lundi 16 juin 2014

Back to the future


Science-fiction/Drame/Bourré de créativité mais pas très compréhensible

Réalisé par Terry Gilliam
Avec Christoph Waltz, David Thewlis, Mélanie Thierry, Matt Damon, Tilda Swinton, Lucas Hedges, Sanjeev Bhaskar, Peter Stormare, Ben Whishaw...

Long-métrage Américain/Britannique/Roumain
Titre original : The Zero Theorem
Durée : 1h39m
Année de production : 2013
Distributeur : Wild Side Films / Le Pacte
Twitter : https://twitter.com/le_pacte et #ZeroTheorem

Date de sortie sur nos écrans : 25 juin 2014


Résumé : Londres, dans un avenir proche. Les avancées technologiques ont placé le monde sous la surveillance d’une autorité invisible et toute-puissante : Management. Qohen Leth, génie de l’informatique, vit en reclus dans une chapelle abandonnée où il attend désespérément l’appel téléphonique qui lui apportera les réponses à toutes les questions qu’il se pose. Management le fait travailler sur un projet secret visant à décrypter le but de l’Existence – ou son absence de finalité – une bonne fois pour toutes. La solitude de Qohen est interrompue par les visites des émissaires de Management : Bob, le fils prodige de Management et Bainsley, une jeune femme mystérieuse qui tente de le séduire. Malgré toute sa science, ce n’est que lorsqu’il aura éprouvé la force du sentiment amoureux et du désir que Qohen pourra enfin comprendre le sens de la vie...

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j’en ai pensé : Terry Gilliam revient avec un film pour le moins bizarre. Qui de mieux que lui pour introduire cet ovni sorti de son génial cerveau ? Personne, c’est pour cela que je vous partage la vidéo de son discours que j’ai pu faire avant la projection du film en avant-première à l’UGC des Halles le 11 juin 2014 :


Son ZERO THEOREM ne manque pas d’imagination. Les idées, l’univers créé, les décors sont tous intéressants. 

Terry Gilliam, le réalisateur (à gauche)
 

Il veut nous emmener vers des frontières philosophiques. Il nous entraîne dans un monde qui ne tourne pas rond. Son film est très original. Il y a d’excellentes surprises dans les seconds rôles. En tête d’affiche, on retrouve Christoph Waltz dans le rôle de Qohen Leth. Son interprétation est très bien. 


Cependant l'intérêt de son personnage souffre du manque de clarté du (des) message(s) délivré(s). On passe une bonne partie du film a essayé de décrypter une bonne fois pour toute la leçon que le réalisateur veut nous offrir, de donner un sens à ce que l’on voit. Certes les références non déguisées à Matrix nous mettent sur la voie. Mais franchement, je n’ai pas tout compris. Résultat : difficile de se passionner pour cette histoire et pour ce protagoniste dont les états d’âmes m’ont paru au final assez obscurs. 
Heureusement, Mélanie Thierry apporte une bonne dose de fraîcheur et de dynamisme en interprétant la très jolie Bainsley. 


Si vous aimez les univers brillamment mis en scène par Terry Gilliam, alors son ZERO THEOREM vous comblera certainement. Sinon, je vous préviens, c’est un film qui sort certes des sentiers battus mais qui ne s’adresse pas au plus grand nombre. Je n’ai pas vraiment accroché mais je lui reconnais une sacré dose de créativité.


NOTE D’INTENTION DU RÉALISATEUR 

Quand j’ai réalisé BRAZIL en 1984, j’ai cherché à dépeindre le monde dans lequel, me semblait-il, nous vivions. ZERO THEOREM offre un aperçu du monde dans lequel, à mon sens, nous vivons à l’heure actuelle. Le scénario de Pat Rushin, à la fois drôle, philosophique et émouvant, m’a intrigué grâce aux nombreuses questions pertinentes qu’il soulève. Par exemple : Qu’est-ce qui donne un sens à notre vie ? Qu’est-ce qui nous rend heureux ? Peut-on encore trouver des moments de solitude dans un monde de plus en plus connecté et contrôlé ? L’ordre règne-t-il dans ce monde, ou est-il soumis au chaos ? Nous avons essayé de faire un film sincère, stylisé, et surprenant. Un film simple autour d’un homme complexe et moderne qui attend un coup de fil censé donner un sens à sa vie. Un film qui soulève des questions, sans proposer de réponses toutes faites et qui, je l’espère, ne ressemble à aucun autre sorti récemment dans les salles : ici, il n’y a ni zombies, ni vengeurs masqués, ni aliens, ni explosions cataclysmiques. Quoique – il est possible que j’aie menti sur ce tout dernier point… 
Terry Gilliam 

