mardi 13 mai 2014

Back to the future


Science fiction/Action/Aventure/Blockbuster assumé et visuellement époustouflant

Réalisé par Gareth Edwards
Avec Aaron Taylor-Johnson, Bryan Cranston, Ken Watanabe, Elizabeth Olsen, Sally Hawkins, Juliette Binoche, David Strathairn, Victor Rasuk, Brian Markinson, Richard T. Jones...

Long-métrage Américain 
Durée : 2h03m
Année de production : 2014
Distributeur : Warner Bros. France

Date de sortie sur les écrans américains : 16 mai 2014 
Date de sortie sur nos écrans : 14 mai 2014


Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : J'ai pris un grand plaisir à découvrir ce GODZILLA version Gareth Edwards. Je l'attendais depuis un bon moment et je n'ai pas été déçue. Il s'agit d'un gros blockbuster assumé qui en fait des tonnes pour notre bonheur de spectateur. Gareth Edwards, le réalisateur, mélange habilement les histoires humaines et les scènes spectaculaires époustouflantes. Il délivre les desiderata d'un film de studio mais en les enveloppant d'une telle manière que cela n'étouffe pas son propos. Dès la première seconde du générique, il nous entraîne sur la thèse du complot pour nous amener petit à petit à réaliser que son GODZILLA, le film, est une métaphore écologiste de la destruction de la Terre par l'homme.
J'ai particulièrement apprécié sa mise en scène inventive à de multiples reprises. Il nous offre des plans de mise en perspective de l'infiniment petit (les hommes) face à l'immensité du monstre qui laisse bouche bée. Les effets visuels sont splendides et sont accompagnés de la magnifique musique orchestrée par Alexandre Desplat. Sa musique est oppressante et enrobe l'action pour nous la rendre encore plus percutante.




L'histoire, bien construite, nous fait nous intéresser de près à la famille Brody et notamment au père, Joe, interprété par Bryan Cranston. Il est très touchant en homme dévoré par la tragédie.


Son fils, Ford, est interprété par Aaron Taylor-Johnson. Il a tout à fait les épaules pour porter le film et pour convaincre dans son rôle de soldat à la fois physique et à la tête bien faite.



Le casting m'a beaucoup plu. Seuls les scientifiques Daisuke Serizawa, interprété par Ken Watanabe et le Dr. Wates, interprétée par Sally Hawkins m'ont moins enthousiasmé. Leurs personnages ne servent finalement pas à grand chose. Ils ont l'air effaré et paumé la plupart du temps. Ce ne sont pas les protagonistes les plus intéressants.



J'ai relevé deux erreurs de montage que j'ai trouvé surprenantes, car pour moi, Gareth Edwards est un réalisateur extrêmement précis. Mais elles ne sont qu'un micro détail sans grande importance en comparaison de la puissance des images qu'il nous a préparé.
GODZILLA réserve de belles surprises. Il est bien construit, très beau à voir, ménage la part humaine et des images de monstres incroyables. Si vous aimez ce genre de film, je vous le conseille absolument pour un pur moment de divertissement.


ARTICLES ET NOTES DE PRODUCTION
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Godzilla, le dragon issu de l’atome. 
Le « monstre sacré » du cinéma Fantastique depuis 60 ans. 
« La fascination pour Godzilla est probablement issue de cet inconscient hérité de nos lointains ancêtres qui se regroupaient dans des cavernes et craignaient les attaques des animaux sauvages. A notre époque moderne, nous nous sentons bien protégés dans nos immeubles, mais les animaux menaçants de nos cauchemars se sont adaptés à cela et sont devenus plus grands. Nos peurs primales sont restées les mêmes : elles se sont simplement adaptées à l’échelle de nos mégalopoles. Je crois que c’est pour cela que j’ai été tellement marqué par le Godzilla original de 1954 quand je l’ai découvert, enfant. »
Gareth Edwards. Réalisateur. 
La genèse d’un monstre culte 
En 1953, les studios japonais de la Toho remportent le plus grand succès national de l’année avec le film de guerre Les Aigles du Pacifique (Taiheiyo-no Washi). Cette fresque spectaculaire réalisée par Ishiro Honda est consacrée aux combattants japonais qui se sont sacrifiés pendant le conflit, et décrit aussi les circonstances de la défaite . L’année suivante, Tomoyuki Tanaka, qui vient de produire le film de guerre Farewell Rabaul (Saraba Rabauru) également réalisé par Honda, tente de poursuivre dans cette voie et prépare un long métrage évoquant les conséquences de l’invasion de l’Indonésie par le Japon. Malheureusement, les tensions entre les deux pays sont encore si fortes que les autorités indonésiennes refusent de délivrer des visas aux équipes du studio. Le revers est dur pour Tanaka qui doit abandonner le projet et rentrer au Japon pour en concevoir très vite un autre. C’est en observant la mer pendant le vol de retour entre Jakarta et Tokyo qu’il songe à un incident qui vient de se produire entre les Etats-Unis et le Japon et qui a suscité une très vive émotion : l’irradiation accidentelle du bateau de pêche japonais « Daigo Fukuryu Maru » (« Dragon chanceux n°5 ») lors des essais thermonucléaires américains réalisés le 1er Mars 1954 sur l’atoll de Bikini (Gareth Edwards a intégré et réinterprété à sa manière cet événement dans la trame de Godzilla 2014).

Ayant navigué trop près du site de ce test de bombe à hydrogène, les 23 marins, tous victimes d’une sévère contamination radioactive, sont admis dans deux hôpitaux de Tokyo. La presse japonaise titre alors sur « Le second bombardement atomique sur une population humaine », tant ce drame ravive le traumatisme des bombardements nucléaires américains sur Hiroshima et Nagasaki qui ont eu lieu 9 ans plus tôt, les 6 et 9 août 1945. Les conséquences de ce cauchemar hantent tous les japonais, dans leurs esprits, et pour les moins chanceux d’entre eux, dans leur chair…

Tanaka songe qu’il pourrait être intéressant de s’inspirer à la fois des circonstances de ce drame et de l’intrigue du prochain film d’Eugène Lourié, décrit par un article d’un journal de cinéma. Il est intitulé Le Monstre Des Temps Perdus ( The Beast from 20 000 Fathoms) et montrera un dinosaure géant « réveillé » par un test nucléaire réalisé dans l’arctique, traversant l’Atlantique pour s’attaquer à New York. Tanaka écrit un traitement de quelques pages pendant le reste du vol : il exploite la même idée, mais le monstre tiré de son long sommeil par un test atomique ravagera cette fois-ci Tokyo. Dès son arrivée, Tanaka le soumet à Iwao Mori, producteur exécutif du studio, qui trouve l’idée excellente. Les deux hommes savent que Eiji Tsuburaya, l’excellent superviseur des effets visuels de la Toho, expert en utilisation de maquettes, sera capable de créer le monstre et les trucages de destructions requis. Le projet « G » (pour géant) est alors lancé. Tsuburaya en profite pour soumettre aussi un traitement qu’il a écrit trois ans plus tôt, dans lequel une pieuvre géante s’attaque à des cargos japonais dans l’océan indien. Pour donner forme à toutes ces idées, Tanaka engage l’auteur de récits à suspense Shigeru Kayama, mais le texte qu’il produit , dans lequel un monstre marin non déterminé s’attaque à des bateaux de pêche, est trop mélodramatique.

Tanaka et Mori décident alors de confier le projet à Ishiro Honda, qui a réalisé avec aisance Les Aigles du Pacifique, pourtant jalonné de séquences d’effets spéciaux complexes décrivant des combats aériens et des bombardements. Honda et son collègue réalisateur et scénariste Takeo Murata entreprennent alors de retravailler le texte de Kayama pour rendre cette histoire improbable aussi crédible que possible. Ils décident d’ancrer le récit dans la réalité géopolitique, sociale et culturelle du Japon de 1954, tout en évoquant à la fois le spectre des raids de bombardements incendiaires de Tokyo pendant la seconde guerre mondiale et les explosions nucléaires ayant détruit Hiroshima et Nagasaki. Le ton du film sera sérieux, et le monstre symbolisera à la fois les ravages de la guerre et ceux de la bombe atomique. Mais il reste à lui trouver un aspect et un nom... 
Selon la légende – car aucun document ne l’atteste – le producteur Ichiro Sato aurait raconté à Tanaka qu’un technicien du studio avait la stature d’une baleine (Kujira) et l’allure d’un gorille, et qu’il avait été surnommé « Gojira ». Quelle que soit sa véritable origine, ce surnom circulant sur les plateaux de la Toho est alors adopté par l’équipe, et la production en cours est appelée officiellement Gojira (Godzilla). Séduits par un dossier du magazine « Life » dans lequel étaient reproduites des peintures de dinosaures de Rudolf Zallinger, Tanaka, Honda et Tsuburaya décident de donner à leur créature une allure bipède évoquant à la fois celle d’un tyrannosaure et d’un iguanodon.

Des effets spéciaux inédits 
Fortement impressionné par King Kong, qu’il avait vu lors de sa sortie en 1933, Eiji Tsuburaya envisage un moment de donner vie au monstre du film en utilisant le procédé de l’animation image par image. Mais les scènes de destructions prévues sont si nombreuses qu’elles demanderaient près de sept ans de tournage avec cette technique très lente. Tsuburaya est contraint de procéder différemment. Il engage plusieurs dessinateurs pour cerner le design de Godzilla, puis fait fabriquer un énorme costume de caoutchouc qui sera porté par un acteur. Mais quand elle est terminée, la carcasse du monstre pèse presque 100 kilos. Tsuburaya engage Haruo Nakajima, ceinture noire de judo, pour jouer Godzilla, car il faut avoir une force et une résistance exceptionnelle pour se mouvoir avec un tel costume. Filmé en accéléré, Nakajima bouge avec difficulté , mais réussit à détruire des paysages miniatures composés de bâtiments de plâtre et de balsa, conçus pour se disloquer de manière réaliste. A la projection, grâce à ses mouvements considérablement ralentis, Godzilla semble être une créature immense et massive. Les mouvements de ses yeux et de sa mâchoire sont actionnés à distance par des gaines dans lesquelles coulissent des câbles métalliques, selon le principe des freins de vélo. Grâce à la superbe direction de la photographie en noir et blanc conçue par Masao Tamai et Sadamasa Arikawa, les destructions provoquées par Godzilla prennent une dimension onirique fascinante. Au cours du film, le monstre est décrit par un savant comme un descendant encore vivant d’un tyrannosaure, qui, exposé aux radiations résultant de tests atomiques, a subi une mutation et grandi jusqu'à mesurer plus de 50 mètres. Godzilla, monstre issu de l’atome, en tire ses pouvoirs caractéristiques : le plus spectaculaire est son « souffle radioactif », un puissant rayon incandescent qui brûle et irradie tout ce qu’il touche.

Godzilla remporte un tel succès au Japon que le film est exporté aux USA, et considérablement modifié. Quarante minutes de scènes avec les personnages japonais sont coupées et remplacées par de nouvelles séquences tournées avec Raymond Burr (futur héros en fauteuil roulant de la série L’Homme de Fer / Ironside ) qui incarne Steve Martin, un journaliste américain venu suivre à bonne distance les méfaits de ce titan destructeur. Cette version intitulée Godzilla , King of the Monsters, est présentée en 1956 aux Etats-Unis et remporte elle aussi un vif succès.

La naissance d’une nouvelle tradition japonaise : les Kaiju Eiga 
La sortie de Godzilla en 1954 suscite un engouement si phénoménal qu’il engendre un nouveau genre cinématographique nippon : les Kaiju Eiga (films de monstres géants). En japonais, Kaiju signifie « bête étrange » et Daikaiju « monstre géant ».

L’incroyable impact du personnage de Godzilla sur le public japonais vient aussi de ce qu’il évoque des traditions ancestrales du pays, à commencer par celle de la religion animiste shinto. Le shinto considère comme divins aussi bien des forces de la nature que des animaux ou des hommes célèbres. Ces divinités s'appellent " kami" en japonais. La plus importante est le soleil qui, entre autres vertus, protège contre les invasions. Les kami inspirent le plus souvent une crainte respectueuse. On trouve parmi eux des montagnes, des animaux comme le tigre, le serpent ou le loup. Il y aurait 800 millions de kami au Japon, dont le surnom est Shinkoku, "le pays des divinités". Les gigantesques Kaijus, forces destructrices issues de la nature au même titre que les cyclones ou les tremblements de terre, évoquent à leur manière les kami. Mais par son allure et sa capacité de cracher « le feu nucléaire » Godzilla est aussi un dragon, un animal qui dans la mythologie japonaise, n’a pas l’image négative de dévoreur de princesse des légendes occidentales. Dans les familles nippones, on a coutume de raconter aux enfants des histoires de dragons intelligents, sensibles, doués de la parole et bienveillants. Ce sont des porte bonheurs , et dans certaines contes, ils prennent forme humaine pour fonder des familles appartenant à la noblesse. Jadis, les samouraïs ornaient même leurs tenues de dessins de dragons, car ils symbolisaient déjà l’énergie, le pouvoir de lutte contre le mal ainsi que la volonté de protéger les personnes. Pour toutes ces raisons, Godzilla s’inscrit très profondément dans l’inconscient collectif japonais dès sa première apparition. Et ce statut hautement symbolique de la créature a été scrupuleusement respecté dans la version 2014.« Godzilla pourrait être le dernier samouraï, le dernier guerrier d’une époque passée, qui continue à arpenter la Terre » explique le réalisateur Gareth Edwards « En dépit du fait qu’il soit un animal, il y a une certaine noblesse en lui. Il a une allure, une posture et un regard qui lui donnent du charisme. C’est à sa manière un Ronin, un samouraï sans maître ».

Un succès planétaire 
Le triomphe de Godzilla au Japon, puis aux USA se confirme dans le reste du monde, pour le plus grand plaisir de la Toho, qui comprend qu’il y a là un potentiel énorme à exploiter. Godzilla meurt à la fin du premier film, mais on le ressuscite l’année suivante dans Le Retour de Godzilla, où il est confronté à Anguirus , sorte de tortue à la carapace hérissée de pointes. Suivront de nombreuses batailles avec des dizaines de monstres géants de plus en plus extravagants, parmi lesquels on peut citer Rodan le ptérodactyle dont les battements d’ailes génèrent des turbulences si fortes qu’elles pulvérisent des immeubles, Mothra la chenille qui transformée en phalène, devient un papillon aussi grand qu’un Boeing 747, ou King Ghidorah le dragon tricéphale.

