mercredi 13 août 2014

Back to the future


Drame/Thriller/Une mise en scène ingénieuse et une très belle interprétation

Réalisé par Richard Ayoade
Avec Jesse Eisenberg, Mia Wasikowska , Wallace Shawn, Noah Taylor, Yasmin Paige, Cathy Moriarty, Phyllis Somerville, James Fox, Lloyd Woolf, Lydia Ayoade, Sally Hawkins, J. Mascis, Christopher Morris, Chris O'Dowd, Paddy Considine...

Long-métrage Britannique
Durée : 1h33m
Année de production : 2013
Distributeur : Mars Distribution
Twitter : https://twitter.com/MarsFilms et #TheDouble

Date de sortie sur les écrans britanniques : 4 avril 2014
Date de sortie sur nos écrans : 13 août 2014  (actuellement au cinéma)


Résumé : Garçon timide, Simon vit en reclus dans un monde qui ne lui témoigne qu'indifférence. Ignoré au travail, méprisé par sa mère et rejeté par la femme de ses rêves, il se sent incapable de prendre son existence en main. L'arrivée d'un nouveau collègue, James, va bouleverser les choses, car ce dernier est à la fois le parfait sosie de Simon et son exact contraire : sûr de lui, charismatique et doué avec les femmes. Cette rencontre amène James à prendre peu à peu le contrôle de la vie de Simon…

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : Richard Ayoade, adapte une nouvelle de Dostoïevski, LE DOUBLE, pour la réalisation de son nouveau long métrage. Il fait preuve d'une très grande créativité en terme de mise en scène. L'éventail des idées pour harmoniser l'étrangeté de la vie de son personnage principal est impressionnant. Il y a une grande cohérence dans le traitement. La manière dont le son est utilisé est surprenante mais convient parfaitement au genre du film. 
Tant l'environnement de ces lieux étranges que les relations entre les gens nous offrent une sensation de claustrophobie. Simon est enfermé dans sa maladresse, dans son travail, dans sa vie étriquée, dans des endroits exigus... Tout un tas de détails ingénieux viennent souligner cet aspect. 
Richard Ayoade nous propose un film vraiment spécial. L'absurdité des situations fait rire mais on ressent aussi de la tristesse dans la façon dont elles sont présentées. L'histoire est particulière et laisse libre court à l'interprétation de chacun. Le spectateur ressort avec pas mal de questions. C'est un film qui fait réfléchir sur la condition humaine décrite et sur l'état d'esprit du personnage.
Jesse Eisenberg interprète Simon et son double, James. J'ai trouvé son jeu remarquable. Il est une évidence pour le rôle. On distingue parfaitement les deux protagonistes à tout moment.

 




THE DOUBLE est un ovni très maîtrisé et fort intéressant d'un point de vue cinématographique. Il ne laisse pas indifférent. Je vous le conseille car il m'a beaucoup plu.



