dimanche 9 septembre 2012

Back to the future












Comédie dramatique/Charmant mais irrégulier

Réalisé par Noémie Lvovsky
Avec Noémie Lvovsky, Samir Guesmi, Judith Chemla, India Hair, Julia Faure, Yolande Moreau, Michel Vuillermoz, Denis Podalydès, Jean-Pierre Léaud, Vincent Lacoste, Micha Lescot, Anne Alvaro, Mathieu Amalric...

Long-métrage Français
Durée: 01h55mn
Année de production: 2011
Distributeur: Gaumont Distribution

Date de sortie sur nos écrans: 12 septembre 2012


Résumé: Camille a seize ans lorsqu’elle rencontre Eric. Ils s’aiment passionnément et Camille donne naissance à une fille…
25 ans plus tard : Eric quitte Camille pour une femme plus jeune.
Le soir du 31 décembre, Camille se trouve soudain renvoyée dans son passé.
Elle a de nouveau seize ans. Elle retrouve ses parents, ses amies, son adolescence… et Eric.
Va-t-elle fuir et tenter de changer leur vie à tous deux ? Va-t-elle l’aimer à nouveau alors qu’elle connaît la fin de leur histoire ?

Bande annonce:



Ce que j'en ai pensé: Noémie Lvovsky est réalisatrice de 'Camille Redouble', l'actrice principale (Camille c'est elle) et une des scénaristes. C'est une belle performance d'autant qu'il se dégage beaucoup de charme de son film. Le sujet tournant autour de la maman de Camille, interprétée par Yolande Moreau, est très touchant. 



Les amies de Camille sont attachantes et l'indéfectible amitié qui les lie fait partie des beaux sentiments développés dans le scénario.




L'histoire d'amour entre Camille et Eric, interprété par Samir Guesmi, est attendrissante.



Le thème du retour vers le passé n'est pas nouveau mais le traitement qui en est fait est intéressant. Le fait de ne pas avoir rajeuni Noémie Lvovsky fonctionne parfaitement. Bien qu'elle reste une femme de 40 ans, on comprend tout à fait que tout le monde la voit comme une adolescente de 16 ans. Cela met en exergue le fait que ce n'est pas tant ses 16 ans que Camille doit revivre, mais les faits marquants de cette année là avec son esprit de femme afin d'apprendre à mieux gérer le présent. 

Mais avec toutes ces qualités, pourquoi 'Camille redouble' n'a-t-il pas été un coup de coeur pour moi? D'abord, j'ai eu beaucoup de mal à 'rentrer' dans le film. Il a fallu que Camille retourne en 1985 pour que je commence à m'intéresser au personnage. J'ai trouvé que certaines scènes prenaient trop la forme de sketchs sans vraiment servir le scénario (comme la scène avec Matthieu Almaric en professeur de français par exemple). Et puis surtout je n'ai pas aimé du tout la façon dont est développée la relation avec Alphonse, le professeur de science, interprété par Denis Podalydès, même si l'idée de fond est bonne.


A mon avis, 'Camille redouble' est inégal. Il y a de très beaux moments, du charme, de belles performances d'acteurs mais c'est parfois longuet et le scénario tourne un peu en rond pour atteindre le coeur du sujet. On sent la volonté de réaliser une jolie histoire, un conte sur le destin et il plaira sûrement à ceux qui recherche un cinéma différent, qui parle de la vie, tout simplement.



Afin de compléter mon avis, j'ajoute des interviews de la réalisatrice et des acteurs (Source: Gaumont) mais attention, il y a des spoilers! :

ENTRETIEN NOÉMIE LVOVSKY
REALISATRICE ET COMEDIENNE

Comment avez-vous eu l’idée de cette scène d’ouverture piquante, où Camille peine sur le tournage d’un film gore et s’entend dire par le réalisateur : « Ce n’est pas la meilleure actrice du monde mais la pulsation est bonne » ?

J’avais envie que le personnage de Camille soit, ou plutôt essaie, d’être comédienne. Très jeune, elle a eu ce rêve de jouer de grands textes et elle se retrouve à quarante ans passés avec pour seul texte des râles d'agonie. Je voulais qu’on la voie galérer. J'ai eu la chance de ne pas connaître son parcours, je n'ai commencé à jouer que tardivement, à trente ans passés, et sans le chercher. Mais quand j'étais enfant et adolescente, comme elle, je rêvais de devenir actrice. De 11 ans à 15 ans, j’ai suivi les cours de théâtre du mercredi après-midi et des stages d’été ; j’étais passionnée, je lisais avec avidité tous les textes de Musset, Tchekov, Molière, Goldoni… Et puis à 15 ans, j’ai passé une audition et quelqu'un m’a fait une réflexion sur mon physique en me disant que j’avais l’air plus vieille que mon âge, trop vieille, trop grosse pour jouer les jeunes premières, trop jeune pour jouer des confidentes. Ça m'a fait violence et j’ai tout arrêté.
Il y a onze ans, Yvan Attal préparait Ma femme est une actrice et m'a demandé de jouer sa sœur. C'était la première fois que je jouais depuis les petits cours de théâtre de mon adolescence. Yvan m’a donné le « la » et fait un cadeau magnifique. Aujourd'hui, je suis toujours surprise quand on me considère comme une comédienne. Je joue, j'adore ça, mais ça n'est pas mon métier…
Contrairement à moi, Camille s’est accrochée à son rêve de jeunesse. J’ai eu envie de la voir au travail et d’ouvrir le film sur un dispositif de tournage. Il y avait aussi le bonheur de faire jouer les gens de mon équipe : hormis Riad Sattouf qui incarne le réalisateur, l’assistant du chef opérateur joue le rôle du chef opérateur, le chef électro, la première assistante, l'habilleuse etc… jouent leur propre rôle. J'avais envie de mettre en lumière des gens qui n'y sont pas habituellement et qui fabriquent le film.

