Cette histoire est très différente de ce à quoi Alejandro nous a habitués, c’est pourquoi au début j’ai été très étonné qu’il ait envie de la porter à l’écran. Mais lorsque nous avons commencé à travailler sur le scénario, c’était comme une évidence. Il était très investi et avait des idées incroyables. Ça a été une formidable collaboration. »
New Regency était très enthousiaste à l’idée de collaborer avec Alejandro G. Iñárritu. Brad Weston, le président-directeur général de la société, déclare : « Nous avons été enchantés par la vision d’Alejandro, dont nous avons compris toute l’ampleur, la portée et le besoin de flexibilité, et nous y avons aussi vu l’occasion de renouer avec les racines de New Regency, une société qui apporte tout son soutien aux réalisateurs. Il s’agissait à nos yeux d’un projet ambitieux sur le plan créatif mais également attractif sur le plan commercial. »
Alejandro G. Iñárritu a développé le caractère fictif des récits déjà apocryphes sur la vie de Glass tout en s’attachant à explorer les thèmes sous-jacents de l’histoire. Il commente : « Je tenais non seulement à raconter le parcours physique de Glass et Fitzgerald mais également leur psychologie, leurs rêves, leurs peurs et leurs deuils. Comme en musique, l’intrigue principale constituait une formidable mélodie de base, mais c’est qui se passe dans leur tête et dans leur cœur qui confère tout son lyrisme à la partition. »
Pour Leonardo DiCaprio, l’empreinte du réalisateur sur le scénario est incontestable. « J’étais ravi lorsque j’ai appris qu’Alejandro allait prendre part au projet, confie-t-il, car c’est un metteur en scène unique. Je savais qu’il saurait immerger le public dans l’univers du film. Il s’agit en premier lieu de l’histoire d’un homme qui lutte pour sa survie, mais Alejandro lui apporte tellement de nuances qu’il lui confère une incroyable profondeur. »

Comme seuls les faits historiques sont avérés, Alejandro G. Iñárritu et Mark L. Smith ont pu laisser libre cours à leur imagination. Leur approche a cependant été dictée par la notion d’authenticité culturelle. Mark L. Smith explique : « Nous avons fait d’importantes recherches sur la manière dont parlaient les trappeurs par exemple, ou sur les outils qu’ils utilisaient. Nous tenions à ce que les spectateurs découvrent cet univers tel qu’il était vraiment. »
Le réalisateur avait en effet à cœur de recréer ce monde perdu de manière authentique. Le premier jour du tournage, il a réuni la production sur les rives de la rivière Bow dans l’Alberta, où les acteurs plongeraient bientôt dans l’eau glacée pour le tournage d’une scène d’action. Tous se sont vu remettre une rose rouge. Le conseiller culturel Blackfoot Craig Falcon a alors présidé une cérémonie avec l’aide des aînés de la tribu locale des Stoney afin de bénir le film, les animaux et la terre. Après cette bénédiction, Alejandro G. Iñárritu a demandé aux 300 personnes présentes de se donner la main en silence. Puis tous ensemble, ils sont entrés dans l’eau pour disperser leurs pétales de rose.

LEONARDO DiCAPRIO incarne HUGH GLASS

Leonardo DiCaprio a incarné une multitude de personnages – de Howard Hughes à Jay Gatsby en passant par le « Loup de Wall Street », Jordan Belfort – mais le rôle de Hugh Glass a constitué un défi inédit pour l’acteur. Il a en effet dû explorer des territoires que peu d’entre nous ont sillonnés dans notre monde moderne. Il s’agit de son rôle le plus physique mais également le plus silencieux, tout en étant puissamment éloquent.
À propos de ce qui l’a séduit dans l’histoire, Leonardo DiCaprio déclare : « Ce film évoque des thèmes très forts, notamment ceux de la volonté de vivre et du rapport à la nature. Et puis au cours de ma carrière, j’ai joué souvent des personnages éloquents, qui avaient beaucoup de choses à dire, et à cet égard, le rôle de Glass a été un défi unique pour moi car il a fallu que j’exprime mes émotions sans parler, ou alors dans une langue qui m’était étrangère. Pour ce faire, j’ai essayé de vivre l’instant présent, et de réagir à ce que nous réservait la nature et à ce que Glass traversait dans la scène que nous tournions. Ce rôle m’a conduit à explorer la nature la plus profonde de l’instinct de survie. »
L’acteur a également été séduit par la volonté du réalisateur de raconter l’histoire de Hugh Glass avec un réalisme qui plonge le public dans l’Ouest sauvage d’avant les westerns traditionnels. Il commente : « Je n’avais jamais vu de film sur cette période de l’histoire américaine, j’étais donc très curieux. Il s’agit d’une époque unique dans l’histoire de l’Ouest américain, une époque bien plus sauvage que ce que nous appelons aujourd’hui le Far West. C’était un peu comme l’Amazonie : une contrée sauvage inconnue, un no man’s land où très peu de lois s’appliquaient. Ces trappeurs venus d’Europe ou de la côte Est américaine devaient apprendre à vivre – et survivre – en pleine nature, comme n’importe quel animal sauvage. »

Alejandro G. Iñárritu a été heureux de voir qu’à l’instar de Hugh Glass, Leonardo DiCaprio était prêt à explorer ses limites. Il déclare : « Leonardo est un acteur extraordinaire qui pense à tous les détails et sait exprimer tous les aspects du comportement humain, et c’est aussi un formidable observateur. Il possède un talent inné pour exprimer les nuances et les mouvements rythmiques, et tout ce qui donne pleinement vie à un personnage. Il aborde son travail dans un esprit de collaboration et avec beaucoup d’intelligence ; il cherche toujours ce qui peut rendre une scène plus percutante. Il s’est également nourri de son rapport personnel à la nature. Son interprétation est par conséquent non seulement poignante mais aussi surprenante. »
Pendant le tournage, Leonardo DiCaprio a été confronté à des épreuves auxquelles aucun comédien n’aurait pu se préparer complètement. Le réalisateur raconte : « Leonardo a connu les pires conditions qui soient pour un acteur : une météo extrêmement rude, un costume inconfortable, du maquillage extrême, et il a dû explorer les plus sombres recoins de l’âme humaine. Mais tout cela n’empêche pas qu’il se passe immédiatement quelque chose lorsqu’il apparaît devant la caméra, c’est comme s’il émanait de lui une force particulière. La manière dont a été tourné le film a exigé beaucoup de lui en termes de rythme, de timing, de souffle et de silence, mais il possède une telle présence que cela fonctionne. »
L’acteur confie quant à lui s’en être entièrement remis au réalisateur : « Ce qui me plaît beaucoup dans l’approche d’Alejandro, c’est que c’est un cinéaste de la vieille école qui croit encore au cinéma d’antan. C’est aussi une sorte d’« outsider de l’intérieur » : il connaît les rouages de l’industrie cinématographique contemporaine mais il a été influencé par toute une vie à étudier l’histoire du cinéma, ce qui lui a permis de développer un style propre, tout à fait particulier : le style Iñárritu. Il existe très peu de cinéastes capables d’échapper au moule hollywoodien et de réaliser un film d’une portée aussi épique que celui-ci. »