NOTES DE PRODUCTION
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

À la tête d’Alcove Entertainment, Robin C. Fox et Amina Dasmal n’ont qu’un mot d’ordre : accorder – systématiquement – la plus grande liberté artistique aux cinéastes. S’ils ont pu produire TRASH HUMPERS (2009) d’Harmony Korine, c’est surtout parce que, selon Fox, « nous l’avons traqué sans relâche, et lui avons dit que quel que soit le film qu’il souhaitait faire, on le produirait. »
En 2007, Fox et Dasmal ont fait la connaissance du frère d’Harmony, Avi Korine, qui planchait sur l’adaptation pour le cinéma d’un court roman de Dostoïevski, LE DOUBLE. Les producteurs ont compris que l’histoire de cet homme solitaire et perturbé, dont la vie est bouleversée par son alter-ego débordant de confiance en soi, était susceptible d’intéresser l’un de leurs réalisateurs préférés : le scénariste, comédien et cinéaste anglais Richard Ayoade.
« Cela faisait un moment qu’on essayait de convaincre Richard de travailler avec nous, souligne Fox. On avait recours à toutes les méthodes envisageables pour tenter de susciter son intérêt, mais c’était compliqué, car c’est un homme de goût ! Avec ce scénario, on s’est dit qu’on tenait peut-être enfin un projet qui ne le laisserait pas indifférent. On pensait qu’il correspondait à sa sensibilité, à son sens de l’humour et à sa perception du sujet. »
Cependant, les producteurs ont également pris conscience que le projet prendrait du temps à mûrir. « Richard n’allait certainement pas se contenter de débarquer sur le plateau et de mettre en scène le scénario de quelqu’un d’autre, ajoute Dasmal. Mais lorsqu’on est emballé par un artiste, on s’adapte à son rythme. Il faut être à son écoute, si on veut qu’il donne le meilleur de lui. Bien entendu, il y a des jours où l’on aimerait démarrer le tournage plutôt que d’attendre, mais c’est extrêmement gratifiant de lire les versions successives du scénario. »
Il poursuit : « Ce qui nous a aidés, c’est que Film4 croie dans la capacité de Richard à transposer à l’image ce qu’il avait en tête. Il ne joue pas dans la même catégorie que nous, et ça se sent. C’était merveilleux de travailler avec lui. » Grâce à la totale liberté de création dont Ayoade a bénéficié, le film évite toute facilité commerciale et demeure inclassable. Fox fait remarquer que pour ne pas s’inquiéter outre-mesure des soi-disant diktats du marché, il suffit de « discuter avec des gens qui se soumettent aux impératifs du marché et de voir les affreux navets qui en résultent ! »
Dasmal explique que les producteurs se sont fiés à leur propre intuition : « Comme il s’agit du genre de long métrage qu’on aime voir au cinéma, on s’est dit qu’il y avait un public pour THE DOUBLE », dit-il. Si l’univers du film est étrange – claustrophobique, angoissant, à la fois futuriste et évocateur d’un sombre passé indéterminé –, chacun peut se reconnaître dans les émotions qu’il suscite.
« La solitude et le sentiment de dénigrement sont universels, tout comme l’amour, reprend Dasmal. Richard nous a vraiment surpris par sa capacité à transposer tout cela à l’écran. » Convaincu de pouvoir mettre en images sa vision du film, le réalisateur a également impressionné la production : « Il est capable d’aller dans une pièce et de rendre à l’écran ce qu’il cherche à imaginer. »
La jeune comédienne australienne Mia Wasikowska (JANE EYRE, STOKER, TOUT VA BIEN – THE KIDS ARE ALL RIGHT), qui campe Hannah, s’intéressait au travail d’Ayoade depuis qu’elle a découvert SUBMARINE, son premier long métrage qu’elle qualifie de « brillant ». Elle était d’autant plus motivée par son nouveau projet qu’elle est amie avec Harmony Korine et que celui-ci l’a poussée à lire le scénario de son frère. « C’était formidable de travailler avec Richard, dit-elle. Je n’avais jamais vécu une expérience aussi enrichissante, à tout point de vue. Sa mise en scène est très précise, et sa direction d’acteur témoigne d’une grande sensibilité, si bien qu’il sait tirer le meilleur de nous. » Par ailleurs, l’approche