Éprouvez-vous une nostalgie envers ces années 80, dans lesquelles Camille se retrouve miraculeusement transportée ?

Je ne crois pas. Il y a certainement une mélancolie, c'est un film qui parle de la perte, mais pas de nostalgie. Il se trouve que j’ai été adolescente dans ces années-là, alors tout naturellement, j'y ai situé le film. Je n'ai pas de regret mais des souvenirs extrêmement présents, vivaces. A l'adolescence, on est toutes antennes sorties, nerfs à vif, ultrasensibles. Et on reste toute sa vie imprégné de cette période, des musiques qu'on écoutait, des gens qui nous accompagnaient…
En écrivant, en tournant, en jouant Camille, je revenais sans cesse à des questions que je me pose depuis l'enfance : est-ce que le temps nous change au point de devenir quelqu'un d'autre ou est-ce qu'il existe en nous une part d'irréductible ? Est-ce que cette part d'irréductible existe dans l'amitié, dans l'amour ?
« Est-ce que c'est la vie qui abîme l'amour ou est-ce que l'amour a forcément une fin ? », demande Camille à Josépha qui joue sa psychanalyste.

Ce sont des interrogations plutôt dures pour l’adolescente que vous étiez…

On se pose des questions très sombres à ce moment-là. Et puis le temps passe et ces questions restent. A quarante ans passés, Camille se les pose encore. Elle aurait voulu que l'amour dure toujours. Elle exigeait un absolu, comme la Camille de Musset dans « On ne badine pas avec l'amour ». Mais à force de vouloir l'absolu et des garanties, la Camille de Musset finit par passer à côté de l'homme qu'elle aime et repart dans son couvent où elle ne risque rien. Elle finira sa vie dans la solitude, le mensonge et le dessèchement.
Je n'ai pris conscience qu'au montage du chemin de ma Camille. Je croyais avoir écrit une histoire de remariage et j'ai découvert avec le dernier plan du film que Camille reste seule. Seule mais apaisée par son voyage dans le temps qui lui aura appris que les choses de la vie, les gens, l'amour, l'amitié sont périssables et que ça n'est pas une mauvaise nouvelle.

Il n’y a aucune ostentation dans la reconstitution des années 80, mais plutôt un ressenti de l’humeur et d’une atmosphère insouciantes…

Je ne cherchais pas à reconstituer les années 80 mais à entrer dans la tête de Camille. On voyage dans son « deuxième passé », je voulais qu'il ait les couleurs et les formes de son imaginaire et de ses souvenirs. J'ai demandé au chef opérateur, aux décorateurs, à la costumière de chercher la sève, l'énergie, l'élan d'une jeunesse réinventée par le souvenir.

Y avait-il, dès le départ, la conviction de jouer pour la première fois dans l’un de vos films, qui plus est le rôle principal ?

Je ne l’ai jamais eue. D’ailleurs, ce n’est pas moi que vous voyez à l’écran (rires). C’est d'abord Jean-Louis Livi, le producteur, qui a voulu que je joue Camille. Il a insisté avec beaucoup de délicatesse et d'acharnement. Il m'a demandé de me faire passer des essais avant de rencontrer d’autres comédiennes. C’est ce que j’ai fait… Je n’étais pas bonne. Mais Jean-Louis a persévéré. Je n'arrivais pas à lui dire « Oui », je n'arrivais pas à lui dire « Non ». Même mauvaise aux essais, j'avais tellement de plaisir à jouer ! Alors il m'a proposé de faire de nouveaux essais dans des conditions de tournage avec de la lumière, l'équipe image, une maquilleuse, une coiffeuse, des costumes…
C'est très rare de pouvoir faire des essais comme ça, ça n'arrive jamais, ça coûte trop cher. Les conditions de tournage m'ont donné une grande énergie, de l'intensité… J'étais meilleure. Là, Jean-Louis m'a dit : « Vous faites le rôle et on n'en parle plus, on ne remet plus ça en question ». J'ai dit « D'accord ». Le bonheur de jouer l’a emporté mais je me sentais sur des sables mouvants : c’était la première fois que je portais tout un film comme actrice. Et tout en le réalisant… J’ai essayé de mesurer l’ampleur de la tâche, je me suis bien entourée et puis on s’est mis au travail, on a commencé les répétitions.

Etait-ce une forme d’aboutissement, de « réconciliation » entre vos parcours d’auteur-réalisatrice et de comédienne ?

La grande nouveauté, la grande inconnue, c'était : « Pour qui je joue ? ». Quand je fais l'actrice, je joue pour un metteur en scène, je me fonds dans son monde, dans sa personnalité. Pour Camille, je ne pouvais pas jouer pour moi-même. Alors je m'en suis remise à mes partenaires, je jouais pour eux. Et pour Jean-Louis Livi, notre premier spectateur.

L’idée phare du film est de voir les personnages principaux incarnés à différents âges par les mêmes acteurs…

Si les mêmes acteurs n’avaient pas joué les deux âges, je n’aurais pas fait le film. Je voulais raconter, entre autre, qu'à certains moments de notre vie, on a tous les âges à la fois. Seuls les mêmes acteurs jouant plusieurs âges pouvaient incarner cela.

Avez-vous pensé au risque de ridicule pour les comédiens et comment êtes-vous parvenue à l’éviter ?

Je n’ai pas peur du ridicule, en général (rires). Lorsque je joue, j’aime me retrouver dans des situations qui le frôlent. Quand Riad Sattouf m’a demandé de jouer dans Les beaux gosses sans maquillage, avec une coiffure qui ressemblait à un ananas et un survêtement des années 70, ça m'a beaucoup amusée.
C’est le manque de vérité qui rend le ridicule insupportable. Mes partenaires et moi cherchions à être vrais et la question du ridicule était évacuée.
Je devais jouer quelque chose que je n'avais jamais approché : être à la fois dans l'instant et à distance, parce que Camille a déjà vécu. Il fallait trouver ce mouvement de balancier, parfois à l’intérieur d’un même plan.