 L’attaque qui menace de mettre un terme à la vie de Hugh Glass a immédiatement plongé Leonardo DiCaprio au cœur du sujet. L’acteur se souvient : « La scène de l’attaque de l’ours a été incroyablement difficile et éprouvante à tourner, mais elle est profondément émouvante. Alejandro réussit à placer le public au plus près de l’action afin qu’il sente la respiration de Glass et le souffle de l’animal. Cette scène dépasse tout ce que j’ai pu voir. Glass doit trouver le moyen d’échapper à l’emprise de ce gigantesque animal, il est à deux doigts de la mort… et on est à ses côtés à chaque instant. »
Les intenses conversations qu’il a eues avec Alejandro G. Iñárritu à propos de Glass ont nourri l’interprétation de Leonardo DiCaprio. L’acteur déclare : « La femme et le fils fictifs de Glass, qui appartiennent à la tribu Pawnee, le distinguent des autres trappeurs. Il est déjà imprégné de la nature et a plus ou moins délaissé le monde plus matériel qui est celui des hommes qu’il accompagne. En tant que père, il a dû faire face à des défis uniques dans cet environnement hostile, et cela a façonné son caractère. On comprend que son fils Hawk et lui sont en marge du groupe, leur relation est donc une puissante force motrice tout au long du film. »

L’acteur a réalisé la plupart de ses cascades lui-même. Il a notamment été enterré sous la neige, a joué nu par -5°C et a sauté dans une rivière glaciale, mais chacun de ces moments l’a aidé à mieux comprendre la volonté qui anime son personnage. Tandis qu’il parcourt l’immensité de l’Ouest, Glass ne fait pas que survivre : il se transforme profondément, ce que Leonardo DiCaprio révèle par touches subtiles à travers son jeu et qui vient renforcer le caractère émouvant du dénouement.
L’acteur conclut : « Tout au long du film, la question est de savoir si la vengeance apaisera Glass au bout du compte… mais sa volonté de vivre prend progressivement le pas et son cheminement se transforme en une forme de quête spirituelle. »

TOM HARDY interprète JOHN FITZGERALD

La lutte pour la survie de Hugh Glass trouve un sombre pendant dans la lente plongée de John Fitzgerald dans la paranoïa, la récrimination et l’amertume. Pour incarner Fitzgerald, l’homme qui trahit Glass et lui donne ainsi la volonté de survivre, Alejandro G. Iñárritu a choisi l’acteur britannique Tom Hardy, connu pour ses rôles éclectiques, que ce soit dans INCEPTION de Christopher Nolan ou dans LOCKE de Steven Knight. Le réalisateur déclare : « Fitzgerald est un homme plein de préjugés, mais c’est également un être meurtri, gouverné par la peur d’autrui et incapable de s’ouvrir. »
Il ajoute : « Tom possède une rare délicatesse. Il est très séduisant, bien bâti et puissant, mais il sait aussi se montrer d’une extrême fragilité, et c’est ce qui fait de lui un acteur unique. »
Tom Hardy s’est révélé être un formidable adversaire pour Leonardo DiCaprio, qui déclare : « Fitzgerald est un personnage très intéressant parce qu’on comprend parfaitement ses motivations. C’est un homme qui ne possède rien et qui pensait enfin tenir le bon filon, mais ses espoirs sont réduits à néant en l’espace d’une seconde. Dès lors, son unique objectif est de survivre – tout se résume à « tuer ou être tué » – et à cet égard, Glass est un obstacle sur son chemin. Fitzgerald aussi est un survivant, mais il décide de s’en sortir très différemment de Glass, en devenant impitoyable. »
L’acteur poursuit : « Tom et moi avions déjà collaboré, c’est quelqu’un dont j’admire énormément le travail. Je trouve que c’est un des acteurs les plus captivants qui soient, et j’ai pris beaucoup de plaisir à le regarder créer ce personnage. Il possède une réelle brutalité, quelque chose de sauvage qui était absolument essentiel pour le rôle. Fitzgerald n’incarne pas la figure du méchant classique ; Glass et lui démontrent leur force de manière complètement différente. »
Domhnall Gleeson, dont le personnage, le capitaine Henry, réalise qu’il a été dupé par Fitzgerald, était très enthousiaste à l’idée de donner la réplique à Tom Hardy. Il déclare : « Tom fait de Fitzgerald un homme impénétrable. Mon personnage nourrit un complexe d’infériorité vis-à-vis de lui mais petit à petit, il commence à s’affirmer. C’était un vrai plaisir de me mesurer à Tom. »

LE TRAPPEUR,
PIONNIER DE L’ENTREPRENEURIAT
                                  
L’histoire de la traite des fourrures américaine est brève mais décisive, et si les contes qu’elle a engendrés portent aux nues le courage des hommes qui l’ont écrite, ils font aussi état de la destruction qu’a généré ce commerce. Bien qu’elle ait façonné l’image romantique du trappeur – figure solitaire idéalisée prétendument aussi sauvage que la nature qu’il était venu apprivoiser –, la traite des fourrures était aussi un commerce très rentable. D’une certaine manière, elle a marqué l’avènement de l’archétype de l’entrepreneur occidental, visionnaire iconoclaste que rien ni personne n’arrête et qui n’a de comptes à rendre qu’à lui-même.
Leonardo DiCaprio déclare : « Cette époque a marqué les débuts de l’industrialisme dans l’Ouest américain. Avant la découverte de l’or et du pétrole, la traite des fourrures était un commerce lucratif. Les trappeurs se rendaient dans des contrées sauvages où vivaient les populations indigènes pour en extraire les ressources, mais à quel prix ? C’est la question que se pose Hugh Glass et un thème fort du film. »

Le commerce des fourrures a commencé à la fin du XVIIe siècle, lorsque les Amérindiens se sont mis à échanger leurs chaudes peaux de bêtes contre des outils en métal venus d’Europe. Au début du XIXe siècle, lorsque la demande de chapeaux en fourrure, et notamment de hauts-de-forme en feutre de castor, s’est envolée sur le vieux continent – et que le prix des peaux de castors a atteint 6 dollars la livre –, la traite des fourrures a constitué un véritable moteur pour l’économie américaine et a entraîné la création de nouvelles routes commerciales qui ont ensuite ouvert la voie au développement de l’Ouest.
Dans les années 1820, le commerce de la fourrure s’étendait jusqu’aux Rocheuses et était devenu hautement compétitif. Les fourreurs se livraient en effet une guerre sans merci tout en décimant au passage les tribus indiennes. Hugh Glass travaillait pour la Rocky Mountain Fur Company, alors nouvelle venue sur le marché. La compagnie utilisait le système des « rendez-vous » ce qui signifie qu’elle ne construisait ni cabanes, ni forts pour ses trappeurs qui devaient chasser pour se procurer leur nourriture, construire leurs abris et mener leurs propres batailles, renforçant ainsi leur réputation d’hommes impassibles. 
Mais le mythe romancé du trappeur héroïque cache une réalité beaucoup plus sombre. Nombre d’entre eux passaient leur vie à rembourser les dettes qu’ils avaient accumulées tandis que les propriétaires des compagnies de négoce des fourrures amassaient d’immenses fortunes. Et si les trappeurs vivaient au rythme de la nature, leur rapport à leur environnement était souvent antagoniste, si bien que certaines espèces animales ont frôlé l’extinction et qu’ils ont altéré à jamais ces grands espaces et le destin des nations amérindiennes qui la peuplaient.

