jeudi 1 mars 2018

LE SECRET DES MARROWBONE


Thriller/Epouvante-horreur/Un film qui manie très habilement terreur et émotions, les jeunes acteurs sont supers

Réalisé par Sergio G. Sánchez
Avec Anya Taylor-Joy, George MacKay, Mia Goth, Charlie Heaton, Matthew Stagg, Kyle Soller, Tom Fisher, Robert Nairne...

Long-métrage Espagnol
Titre original : Marrowbone 
Durée: 01h51mn
Année de production: 2017
Distributeur: Metropolitan FilmExport

Interdit aux - de 12 ans

Date de sortie sur nos écrans : 7 mars 2018


Résumé : Pour ne pas être séparés, Jack, 20 ans, et ses frères et sœurs plus jeunes, décident de cacher à tout le monde le décès de leur mère qui les élevait seule. Ils se retrouvent livrés à eux-mêmes dans la ferme familiale isolée, mais bientôt, d’étranges phénomènes indiqueraient qu’une présence malveillante hante leur unique refuge…

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai penséLE SECRET DES MARROWBONE est un thriller d’épouvante qui réussit à surprendre, car, au-delà de l’angoisse, son histoire est émouvante. Il faut accepter que le récit ne prenne pas tout son sens immédiatement et que les questions trouvent une réponse au fur et à mesure que le réalisateur Sergio G. Sánchez décide de les dévoiler. Mais, étant donné, qu’on finit par avoir les réponses, la construction narrative, qui nous laisse dans le mystère pendant la majorité du film, est au final agréable. Bien que certains aspects se devinent, le scénario est touchant et, le fait que le réalisateur fasse cohabiter épouvante et émotions adroitement est une réussite. Sa façon d’amener les scènes stressantes est très efficace. Les atmosphères sont maîtrisées, on ressent la légèreté comme la peur viscérale selon les moments. Le sujet de la violence au sein de la famille est abordé frontalement.
Les jeunes acteurs sont très convaincants. Jack, le grand frère, est interprété par George MacKay. La sensibilité de son jeu est remarquable. 



Jane, la sœur raisonnable, et Billy, l’adolescent courageux, sont respectivement interprétés par Mia Goth et Charlie Heaton. Tous les deux sont impeccables dans leur rôle. 



Le petit Sam est interprété par l’adorable Matthew Stagg. 


Étant donné qu’on s’attache à cette fratrie, le pari est gagné. Leur aventure nous intéresse et on essaye de comprendre leur point de vue. Anya Taylor-Joy interprète Allie, une jeune femme à la forte personnalité qui ne laisse pas ses sentiments être influencés par la bienséance. 


LE SECRET DES MARROWBONE est un film qui parle de sujets durs, mais qui ne tombe pas dans le mélodrame. Il apporte de l’humanité à sa terrible histoire. La réalisation gère très bien les ambiances et les acteurs savent nous transporter dans l’univers particulier de la famille qu’ils représentent. Je vous le recommande.



NOTES DE PRODUCTION 
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

LE SECRET DES MARROWBONE marque le passage à la réalisation de Sergio G. Sánchez, à qui l’on doit certains des meilleurs scénarios du cinéma espagnol de ces dernières années. Réputé pour sa capacité à jouer sur les émotions des spectateurs et à les captiver en quelques minutes, le scénariste est surtout connu pour L’ORPHELINAT et THE IMPOSSIBLE, tous les deux brillamment mis en scène par son ami J.A. Bayona.

Sergio G. Sánchez était à la recherche de l’histoire parfaite pour faire ses premiers pas derrière la caméra, et il l’a trouvée avec LE SECRET DES MARROWBONE. La productrice Belén Atienza raconte : « C’est à l’occasion d’un voyage en train au cours duquel nous avons évoqué les histoires que Sergio affectionnait, les classiques du cinéma et nos vieux films préférés qu’est née l’idée du SECRET DES MARROWBONE. » La productrice et le scénariste avaient déjà travaillé ensemble sur L’ORPHELINAT et THE IMPOSSIBLE, et Belén Atienza, qui connaissait les aptitudes de Sergio G. Sánchez pour la mise en scène, tenait absolument à prendre part à ce nouveau projet.

