lundi 2 décembre 2013

Back to the future








Biopic/Drame/Histoire/Très beau film avec un acteur principal bluffant

Réalisé par Justin Chadwick
Avec Idris Elba, Naomie Harris, Tony Kgoroge, Riaad Moosa, Fana Mokoena, Zolani Mkiva, Simo Magwaza, Thapelo Mokoena, Lindiwe Matshikiza, Terry Pheto, Zikhona Zldlaka, Atandwa Kani, Siza Pina...

Long-métrage Britannique/Sud-africain
Titre original : Mandela: Long Walk to Freedom
Durée : 02h26mn
Année de production : 2013
Distributeur : Pathé Distribution

Date de sortie sur les écrans britanniques: 3 janvier 2014
Date de sortie sur les écrans sud-africains : N/A
Date de sortie sur nos écrans : 18 décembre 2013 


Résumé : Né et élevé à la campagne, dans la famille royale des Thembus, Nelson Mandela gagne Johannesburg où il va ouvrir le premier cabinet d’avocats noirs et devenir un des leaders de l’ANC. 
Son arrestation le sépare de Winnie, l’amour de sa vie qui le soutiendra pendant ses longues années de captivité et deviendra à son tour une des figures actives de l’ANC.
À travers la clandestinité, la lutte armée, la prison, sa vie se confond plus que jamais avec son combat pour la liberté, lui conférant peu à peu une dimension mythique, faisant de lui l’homme clef pour sortir son pays, l’Afrique du Sud, de l’impasse où l’ont enfermé quarante ans d’apartheid. Il sera le premier Président de la République d’Afrique du Sud élu démocratiquement. 

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : Les biopics (film dont le scénario s’inspire de la vie d’un personnage célèbre) ne sont pas un genre que j'apprécie particulièrement. Je leur trouve souvent trop d'émotions larmoyantes ou de libertés prises par rapport à la réalité. 
Avec MANDELA : UN LONG CHEMIN VERS LA LIBERTÉ, rien de tout cela. Au contraire, il s'agit d'un film solide et très bien équilibré. Le réalisateur, Justin Chadwick, décrit l'homme, avec ses qualités, ses défauts, ses doutes, nous parle de sa vie privée notamment avec Winnie (interprétée par Naomie Harris), dépeint le personnage public, le leader, le stratège... 






Raconter la vie de Nelson Mandela, cet homme au parcours exceptionnel, à la force de caractère et aux convictions indéfectibles, est, à mon avis, un immense défi. Et le film lui fait honneur, je pense. 
Le réalisateur réussit habilement à lier l'Histoire de l'Afrique du Sud à celle de Nelson Mandela. Elles sont indissociables, certes. Mais ce sont les points surlignés, les périodes choisies, les personnes impliquées et la manière de les relier qui rendent le film vraiment intéressant. Il nous expose les faits et nous laisse nous faire notre opinion.
L'imposant contenu explique la durée du film (2h25), même si on le souhaiterait un peu plus court. Mais il faudrait pour cela passer sur certains faits, ce qui serait dommage. 
Le réalisateur nous offre une mise en scène très variée, aussi riche que les dizaines d'événements différents décrits dans le scénario. Sa réalisation est très efficace. Il est aussi à l'aise avec des paysages magnifiques entourant un village africain que des scènes de manifestation qui vous bouleversent au plus haut point.




Mais, bien sûr, un biopic ne peux être réussit sans un acteur (ou une actrice) principal(e) à la hauteur. Idris Elba rend véritablement hommage à la personnalité et au charisme de Nelson Mandela. Il est superbe et incroyablement crédible. Il n'en fait jamais trop et joue très juste dans les scènes les plus clefs

MANDELA : UN LONG CHEMIN VERS LA LIBERTÉ touche les spectateurs en racontant une vie passionnante, en nous faisant découvrir un homme exceptionnel et en mettant en avant l'Histoire et la terrible lutte interne d'un pays splendide. C'est une réussite.


Nelson Mandela - Biographie résumée

Nelson Rolihlahla Mandela est né le 18 juillet 1918 à Mvezo, en Afrique du Sud. Il est issu d’une famille royale Thembu de l’ethnie Xhosa. Diplômé, il rejoint l’université de Fort Hare, la seule université acceptant les Noirs, pour y entamer des études de droit où il rencontre Oliver Tambo. Il découvre le nationalisme afrikaner et adhère à la doctrine de nonviolence prônée par Gandhi.

En 1944, Nelson Mandela rejoint le Congrès National Africain (ANC) dirigé par Alfred Xuma. La même année il épouse Evelyn Ntoko Mase. En 1945, Xuma introduit pour la première fois l’exigence du suffrage universel non racial (« one man one vote ») dans les revendications du mouvement. Il doit tenir compte de l’influence croissante de la toute jeune et radicale Ligue de jeunesse de l’ANC menée par Anton Lembede, Walter Sisulu et Oliver Tambo, à laquelle adhère Mandela, et qui incite aux actions de masse afin de lutter contre la domination politique de la minorité blanche et contre la ségrégation raciale.

Après les élections générales de 1948, le Parti National exclusivement afrikaner officialise l’apartheid.

En 1951, Oliver Tambo et Nelson Mandela sont les deux premiers avocats noirs de Johannesburg.

En 1952, Nelson Mandela est élu président de l’ANC du Transvaal et vice-président national. Il mène avec l’ANC, la « defiance campaign », qui prône la désobéissance civile contre les lois considérées injustes, campagne qui culmine dans une manifestation le 6 avril 1952. Sur les dix mille manifestants, huit mille cinq cents sont arrêtés, y compris Nelson Mandela. Il est condamné à neuf mois de prison avec sursis, il se voit interdire toute réunion et est placé en résidence surveillée chez lui à Johannesburg ; il utilise cette situation pour organiser l’ANC en cellules clandestines.