En suivant cette saga, le public prend parti pour Godzilla et lui pardonne tout. Plus il détruit, plus il saccage, plus il est populaire. Et quand il se bat contre un autre Kaiju, c’est lui, le colossal dragon qui crache le feu nucléaire, que l’on veut voir gagner. Paradoxalement, Godzilla est à la fois une menace, car il reste un animal sauvage imprévisible, et un vrai héros qui protège le Japon des monstres, des extraterrestres, des savants fous et des menaces écologiques. En effet, sachant que les aventures de Godzilla plaisent à un large public et aux jeunes spectateurs, les scénaristes et les réalisateurs japonais choisissent des thèmes importants et incitant à la réflexion comme celui des méfaits de la pollution. Ces sujets ont été régulièrement traités dans les 28 films de Godzilla produits par la Toho depuis 1954, une tradition qui perdure dans la nouvelle version distribuée par Warner Bros. Pictures et Legendary.

« Il était inévitable que nous ayons en tête ces thèmes écologiques quand nous avons travaillé sur les destructions catastrophiques de notre film » explique Gareth Edwards. « Même si l’incident dans la centrale nucléaire que nous montrons dans le film se déroule en 1999 et n’est pas une référence directe à la tragédie et au tsunami de Fukushima, ces visions font désormais partie de notre subconscient commun. D’ailleurs, dans le Godzilla original de 1954, une des scènes qui m’avait frappée le plus est celle où l’on voit des morts suite de la radiation. A l’époque, c’était un moyen d’aborder les évènements de Hiroshima et Nagasaki tout en passant « sous le radar » de la censure. Je trouve que c’est ainsi que naissent les films Fantastiques et de Science-Fiction les plus brillants : ils ne sont pas seulement consacrés à des créatures ou à des aventures imaginaires, mais ils contiennent un double message et abordent des problèmes importants de la vie réelle qui concernent notre vie de tous les jours et le devenir de notre planète. »

Le retour du « roi des monstres » pour célébrer ses 60 ans de règne 
A l’occasion de son grand retour, Godzilla a bénéficié d’un nouveau design respectueux des canons de la saga, et a été animé grâce aux techniques d’effets visuels les plus sophistiquées. « La Toho s’est énormément impliquée dans le processus de création du nouveau design de Godzilla » raconte Gareth Edwards . « Nous voulions rendre hommage aux premiers films de la saga sans reproduire exactement l’aspect du personnage qui était limité par les techniques disponibles dans les années 50 et 60. Nous ne voulions pas non plus pousser la ressemblance esthétique jusqu’au point de représenter la créature en filmant un homme portant un costume de caoutchouc. L’idée était de représenter Godzilla comme s’il existait vraiment, comme s’il s’agissait d’un véritable animal, dont la forme avait été interprétée en 1954 par les artistes de la Toho, esquissée sur un bout de nappe en papier, et avait ensuite servi de base à la construction d’un costume en caoutchouc mousse. Notre postulat est que ce Godzilla de 1954 était l’interprétation d’un animal qui a existé, et que maintenant, nous avons l’occasion de le découvrir pour la première fois tel qu’il est réellement. Nous avons expliqué cette idée à la Toho, et elle leur a plu. » 
En revenant avec un aspect modernisé, dans un contexte traité de manière sérieuse et réaliste, Godzilla reprend son rôle symbolique de manière d’autant plus judicieuse que notre époque est toujours marquée par des catastrophes écologiques et climatiques, et par l’aveuglement technologique de l’homme, comme les reportages des journaux télévisés et les articles de la presse nous le montrent presque quotidiennement.

En revenant aux racines dramatiques du Godzilla originel de 1954, Gareth Edwards nous rappelle par le biais d’une grande aventure que la Science-Fiction excelle en transposant les problèmes les plus graves de notre époque au cinéma. Le spectacle titanesque, les destructions apocalyptiques et les personnages émouvants de sa version de Godzilla composent une fresque miroir de notre monde qui divertit tout en incitant à réfléchir, tout comme Tomoyuki Tanaka, Ishiro Honda et Eiji Tsuburaya l’avaient souhaité il y a 60 ans, en inventant un monstre devenu une véritable icône de la culture populaire.
Pascal Pinteau 
Source : Eiji Tsuburaya : Master of Monsters by August Ragone Chronicle Books 2007 

GODZILLA : FOCUS SUR LE TOURNAGE

 Godzilla est énorme. Pas tant le monstre - même s'il est certainement gigantesque – que le nom en tant que tel. Qu'il rappelle les angoisses suscitées par notre monde nucléarisé ou une parodie de film-catastrophe, il s'agit d'un terme d'une extraordinaire puissance évocatrice. Né au Japon dans le contexte effroyable de l'après-guerre, Godzilla a d'abord incarné le symbole terrifiant de l'incompréhensible destruction que l'humanité s'est infligée à elle-même, puis la créature a connu une tout autre évolution… jusqu'à devenir un héros, voire un champion.

Nous sommes à Vancouver, par unee journée ensoleillée, où seuls quelques nuages pointent à l'horizon. Bien que Godzilla ne soit pas visible, il est pourtant omniprésent. Et même si le monstre éponyme du film produit par Warner Bros. et Legendary Pictures – particulièrement attendu – est entièrement généré par ordinateur, tout, autour de nous, indique que la plus grande star du "kaiju" est bel et bien présente. Il suffit, pour s'en convaincre, d'apercevoir les décombres, les bâtiments en ruines, et les soldats armés jusqu'aux dents. Godzilla et la force destructrice du mouvement de balancier de sa queue s'imposent même dans les moments de pause entre deux scènes d'action. Autant dire qu'on ne peut qu'être admiratif de voir l'homme plongé au coeur de la bataille – le réalisateur Gareth Edwards – dominer totalement cette redoutable force de la nature. 
"C'est une grosse production, et une saga très appréciée", indique Edwards entre deux prises. "Les fans de GODZILLA sont très nombreux, et l'idée même de s'attaquer à une telle icône était sans doute l'enjeu que je redoutais le plus. C'est un réflexe très humain. Je serais moi-même extrêmement déçu si on n'avait pas consenti tous les efforts imaginables pour parvenir au meilleur résultat possible. Mais au bout de quelques semaines, on s'adapte à ce contexte, parce que, sinon, on ne peut pas aller de l'avant, et puis, on se met à apprécier ce type de tournage. On a noué des liens comme une petite famille, et j'ai le sentiment qu'on a désormais tous les plans qu'il nous faut – maintenant que la pression est un peu retombée".

Originaire de Nuneaton, au Royaume-Uni, Edwards a fait ses débuts en concevant des effets visuels pour la télévision britannique pendant dix ans, avant de s'atteler à son premier long métrage, MONSTERS, produit pour un budget des plus modestes. Il a non seulement écrit et réalisé ce film, mais il a également assuré la création des décors, la lumière et la conception de créatures originales sur son ordinateur portable. MONSTERS a déjoué toutes les attentes et suscité l'intérêt de Thomas Tull, chez Legendary Pictures, qui se passionne pour GODZILLA depuis qu'il en acquis les droits de remake auprès de Toho. 
Pour Tull, il ne s'agissait pas de produire un blockbuster hollywoodien de plus autour de Godzilla, mais un film subtil capable d'articuler des scènes intimistes et les combats spectaculaires et destructeurs qu'incarne le dinosaure radioactif. "Je suis fan de Godzilla depuis que je suis tout petit", confie Thomas Tull, producteur du film, aux côtés de Jon Jashni, Mary Parent et Brian Rogers. "Mais l'étape décisive a été de dénicher le réalisateur qu'il nous fallait pour tourner le film attendu par les fans. Avec MONSTERS, Gareth a su imposer une narration et une mise en scène captivantes.On a eu la chance de vivre une expérience semblable avec Chris Nolan et THE DARK KNIGHT. Dès notre premier rendez-vous avec Gareth, on a compris qu'il avait le regard nécessaire, à la fois en tant que scénariste et cinéaste, pour faire du film un récit humain captivant et l'ancrer dans le monde réel contemporain. Mais, surtout, il était fan de Godzilla, et il comprenait la longévité du phénomène, si bien qu'on était convaincus que notre projet était entre de bonnes mains".

Des producteurs au réalisateur, sans oublier les techniciens dont ils ont su s'entourer, l'ensemble des collaborateurs du film ont témoigné de leur volonté d'ancrer l'ascension de Godzilla dans une histoire humaine et crédible. "Je pense que ce que Gareth a accompli avec MONSTERS, qu'il s'agisse de la narration ou de l'atmosphère, a prouvé qu'il était capable de redonner ses lettres de noblesse à un film de monstre comme GODZILLA", indique la productrice Mary Parent. "Godzilla est un personnage emblématique qui mérite de figurer dans un film digne de ce nom, et Gareth a la ferme intention de mettre en scène la créature avec l'intégrité qu'on lui connaît, en racontant l'histoire comme on ne l'a encore jamais vue".

Le personnage a fait sa première apparition au cinéma en 1954, dans GODZILLA (GOJIRA, en japonais) d'Ishirô Honda, qui avait combattu pendant la guerre. À une époque où les trucages en étaient encore à l'âge de Bronze, la vision novatrice d'un homme déguisé en monstre, revêtu d'une combinaison en latex, en train de se frayer un chemin à travers des maquettes de villes minutieusement confectionnées a soudain permis au spectateur de découvrir des images à l'écran qui, jusque-là, n'étaient que le fruit de l'imagination. Alors que sa popularité ne faisait que croître, Godzilla est devenu un héros pour le Japon et le monde entier. Tous les deux ou trois ans, une nouvelle menace se faisait jour, si terrible que les êtres humains ne pouvaient l'affronter seuls. C'est alors que la silhouette familière de Godzilla, dont le rugissement effroyable était si caractéristique, surgissait des flots pour sauver le monde.

Le public d'aujourd'hui aura peut-être du mal à comprendre le choc profond qui a secoué les fans de la créature pendant soixante ans, même si le personnage marque autant les esprits que n'importe quel super-héros ou grande figure historique. Mais la génération actuelle n'a pas encore eu son Godzilla. Ou, en tout cas, jusqu'à présent… "Le studio Toho a tourné 28 films de Godzilla et la créature a énormément évolué pour survivre en l'espace de 60 ans", signale le réalisateur. "Il faut bien voir qu'avec un monstre gigantesque, on peut raconter toutes sortes d'histoires. C'est vraiment un univers fascinant à explorer. Et comme nous avions un matériau de départ extrêmement riche à notre disposition, il nous a fallu un an et demi pour mettre au point un scénario qui trouve le bon équilibre entre les séquences spectaculaires de carnage et de destruction, d'une part, et des personnages attachants qu'on a envie de suivre dans cette folle épopée, de l'autre. Pour moi, le spectacle n'a d'intérêt que si l'on se préoccupe du sort des personnages. Du coup, notre mot d'ordre était d'aborder le film comme un drame adulte. C'était un véritable travail d'équipe, du studio aux acteurs et aux chefs de poste. Nous avions tous à coeur d'aller dans le même sens et de faire le même film".

Pour s'en convaincre, il suffit d'apercevoir les acteurs légendaires, d'horizons extrêmement divers, réunis sur le plateau. Leur présence est un signe de la volonté d'apporter réalisme et réflexion au projet. Citons notamment Aaron Taylor-Johnson, Ken Watanabe, Elizabeth Olsen, Juliette Binoche, Sally Hawkins, David Strathairn, et Bryan Cranston.

Si l'on se fie au tournage, ce projet ne ressemblera à aucun autre épisode cinématographique de GODZILLA : le film promet d'être à la fois spectaculaire, intelligent, réaliste et stylisé. Le fait qu'Edwards soit lui-même fan de la saga n'y est pas étranger. Celui-ci évoque le moment où il a appris qu'il avait été choisi pour prendre les commandes du projet : "J'ai répondu à un coup de fil, et là mon interlocuteur m'a dit, 'Vous êtes assis ? Ça vous dirait de réaliser GODZILLA ? Vous êtes fan de la saga ?' J'étais totalement chamboulé, mais j'avais le tout premier GODZILLA, tourné au Japon, dans ma collection de DVD". Le réalisateur semble encore ne pas y croire totalement, en se remémorant du moment où le projet est devenu réalité. "J'ai le film sous les yeux", dit-il en plaisantant et en tenant un téléphone imaginaire à l'oreille. "Il est juste devant moi sur l'étagère".

Le tournage à Vancouver, qui touche à sa fin, donne vraiment le sentiment qu'il s'agit d'une machine aux rouages bien huilés. Cette production gigantesque a pris ses quartiers dans cette métropole canadienne cinéphile et dans ses environs – qu'il s'agisse du centre-ville scrupuleusement "détruit" aux décors réalistes bâtis sur les immenses plateaux des studios Canadian Motion Picture Park (CMPP) de Burnaby, banlieue proche de Vancouver.

Au sein du département Décors, qui s'est installé dans une salle de conférence du CMPP, Mary Parent et le producteur exécutif Alex Garcia, de Legendary, nous font découvrir plusieurs décors emblématiques du film qui nous permettent de traverser les époques et les continents : les îles Marshall dans les années 50, le Japon et les Philippines de 1999, ou encore le monde actuel. "C'est notre 'salle de guerre', comme on l'a baptisée", souligne Garcia. "C'est un périple visuel, du début du film à la fin. Dans les premières scènes, on fait la connaissance du docteur Serizawa (Ken Watanabe), scientifique qui étudie depuis longtemps les créatures fantastiques qui, selon certains, existent. On lui a demandé de se rendre dans une région des Philippines, où une mine s'est effondrée suite à la découverte d'un gigantesque et étrange fossile se trouvant dans la grotte située en contrebas. Puis, on part au Japon, où l'on rencontre la famille Brody qui, en l'espace du film, se déchire, puis se ressoude autour de l'ascension de Godzilla. On s'est dit que c'était pertinent de faire démarrer l'histoire au Japon, comme pour rendre hommage aux origines de Godzilla".