d’Ayoade et la force de l’atmosphère qu’il souhaitait instaurer l’ont surprise. « Il a su rehausser le scénario d’une manière que je n’attendais pas, et sa vision du film est exceptionnelle, ajoute-t-elle. Le scénario ne précise pas exactement l’époque où se déroule l’histoire, et Richard a donné au film une vraie puissance visuelle. » Le fait que ni la période, ni le lieu, ne soient précisés permet à chacun de pouvoir s’y projeter. « On peut envisager l’histoire d’un être qui vous ressemble comme deux gouttes d’eau sous les angles les plus divers. C’est très subjectif, si bien que chacun pourra se faire sa propre idée du film. »
C’est un sentiment partagé par Jesse Eisenberg, cité au Golden Globe, au BAFTA et à l’Oscar. « C’est mon expérience de tournage la plus intéressante, affirme l’interprète de BIENVENUE À ZOMBIELAND, THE SOCIAL NETWORK et INSAISISSABLES. Le travail de Richard est extraordinaire. Chaque scène du film se déroule dans un lieu et à une époque indéterminés. Et il tenait à ce que rien ne soit banal. Le plus souvent, les comédiens font des propositions loufoques et le réalisateur se les approprie pour en faire une scène tout à fait classique. Richard, lui, encourage les penchants de ses acteurs pour l’insolite et va encore plus loin. C’est une approche gratifiante. Il est impossible de ne pas s’investir totalement dans sa démarche. Et c’était le cas de l’ensemble des comédiens, y compris de ceux qui n’avaient qu’une journée de tournage. »
Le comédien a eu envie de travailler avec Ayoade, après avoir visionné SUBMARINE, à un moment où le scénario de THE DOUBLE n’était pas encore finalisé. « Je ne regarde pas de films, précise-t-il en plaisantant. Du coup, je me suis dit que j’allais regarder les cinq premières minutes : non seulement j’ai fini par le voir en entier, mais je l’ai vu deux fois d’affilée. J’ai trouvé ça brillantissime. Chaque scène était émouvante, drôle et crédible – c’était exceptionnel. Et puis, j’ai rencontré Richard et j’ai compris pourquoi le film m’avait autant plu. Il a une sensibilité qui n’appartient qu’à lui et un univers visuel qui lui est propre. »
Dans le film, l’acteur devait relever le défi de camper deux personnages. « Je me suis dit que c’était une occasion passionnante pour un comédien, poursuit-il. Richard ne cherchait pas à créer une situation classique de comédie en opposant un personnage de « gentil » à un personnage de « méchant », mais en créant un dispositif beaucoup plus complexe sur le plan psychologique. Simon, timide, rancunier et mal dans sa peau, et son double inversé, très sûr de lui, ne sont pas tant deux êtres différents que les deux facettes du même individu, note Eisenberg. Du coup, il fallait que j’imagine une gestuelle et une voix pour les deux personnages, afin de rendre palpable leur ressenti intime à chacun. Dès lors que j’ai cerné le ton qui convenait pour Simon, j’ai réussi à me représenter James assez rapidement. Simon n’est pas un type foncièrement bienveillant et malheureux, mais maladroit et incapable d’exprimer ses sentiments. Et James n’est pas malveillant, mais charmant et doué. Les réactions affectives de Simon sont outrancières, et c’est pour cela qu’il vit dans un monde apocalyptique. James évolue dans le même monde, mais pour lui, il s’agit d’un univers utopique. »
Vivant ses rôles avec passion, Eisenberg explique que ses propres états d’âme évoluaient en fonction des deux personnages : « Si je finissais la journée de tournage dans la peau de Simon, je rentrais chez moi assombri, dit-il. C’était donc un soulagement de jouer James car Simon est un type malheureux qui ne s’aime pas. Je me suis vraiment approprié leurs traits de caractère. Je débordais d’idées pour James, mais je me refermais sur moi-même pour Simon, et j’avais tendance à vouloir multiplier les prises. » Alors qu’Eisenberg ne regarde jamais ses propres films, il devait visionner plusieurs de ses scènes afin de pouvoir enchaîner les scènes où les deux personnages sont réunis à l’écran. Et bien qu’il adore le travail d’Ayoade, il n’en verra pas une image de plus. « J’ai joué dans un film de Woody Allen,TO ROME WITH LOVE, et c’est le seul de ses films que je ne verrai jamais ! », remarque- t-il. Loin de s’atténuer avec l’expérience, son aversion pour les films qu’il a tournés ne fait qu’empirer – de son propre aveu. De même, les distinctions et les éloges qu’il obtient n’ont aucun effet (« j’ai l’impression de me faire piéger », dit-il).