Cette campagne de résistance passive, qui prend fin en avril 1953, permet à l’ANC de gagner en crédibilité, passant de sept mille à dix mille adhérents. Son option non raciale lui permet de s’ouvrir aux Indiens et aux communistes blancs.

Suite à la signature de la « Charte de la Liberté » signée à Kliptown le 25 juin 1955, et alors qu’ils sont engagés dans une résistance pacifique, Nelson Mandela et cent cinquante-six autres personnes sont arrêtés le 5 décembre 1956 et accusés de trahison. Un procès marathon qui dure de 1957 à 1961 s’ensuit, où tous les prévenus, aidés notamment par des fonds internationaux, exploitent toutes les imprécisions de la législation et sont finalement progressivement relâchés puis acquittés par la justice sud-africaine.

En 1957, Nelson Mandela divorce puis épouse en 1958 Winnie Madikizela-Mandela.

Le 21 mars 1960 a lieu le massacre de Sharpeville, un « township » de Vereeniging, dans le sud du Transvaal.

Le Conseil de sécurité des Nations Unies vote le 1er avril la résolution 134, qui condamne le massacre et invite le gouvernement sud-africain « à abandonner ses politiques d’apartheid et de ségrégation raciale ». Albert Lutuli, le président de l’ANC, obtient le prix Nobel de la paix la même année.

En 1961, la stratégie non violente de l’ANC est alors abandonnée par Nelson Mandela, qui fonde Umkhonto we Sizwe (MK), branche militaire prônant l’action armée.

Le 5 août 1962, grâce aux renseignements fournis par la CIA, Nelson Mandela est arrêté après dix-sept mois de clandestinité et est emprisonné au fort de Johannesburg. Le 25 octobre, il est condamné à cinq ans de prison.

Le 11 juillet 1963, alors qu’il purge sa peine, la police arrête plusieurs dirigeants de l’ANC à Rivonia, au nord de Johannesburg, où est situé le quartier général de la direction d’Umkhonto we Sizwe.

Le 9 octobre 1963 débute le « procès de Rivonia » devant la haute cour de Pretoria présidée par Quartus de Wet, un juge afrikaner.

En juin 1964, les accusés sont jugés coupables de sédition et condamnés à la détention à perpétuité. Le Conseil de sécurité des Nations Unies condamne le procès de Rivonia.

Nelson Mandela est emprisonné dans l’île prison de Robben Island, où il reste dix-huit de ses vingt-sept années de prison. Sa notoriété s’étend au niveau international. Les prisonniers parlent aussi bien politique que de William Shakespeare, Nelson Mandela récitant et enseignant le poème Invictus (Invaincu) de William Ernest Henley afin de les encourager. Il profite de ces années pour apprendre l’histoire des Afrikaners et leur langue, l’afrikaans, afin de comprendre notamment leur mentalité et d’établir un véritable dialogue avec eux.

En 1971, l’Assemblée générale des Nations unies déclare l’apartheid « crime contre l’humanité ».

Le 16 juin 1976 éclatent les émeutes de Soweto, nouvelle étape dans la contestation et la répression.

En mars 1982, Mandela est transféré, en compagnie des principaux dirigeants de l’ANC à la prison de Pollsmoor, dans la banlieue du Cap.

Pendant toute la durée de l’emprisonnement de Nelson Mandela, la pression politique et économique internationale sur le gouvernement sud-africain se fait toujours plus forte, rendant le pays ingouvernable.

En 1985, il est le premier lauréat du prix Ludovic-Trarieux pour son engagement en faveur des droits de l’Homme. Comme il est en captivité, c’est sa fille qui reçoit le prix en son nom.

En juin 1988 a lieu le concert hommage des 70 ans de Nelson Mandela à Wembley, regardé par six cents millions de téléspectateurs dans soixante-sept pays, qui expose au niveau mondial la captivité de Mandela et l’oppression de l’apartheid.

Le 2 février 1990, le Président De Klerk annonce la levée de l’interdiction de l’ANC et de plusieurs autres organisations anti-apartheid, ainsi que la libération prochaine et sans condition de Nelson Mandela. Ce dernier est libéré le 11 février 1990 et l’évènement est retransmis en direct dans le monde entier. Il déclare son engagement pour la paix et la réconciliation avec la minorité blanche du pays, mais annonce clairement que la lutte armée de l’ANC n’est pas terminée.

Le 30 juin 1991, le parlement sud-africain vote la suppression des dernières lois piliers de l’apartheid encore en vigueur, sur la classification raciale et celle sur l’habitat séparé.

En juillet 1991, Nelson Mandela est élu président de l’ANC à l’occasion de la première conférence nationale de l’ANC en Afrique du Sud.

Les efforts de Nelson Mandela et du Président Frederik De Klerk sont reconnus mondialement quand ils reçoivent conjointement le prix Nobel de la paix en 1993 en hommage à « leur travail pour l’élimination pacifique du régime de l’apartheid et pour l’établissement des fondations d’une Afrique du Sud nouvelle et démocratique ».

À la suite des premières élections générales multiraciales du 27 avril 1994 remportées largement par l’ANC (62,6 % des voix), Nelson Mandela est élu Président de la République d’Afrique du Sud, il reste au pouvoir jusqu’en juin 1999.

À partir de 1996, Mandela laisse à Thabo Mbeki la gestion quotidienne du pays et en décembre 1997 il quitte la présidence de l’ANC.

Mandela se remarie le jour de ses 80 ans, en 1998, avec Graça Machel, née Simbine, veuve de Samora Machel, ancien président du Mozambique et allié de l’ANC.

Après sa présidence, il se consacre à plusieurs associations pour l’éducation et plus particulièrement il se consacre à la lutte contre le sida après la mort de son fils en 2005.