Grâce à des croquis, des illustrations, des story-boards, et des maquettes remarquablement détaillées, nous découvrons le chaos représenté dans le film, à travers la destruction d'une centrale électrique de Tokyo mise en quarantaine, un tsunami dévastateur balayant la côte d'Oahu, à Hawaï, la ville de Las Vegas brillant de mille feux en plein désert transformée en champ de ruines, et, vers la fin du périple, les célèbres gratte-ciels de San Francisco effondrés et disséminés comme de simples jouets.

Le chef-décorateur Owen Paterson, à qui l'on doit la création d'univers fascinants dans la trilogie MATRIX, ou PRISCILLA , FOLLE DU DÉSERT, est à pied d'oeuvre. "Nous avons construit 98 décors différents pour ce film, et certains d'entre eux sont immenses et extrêmement détaillés", précise-t-il. "Si la dimension humaine du récit fonctionne, et si nous arrivons à faire croire au spectateur qu'on est à bord d'un avion, ou dans les rues de San Francisco, ou dans une mine des Philippines qui vient de s'effondrer, c'est non seulement satisfaisant sur le plan visuel, mais cela rend l'intrigue d'autant plus crédible. Notre mot d'ordre a été de coller à la réalité autant que possible, si bien que les détails sont particulièrement importants. J'espère qu'on arrivera à ancrer suffisamment le film dans la réalité pour que, une fois sorti de la salle de cinéma, le spectateur se demande pourquoi les immeubles qu'il a vus réduits en cendres sont toujours debout".

Le scénario est signé Max Borenstein, d'après une histoire originale de David Callaham et le personnage de Godzilla, propriété de la société Toho. Tull insiste sur le fait qu'il ne s'agissait pas seulement d'entraîner le spectateur dans une aventure palpitante, mais d'aller bien au-delà de la seule dimension spectaculaire. "L'essentiel du film reposait sur la question suivante : Que se passerait-il si quelqu'un débarquait dans cette pièce pour nous dire, 'Allumez la télé. Vous n'allez jamais croire ce qui vient de surgir de la mer !' Comment le monde réagirait-il ? Du scénario à la mise en scène de Gareth – tout, absolument tout, est au service de cette volonté de réalisme.

Désireux de savoir comment le film réussira à articuler l'intrigue centrée sur les personnages et les séquences d'action les plus spectaculaires, nous interrogeons le directeur de la photo Seamus McGarvey, qui a signé la lumière de films indépendants comme du blockbuster AVENGERS.

"Gareth tenait à ce que le style visuel soit très réaliste", souligne McGarvey. "Il nous fallait donc une atmosphère naturaliste qui, dans le même temps, plonge le spectateur dans le film. Alors que la plupart des blockbusters adoptent une lumière stylisée, nous avons délibérément privilégié la caméra à l'épaule et des tonalités plus sombres, comme si le cadreur était témoin des événements relatés dans le film en temps réel. Pour autant, le film est spectaculaire. Car nous avons tourné d'impressionnantes scènes de combats dont le monstre est le protagoniste. Du coup, nous avons deux styles de mise en scène qui cohabitent dans le film".

Quand on sait qu'un film autour de Godzilla nécessite la plus grande attention, on a toutes les raisons de s'intéresser à la créature elle-même. Dans la salle de montage, nous sommes intrigués par une séquence captivante que nous montre le chef-monteur et coproducteur Bob Ducsay : le personnage d'Aaron Taylor-Jackson s'engage dans l'équipe de parachutistes HALO largués au-dessus de San Francisco, tandis qu'on aperçoit quelques plans effrayants de monstres géants en pleine bataille. C'est là un spectacle que les fans de Godzilla n'ont jamais vu dans un blockbuster contemporain.

Les effets visuels ont atteint un tel niveau d'excellence que l'oeil du public s'est considérablement affûté. Du coup, un film comme GODZILLA ne pouvait que repousser les limites en la matière. Superviseur Effets visuels, Jim Rygiel est l'un des artisans de la révolution numérique et évoque, en quelques mots, les effets visuels du film : "On voulait surtout que les créatures soient réalistes", dit-il. "On tenait à donner le sentiment que ce sont de véritables animaux qui chargent leurs adversaires, et non pas une bataille totalement artificielle. On a visionné des centaines d'heures de combats d'ours et de dragons de Komodo, pour bien comprendre comment ils se déplacent. Ce qui est intéressant, c'est qu'ils ne se contentent pas de s'affronter. On dirait qu'ils élaborent leur stratégie offensive, et c'est donc le genre de détails réalistes qu'on recherchait pour ces scènes".

Il est difficile de concilier la volonté de faire de Godzilla une créature vivante vraisemblable et celle de la rendre spectaculaire, mais il est bien certain que le réalisateur et son équipe ont réussi à restituer l'âme du monstre emblématique de Toho, tout en lui inventant de nouvelles capacités destructrices. Quant à ses ennemis, la production n'a pas été en reste !

Quelle créature oserait donc défier Godzilla ? Qui est le "méchant" de l'histoire ? "Nous avons dû faire un choix très en amont du projet", rappelle Gareth Edwards. "C'était une décision difficile, mais c'est ce qui nous a permis d'enrichir l'intrigue, et la question est donc de savoir si Godzilla est du côté de l'ombre ou de la lumière. Pour moi, la meilleure manière d'y répondre consiste à se demander si un ouragan est bénéfique ou maléfique. Certes, il entraîne des conséquences terribles, mais il faut aussi le voir comme le signe d'une nature déchaînée. Dans le film, Godzilla incarne une force de la nature. Et ce qu'il doit affronter représente les dégâts occasionnés par l'homme sur la nature. Du coup, Godzilla est de retour pour rétablir l'équilibre".

La seule personnalité imposante qu'on aperçoit dans le secteur, susceptible d'affronter le monstre, n'est autre que le comédien Bryan Cranston. On le rencontre en train de se restaurer à la cantine du plateau, au milieu de camions de tournage, d'énormes caméras montées sur grues et autres équipements destinés à un tournage de cette envergure. Débordant d'énergie, l'acteur, souvent salué par la critique, alterne entre humour, confidences sur son métier et témoignages de fan de la créature japonaise.

"Godzilla était mon monstre préféré quand j'étais gamin", constate l'acteur primé pour la série BREAKING BAD. "Je me souviens que j'adorais le pouvoir incontestable de Godzilla. J'étais un jeune garçon émotif, et en découvrant ce monstre énorme que rien ne semblait pouvoir arrêter, j'étais très impressionné. On ne pouvait pas le tuer. Je me souviens que les soldats lui tiraient dessus, vainement, et que, pour lui, les balles étaient comme d'inoffensifs moucherons. À l'époque, les effets spéciaux étaient très chouettes, et j'étais vraiment absorbé par ce spectacle".

Quand on lui demande ce qui l'a motivé dans ce projet, il explique qu'il ne pouvait pas rater une telle occasion et qu'il aurait trouvé du temps dans son agenda, quoi qu'il arrive. "Si c'était un pur film de monstre, je n'aurais pas accepté", précise-t-il. "Mais comme Gareth a su faire de ce film un récit très riche, axé sur les personnages, j'avais vraiment envie d'y participer. On s'attache vraiment à ces personnages qui évoluent tout au long de leur périple. Par ailleurs, ce projet réunissait des comédiens formidables qui donnaient le meilleur d'eux-mêmes, et c'était aussi un atout pour moi, d'autant plus que Gareth Edwards était aux commandes et qu'il a un style visuel extrêmement séduisant".

Cranston campe Joe Brody, chercheur en nucléaire : ses responsabilités au sein d'une centrale de Tokyo, comme son obsession pour les forces surnaturelles ayant détruit la centrale et brisé sa famille, permettent de lier les deux époques du film. Aaron Taylor-Johnson incarne son fils Ford, qu'on découvre adulte à l'époque contemporaine. Désormais père de famille, Ford quitte sa femme et son jeune fils, à San Francisco, pour retourner à Tokyo où il tente de renouer avec son père.

Lorsque Taylor-Johnson nous retrouve quelques instants avant d'être appelé sur le plateau, nous constatons que le jeune comédien, qui s'est illustré dans KICK ASS et a interprété John Lennon jeune dans NOWHERE BOY, a développé une musculature impressionnante pour camper le démineur de la Navy Ford Brody. "C'est un spécialiste du déminage, ce qui veut dire qu'il désactive des bombes pour la Navy", explique le comédien, en tenue militaire pour l'après-midi de tournage. "Il est séparé de sa femme et de son fils lorsque la catastrophe se produit, si bien que sa mission, tout au long du film, consiste à les retrouver. Dans le même temps, ses compétences sont précieuses pour défendre son pays, et la question est donc celle de savoir jusqu'où on est prêt à aller pour ses proches. Ce qui est aussi très émouvant, ce sont ses retrouvailles avec son père, et la manière dont il se rend compte qu'il peut être un meilleur père pour son propre fils".

Contrairement à Cranston, Taylor-Johnson n'a pas été bercé par les films de Godzilla pendant son enfance. Mais c'est le nom du réalisateur qui l'a convaincu. "On n'attend pas d'un film de ce genre une telle force émotionnelle, et je crois que c'est grâce à Gareth si le résultat est aussi émouvant", déclare-t-il. "C'est extraordinaire d'avoir su signer une oeuvre aussi intelligente dans le cadre d'un blockbuster. C'est vraiment ce qui m'a séduit, et la présence d'acteurs magnifiques. Sur le plateau, il y avait une atmosphère intimiste, proche d'un tournage de film indépendant, et je pense que c'est grâce à Gareth. C'est un véritable chef d'orchestre, à la fois chaleureux, généreux et humble. À le voir, on ne croirait pas qu'il est le réalisateur d'un film de cette envergure".

Nous apercevons le metteur en scène à pied d'oeuvre, en train de préparer un plan de l'autre côté des gigantesques fonds verts, où Paterson et son équipe ont construit un pont d'envol de porte-avions de 120 mètres de long. Un véritable hélicoptère Huey se trouve sur la piste, tandis que des figurants en uniformes – dont certains font vraiment partie de l'armée canadienne – cherchent leurs marques à l'ombre du pont du bateau de 12 mètres de long.

Avant de tourner la scène de l'hélicoptère, Edwards échange quelques mots avec le pilote dans le cockpit, puis s'installe derrière le combo. "Très bien, tout le monde en place !", annonce un haut-parleur.

Aussitôt, le plateau, qui était plongé dans le calme, devient une ruche bruyante où s'anime l'univers de GODZILLA. Des machines à fumée et des ventilateurs se mettent en marche, pendant qu'une caméra fixée sur une énorme grue plonge vers la scène. Taylor-Johnson se précipite vers le pont d'envol, se frayant un chemin à travers les figurants en uniformes occupés à dégager la piste, puis monte à bord de l'hélicoptère. La caméra se stabilise au moment même où la porte de l'hélico se referme derrière lui.

"Coupez ! Elle était bonne !", s'exclame Edwards, qui se dirige vers l'hélicoptère pour donner quelques consignes finales à Taylor-Johnson avant que les caméras ne tournent à nouveau. Tandis qu'il donne le "Moteur", l'hélicoptère imposant se met en marche, dégageant de la chaleur et du vent avec ses pales tournant à un rythme effréné. Le bruit familier de son hélice est assourdissant. Malgré la présence des immenses fonds verts en arrière-plan, le plan est impressionnant.

"On reprend… Envoyez la fumée… Préparez l'arrière-plan et… Action !", retentit le haut-parleur, tandis que Taylor-Johnson s'élance de nouveau vers l'hélicoptère. On sent la pression qui monte, alors que l'hélice de l'appareil tourne de plus en plus vite. Puis, l'hélico s'envole, avec l'acteur à son bord.

Elizabeth Olsen, qui ne tourne pas aujourd'hui, est venue voir ses partenaires sur le plateau. "C'est la première fois que je participe à un tel tournage", confie-t-elle au bout de quelques prises de la scène acrobatique. "Lorsque les enjeux sont aussi considérables, je pensais que les préoccupations commerciales risquaient d'éclipser la liberté artistique du réalisateur. Mais cela ne s'est jamais produit parce que Gareth a un regard d'une force inouïe. Il est très à l'aise avec les techniciens, tout en étant un grand directeur d'acteurs qui inspire la confiance. Il est toujours prêt à expérimenter, et nous encourage à nous fier à notre intuition pour que notre jeu soit le plus naturel possible. Du coup, même s'il s'agit d'un film de monstres, le résultat est à la fois terrifiant, traumatisant et émouvant ! Et Gareth nous a poussés à explorer toutes ces dimensions".

Pour le réalisateur, il s'agissait avant tout de créer des personnages forts, avant même d'envisager Godzilla. "Quand on s'attelle à un film de monstre, on est conscient que le public se déplace surtout pour ces créatures terrifiantes", indique le réalisateur. "Mais ce que j'espère, c'est qu'en quittant la salle, ceux qui sont venus pour faire plaisir à leurs amis ou petits copains et petites copines seront agréablement surpris de s'être laissés toucher par les personnages et les épreuves qu'ils doivent surmonter. Le film est habité, et on aimerait vraiment que les gens aient le sentiment qu'il ne s'agit pas d'un film de monstre traditionnel".

Le producteur Jon Jashni ajoute : "Quand on assiste au tournage sur le plateau, ou qu'on regarde des rushes, ça n'a rien à voir avec le visionnage de scènes montées précisément prouvant que le réalisateur a su obtenir un climat et un ton bien particuliers. Je me souviens que, dans la salle de montage, j'observais Gareth en train de nous montrer quatre ou cinq séquences et que je m'étais alors dit, 'il y est arrivé'. Il avait, d'une certaine façon, réussi à s'approprier le film. J'étais heureux pour lui, et pour nous, car il était, de toute évidence, très bien parti pour obtenir ce qu'on ambitionnait tous de faire".

Le ciel a viré au rose. Sur le plateau du gigantesque porte-avions, l'équipe prépare la prochaine scène centrée autour du personnage de Ken Watanabe, dont le nom – le docteur Serizawa – est un hommage au film de 1954. Serizawa est un scientifique japonais qui a consacré sa vie à traquer la créature insaisissable et, dans cette scène, depuis le porte-avions, il aperçoit, pour la première fois, Godzilla : à n'en pas douter, ses nageoires dorsales fendent les vagues.

