lundi 9 novembre 2015

MACBETH


Drame/Belle photographie, excellents acteurs, texte magnifique

Réalisé par Justin Kurzel
Avec Michael Fassbender, Marion Cotillard, David Thewlis, Paddy Considine, Jack Reynor, Sean Harris, Elizabeth Debicki...

Long-métrage Britannique/Français/Américain
Durée: 01h53mn
Année de production: 2014
Distributeur: StudioCanal

Date de sortie sur les écrans américains : 4 décembre 2015
Date de sortie sur les écrans britanniques : 2 octobre 2015
Date de sortie sur nos écrans : 18 novembre 2015


Résumé : 11ème siècle : Ecosse. Macbeth, chef des armées, sort victorieux de la guerre qui fait rage dans tout le pays. Sur son chemin, trois sorcières lui prédisent qu’il deviendra roi. Comme envoûtés par la prophétie, Macbeth et son épouse montent alors un plan machiavélique pour régner sur le trône, jusqu’à en perdre la raison.

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j’en ai pensé : Autant vous prévenir tout de suite, il s’agit d’une adaptation fidèle, âpre et belle de l’œuvre de Shakespeare. Une prophétie est prononcée, s’ensuit un déchaînement de violence que plus rien ne peut arrêter. Les thèmes de la trahison, de la folie, de l’ambition dévorante, des destinées perdues et créées sont ici abordés fidèlement à la pièce originale de l’auteur.

Le réalisateur, Justin Kurzel, apporte toute la force du théâtre dans sa manière de filmer ses acteurs et les sentiments qu’ils traversent, mais en l’insérant dans un cadre cinématographique très maîtrisé doté d’une photographie magnifique. Il créé des ambiances précises qui viennent surligner les sentiments extrêmement forts qui secouent les protagonistes.



Le texte classique est respecté. La beauté du rythme et des rimes nous hypnotisent. On se laisse emporter par la musicalité des paroles. Ces dernières sont illustrées intelligemment par les images, nous permettant de comprendre facilement les retournements stratégiques et les intrigues.

La violence physique montrée correspond parfaitement à l'idée que l'on se fait du 11ème siècle. Il en est de même pour le dépouillement des costumes, des décors et l'aridité des paysages écossais.
Tout est fait pour illustrer le texte, tout en le laissant vivre et respirer en réduisant au maximum les éléments qui pourraient détourner notre attention des mots prononcés.

J’ai été très impressionnée par les interprétations de Michael Fassbender dans le rôle de Macbeth et de Marion Cotillard dans le rôle de Lady Macbeth. Ils forment un couple maudit par leurs ambitions très convaincant. On voit la noirceur s’installer peu à peu sur l’âme de Macbeth, alors que Lady Macbeth est confrontée à la prise de conscience de ses choix guidés par la colère et le deuil. Ils sont impeccables l’un comme l’autre.








MACBETH est une adaptation à la fois forte, terrible et belle à sa façon. Ce n’est certainement pas grand public mais si vous aimez Shakespeare, les acteurs du film et/ou les grandes histoires épiques, alors je vous le conseille absolument.

Un petit mot sur la soirée

J'ai eu la chance de découvrir ce film en avant-première dans la salle du MK2 Grand Palais par le biais d'une invitation d'Amazon Media Group. Et juste avant la projection, il s'est passé un truc amusant qui nous a interpellé :

PROJECT YOUR TALENT CINEMA

Gabriel Borgetto et Lenovo s’invitent à une avant-première privée de MacBeth organisée par Amazon Media Group et offrent aux spectateurs une projection inédite ! 

Beaucoup se sont demandés qui a orchestré ce happening… ? C’est la marque Lenovo qui était à l’origine de cette initiative !


Gabriel Borgetto, jeune réalisateur Allemand a surpris les spectateurs venus assister à l’avant-première de MacBeth de Justin Kurzel mercredi 4 novembre, dans la salle de cinéma du Grand Palais. 

Avant le début du film, Gabriel a fait irruption sur scène, sans y être invité avec sa tablette Lenovo sous le bras et a projeté son dernier court-métrage, Sneeze Freeze. Les spectateurs, tranquillement installés ont été complètement surpris par cette projection guerilla et ont applaudi son audace et son talent.






Sneeze Freeze est un court-métrage tarantinesque qui emmène rapidement le public dans l’univers de Gabriel. Il a remporté pour cette œuvre un Young Director Award, prix convoité et récompensant la créativité de jeunes réalisateurs du monde entier. 