NOTES DE PRODUCTION
(A ne lire qu'après avoir vu le film 
si vous souhaitez garder un peu de mystère avant de le voir)

Il a fallu 16 ans au producteur Anant Singh pour arriver à porter à l’écran l’histoire personnelle de l’un des plus grands humanistes de l’histoire. Anant est issu de la troisième génération d’immigrants indiens d’Afrique du Sud, désignés par le gouvernement de l’apartheid comme « citoyens de couleur ». Il a lui-même mené la lutte pour la liberté. Il explique : 

« Madiba (nom de clan de Nelson Mandela) était une icône pour tous les combattants, et lorsque j’ai commencé à faire des films, j’ai tout de suite pensé que l’histoire de sa libération devait être racontée. » 

Anant Singh a commencé sa carrière de producteur en pleine apogée de l’apartheid, en exportant les premiers films anti-apartheid hors du pays. Ironiquement, il lui était interdit de les visionner dans les cinémas sud-africains, alors soumis à la ségrégation, en compagnie de réalisateurs blancs. 

C’est par l’intermédiaire d’une amie proche, Fatima Meer, célèbre activiste anti-apartheid et auteure de Higher than Hope – biographie sur Mandela approuvée par ce dernier alors en prison – qu’Anant Singh a fait la connaissance de Nelson Mandela. La rencontre s’est déroulée six semaines après la libération triomphale du leader, et le producteur a pu passer une heure en compagnie de Mandela chez Fatima Meer. Il se souvient : « Fatima m’avait invité chez elle et je suis tombé sur Madiba ! C’était une surprise totale. Son humilité, son immense savoir et son envie de connaître mon point de vue m’ont frappé. Il était d’un abord facile. Vous vous retrouvez face à quelqu’un que vous avez admiré toute votre vie et vous avez l’impression de parler avec un ami. C’est ce jour-là qu’une relation s’est nouée entre nous. » 

Avant la publication en 1995 de Un long chemin vers la liberté, Mandela a montré le manuscrit à Anant Singh. Celui-ci raconte : « J’ai tout lu en un week-end et je lui ai dit : Il y a là matière à un film important. Je dois absolument le faire ! » 

Lorsque le livre a été envoyé deux mois plus tard aux maisons d’édition internationales, les propositions d’Hollywood se sont mises à affluer et les enchères ont commencé. Nelson Mandela a été très clair avec Anant Singh : « C’est une histoire qui concerne l’Afrique du Sud et je veux que ce soit toi qui la racontes. » 

Mandela a confié à Anant Singh l’exclusivité des droits d’adaptation de son autobiographie. Le producteur commente : « Tout ce que je pouvais promettre à Madiba, c’était mon engagement total. J’allais faire de mon mieux pour faire un film dont il pourrait être fier. L’honneur qui m’était accordé était immense, mais il fallait me montrer à la hauteur du défi. » 

COMMENT RACONTER CETTE HISTOIRE ? 

Pour l’équipe du film, il fallait condenser 80 années d’une vie incroyable en un film de moins de trois heures. D’emblée, Anant Singh a proposé l’écriture du scénario à William Nicholson (nommé à l’Oscar du meilleur scénario original pour GLADIATOR et du meilleur scénario adapté pour LES OMBRES DU COEUR) avec lequel il avait travaillé 23 ans plus tôt sur SARAFINA!. 

William Nicholson : « J’ai dit à Anant : Je suis anglais, alors pourquoi ne pas prendre un de ces formidables scénaristes sud-africains ? Certains ont même dû vivre avec l’héritage de cette période tourmentée. Il m’a rétorqué : ‘Il faut que ce film ait un impact mondial ; il n’est pas juste destiné à l’Afrique du Sud.’ » 

Anant Singh avait également anticipé le risque que le scénariste, blanc ou noir, se perde dans la complexité de l’histoire de cette lutte. Il souligne : 

« Je voulais quelqu’un capable de prendre du recul et d’envisager la portée universelle du récit. Je n’avais pas imaginé que cela demanderait à William 16 ans de travail et 34 versions du scénario ! » 

Dans le milieu du cinéma, on sait qu’un film peut parfaitement rester des années en développement, mais Anant Singh est resté attaché au projet et a accompagné les innombrables versions du scénario. 

William Nicholson : « Anant n’arrêtait pas de dire que ce n’était pas fini, qu’on allait le faire, ce film, parce qu’il l’avait promis à Madiba, mais qu’on ne le ferait pas avant d’avoir tous les éléments nécessaires. Ce film est tout sauf le condensé d’un livre. C’est comme une étagère remplie d’expériences vécues, par Mandela, Winnie et tous les gens impliqués dans cette série d’événements. Un scénario moyen fait 120 pages, donc il faudrait être fou pour croire que l’on peut tout y mettre. 

C’était une expérience plutôt terrifiante. Je sentais le poids d’une énorme responsabilité : il fallait que je la raconte bien sans passer à côté de l’histoire. On peut aussi avoir peur d’offenser les gens, d’omettre des faits, de donner une fausse image de toutes ces personnes qui ont vécu cette période, parfois sacrifié leur vie ou tout au moins une grande partie. 