Pour recréer cet univers dans toutes ses nuances, Alejandro G. Iñárritu a fait appel à des experts tels que l’historien Clay Landry, affilié aux deux seuls musées américains dédiés à cette période : le Museum of the Mountain Man du Wyoming et le Museum of the Fur Trade du Nebraska. Pour les spécialistes comme Clay Landry, l’histoire de Hugh Glass, c’est un peu le b.a.-ba. Il déclare : « Lorsque vous étudiez l’histoire du commerce de la fourrure dans les Rocheuses, l’une des premières choses que l’on vous apprend, c’est l’histoire de Glass tant elle est remarquable. »
Tout au long du tournage, l’historien a éclairé l’équipe sur l’état d’esprit des trappeurs, les outils qu’ils utilisaient et leurs techniques de survie. Il a transmis son savoir aux acteurs lors d’un « boot camp » où ils ont notamment appris à fabriquer un arc, poser des pièges à castors, écorcher de faux rongeurs et lancer des tomahawks. 
Clay Landry raconte : « Les acteurs ont beaucoup appris pendant ces quelques jours. Nous leur avons enseigné tout ce qu’un trappeur a besoin de savoir. Ils ont bien entendu tiré à blanc et n’ont pas vraiment eu à survivre par eux-mêmes, mais ils ont pu se faire une idée de la rudesse de la vie en pleine nature. Ils voulaient en savoir le plus possible sur cette période. »
Arthur Redcloud, qui incarne Hikuc, le guérisseur amérindien que Glass rencontre au cours de son périple, ajoute : « Ce boot camp ne nous a pas seulement aidés sur le plan physique, il nous a aussi beaucoup appris sur le plan émotionnel et spirituel. Pour moi, il ne s’agissait pas uniquement de renouer avec le passé, mais d’en acquérir une nouvelle vision. »

EN TERRITOIRE ARIKARA

Au début de THE REVENANT, l’expédition du capitaine Henry est attaquée par les membres d’une tribu installée sur les rives de la rivière Missouri. Il s’agit des Indiens Arikaras – surnommés les Ree par les trappeurs –, dont l’offensive historique contre la Rocky Mountain Fur Trading Company a scellé le destin. Alejandro G. Iñárritu tenait à mettre en avant le rôle essentiel, bien que souvent ignoré, des Arikaras dans sa version de la légende de Hugh Glass.
Les Arikaras, qui s’appellent en réalité entre eux les Sahnishs, ont été baptisés ainsi par les autres tribus en raison de leurs coiffes de plumes. Agriculteurs semi-nomades à la culture riche, ils vivaient dans les plaines depuis plus de 1 000 ans lorsque les Européens sont arrivés. En 1804, l’expédition Lewis et Clark a croisé les Arikaras et les a qualifiés de pacifiques. Dans les années 1820, après avoir été déplacés à plusieurs reprises, ils se trouvaient dans un autre état d’esprit. Une attaque menée contre des trappeurs a alors entraîné une réaction de l’armée américaine qui a décimé la tribu au cours de la première de nombreuses guerres brutales. Dans les années 1830, plusieurs épidémies de variole et des conflits avec les Sioux ont diminué la population Arikara, déjà affaiblie, de 70%. Ils ont pourtant survécu et se sont installés dans le Dakota du Nord où le dernier représentant de la langue Arikara, alors menacée, a réussi à la maintenir en vie.
Il était tellement important pour le réalisateur de dresser un portrait authentique de la nation Arikara qu’il a fait appel à Loren Yellowbird Sr., historien Arikara, anthropologue et chef interprète et Ranger au Fort Union Trading Post dans le Dakota du Nord.
Loren Yellowbird Sr. était ravi que les Arikaras prennent enfin toute leur place dans cette histoire. Il déclare : « Beaucoup de gens n’ont jamais entendu parler des Arikaras, ce film était donc l’occasion de mettre un autre point de vue en avant et de ramener ce monde à la vie. J’ai trouvé cela fantastique, car mettre la langue et la culture Arikara de cette époque en lumière est très important. »
Le film met en effet en scène le mode de vie traditionnel Arikara juste avant son déclin. L’historien commente : « Les Arikaras vivaient dans des villages établis depuis plusieurs centaines d’années, ils possédaient de solides réseaux d’échanges commerciaux et une culture cérémonielle complexe qui n’avait pas encore été altérée. »   
Mais cela a rapidement changé avec l’expansion du commerce des fourrures. Loren Yellowbird Sr. raconte : « Aux yeux des Arikaras, les trappeurs n’avaient aucun respect pour cette terre et ceux qui la peuplaient. Ils pénétraient sur des territoires qui ne leur appartenaient pas et les pillaient. Ils ne négociaient pas, ils se contentaient de se servir sans rien demander à personne. »
Après leur attaque contre les trappeurs, les Arikaras se sont forgé une réputation de féroces guerriers, mais Loren Yellowbird Sr. rappelle que cette attaque s’inscrit dans un contexte particulier : « Les fourreurs se sont mis à craindre les Arikaras, mais étonnamment, les femmes de la tribu ont continué à les épouser, ce qui prouve qu’abordés avec respect, les Arikaras étaient pacifiques. Je pense qu’ils traitaient les trappeurs et l’armée de la manière dont ils se sentaient eux-mêmes traités. »
Le mode de vie de la tribu a alors décliné jusqu’à presque disparaître. Loren Yellowbird Sr. raconte : « Notre mode de vie a commencé à disparaître si vite que nous n’avions aucun moyen d’inverser le cours des choses. Par chance, nous avions des chefs intelligents, des visionnaires qui pensaient au futur et qui ont pris les bonnes décisions pour que leur peuple survive. Aujourd’hui, j’essaie de suivre leur exemple. En faisant ce film, par exemple, je me suis demandé ce que je pouvais faire pour maintenir notre langue, notre culture, nos chansons et nos coutumes en vie pour que mes arrière-arrière-petits-enfants puissent toujours en profiter. »
L’historien est particulièrement heureux que certains jeunes Arikaras aient l’occasion d’entendre la langue de leurs ancêtres et de voir comment ils vivaient pour la première fois grâce à THE REVENANT. Il confie : « J’ai beau posséder un iPhone, cela ne m’empêche pas d’honorer nos traditions car je pense qu’il est important pour nous de respecter nos ancêtres. Cette histoire montre combien ils ont souffert pour que nous puissions être ici aujourd’hui. »

Si Loren Yellowbird Sr. est le seul Arikara à avoir pris part à la production, quelque 1 500 Amérindiens et membres canadiens des Premières Nations apparaissent dans le film, et tous étaient désireux d’en apprendre davantage sur les Arikaras. L’historien commente : « Les figurants tenaient à représenter ce monde de la manière la plus réaliste qui soit, et cela m’a fait chaud au cœur. Si je devais incarner un membre d’une autre tribu, je ferais la même chose. »