NOTES DE PRODUCTION 
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers! )

LE DÉVELOPPEMENT DU PROJET 

La genèse de ZERO THEOREM remonte à 1999, époque à laquelle l'universitaire Pat Rushin publie une nouvelle intitulée "Call" qui aborde plusieurs sujets figurant dans le scénario final du film. "Je l'ai fait lire à un ami cinéaste qui m'a suggéré d'en tirer un scénario", raconte l'auteur. "J'ai donc appris tout seul à écrire un script, et j'en ai signé une première version. J'ai toujours été un très grand cinéphile, si bien que ça m'est venu assez naturellement". Rushin a ainsi écrit le scénario, intitulé ZERO THEOREM, tout en enseignant l'écriture à la University of Central Florida. Il soumet le script à Project Greenlight, concours à destination de jeunes auteurs financé par Matt Damon et Ben Affleck. 
"Le projet s'est retrouvé parmi les 250 finalistes, et c'est ce qui m'a permis de me faire un peu connaître", poursuit Rushin. "Le scénario a ensuite été remarqué par Alicia Marotto, chez Zanuck Company. Elle l'a fait lire à Dean Zanuck : on m'a dit qu'il s'agissait du scénario le plus original qu'ils aient jamais lu, mais qu'il était désormais temps de le modifier !" "Après l'avoir lu, j'ai tout de suite eu envie de le produire", explique Zanuck, enthousiaste. 
"Son originalité m'a bluffé, de plus; au sein de l'univers hors normes du scénario, les personnages sont empreints d'humanité, et l'histoire aborde des sentiments et des thèmes qui peuvent tous nous toucher. C'est ce qui m'a poussé à m'engager à produire le film. J'étais conscient qu'il s'agirait d'un très long cheminement, tant ce projet est déjanté comparé aux films plus conventionnels qui intéressent les studios et les financiers". Une longue phase de développement s'est alors enclenchée, ponctuée de nombreuses réécritures. Ce qui n'a pas manqué de susciter une certaine frustration chez Rushin : "J'ai connu des moments d'optimisme, et puis j'ai aussi pas mal déchanté", dit-il. "Au départ, je m'étais dit qu'à partir du moment où Zanuck produisait le film, il n'y aurait pas de problème. Et je m'étais même imaginé que j'aurais un gros chèque immédiatement, mais ça ne fonctionne pas comme ça. J'en ai appris beaucoup sur ce métier". 
En 2008, le script est proposé à Terry Gilliam. Le producteur raconte : "Cela s'est fait par l'intermédiaire de mon père, Richard D. Zanuck, qui avait de très bons rapports avec Terry depuis l'époque où il avait vécu à Londres. Terry s'est montré enthousiaste et a suggéré à Pat d'apporter certains changements au scénario, ce qu’il a accepté de faire". "Grâce à Nicolas Chartier, de Voltage Pictures, on a trouvé le financier et producteur qu'il nous fallait", reprend Zanuck. "D'autant plus qu'il adore les films de Terry. On a établi plusieurs budgets prévisionnels en fonction des lieux de tournage, et on avait hâte de s'y mettre !". "J'ai reçu un coup de fil d'une personne de CAA, et j'ai eu un rendezvous avec Zanuck", note Chartier. "Lui et Richard voulaient qu'on monte le projet avec Terry Gilliam et Billy Bob Thornton. J'ai adoré l'univers de ZERO THEOREM. J'aime les films qui créent des univers de toutes pièces. D'ailleurs, BRAZIL reste mon film préféré de tous les temps. Terry possède une imagination sans limites, et je me suis dit qu'il était capable de faire un film délirant sur un type qui attend un coup de fil censé lui révéler le sens de la vie. On a proposé le projet à Berlin, pour en vendre les droits à l'international, et c'est ce qu'on a fait en l'espace de cinq jours". 