Richard Ayoade, lui, est heureux de compter parmi ceux qui ont « piégé » l’acteur. « Il est génial et nous n’avons d’ailleurs proposé le rôle à personne d’autre, souligne le réalisateur. Très peu d’acteurs auraient pu jouer les deux rôles avec une telle précision. Il est brillant sur le plan technique, tout en étant spontané et instinctif – c’est le propre des grands acteurs. Les belles histoires peuvent être drôles et mélancoliques, estime-t-il. Je ne crois pas qu’il y ait une ligne de démarcation très nette entre ce qui met mal à l’aise et ce qui fait rire. Le roman parle d’un personnage qui devient fou, et c’est drôle, outrancier et absurde. C’est une tonalité qu’on retrouve dans bon nombre de livres ou de films qui me plaisent. »
Robin C. Fox souligne qu’Ayoade s’inspire de « références d’une grande diversité ». En témoignent les nombreux films cités par le cinéaste, comme ALPHAVILLE de Jean-Luc Godard et ERASERHEAD de David Lynch (qualifiés de « très drôles » par Ayoade), LE PROCÈS d’Orson Welles et TOBBY DAMMIT de Federico Fellini. Il ajoute qu’il se sent proche des cinéastes scandinaves (il est lui-même à moitié norvégien) et de l’univers mélancolique et absurde d’un Roy Andersson ou d’un Aki Kaurismaki. Pour lui, THE DOUBLE tranche avec le cinéma anglais. « Très peu de films britanniques ne se réclament pas du réalisme, dit-il. Les films anglais parlent davantage de problèmes sociaux qu’existentiels. Les meilleurs s’attachent à des problématiques très spécifiques à l’Angleterre, et se tournent pour des budgets modestes. Le cinéma fantastique nécessite des moyens importants pour les décors. »
Les décors de THE DOUBLE évoquent le monde intérieur, chaotique et angoissant de Simon, et se distinguent de films de science-fiction les plus spectaculaires. Pour autant, l’élaboration de l’univers de THE DOUBLE s’est révélée être un nouveau défi pour l’équipe. « C’est extrêmement difficile de ne pas pouvoir situer le film dans le temps ou dans l’espace, déclare Ayoade. Nous avons consacré cinq mois aux effets sonores uniquement. Pour la plupart des films, il s’agit seulement d’enregistrer les sons en étant fidèle à la réalité. Dans ce cas précis, c’était l’inverse : tout se déroulait dans un espace irréel. »
Le chef-opérateur Erik Wilson, qui avait collaboré à SUBMARINE, a également dû écarter toute préoccupation naturaliste : « SUBMARINE a été intégralement tourné en lumière naturelle, mais ce nouveau projet a été éclairé de manière très différente, souligne Ayoade. Cela témoigne de l’immense talent d’Erik. » La mise en scène était, elle aussi, « plus maîtrisée » en raison du recours aux effets spéciaux et à la « motion-capture ». » Ayoade est encore surpris d’avoir convaincu des comédiens aguerris de camper des seconds rôles, à l’instar de James Fox, ou des acteurs hollywoodiens Cathy Moriarty et Wallace Shawn. « Ça semblait invraisemblable qu’ils nous donnent leur accord, déclare, enthousiaste, le réalisateur. Je n’en reviens toujours pas. Londres doit attirer les Américains, j’imagine… »
Il a également fait appel à des comédiens qui avaient participé à SUBMARINE, comme Yasmin Paige et Noah Taylor qui ont ici des rôles majeurs ou encore Craig Roberts, Sally Hawkins et Paddy Considine qui, eux, tiennent des rôles secondaires. Et pourtant, Ayoade manque encore de confiance en soi, puisant sans doute dans le Simon qui est en lui – ou s’appuyant sur son réalisme très british : « On n’a jamais le sentiment de bien faire. On essaie seulement de s’en sortir du mieux possible », conclut-il.

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