On a le sentiment que le regard émerveillé que porte Camille sur ses proches correspond à celui que vous avez sur vos acteurs…

Absolument ! Je n’écris pas en pensant à des acteurs, parce que j’ai besoin de me prendre pour chacun des personnages. Par contre, lorsque je propose le rôle à un acteur, je cherche à ce que le personnage lui ressemble. J’ai énormément d'amour et d’admiration pour les acteurs : c’est une vocation et une aspiration magnifiques.
On répète beaucoup. Et une fois que le tournage commence, j’essaie d’oublier la préparation et je me concentre sur le rythme, « la pulsation », comme dit Riad Sattouf au début du film, en me laissant émerveiller par les comédiens. D'une certaine manière, ce sont eux qui me dirigent. Ils sont aussi un peu les co-réalisateurs du film.

L’émotion est particulièrement présente lors de l’enregistrement par Camille de la voix de sa mère, puis de ses deux parents lorsqu’ils chantent ensemble « Une petite cantate » de Barbara. En quoi la possibilité de faire perdurer la mémoire de ses proches vous tient-elle à cœur ?

Cela m’est très personnel, au même titre que les relations de Camille avec ses copines et avec Eric… Je ne peux pas écrire, mettre en scène, jouer en pensant aux futurs spectateurs : c'est trop abstrait, trop vaste. Alors je pense en secret à quelques personnes chères et je fais le film pour elles. Je le fais aussi bien sûr pour les acteurs, le producteur, l'équipe.
Dans son deuxième passé, Camille ose dire à sa mère : « Je t'aime et j'ai de la chance », elle ose être douce avec son père… Ce qu'elle n'a pas osé dans son premier passé, ce que je n'ai pas osé moi-même, est permis par la fiction. La science-fiction en l'occurrence. Camille enregistre ses parents parce que pour moi, la voix est ce qui raconte le mieux un être : elle vibre, elle envoie des ondes, elle vieillit moins vite.

D’où vient l’envie de voir Yolande Moreau et Michel Vuillermoz incarner à l’écran les parents de Camille ?

Yolande Moreau est l’une des plus grandes actrices du monde, je l’aime comme j’aime Anna Magnani, Gena Rowlands, Meryl Streep… J'ai beaucoup vu, aimé et admiré Michel Vuillermoz dans les films de Bruno Podalydès et au théâtre. Ils sont tous deux metteurs en scènes, comme Denis Podalydès, Mathieu Amalric, Samir Guesmi, Judith Chemla… J’ai l’impression que les acteurs qui se sont collés à la mise en scène ont une vision plus globale du film ; ils le pensent et l’accompagnent tout entier. C’est très précieux et porteur pour moi.

On sent, outre votre passion de l’acteur, la volonté de donner chair à tous les seconds rôles…

Certains cinéastes et auteurs de théâtre m'ont fait aimer les personnages secondaires. Renoir avec Carette par exemple. Ce qui est jubilatoire avec un rôle secondaire, c’est de l’écrire et de le mettre en scène comme si le film pouvait s’envoler avec lui, comme s'il pouvait tout à coup devenir le personnage principal… Et puis, il y a l'esprit de troupe auquel je tiens tant. Nous avons fait dire à Josépha : « Je te conseille de rester en groupe. Tu crois que tu réfléchis mieux toute seule? Tout seul, on réfléchit mal. Tout seul, on est faible… »

Sur quel tempo avez-vous travaillé la dynamique qui existe entre Camille et ses copines et celle, plus chaotique, avec Eric ?

On a passé beaucoup de temps ensemble. Avec les filles, on a  dansé, cherché la chorégraphie, aidées par Marion Levy. Ça nous a donné le tempo, ça a formé notre groupe. On a peu parlé de notre adolescence mais beaucoup de notre présent, de ce qu'on attend de l'amour… Et on a répété les scènes.
Avec Samir, la préparation était différente. Lorsque Camille est avec ses amies, elle revit l'excitation, l'élan, les aspirations de sa jeunesse. Elle arrive parfois à oublier ses 40 ans passés. Alors qu'elle se sent beaucoup plus vieille qu'Eric et qu'il ne la comprend pas. C'est sur ce décalage permanent entre Eric et Camille que Samir et moi avons surtout travaillé.

Comment avez-vous choisi Samir Guesmi pour le rôle d’Eric et Judith Chemla, India Hair et Julia Faure qui incarnent les copines de Camille ?

Quand je regarde le visage d'un acteur, d'une actrice, d'un ami, d'une passante dans la rue, je cherche toujours le visage de son enfance. Samir, India, Judith, Julia, mais aussi Yolande, Jean-Pierre Léaud, gardent quelque chose de tellement juvénile, c'est irrésistible! C'était d'autant plus important pour ce film que Samir et les filles jouaient l'adolescence.
J’ai rencontré India Hair lors du casting et j’ai découvert une actrice de génie. Je connaissais Judith depuis plusieurs années, elle jouait une scène dans Faut que ça danse ! Elle était magnifique, gracieuse et drôle. Après le film, on ne s'est pas perdues de vue, j’allais la voir au théâtre, on se retrouvait après les représentations. On avait envie de retravailler ensemble... J'avais vu Julia dans Sauvage innocence de Philippe Garrel et ses essais ont été formidables. Je connaissais Samir pour l'avoir vu jouer au théâtre, dans les films de Bruno Podalydès, et j'ai été impressionnée par le très beau court métrage qu'il a réalisé. Les acteurs avec lesquels je travaille sont tous des gens avec qui j'ai envie de passer du temps, dont je me dis qu'on pourrait devenir amis.