Le projet prenait de l'ampleur, mais Gilliam avait d'autres priorités. En appelant l'agent du réalisateur, Chartier a appris que celui-ci souhaitait s'atteler à ses projets personnels, et se désengager de ZERO THEOREM. "Je me suis laissé happer par L'IMAGINARIUM DU DOCTEUR PARNASSUS et THE MAN WHO KILLED DON QUIXOTE que je voulais mettre en scène", reconnaît-il. Mais Dean Zanuck ne s'est pas laissé démonter. "Terry nous a lâchés, mais malgré cette déception, j'étais certain qu'un jour les conditions seraient de nouveau réunies pour qu'on remette ce projet sur la table", confie-t-il. 
De fait, en juin 2012, ZERO THEOREM est redevenu d'actualité, ravivant l'optimisme de Dean Zanuck. "Il s'est produit un merveilleux concours de circonstances", dit-il. "Comme le projet de QUIXOTE était retardé, Nicolas Chartier a discuté avec l'agent de Terry. Ils se sont alors interrogés sur l'acteur qu'il leur fallait pour le rôle principal. Car une fois que cette question serait résolue, le tournage pouvait démarrer. En un mois, on a obtenu l'accord de Christoph Waltz. Alors que ce film avait nécessité une très longue phase de développement, il s'est ensuite monté très rapidement". "Je voyais le temps passer et je me disais qu'il fallait absolument que je tourne", signale Gilliam. 
"En parlant à mon agent, elle m'a reparlé de ZERO THEOREM. Nicolas était attaché à ce projet depuis le tout début. Mon agent l'a rappelé et Nicolas s'est contenté de lui dire : 'On y va'. Tout à coup, le projet a décollé et s'est accéléré très vite". Si Gilliam s'est intéressé au scénario, c'est parce que ses thèmes, son humour, ses dialogues et sa simplicité apparente ont trouvé chez lui un écho familier. 
"D'entrée de jeu, le script m'a plu", dit-il. "Il était très bien écrit, et les dialogues et les personnages étaient très convaincants. D'ailleurs, je me suis senti en terrain connu dès la première lecture. Certaines parties me rappelaient L'ARMÉE DES 12 SINGES et certains autres de mes films". Rushin a collaboré avec Gilliam sur les nouvelles moutures du script : "Grâce à la patte unique de Terry, le film est devenu beaucoup plus incarné", signale l'auteur. 
"Par exemple, j'avais écrit une scène de fête, qui était assez banale. Terry en a fait une soirée à thème – l'Afrique en l'occurrence – qui a lieu dans une vieille maison dont l'un des occupants déménage, si bien qu'il y a des cartons un peu partout. Je me suis dit que c'était vraiment malin, car dès lors, il n'avait pas besoin de meubler l'espace. Je suis peut-être capable d'écrire une scène de fête, mais Terry, lui, sait faire la fête !". 
La production a choisi de tourner le film à Bucarest, pour les scènes d'extérieur et en studio. Il faut dire que Voltage Pictures y avait eu une très bonne expérience. La préproduction a officiellement démarré le 13 août 2012. Dès lors, Gilliam s'est mis au travail avec ses collaborateurs pour faire en sorte que ZERO THEOREM soit une oeuvre singulière et novatrice. 