Découvrez le court-métrage de Gabriel Borgetto ci-dessous :


Sneeze Freeze (Shortfilm) from il_borgetto on Vimeo.

Retrouvez plus d’informations sur Gabriel Borgetto sur http://il-borgetto.com/

La nouvelle Yoga Tab 3 Pro, tablette innovante avec projecteur intégré a permis au réalisateur de faire découvrir son univers singulier et sa dernière réalisation à un public cinéphile et à des professionnels du cinéma. Capable de projeter n’importe où, n’importe quand, la tablette laisse une place à l’improvisation et Gabriel a pu en profiter pour créer une séance de cinéma très #Goodweird. 
“Je suis très heureux d’avoir pu présenter mon dernier court-métrage Sneeze Freeze à un public qui ne me connaissait pas encore. Cette intervention était pour moi un moyen de me faire repérer par des professionnels et un nouveau public. Je suis très reconnaissant de cette opportunité originale que Lenovo m’a offerte. La Yoga Tab 3 Pro est un produit à la fois utile et sympa que j’ai beaucoup apprécié et j’espère la réutiliser bientôt sur mon prochain tournage !"
Avec Project Your Talent, Lenovo donne les moyens aux jeunes talents de se faire connaître.

Depuis plusieurs semaines, à travers son intitiative Project Your Talent, Lenovo donne les moyens à des jeunes talents d’univers différents de se faire repérer. En septembre, Lenovo accompagnait Pantheone dans la création d’un défilé arty. Il y a quelques semaines pour l’ouverture de la FIAC, le collectif Jeanspiezial, avec le soutien de Lenovo créait un Art Truck et exposait devant le Grand Palais et les galeries d’art du Marais.


Ces différents évènements mettent en lumière la campagne #Goodweird de Lenovo. Le #Goodweird c’est ce qui est bizarre et cool, innovant et utile. Lenovo se reconnaît dans cet esprit et enrichit sa gamme YOGA de nouveautés astucieuses et innovantes. Ainsi une tablette 10 pouces intégrant un projecteurpeut transformer n’importe quel mur en écran de cinéma ! 

#Goodweird

NOTES DE PRODUCTION 
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

« Macbeth » est sans doute l’une des œuvres les plus célèbres de Shakespeare. Depuis sa toute première parution il y a quatre siècles, la pièce a été fréquemment adaptée ou modernisée sur scène, au cinéma ou à la télévision. Le récit tragique de ce général écossais, dévoré par l’ambition et par son destin royal, fascine depuis longtemps comédiens, metteurs en scène et spectateurs. Au cinéma, il a donné lieu à plusieurs adaptations signées notamment Orson Welles ou Roman Polanski.

Face à l’émergence d’une nouvelle génération de grands comédiens anglais de théâtre, de télévision et de cinéma, les producteurs Iain Canning et Emile Sherman, de See-Saw Films, ont estimé que le moment était venu de proposer une nouvelle lecture de la pièce.

« Des comédiens comme Tom Hiddleston et Jude Law campent le premier rôle dans des pièces de Shakespeare, note Canning. Je trouve intéressant de voir cette nouvelle génération se réapproprier le répertoire shakespearien et redécouvrir sa signification. »

Le moment était également opportun sur le plan des thèmes abordés dans la pièce : en effet, l’avidité et ses ravages sont plus que jamais d’actualité. Jack Reynor, qui campe Malcolm, souligne : « L’avidité est un fléau qui peut corrompre des millions de gens et détruire leur vie. Autant dire que l’histoire de «Macbeth» est particulièrement bouleversante quand on a en tête le climat économique de ces dernières années. »

Pour les producteurs, la mondialisation actuelle permettait aussi d’accentuer l’envergure de l’intrigue et de donner au film une dimension moderne. « Ce qui m’a semblé très fort dans cette adaptation, c’est l’importance du collectif et l’existence d’un vaste monde dans lequel évoluent nos personnages, souligne Canning. Nous avons davantage mis en évidence le fait que Macbeth et Lady Macbeth habitent un monde, qu’ils en sont le produit et que leurs décisions peuvent le transformer. Nous avons donc adopté un point de vue beaucoup plus moderne et cinématographique. »

En revanche, la production tenait particulièrement à préserver la langue de Shakespeare. « On aurait abouti à un résultat extrêmement différent si on n’avait pas respecté l’usage des vers, reprend Canning. Notre défi à consisté à opérer quelques coupes dans la pièce aux endroits les plus pertinents, puis à constituer une équipe capable de faire oublier au spectateur qu’il assiste à une œuvre classique à la langue archaïque. »