Pensez-vous être davantage dans l’instinctif que dans le réflexif ?

Il y a un temps pour la réflexion, c’est celui de l’écriture et de la préparation. Un film est un tel engagement que je dois essayer de comprendre pourquoi j'ai besoin de raconter cette histoire-là, à ce moment-là. Je crois que cela fait plus de vingt ans que j’ai envie de raconter Camille, de parler d’une femme mûre qui redevient « immature » tout en conservant son expérience, son visage et son corps de quadragénaire. Raconter qu'on est comme de vieux troncs d'arbres coupés, faits des strates de tous les âges. Mais si j'avais réalisé ce film plus jeune, il n'aurait été ni charnel ni incarné, juste un concept séduisant.
L'instinct… Je ne sais pas, par définition, je ne peux pas savoir. Je m'y fie au moment du tournage. Là, j'ai l'impression de ne plus avoir le temps de réfléchir. Je m'y fie aussi pour jouer, bien sûr.

En choisissant de ne pas expliquer le retour de Camille vers son passé, le film s’inscrit à la croisée de la fable et de la chronique réaliste…

Quelque chose m’a échappé à l’écriture et au tournage, que  Florence Seyvos et moi avons découvert au montage : le présent du prologue ressemble à un cauchemar, celui de l'épilogue à un rêve. Le passé revisité est ce qu'il y a de plus réel. Un ami m'a dit que pour lui, le film raconte l'histoire d'une psychanalyse. Je crois dur comme fer qu'un film est le scanner du cerveau de son réalisateur, une partie de son inconscient en images et sons.
Lorsque je travaillais avec Arnaud Desplechin, on avait un petit jeu qui consistait à trouver la phrase de dialogue pour laquelle on faisait le film. Pour Camille, ce serait ce qu'elle dit à Alphonse, joué par Denis Podalydès : « Vous ne me croyez pas ? C'est normal que vous ne me croyiez pas, c'est impossible à croire. Mais je vous dis la vérité ». Voilà, avec ce voyage dans le temps, je raconte des choses impossibles à croire alors qu'en écrivant, en réalisant, en jouant, j'essaie de dire la vérité.

Pourquoi avoir choisi le théâtre de Goldoni comme vecteur d’expression des sentiments ?

Je crois que les sentiments les plus vrais, les plus profonds, ne se révèlent jamais aussi bien qu'à l'occasion d'un jeu. Celui de l'acteur ou un autre… Quand on n'est pas pris dans le jeu, le souci de l'apparence prend le dessus. A l’inverse, le masque permet de se démasquer. Et puis le texte de Goldoni est magnifique, ponctué d’échanges très vifs : c’est un jeu amoureux qui ressemble à celui que l’on peut connaître quand on est jeune. Pour cette audition passée à 15 ans, dont je vous parlais tout à l'heure, je jouais une scène des « Amoureux » de Goldoni.

Comment avez-vous vécu l’accueil enthousiaste du film, lors de sa présentation à Cannes ?

Nous avions achevé le film deux ou trois jours avant de partir à Cannes. Je n'ai pas pu rester pour le voir avec les premiers spectateurs, j'avais trop le trac. Quand je suis revenue pour le générique de fin, j'ai entendu les applaudissements chaleureux et vu le public debout : j'étais émue, déroutée aussi parce qu'on sortait de mois dans la pénombre de la salle de montage et de l'auditorium.
Bruno Podalydès était là, il m'a donné mon premier retour sur le film, en me disant qu'il s'était senti comme le héros d'un film de science fiction à qui on enfonce doucement une main dans le coeur, sans douleur. Son avis compte pour moi, j'étais heureuse. J’aimerais que le film donne envie de regarder les gens en essayant d'éprouver leur existence et leur mortalité…

Samir Guesmi dit préférer vivre l’instant présent et pense qu’il n’existe pas une seconde chance, mais de multiples…

Oui, il y a tellement de possibilités de chances nouvelles… Elles nous sont offertes. Ou pas. Je ne suis pas certaine d'arriver à vivre pleinement l'instant présent, j'essaie seulement d'être présente aux gens, d'avoir une pensée d'eux et pour eux. Ces pensées concernent aussi le passé et le futur. C'est à la fois vertigineux, inquiétant et joyeux de voir à quel point l'existence est fluctuante.
Par exemple, je pensais travailler toujours avec Claude Berri dont j'étais très proche et qui a produit Les sentiments ; il est tombé malade et puis il est mort. Après Les sentiments, qui a eu un succès critique et commercial, on m'avait dit : « Maintenant, tu passeras dix ans sans souci de financements ». Eh bien, le film suivant, Faut que ça danse !, a été très long et compliqué à financer. Il n'a pas bien marché, je pensais qu'on allait ramer pour Camille redouble. Et j'ai rencontré Jean-Louis Livi qui a réussi à réunir les financements et à qui je dois le rôle de Camille. Les choses de la vie sont mouvantes, aléatoires… et périssables… et c'est une bonne nouvelle…

ENTRETIEN CROISÉ
6 bonnes raisons de copiner avec
JUDITH CHEMLA, JULIA FAURE & INDIA HAIR

NOÉMIE LVOVSKY, CHEF DE CLASSE

India Hair : Noémie ne s’est jamais comportée comme une chef de classe. Au contraire, c’était très plaisant de se sentir à l’aise avec quelqu’un que l’on admire. Je l’ai surtout perçue comme une comédienne et lorsqu’elle nous dirigeait, je ne sentais aucune barrière entre nous.
Dès mon audition, son approche a été d’une grande douceur, ce qui était idéal pour moi qui suis un peu timide. J’ai dû évoquer un événement de mon passé puis j’ai fait la lecture d’une scène d’un film de Woody Allen. On était immédiatement dans le jeu et on a répété chez Noémie, sur le tapis de son appartement, comme si l’on se connaissait depuis toujours.
Je n’ai jamais eu l’impression d’être jugée : on était loin des castings où l’on sent très vite peser sur soi un regard positif ou négatif… Noémie était davantage dans l’instinctif et le ressenti, ce qui correspond totalement à mon tempérament d’actrice. Il s’agissait de créer un groupe d’amies : cela a fonctionné pour le film et au-delà du tournage.