LE CASTING 

Dès le départ, Gilliam était bien conscient qu'avec un scénario aussi atypique, il lui faudrait des acteurs soigneusement sélectionnés. Au final, le réalisateur a réuni un casting des plus éclectiques. Comme l'indique Nicolas Chartier, "Ce qui est génial avec Terry, c'est que les plus grands acteurs ont envie de travailler avec lui". Pendant les préparatifs, le cinéaste a fait part de son enthousiasme à l'égard de l'acteur d'origine autrichienne Christoph Waltz pour le rôle de Qohen Leth. "Il n'y a ni course-poursuite en voiture, ni scène de fusillade, ni aucune de ces scènes sur lesquelles on a tendance à se reposer pour maintenir le rythme", souligne Gilliam. 
"C'est vraiment un film d'acteurs. Et Christoph est tout bonnement stupéfiant. Il a un charme hypnotique et on peut le regarder jouer pendant des heures". Le réalisateur sait gré à Waltz d'avoir largement contribué à la réussite du projet. "Christoph est Qohen et c'est en grande partie grâce à lui – à bien des égards – qu'on a pu travailler certaines scènes", souligne Gilliam. "Il fourmille d'idées". Par exemple, l'acteur a suggéré d'avoir recours à un effet de travelling pour l'un des moments-clés du film. "On y a consacré une heure de notre temps, mais ça en valait la peine. L'effet correspond très bien à ce moment particulier du film. Christoph est hallucinant. Il est constamment présent à l'image, et il livre une prestation sidérante, qui ne ressemble à rien de ce qu'il a fait jusque-là. Et dans le même temps, il est d'une grande vulnérabilité". 
Gilliam connaissait David Thewlis depuis longtemps, et souhaitait travailler avec lui. Le comédien, qui incarne Joby, le patron de Qohen, avait six jours de tournage. "David est brillant, et il aime tourner plusieurs prises pour proposer des choses nouvelles à chaque fois", indique le réalisateur. "C'était presque de la gourmandise en ce qui me concerne car j'ai tourné plus de prises que nécessaire, uniquement pour voir quelles pistes il allait explorer. C'était un bonheur de voir David et Christoph réunis : ils ont composé un tandem extraordinaire". 
Thewlis a immédiatement saisi l'opportunité de participer à ce projet : "Terry m'a appelé pour me dire qu'il avait quelque chose à m'envoyer, et c'était ZERO THEOREM", se rappelle le comédien. "Je suis né en 1963, et j'ai grandi en regardant les Monty Python; pour moi, c’est comme si je travaillais avec l'un des Beatles. Je connais Terry depuis 20 ans, et j'ai toujours rêvé de tourner avec lui". "Ce qui est vraiment formidable chez lui, c'est qu'il aime le travail d'équipe", poursuit-il. "Il nous pousse à faire des propositions, et même à modifier certains éléments du scénario. C'est d'autant plus gratifiant pour un comédien qu'avec lui, on n'a pas à assister à des réunions interminables ou à envoyer des fax de demande de validation à Los Angeles… C'est un processus très créatif, et j'ai toujours aimé travailler comme ça". 
Mélanie Thierry campe Bainsley, qui cherche à avoir des rapports sexuels avec Qohen à travers les nouvelles technologies de la réalité virtuelle. Pour le réalisateur, la comédienne lui rappelle étonnamment Judy Holliday et Marilyn Monroe. "Dès que la caméra se met en marche, elle s'illumine", indique Gilliam. "Elle est sexy et drôle. Et lorsqu'elle enfile un costume qui lui plaît, elle dégage une incroyable aura. C'est une formidable actrice". Elle a surpris Nicolas Chartier : "Pas mal de comédiennes voulaient le rôle", dit-il. "Mais notre directeur de casting a eu l’idée de Mélanie et Terry était convaincu qu'elle convenait parfaitement au personnage. Quand je vois le film aujourd'hui, je dois reconnaître qu'il avait entièrement raison. Mélanie est la révélation du film, et elle va avoir une très belle carrière internationale après ce film". 
Mélanie Thierry était enchantée de tourner dans ce film : "Je suis toujours contente de tourner dans mon pays sous la direction de grands réalisateurs français, mais c'est génial de travailler dans une autre langue, et c'est aussi un défi", confie-t-elle. "Bainsley est pleine de vie, malicieuse, mais adorable, joueuse et très drôle. Cela fait très longtemps que je suis fan des films de Terry Gilliam, et c'était merveilleux de pouvoir participer à ce projet à la fois audacieux et déjanté. C'est le plus beau rôle de ma carrière". 
 Le jeune Lucas Hedges incarne Bob. "Je l'avais vu dans MOONRISE KINGDOM", indique Gilliam. "J'avais beaucoup aimé ce film, et il dégageait quelque chose qui m'avait plu, un jeu tout en subtilité". Hedges a été séduit par le scénario et la perspective de travailler avec Gilliam. D'entrée de jeu, il a compris que le personnage de Bob lui permettait d'en proposer plusieurs interprétations. "Le tournage en Roumanie, sous la direction de Terry Gilliam, est une expérience que je n'oublierai jamais", dit-il. "C'est également fantastique de donner la réplique à Christoph, d'autant plus qu'il m'a aidé à bien cerner mon personnage, et que c'est un très chic type". 
Matt Damon a accepté le rôle de Management sans même lire le scénario. "J'ai pensé à lui, je l'ai appelé et il m'a dit 'D'accord'", raconte le réalisateur. "Je trouve que Matt se bonifie au fil des années. Son registre s'enrichit. Il a un jeu solide, et c'est un vrai plaisir de travailler avec lui. Il avait quatre jours de tournage, et Christoph et lui se sont entendus à merveille". 
Le cinéaste s'est montré impressionné par la capacité de Tilda Swinton à s'approprier totalement le rôle du docteur Shrink-Rom, psychologue de Qohen sur Internet. "Elle n'a aucun ego, et on l'a enlaidie, en lui faisant porter de fausses dents et une affreuse coiffure", note Gilliam. "Son accent écossais a fait mouche, et elle danse même le rap ! Tilda adore jouer la comédie, et se déguiser. C'est un bonheur de travailler avec elle, et elle a un incroyable sens du rythme et de l'humour". Quand on lui demande ce qui l'a séduite dans ce projet, la comédienne répond simplement : "Quand c'est Terry Gilliam qui vous sollicite, ça ne se refuse pas". Elle n'avait qu'une journée de tournage, mais elle en garde des souvenirs vivaces. "J'ai dû apprendre à pleurer de rire sans déchirer mon faux crâne chauve. Je me souviens aussi d'un véhicule de tournage italien, chargé de canapés et autres petits fours fournis par une équipe de tueurs déterminés. Ou encore d'un nombre impressionnant de chiens errants de toutes tailles et de toutes races". 