« Nous avons abordé la pièce avec simplicité, précise Michael Fassbender, interprète du rôle-titre. Nous n’avons jamais cherché à bousculer le texte en vers, ou à le contourner, mais nous avons privilégié la sobriété et la proximité. D’entrée de jeu, Justin voulait établir un rapport beaucoup plus intime avec le texte que dans les précédentes adaptations, tout en restant fidèle à l’œuvre. Comme avec n’importe quel scénario, on ne cherche pas à saboter ce texte magnifique, mais à l’utiliser dans le jeu et se l’approprier. »

Justin Kurzel souligne : « On a tourné le film en vers, et ce n’est pas la même chose de donner la réplique à un partenaire en face de soi, et de jouer sur scène devant un public.

Je crois qu’il se passe quelque chose lorsqu’on a un comédien face à soi et que la caméra s’approche au plus près des acteurs. On ne joue plus pour un large public, mais dans un cadre beaucoup plus intime. »

« On a dû faire un gros effort, car Shakespeare peut être difficile à comprendre, même pour des Anglais, remarque Marion Cotillard, sous les traits de Lady Macbeth. Mais cela a suscité une énergie qui nous a galvanisés tout au long du tournage. »

« C’était effrayant, indique Reynor. Mais sans ce type de difficulté, cela n’en aurait sans doute pas valu la peine, et j’ai adoré relever ce défi. C’était formidable de pouvoir jouer en vers avec ces partenaires, qui n’avaient pas reçu de formation shakespearienne classique. »

En revanche, le texte en vers met en valeur l’une des grandes forces de Shakespeare : la langue comme outil de manipulation. Et dans MACBETH, la manipulation est permanente : « Quand on voit Michael avec Marion, ou Michael et Paddy [Considine], on a le sentiment d’être dans LES AFFRANCHIS, car ces personnages cherchent à manipuler leur interlocuteur de manière intelligente et sournoise, explique Kurzel. Il y a là un sous-texte qui reste dans le non-dit, et ce qui est captivant dans MACBETH, c’est que la tension souterraine se manifeste sans artifice. »

Tandis que les scénaristes s’attelaient à l’adaptation de la pièce, les producteurs ont cherché l’interprète de Macbeth, choix déterminant pour l’ensemble du tournage.

L E  C A S T I N G

« Après SHAME, on avait vraiment envie de retravailler avec Michael Fassbender, indique Canning. Alors qu’on travaillait sur l’adaptation, on s’est dit qu’on lui enverrait à tout hasard le scénario. Mais plus on y pensait, plus on se rendait compte qu’il était le seul correspondant à nos attentes. »

De son côté, Fassbender, qui s’est imposé rapidement comme l’un des comédiens les plus doués de sa génération, a aussitôt décelé le potentiel de cette nouvelle adaptation. « C’était captivant de bout en bout, note-t-il. C’est un texte extraordinaire et ce genre d’occasion ne se présente qu’une fois. Du coup, j’ai tâché de me préparer de mon mieux et de soulever toutes les questions que je pouvais me poser afin de ne rien laisser au hasard. »

Canning estime que Fassbender donne une véritable humanité au personnage : « Son interprétation n’a rien de théâtral : on cerne parfaitement l’état d’esprit de cet homme. Ce qui est sidérant, c’est qu’on voit sa folie prendre corps. On sait qu’on ne peut rien faire pour lui et qu’on ne peut pas l’aider, si bien qu’on assiste aux événements en train de se dérouler – ce qui peut surprendre dans une pièce que chacun connaît assez bien. Elle recèle encore de surprises et d’émotions. »

Une fois Fassbender engagé dans l’aventure, il a fallu trouver un réalisateur à la hauteur du comédien et capable d’apporter une dimension nouvelle au texte. La présence de Fassbender au casting a suscité de nombreuses convoitises. « Avec Michael dans la distribution, beaucoup de réalisateurs se sont portés candidats », indique Canning.

C’est en découvrant LES CRIMES DE SNOWTOWN de Justin Kurzel que les producteurs ont eu l’idée d’envoyer le scénario à ce dernier. D’origine australienne, le cinéaste a monté de nombreuses pièces dans son pays natal et son premier long métrage a remporté plusieurs distinctions dans les festivals du monde entier.