Le scénario du SECRET DES MARROWBONE s’est construit page après page. Sergio G. Sánchez se souvient de ce singulier processus d’écriture : « Le développement s’est fait en plusieurs étapes. Pendant l’écriture de la première ébauche du script, j’envoyais tous les jours quelques pages à Belén sans savoir précisément quelle direction prendrait l’histoire. »

La productrice raconte : « C’était comme recevoir un roman-feuilleton : chaque jour, j’en découvrais davantage sur les personnages et l’histoire. Nous avons ensuite harmonisé le tout car il s’agissait d’une histoire complexe avec différentes chronologies et beaucoup de rebondissements qui devaient parfaitement s’imbriquer. »

L’idée du roman-feuilleton était intentionnelle. LE SECRET DES MARROWBONE constitue un monde à part fait de secrets qui captivent les spectateurs et les invitent à s’y abandonner.

La société de production Telecinco Cinema a été conquise par les possibilités offertes par le scénario de Sergio G. Sánchez. Le producteur Ghislain Barrois déclare : « Nous avons tout de suite su que nous tenions là quelque chose de spécial et de rare. »

Comme Belén Atienza, Telecinco Cinema a soutenu le cinéaste lorsqu’il a choisi de se tourner vers la réalisation. La société, qui le connaissait bien en tant que scénariste, avait désormais l’occasion d’accompagner son passage derrière la caméra avec une histoire à part. Álvaro Augustin, producteur chez Telecinco Cinema, commente : « LE SECRET DES MARROWBONE mêle fantastique, épouvante et drame. C’est le genre de film qu’on ne voit pas tous les jours. Nous savions que nous n’avions pas affaire à un film ordinaire. »

Sandra Hermida, la productrice déléguée de L’ORPHELINAT et THE IMPOSSIBLE, a rejoint l’équipe du SECRET DES MARROWBONE en tant que productrice déléguée et productrice exécutive. Elle déclare : « Je n’aurais jamais cru qu’il s’agissait du premier film de Sergio si je ne l’avais pas su car il a réussi à s’attirer la confiance et l’affection de tout le monde dès la préparation de la production. »

Cela s’explique en partie par l’engagement dont Sergio G. Sánchez a toujours fait preuve durant sa carrière de scénariste en s’investissant systématiquement audelà du processus d’écriture. Son implication auprès de J.A. Bayona lors de la préparation de leurs deux films a dépassé le simple cadre de la relation réalisateurscénariste. Ils ont développé une véritable symbiose créative qui leur a permis de créer les univers singuliers de L’ORPHELINAT et THE IMPOSSIBLE, dans lesquels se dessine leur vision commune. Sergio G. Sánchez a également participé à la prise de plusieurs décisions, notamment sur le choix des interprètes et en matière de réalisation.

Pour Sandra Hermida, il était donc inévitable que J.A. Bayona prenne part au SECRET DES MARROWBONE. « Ce sont deux cinéastes dont le style cinématographique est analogue et complémentaire. Ils partagent en outre un intérêt pour les mêmes thèmes. » C’est ainsi que celui-ci est devenu producteur exécutif, après avoir été réalisateur de L’ORPHELINAT (7 Prix Goya dont ceux du meilleur jeune réalisateur pour Bayona et du meilleur scénario original pour Sánchez), de THE IMPOSSIBLE (5 Prix Goya dont celui du meilleur réalisateur pour Bayona et nomination à l’Oscar et au Golden Globe de la meilleure actrice pour Naomi Watts) et de QUELQUES MINUTES APRÈS MINUIT (9 Prix Goya dont celui du meilleur réalisateur). Au début de leur collaboration sur L’ORPHELINAT, Sergio G. Sánchez et J.A. Bayona ne se connaissaient pas très bien, mais ils ont vite réalisé qu’ils partageaient les mêmes goûts cinématographiques. J.A. Bayona déclare : « Notre cinéphilie commune est d’une certaine manière à l’origine du SECRET DES MARROWBONE. » Le réalisateur, qui était prêt à soutenir n’importe quel projet entrepris par Sergio G. Sánchez, admet avoir été époustouflé par l’intensité du scénario du SECRET DES MARROWBONE. Il a offert ses conseils à son ami mais toujours avec respect, parfaitement conscient que le projet était en de très bonnes mains. Le cinéaste a également partagé son savoir créatif durant les différentes phases du film, soumettant ses remarques après la lecture du scénario et donnant son point de vue pendant le montage.