Craig Falcon, éducateur culturel Blackfoot spécialisé dans la culture amérindienne et aborigène, a également participé au film. Ses connaissances en matière de chevaux et de peintures de guerre ont été précieuses pour l’équipe. Une fois de plus, c’est l’authenticité culturelle recherchée par le réalisateur qui a séduit l’éducateur culturel. Il déclare : « Les Amérindiens veulent voir la vérité, pas comme dans les vieux westerns où on voyait Ricardo Montalbán déguisé en Indien ! THE REVENANT est en tout point authentique, que ce soit pour le langage, les peintures de guerre des chevaux ou le portrait qu’il dresse de chaque tribu. »
Arthur Redcloud, qui a grandi dans une réserve Navajo et interprète Hikuc, conclut : « Ce film est très spécial et nous tenions à y mettre tout le cœur et toute l’âme de notre peuple. »

LES PERSONNAGES SECONDAIRES

Domhnall Gleeson : le capitaine Henry

Domhnall Gleeson, acteur irlandais en pleine ascension que l’on peut également voir en 2016 dans BROOKLYN, incarne le capitaine Andrew Henry. Personnage historique, Henry était l’un des fondateurs de la Rocky Mountain Trading Company et le chef de l’expédition remontant la rivière Missouri.
Le film va cependant au-delà de ce que l’Histoire a retenu d’Andrew Henry, comme l’explique Domhnall Gleeson : « Le vrai Andrew Henry était très respecté alors que dans le film, on découvre un homme peu sûr de lui qui se transforme peu à peu en meneur d’hommes. Il évolue en effet tout au long de l’histoire et devient progressivement l’homme dont on se souvient aujourd’hui. »
Dès le départ, l’acteur était conscient que le tournage serait éprouvant. Il raconte : « Avant même le début du tournage, Alejandro nous a prévenus qu’il voulait que ce soit une expérience difficile pour nous, les acteurs… et il a tenu parole ! Nous avons été confrontés à des situations et des conditions difficiles, mais c’était excitant parce que c’était très différent de ce à quoi nous sommes habitués. Je n’avais évidemment encore jamais rien vécu de tel, mais il y a une certaine ivresse à réaliser un film de cette manière, car on ne fait plus ce genre de cinéma aujourd’hui. »
Domhnall Gleeson affirme que la rudesse du tournage a enrichi son interprétation. Il explique : « Mon personnage n’est pas habitué à de telles conditions, il n’est pas dans son élément et trouve la situation très difficile, je me suis donc appuyé sur ce que je vivais moi-même pour l’interpréter. Le plus important pour moi, c’est que le public perçoive le désespoir, la folie et l’incertitude de ces hommes. »

Will Poulter : Jim Bridger

L’acteur britannique Will Poulter (LE LABYRINTHE) incarne Jim Bridger, qui allait devenir plus tard un guide mythique de l’Ouest. Mais dans THE REVENANT, il n’est encore qu’un adolescent – un adolescent qui doit faire face à sa conscience après que John Fitzgerald et lui abandonnent Hugh Glass, mortellement blessé. Will Poulter a été séduit par la richesse du rôle. Il déclare : « C’est un honneur d’incarner quelqu’un qui a vraiment existé et dont les techniques de survie ont fait la réputation à une époque et dans une région où l’espérance de vie était très limitée. »
Le jeune Jim, fraîchement débarqué dans l’Ouest, n’a pu qu’être marqué pour toujours par cette expérience. L’acteur commente : « Je pense que pour Alejandro, Bridger est l’incarnation de l’innocence confrontée aux pires situations de la vie. Il représente également le conflit entre le garçon qu’il est et l’homme qu’il est en train de devenir. Jim doit apprendre à s’affirmer, à affronter ses peurs une fois pour toutes et à faire les bons choix. Il se retrouve face à des situations que des hommes tels que Glass, Fitzgerald ou le capitaine Henry ont déjà vécues, et pour survivre, il va devoir grandir – et vite. »
Bridger était initialement un apprenti de Glass. Will Poulter raconte : « Dans l’Ouest sauvage, Glass est sans doute ce qui se rapproche le plus d’une figure paternelle pour Jim. Il l’idolâtre car à ses yeux, c’est le meilleur guide et le meilleur tireur de la région. C’est pourquoi lorsque la situation tourne mal, Bridger perd tous ses repères. »
Le jeune homme est en effet obligé de pactiser avec Fitzgerald. Pour exprimer le mélange d’horreur, de colère et de peur que son personnage ressent envers Fitzgerald, Will Poulter a travaillé en étroite collaboration avec Tom Hardy. Il commente : « Leur relation est loin d’être amicale. Ceci étant dit, ce ne sont pas non plus des ennemis. Le lien qui les unit est trouble et complexe. Leur relation repose sur le fait qu’ils sont tous les deux conscients d’avoir besoin l’un de l’autre pour survivre. »
À l’instar de ses partenaires, Will Poulter a été fasciné par la manière dont Alejandro G. Iñárritu et Emmanuel Lubezki ont tourné le film. Il explique : « Je n’avais jamais eu à interagir de manière aussi intime avec la caméra auparavant, ni à livrer mon âme devant l’objectif de cette façon, mais je dois dire que ça a été une expérience incroyable. C’est presque comme si je ne jouais plus la comédie, car d’une certaine manière, il fallait que je devienne le personnage. »

Forrest Goodluck : Hawk

Forrest Goodluck, 16 ans, fait ses débuts au cinéma dans le rôle de Hawk, le fils fictif de Hugh Glass et d’une Amérindienne. Membre des tribus Diné, Mandan, Hidatsa et Tsimshian originaire du Nouveau-Mexique, Forrest Goodluck est passé par un long processus de sélection pour décrocher le rôle.
La complexité de ce personnage tiraillé entre deux mondes a beaucoup inspiré l’acteur. Il raconte : « Hawk est à moitié amérindien et à moitié blanc. Très jeune, il a dû quitter son village, il a perdu sa mère et a été très gravement brûlé dans un incendie. Il s’est renfermé sur lui-même et a subi un traumatisme psychologique – on parlerait aujourd’hui de stress post-traumatique. Mais je pense que chacune de ces épreuves l’a rendu plus fort. C’est un personnage à la fois fort et fragile. Il ne sait pas vraiment où est sa place car il n’est totalement accepté ni par les blancs, ni par son propre peuple. »
Un lien profond et indéfectible l’unit cependant à son père, Hugh Glass. L’acteur commente : « Leur relation repose sur le respect mutuel. Un lien silencieux les unit, mais à cette époque on ne pouvait pas se permettre d’être sensible, leur relation peut donc parfois sembler brutale, même s’ils ressentent en réalité beaucoup d’amour l’un pour l’autre. »

Duane Howard : Elk Dog

Elk Dog, le puissant guerrier Arikara à la recherche de sa fille, Powaqa, qui a été capturée, est interprété par Duane Howard, un acteur des Premières Nations originaire de l’île de Vancouver au Canada. À propos de son personnage, il déclare : « Elk Dog est une autorité. Lorsqu’il prend la parole, on l’écoute, et même lorsqu’il ne dit rien, les gens sont attentifs. Il inspire le respect, mais en retour, il est prêt à donner sa vie pour son peuple. »
Pourtant, lors de l’attaque du campement des trappeurs par les Arikaras, Elk Dog est très touché par les morts et la destruction dont il est témoin. Duane Howard se souvient : « Il a vraiment fallu que je me mette à nu, que je me montre vulnérable. Ça a été une expérience intense. »
Pour le tournage de THE REVENANT, l’acteur a dû apprendre et s’approprier la langue et la culture Arikara. Il commente : « L’Arikara est très différent de ma langue, mais ça a été très enrichissant et très intéressant d’en apprendre davantage sur ce peuple. »
Duane Howard a été très touché par la volonté de la production de représenter les peuples amérindiens aussi fidèlement que possible. Il déclare : « L’équipe a fait un travail remarquable. Chaque détail du film, des peintures corporelles aux vêtements, a une signification bien précise, comme c’était le cas à l’époque. »