Judith Chemla : Noémie est quelqu’un qui cherche les états de grâce et qui sait les créer. Dans FAUT QUE ÇA DANSE ! où j’avais un petit rôle, elle me rendait totalement réceptive au présent à mon partenaire Jean-Pierre Marielle et à l’humanité qu’elle voulait révéler.  En tant qu'actrice aussi, Noémie est sans cesse mouvante, l'âme au bord de la peau, elle joue sa vie à chaque instant. 
A la lecture du scénario de CAMILLE REDOUBLE, j’étais touchée en plein coeur. Grâce au temps que Noémie a voulu prendre pour des répétitions et à son intuition qui a réuni nos personnalités, de vrais liens d’amitié se sont créés. Et c'est aussi beaucoup l'incroyable regard d’amour qu’elle avait sur nous qui nous a portées. Sa façon de ne rien « lâcher » se retrouvait dans le grand nombre de prises tournées : en s’en remettant au « hasard » et au temps, à l’intérieur d’un cadre précis, elle obtenait les moments de vérité qui lui tenaient à cœur.

Julia Faure : Noémie n’était ni chef de classe ni chef du groupe. J’avais le sentiment d’avoir à faire à Camille plus qu’à la réalisatrice ou à l’actrice. On s’est beaucoup parlé, beaucoup raconté nos vies pendant la préparation, ce qui nous a évité de jouer une complicité factice. L’entente a été immédiate dès les premières lectures avec Noémie, Judith et India.  Les répétitions nous ont servi à consolider notre « bande » dans la joie et la confiance.

J’ai rencontré Noémie lors du casting pour ce rôle. Elle sait regarder et aimer ce que l’on préfèrerait garder caché. Tout ce qui me fait un peu honte, ma maladresse, mes excès, tout ce que je pourrais considérer comme des handicaps, c’est justement ce qu’elle va choisir de mettre en valeur. Elle aime le monstre qui est en nous (rires) ! Son regard sur l’adolescence est à la fois tendre et sans concession. Elle n’est pas empreinte de nostalgie. Au contraire ! Avec elle, tout est une question de vie ou de mort, mais c’est toujours la vie qui gagne.

MES ANNÉES LYCÉE

Julia Faure : J’ai trop souvent déménagé et changé d’école pour avoir un noyau dur de copines. J’étais plutôt solitaire mais très impatiente de l’avenir.
Mon désir d’actrice est devenu une armure pour traverser cet âge plutôt douloureux en ce qui me concerne.
En rentrant au Conservatoire, je me suis dit que la vraie vie commençait enfin !
Je vois beaucoup de films sur les premiers émois amoureux mais peu sur les premières histoires d’amitié. Noémie nous rappelle que les premières amitiés sont aussi passionnelles et fondatrices que les premières histoires d’amour. 

India Hair : Au collège, je suivais des cours de danse classique mais je n’étais pas vraiment douée. A l’étage en dessous, il y avait un cours de théâtre plus débridé, où j’ai acquis la certitude de vouloir devenir comédienne. Les premiers textes qui m’ont marquée étaient ceux de Tchekhov, puis, au Conservatoire de Nantes, j’ai découvert les pièces contemporaines avec Crimp et Daniel Keen.
J’ai quitté ma campagne pour l’internat de Nantes, où il y avait un lycée avec option théâtre. Comme j’étais assez timide, j’étais partie dans l’idée de me concentrer sur ma formation mais j’y ai aussi rencontré des amies très proches. Le groupe que l’on formait à l’époque – joyeux et sans tabou - ressemble énormément à celui dépeint dans CAMILLE REDOUBLE.
Mon adolescence ressemblait finalement à beaucoup d’autres : on se pose un tas de questions et c’est le chaos (rires).

Judith Chemla : Je n'ai pas du tout l’impression que cette période soit si lointaine. L'extravagance qui était la nôtre avec mes amies au lycée, cette liberté nouvelle qu'on peut sentir à cette âge, c'est exactement ce qui me fonde en tant qu'actrice, c'est là d'où je viens. On se déguisait en mecs des années soixante dix, on se mettait des noeuds pap’, une dent noire ou parfois des énormes faux seins ; je me suis fais passer pour la cousine anglaise de ma meilleure amie pour intégrer sa classe pendant un cours ; j'ai piqué une fausse crise de larmes avec un accent à la Jane Birkin en disant qu'elle me prenait mes stylos et on a pu, en accord avec la prof qui m'a pris pour une adolescente en grave dépression, quitter le cours (ce qu'on cherchait).
Je ne trouve pas que la vision de Noémie sur les classes soit idéalisée. Même si certains profs sont grotesques (comme celui qu'interprète Mathieu Amalric) c'est une vision de la réalité, même si les situations sont poussées loin, la vie est aussi haute en couleurs que la décrit Noémie.

GIRLS POWER

Judith Chemla : J’ai adoré recréer ce groupe de filles et prendre le personnage de Josepha à bras le corps. Noémie m’a surtout guidée sur l’idée que Josepha est en mode de survie : ses amies c'est tout ce qu'elle a. Elle a besoin de cette bande, davantage que les autres. C’est elle la « gardienne » du groupe. Elle a des valeurs très fortes : elle n’accepte pas que les filles se rabaissent ou se forgent une fausse image, juste pour plaire aux autres. Camille et Josépha sentent d’instinct qu’elles partagent une forme de pureté, un refus des compromis.
Avec ses amies, Camille redécouvre la joie qu'elle a perdue dans son présent. On a beaucoup travaillé avec la vitesse : Noémie voulait que l’on parle rapidement et spontanément, sans peser nos mots. La chorégraphie qu'on a montée autour de WALKING ON SUNSHINE a été aussi un moment-clé : la danse ça libère et ça révèle aussi notre intimité, c'est beaucoup ça qui a permis à notre « bande » de se trouver vraiment.