Ma mission était de respecter l’essence et l’âme du parcours de Mandela. J’ai su, depuis le premier jour, qu’il faudrait laisser plein d’éléments de côté et me concentrer sur la relation entre Mandela et Winnie. Il y a deux histoires au coeur de ce scénario, celle de Mandela et celle de Winnie. Nelson Mandela ne voulait pas être militant politique ; il voulait juste réussir sa vie, mais il s’est retrouvé embarqué dans un combat politique. Plus il s’est impliqué, plus il a compris qu’il avait beaucoup à perdre. On le voit passer par plusieurs étapes : au départ, il se soumet à la promesse de non-violence faite par le parti du Congrès National Africain (A.N.C.) ; ensuite, il comprend que c’est une erreur et que la violence est la seule voie possible. » 

Anant Singh : « Tout le monde croit savoir quelque chose sur Madiba, c’est sans doute vrai mais cela reste à la surface des choses. Le village où il a grandi et a été formé à devenir le chef du clan Madiba, voilà le socle de ce qui a fait de lui un grand leader. Personne ne connaît les relations qu’il entretenait avec sa première épouse, Evelyn. Il y a davantage d’informations sur sa vie avec Winnie : nous avons mis en lumière leur vie traumatisante durant ces années, tenté d’être le plus introspectif possible, tout en construisant un récit qui corresponde à l’odyssée de Mandela. D’une certaine manière, cet homme est un mythe, mais j’ai voulu l’inscrire dans la réalité. » 

Mandela a écrit qu’il ne voulait pas être considéré comme un saint mais comme un être humain, fait de chair et de sang, avec un coeur qui bat et les travers de n’importe quel homme. 

LE MANUSCRIT 

Ahmed Kathrada, l’un des sept prisonniers politiques condamnés avec Mandela lors du procès Rivonia, raconte le point de départ de l’autobiographie du leader : « Le manuscrit qu’il a écrit à la prison de Robben Island n’était pas aussi volumineux que Un long chemin vers la liberté, largement plus approfondi et documenté. C’est devenu la base de son autobiographie. Après 10 ans passés en prison, Madiba avait 60 ans et nous nous sommes dit que c’était le moment de faire un coup politique en lui faisant écrire son autobiographie. L’idée est restée secrète, même pour les membres de l’A.N.C – excepté ceux directement concernés. L’idée était qu’il écrive tout ce qu’il pouvait et me le confie pour une relecture : j’écrivais mes commentaires dans la marge et passais ensuite le texte à Walter Sisulu. À partir de nos remarques, Madiba rédigeait la version définitive que l’on enverrait à Mac Maharaj pour qu’il condense les 600 pages en 50 pages recto-verso, dans une écriture minuscule. » 

Ahmed Kathrada a dépeint toutes les précautions liées à cette entreprise secrète. Après avoir purgé 12 ans de prison, Mac Maharaj a été libéré et sa mission a été de faire sortir le manuscrit clandestinement, hors de l’île, puis de l’envoyer à des exilés réfugiés à Londres. Une fois l’objectif accompli, il devait envoyer à Kathrada une carte postale anodine confirmant sa réussite, ce qui permettait à celui-ci de détruire les écrits originaux cachés dans des sachets en plastique, eux-mêmes enterrés dans le jardin. 

Ahmed Kathrada: « Nous nous sommes crus en sécurité et nous n’avons pas détruit ces documents. Mais les autorités carcérales ont décidé de construire un mur traversant le jardin. Nous avons essayé de déterrer puis de détruire à la hâte certains écrits mais le reste a été trouvé et confisqué. La découverte de ces documents illégaux nous a valu 4 ans de privation d’atelier d’études. Le film ne fait pas de Robben Island un musée de nos souffrances. C’est une prison qui symbolise la victoire, parce qu’aucun détenu n’a jamais quitté sa tenue pour entrer au Parlement et devenir président en si peu de temps. J’espère que le film ira au-delà de la personne de Madiba et parlera de ce qu’il a légué à la nation et des idées qu’il a toujours défendues. Il s’est lui-même inquiété du fait que les gens le considéraient comme un saint. Ce sont ses propres mots tirés de Pensées pour moi-même : le livre autorisé des citations. Ça l’a toujours préoccupé. Comme il l’a toujours souligné, il fait partie d’un tout. Il ne décide rien de son seul chef. » 

Cameron McCracken, aujourd’hui Directeur général de Pathé au Royaume-Uni, travaillait pour le British Screen (prédécesseur du British Film Institute) lorsqu’il a rencontré Anant Singh, alors en plein développement de son projet. Seize ans plus tard, Pathé a été le premier distributeur à s’embarquer sur le film, en acquérant les droits de distribution en France et au Royaume-Uni, ainsi que le mandat pour les ventes internationales. 

Cameron McCracken : « Cela fait 16 ans qu’Anant porte ce projet et sa passion n’a jamais fléchi parce qu’il a vécu cette histoire. Son film se démarque de ceux qui ont été faits jusqu’à présent sur Mandela. » 

À LA RECHERCHE DU RÉALISATEUR 

Anant Singh : « Je venais juste d’achever THE FIRST GRADER, LE PLUS VIEIL ÉCOLIER DU MONDE avec Justin Chadwick. Il m’a prouvé sa capacité à s’immerger totalement dans une histoire et à la raconter avec force, émotion et véracité. C’est ce qui a motivé mon choix. » 

Cameron McCracken : « Justin n’était pas du tout intimidé par l’ampleur du projet et lorsque l’on voit DEUX SOEURS POUR UN ROI et THE FIRST GRADER, LE PLUS VIEIL ÉCOLIER DU MONDE (filmé au Kenya), vous constatez qu’il a un large éventail de compétences, qu’il s’agisse d’un grosse production d’époque ou d’un drame intimiste. Mêler son expérience et son plaisir évident à tourner des films en Afrique et son aptitude à s’attaquer à des projets de grande ampleur me semblait une combinaison gagnante. » 

William Nicholson : « Justin Chadwick est arrivé sur le projet avec un regard neuf. Il a immédiatement parlé de la liberté visuelle et du sentiment d’urgence qu’il voulait donner au film. Le public pouvait s’attendre à un hommage solennel et pontifiant rendu à Mandela, alors que lui misait sur un film rapide et sans concession. Nous avons travaillé sur le scénario pour éviter que le film ne se résume à une succession de tirades grandiloquentes. » 

Justin Chadwick : « Mon instinct m’a dicté de focaliser l’histoire sur l’humain. Ses filles et ses proches ont tous mis l’accent sur un point : ‘Racontez l’histoire de l’homme, de l’être humain’. Durant la longue période de préproduction le producteur Anant Singh a recueilli les informations les plus instructives, il a noué des liens profonds et sincères avec les gens impliqués dans la lutte contre l’apartheid. Il m’a envoyé des tonnes de livres et d’incroyables images de cette époque. La Fondation Nelson Mandela a aussi fait un travail formidable en répertoriant tous les documents historiques et en m’y donnant libre accès. J’ai visionné des archives télé particulièrement choquantes ainsi que des images inédites, comme l’intégrale d’interviews de Winnie et de Madiba. 