Une fois qu'Edwards a crié "Action !", on voit Watanabe réagir face à l'imposante créature : à chaque prise, on découvre de nouvelles nuances dans le jeu de l'acteur, qui expriment totalement l'importance de la scène. Le réalisateur est emballé : "Ken a d'innombrables facettes. C'est un personnage d'une grande intensité émotionnelle, et il est capable d'exprimer tous ces sentiments. C'est fascinant de l'observer, et je n'arrive tout simplement pas à me résoudre à dire 'Coupez !' quand il est devant la caméra".

Aussi à l'aise dans le registre dramatique que dans les productions spectaculaires, Watanabe était intrigué par le regard d'Edwards sur la célèbre créature. Il souligne : "Le film de 1954 a été tourné avant ma naissance, et je ne l'avais pas vu, mais je l'ai visionné après avoir entendu parler de ce projet. J'ai été vraiment surpris car il s'agit d'un film très sombre. Il raconte très exactement ce que le peuple japonais a enduré. Le Japon, et le reste du monde, doivent affronter les mêmes problèmes à l'heure actuelle, en raison de ce que l'homme inflige à la planète, et l'histoire de Godzilla ne peut pas être dissociée de la dimension nucléaire. Gareth a parfaitement compris l'importance de ce lien, et a su en imprégner la narration".

Pour le cinéaste, ce thème est au coeur du GODZILLA d'origine qui reste non seulement un film de monstre divertissant, mais un récit d'apprentissage saisissant. "C'était fondamental pour moi de réaliser un film captivant, mais qui ne se résume pas qu'à un pur spectacle", dit-il. "La science-fiction et le fantastique ont toujours rempli cette double fonction, car ces genres sont capables de véhiculer des idées novatrices à travers un spectacle époustouflant. Godzilla est né du nucléaire, si bien qu'on se sert un peu de cette matière pour la conception des monstres du film".

Alors, Godzilla, héros ou ennemi ? "Godzilla ne sera jamais un personnage maléfique", déclare Tull en souriant. "Il ne sait rien de son parcours de héros. Ce n'est qu'une créature gigantesque qui suit son instinct, et si un immeuble est en travers de son chemin, il ne cherchera pas forcément à le démolir. C'est très différent d'autres puissances à l'oeuvre dans le film qui sont beaucoup plus malveillantes. Mais vous devrez voir le film pour vous en rendre compte".

Nous voilà au terme de ce périple, et dans l'avion du retour… Mais je mentirais si je n'avouais pas que j'ai regardé par le hublot dans l'espoir d'apercevoir les célèbres piquants de notre monstre préféré entre les immeubles. 

NOTES DE PRODUCTION 

L'HÉRITAGE DE GODZILLA 
“L'homme est tellement arrogant qu'il s'imagine contrôler la nature, et non l'inverse.”
Le docteur Serizawa 
En 1954, la société de production japonaise Toho a distribué GODZILLA, film de monstres novateur réalisé par Ishiro Honda, dans un pays encore traumatisé par les ravages de la Seconde Guerre mondiale. Le film a connu un énorme succès au Japon et soixante ans plus tard, il continue à faire parler de lui dans le monde entier pour avoir cristallisé les peurs et les angoisses liées à l'ère atomique dans une redoutable force de la nature : Godzilla. 

“GODZILLA est la référence absolue en matière de films de monstres”, explique Gareth Edwards, aux commandes de cette relecture spectaculaire de la création emblématique de Toho. L'enfance d'Edwards, réalisateur d'origine anglaise, a été bercée par les films de monstres japonais, jusqu'à ce qu'il découvre le chef-d’oeuvre de Honda en DVD et qu'il soit fasciné par sa dimension allégorique, mais aussi très actuelle. “Où que vous alliez dans le monde, tout un chacun reconnaitra l'ombre de ce dinosaure géant qui se profile au-dessus d'une ville, et saura exactement de quoi il s'agit, qu'il ait vu un film de la saga GODZILLA ou non. Mais ce que beaucoup de gens ne savent pas, c'est que le GODZILLA japonais d'origine est en réalité un film très sérieux. Je pense que c'est ce qui explique qu'il ait été à ce point adopté par la culture japonaise, car non seulement c'est un grand film de monstres, mais il a un effet cathartique pour tous ceux qui ont découvert ces images réalistes à l'écran". 

Si plusieurs scènes ont fait l'objet de nouvelles prises, pour adoucir certains aspects métaphoriques, le film a été doublé dans de nombreuses langues pour sortir à l'étranger deux ans plus tard : c'est alors que la légende est née. Au cours des soixante dernières années, l'imposant “roi des monstres” a imprégné la culture pop et donné lieu à toute une saga et à de nombreux produits dérivés. Il s'est incarné dans tous les domaines, de la bande dessinée au jeu vidéo. Un genre de films totalement nouveau a vu le jour, le kaiju eiga, et Godzilla est devenu l'un des héros de films les plus aimés et les plus emblématiques du XXème siècle, voire du XXIème. 

Bryan Cranston, l'une des stars de ce nouvel opus, a gardé des souvenirs très vifs de son enfance, époque où il regardait, fasciné, le monstre se déchaîner sur son écran de télé. “Avec son souffle de braise, Godzilla détruisait tout sur son passage”, se souvient Cranston. “En fait, c'était un homme en costume qui piétinait un Tokyo en miniature mais pour un jeune garçon, c'était merveilleux. Il y a une part de moi qui restera toujours ce garçon-là, mais la manière dont on aborde un film de ce genre a mûri et le public a évolué. Il ne s'agit pas uniquement de parler d'un Godzilla destructeur. Le spectateur ne renoncera pas à le soutenir, mais il veut aussi se sentir concerné par ce qui se passe dans le monde et encourager les personnages à s'en sortir”. 

Tout comme Cranston, Thomas Tull, de Legendary Pictures, était captivé par les films de monstres quand il était enfant, mais le fleuron des productions de Toho a toujours régné en maître dans son panthéon personnel. “De son rugissement caractéristique au graphisme de ses épines dorsales ou aux flammes radioactives qu'il crache, Godzilla est une véritable icône planétaire”, dit-il. “Au fil des ans, Toho a décliné le personnage de différentes façons et l'a placé face à toutes sortes de créatures géantes qu'il doit affronter, mais mon opus préféré restera toujours l'original japonais, car c'est à la fois un film de monstres terrifiant et un conte intelligent qui véhicule un message". 

Tull, producteur de GODZILLA aux côtés de Jon Jashni, président de Legendary Pictures, de la productrice chevronnée Mary Parent et de l'Anglais Brian Rogers, rêvait depuis longtemps de porter à l'écran l'histoire de ce monstre légendaire sous forme de blockbuster, en conservant la sensibilité et les enjeux humains de l'original. “Nous avons toujours eu l'intention de respecter ces éléments essentiels qui ont permis au personnage de survivre pendant si longtemps”, explique Tull. “Notre projet était de produire le Godzilla que nous, en tant que fans, aurions envie de voir – une oeuvre qui ne se contente pas d'être un pur film de suspense. L'idée était plutôt de le ramener vers ses racines et d'imaginer une histoire humaine ancrée dans le monde contemporain. J'ai attendu ce film toute ma vie”. 

Pour relever le défi que représente la réinvention d'une telle icône, il fallait un réalisateur qui puisse offrir une perspective nouvelle et un style cinématographique personnel, tout en restant fidèle à l'identité et à la nature profonde de GODZILLA. Gareth Edwards présentait toutes ces qualités car il s'agit d'un jeune réalisateur qui a bouleversé le paysage du cinéma indépendant avec MONSTERS. Edwards a écrit et réalisé le film, mais il en a aussi signé les décors et la lumière, sans compter qu'il a également mis au point, seul, l'ensemble des effets spéciaux sur son ordinateur portable. 

“Dès notre toute première conversation avec Gareth, il était évident que c'était un passionné de GODZILLA”, explique Tull. “Et après avoir vu MONSTERS, qu'il a tourné avec un budget dérisoire, on s'est dit que s'il avait plus de moyens et une matière scénaristique plus riche, il pourrait faire quelque chose d'extraordinaire”. 

Jon Jashni ajoute que le jeune réalisateur incarnait cet équilibre parfait entre imagination et vérité humaine. “Ce n'est pas parce que vous pouvez balancer une tonne d'effets spéciaux sur l'écran qu'il faut le faire, parce que ça ne contribue pas vraiment à immerger le public dans le monde que vous essayez de créer”, souligne le producteur. “Dans MONSTERS, Gareth a dû suggérer beaucoup plus que ce qu'il pouvait se permettre de montrer. Il s'est attaché à la psychologie des personnages, enracinés dans le monde réel, et à partir de là, il a imaginé d'autres univers. MONSTERS condensait ce qu'on a voulu créer avec notre nouvelle version de GODZILLA : une oeuvre réaliste et authentique”. 

La productrice Mary Parent a été impressionnée, elle aussi, par le premier long métrage d'Edwards, et elle a pu constater que la sensibilité de sa narration et son bagage de réalisateur inspiraient confiance à tout le monde, et que GODZILLA serait donc entre de bonnes mains. “On savait que Gareth mettrait toute sa vision de cinéaste et de narrateur, et toute sa maîtrise des effets visuels, au service d'un film qui soit digne de porter ce personnage à l'écran comme il mérite de l'être, et comme on ne l'a encore jamais vu", ajoute Mary Parent. “Mais on savait aussi qu'il pourrait créer des personnages auxquels on peut s'identifier et s'intéresser, et faire partager au public l'aventure de GODZILLA à travers ses protagonistes”. 

Edwards, conscient qu'on lui confiait les rênes d'une légende, est allé puiser son inspiration - comme Ishiro Honda avant lui - dans le monde qui l'entoure. “Je sais que ça paraît impossible, mais imaginons un instant l'arrivée d'une créature gigantesque avec laquelle l'humanité ne peut même pas communiquer, sans parler de la contrôler... Comment pourrions-nous faire face à une telle situation ?”, se demande-t-il. “Comment réagirait le monde ? On a tous vu ou vécu des catastrophes incompréhensibles, naturelles ou autres, qui pourraient évoquer un scénario de cinéma si elles ne s'étaient pas réellement produites. Du coup, la difficulté, pour arriver à mettre au point cette relecture de GODZILLA, était de refléter cette réalité, qui nous ramène au coeur même de l'identité du monstre”. 

Tull explique que “l'un de nos objectifs, que nos partenaires de Toho partageaient, consistait à situer une partie de l'histoire au Japon et à conserver l'élément nucléaire dans l'intrigue. Mais il s'agissait de le faire avec respect et sensibilité, en tenant compte des événements actuels". 

Comme l'explique le producteur Brian Rogers, “les enjeux décrits dans le film de 1954, qui touchent à l'équilibre fragile entre l'homme et la nature et aux multiples façons dont on risque de l'ébranler, sont toujours autant d'actualité qu'à l'époque – et peut-être même davantage aujourd'hui”. 

Installé à Londres, Edwards s'est lancé dans un véritable marathon de sessions sur Skype avec Max Borenstein, scénariste vivant à Los Angeles, pour construire une histoire qui fasse référence aux origines de Godzilla, et qui retrace les événements mystérieux annonçant son retour dans le monde contemporain. 

Bien que l'acteur Ken Watanabe ait grandi au Japon, ce n'est que récemment qu'il a vu le film de 1954, et il a beaucoup apprécié les efforts d'Edwards pour y rendre hommage. “Le GODZILLA d'origine pose la question polémique avec laquelle la société japonaise se débattait à l'époque, neuf ans après les bombardements atomiques, alors que les cicatrices émotionnelles et physiques étaient encore à vif”, explique l'acteur. “Gareth a très bien cerné les enjeux de ce film et j'ai souhaité me montrer digne de son courage”. 

Borenstein a écrit le scénario à partir d'une histoire de David Callaham, après une longue période de recherches pendant laquelle il a visionné les 28 GODZILLA produits par Toho, et notamment les séries Showa, Heisei et Millennium. “Notre ambition était de traiter cette histoire comme s'il s'agissait d'un incident possible et terrifiant qui pourrait survenir aujourd'hui, en lui conférant toute la gravité d'une catastrophe réelle. Mais nous avons choisi le genre du film de monstres afin que ce soit plus divertissant et spectaculaire pour le public”, ajoute Borenstein. “Le film d'origine est un conte fabuleux qui pointe la fragilité de l'humanité face à la nature, mais aussi la force et la résilience qui permettent à l'homme de se relever et de survivre à une catastrophe d'une telle ampleur”. 

Avant de tourner le moindre plan de GODZILLA, le réalisateur et les producteurs ont créé une bande annonce de 90 seconde retranscrivant précisément l'atmosphère qui règne dans le film. Et ils l'ont présentée lors du Comic-Con International devant près de 7000 fans déchaînés. À l'image, les visiteurs ont découverts des plans, proches d'un reportage, d'une ville en ruines, tandis que la gigantesque créature, caractérisée par son rugissement assourdissant, apparait au milieu de la fumée et de la poussière. Sur l'écran, s'inscrivent les mots terrifiants de Robert Oppenheimer, le “père” des bombes atomiques qui ont réduit Hiroshima et Nagasaki en cendres radioactives. On voit défiler les écritures hindoues évoquant cette boîte de Pandore désormais ouverte : “Maintenant je suis devenu la mort, le destructeur des mondes”. 

Il y a toujours eu une part de mystère et de dualité autour du personnage de Godzilla, créature qui suit farouchement son instinct, sans jamais se fondre dans l'humanité, mais qui s'élève au-dessus d'elle en surgissant inexorablement des flots. “Les monstres ont toujours été la métaphore d'autre chose”, remarque Edwards. “Ils représentent notre part d'ombre et notre peur de ce qui nous échappe. D'une certaine manière, Godzilla incarne presque une sorte de ‘colère divine’ - pas au sens religieux, mais plutôt comme si la nature voulait nous punir pour ce que nous lui avons infligé. C'est dans cet état d'esprit que nous avons construit l'intrigue”. 