LES DÉCORS 

Les décors des films de Terry Gilliam sont extrêmement soignés, et le style visuel de ZERO THEOREM est époustouflant. Gilliam a confié la création des décors à David Warren, avec qui il avait travaillé sur L'IMAGINARIUM DU DOCTEUR PARNASSUS, et qui avait valu au chef-décorateur une nomination à l'Oscar. Très en amont, Gilliam a suggéré à son équipe d'étudier l'oeuvre du peintre contemporain Neo Rauch, dont les toiles surréalistes sont caractérisées par un riche mélange de couleurs. 
Warren se souvient : "J'ai reçu un email de Terry, où il me disait : 'Neo Rauch plus Ukelele Ike égalent ZERO THEOREM'. D'ailleurs, on a affiché des reproductions de Rauch partout sur les murs du département artistique, et à chaque fois que Terry venait nous voir, il nous disait, 'Alors, vous avez réussi à joindre Rauch ?' Et je lui répondais : 'J'essaie vraiment, mon vieux !'". 
Au bout du compte, le chef-décorateur s'est inspiré librement du peintre, comme l'explique Gilliam : "Son oeuvre est d'une très grande richesse, elle emprunte à des courants de siècles antérieurs; elle se compose de couleurs très différentes qu'on n'associerait pas forcément ensemble, et on retrouve cette dimension-là dans le film. On a mêlé les styles : le film se déroule dans un futur proche, tout en ayant un côté très rétro. Certains éléments de décors sont très voyants, et tout comme Neo Rauch, ils sont extravagants, mais d'une grande beauté". 
Warren explique que la représentation du futur dans ZERO THEOREM est assez singulière. "À l'heure actuelle, beaucoup de films de science-fiction dépeignent l'avenir comme une époque élégante, design, et ultra-futuriste", dit-il. "Les décors y sont monochromes, géométriques et intègrent de l'acier et du verre. Mais Terry n'en voulait pas. Il voulait un futur qui soit inventif sur le plan chromatique. Quelqu'un m'a dit que le style relevait de la 'contre-utopie pop' parce qu'il y a énormément de rose, d'orange et de rouge vif dans le film. Qohen est la seule tache de gris dans la ville, et c'est pour cela que sa silhouette tranche avec son environnement". 
 Plus de la moitié du film se déroule dans la chapelle délabrée, construite sur un plateau unique à Bucarest. Le style architectural de la chapelle s'inspire à la fois des églises anglaises et roumaines. Warren reprend : "En arrivant à Bucarest, on a étudié les églises orthodoxes, et leur architecture intérieure est très différente de celle des églises anglicanes ou catholiques. Nous avons été sensibles aux murs richement décorés de fresques et de peintures religieuses. Terry a souhaité que Qohen soit agoraphobe, tout en étant entouré de visages en permanence. Il y a des visages sur son écran lorsqu'il travaille, des visages le suivent du regard dans les publicités, et même quand il entre dans la petite chapelle, il y a des visages partout. Au final, l'intérieur de la chapelle est de style orthodoxe, mais le plan d'ensemble, l'emplacement de la tribune d'orgue et du maître-autel, ainsi que le vestibule, sont d'inspiration anglicane". 
Warren disposait de neuf semaines pour habiller ce décor complexe, et le rendre opérationnel pour le tournage. "Quand je suis arrivé à Bucarest, j'avais quelques dessins à partir desquels travailler, et on a entamé la menuiserie dès la deuxième semaine. On a fait le plus gros du travail en sept semaines, mais Terry a souhaité qu'on apporte quelques modifications. On était vraiment sur la corde raide et il y avait encore des peintres qui s'activaient pendant la dernière semaine pour mettre une touche finale à l'ensemble". À côté de la chapelle, se trouvait le décor du Mancom, représentant l'ordinateur central qui réunit toutes les données de marketing autour du style de vie des gens, de leurs besoins et de leurs désirs. Au départ, Gilliam souhaitait tourner ces séquences sur le site de hauts fourneaux de Calarasi, dans le sud de la Roumanie, datant de l'époque de Ceausescu. Mais pour des raisons logistiques, le tournage sur le site s'est avéré trop complexe, même si ce dernier a largement influencé le style du décor. 
"C’était un bâtiment magnifique, mais qui était situé à deux heures de route de la ville et où il était de surcroît impossible de tourner", indique Warren. "C'était une tour en béton et en fer de 13 mètres de diamètre, percée de hublots, et très massive". Du coup, la production a décidé de faire du Mancom une gigantesque structure, à l'inverse des tendances technologiques actuelles. "Aujourd'hui, les constructeurs cherchent tous à miniaturiser les ordinateurs", explique Warren. 
"Et si, à l'avenir, la tendance se renversait, que la taille redevenait un facteur décisif, et que les ordinateurs étaient de nouveau imposants ? Si Mancom est la machine la plus grosse, il faut que cet ordinateur soit énorme puisqu'il est censé détenir d'innombrables informations. L'ensemble des besoins, des désirs, et des habitudes de consommation de la population mondiale est contenu à l'intérieur de cette machine, si bien qu'on s'est dit qu'elle devait être énorme. Elle fonctionne à la vapeur, et elle est en fer et en béton. On s'est également dit qu'elle avait sans doute été construite il y a une cinquantaine d'années, et qu'elle continuait à capter une impressionnante quantité d'informations". 
"On s'est vraiment inspirés des hauts fourneaux pour concevoir ce décor, et on a fini par installer un fond vert afin qu'on puisse faire des ajustements en cas de besoin", dit-il. "En un mot, on s’est dit : pourquoi avoir un petit ordinateur, alors qu’on pouvait en avoir un de la taille du Titanic ?". 