J’avais une idée précise du film que je voulais faire mais, en tant que natif de Manchester, je savais que j’étais un « étranger ». J’ai écouté le récit des compagnons de Mandela et de ses proches, ce qui m’a permis de trouver le point d’entrée du film. L’autobiographie de Mandela est très riche ; on pourrait en tirer une série de 24 épisodes sans arriver pour autant à lui rendre justice. J’ai donc voulu en faire une expérience de cinéma qui se regarde d’un bloc. C’est à travers toutes ces discussions personnelles que j’ai pu instiller de l’émotion dans le scénario. 

Lorsque Anant m’a parlé pour la première fois de son projet, son obsession était de comprendre ce que le combat de Mandela lui avait coûté en tant qu’homme ainsi qu’à sa famille et à son couple. C’était mon fil conducteur en tant que cinéaste. On avait tous en tête les images télévisées, devenues emblématiques, de sa sortie de prison, mais j’ai préféré montrer les coulisses de cet événement ainsi que son rapport intime avec ses filles. 

Lorsque vous traitez d’événements qui ont brisé autant d’existences, vous devez faire votre travail de votre mieux et tous les gens impliqués dans la production se sont donnés à 100 %. Nous en avions le devoir parce que c’est LE film sur Mandela. Il va bien au-delà de l’histoire de sa famille : il parle aussi du combat pour la liberté, qui résonne encore aujourd’hui dans le quotidien de tous. Lorsque vous êtes dans la rue en train de tourner, vous le ressentez chez les membres de l’équipe. Cette lutte est toujours d’actualité et le film doit être digne de tout ce peuple. » 

DANS LA PEAU DE MANDELA 

Justin Chadwick : « Mandela est unique mais je ne voulais pas dresser de lui un portrait trop déférent. Je voulais faire craquer le vernis apparent, le rendre humain et le montrer comme un homme imparfait et sous pression, doué d’une grande intelligence et d’un certain magnétisme. Je ne cherchais pas un acteur qui tente d’imiter Mandela, et j’ai prêté beaucoup d’attention à ses compagnons d’armes ainsi qu’à ceux qui l’ont connu dans son adolescence. Ils m’ont tous parlé de son aura, de son habileté et de la manière dont sa présence illuminait les lieux où il se trouvait. Idris Elba était l’acteur parfait pour le rôle. Mon instinct me dictait de le choisir. Dans la série “The Wire” (Sur écoute), il était à la fois crédible et audacieux. » 

Anant Singh : « Lorsque le nom d’Idris a commencé à circuler, il se trouvait à une étape de sa carrière où le rôle lui convenait totalement. Il était remarquable dans le téléfilm « Quelques jours en avril » sur le génocide rwandais : c’est l’une des raisons qui explique notre choix. Il avait aussi une stature et une présence similaires à celles de Madiba. Finalement, tout se résume à une question d’interprétation et à la façon dont Idris a incarné cette « magie propre à Mandela », où se combinent charme et charisme. 

À nos yeux, personne d’autre qu’Idris ne pouvait accomplir cela. » 

Né de parents originaires du Ghana et de Sierra Leone, Idris Elba n’est donc pas sud-africain, comme le souligne Justin Chadwick : « Je lui ai tout de suite dit : ‘Je sais que tu n’as pas été élevé dans la tradition du Cap-Oriental, mais je ne fais pas un film de sosies’. C’était crucial qu’Idris comprenne culturellement Mandela. Et c’est ce qu’il a fait en venant en Afrique du Sud, en menant ses recherches et en grattant sous la surface du personnage. Il a assimilé tout cela avant de commencer le tournage. » 

Le destin de Mandela couvre plus de sept décennies et le film le montre depuis son enfance dans un village rural jusqu’à son élection comme président, en passant par la période où il était un pimpant avocat puis celle où il a été emprisonné. Deux acteurs interprètent Mandela jeune puis adolescent, mais c’est Idris Elba seul qui, à 40 ans, incarne le personnage sur la plus longue durée, de 23 ans à 76 ans. 

Justin Chadwick : « Il existe peu de photos et on connaît peu de choses sur la jeunesse de Mandela. Idris a parfaitement collé au rôle : il a été capable de l’incarner avec agilité et rapidité tout en captant fidèlement l’esprit de Mandela. » 

David Thompson : « Idris est un acteur instinctif. Il a fait beaucoup de recherches, a bien réfléchi au personnage, et lorsqu’il arrivait pour tourner, il était tout simplement juste. Par exemple, dans la scène où il s’adresse au peuple sur la chaîne de télévision SABC, c’était la première fois qu’il incarnait Mandela vieux. Une prise a suffi, c’était incroyable ! Il a saisi l’esprit du moment et traduit parfaitement la voix, la personnalité et la gestuelle de Mandela, quelque chose de grand s’est passé. C’était comme si Idris s’était fondu dans le rôle dès le premier jour, ce qui est très difficile à réussir. » 

Anant Singh: « Lorsque Idris a terminé la scène, on entendait une mouche voler. Puis toute l’équipe l’a spontanément applaudi parce qu’il avait réussi son coup, comme par magie. Il a bossé son rôle, mais ce « petit plus » était visible dès les premiers rushes. Outre l’accent si particulier propre à Mandela, Idris a saisi toutes les qualités de l’homme : présence, charme et dignité. En un claquement de doigts ! » 

Fiona Ramsey, coach pour les dialogues, précise à quel point la gamme d’accents en Afrique du Sud, forte de ses onze langues officielles, est étendue. Sa priorité a été de faire perdre à Idris Elba son accent cockney et de le familiariser avec la manière dont Mandela articule les mots. Il existe très peu d’archives montrant Mandela jeune et elle a dû imaginer, avec Nomboniso Paile, spécialiste du langage de la tribu Xhosa, la façon dont il s’exprimait à l’époque. 