« On a eu la chance qu’il soit sensible au script, poursuit Canning. LES CRIMES DE SNOWTOWN raconte comment un meurtre, ou plutôt une série de meurtres, peuvent toucher toute une communauté, et comment cette communauté finit par être manipulée par le tueur. Malheureusement, c’est un phénomène autant d’actualité aujourd’hui qu’à l’époque où Macbeth commettait ses crimes. »

La productrice Laura Hastings-Smith ajoute : « En voyant son premier film, on constate que ce réalisateur fouille vraiment la psychologie de ses personnages. »

« Justin a réussi à faire exister un monde qui s’appuie sur son expérience du théâtre et qui offre un éclairage authentique sur l’époque médiévale, déclare Canning. Mais le film se déroule dans un univers proche du Far West, comme un western. C’est un monde difficile, où les habitants tentent de survivre, et je pense que Macbeth choisit la voie du meurtre pour avoir une vie meilleure dans un monde hostile. »

Kurzel a mis au point cet univers grâce à ses recherches, en se focalisant notamment sur la véritable histoire du monarque. « À quoi ressemblait cette époque ? Était-elle particulièrement violente ?, s’interroge-t-il. Cela m’a beaucoup fait penser à un western, et l’atmosphère m’a semblé beaucoup plus effrayante que dans les adaptations antérieures de la pièce. »

Mais c’est en découvrant Macbeth sous les traits d’un guerrier que Kurzel a eu envie de participer au projet. « Le spectre de la guerre plane sur les personnages et ce film m’offrait donc l’opportunité de transposer ce climat de manière cinématographique, note le réalisateur. Comment Macbeth se comporte-t-il en temps de guerre ? Est-il un produit de la guerre ? En quoi cela influence-t-il son ambition de devenir roi ? C’était passionnant de voir un personnage tenter de substituer à son traumatisme, et à sa peine, son obsession pour les liens du sang. »

La présence de Fassbender a achevé de convaincre Kurzel. « Je ne me serais pas engagé sans Michael, confie-t-il. Je l’ai rencontré après avoir terminé mon premier film : c’est l’un des meilleurs acteurs de sa génération, et de très loin, si bien que j’avais envie de travailler avec lui pour ses qualités humaines et artistiques. Dès que j’ai appris qu’il avait donné son accord, je n’ai pas hésité une seconde à m’embarquer dans l’aventure. »

D’ailleurs, c’est après la découverte par Fassbender des CRIMES DE SNOWTOWN – et avant même que l’idée de confier la réalisation du film à Kurzel ne soit évoquée – que l’acteur a demandé à son agent d’organiser un rendez-vous. « J’ai immédiatement eu envie de travailler avec lui, reconnaît Fassbender. En me fiant à ce que je percevais chez lui sur un plan personnel et à nos conversations, j’ai compris qu’on allait s’entendre. Tout est parti de là, et l’amitié et l’estime que je lui porte, à titre professionnel et personnel, n’ont fait que croître. »

« Sa compréhension subtile du texte et la précision de son regard m’ont guidé à chaque pas », ajoute-t-il.

« C’était jubilatoire d’observer Justin diriger ses comédiens, affirme Laura Hastings-Smith. J’avais l’impression d’assister à une master-class. Les comédiens se sont presque instantanément adaptés à son rythme, et en très peu de temps, ils ont accepté de lui faire confiance et de répondre à ses demandes. Ensemble, ils ont exploré les recoins les plus sombres de l’âme humaine. À cet égard, Justin est un véritable directeur d’acteurs. »

Reynor acquiesce : « Justin instaure une vraie complicité sur le plateau, et chacun a envie de lui faire confiance. Il est époustouflant dans le travail, et je suis convaincu que tous ceux qui ont participé à l’aventure lui font une confiance totale. »

C’est tout particulièrement vrai de Marion Cotillard, qui a accepté de camper le rôle-clé de Lady Macbeth, bien que l’anglais ne soit pas sa langue maternelle. « J’étais sûre qu’un jour je jouerais Lady Macbeth, souligne l’actrice qui a une proximité rare avec l’Écosse et la pièce. Mais je pensais que je le ferais en français et sur scène. Quand on m’a proposé ce projet, j’ai été surprise, pour ne pas dire autre chose. »

Pour autant, Marion Cotillard, comédienne qui figure parmi les plus talentueuses de sa génération, s’imposait dans le rôle. Et si Lady Macbeth est écossaise, la présence de l’actrice française apportait une dimension supplémentaire au film. « C’est ce qui nous a permis d’avoir un personnage central qui possède une part de mystère, constate Canning.