Arthur Redcloud : Hikuc

Hikuc est un personnage central dans l’univers de THE REVENANT. Âme solitaire rencontrée dans les plaines et sauveur inattendu de Glass, il est interprété par Arthur Redcloud, un Navajo qui décrit son personnage comme « un homme prêt à relever un nouveau défi et à prendre un nouveau départ ».
Arthur Redcloud a lui-même étudié auprès de son grand-père pour devenir guérisseur au sein d’une réserve Navajo. Après avoir obtenu le rôle, l’acteur a beaucoup réfléchi à la scène dans laquelle Hugh Glass découvre Hikuc en train de se nourrir d’une carcasse de bison. Il explique : « Dans notre culture, le bison n’est pas seulement un animal, il symbolise la force, la guérison et la compassion. C’est pourquoi lorsqu’on voit mon personnage manger cet animal, il ne nourrit pas uniquement son corps, il nourrit aussi son esprit et son âme. »
Le fait de donner la réplique à Leonardo DiCaprio a davantage intrigué qu’intimidé Arthur Redcloud, qui déclare : « Pour moi, c’était avant tout une incroyable occasion d’apprendre, mais je tenais aussi à essayer de voir en lui. À plusieurs reprises, j’ai essayé de lire dans son cœur et de comprendre qui il était vraiment, et je pense y être parvenu. Ça a été un plaisir de partager des idées et d’apprendre à ses côtés. D’ennemis potentiels, Glass et Hikuc deviennent de véritables frères, et Leonardo et moi avons fait ce chemin ensemble. »
Arthur Redcloud a également beaucoup appris de ses échanges avec Alejandro G. Iñárritu. Il raconte : « Alejandro est une sorte de savant fou doublé d’un peintre. Chaque détail compte pour lui. Il ne voulait pas seulement raconter les histoires des peuples amérindiens, il tenait à comprendre ce qui faisait leur force. »

Les trappeurs

La distribution est complétée par un groupe d’acteurs chevronnés et débutants venu des quatre coins du monde, et tous assurent que le tournage de THE REVENANT a été une expérience qu’ils n’oublieront jamais. Le Canadien Brendan Fletcher, qui incarne Fryman, déclare : « Je n’avais jamais rien vécu de tel dans ma carrière d’acteur, c’était la première fois que je tournais de longs plans-séquences alors que les éléments se déchaînaient autour de moi. Ça a été incroyable de voir avec quelle honnêteté Alejandro a réalisé ce film. »
La star norvégienne Kristoffer Joner, qui interprète Murphy, ajoute : « Cette méthode de travail, qui consiste à se déplacer avec la caméra, était nouvelle pour moi. Alejandro a comparé la caméra à un train en mouvement auquel il suffisait de s’accrocher pour se laisser porter. Mais c’était assez terrifiant. Certains jours c’était jouissif, d’autres difficile ; c’était chaque fois différent. »
Joshua Burge, qui joue Stubby Bill, confie que le caractère physique du tournage a engendré une franche camaraderie chez les acteurs. Il explique : « Nous venions tous de pays différents, mais un lien incroyable s’est formé entre nous grâce aux épreuves que nous avons traversées ensemble, comme c’était le cas pour les trappeurs. Ils se retrouvaient au milieu de nulle part, confrontés à des dangers imprévisibles, et ne pouvaient compter que les uns sur les autres. »  

L’IMAGE DE ‘THE REVENANT’

Dans THE REVENANT, Alejandro G. Iñárritu met son style d’une singulière fluidité au service d’un univers aux antipodes de celui de BIRDMAN, son précédent film. Avec son collaborateur de longue date, le directeur de la photographie Emmanuel Lubezki, surnommé Chivo, le réalisateur a établi quelques règles de base : premièrement, ils ont décidé de tourner le film chronologiquement afin de rester au plus près du déroulement naturel du périple de Hugh Glass. Deuxièmement, ils ont choisi d’éclairer le film en ne comptant que sur le soleil et la lueur des flammes, sans apporter aucune lumière artificielle moderne, et d’utiliser cet éclairage naturel de manière créative. Enfin, ils tenaient à réaliser les longs plans-séquences fluides et continus qui ont fait leur réputation, mais dans une optique très différente de celle de BIRDMAN.
La vision d’Alejandro G. Iñárritu pour THE REVENANT était celle d’un tableau peint en clair-obscur, un jeu d’ombres et de lumière. Il explique : « De la même manière que BIRDMAN était inspiré par la musique, ce film a été inspiré par la peinture. Et Chivo a joué un rôle majeur pour lui donner la dimension d’une œuvre d’art. »

Doté de l’Alexa 65 – la toute nouvelle caméra grand format d’Arri, la société pionnière en matière de caméras numériques –, Emmanuel Lubezki a utilisé divers objectifs grand angle allant de 12 à 21 mm afin de créer une profondeur de champ extrême. La flexibilité du système se prête bien à des mouvements de caméra qui passent souvent du très gros plan au panoramique afin de suivre une histoire qui oscille entre action, onirisme et émotions. L’équipe a mêlé trois approches – grues télescopiques, Steadicams et caméras portées – pour permettre au réalisateur d’agencer plus tard les images à la manière d’un chorégraphe avec le chef monteur oscarisé Stephen Mirrione.
Réaliser de longs plans-séquences dans un cadre sauvage imprévisible était nouveau pour tout le monde, et au début, les défis ont été colossaux. À Calgary, où se trouvait l’équipe, le jour ne dure que quelques heures en hiver, les occasions de tourner étaient donc très brèves et placées sous très haute pression. Personne ne savait en effet si une deuxième ou une troisième prise serait possible.
Alejandro G. Iñárritu se souvient : « Il fallait qu’on chorégraphie la scène dans les moindres détails, qu’on trouve le bon moment de la journée pour la tourner et enfin qu’on croise les doigts pour que la météo se maintienne. C’était difficile et passionnant à la fois. Il fallait beaucoup de temps, de réflexion et de répétitions pour réussir à tourner une scène, car nous tenions à conserver une certaine esthétique et une certaine atmosphère. Les conditions dont nous avions besoin étaient tellement précises qu’il fallait que nous soyons très patients ou bien que nous les créions nous-mêmes. Par la force des choses, nous sommes en quelque sorte devenus des trappeurs ! »