« C’était passionnant de créer pour Idris un accent que son personnage conserve durant tant d’années. Nous sommes partis de l’idée qu’il y avait une différence entre le personnage privé et la figure publique. La majeure partie des archives montre sa face publique. Nous avons donc essayé d’instiller une légère différence entre sa voix de leader politique et la façon dont il parlait avec sa famille ou avec le gardien de prison devenu proche de lui. Ce timbre de voix a permis à Idris de jouer encore davantage avec les sonorités. Il ne suffit pas de moduler un son pour acquérir un accent. Il faut qu’il fasse partie intégrante de vous parce qu’il reflète une orientation culturelle particulière. » 

WINNIE, LE GRAND AMOUR DE MANDELA 

Alors que la lutte que menait Mandela contre l’apartheid le plaçait en première ligne de la scène politique, sa vie privée s’effondrait. Son incarcération à la prison de Robben Island l’a séparé de sa femme Winnie – alors âgée de 23 ans et avec laquelle il était marié depuis 4 ans seulement – et de ses enfants. Il était privé de l’essence même de la vie. Au bout du compte, Mandela a remporté la récompense ultime – la liberté pour son peuple – mais il totalement sacrifié sa vie privée. 

William Nicholson : « C’est un film sur des êtres humains. L’histoire de Winnie est presque aussi riche, passionnante et complexe que celle de son époux. Suivre ces deux personnages si étroitement liés tout au long du film, jusqu’au dénouement où il se sépare d’elle publiquement, est très prenant. Durant l’incarcération de Mandela, les tortures et les violences subies par Winnie ont métamorphosé une belle épouse aimante en femme pleine de rage et belliqueuse. Parallèlement, Mandela développait en prison une conviction opposée. Les événements différents qu’ils ont tous les deux vécus les ont poussés dans des directions incompatibles. Personne n’aurait pu imaginer un conflit aussi dramatique que celui-là. » Justin Chadwick : « Madiba était un jeune homme enflammé. C’est comme si deux fortes personnalités s’étaient attirées. Les photographies montrent l’image d’un couple radieux et c’est vrai qu’ils ont dû vivre un amour passionné. La fatalité a voulu qu’en sortant de prison Mandela retrouve une femme qui n’était plus celle dont il était tombé amoureux. Elle était passée par toutes ces années de guerre civile. » 

La production a choisi l’actrice Naomie Harris, pour incarner cette femme formidable aux multiples facettes, à la fois adorée et haïe. 

Anant Singh : « Quand je lui ai proposé le rôle, elle était sidérée. » 

Naomie Harris : « Jeune mariée et mère, Winnie est propulsée dans la dure réalité d’être l’épouse d’un prisonnier politique et seule à élever ses deux jeunes enfants. Elle a dû faire appel à toutes ses forces pour survivre aux brimades et harcèlements de la police. Alors qu’elle commence par être apolitique, son mari découvre à sa sortie de prison une épouse militante, aigrie et prônant la violence. » 

Afin de mieux la préparer au rôle, Anant Singh a fait parvenir à l’actrice une profusion d’écrits, de documentaires, d’interviews télévisées ainsi que les archives complètes de ses meetings et les détails concernant son abominable torture. C’est en Afrique du Sud que Naomie Harris a approfondi ses recherches, en rencontrant les personnes proches de Winnie. Elle se souvient : « C’était passionnant parce que les gens sont très divisés à son sujet. Je me suis forgé ma propre idée de sa personne et de son vécu. » 

La rencontre avec Winnie Mandela, la vraie, a énormément apaisé Naomie Harris. L’actrice raconte : « Elle s’est montrée incroyablement adorable. Je lui ai demandé ce qu’elle souhaitait que les gens retiennent du film et quelle image elle aimerait qu’ils gardent d’elle. Elle m’a répondu : ‘Le plus important, c’est que les gens voient la vérité. Je suis certaine que vous avez fait toutes ces recherches sur moi et que vous êtes capable de délivrer honnêtement votre propre interprétation de ma vie’. C’était très généreux de sa part et vraiment libérateur pour moi, en tant qu’actrice. » 

Le producteur David Thompson : « Naomie a saisi toute la complexité, la force et la part d’ombre de Winnie. À bien des égards, son personnage est plus difficile à jouer que celui de Mandela, parce que Winnie a de multiples facettes : aimante, douce, cruelle, dure, vindicative, assoiffée de vengeance et pleine de tendresse. Pour incarner une telle femme, il faut une grande palette d’émotions. Naomie a trouvé le ton juste d’une manière à la fois crue et saisissante. C’était un sacré défi parce que Winnie reste insondable sur bien des points. » 

LES SEPT MERCENAIRES 

La troupe d’acteurs incarnant les prisonniers condamnés à perpétuité aux côtés de Mandela a été affectueusement baptisée « Les sept mercenaires » par l’équipe du film. La crème des acteurs sud-africains a été choisie pour interpréter les compagnons et codétenus de Mandela sur Robben Island. Tony Kgoroge joue le rôle de Walter Sisulu ; Riaad Moosa celui d’Ahmed Kathrada ; Fana Mokoena celui de Govan Mbeki ; Zolani Mkiva – célèbre poète – celui de Raymond Mhlaba ; Simo Magwaza celui d’Andrew Mlangeni et Thapelo Mokoena celui d’Elias Motsoaledi. 