On a le sentiment que Lady Macbeth est un peu distante des autres femmes de cette communauté à laquelle elle appartient, comme si elle avait d’autres priorités qu’elles. Cela donne davantage de densité au rôle, et si on y ajoute la prestation stupéfiante de Marion Cotillard, l’approche du personnage est totalement nouvelle. »

Jack Reynor en convient : « C’est parfaitement logique qu’elle ait gardé son accent d’origine, et cela apporte une dimension nouvelle au projet. Elle est d’une force peu commune et, à certains moments du film, c’est elle qui prend le pouvoir. C’est un honneur d’avoir partagé l’affiche avec elle. »

Kurzel explique que la comédienne a beaucoup travaillé pour se familiariser à la langue de Shakespeare, malgré la barrière de la langue. « C’était un formidable effort de sa part car la versification anglaise lui était totalement étrangère, analyse-t-il. Quand je l’ai contactée – et Michael et moi avions vraiment envie qu’elle participe au film, elle ne pensait pas qu’elle aurait un jour une telle opportunité et, du coup, elle n’a pas pu refuser. »

« Je ne pouvais pas laisser passer la chance d’interpréter ce personnage en anglais, renchérit la comédienne. Nous avons tous travaillé la langue avec Neil Swain qui, bien plus qu’un répétiteur, est surtout un spécialiste de Shakespeare. Avec lui, nous nous sommes immergés dans l’univers shakespearien, et il ne s’agissait donc pas seulement de trouver le bon accent, le rythme et l’énergie nécessaires. »

Marion Cotillard n’a eu aucun mal à donner la réplique à Fassbender car la complicité entre les deux comédiens a été immédiate. « Parfois, on rencontre quelqu’un et on a le sentiment de le connaître depuis toujours, dit-elle. C’est ce que j’ai ressenti avec Michael. Il est inventif et imaginatif, mais sa créativité n’intervient jamais au détriment de sa simplicité. Il m’a étonnée chaque jour. »

Au bout du compte, l’engagement total de la comédienne dans ce projet se manifeste tout au long du film et c’est d’ailleurs, selon Kurzel, ce qui explique la force de cette collaboration. « On avait un peu peur au départ, reconnaît-il. Non seulement Marion devait affronter un texte en vers et Michael camper un rôle écrasant comme Macbeth, et je n’en étais qu’à mon deuxième long métrage, après avoir réalisé un petit film australien. L’angoisse était donc palpable, mais je crois que cela nourrit une tension positive et donne envie de la surmonter. »

« Je crois qu’au final, on éprouve une certaine compassion pour Macbeth et Lady Macbeth, remarque Laura Hastings-Smith. De toute évidence, ils commettent des actes épouvantables, ce qui peut arriver à des gens très bien, mais je pense qu’on arrive à comprendre la tragédie humaine que cette attitude dissimule. »

Une fois les rôles principaux attribués, la production s’est intéressée à l’entourage de Macbeth. « On voulait que les hommes qui gravitent autour de Macbeth soient issus du même univers guerrier, précise Canning, en évoquant notamment Macduff et Banquo.

Sean Harris et Paddy Considine ont incarné à merveille ce milieu militaire, et je trouve qu’on a réussi à placer Macduff et Banquo au coeur de l’intrigue comme on n’aurait pas pu le faire sur scène. Grâce à leur prestation, ce monde existe à l’écran. »

« Banquo est un homme redoutablement loyal, indique Considine. Il est en apparence incorruptible et il se retrouve face à un terrible dilemme moral quand il voit son ami perdre la raison. Il est moins perturbé par la prophétie que Macbeth, mais lorsqu’il constate que son ami est en train de changer, il se met à s’interroger sur ses véritables motivations. »

Kurzel lui a donné comme consigne de se servir de ce qu’il avait fait sur IN AMERICA de Jim Sheridan : « J’ai trouvé intéressant d’orienter le personnage dans cette direction, dit-il. J’espère qu’il marquera un peu le public. »

Considine a surtout apprécié d’avoir pour partenaire Lochlann Harris qui joue Fleance, fils de Banquo. « C’est une expérience inoubliable, reprend l’acteur. Justin Kurzel m’a montré plusieurs images des auditions, sans que je comprenne pourquoi il me demandait mon avis, mais dès que j’ai vu Lochlann, il s’est démarqué des autres immédiatement. Son physique, ses réflexes et sa personnalité correspondaient parfaitement au personnage. »

« Lochlann est incontestablement un acteur-né. Il a cette étincelle dans le regard qu’on décèle chez les jeunes comédiens, poursuit Considine. Je l’avais remarqué chez Thomas Turgoose, dans THIS IS ENGLAND, et je le retrouve aujourd’hui chez lui. »