LES COSTUMES 

Le chef-costumier italien Carlo Poggioli avait déjà travaillé avec Terry Gilliam sur LES AVENTURES DU BARON DE MÜNCHAUSEN et LES FRÈRES GRIMM, alors qu'il était assistant de Gabriella Pescucci. Pour Gilliam, il était important que les habitants de ce monde du futur aient l'air heureux et portent des vêtements aux couleurs vives – à l'exception de Qohen. "Au début, quand j'ai réalisé mes premiers dessins de Qohen et de ses collègues, j'ai fait fausse route, car je m'étais dit que les ouvriers devaient tous avoir l'air aussi triste et détaché que Qohen", rapporte le chef-costumier. 
"Et Terry m'a tout de suite dit : 'Non, il faut imaginer un monde joyeux dans lequel Qohen se distingue de tous les autres'. Du coup, seules les tenues du protagoniste sont dans des teintes sombres. Et lorsque Terry m'a dit 'Je voudrais qu'on ait le sentiment d'assister à 'Qohen au pays des merveilles', je pense avoir répondu à ses attentes". En revanche, le costume qu'arbore Qohen dans ses aventures virtuelles est rouge vif et porte un immense Q sur le devant. 
"On avait pensé aux combinaisons de super-héros de SPIDER-MAN et de BATMAN, mais Terry a suggéré qu'on fasse quelque chose de plus simple, avec des armatures et des matières intéressantes. Au bout du compte, le résultat est une véritable oeuvre artisanale qui nous donne le sentiment de distinguer les veines à travers la peau. Nous avons confectionné trois combinaisons, et la fabrication de chacune d'entre elles a mobilisé trois personnes travaillant pendant deux semaines". 
S'agissant du Management, campé par Matt Damon, Poggioli a choisi d'en faire une sorte de caméléon : "La première fois qu'on le découvre, il est assis sur une chaise, mais on ne s'en rend pas immédiatement compte", dit-il. "Pour son costume, j'ai utilisé le même tissu que pour la chaise. C'est ce qui explique qu'on ne sait pas vraiment de quoi il s'agit avant de voir sa main et son visage bouger, et c'est alors qu'on s'aperçoit que c'est lui. Par la suite, quand on revoit Management, Qohen le retrouve face à des rideaux noir et blanc, et là encore, le tissu de son costume est exactement le même que celui des rideaux". 
Les matières utilisées sont résolument peu orthodoxes : "J'ai proposé – et Terry était parfaitement d'accord – qu'on ait recours à une sorte de matériau qui n'est pas vraiment du tissu", dit-il. "Je lui ai montré des échantillons de rideau de douche et de nappe en plastique. Pour moi, cela donne une idée de ce que sera notre avenir, d'autant plus qu'en Italie, nous avions énormément d'artisans qui fabriquaient des pièces de soie ou de tissus magnifiques et qui ont disparu. Nous avons donc utilisé de nouveaux matériaux, mais sur des modèles anciens, en nous inspirant des années 40 et 50. Le résultat est très surprenant, mais il fonctionne". 
Mélanie Thierry a beaucoup apprécié ses costumes : "Carlo fourmille d'idées et il est très créatif", signale-t-elle. "Il avait très peu de moyens, si bien qu'il a dû faire preuve d'inventivité, et il y est arrivé. Pour Bainsley, il nous fallait des tenues sexy, délirantes et dans des couleurs vives. Le maillot de bain était inconfortable, mais à la fois drôle et poétique. Tous les costumes conçus pour le site Internet étaient formidables. La tenue d'infirmière, avec ses chaussures orange et sa perruque rose, est ma préférée – il porte la griffe de Bainsley ! En revanche porter la combinaison pour la Réalité Virtuelle était un vrai cauchemar pour moi". 