THE REVENANT a non seulement plongé Emmanuel Lubezki dans la conquête de l’Ouest, mais également au cœur du paysage onirique du subconscient de Hugh Glass. Le réalisateur explique : « Dans le film, lorsque Glass est seul et que son corps l’abandonne, la seule manière que nous avons d’apprendre à le connaître est à travers ses visions et ses rêves, lesquels nous informent sur son état d’esprit et sur son passé. »
Tous les acteurs ont été captivés par le style photographique de Chivo, qui les a poussés à se dépasser. Leonardo DiCaprio déclare : « Le style de Chivo fait partie intégrante de l’univers d’Alejandro. Ensemble, ils s’immergent dans l’histoire et travaillent en étroite collaboration avec les acteurs pour coordonner des mouvements de caméra et des prises de vues d’une incroyable complexité. Dans ce film, ils ont réussi à mettre en scène une réalité virtuelle qui vous donne l’impression de vous trouver aux côtés des personnages. On partage le point de vue de Glass, au point d’avoir l’impression de faire partie de son subconscient. »

À LA DURE : LES DÉCORS

Pour redonner vie au monde de 1823, Alejandro G. Iñárritu a fait appel aux talents du chef décorateur nommé aux Oscars Jack Fisk. S’il avait déjà pris part à de nombreuses fresques épiques, dont THERE WILL BE BLOOD de Paul Thomas Anderson ou THE TREE OF LIFE – L'ARBRE DE VIE réalisé par Terrence Malick, le chef décorateur ignorait tout de cette période.
Il a cependant été séduit par le caractère brut et sauvage de l’époque. Il explique : « J’aime beaucoup cette période. Les gens étaient contraints d’utiliser ce dont ils disposaient dans leur environnement ; il y avait beaucoup de haches et de couteaux mais très peu d’infrastructures. Nous avons donc autant que possible essayé de reproduire cela pour que les spectateurs puissent se perdre dans cet univers. Alejandro tenait à ce que tout soit réaliste, crasseux et patiné par le temps, c’est donc ce qui a guidé notre travail. Il faut garder à l’esprit que ces trappeurs passaient souvent plusieurs mois sans se laver et qu’ils engloutissaient chacun environ 4,5 kilos de viande par jour, je vous laisse donc imaginer leur état… Le réalisme cru et l’usure du temps perceptible dans chaque objet de cet univers nous ont aidés à mieux comprendre combien ce mode de vie était difficile. »
Peu de temps après que Jack Fisk a accepté de concevoir les décors du film, Alejandro G. Iñárritu lui a fait parvenir ANDREÏ ROUBLEV d’Andreï Tarkovski afin de lui donner une idée de l’esthétique qu’il recherchait. Le chef décorateur se souvient : « J’ai immédiatement compris le genre de film qu’il voulait réaliser. »
Il a également été informé du fait que le cinéaste souhaitait tourner le film en lumière naturelle, ce qui a nécessité une attention particulière de sa part lors du choix des décors. Il déclare : « Il fallait constamment que nous gérions les obstacles que la nature plaçait sur notre chemin, mais cela a aussi façonné notre processus créatif. »

Le tentaculaire Fort Kiowa, construit artisanalement dans une carrière de gravier désaffectée du parc provincial de Spray Valley près de Canmore dans l’Alberta, est une des pièces maîtresses du film. Déterminée à rester fidèle à l’Histoire, l’équipe de Jack Fisk a construit le fort en utilisant des matériaux et des croquis des années 1820, ainsi que du bois de construction trouvé sur place.
Le chef décorateur déclare : « Je tenais absolument à rester fidèle au style de l’époque… ce qui en fait un lieu où personne ne voudrait plus vivre aujourd’hui ! Loin d’être accueillant, l’endroit est inhospitalier car la vie de ces hommes était très rustique. Ils étaient trappeurs, pas charpentiers, leurs constructions étaient donc assez grossières. Je me fâchais contre les charpentiers quand ils faisaient du trop bon travail ! Notre devise pour ce décor était : « Trop bien, c’est pas bon ! ». Il fallait faire du vieux avec du neuf. »
Sur THE REVENANT, le fait de vieillir les décors est en effet devenu un art à part entière. Jack Fisk explique : « L’équipe chargée de patiner les décors a eu beaucoup de travail avec Fort Kiowa. L’un des bâtiments était trop lisse, trop carré, je leur ai donc demandé de le soulever une ou deux fois avec un chariot élévateur et de le laisser retomber pour le secouer un peu et lui donner un air plus délabré. Finalement, nous avons passé autant de temps à vieillir le décor qu’à le construire ! »
Pour répondre aux besoins du tournage en lumière naturelle, le chef décorateur a même construit deux forts identiques : l’un orienté à l’est pour les scènes tournées le matin, l’autre à l’ouest pour bénéficier du soleil de l’après-midi.

Le village Pawnee a quant à lui été construit en studio à Los Angeles avec les matériaux et les techniques utilisés par la tribu. Jack Fisk commente : « Nous avons simplifié certaines étapes de la construction du village d’hiver, mais les petites maisons ont toutes été fabriquées en bois, en terre et en paille comme cela se faisait à l’époque. »

Si la plupart des décors du film ont un fondement historique, le chef décorateur a aussi imaginé des éléments oniriques comme le gigantesque tas de crânes de bisons et les ruines d’une église de style européen.
Parmi les décors emblématiques du film figure également le campement des trappeurs attaqué par les Arikaras dans la bataille qui ouvre le film. Au début de la scène, on découvre des tentes de fortune, des cabanons, des feux de camp et des trappeurs en train d’écorcher des castors et de rassembler les fourrures. Jack Fisk a même construit une embarcation d’époque qui joue un rôle majeur dans l’action. Il commente : « Je suis très fier que le quillard soit en tout point authentique… à l’exception du moteur de 450 chevaux que nous avons dissimulé à l’intérieur pour lui faire remonter le courant ! »
Jack Fisk est connu pour ses décors pouvant être filmés sous tous les angles, et ceux de THE REVENANT ne font pas exception à la règle. Il déclare : « J’aime les décors qui peuvent être filmés à 360 degrés, et Alejandro a su en tirer pleinement parti. Il trouve toujours les points de vue les plus originaux qui soient. »  

PRIMITIFS ET AUTHENTIQUES : LES COSTUMES

La figure du trappeur est fermement ancrée dans l’imaginaire américain, mais pour THE REVENANT, la chef costumière nommée deux fois aux Oscars Jacqueline West (ARGO, L'ÉTRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON) tenait à aller au-delà des clichés.
« J’ai grandi avec la légende de Hugh Glass, confie-t-elle. Je connais son histoire car je possède un ranch dans le Dakota du Sud où il est considéré comme un personnage mythique. Ces trappeurs étaient les vrais pionniers. Le scénario évoque pour moi autant l’atmosphère des grands romans russes que celle des westerns. Je suis fascinée par Dostoïevski, Tchekhov et Tolstoï, c’est pourquoi l’aspect psychologique de l’histoire m’a beaucoup plu. »
Pour créer les costumes du film, Jacqueline West s’est inspirée de nombreux artistes, et notamment des toiles et des esquisses de deux peintres renommés de l’époque : Alfred Jacob Miller, qui s’est installé dans les Rocheuses au milieu du XIXe siècle et fut l’un des rares artistes à saisir le quotidien de cette période ; et Karl Bodmer, un peintre suisse célèbre pour ses portraits d’Amérindiens, en particulier ceux de la tribu Mandan du Dakota du Sud. 
Un tableau en particulier a inspiré l’apparence de Leonardo DiCaprio. La chef costumière déclare : « Il s’agit du portrait d’un chasseur amérindien emmitouflé dans une redingote à capuche toute simple. Il a beaucoup plu à Alejandro lorsque je le lui ai montré parce qu’il aime tout ce qui est discret, sans ostentation. Il aime que le personnage transparaisse à travers ses vêtements. La capuche est inspirée de la vision spirituelle, voire monastique qu’Alejandro avait de Glass. Sa chemise est très ordinaire, elle est faite dans un tissu de lin qu’il aura acheté dans un fort local. Il n’y a rien de tape-à-l’œil dans sa tenue. Ses habits ne lui servent qu’à se protéger des éléments. »
Elle poursuit : « Alejandro a eu l’idée très poétique de faire porter à Leonardo la peau d’ours que ses collègues oublient lorsqu’ils l’abandonnent. C’est une image remplie de lyrisme car l’ironie veut que la bête qui l’a presque tué, lui sauve en fin de compte la vie. Elle le protège du froid et des éléments, et lui permet de flotter à la surface du fleuve. »