Jack Reynor incarne Malcolm. Sans formation théâtrale classique, Reynor était séduit par l’équipe déjà constituée : « Je connaissais Michael avant le tournage et je m’entendais très bien avec lui, confie Reynor. Au départ, j’ai donc sauté sur l’occasion de travailler avec lui. Par la suite, j’ai appris que Justin Kurzel allait réaliser le film, et il se trouve que j’avais vu LES CRIMES DE SNOWTOWN. Je m’étais dit que c’était une représentation extrêmement sombre, mais captivante, de cette région du monde et de la société australienne. J’étais donc certain que, sur le plan esthétique, il s’en sortirait très bien. »

Reynor a été intéressé par l’évolution de Malcolm tout au long du film. « C’est un jeune homme qui cherche à devenir un homme et à faire face à ses responsabilités, poursuitil. C’était intéressant de garder en tête l’idée qu’à la mort de son père, il s’effondre et redevient un petit garçon vulnérable, et que dans le même temps, il doit ensuite se ressaisir et s’endurcir pour assumer ses responsabilités. »

Reynor a particulièrement apprécié de donner la réplique à David Thewlis, qui incarne Duncan. « La toute première fois que je suis allé au cinéma, c’était pour un film avec David, s’enthousiasme Reynor. C’était extraordinaire de me trouver sur le même plateau que lui. Il a campé Duncan comme un homme timide et un roi peu sûr de lui. On éprouve de la compassion pour lui, on pleure sur son sort, car son seul crime est de ne pas être aussi fort que l’était son père. »

Iain Canning ajoute : « En général, pour Duncan, on a tendance à choisir un acteur beaucoup plus âgé que Macbeth. De notre côté, on voulait trouver un comédien qui représente un défi physique et psychologique à Macbeth, mais qui soit son contemporain.

David s’est imposé dans le rôle de Duncan car il lui apporte un mélange de force et de fragilité, donnant au personnage une vraie densité qu’on ne voit pas souvent. »

T O U R N A G E   E N  D É C O R S  R É E L S

Le film a été tourné en sept semaines – soit 36 jours pour être précis – et intégralement en décors extérieurs, sauf pendant six jours. « L’authenticité était un objectif prioritaire pour le réalisateur, note Laura Hastings-Smith. Justin tenait à créer un monde parfaitement crédible et cohérent, et il en parlait d’ailleurs comme d’un univers de western. L’aridité du monde de Macbeth fait du paysage un personnage à part entière et, du coup, il était essentiel de tourner au coeur de ce paysage. »

Kurzel souligne : « On a délibérément choisi de tourner le film en extérieurs, et cela nous a posé beaucoup de difficultés, mais a ancré l’histoire dans la réalité et a établi un lien entre le cadre naturel, les dialogues et le jeu des comédiens, et c’est ce qu’on ressent dans le film. Cela donne un côté réaliste et concret à l’ensemble, ce qui est inédit dans un film en vers. »

Le tournage a présenté de nombreux défis, et notamment parce qu’il a fallu tourner en extérieurs en plein hiver. « À un moment donné, on a eu l’impression d’être jugé par William Shakespeare en personne, plaisante Canning. Soit il soutenait de temps en temps notre démarche, et il faisait en sorte qu’on ait la météo adéquate pour les scènes de tempête – et il se trouve qu’on tournait ces scènes au moment où la Grande-Bretagne subissait les pires conditions climatiques de son histoire. Soit, il voulait tout simplement qu’on interrompe le tournage ! »

Mais pour Canning, MACBETH parle aussi du climat. « La pièce parle du fait que les tempêtes se font l’écho de l’intrigue, et on voulait retranscrire cette idée, dit-il. Mais on s’était dit qu’on ferait appel aux effets spéciaux plutôt que d’attendre que les conditions météo soient réunies. »

Selon Laura Hastings-Smith, c’est Michael Fassbender qui, en se plaçant en tête, a aidé ses partenaires et les techniciens à affronter les conditions climatiques difficiles. « Il s’implique tellement dans ce qu’il fait, il est d’une telle force physique et tellement focalisé sur son personnage, qu’il était un vrai chef pour nous tous, dit-elle. On se disait que si Michael y arrivait, on pouvait y arriver nous aussi. »