Sergio G. Sánchez et J.A. Bayona ont en commun un intérêt particulier pour les thèmes de l’enfance, de la jeunesse et du passage à l’âge adulte. Ce n’est pas un hasard si, comme en écho aux thèmes de L’ORPHELINAT et THE IMPOSSIBLE, les quatre personnages principaux du SECRET DES MARROWBONE sont des enfants qui n’ont pas encore atteint l’âge adulte.

Les deux cinéastes défendent l’un comme l’autre l’importance de la fiction comme remède aux maux les plus profonds, ou comme refuge face à une réalité hostile à laquelle on ne peut pas faire face. LE SECRET DES MARROWBONE raconte l’histoire de quatre frères et sœurs orphelins qui n’ont personne d’autre au monde et qu’un terrible passé revient hanter. Pour échapper à la menace, ils se réfugient dans une maison isolée dans l’espoir de se reconstruire…

J.A. Bayona déclare : « Ce genre de films ne se fait plus aujourd’hui. La manière dont la tension monte est très subtile et n’exige ni effets spéciaux ni maquillage, le sentiment d’épouvante s’insinue progressivement et gagne peu à peu tout l’univers du film. »

SEULS AU MONDE POUR SURVIVRE

LE SECRET DES MARROWBONE raconte l’histoire de quatre frères et sœurs pleins de vie mais hantés par un terrible secret. Les relations entre les quatre personnages sont donc la pierre angulaire du film, d’où l’importance primordiale du choix des interprètes. Il fallait non seulement des acteurs accomplis individuellement, mais également capables de former un ensemble cohérent. Sergio G. Sánchez déclare : « Comme il s’agissait de mon premier film, je pensais que j’aurais du mal à attirer des acteurs de haut niveau, mais j’ai été très surpris par la qualité des auditions que j’ai reçues. »

Il poursuit : « La difficulté ne consistait pas seulement à trouver quatre bons acteurs mais à faire en sorte qu’ils se complètent les uns les autres. J’avais du mal à considérer les personnages individuellement, je devais être sûr qu’ils forment un groupe qui fonctionne. »

Le réalisateur a soigneusement imaginé la personnalité de chacun des membres de la fratrie – Jack, Jane, Billy et Sam – de manière à ce qu’au-delà du lourd traumatisme qui les lie, les personnages s’opposent et se complètent.

JACK (GEORGE MACKAY)

Jack est celui qui porte la plus grande responsabilité de tous car en tant qu’aîné, c’est à lui qu’il incombe de veiller sur ses frères et sœurs. Mais il a du mal à trouver l’équilibre entre ses sentiments pour Allie, son devoir de protection envers sa famille et la promesse qu’il a faite à sa mère.

Sergio G. Sánchez déclare : « Jack est un personnage torturé qui tente désespérément d’échapper à un passé douloureux. Il est incarné par George MacKay, un acteur parmi les plus dévoués qu’il m’ait été donné de rencontrer et dont la valeur n’a certainement pas attendu le nombre des années. La performance qu’il livre dans ce film témoigne de son engagement total envers le personnage. »

Sandra Hermida ajoute : « George s’est tellement identifié à son personnage que sur le tournage, il a endossé le rôle de leader parmi les acteurs. »

George MacKay a également fait preuve de beaucoup de considération pour l’équipe, comme lorsque le dernier jour du tournage, il a laissé un petit mot manuscrit à chaque personne qui avait participé au film afin de les remercier pour cette formidable expérience.