Pour son ennemi juré, John Fitzgerald, Jacqueline West a choisi une apparence qui tranche sur celle de Hugh Glass. Elle explique : « Fitzgerald est un être presque entièrement gouverné par la peur, c’est pourquoi j’ai intégré beaucoup d’animaux à son costume : il porte un manteau doublé de peaux de loutres entières et une toque en fourrure de castor. »
La chef costumière souligne que toutes les fourrures et peaux utilisées dans le film proviennent du Pacific Fur Trade, qui travaille en étroite collaboration avec le service des parcs naturels, et qu’elles ont toutes été prélevées humainement.

Chaque trappeur possède un style qui lui est propre. Elle commente : « Jim Bridger était fermier, je lui ai donc confectionné un costume tout simple sur lequel il porte un magnifique manteau en peau de bison. La tenue de Stubby Bill m’a été inspirée par le tableau d’un trappeur en pantalon rayé et manteau bleu. Murphy a quant à lui un style plus européen, je me suis dit qu’il avait sûrement obtenu son pardessus en négociant avec les Français. J’ai imaginé le passé de chacun de ces personnages pour leur créer des costumes très différents. »

 La tenue du capitaine Henry est inspirée de vrais artéfacts exposés au Museum of The Fur Trade du Nebraska. Jacqueline West déclare : « C’est le personnage pour lequel je possédais le plus d’informations visuelles. Son caleçon long était terriblement inconfortable, mais c’est ce qu’il portait. La coupe de son manteau est également très célèbre, il fallait donc que nous la respections. »
À l’instar de Jack Fisk, la chef costumière a constamment dû user et salir ses créations. Elle explique : « Nous avions notre propre hymne : « Paint It Black » des Rolling Stones ! Tous les costumes ont été mis en lambeaux, poncés et entaillés. Il fallait que tout soit crasseux, élimé, éprouvé par le temps et les intempéries, pourtant je trouve le résultat final magnifique car cela fait ressortir les yeux des acteurs. »

Jacqueline West était particulièrement enthousiaste à l’idée de pouvoir mettre en avant les tenues des Amérindiens de l’époque. Elle commente : « Les hommes portaient souvent ce que l’on appelle une chemise de guerre, qui consiste en deux peaux habituellement décorées par leur femme. Nous tenions également à rester fidèles aux styles bien distincts des différentes tribus. Les Pawnees portaient du coton et de la laine parce qu’ils vivaient plus près des comptoirs commerciaux, tandis que les Arikaras, les Mandans et les Sioux portaient principalement du cuir. »
Sur la chemise de guerre d’Elk Dog, la chef costumière a utilisé un des symboles les plus forts du peuple Arikara : le maïs. Elle explique : « Si on meurt au combat avec des grains de maïs sur sa chemise, ils seront enterrés avec vous et donneront naissance à de nouveaux épis. C’est une manière d’emmener un peu de sa terre natale au combat. »
Les vêtements simples mais authentiques du guérisseur amérindien Hikuc, qui renvoient au passé, ont beaucoup ému Arthur Redcloud, qui déclare : « J’ai développé un attachement très fort pour mon costume, qui est devenu une extension de moi-même. J’avais l’impression qu’il m’avait choisi et je le portais avec honneur et respect, pas seulement pour moi ou pour le film, mais pour mes ancêtres. »

ENGELURES, BARBES ET SANG : LES COIFFURES ET LES MAQUILLAGES 

La maquilleuse Sian Grigg collabore avec Leonardo DiCaprio depuis TITANIC, il y a vingt ans, mais l’acteur n’a jamais subi une transformation aussi extrême que pour THE REVENANT. Après avoir été taillé en pièces par un ours, Hugh Glass devient presque méconnaissable. Sian Grigg raconte : « Il fallait que ses blessures soient atroces car personne ne pense qu’il va survivre. On ne doit pas pouvoir croire à sa guérison, et pour ce faire, nous avons eu recours à beaucoup de maquillage. »
La maquilleuse a commencé par étudier les blessures infligées au corps humain lors d’une attaque d’ours. Sa mission sur le film a été particulièrement délicate car tandis que Glass commence à se remettre et subit de nouvelles blessures, son visage, ses cheveux et sa peau changent constamment d’apparence. Ses ecchymoses se marbrent et ses plaies infectées forment petit à petit un labyrinthe de cicatrices.
Sian Grigg déclare : « Tout ce que Glass endure doit se voir à l’écran. Le fait de tourner le film chronologiquement a été un immense avantage pour nous, car nous avons pu faire des changements quotidiens subtils pour refléter l’évolution de l’état physique du personnage. »
Mais avant même l’attaque, il a fallu transformer Leonardo DiCaprio en homme des bois qui n’a pas vu de miroir ou de baignoire depuis bien longtemps. L’acteur s’est laissé pousser une barbe hirsute et se voyait tous les jours appliquer de la poussière sur le visage, le corps et sous les ongles. Plus tard, son corps a été couvert de prothèses créées par le spécialiste des maquillages spéciaux Duncan Jarman – un processus laborieux, car chaque pièce a été sculptée, peinte et recouverte de poils. Chacune de ses blessures apparaît dans le film à divers stade de cicatrisation et devait pouvoir être recousue à l’aide d’un fil et d’une aiguille.
Sian Grigg commente : « Il est rare que le maquillage tienne un rôle aussi central dans un film. C’est une véritable chance de pouvoir en partie raconter une histoire à travers le maquillage. »

Kathy Blondell, la coiffeuse de Leonardo DiCaprio, a travaillé en étroite collaboration avec Sian Grigg. Après plusieurs expérimentations, elle a mis au point une mixture à base de glycérine et de terre pour imiter la présence de sang et de saletés que le personnage n’a aucun moyen de faire disparaître de sa chevelure.