Julia Faure : Cette dynamique de groupe me fait rêver parce que je ne l’ai pas vécue quand j’étais adolescente. Chez Noémie, les personnages sont bien réels. Ils sont tout sauf niaiseux ou fleur bleue. Ils traversent des questionnements existentiels aussi profonds que ceux des adultes, ils connaissent des drames équivalents. Ce qu’on trouve drôle et stupéfiant à la fois, c’est leur intransigeance, leur vaillance, comme s’ils se croyaient invincibles.
Devenir intimes avant le tournage nous a donné une force incroyable, et m’a beaucoup aidé à aimer Louise qui n’a pas de vie personnelle à part ses copines. On avait pratiquement érigé un rempart entre les autres et nous. Les garçons se sentaient comme des intrus dans notre monde. Je me souviens même avoir été un peu peste envers Samir (rires) !

India Hair : Dans CAMILLE REDOUBLE, la bande de copines est authentique. Josépha en est la guide, celle que tout le monde admire, mais chacune trouve sa place. A l’instar de mes amies du lycée, on n’écoutait pas forcément la même musique, on ne s’habillait pas de la même manière, mais on était ensemble, en s’acceptant les unes et les autres.
Entre autres sources d’inspiration, Noémie m’avait demandé d’aller voir La vie au ranch de Sophie Letourneur, avec un groupe de filles extrêmement bruyantes, et une exposition, où l’on voit deux amies en Argentine, photographiées de l’enfance à l’âge adulte. Mais, je trouve que notre dynamique fonctionne parce l’on est resté soi-même : Noémie a favorisé cette complicité et dans nos échanges, j’ai retrouvé la façon dont on parle entre copines, c'est-à-dire beaucoup, vite et fort (rires).
Ce qui m’a touché dans le ton du film, c’est que l’on est dans le vrai, pas dans le réalisme. Le regard porté par Noémie sur nos personnages, sur nous en tant que personne est plein de tendresse. Elle m’a aidée à me sentir en confiance, ce qui était primordial pour moi.

RETOUR VERS LE PASSÉ

Julia Faure : La dégaine qu’on se paie avec les costumes m’a beaucoup amusée mais je ne peux pas dire que j’ai poussé ma recherche sur les années 80. Je ne ressens pas de nostalgie pour cette époque. Le seul souvenir que j’en garde, c’est ma sœur qui dansait sur « Depeche Mode » devant la glace! Je m’applique à appartenir à mon temps et au moment présent.
Je ne suis pas tentée de changer le cours du passé, sauf s’il s’agissait de ressusciter les morts. En ce qui concerne le reste, les rendez-vous manqués, les chagrins d’amour, les accidents, même s’il m’arrive d’éprouver des regrets, je garde tout tel quel ! Je ne pourrais pas aimer la vie sinon.
Je ne crois pas au destin, je suis trop orgueilleuse, je n’ai pas envie de passer ma vie à attendre les bras croisés que quelque chose m’arrive. Je crois au libre arbitre, aux choix, à la liberté. Quand même, je ne peux pas m’empêcher de croire aussi à une part divine, à une étincelle de mystère. A nous de décider ce qu’on en fait !

Judith Chemla : Je n’ai pas vécu les années 80 à part en écoutant la musique et à travers ce qu'il en reste dans la mode, mais je trouve qu'il y avait une extravagance, un côté moins normatif comparé à l’époque où j'étais au lycée où on passait rapidement pour des dingos si on était un peu décalés.
Retourner en arrière ne m’intéresserait pas. En vivant vraiment dans le présent, je pense qu'on a directement accès aux choses qu'on pourrait avoir envie de changer dans son passé.
Dans le film, c'est beaucoup le regard que Camille pose sur les êtres et les situations qu'elle a traversées qui changent. Un amour de la vie même qu'elle redécouvre. Alors qu’au départ, elle ne maîtrisait plus rien de son existence. C'est elle qui change, c'est son regard qui grandit, et c'est la seule façon aussi d'avoir la chance de changer son destin.

India Hair : Lors des premiers essais coiffure, j’avais l’impression de voir ma mère ! Lorsque l’on a tourné le film, j’avais en tête des images très colorées, surtout liées à la mode et où l’on sentait un vent de liberté. A l’instar de Judith, j’ai l’impression que cette époque autorisait plus de décalage par rapport aux normes. Dans mon lycée, les gens étaient certes hétéroclites - ceux dans la « normalité » y côtoyaient des punks et des rastas - mais assumer sa différence me semblait moins évidente que dans les années 80.
Même si j’en avais le pouvoir, je ne voudrais pas revenir en arrière. Dans mon adolescence, j’ai gagné les amitiés les plus importantes ; je n’ai pas besoin de les revivre, surtout qu’elles datent d’à peine dix ans (rires).

LE TEMPS DÉTRUIT TOUT ?

India Hair : Je ne crois pas. L’essentiel est de rester proche de que l’on est et de ce que l’on vit au quotidien. Je n’y vois pas de destruction : le temps renforce les décisions, les rencontres amicales et amoureuses. Je n’ai pas non plus suffisamment vécu pour juger. Si j’avais perdu mes parents, je voudrais évidemment revenir en arrière…
En revanche, j’ai la conviction qu’il faut sans cesse se battre avec soi-même : vouloir être heureux réclame de la pugnacité. L’amitié survit si on lui donne beaucoup, et nos passions perdurent, à condition de leur fournir l’énergie nécessaire.