L'HISTOIRE ET LES PERSONNAGES 

GODZILLA se déroule sur plusieurs continents et à différentes époques. Il évoque l'impact d'une série d'événements mystérieux et catastrophiques à travers le regard de quelques personnages pris au piège. “GODZILLA est filmé à hauteur d'homme, sans que le récit privilégie un point de vue omniscient”, explique Tull. “Cette crise va bouleverser la vie d'un certain nombre d'individus. Ce ne sont pas des super-héros, mais des êtres humains normaux pris dans des circonstances extrêmes. C'est pourquoi le casting était un élément crucial dans notre film”. 

Dans cette optique, Edwards souhaitait faire appel à des acteurs dont le jeu apporte de la vérité au parcours extraordinaire des personnages. “Dans un film comme celui-ci, on doit croire à une chose : l'existence de monstres géants dans le monde”, raconte-t-il. “Les autres paramètres de l'histoire doivent être aussi crédibles que possible, et c'est notamment pourquoi j'estime avoir eu une chance incroyable avec les acteurs. Ils ont su s'approprier le scénario, incarner leur personnages, les faire exister avec une grande palette d'émotions, ce qui les a rendus très crédibles”. 

Pour les comédiens, la perspective d'évoquer un mythe du cinéma rehaussé par le point de vue d'Edwards rendait ce projet irrésistible. “Lorsque Gareth et moi avons commencé à parler de GODZILLA, il m'a dit d'oublier que c'était un film de monstres”, se rappelle Aaron Taylor-Johnson. “J'ai adoré sa vision de la créature, et le fait qu'il veuille le porter à l'écran dans un film à grand spectacle, qui raconte l'histoire en privilégiant le contenu artistique et émotionnel. C'est ce qui m'a donné envie de participer à cette aventure, et Gareth a rendu cette une expérience inoubliable”. 

L'acteur campe le rôle-clé de Ford Brody, officier de la marine spécialisé dans le déminage qui vient juste de retrouver sa femme et son jeune fils à San Francisco et qui s'apprête à porter secours à son père en difficulté au Japon. 

“Ford est le héros de notre film, et il est témoin de nombreuses scènes de destruction”, commente Edwards. “Et comme une très grande partie de l'histoire repose sur l'aspect visuel, il était indispensable qu'on comprenne ce qu'il pense et ce qu'il ressent, si bien qu'il nous fallait un acteur capable d'exprimer ses émotions d'un simple regard. J'avais vu NOWHERE BOY, dans lequel Aaron joue John Lennon avec une grande force intérieure... Il y avait tellement d'intensité et d'émotion dans son regard, que j'ai immédiatement compris qu'on avait trouvé notre homme”. 

Démineur expérimenté, Ford est envoyé au front pour défendre l'humanité contre la pire menace à laquelle elle a jamais été exposée, mais il est tiraillé entre son devoir et sa volonté de protéger sa jeune famille. “C'est le genre de spécialiste dont l'armée a besoin et, avec lui, tout le monde est sur le pont”, explique Taylor-Johnson. “En même temps, sa mission est de retourner auprès de sa famille, et son poste au sein de l'armée est désormais son seul moyen pour se rapprocher de San Francisco. Mais ce qui est bouleversant, c'est qu'il est conscient qu'il ne parviendra peut-être jamais à rentrer chez lui”. 

La femme de Ford, Elle Brody (Elizabeth Olsen), compte parmi les personnages pris au piège dans la ville lorsque Godzilla fond sur San Francisco. Infirmière dans un hôpital débordé par le nombre de patients, Elle est contrainte de faire des choix douloureux pour arriver à la fois à s'occuper des victimes de la catastrophe et à protéger Sam, son fils de quatre ans, interprété par Carson Bolde, dans son premier rôle à l'écran. “L'histoire de Elle est héroïque car elle a un travail à accomplir, mais elle fait aussi tout ce qu'elle peut pour protéger son fils”, constate Elizabeth Olsen, avant d'ajouter : “Ce que j'apprécie particulièrement dans ce film, c'est le parcours de mon personnage et celui de Ford qui tente de rejoindre sa famille : les valeurs familiales sont au centre du récit et les moments de crise révèlent le courage et l'héroïsme qui résident en chacun d'entre nous”. 

Edwards était fasciné par la sensibilité de l'actrice et par sa capacité à communiquer ses émotions. "Elizabeth est une actrice qui a un jeu très juste et réaliste, comme si elle était filmée pour un documentaire : elle ne donne pas du tout l'impression de jouer un rôle. Avec elle, c'était comme si on était dans un drame, sauf qu'il y a des monstres géants". 

Elizabeth Olsen a pu juger du degré de réalisme qu'Edwards voulait apporter au film lorsqu'elle a vu pour la première fois la bande-annonce très évocatrice qu'il avait réalisée. “C'est l'approche de Gareth qui m'a intéressée, et la façon dont étaient mises en scène les images des catastrophes qu'on a vues dans le monde”, souligne-t-elle. “Ce à quoi Elle est confrontée dans ce film s'inspire de ce que vivent les gens pris dans ce genre d'événements, et de ce qu'on est prêt à faire pour sauver ceux qu'on aime”. 

C'est la même impulsion qui guide Ford tout au long de son périple, et Taylor-Johnson reconnaît que même si le personnage est confronté à des scènes de violence inouïe, les difficultés émotionnelles auxquelles il doit faire face surpassent les exigences physiques du rôle. “Ford est littéralement laminé au cours du film, psychologiquement et physiquement”, raconte-t-il. “Quand on le rencontre, c'est un mari, un père et un fils, et il essaie de remplir tous ces rôles aussi bien que possible, malgré les difficultés émotionnelles qu'il doit surmonter. Des contentieux l'opposent à son père, et les efforts qu'il entreprend pour tenter de renouer avec lui l'éloignent de chez lui au moment où sa famille a le plus besoin de lui”. 

Ford est marqué par le souvenir douloureux d'un incident survenu dans son enfance, quinze ans auparavant, qui a détruit sa famille alors qu'il vivait avec ses parents au Japon. Les événements qui ont conduit à ce jour funeste de 1999 se sont déroulés aux Philippines, où commence le film. 

Dans un endroit reculé de la jungle philippine, une mine s'effondre, révélant en contrebas des restes fossilisés et hautement radioactifs d'imposants vestiges. Deux scientifiques, travaillant pour une organisation gouvernementale secrète, le Dr Ishiro Serizawa et le Dr Vivienne Graham, arrivent sur les lieux pour examiner ces étranges reliques. 

Ken Watanabe interprète Serizawa, scientifique japonais qui a consacré sa vie entière à la recherche de Godzilla et espère trouver dans la grotte des preuves de son existence. “Sa quête dépasse de beaucoup la simple curiosité scientifique”, explique Watanabe. “Il s'intéresse aux différentes catégories de terreur qui existent dans le monde, et il a ses propres théories sur ce qu'il appelle le ‘Prédateur dominant' et sur le rôle que joue celui-ci sur la planète”. 

Dans le film, les origines de Godzilla sont liées à l'histoire récente du Japon : il s'agit d'un sombre héritage qui hante Serizawa, dont le nom et le tempérament s'inspirent de l'un des protagonistes du film japonais originel. “Le Dr Serizawa est le scientifique qui a le mieux cerné la créature, et Ken a apporté une très grande complexité et une large palette de sentiments à ce personnage”, déclare le réalisateur. “Quand on tournait, on plaisantait sur le fait que personne n'a autant d'expressions différentes que Ken. C'est un acteur fascinant à observer, parce qu'on peut lire toutes ses pensées sur son visage. À chaque prise, il adoptait une expression différente, ou faisait une pause, ou bien s'apprêtait à sortir de la pièce, et on lui disait 'Non, ne t'arrête pas, ne t'arrête pas !'. On n'arrêtait pas de filmer parce qu'on n'avait jamais envie de crier 'Coupez !'". 

Watanabe s'est rangé à l'avis d'Edwards qui souhaitait s'inspirer des thématiques de l'oeuvre originale pour l'adapter au contexte du monde contemporain. “Je crois que le Japon, et en réalité le monde entier, sont aujourd'hui placés face à des défis semblables à ceux qui existaient lorsque le premier film a été tourné”, avance Watanabe. “On ne peut pas dissocier Godzilla de l'élément nucléaire. Il nous rappelle l'urgence qu'il y a à préparer l'avenir et à réfléchir au type de monde dans lequel nous voulons vivre. Ce qui m'a impressionné quand j'ai lu le scénario, c'est que le film de Gareth conserve ce lien entre Godzilla et ce qui arrive lorsqu'on essaie de maîtriser des forces qui nous échappent”. 

Sally Hawkins, qui joue le docteur Graham, la collègue de Serizawa, ajoute que l'enthousiasme d'Edwards pour le projet a véritablement mis en valeur chacune des décisions artistiques prises sur le plateau. “Il avait des milliers de choses à régler, mais il se préoccupait vraiment des acteurs et de l'histoire et il insistait toujours sur la nécessité d'imprégner le récit de sincérité et d'authenticité”. 

Comme elle tournait l'essentiel de ses scènes avec Watanabe, les deux acteurs ont noué un lien immédiat. “Graham et Serizawa font ce voyage ensemble car pour tous les deux, c'est l’oeuvre de leur vie”, confie Sally Hawkins. “Lorsqu'on les rencontre, on voit qu'ils communiquent de façon quasi télépathique. Et je trouve que Ken est brillant. Il a une telle présence que c'était un vrai plaisir de travailler avec lui”. 

Tandis que Graham et Serizawa s'enfoncent dans la montagne, ils découvrent que ce labyrinthe de grottes recouvrait autrefois la carcasse d'une créature gigantesque, mais qu'il recelait aussi quelque chose d'autre encore... Et en arrivant au bout, ils découvrent avec stupéfaction que la montagne a été pulvérisée de l'intérieur, laissant place à une tranchée creusée à travers la forêt menant tout droit à l'océan. 

Au nord de la mer de Chine, une série de tremblements de terre secouent la centrale nucléaire de Janjira, près du quartier de Tokyo où le jeune Ford, interprété par CJ Adams, vit avec ses parents Sandra et Joe Brody, incarnés par Juliette Binoche et Bryan Cranston. En 1999, tous deux sont des scientifiques employés à la centrale et le matin où les secousses sont ressenties, son père est le premier à déclencher l'alarme. Cranston précise que “Joe est un ingénieur nucléaire qui fait très bien son travail. Il a détecté des sons étonnants émanant des secousses que les autres feignent d'ignorer, prétextant qu'il s'agit d'un simple séisme, mais les données qu'il a recueillies ne confirment pas cette hypothèse. Il sait qu'il se passe autre chose et insiste pour faire fermer la centrale. Mais personne ne l'écoute. Il est trop tard lorsque la fermeture du site est décrétée. Joe est un dénonciateur dans le bon sens du terme, et ce côté fauteur de trouble le poursuit encore aujourd'hui”. 

Bien que Cranston soit surtout connu pour avoir incarné Walter White dans BREAKING BAD, Edwards se souvient de lui dans le rôle du père dans la série MALCOLM, et l'avait envisagé dès le départ pour camper Joe. “J'étais un grand fan de cette série. Je crois que c'est souvent plus difficile d'être un bon acteur comique qu'un bon acteur dramatique, et Bryan excelle dans les deux registres. Du coup, pendant toute la phase d'écriture, j'imaginais Joe dans le rôle de Bryan : heureusement qu'il nous a donné son accord !” 

De son côté, Cranston, en dépit de son goût affiché pour la saga GODZILLA, n'avait jamais imaginé qu'il y participerait un jour. “Mais comme me l'a dit Gareth, ce film-là se distingue des autres”, raconte l'acteur. “Il est axé sur la psychologie des personnages. Par conséquent, la dimension fantastique de l'histoire est plus convaincante, parce qu'on suit les êtres humains dans cette aventure, qu'on les voit prendre de bonnes et de mauvaises décisions, dénouer et nouer des relations. Tous les éléments d'un drame réussi sont réunis dans ce film de monstres spectaculaire”. 

Juliette Binoche acquiesce et souligne que les “monstres ont un énorme pouvoir de catharsis. Ces histoires nous aident à comprendre des choses sur nous-mêmes et à prendre un vrai recul sur nos émotions. Gareth, en tant que narrateur, comprend cela instinctivement. Il a un talent immense, et j'étais ravie de travailler avec lui sur ce film”. 

Comme son mari Joe, Sandra Brody, incarnée par Juliette Binoche, est aussi une scientifique passionnée, mais le matin de l'accident, ses instincts maternels prennent le pas sur le reste. “Lorsque la centrale connaît une situation de crise, elle doit faire un choix”, relate Juliette Binoche. “Ces circonstances peuvent souvent s'avérer être des moments décisifs, et dans ce cas précis, ses gestes sont guidés par son amour pour son fils et son mari”. 

Quinze ans plus tard, lorsque Ford part au Japon pour ces retrouvailles délicates avec son père, il retrouve un Joe encore consumé par l'accident qui a détruit la centrale et brisé sa famille. Comme l'explique Cranston, “Joe a passé sa vie à essayer de percer le mystère de ce qui s'est passé ce jour-là, mais ce qui pâtit le plus de son obsession, c'est sa relation avec son fils”. 

Lorsque Ford arrive pour le ramener à la maison, Joe est sur le point de prouver que les forces telluriques qui ont détruit la centrale de Janjira en 1999 sont à nouveau à l’oeuvre, et que les informations sur des fuites radioactives sont des mensonges que le gouvernement a concoctés pour dissimuler la vérité. À force d'implorer Ford, il parvient à le persuader de retourner sur les vestiges de leur ancienne maison et de rassembler les preuves démontrant que la catastrophe n'avait rien de naturel. Mais après avoir été pris dans une embuscade par les forces de sécurité, ce qu'ils découvrent dans la zone de quarantaine est bien pire. 

Dans la carcasse vide de Janjira, ils sont confrontés à l'énormité du secret que cache le gouvernement : une créature s'est nourrie des réacteurs nucléaires de l'usine et, 15 ans plus tard, elle s'est réveillée. Comme le remarque Mary Parent, “Dans notre film, nous introduisons une force destructrice qui, à certains égards, incarne l'orgueil de l'humanité face à la nature. Et lorsque cela contrecarre les projets de Godzilla, on est entraîné dans un conflit majeur qui se retourne contre notre planète”. 