Anant Singh : « Ils ont tout de suite formé un groupe, comme les membres du « Rat Pack ». À chaque fois que j’ai rencontré Sisulu, Kathrada et Madiba, j’ai ressenti le même esprit d’équipe et de camaraderie que chez ces acteurs. C’est crucial parce qu’au bout du compte, cette énergie collective rejaillit à l’écran. » 

Justin Chadwick voulait donner à son film « une dimension viscérale », et la directrice de casting Moonyeenn Lee s’est employée à le satisfaire : elle s’est mise en quête de « vrais » prisonniers. Elle s’est donc rendue sur Robben Island avec sa caméra et une équipe son pour rencontrer d’anciens détenus devenus – ironie du sort – employés de la prison. Parmi toute la distribution, on retrouve ainsi beaucoup de gens ayant été emprisonnés sur l’île et ayant au moins côtoyé des proches de Mandela. Au total, Moonyeenn Lee a choisi près de 140 comédiens. Même ceux qui n’avaient aucun dialogue ont été mis en valeur. 

LE MONDE DE MANDELA 

Johnny Breedt, le chef décorateur, a été chargé de conférer au film authenticité et envergure. 

L’histoire se déroulant sur plusieurs décennies, Johnny Breedt a dû brosser un immense tableau très détaillé des ambiances et humeurs propres à chaque période : le village rural de Mandela ; la dynamique Johannesburg du début des années 40, où les Blancs circulaient en voiture alors que les Noirs n’étaient admis que dans les bus et tramways. Le chef décorateur précise : « Pendant cette période de ségrégation, la plupart des Noirs étaient des travailleurs itinérants ou des domestiques, « invisibles » pour le reste de la population. Recréer l’environnement dans lequel Mandela a évolué était une tâche d’une envergure rare. À commencer par son village natal, baigné dans la culture tribale, où la nature et la beauté étaient préservées. Privés de tout document visuel historique sur ce type de village, nous avons dû nous montrer créatifs. » 

Depuis les années 20, le village où Mandela est né a tellement changé (on y trouve aujourd’hui un musée et un hôtel pour les touristes) que son équipe a dû trouver un autre endroit aussi époustouflant visuellement que la région du Transkei. C’est Drakensberg, situé dans la province de KwaZulu-Natal, qui a été choisi. En Afrique du Sud, un grand nombre de terrains et d’étendues rurales appartiennent aux tribus. Pour obtenir l’autorisation de tournage, il a fallu négocier directement avec le chef de la tribu locale. 

La plupart des scènes se déroulant au Cap ont été filmées dans d’authentiques endroits de cette ville. En revanche, Robben Island est devenue une zone touristique : son accès limité et les contraintes logistiques n’ont permis d’y tourner que des extérieurs, comme le spectaculaire panorama sur le massif de la Montagne de la Table. Les studios de cinéma Cape Town Film Studios, de renommée internationale, ont servi de quartier général pour la production, et plusieurs décors ont été construits sur le backlot. Parmi les décors reconstitués avec minutie et authenticité, on peut citer la cour intérieure de la section B de la prison de Robben Island ; l’intérieur des cellules et les parloirs ; des rangées de maisons et de rues représentant le ghetto d’Orlando dans les années 40. 

Le sublime Palais de Justice de Pretoria est l’endroit où s’est déroulé le Procès Rivonia, au cours duquel Mandela a fait son célèbre discours. De nos jours, l’établissement accueille le siège de la section de la Cour Suprême pour la province du Gauteng et est interdit au public. Ce règlement rigoureux a obligé la production à tout recréer en studio : l’intérieur du Palais de 

Justice avec la galerie du premier étage et les cellules de détention au-dessous de la salle d’audiences. Le discours de Mandela a été enregistré et classé, mais jamais filmé. 

Vlokkie Gordon, coproductrice du film, explique l’intérêt de tourner en studio : « Cela a permis à la production de contrôler le tournage des scènes d’émeutes de rue, où s’affrontent tanks et cocktails Molotov. Ces scènes sont fondamentales, mais reconstituer une telle violence en introduisant l’armement militaire dans des espaces publics était hors de question. Ces événements ont traumatisé toute la communauté. » 

À cause de ses maisons modernes et de ses paraboles, on ne peut plus parler du « vrai » Soweto : la célèbre rue Vilakazi où ont habité Winnie et Nelson Mandela a complètement changé. Kliptown, situé dans un des plus vieux quartiers de Soweto, a donc servi de lieu pour tourner les scènes se déroulant à Soweto et l’équipe a pu y construire 30 décors. Pour Johnny Breedt, « Le scènes de Soweto avaient le parfum du film LA CITÉ DE DIEU. » 

Sophiatown a été le berceau de certains des plus célèbres poètes, écrivains, musiciens et artistes d’Afrique du Sud, dont la légende du jazz Miriam Makeba qui a exporté dans le monde entier la musique noire des banlieues. Dans les années 50, alors que les Blancs arboraient des tenues de safari et menaient une vie protégée et privilégiée, Sophiatown, tel un Soho miniature, était le haut lieu du divertissement. 

Contrairement à d’autres townships d’Afrique du Sud, Sophiatown offrait un accès libre à la propriété, car il avait été bâti avant les lois interdisant aux Noirs d’être propriétaires. C’était le dernier endroit où résidait une communauté multiraciale – une anomalie pour l’époque. Cette zone cosmopolite, branchée et festive est devenue un creuset culturel populaire où Blancs, gens de couleur, Indiens et Noirs convergeaient pour profiter de la danse et de la musique branchée dans les boîtes de nuit. La forte influence des films américains se retrouvait dans les tenues à la mode de ces dames et dans l’élégance des gangsters, les « Tsotsis ». 