Julia Faure : C’est une phrase tirée d’un film de Gaspard Nöé, non ? Je l’adore ! D’ailleurs, je suis d’accord avec lui. Je ne connais rien qui résiste au temps, ni les biens matériels, ni les sentiments. Comme dit la chanson, « Avec le temps va… ». Ce n’est pas si triste, d’ailleurs. On détruit, on reconstruit, on évolue. L’essentiel est la mémoire que l’on garde de ce que l’on a aimé.
Dans le film, Camille finit par renoncer à ce à quoi elle tenait le plus, et c’est, je crois, ce qui lui permet d’avancer vers une forme d’apaisement.
Ce qui me bouleverse le plus, c’est quand Camille décide de conserver la voix de sa mère sur son petit walkman. Elle n’enraye pas la mort, mais elle l’adoucit. Je trouve l’idée merveilleuse.

Judith Chemla : Sûrement qu'il brûle tout ce qui n'est pas essentiel. C’est nous qui avons le pouvoir de détruire et de laisser le temps consumer des choses fondamentales. Je suis convaincue qu’il n’a aucune prise sur la nature profonde de l'être.
Le film me touche profondément, notamment dans sa manière de questionner le temps qui passe. Ce qui ruine Camille est son obsession de perdre Eric. Mais le film ne se réduit pas à cette histoire d’amour : c’est le parcours d’une femme qui redécouvre tout un éventail des possibles. Elle réalise qu’Eric n’est plus le seul but de sa vie : elle retrouve l’amour  de ses parents, la confiance de ses amies et peut envisager d’aimer un autre homme. Le temps n’a rien détruit ; au contraire, il joue en sa faveur car elle finit par trouver la joie.

FRENCH CANNES CANNES

Judith Chemla : Il y a quelques années, j’étais venue à Cannes présenter VERSAILLES de Pierre Schoeller. Tout ce luxe me semblait aberrant et en totale contradiction avec ce que le cinéma cherche à dire sur l’être humain... Pour CAMILLE REDOUBLE, j’ai pris l’avion à 14h, je suis repartie le lendemain à 6h mais j’étais d’une humeur légère ! C’était aussi la première fois que je découvrais le film avec Julia et India. L'émotion immense que j'ai eue à la projection est le plus beau souvenir que je garde du Festival.

Julia Faure : C’est là-bas que j’ai vu le film pour la première fois. Je m’attendais à une émotion inoubliable. Finalement, je ne sais pas si c’est à cause de tout le tralala cannois ou simplement à cause du trac, mais j’ai assisté à cette projection complètement sonnée, comme anesthésiée. Je me souviens seulement d’avoir serré très fort les mains de Judith et d’India, on respirait à l’unisson. Les souvenirs du tournage ressurgissaient en pagaille…
Je n’ai sans doute pas vu le même film que le public !

India Hair : J’étais terrorisée à l’idée d’y aller ! Moi aussi, j’ai vu le film à Cannes après une journée marathon. Avec Judith et Julia, on a vécu l’expérience de cette projection, de manière intime et très soudée. Il en ressortait une force de vie et une joie incroyablement communicatives…
C’est émouvant de réaliser qu’un film, qui jusque-là nous « appartenait », prend un sens et une réalité pour le public. Le métier de comédien est si fragile et intime que je redoutais l’exposition médiatique. La présentation à Cannes de CAMILLE REDOUBLE m’a rassurée sur ce point : ça n’avait rien d’une torture ! J’étais simplement heureuse d’être là pour le film.

SAMIR GUESMI
Acteur
QUIZZ « FLAMME DES ANNEES 80 »

Nostalgie des années 80 ou sans regret ?

C’est sans nostalgie ni regret. Je suis plutôt content que les années 80 soient derrière moi, parce que l’adolescence n’était pas la période la plus joyeuse de ma vie. C’était très confus quant aux sentiments amoureux, à la découverte de soi. Par contre, j’aimais ce qui se passait à l’époque : la victoire de Yannick Noah à Roland Garros, Bob Marley, la musique funk etc.…
Au début des années 80, j’avais 13 ans. Je ne me préoccupais pas du futur. Après l’ennui éprouvé au collège et dans un lycée technique, j’ai atterri dans un cours d’art dramatique dans le quartier de la Butte-aux-Cailles. J’adorais jouer. Ma première fois sur scène, c’était quelques mois après le début des cours dans LE REVE DU RAT d’Yves Heurté, mis en scène par Giancarlo Ciarapica.
Parallèlement, j’ai fait un peu de figuration et puis JAUNE REVOLVER est arrivé en 1987 : Olivier Langlois m’a confié le rôle parce que j’étais un jeune homme « pas fini » mais qui débordait d’envie. Pour moi, le théâtre c’est du marathon et le cinéma, un sprint où il faut tout donner à l’instant voulu.

Noémie ou Camille ?

Noémie communique sur l’émotion et t’embarque avec elle sur des montagnes russes ! Elle m’a transmis une énergie, de manière organique et instinctive. J’ai littéralement « vécu » le tournage, en le traversant comme une année avec ses quatre saisons et sans m’économiser.
En matière de cinéma, elle m’a montré des films avec James Stewart, de Frank Capra notamment. Elle aime aller vers le « non jeu », ce qui est pour moi l’essence même du comédien. D’un point de vue extérieur, Eric semble tranquille mais il bouillonne, il est passionné. Sans exaltation ni expressivité, à l’inverse de Camille. Le regard que porte Noémie sur ses acteurs est acéré. Elle est constamment insatisfaite, au sens où elle n’est jamais rassasiée de l’autre.
Quand il se passe une rencontre, il y a toujours la peur du manque d’interaction, mais en l’occurrence, entre Camille et Eric, entre Noémie et moi, nous étions au même endroit, au même moment, avec ce qu’il faut d’étincelles, d’âpreté et parfois de douceur.

Premiers baisers ou bande de potes ?