Pendant ce temps, le chef coiffeur Robert Pandini a mis au point les coiffures des autres trappeurs. Il raconte : « Ils ne se rendaient dans un fort pour se laver qu’après plusieurs mois dans la nature, ils étaient donc très crasseux. Alejandro m’a demandé d’imaginer l’histoire de chacun des trappeurs, c’est pourquoi certains ont des brûlures dues à la poudre qui les privent d’une partie de leur chevelure, et d’autres ont des poux et n’arrêtent pas de se gratter. »
Robert Pandini a choisi de laisser les cheveux des personnages amérindiens lâchés. Il explique : « J’ai opté pour un style très simple et naturel. Ce n’est peut-être pas tout à fait exact sur le plan historique, mais cela crée une certaine unité esthétique. »
Graham Johnston, le chef maquilleur du film, conclut : « L’esthétique du film peut se résumer en trois mot : crasseuse, poussiéreuse et authentique. Chaque plan du film met en scène des personnages de plus en plus sales. »

UN TOURNAGE EXTRÊME

THE REVENANT a été tourné au Canada et en Argentine dans des paysages enneigés, battus par les vents et souvent situés en haute altitude. Les acteurs et techniciens du film ont ainsi été confrontés aux mêmes dangers et conditions climatiques que les trappeurs du Dakota du Sud en 1823. La volonté de l’équipe était en effet de nourrir le jeu des acteurs et de transporter les spectateurs en pleine nature sauvage, dans une région où le danger et la mort sont omniprésents.
Alejandro G. Iñárritu déclare : « Aujourd’hui, nous avons perdu le contact intime qui liait ces trappeurs à la nature. Pourtant, elle continue à faire partie de nous : nous sommes faits des mêmes éléments que les nuages et les rivières. Lorsque l’on voit ces endroits de nos propres yeux, un lien se crée et nous rappelle d’où nous venons et où nous allons. L’un des avantages de ce film est de pouvoir montrer ces endroits sur grand écran. »
Mais trouver des paysages et des conditions climatiques aussi rudes que dans l’Ouest américain de 1823 s’est révélé être une mission de longue haleine. Le réalisateur reprend : « Il nous a fallu cinq ans pour trouver les décors du film. J’aimais l’idée qu’il mettre en scène des lieux inaltérés par l’homme, nous nous sommes donc mis en quête de décors quasi immaculés. Il se dégage de ces lieux quelque chose de pur et de poétique. »
Il s’en dégage aussi quelque chose d’inquiétant, ce qui a permis aux acteurs et à l’équipe technique de mieux comprendre ces hommes pour qui la vie, la mort et la nature étaient intrinsèquement liées. L’acteur Will Poulter déclare : « C’était formidable en tant qu’acteur de pouvoir réagir aux éléments. Lorsqu’on joue un personnage qui gravit une montagne par -20°C, il n’y a rien de mieux que d’être soi-même confronté à ces conditions. »
Les dangers étaient multiples : avalanches, attaques d’ours… La production avait d’ailleurs engagé quelqu’un pour assurer la sécurité de l’équipe au cas où un ours se présente. À noter que si les craintes des acteurs et de l’équipe étaient justifiées, aucun ours n’a été utilisé pour la séquence dans laquelle Hugh Glass se fait attaquer. C’est une des rares occasions où Alejandro G. Iñárritu a eu recours aux effets visuels.

Comme pour Hugh Glass dans le film, les conditions climatiques ont aussi représenté une menace sérieuse pour l’équipe. Il est arrivé que le blizzard fasse chuter les températures jusqu’à -27°C, obligeant les membres de la production à garder un œil les uns sur les autres pour éviter les engelures. Le réalisateur raconte : « J’ai appris qu’il n’y avait pas de mauvaises conditions climatiques, seulement de mauvais vêtements ! Mais le froid intense confère au film un réalisme dont un tournage moins extrême l’aurait privé. »
 Plus tard cependant, une douceur exceptionnelle s’est installée sur le Canada (qui a connu son hiver le plus doux depuis 23 ans). Alejandro G. Iñárritu déclare : « La météo change très vite dans l’Alberta. On peut vivre les quatre saisons en une seule journée. Au début, nous avons été confrontés au froid et au blizzard, plus tard, à l’absence de neige. Les températures exceptionnellement élevées de cet hiver nous ont obligés à devenir des chasseurs de neige ! »
Il a en effet parfois fallu que l’équipe aille chercher de la neige dans les montagnes avoisinantes. Finalement, la production s’est envolée pour deux semaines en Terre de Feu, à l’extrême sud du continent sud-américain, afin de trouver les conditions nécessaires pour terminer le film.
Une page se tournait. Le dernier jour du tournage, Alejandro G. Iñárritu a rassemblé les acteurs et les techniciens comme il l’avait fait le premier jour et leur a dit : « Faire un film comme celui-ci est l’aventure d’une vie, une aventure merveilleuse faite de moments difficiles et de moments inoubliables. Je suis fier, reconnaissant, ému, heureux et triste à la fois que nous ayons accompli ce que nous avons accompli, car dites-vous bien que ce que nous avons fait est remarquable. Chaque jour de ce tournage a comporté son lot de difficultés, mais je pense pouvoir dire que cela a été l’expérience artistique la plus gratifiante de toute ma vie. »

GLOSSAIRE

LES ARIKARAS

Les Arikaras ou Ree, qui s’appellent eux-mêmes les Sahnishs, vivaient historiquement près de l’embouchure de la Grand River et de la rivière Missouri, dans ce qui est aujourd’hui le Dakota du Nord. Forts d’une culture cérémonielle complexe et d’un riche réseau commercial, ils sont entrés en conflit avec la Rocky Mountain Fur Company, initiant ce que l’on a appelé la guerre Arikara. 

ASHLEY HENRY

Ashley Henry était la compagnie de traite de fourrures fondée par William Henry Ashley et Andrew Henry, parfois appelée Rocky Mountain Fur Company. Dans les années 1820, Ashley Henry a révolutionné le commerce de la fourrure en laissant des employés sur le terrain toute l’année, donnant naissance aux « rendez-vous », un système où les trappeurs se retrouvaient pour vendre leur marchandise.

LES PEAUX DE CASTORS

La fourrure de castor était très populaire dans les années 1820 car elle était à la mode pour la confection de chapeaux en Europe. Une seule peau de castor valait alors cinq dollars, mais un trappeur pouvait attraper jusqu’à six rongeurs par jour. Avant que le commerce de la fourrure ne décline dans les années 1850 avec l’avènement du chapeau de soie, le castor a été chassé jusqu'à la limite de l'extinction.

LE CHINOOK

Le Chinook est un vent sec et doux responsable du changement rapide des conditions météorologiques dans les Rocheuses. 

LES QUILLARDS

Embarcations clés pour le commerce sur la rivière Missouri, les quillards étaient des navires de charge conçus pour naviguer en eau peu profonde, généralement propulsés par halage, à la rame ou parfois à la voile.

LES PAWNEES

Les Pawnees, qui formaient l’une des plus importantes et des plus puissantes tribus amérindiennes du XIXe siècle, vivaient traditionnellement sur les rives de la rivière Missouri dans des huttes permanentes autour desquelles ils cultivaient la terre et chassaient.

LE SAC DES « POSSIBLES »

Au début du XIXe siècle, la plupart des trappeurs possédaient deux sacs : un pour leur arme à feu et les munitions, le second pour leurs effets personnels. Ce « sac des possibles » était censé contenir tout ce dont ils pourraient éventuellement avoir besoin.

REVENANT

Celui qui revient d’entre les morts. 

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