COIFFURE ET MAQUILLAGE 

Chef coiffeuse et maquilleuse, Kirstin Chalmers évoque l'élaboration du style des personnages. "Au départ, on a discuté du ton d'ensemble avec Terry, en partant des décors et des costumes", raconte-t-elle. "Je me suis alors attelée à la tâche, en cherchant un style qui soit en adéquation avec la tonalité du film et qui convienne à chaque comédien. Le plus souvent, je faisais des essais maquillage et coiffure qui permettaient d'avoir une base de travail, puis de la faire évoluer. À partir de là, on affinait le style de chaque personnage avec Terry jusqu'au moment où on avait le sentiment que le résultat était abouti". 
Kirstin Chalmers a particulièrement apprécié le style de Management : "On voulait qu'il se distingue très nettement de l'allure habituelle de Matt Damon, et qu'il donne le sentiment d'un individu distant, autoritaire et insondable", poursuit-elle. "Du coup, je lui ai rasé le crâne et je l'ai affublé d'une perruque blanche. J'ai noirci ses sourcils et j'ai éclairci le teint de sa peau, si bien qu'il avait l'air de venir d'une autre planète et qu'il était assez impressionnant, surtout quand il portait son costume". 
La maquilleuse évoque le style du docteur Shrink-Rom : "C'est un personnage hors normes", dit-elle. "Ses tenues m'ont fait penser à une femme BCBG des années 80 sous acide ! Du coup, elle porte une perruque assez bourgeoise, et je l'ai maquillée comme ces femmes qui n'arrivent jamais à trouver la couleur qui correspond à leur teint. C'est donc un maquillage dans une dominante orange, ce qui ne se voit pas tout de suite, jusqu'au moment où elle retire sa perruque et se met à danser le rap !". 

TOURNAGE EN STUDIO CHEZ MEDIAPRO 

Le tournage en studio a eu lieu aux Studios MediaPro, à Buftea, à une vingtaine de kilomètres au nord-ouest de Bucarest. Datant de 1951, ces studios sont restés sous le contrôle de l'État jusqu'en 1998. On y trouve 19 plateaux, 4 grandes piscines intérieures, un atelier de costumes, des spécialistes d'effets visuels, et une zone extérieure comprenant notamment un lac. Depuis 1998, le site a attiré de nombreuses productions internationales, et des cinéastes comme Costa-Gavras, Franco Zeffirelli ou Claude Lelouch y ont tourné. Le tournage de ZERO THEOREM a commencé lundi 22 octobre 2012, prévoyant 28 jours en studio et 8 jours en décors naturels. Il s'agit du tournage le plus court du cinéaste depuis MONTY PYTHON, SACRÉ GRAAL. 
Au moment des préparatifs, il déclarait : "On va voir si un vieux briscard comme moi peut encore faire comme s'il s'agissait de son premier film". Gilliam et le chef-opérateur Nicola Pecorini ont choisi de tourner en argentique, plutôt qu'en numérique. Le négatif était ensuite développé et numérisé par Kodak Bucarest le soir même, si bien que les rushes sous format numérique étaient disponibles dès le lendemain matin. 
"Avec Terry, on était convaincus que l'argentique était ce qui convenait le mieux au film", souligne le directeur de la photo. "C'est ce qui nous donnait la plus grande marge de manoeuvre, notamment pour la palette de couleurs". "On tournait dans une chapelle confinée", rappelle-t-il. "Du coup, si on avait tourné les scènes de la chapelle en numérique, on n'aurait pas pu travailler aussi vite car seul le tournage en pellicule me permettait d'éclairer le plateau de l'extérieur, à travers les fenêtres. En numérique, j'aurais été contraint d'installer les lampes sur le décor, et on aurait eu beaucoup de mal à bouger la caméra. Car comme Terry privilégie les plans larges, c'était plus confortable d'installer les éclairages à l'extérieur". 
Vers la fin du tournage, l'équipe a tourné pendant deux jours dans la grande piscine du studio, pour la séquence de plage en réalité virtuelle, et pour les plans sous-marins simulant la scène où Qohen et Bainsley flottent à travers l'espace. Mélanie Thierry redoutait les scènes dans la piscine : "Plus jamais !", dit-elle. 
"Je déteste l'eau. Je sais nager, mais je n'avais encore jamais plongé la tête sous l'eau dans une piscine, ou même dans une baignoire – et encore moins dans la mer ! Et lorsque je n'ai pas pied, je panique. J'ai dû aller sous l'eau, ouvrir les yeux, dire mon texte, sans agiter mes bras ou mes jambes, faire semblant que tout allait bien, et nue par-dessus le marché ! Le plus injuste, c'est que Christoph, lui, était parfaitement à l'aise, très détendu, et totalement serein". 