D’ailleurs, tous les comédiens ont fait face aux difficultés climatiques sans jamais se plaindre : « Marion a dû tourner des scènes hallucinantes, pieds nus dans la lande et sous la grêle, ajoute-t-elle. Elle est, elle aussi, une grande professionnelle. Je crois que c’est parce qu’ils croyaient au film, et qu’ils croyaient en Justin – qui ne les a jamais lâchés – qu’on a obtenu ce qu’on voulait. »

Marion Cotillard ajoute : « Lorsqu’on est porté par l’énergie d’un grand réalisateur et par la force de l’histoire, on ressent la magie de son dispositif et on trouve l’énergie de faire ce qu’il nous demande, même s’il faut supporter le froid et des conditions parfois difficiles. »

« Cela a créé des liens entre nous, note le réalisateur. Quand on voit son chef-décorateur passer par-dessus la caméra à cause du vent, ou lorsque Marion Cotillard disparaît dans un marécage en marchant, cela rapproche les comédiens et les techniciens. »

Fassbender déclare : « Tout ce qu’on distinguait des techniciens, c’étaient leurs orbites qui perçaient la grisaille – des hommes qui travaillent dans ce métier depuis 25 ans et qui affrontent les pires conditions météo qui soient. »

« On se pince et on se dit, «C’est délirant et dingue», ajoute Kurzel. Mais je pense qu’on ressentira les efforts fournis par les comédiens et, espérons-le, le rôle déterminant que joue le paysage dans la psychose de Macbeth. »

« Justin est un artiste et, à mon avis, en tant qu’artiste, on ne peut pas ne pas être  touché par la puissance des éléments de l’Écosse, reprend Marion Cotillard. Il y a quelque chose, propre à ce pays et à la nature des lieux, de mystique, et qu’on ressent dès qu’on est sur place. C’est un endroit plein de mystères. »

Le film comporte une séquence de bataille qui, dans le scénario, représente une dizaine de pages. C’était une opportunité de mise en scène cinématographique qui n’a pas d’équivalent au théâtre : « Cette bataille est normalement décrite par Banquo, et non représentée, indique Canning. Il était fondamental qu’on accompagne nos personnages sur le champ de bataille, puis qu’on découvre quel genre de vie ils mènent, et enfin dans quelle mesure l’éloignement du théâtre des opérations les affecte. »

Lors du tournage de la séquence, le réalisateur a choisi de n’adopter que le point de vue des protagonistes sur la bataille, ainsi que celui des sorcières : celles-ci informent Macbeth de la prophétie qui l’obsédera jusqu’à la fin du récit.

Cette séquence a été filmée au début du tournage. « Elle était assez précise et on s’y est attelés immédiatement, note Kurzel. « On s’est attachés à des idées plutôt qu’à une atmosphère ou au déroulement de la bataille. On s’est donc laissés porter par les événements. En réalité, ce qui compte, c’est le point de vue de Macbeth et la manière dont cette guerre le bouleverse. »

La production a fait appel à une armada de comédiens spécialisés dans la reconstitution de batailles afin de vérifier l’authenticité de la séquence. « Ces types passent leurs weekends à faire ces reconstitutions, si bien que leur passion pour leur activité et pour ce qu’on leur a demandé pour le film était époustouflante », relate le réalisateur.

« Sur l’ensemble des guerriers présents sur le champ de bataille, nous n’en avons perdu que deux, plaisante Fassbender. Plusieurs d’entre eux couraient partout sans chemise, malgré un froid épouvantable. Nous étions fin janvier et il tombait une pluie diluvienne. Ce sont des gens formidables. »

En représentant cette séquence de bataille, et en en étudiant l’impact, Kurzel et son équipe souhaitaient aborder le stress post-traumatique qui affecte Macbeth sur un plan psychique.

« Justin a découvert très en amont du projet que le personnage souffrait de stress post-traumatique, souligne Fassbender. Il a donc des hallucinations qui vont jusqu’à la psychose. Cela se produit notamment pendant la scène du banquet, où il se dit : «si quelqu’un, ici, me connaît, alors il saura que j’ai ces crises étranges». Cet homme souffrait déjà de cette pathologie avant les événements que relate la pièce, et cela m’a beaucoup aidé à cerner le personnage, sa vie et ce qui se passe dans sa tête. »

« En général, le point de départ de Macbeth, c’est l’insatisfaction de deux personnages qui en veulent toujours plus, remarque Kurzel. Je me suis dit que ce serait intéressant de changer d’approche, et après une longue réflexion, d’observer ces deux personnages tenter de combler un vide, que celui-ci provienne d’une souffrance ou d’autre chose. »