Dans les événements terrifiants qui suivent, Ford et Joe, ainsi que le docteur Serizawa et le docteur Graham trouvent refuge à bord du navire de la Marine qui servira de centre de commandement au cours de cette crise qui croît en intensité. L'Amiral Stenz, qui poursuit Godzilla à travers le Pacifique, es à la tête de l'opération interarmées dont l'objectif est de défendre la planète face à une nouvelle menace des plus terrifiantes. 

David Strathairn, acteur encensé par la critique qui incarne l'Amiral William Stenz, explique : “Jamais personne sur Terre n'a été confronté à une créature de cette envergure, de sorte que Stenz est un peu dépassé lorsqu'il doit choisir une stratégie de riposte. On ne peut pas abattre un monstre avec des munitions classiques, alors que faire ? Recourir à une arme nucléaire ? C'est le dernier recours de l'armée, mais on risque alors de faire considérablement monter les enchères. En tant qu'officier responsable de ce détachement, Stenz a une vision stratégique qui s'oppose à celle de Serizawa”. 

Strathairn a pris plaisir à explorer ce conflit philosophique avec Watanabe. “Serizawa est un scientifique passionné, et profondément engagé ; il éprouve aussi beaucoup de tristesse et de craintes devant l'arrogance de notre espèce face à la nature”, observe Strathairn. “Stenz doit prendre des décisions cruciales qui sont en porte-à-faux avec les idées de Serizawa sur la manière de résoudre le problème. Ken a apporté une grande élégance à ces moments très intenses entre eux. Serizawa incarne la compassion qui est au coeur de cette histoire”. 

Tout comme les autres acteurs, Strathairn a été impressionné par la capacité d'Edwards à restituer la dimension humaine de l'histoire de Godzilla. “Il me semble que ce film parle de notre regard, en tant que créatures fragiles et trop souvent irresponsables face à l'environnement, sur Godzilla, métaphore d'une nature en perpétuelle évolution. Avec ce film, la tâche de Gareth était monstrueuse, si je puis dire, et je suis vraiment impressionné par la façon dont il a abordé cette saga, et ce dinosaure, tout en prenant en considération le facteur humain”. 

Après avoir été témoin de l'entrée fracassante de Godzilla à l'aéroport de Honolulu, Ford s'engage dans une unité de l'armée qui met le cap sur le continent, suite à un cataclysme particulièrement dévastateur qui s'est abattu sur le pays. Saisissant la seule chance qui lui reste de sauver sa famille, Ford se porte volontaire pour ce qui s'avèrera peut-être une mission suicide : plonger au coeur de la ville assiégée de San Francisco dans une tentative désespérée de sauver la ville d'un anéantissement nucléaire imminent. 

Avec ses gratte-ciel détruits comme des jouets brisés et ses abris souterrains qui regorgent de réfugiés terrifiés, cette fragile communauté humaine est devenue une arène gigantesque où le Prédateur dominant se rapproche de sa proie et déchaîne sa furie dans une bataille homérique dont l'enjeu est l'avenir de l'humanité. 

"Nous avons dû faire un choix très en amont du projet", rappelle Gareth Edwards. "C'était une décision difficile, et la question était donc de savoir si Godzilla se situait du côté de l'ombre ou de la lumière. Pour moi, il incarne quelque chose de radicalement différent. C'est comme si on se demandait si un ouragan est bénéfique ou maléfique. Godzilla incarne une force de la nature, mais il faut aussi le voir comme le signe d'éléments déchainés. Et ce qu'il doit affronter représente les dégâts occasionnés par l'homme sur la nature. Du coup, Godzilla est de retour pour rétablir l'équilibre". 

LA RÉSURRECTION D'UNE LÉGENDE DES ANNÉES 1950

Pour les producteurs à la tête d’un projet d’une telle envergure, le défi a surtout résidé dans la réinvention de son personnage central. "Le studio Toho nous a donné son aval pour repenser la créature, mais il était tout aussi essentiel que Godzilla soit fidèle au monstre d'origine, pour nous comme pour Toho. Nous avons voulu l’ancrer dans une réalité plus contemporaine sans pour autant trahir la silhouette légendaire qui a bercé notre enfance. Gareth et toute l’équipe ont suivi cette idée directrice en y insufflant toute leur passion et leur inspiration", souligne Thomas Tull. 

Pour donner une réalité bien palpable à Godzilla à l’écran, il a fallu apporter au personnage le plus grand réalisme possible, émanant du travail concerté d’une importante équipe artistique : citons Matt Allsopp, dessinateur conceptuel et modélisateur, Andrew Baker, Christian Pearce et Greg Broadmore, créateurs de monstres chez Weta Workshop, sans oublier plusieurs illustrateurs-storyboarders et développeurs d’animations spécialistes en texture chez Moving Picture Company (MPC), ou encore les spécialistes du son, du mouvement et de la gestuelle, qui partagent tous la vision d’Edwards de la créature. 

"Nous avons tous échangé des idées. Cela nous a permis de nous représenter Godzilla, comme si nous l'avions en face de nous. Dans nos discussions, on se posait souvent la question suivante, 'Si c’était un être humain, à quoi ressemblerait-il ?' Et après mûre réflexion, nous avons eu l’idée de l'envisager comme le dernier samouraï : un vieux guerrier solitaire qui préfèrerait vivre retiré du monde s’il le pouvait, mais dont les événements l’obligent à quitter sa retraite. Nous avons énormément dessiné et conceptualisé autour de cette idée et cela nous a pris plus d’un an avant d’obtenir le résultat qui nous plaisait", rapporte le réalisateur. 

Du haut de ses 108 mètres, Godzilla est la créature la plus imposante jamais représentée à l’écran. Dès le début, elle a été entièrement conçue en infographie pour conserver au personnage sa forme et son identité légendaires. Ce bipède amphibien radioactif est un colosse au dos entièrement recouvert d’écailles et d’ailerons se dressant jusqu’à la pointe de sa longue queue remuante. Godzilla relève de l’espèce imaginaire du Godzillasaurus, que les paléontologues s’amusent à considérer comme un cousin beaucoup plus grand du Tyrannosaurus rex ou du Ceratosaurus. 

Dans leur volonté de restituer l'identité même de Godzilla, les producteurs sont remontés à ses origines, en 1954, alors que Teizo Toshimitsu conçoit pour Toho la célèbre combinaison en latex avec l’aide d’Eizo Kaimai, Kanju Yagi et Yasue Yagi. Porté avec le succès que l’on sait par l’acteur Haruo Nakajima, le costume ainsi créé allait être métamorphosé par Ishiro Honda suite à une catastrophe nucléaire : Godzilla est devenu un être en chair et en os crachant un souffle atomique bien visible sur un Tokyo ravagé. Même si les effets ont été, à l’époque, considérés comme révolutionnaires, les producteurs savaient pertinemment que, 60 ans plus tard, ils disposaient des moyens nécessaires pour rendre Godzilla plus réaliste que jamais. 

"Ça a été incroyablement exaltant de puiser notre inspiration dans les tout premiers films, mais Gareth nous avait dès le début donné le mot d’ordre suivant : tout ce que nous allions créer devrait paraître parfaitement vraisemblable. Il faut que le spectateur arrive à croire qu’il y a bien une bête de plus de 108 m de haut en train de dévaster les rues de San Francisco", confirme le superviseur des effets visuels, Jim Rygiel. 

En amont du tournage, Rygiel a monté et projeté aux producteurs les premiers tests concluants de la créature en mouvement. "La salle a été traversée d’un même hoquet de surprise. Gareth et l’équipe des effets visuels ont réussi un sacré tour de force qui n’était pas possible il y a encore 5 ans, quand on voit le degré de précision et les mouvements naturels de la créature. Ça donne presque l’impression de découvrir Godzilla pour de vrai et pour la toute première fois", se rappelle Tull. 

Mais sous son apparence, c'est l'identité et la présence du personnage qui ont toujours fait de Godzilla une créature exceptionnelle. "Il a un impact étonnant sur les gens parce qu’il vous terrifie et vous séduit tout à la fois, et c’est bien pour ça que ce personnage continue de fasciner après toutes ces années. Godzilla est clairement une créature cauchemardesque, mais il possède également une part d’innocence et d’intégrité. C’est d’abord un être primaire dont on ne sait quelles vont être les réactions, mais il possède aussi des qualités très héroïques, et cette dichotomie le rend particulièrement captivant", souligne Mary Parent. 

Tout comme les êtres humains avec qui il partage l’affiche, l'âme de Godzilla se lit sur son visage. Tandis que sa nouvelle peau est étroitement ajustée à son crâne petit et allongé, à son large museau et à sa gueule de carnivore, les producteurs ont étudié de près les expressions de chiens et d’ours, pour le parer de tout un ensemble d’expressions pendant les combats, tout en lui attribuant la noblesse de port de l’aigle. 

Pour enrichir les expressions et les attitudes du personnage, Edwards s'est entouré du collaborateur de Rygiel sur la trilogie du SEIGNEUR DES ANNEAUX, Andy Serkis, connu pour son travail de pionnier en matière de "performance capture" : en effet, celui-ci a mis son talent singulier au service de personnages conçus en infographie tels que Gollum, César (dans LA PLANÈTE DES SINGES : LES ORIGINES) et King Kong, et a donné à Godzilla toute une palette émotionnelle. 

"Au début du processus, j’avais l’impression que nous pourrions déterminer l'identité de Godzilla et que nous serions à même de le contrôler", constate Edwards. "Mais en avançant dans le tournage, nous avons compris que Godzilla nous imposerait sa personnalité, de la même façon que des acteurs s’emparent et s’approprient leur personnage. Nous ne pouvions pas complètement faire ce que nous voulions, et il s’agissait plutôt de tester différentes idées et d’essayer plusieurs angles d’approche. Et il s’est petit à petit imposé à nous". 

La touche finale permettant de donner vie à Godzilla ne réside pas dans son allure, mais dans les sons qu'il produit. Akira Ifukube, compositeur du thème envoûtant et menaçant qui accompagne le lancement de Godzilla sur les écrans en 1954, avait eu l’idée à l’époque de créer le rugissement bien connu en frottant un gant en cuir recouvert de résine contre les cordes distendues d’une contrebasse. Puis, le résultat final a été obtenu grâce au concepteur d’effets sonores Ichiro Minawa qui avait modifié la vitesse de défilement pour personnaliser chaque sonorité. 

"Le rugissement de Godzilla ne s’improvise ou ne se bâcle pas. Il n’y en a qu’un seul et il est pratiquement impossible à restituer, quelles que soient vos méthodes", ajoute Tull. 

Bien avant le début du tournage, les producteurs ont eu recours aux ingénieurs du son oscarisés Erik Aadahl et Ethan Van der Ryn (de la saga TRANSFORMERS) pour expérimenter plusieurs techniques afin de pouvoir recréer le rugissement glaçant et déchirant de Godzilla, ainsi qu'une palette sonore susceptible de donner à l’action un sentiment viscéral et de faire trembler les murs. "La bande-son du film de 1954 est proche de ce que l’on entendait sur bande magnétique dans les années 1950. Mais nous voulions rendre un son 'live' dans toute sa puissance grâce aux dernières technologies, et en restant le plus fidèle possible à l’original", observe Edwards. 

Les ingénieurs du son ont utilisé toutes sortes de techniques, et ont même essayé de passer un gant en cuir enduit de résine de pin sur une contrebasse, pour recréer ce qui semblait impossible. "Ce rugissement est probablement l’effet sonore le plus célèbre de l’histoire du cinéma et nous voulions lui rendre hommage tout en créant quelque chose de nouveau", explique Erik Aadahl. "Nous nous sommes retrouvés à enregistrer des centaines de sons différents qui possédaient les mêmes qualités et timbres que l’original, lorsque nous avons découvert une séquence qui nous a tous filé la chair de poule. Finalement, nous voulions qu’elle traduise toute la puissance et la violence de Godzilla, véritable force de la nature, de façon à ce que quiconque ferme les yeux et l’entende se dise immédiatement : 'C’est Godzilla !'". 

Scindant le son original en trois séquences – un cri métallique suivi d’un gémissement stupéfiant pour finir sur un beuglement –, les ingénieurs du son ont mené des essais approfondis à partir de nombreuses sonorités, jusqu’à l’obtention d’une combinaison riche de toutes les textures et de la tension stupéfiante du rugissement originel de Godzilla. "Ce qu’ils ont créé va vous faire frissonner de la tête aux pieds. C’est un rugissement déchirant et impressionnant enfin digne de Godzilla", souligne Tull. 

Les effets sonores surnaturels ne manquent pas dans le film et ont été enregistrés en haute définition à une fréquence d’échantillonnage de 192 kHz – que l’oreille humaine ne peut capter – qu’ils ont ensuite abaissée pour être audible par l’homme. La palette sonore de GODZILLA comprend aussi les environnements réalistes au sein desquels l’histoire se déroule. Aadahl et Ethan Van der Ryn ont donc dû aller sur le terrain pour faire des enregistrements dans des tunnels et sur des porte-avions. "Gareth est un visionnaire et un perfectionniste, il nous a donc toujours encouragés à repousser nos limites et à tenter de nouvelles approches. Travailler sur GODZILLA a été une aventure vraiment à part que nous avons partagée tous ensemble et c’est l’une des meilleures expériences que nous ayons jamais vécues", constate Van der Ryn. 

L’un de leurs objectifs a consisté à faire du rugissement de Godzilla une réalité. Les ingénieurs du son ont donc installé un système sonore de plus de 3,5 m de haut et de la largeur d'un boulevard des studios de Warner, à Burbank, en Californie. Le rugissement était craché par des enceintes de 100 000 W disposées à intervalles réguliers. Puis, ils en ont enregistré les réverbérations sous différents angles, par exemple depuis l’intérieur de voitures, derrières des vitrines de magasins, ou dans des ruelles. Ce son faisait non seulement trembler les tuyaux et les toitures, mais il résonnait à presque 5 km à la ronde. 

Dans le règne animal, un rugissement exprime une gamme d’émotions, mais il est plus souvent et efficacement utilisé pour clamer sa supériorité par un prédateur dominant qui se sent menacé, "ce qui est justement le cas dans notre film. Dans notre histoire, ce n’est pas Godzilla qui essaie de détruire la planète. Il ignore complètement notre présence : pour lui, nous sommes pareils à des moucherons. Mais nous partageons le même monde et nos actes ont pour conséquences de mettre en danger cette planète et Godzilla lui-même. Nous avons voulu imaginer le pire ennemi qui soit pour Godzilla, et nous espérons avoir, par la même occasion, créé un scénario inédit pour le public", suggère Edwards. 