Je n’étais pas vraiment « bande de potes » et je faisais « boum » dans mon coin, en train de mater l’air de rien… Je ne savais pas comment me servir de ce corps ni comment communiquer sur ce terrain. La musique me permettait juste de swinguer le pied droit (rires). Noémie me disait d’ailleurs qu’Eric, c’était moi : à l’écran, je pense qu’il est à mi-chemin entre le personnage écrit et ce qu’elle voyait de moi.
Pour incarner Eric, il fallait que je m’interroge sur ce qu’avoir 17 ans veut dire. Une fois que l’on a tenté de singer l’adolescent, on se rend compte que la vérité du rôle se joue ailleurs. On travaille sur les émotions et les sentiments. Lorsque l’on a compris que les enjeux sont les mêmes à 4 ans ou à 82 ans, il faut les jouer de la manière la plus entière et la moins blasée.

Punk ou gothique ?

A l’époque, je ne comprenais pas vraiment ce qu’était le mouvement punk, les valeurs ou le refus des valeurs qu’il véhiculait. Je ne savais pas si il fallait en avoir peur alors, par précaution, je préférais changer de trottoir (rires). Je ne suis pas non plus tombé dans une période gothique comme beaucoup d’adolescents, mais ça me faisait plutôt rigoler.
Comme Eric, j’étais réservé mais pas coincé. Au lycée, je ne savais pas le look que j’avais : j’étais plutôt jean et « Stan smith », dans l’espoir de plaire aux filles. Sans être trop ostentatoire.

LE GRAND BLEU ou 37,2° LE MATIN ?

Plonger dans le grand bleu avec Béatrice Dalle (rires). Dans les années 80, j’étais fasciné par le « Ciné Club » et le « Cinéma de Minuit » qui passaient à la télévision. Je le vivais comme un rituel, en attendant que tout le monde aille se coucher. J’étais dans ma bulle. Rien d’autre n’existait à part le Noir & Blanc de l’écran. J’adorais leur programmation de films noirs américains des années 40-60. J’ai des souvenirs d’ambiance, de nuit, de pluie, de New York, de dégaines... J’ai découvert à quel point on pouvait être happé par une histoire et s’oublier soi-même.

The Cure ou Jeanne Mas ?

Ni l’un ni l’autre (rires). Dans le film, Noémie titille la mémoire et convoque l’intimité par le choix des chansons. Lors des essais, elle m’avait fait écouter du rap new-yorkais, du funk avec KUNG-FU FIGHTING. Adolescent, j’étais fan de James Brown, Stevie Wonder, Bob Marley, Aretha Franklin, The Supremes, les Jackson Five, la soul et les premiers raps. J’étais peut-être davantage tourné vers les « classiques » que vers le top 50… quoique… je dansais sur « Kool and the gang » et « Shalamar » (rires).
A cette époque, la musique comptait autant que le cinéma. C’était comme une forme d’autisme : je m’y plongeais sans réserve, contrairement à la lecture que j’ai découverte plus tard. Je n’étais pas quelqu’un d’extraverti et ce monde intérieur me correspondait. Sans morbidité ni souffrance.

Les Nuls ou Les Inconnus ?

Les Nuls. J’étais fan d’Alain Chabat. Il y avait une liberté de ton, un humour piquant et référencé. Ca parlait aux jeunes dans leur quotidien. Dans la rue, on se vannait sans arrêt avec mes potes : notre sport favori était de passer les événements de la vie à la moulinette. Cela faisait partie de notre culture.
Dans le film de Noémie, je me retrouve complètement dans toutes les scènes où Camille et ses copines se chambrent. La tonalité d’ensemble relève d’un humour bienveillant et, à travers l’histoire d’amour avec Eric, on glisse vers la mélancolie joyeuse. Il y a un petit côté Capra des temps modernes…

Marvel ou Spirou ?

Désolé, Gaston Lagaffe ! Je l’ai toujours beaucoup aimé, ce gars. Il est à la fois dans la solitude et animé d’une véritable ambition. Il est en perpétuel décalage avec son entourage et les situations. En plus, c’est un romantique invétéré qui n’arrive pas à s’exprimer mais cherche tous les moyens, y compris les plus farfelus, pour y parvenir. Je n’avais pas trop de mal à m’identifier à lui.

Le lancement de la Fête du cinéma ou des Restos du Cœur ?

A des degrés divers, les deux ont marqué mon adolescence. La Fête du cinéma, c’était un rassemblement joyeux de tous les genres de spectateurs. Pour une somme symbolique, on assistait à une grande messe de cinéma et il y avait un côté boulimique hallucinant. En même temps, il y avait toujours trop de monde, on s’évanouissait de chaleur, alors je n’en ai pas assez profité !
Quant aux Restos du cœur, tout a été dit : comme beaucoup de gens, l’initiative m’avait touché et je suis triste de voir qu’ils ont encore une raison d’exister aujourd’hui. J’étais surtout admiratif de voir Coluche rassembler autant de personnes.

Changer son destin ou vivre son présent ?

La « seconde chance » sonne comme un couperet, c’est tragique. Je préfère croire qu’il y en existe beaucoup d’autres ! Il suffit de garder les yeux ouverts : les opportunités se devinent et se provoquent. Dans le film, Camille a la faculté de revenir en arrière mais la vraie question qui se pose, c’est la possibilité d’avoir le choix. Quand les gens disparaissent ou quand on se retrouve là où l’on n’a pas envie d’être, c’est difficile à supporter. Mais il y a plein de domaines sur lesquels on peut agir, comme revenir sur une décision prise. C’est la plus grande force qui soit.
Si je pouvais, par miracle, retourner vers mon passé, je le ferai mais pas pour en changer les événements. Je suis trop curieux et en attente du lendemain pour me sentir passéiste. Savoir vivre l’instant présent est déjà une lutte infernale !


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