TOURNAGE EN DÉCORS NATURELS À BUCAREST 

Le tournage à Bucarest a surtout profité des décors naturels de la ville. Au cours de ces huit journées, l'équipe a tourné dans neuf sites différents. La salle de concert la plus importante de Bucarest, l'Athenaeum, a campé l'espace de travail de Qohen. "Le foyer est magnifique, et on a fait en sorte que ce lieu ne ressemble en rien aux entreprises d'informatique traditionnelles", souligne le réalisateur. 
"On y trouve en effet des employés hauts en couleurs, joyeux et gais, qui s'activent en tous sens et se déplacent en skateboard, en scooter et en roller-blades". Pendant deux jours, l'équipe a tourné dans le Parc Carol. Dans le scénario, celui-ci avait l'air assez simple, mais Gilliam était très exigeant quant au résultat final : "Si on se fie au scénario, on pourrait se dire qu'il s'agit d'un banal jardin public planté d'arbres", signale Warren. 
"Mais suite aux demandes de Terry, on a fini par tourner dans un immense mémorial de guerre, datant de l'époque communiste, qu'on a équipé d'arches et de pointes gonflables, de couleur bleue. On a demandé à des hommes efféminés de se balader dans le parc, à un type de s'habiller en clown et de tenir un énorme stand de hot-dogs, et Dieu sait quoi encore ! Ça, c'est typique d'un tournage de film de Terry !". 
La production a également tourné pendant une journée au centre d'essais électriques ICPE, situé dans le parc d'activités technologiques de Bucarest : on y trouve d'énormes machines dont un chef-décorateur des années 30 aurait rêvé pour se représenter l'avenir ! Warren et son équipe ont mis au point un trapèze semi-transparent, installé parmi les machines. 
Ce dispositif a été conçu pour la scène où Qohen est interrogé par trois médecins : "On avait une scène de réunion du Conseil de l'Ordre à tourner qui, en règle générale, se déroule dans une salle blanche", indique Gilliam. "Mais nous avions cet endroit magnifique, où se trouvent d'énormes générateurs de Van der Graaff et de bobines de Tesla, qui semblent sortir tout droit d'un univers de science-fiction enfantin, et qui sont de véritables machines !". 

LA MUSIQUE 

Pour George Fenton, une bande-originale doit révéler la vérité du film. Du coup, il a pris le temps de bien cerner les enjeux de ZERO THEOREM, et surtout les intentions du réalisateur. "Le plus important, c'est que ma vision du scénario se rapproche de celle de Terry", affirme-t-il. "Et cela demande pas mal de réflexion. Visuellement, le film est un mélange extraordinaire de gothique, de high-tech, de steampunk et de style années 80, tout en portant la marque inimitable de Terry". 
Le compositeur s'est inspiré de rythmes électro et de Kurt Weill. "Qohen tente de résoudre l'énigme devant son écran d'ordinateur, si bien que je me suis dit qu'il fallait composer la partition à partir d'instruments électroniques", dit-il. "En outre, l'aspect iconoclaste du film lui donne un côté légèrement brechtien. Je me suis alors demandé si la musique ne devait pas avoir une dimension atonale, proche de Kurt Weill". 
Fenton souligne que c'est toujours difficile de déterminer le point de départ d'une bande-originale et que, dans le cas de ZERO THEOREM, il s'est agi de la soirée africaine. "En général, je pars d'une scène centrale", relève-t-il. "J'ai cherché les sonorités et les rythmes susceptibles d'exprimer l'accablement de Qohen, et la manière dont la musique ajoute à son calvaire". "Ensuite, nous avons visionné la première bobine, et Terry m'a demandé ce qu'on pouvait bien faire pour la scène de la soirée", reprend-il. 
"Du coup, j'ai composé trois morceaux de danse un peu déjantés, et on s'est dit que ce serait pas mal que ces trois morceaux-là fassent partie intégrante de la BO. Chaque BO est unique, mais elle naît souvent d'une situation comme celle-là. Il faut juste trouver le déclencheur. Mieux encore, il faut attendre qu'il vous trouve". 
Le compositeur a lui-même programmé et enregistré les éléments électroniques de la partition sur un synthé, y ajoutant parfois des instruments solo. Il a eu recours à un enregistrement multipistes, puis un ingénieur du son a assuré le mixage. Malgré tout, des instruments traditionnels ont été utilisés dans certaines scènes, et notamment celle de la plage : Fenton s'est alors appuyé sur un orchestre à cordes.

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