UN MONDE EN MUTATION 

Réalisateur autodidacte, Gareth Edwards s’est lancé dans cette production titanesque avec toute l’inspiration et la débrouillardise dont il a fait preuve pour son film indépendant MONSTERS. En s’entourant d’artistes dont il admire le travail depuis longtemps, le cinéaste a constitué une équipe de collaborateurs inspirés qui ont partagé et su affiner sa vision du film et de Godzilla. 

"Quand vous vous retrouvez à faire un film comme celui-ci, vous pouvez dresser une liste de toutes les personnes possibles avec qui vous aimeriez travailler", raconte Edwards. "J’ai eu la grande chance de pouvoir réunir tous ceux qui figuraient en haut de ma propre liste. Tous nos chefs de postes ont changé le monde du cinéma à leur manière : ils ont tous concouru à faire de ce long métrage une expérience cinématographique remplie d’émotions et d’aventures, dans la tradition des films qui ont bercé notre enfance – ces mêmes films qui nous ont poussés à nous lancer dans le cinéma. Tout le monde a été épatant et formidablement encourageant. C’était ma première grosse production et je n’arrêtais pas de demander, 'Est-ce que c’est normal ?' Ça a tout simplement été fantastique". 

Elizabeth Olsen souligne qu’Edwards a toujours gardé son sang-froid, en dépit du nombre important d’acteurs, des sept équipes de tournage et de la présence de 500 techniciens. "Il était capable de raconter l’histoire aux acteurs mais aussi, grâce à sa formation, de vraiment discuter et décider des aspects techniques du tournage avec son équipe. Je trouve ça génial de la part d'un réalisateur qui, pour son premier gros film, a su gérer tout ça sans se laisser déborder. Sa capacité à diriger une équipe avec calme a instauré une atmosphère détendue sur le plateau et permis à chacun de donner le meilleur de lui-même". 

En abordant GODZILLA, le réalisateur souhaitait avant tout se focaliser sur la narration et les rebondissements du récit. "Nous voulions vraiment que le public s’attache à ce qui se passe et aux raisons qui motivent les personnages d'agir de telle et telle façon. Je ne voulais pas du tout enchaîner des séquences spectaculaires de manière gratuite. En effet, l’idée a été de se brider et de jouer avec la tension du public et le suspense pour créer l’effet de surprise quand nous révélons enfin Godzilla dans toute sa splendeur pour la toute première fois", note le metteur en scène. 

Cette approche a prévalu pour chaque aspect créatif du film et a permis de mettre au point un langage visuel qui a donné toute sa crédibilité au rendu final, même dans les scènes les plus époustouflantes. "Je n’aime pas mettre des caméras dans des endroits improbables, et je ne voulais donc pas concevoir des mouvements d'appareil inenvisageables dans réalité. Nous avons tourné les plus scènes les plus spectaculaires, centrées autour du monstre, en utilisant le type de plans panoramiques et d’effets que l’on retrouve lors de la captation d'événements sportifs. Les cameramen ne sont pas extra-lucides, et les prises ne sont donc jamais parfaites. Ils installent les caméras là où ils pensent obtenir la meilleure prise et se tiennent prêts à tourner, et c’est l’effet que nous recherchions", poursuit Edwards. 

Le chef-opérateur Seamus McGarvey a vu le premier film d’Edwards lors de sa présentation au festival du film d’Édimbourg et, à l’époque, il avait été impressionné par son regard sur la psychologie humaine, y compris dans les circonstances les plus extrêmes. "Avec GODZILLA, vous avez affaire à un monstre mythique et ce qui est intéressant, c'est la juxtaposition de ces brefs moments que vivent les personnages à leur échelle, puis de s’en éloigner pour prendre conscience de la taille gigantesque du monstre qui se trouve derrière eux. Quand vous voyez une personne de taille humaine à côté d’une créature d’environ 108 m de haut, le contraste entre l’infiniment petit et l’infiniment grand vous met forcément une claque", déclare McGarvey.

Pour superviser l’intégration phénoménale de prises de vue réelles et d’images de synthèses, le coproducteur et chef-monteur Bob Ducsay a pu s’appuyer sur la prévisualisation qui recoupait tout le film. Il n’a plus eu qu’à assembler les séquences, ce qui a souvent entraîné un mélange de prévisualisation et de prises de vue abouties. "C’est un film très complexe à faire, mais c’était gratifiant de le voir prendre forme. Gareth n’est pas avare de prises de vues et tourne beaucoup de rushes, ce qui nous permet ensuite d'apporter une grande subtilité aux scènes les plus complexes ", fait remarquer Ducsay. 

La prévisualisation, en perpétuelle évolution, s’est avéré un outil essentiel à Edwards pour faire partager sa vision du film à la totalité des collaborateurs du film. "Lors de la prévisualisation, la tension était déjà palpable, si bien que vous sautiez sur votre siège, et ce n’est pas ce qui se produit généralement à ce stade, lorsqu'on visionne des animations grossières. On pressentait déjà la menace et le mystère qui nous ont tous donné envie de voir la version finale du film", révèle Tull. 

Edwards l’a également projetée aux acteurs avant de tourner des scènes importantes pour les guider dans leur propre conception de la séquence et les aider dans leur jeu lorsqu'ils sont confrontés au vide censé être occupé par le personnage colossal. Lorsque les caméras tournaient, Edwards se servait d’un porte-voix pour raconter ce qui était en train de se passer, comme un présentateur lors d’un événement sportif, le tout étant souvent ponctué d’une explosion orchestrée par le coordinateur des effets spéciaux, Joel Whist, ou bien d’un rugissement qu’ils avaient mis au point pour plus d’effet. 

"Je posais le micro contre le haut-parleur de l’iPod pour que chacun des rugissements retentisse au bon moment et c’était d’ailleurs particulièrement efficace. Vous sentez la différence, je crois, entre les prises pendant lesquelles on n’ajoutait aucun son sur le plateau et celles pendant lesquelles le rugissement de Godzilla retentissait, car il y a quelque chose d’assez primal dans ce cri. Et c'est ce qui me fait dire qu’on ne peut y rester insensible", indique Edwards. 

Au milieu du chaos, il a fallu imaginer des cascades élaborées – sous la houlette des chefs-cascadeurs John Stoneham, Jr. et Jake Mervine, et du chef cascadeur de la 2ème équipe, Layton Morrison –, ce que les acteurs ont trouvé stimulant. "Vous vous retrouvez au milieu du chaos le plus total, ça se déchaîne tout autour de vous et la caméra est pile au coeur de l’action", raconte Aaron Taylor-Johnson."Ça vous donne l’impression d’être en train de regarder ce qui se passe tout en le vivant. Gareth a une façon bien particulière de tourner ce film, et vous vous retrouvez alors vraiment à l’intérieur d’une voiture ou en haut d’un immeuble et c’est tout simplement extraordinaire à vivre, même sans effets spéciaux". 

En concevant le film et en choisissant d’alterner les séquences intimes avec les scènes de pure action ou de tension dramatique, en jouant à la fois avec des sources de lumière naturelle et des éclairages sombres et atmosphériques, McGarvey a encore rehaussé le contraste visuel en montant des objectifs anamorphiques de Série C datant des années 1970 sur des caméras numériques Arri Alexa dernier cri – de façon à comprimer l’image à la prise de vue puis de l’étirer à la projection. "Avec ce film, nous sommes à la pointe des techniques numériques et des effets visuels. Mais l’idée était de faire disparaître l’aspect technique pour gagner en fluidité et offrir au public des images saisissantes qui lui donnent l’illusion d’assister en direct à une situation bien réelle. Nous adaptons des objectifs anciens à des caméras modernes pour retrouver des flamboiements dignes des vieux classiques et tout ce qui fait le charme des films de cette époque que Gareth et moi affectionnons tous les deux. Nous avons volontairement, et largement, recouru à la caméra à l'épaule pour donner l’impression que le caméraman est en train d’assister à tout ça en direct. Dans le même temps, nous avons tourné en anamorphique et nous avons ainsi de grandes scènes spectaculaires. Le tout donne le sentiment de regarder un film en Cinémascope, ce qui correspond au format qu'on est en droit d'attendre pour une production de cette ampleur", précise McGarvey. 

GODZILLA se déroule principalement à deux époques : dans le Tokyo et les Philippines de 1999, et de nos jours. Le chef-décorateur Owen Paterson a pris plaisir à restituer les éléments représentatifs de plusieurs sites et de différentes périodes pour évoquer toute la gamme de changements qui interviennent dans un décor, entre un environnement normal et un lieu totalement dévasté. "Nous avons réalisé des tonnes de croquis et de maquettes pour donner forme aux environnements que nous voulions, avant de construire avec minutie près d’une centaine de décors - ce qui est rare et considérable pour un seul film –, et dont certains sont immenses. Il fallait que ce soit un vrai plaisir pour les yeux et vraisemblable en matière d’espace et d’époque". 

La chef costumière Sharen Davis s’est, elle aussi, inspirée des époques traversées par le film pour concevoir des costumes qui n’attirent pas l’attention sur eux, mais se fondent tout naturellement avec les personnages et leurs trajectoires personnelles. "Dans tout le film, on retrouve une forte présence militaire. Il a donc fallu trouver ou recréer toute une panoplie qui va d’une tenue d’officier des années 1950 à celle du personnel de sécurité japonais de la fin des années 1990 ou encore aux uniformes contemporains de la marine et de l’armée de terre américaines. Il était primordial de ne commettre aucune erreur. Ce qui était tout aussi fascinant, c'était de retracer l’évolution de ces personnages. Joe Brody, par exemple, subit des changements spectaculaires en 15 ans. Chaque style propre aux différentes époques du film ne devait pas agresser le regard, mais au contraire se fondre dans le quotidien. Ce devait être le genre de vêtements que l’on remarque parfois au JT lorsque des gens ordinaires se retrouvent soudain les acteurs d’événements extraordinaires", souligne Sharen Davis. 

Pour maintenir l’illusion qu'un événement inimaginable se produit et envahit le quotidien, Paterson a conçu et bâti les univers variés du film avec un sens du naturel et du réalisme toujours à l’esprit. "Gareth a conçu une façon intéressante de raconter une telle histoire. Je crois qu’il aimerait donner l’impression au spectateur d’être un documentariste animalier en pleine savane africaine, en train d’observer un rhinocéros femelle qui allaite, quand celui-ci se met brusquement à nous charger. Sauf qu’au lieu de ça, ce sont des monstres gigantesques qui nous attaquent. C’est un conteur fabuleux, et du coup, c’était chouette d’essayer de créer pour lui des décors qui soient vraisemblables, même si l’on y intégrait ensuite ces personnages numériques plutôt exotiques. Il voulait filmer un maximum de choses de manière traditionnelle, et c’est pourquoi vous avez des décors détaillés dont le premier plan et l'arrière-plan pouvaient être prolongés ou bien fusionnés avec des effets visuels pour qu’ils gagnent en envergure et en précision", note-t-il. 

Le réalisateur, qui a affûté ses connaissances en matière d'effets visuels pendant qu’il faisait ses armes à la télévision britannique, a pris grand plaisir à travailler avec le pionnier des effets visuels Jim Rygiel, qui a fait de la Terre du Milieu de la saga du SEIGNEUR DES ANNEAUX une réalité à part entière. Gareth Edwards a aussi eu la chance de travailler certains effets visuels avec John Dykstra, dont la notoriété dans le milieu remonte à LA GUERRES DES ÉTOILES. 

"Gareth sait créer des monstres en 3D sur son ordinateur portable, et c’est là ce qui m’a rendu la tâche plus facile et plus amusante. Sur d’autres projets, j’aurais peut-être dû utiliser des fonds verts dans tous les coins. Mais Gareth souhaitait filmer entièrement sur fond noir pour mieux coller à la photo stylisée envisagée par Seamus. Dans le milieu des effets visuels, tout le monde déteste la fumée et la poussière parce qu’il faut ensuite s’en débarrasser à l’écran pour les réincorporer après. Mais quand vous voyez les prises de vue au final, vous en sentez toute la profondeur et la densité, au lieu de tout voir distinctement dans une scène parfaitement éclairée", rappelle Rygiel. 

Les effets visuels ont été confiés à deux sociétés. Installée à Londres, Double Negative était en charge des environnements et de leur mise en valeur, tandis que Canadian Motion Picture Park (CMPP), à Vancouver, devait superviser la créature. C'était un vrai défi de faire cohabiter avec fluidité, et en toute vraisemblance, ces éléments numériques et le monde réel. "Dans notre film, il y a de grandes batailles avec un monstre, des villes détruites, un tsunami, des opérations militaires à tout va et beaucoup d’éléments inhabituels. Mais chaque composant devait être parfaitement crédible", souligne Rygiel. 

La touche finale du film a été la musique, qu’Edwards a ébauchée avant de convaincre Alexandre Desplat de la composer. "Sur un film comme celui-ci, il n'y a rien de tel que la musique pour être inspiré. La première chose que je fais est de créer sur mon téléphone une playlist des musiques de films que j’ai adorées et que je trouve tout indiquées sur le plan de la tonalité pour ce film, en prenant en compte les émotions troublantes, mais aussi l’horreur macabre et sombre qui plane. Alexandre a su créer une bande-originale brillante", confie Edwards.

Pour avoir vu MONSTERS, Desplat appréciait le souci d’Edwards pour la dimension émotionnelle de ses personnages, en marge des événements spectaculaires qu’ils traversent. Cette sensibilité l’a guidé dans son travail de composition pour GODZILLA. "En dépit du danger, vous ne pouvez réellement vous soucier des personnages si vous n’êtes pas en empathie avec eux. Avec GODZILLA, je jugeais important d’insister sur le profond sentiment de deuil qui habite Ford et Joe dès le début du film et que nous continuons de ressentir tandis que nous suivons ces êtres brisés jusqu’à nos jours", affirme le compositeur. 