Il poursuit : « Macbeth est une sorte de soldat démuni, souffrant d’un traumatisme. On laisse aussi entendre que Lady Macbeth et lui ont perdu un être cher. Du coup, la prophétie et le projet de tuer le roi prennent une autre résonance, et cela permet même à ces deux personnages, en tant que couple, d’avancer et de tourner la page. »

Les souffrances de Macbeth, broyé par la guerre, ont des incidences sur ses relations avec sa femme. « Ce qui nous plaisait, c’était de montrer que Lady Macbeth doit supporter cet homme qui rentre du front et qui n’est plus que l’ombre de celui qu’elle a vu partir à la guerre, déclare Canning. Il est marqué par les combats. Cela ne fait qu’enrichir la complexité de leurs rapports de couple. »

Marion Cotillard a travaillé en étroite collaboration avec Fassbender pour trouver la dynamique entre Lady Macbeth et son mari. « Michael et Marion se sont donnés à 100% 
indique le réalisateur. Ils étaient totalement dans la peau de leurs personnages avant même qu’on ne commence le tournage. »

L E  S T Y L E  V I S U E L

Pour Laura Hastings-Smith, le style visuel correspond parfaitement aux thématiques du film. « Le décor est tout à fait cohérent avec la tonalité d’ensemble et il est d’un grand réalisme : on est immédiatement plongé dans une autre époque, comme si on y était », dit-elle.

Pour la chef-décoratrice Fiona Crombie, Kurzel tenait avant tout à ce qu’on ait le sentiment que ce monde est habité et soit reconnaissable aux yeux d’un spectateur d’aujourd’hui, bien qu’il s’agisse d’une reconstitution d’époque. « On ne voulait pas que le décor soit trop chargé, dit-elle. D’entrée de jeu, on a fait en sorte qu’il reste à hauteur d’homme. »

Kurzel voulait être fidèle à la période historique à laquelle se déroule le film : « Nous avons cherché à respecter et à comprendre l’Écosse du XIème siècle, souligne la chef-décoratrice.

Nous avons fait des recherches et nous avons été surpris par certaines de nos découvertes. L’architecture d’Inverness, telle que nous l’avons conçue, est assez proche de la réalité. »

Fiona Crombie explique qu’elle a naturellement tendance à être aussi précise que possible : « Je fais en sorte que mes décors soient très précis, jusque dans leurs moindres détails, dit-elle. J’aime fonctionner comme cela et je pense que c’est utile pour tous les collaborateurs. Cela fait longtemps que je travaille avec Justin, et on se comprend à demi-mot. »

Fiona Crombie a ensuite travaillé avec la décoratrice de plateau Alice Felton pour peaufiner et finaliser le décor. « Quels sont les petits détails qu’on peut ajouter pour qu’il y ait de la vie dans cet univers ?, s’interroge Fiona Crombie. Il fallait, par exemple, qu’il y ait de la boue sur les bottes des hommes et que les lieux semblent habités, bien que ce décor ait été bâti il y à peine trois semaines ! »

Le film a été tourné à la cathédrale d’Ely, qui a servi de cadre à Dunsinane. « On a repéré ce lieu très tôt et il s’en dégageait une atmosphère qui nous a plu, confie la chef-décoratrice. Il est somptueux, bien entendu, mais ce qui m’a séduite, c’est qu’il est imparfait. Les murs ne sont pas tous symétriques, le sol n’est pas le même partout, et il y a donc une légère impression de chaos. »

L’équipe, dans son ensemble, espère que cette relecture de « Macbeth » poussera une nouvelle génération de spectateurs à se plonger dans la tragédie de Shakespeare.

« On voulait que le résultat soit d’un grand réalisme et qu’il donne le sentiment que cette histoire a des résonances contemporaines, précise Canning. Ces personnages pourraient vivre à notre époque, et commettre leurs épouvantables forfaits, et on ne voulait surtout pas que le public ait l’impression d’assister à un spectacle qu’il a déjà vu des dizaines de fois. »

Insistant sur la dimension purement cinématographique du film, il ajoute : « On est rivés à son siège pendant tout le film. Je pense que le fait d’avoir rajeuni le casting attirera un public plus large – et plus jeune – que celui qui va traditionnellement voir des adaptations shakespeariennes au cinéma. »

Laura Hastings-Smith conclut : « Il ne s’agit pas de la pièce telle qu’on l’a vue sur scène, ou lue. Il s’agit d’un film à part entière destiné à être découvert dans une salle de cinéma. »

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