Vu la proximité du lieu avec le centre de Johannesburg, le gouvernement de l’apartheid a rasé ce bidonville, dépossédant toute une communauté de ses habitations. Cet acte brutal de destruction traduisait tout le mépris des autorités envers les gens de couleur et fait partie des moments clés du film. 

MANDELA À TRAVERS LES ÂGES 

L’équipe chargée du maquillage et des prothèses a dû représenter les changements physiques de Mandela à travers les époques. 

Meg Tanner, la chef maquilleuse, et son incroyable équipe ont travaillé sur 12 000 figurants et 105 acteurs, sans oublier les sept principaux qui traversent 50 ans d’histoire. 

Pour Idris Elba, elle a créé 7 apparences physiques différentes. Jeune homme, Mandela portait la raie de côté. Son apparence fringante, son corps parfait, sa confiance en soi et son charme espiègle l’ont rendu très populaire auprès de la gent féminine. « Idris n’a pas eu trop de mal à ressembler à Mandela : il a l’oeil qui frise et beaucoup de présence. » 

La chef maquilleuse a fait fabriquer une perruque en vrais cheveux pour l’acteur lorsqu’il joue son personnage jeune. Elle note : « Cet accessoire est devenu partie intégrante de sa tête et de sa gestuelle. Pour Idris, ce n’était pas un corps étranger planté sur son crâne. Nous avons suivi les directives de Justin qui voulait saisir l’âme d’un homme et non pas filmer un sosie. » 

Vieillir la plupart des personnages principaux, dont Mandela, ses compagnons de prison et Winnie sur une période de 40 ans, a nécessité un travail inspiré de la part des prothésistes, au-delà de ce qu’un simple maquillage pouvait accomplir. 

David Thompson se souvient : « Il a fallu trouver un moyen de vieillir les acteurs pour les faire ressembler à leurs homologues réels et nous avons particulièrement évoqué le cas d’Idris Elba : il devait avoir les traits de Mandela sans pour autant en être le sosie, comme l’exigeait Justin. Nous avons décidé de ne pas nous focaliser excessivement sur la ressemblance entre Idris et Mandela, encore moins de lui coller trop de latex sur le visage pour modifier la structure de son visage. » 

Les travaux préparatoires de Meg Tanner ont été un guide fondamental pour que toute l’équipe de maquillage et de prothésistes s’attelle à la tâche de manière cohérente. Elle a travaillé en étroite collaboration avec Mark Coulier, spécialiste anglais des maquillages spéciaux prosthétiques (oscarisé en 2012 pour LA DAME DE FER). Ensemble, ils ont trouvé le moyen d’éviter un écart trop flagrant entre le vieillissement naturel et le recours aux effets spéciaux de maquillage. 

Mark Coulier a collaboré avec des prothésistes et un maquilleur effets spéciaux sud-africain, Clinton Aiden-Smith. L’équipe d’une vingtaine de techniciens de Grande-Bretagne et d’Afrique du Sud a réalisé des miracles dans l’atelier Cosmesis de Clinton Aiden-Smith. 

David Thompson est particulièrement admiratif du talent des maquilleurs : « Ils sont extrêmement doués. Ils ont métamorphosé Idris Elba en un Mandela de 75 ans et vous y croyez ! Cela nous a permis de garder le même acteur au cours des années évoquées dans le film. Nous n’aurions pas pu accomplir un tel miracle lorsque le projet a été lancé il y a 16 ans car les techniques de maquillage étaient moins sophistiquées. » 

UN FORMIDABLE HUMANISTE 

Nelson Mandela est un homme qui a changé le monde. Sa victoire a eu des répercussions internationales. Au-delà de ses dons de stratège politique et d’une intelligence aiguisée, Mandela a obtenu la paix dans un pays au bord de la guerre civile. Il a réussi un exploit qu’aucun autre leader politique n’a pu accomplir, en se mettant dans la peau de son ennemi pour le comprendre et, au final, lui pardonner. Mandela restera dans l’histoire comme un grand homme d’État, mais aussi comme un formidable humaniste. 

Anant Singh : « Toutes les personnes ayant participé à ce projet se sont démenées pour en faire le meilleur film possible. Cette histoire fait écho en chaque Sud-Africain et tout le monde en a éprouvé de la fierté et un sentiment d’appartenance. Même s’il s’agit d’une grosse production, nous avons formé une seule famille et ce, quel que soit le poste de chacun. Nous nous sommes sentis privilégiés d’avoir eu, une fois dans notre vie, la chance de travailler sur une histoire aussi remarquable. Nous voilà aujourd’hui capables de raconter le destin de Mandela avec une telle exactitude que le monde pourra dire : ‘C’était une histoire incroyable. Vous n’imaginez pas ce qui s’est passé’. L’histoire de Mandela se démarque et se place au-dessus de la mêlée. » 

Zolani Mkiva, qui interprète le rôle de Raymond Mhlaba et qui a également servi de conseiller culturel sur le film, déclare : « C’est le premier film de son genre à être tourné dans une Afrique du Sud libérée. Nous n’avons jamais eu de production de cette ampleur et d’un tel sérieux, capable de délivrer un message de notre pays aux quatre coins du globe. Beaucoup de gens savent que Mandela a été en prison mais ils n’ont pas conscience de ce qu’il a fondamentalement enduré, en tant qu’homme. » 

Sanjeev Singh, producteur exécutif, ajoute : « En tant qu’artistes, nous espérons laisser un héritage aux prochaines générations de Sud-Africains, afin qu’elles connaissent l’homme qui s’est battu pour leur démocratie. » 

Anant Singh conclut : « J’ai également eu la chance de rencontrer Madiba quelques fois pendant le tournage. Il semblait en forme et avait le moral. Nous avons eu la chance qu’il atteigne les 95 ans et, je l’espère, encore davantage. Plus que tout, je vais m’assurer qu’il puisse voir le film. »

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