Étant donné que Godzilla est un personnage d'une puissance inimaginable qui guide l’action du film, Desplat a aussi beaucoup apprécié de pouvoir créer une partition témoignant d'une forte sonorité acoustique, lorsqu’il a enregistré la bande-originale définitive avec le Hollywood Studio Orchestra. "Je n’avais encore jamais fait de film de monstre auparavant. Du coup, pouvoir travailler avec plus d’une centaine de musiciens pour l’occasion – avec contrebasses et cors doubles – m’a permis de donner libre cours à mon imagination et à ma créativité. C’est palpitant ! Gareth est très sensible à la musique, ce qui était très précieux pour moi. Quand je lui passais dans mon studio les morceaux que j’avais composés, je pouvais le voir regarder l’écran et écouter en même temps. J’ai toujours essayé de maintenir la tension, mais il était important de savoir quand relâcher un peu la pression. Par exemple, une scène avec des gens dans la rue peut paraître sans intérêt. Rien de spécial ne se passe, mais au lieu de laisser la tension retomber, vous pouvez la maintenir. C’est une structure que j’ai élaborée avec Gareth au fur et à mesure que le film et la musique prenaient corps. Il y a donc un grand sens de la continuité entre ce que l’on voit et ce que l’on entend", explique Desplat.

"Pour moi, Alexandre [Desplat] fait un peu figure de héros en musique et la bande originale qu’il a créée pour le film est bluffante. J’en suis vraiment très heureux. Je n’arrive toujours pas à croire qu’Alexandre ait signé la musique de GODZILLA, mais en plus il s’agit de mon film ! C’est mon cadeau le plus précieux", déclare le réalisateur, sous le charme. 

GODZILLA DÉBARQUE 

Comme le personnage éponyme, l'intrigue que relate le film commence au Japon. "C'est là qu'est né Godzilla, si bien qu'on s'est dit que c'était bien d'y faire démarrer notre histoire, qui nous emmène à l'autre bout du monde, jusqu'à San Francisco, où se déroule la grande bataille du film", affirme Tull. 

Le film a été tourné en décors naturels sur l'île d'Oahu, à Hawaï, à Las Vegas et à Vancouver, sans oublier San Diego (en Californie) et Tokyo. Paterson et son équipe de décorateurs – dirigée par le directeur artistique senior Grant Van Der Slagt, et les directeurs artistiques Dan Hermansen, Ross Dempster et Kristen Franson, ainsi que la directrice de plateau Elizabeth Wilcox – ont conçu et mis au point des décors, intérieurs et extérieurs, d'une grande richesse sur les plateaux du Canadian Motion Picture Park (CMPP) à Burnaby, dans les environs de Vancouver. 

L'une des premières scènes a été tournée au Vancouver Convention Center (Palais des Congrès), dont la structure spacieuse a permis de camper les aéroports internationaux d'Honolulu et de Tokyo. 

Plusieurs sites canadiens célèbres ont servi pour les séquences de destruction les plus spectaculaires. "Bien entendu, jamais une créature gigantesque ne viendra détruire nos villes, mais tout être humain sur cette planète a sans doute déjà subi ce genre de destruction ou en tout cas en a vu les conséquences à la télé", souligne le réalisateur. 

Les rues du centre-ville de Vancouver ont servi pour les prises de vue du quartier financier de San Francisco assiégé. Elizabeth Olsen, présente sur le plateau ce jour-là, s'est donc retrouvée parmi les réfugiés fuyant, terrorisés, le cataclysme qui s'abat sur leur ville. "Ce que j'ai adoré, c'était de participer à ces séquences où les habitants tentent de trouver un lieu sûr", confie l'actrice. "J'étais parmi ces gens qui se précipitaient tous dans la même direction. Je n'avais encore jamais tourné une scène avec autant de figurants, mais lorsqu'on est parmi une telle foule, on ressent quelque chose qui vous prend aux tripes. Et j'avais un sentiment de vivre une expérience particulièrement réaliste". 

San Francisco a également été reconstitué en studio chez CMPP. Sur l'un des plateaux, Paterson a réaménagé un ensemble d'immeubles existants pour camper une petite rue de Chinatown, et a également bâti l'entrée donnant sur un énorme gouffre situé sous le quartier chinois, cible de Ford lorsqu'il est largué en parachute avec son équipe. 

Ce gouffre, baptisé "l'antre du Dragon" par Edwards, a été construit en studio, et aménagé pour regorger d'épaves de voitures, et de débris en tous genres. Une fois cette séquence achevée, le plateau a été reconfiguré : il a ainsi servi de cadre à l'immense grotte située au-dessous de la mine des Philippines effondrée, où Graham et Serizawa pressentent qu'une force gigantesque et inconnue vient de débarquer sur notre planète. "C'est alors qu'on se rend compte que cette grotte n'est pas vraiment une formation naturelle : il s'agit d'une cage thoracique géante, pourvue d'os de près de 8 mètres de haut", souligne Paterson. "C'est un bon endroit où situer le début de notre histoire. Le génie est sorti de la lampe…" 

"Ce décor était tout simplement fascinant", s'enthousiasme Sally Hawkins. "Même si on tournait avec des fonds verts, la plupart du temps, on n'avait pas à imaginer quoi que ce soit. Tout était là. Nous étions au coeur de cette structure gigantesque, et les décors étaient extrêmement détaillés. Du coup, c'était assez facile de se représenter ces univers fascinants dans lesquels on s'engouffrait". 

Le cinéaste souligne que le fait d'avoir tourné ces deux scènes sur le même plateau traduit la symétrie inscrite au coeur du projet. "Ce que Graham et Serizawa observent dans la cage thoracique géante au début du film, et ce que Ford constate dans l'Antre du Dragon vers la fin sont liés dans notre histoire", dit-il. "Du coup, on avait l'impression, d'une certaine façon, que la boucle était bouclée". 

Autre extérieur construit par Paterson dans les studios CMPP : la reconstitution d'une portion de 120 mètres du Golden Gate Bridge (sur une longueur totale de 2700 mètres), où Edwards et le réalisateur 2ème équipe E.J. Foerster ont mis en scène plusieurs moments-phares du film. 

Pour obtenir un rendu spectaculaire, Rygiel a missionné plusieurs équipes au sommet des principaux gratte-ciels de San Francisco afin d'y tourner plusieurs vues panoramiques sous divers angles permettant d'appréhender ce paysage urbain à 360°. Grâce à un dispositif de photogrammétrie, l'équipe a pu ensuite intégrer ces images à une modélisation en 3D. "Cette technique permet d'obtenir une ville grandeur nature, qui reproduit le modèle avec une exactitude hallucinante", note-t-il. "C'est ainsi qu'on a pu incruster nos monstres infographiques dans les prises de vue réelles et donner le sentiment qu'ils détruisent des immeubles – virtuels – avec un réalisme époustouflant". 

La production a également tourné à Finn Slough, petit village de pêcheurs d'origine finlandaise niché sur la Fraser River à Richmond, en Colombie britannique. Aujourd'hui à l'abandon, le village abrite encore quelques habitants qui vivent dans des cabanes en bois en piteux état, construites sur pilotis, le long de la rive marécageuse du fleuve. Edwards a choisi cet emplacement – ainsi que quelques coins de New Westminster spécialement aménagés pour donner l'illusion que la nature y a repris ses droits – afin de camper la zone de Tokyo mise en quarantaine où Ford, accompagné de son père, s'aventure pour tenter de localiser la maison de son enfance. 

Deux autres sites de Vancouver ont été choisis pour y installer la centrale nucléaire de Janjira : la fabrique de papier Catalyst pour les extérieurs et la station d'épuration des eaux usées d'Annacis Island pour les intérieurs. Le coeur du réacteur, lui, était construit en plateau. 

Parmi les autres sites de Vancouver, citons les rives du Lac Alouette du Golden Ears Provincial Park, où Edwards a tourné un sauvetage en hélico au milieu d'un paysage de désolation, et le ponton d'embarcation de Steveston, à Vancouver, qui a campé le célèbre Fisherman's Wharf de San Francisco. 

Une fois la partie canadienne du tournage achevée, l'équipe a mis le cap sur l'île la plus peuplée de l'archipel d'Hawaï, Oahu, pour y tourner plusieurs scènes situées à Waikiki Beach ou encore dans une carrière de pierres figurant l'entrée vers la mine effondrée. 

Pour la séquence de générique, l'équipe s'est rendue à l'est d'Oahu pour y reconstituer un atoll du Pacifique où des essais de bombe à hydrogène ont été menés au début des années 50 qui, d'ailleurs, ont fait une victime l'année de la sortie du premier GODZILLA. 

Puis, l'équipe s'est installée à Pearl Harbor, lieu emblématique de la Seconde guerre mondiale qui abrite une base navale toujours en activité et un mémorial en hommage à tous ceux qui ont péri dans cette attaque responsable de l'entrée en guerre des États-Unis. Edwards a tourné trois scènes à bord du USS Missouri, où le célèbre "mémorial flottant" campe le navire de guerre USS Saratoga qui traque Godzilla à travers le Pacifique. Puis, l'équipe s'est rendue dans la base aérienne voisine d'Hickam, où Edwards a filmé Aaron Taylor-Johnson à bord d'un authentique avion C-17 : il s'agit de la scène où le personnage s'apprête à être largué en parachute sur San Francisco. 

Consultant militaire, James D. Dever a lui-même participé à des largages en HALO, et a donc collaboré avec le chef-cascadeur JT Holmes pour donner à cette scène de chute opérationnelle la plus grande authenticité possible. "Les cascadeurs ont été initiés à la chute de type HALO, et ont fait un boulot génial", signale Dever. "Dans le film, on verra des membres de l'armée de l'air déplacer des missiles balistiques à longue portée, des marins manoeuvrer un porte-avions et toutes sortes d'engins mobiles, comme des hélicoptères Huey, des torpilleurs et des avions F-35. Mon boulot a consisté à faire en sorte que tout cela soit parfaitement crédible". 

Outre les conseils qu'il a apportés en matière militaire – concernant la chaîne de commandement, la terminologie spécifique, le matériel, les armes et les univers propres à l'armée –, Dever a également assuré la liaison avec le ministère américain de la Défense afin d'avoir accès à plusieurs équipements militaires et de pouvoir mobiliser de nombreux soldats américains et canadiens, campant les figurants des bataillons du film. "Il se trouve que pas mal de fonctionnaires du ministère de la Défense sont eux-mêmes fans de Godzilla", remarque Edwards en souriant. "Je crois qu'ils ont pris du plaisir à participer à ce tournage". 

Sergent-major des Marines à la retraite, Dever a également entraîné Aaron Taylor-Johnson afin que son attitude soit conforme à celle d'un officier de la Navy. "Je l'ai fait bosser pendant trois jours dans un camp d'entraînement, pour lui apprendre à manier son arme, à enfiler son barda et à se conduire en officier de la marine américaine", confie Dever. "Aaron était comme une éponge, à l'affût d'informations, car il voulait faire les choses dans les règles de l'art, et il y est parvenu. C'était un vrai bonheur de travailler avec lui". 

L'équipe a également pris ses quartiers sur le célèbre front de mer de Waikiki pendant deux jours, afin d'y tourner la destruction du Hilton Rainbow Tower par un tsunami. La production a réussi l'impossible : fermer l'artère la plus commerciale de Waikiki, Lewers Street, pendant quinze heures afin de tourner les plans de centaines de figurants fuyant la vague géante. 

"Notre objectif dans cette séquence, comme dans toutes les scènes de destruction, était le réalisme le plus complet", constate Paterson. "Gareth voulait ancrer suffisamment le film dans la réalité pour que, une fois sorti de la salle de cinéma, le spectateur se demande pourquoi les immeubles qu'il a vus réduits en cendres sont toujours debout". 

"Le film procure une expérience beaucoup plus intense et gratifiante si l'on y croit", ajoute Mary Parent. "Godzilla mérite qu'on raconte son histoire dans un film digne de lui, et Gareth a su réunir des collaborateurs hors pair d'une telle intelligence et d'un tel talent que le résultat est inédit. C'était une équipe gagnante ! Le film vous embarque dans une aventure trépidante, dont Godzilla est le héros". 

Rogers précise : "Je suis très fier d'avoir participé à cet hommage à Godzilla à l'occasion de son 60ème anniversaire, d'avoir contribué à le ressusciter pour ses fans fidèles, et à le faire découvrir aux jeunes générations qui n'ont pas encore eu l'opportunité de découvrir le 'roi des monstres'". 

Jon Jashni ajoute : "Quand on assiste au tournage sur le plateau, ou qu'on regarde des rushes, ça n'a rien à voir avec le visionnage de scènes montées précisément prouvant que le réalisateur a su obtenir un climat et un ton bien particuliers. Je me souviens que, dans la salle de montage, j'observais Gareth en train de nous montrer quatre ou cinq séquences et que je m'étais alors dit, 'il y est arrivé'. Il avait, d'une certaine façon, réussi à s'approprier le film. J'étais heureux pour lui, et pour nous, car il était, de toute évidence, très bien parti pour obtenir ce qu'on ambitionnait tous de faire". 

"Ceux qui ont été bercés par Godzilla dans leur enfance ont une telle tendresse pour le personnage qu'on avait hâte de le voir revivre à l'écran", analyse Tull. "Le premier film de la saga est sorti il y a 60 ans. Autant dire que le nombre de fans a eu le temps de croître… Aujourd'hui, il existe toute une génération qui n'a pas encore eu 'son' Godzilla. Nous espérons donc pouvoir satisfaire les inconditionnels du monstre comme la nouvelle génération".

Au terme du tournage, Edwards compare cette expérience mémorable au moment où Ford finit par se retrouver face à face avec le dinosaure mythique. "Avant de commencer, je sentais comme une épée de Damoclès au-dessus de moi", dit-il. "Et puis, vers la fin du tournage, j'ai compris que Godzilla était mon sauveur. J'ai eu la chance de travailler avec des collaborateurs extrêmement doués qui n'ont pas ménagé leur peine pour obtenir un tel résultat. Je suis extrêmement fier d'avoir réalisé ce film. Si on devait me coller une étiquette, je serais ravi d'être connu comme réalisateur de films de monstre – et Godzilla est le monstre le plus génial qui soit !" 

Affiches américaines



Autre post du blog lié à GODZILLA : http://epixod.blogspot.fr/2014/03/back-to-future_28.html

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