JANE (MIA GOTH)

Jane, la sœur cadette, couvre ses frères d’amour dans l’espoir de combler l’absence de leur mère. Elle incarne la bonté face à la violence et à la négativité. Le réalisateur commente : « Jane se bat pour que ses frères puissent laisser derrière eux leur douloureux passé. »

Le personnage est interprété par Mia Goth. Le réalisateur poursuit : « En dépit de ses 19 ans, le personnage fait preuve d’une maturité hors du commun, ce qui s’explique par la situation et l’environnement de l’histoire. »

Anya Taylor-Joy, qui joue Allie dans le film, se souvient avoir été submergée par l’incroyable prestation de sa partenaire dans la séquence où Jane se frictionne violemment les bras. « Toute l’intensité du jeu de Mia se dévoile dans cette scène. »

À propos de la méthode de Mia Goth, Sergio G. Sánchez déclare : « Elle tient à vivre la même chose que son personnage. Elle s’est véritablement glissée dans la peau de Jane car pour elle, si on fait semblant, cela ne fonctionne pas. »

BILLY (CHARLIE HEATON)

Billy, le troisième membre de la fratrie, est sans doute celui qui est le plus sur le fil du rasoir. Il incarne le courage et la bravoure dont manque parfois Jack, mais contrairement à Jane, il a un penchant pour les ténèbres, comme le démontre la scène dans laquelle frères et sœurs débattent pour savoir s’il faut récupérer la boîte en métal remplie de billets. Jane y est totalement opposée car il s’agit à ses yeux du « prix du sang », alors que Billy se porte volontaire pour aller la chercher. Billy est un des personnages les plus intéressants de l’histoire car il incarne la peur de ses frères et sœurs, une peur avec laquelle ils doivent apprendre à vivre.

En bon adolescent, Billy rêve d’aventure et de liberté – comme tous les garçons de son âge. Mais au vu de la situation particulière de sa famille, son comportement se révèle contre-productif et dangereux. Il est comme un oiseau en cage qui meurt d’envie de prendre son envol.

Le personnage est interprété par Charlie Heaton, qui s’est fait connaître dans le rôle de Jonathan dans la série « Stranger Things ». Ses partenaires saluent en lui un acteur d’une incroyable intensité. Anya Taylor-Joy qualifie sa performance de « poignante » tandis que George MacKay confie avoir été très impressionné par son énergie débordante.

SAM (MATTHEW STAGG)

Sam, le benjamin de la fratrie, est surprotégé par ses aînés, qui tentent de le préserver des lourds secrets qui rongent leur famille.

Sam est cependant un membre clé de la fratrie. Il a conscience de devoir jouer l’innocent devant ses frères et sœurs de peur de les mettre en danger s’il avouait comprendre leur situation. Jack, Jane et Billy ont en effet besoin de croire qu’il est plus fragile et naïf qu’il ne l’est en réalité, car pour eux, son innocence est la preuve vivante que l’espoir subsiste.

C’est le jeune Matthew Stagg qui a été choisi pour incarner Sam. En raison de son âge, le petit garçon n’a pas abordé son personnage de la même manière que ses partenaires. Sergio G. Sánchez explique : « Nous avons fait très attention à le protéger des aspects les plus sombres du film et avons abordé les scènes les unes après les autres au lieu de lui exposer toute l’histoire. Matthew a pris plaisir à découvrir son personnage chaque jour un peu plus, et c’était émouvant de le voir évoluer devant la caméra. »

ALLIE (ANYA TAYLOR-JOY)

Le film met également en scène un personnage essentiel qui n’appartient pas à la fratrie : il s’agit d’Allie, interprétée par Anya Taylor-Joy. Elle est le seul lien qu’ont Jack, Jane, Billy et Sam avec le monde extérieur, la fenêtre à travers laquelle ils observent ce qui se passe au-delà des murs de leur microcosme.

Sergio G. Sánchez déclare : « Allie est un personnage lumineux et joyeux qui fait le lien entre les spectateurs, l’histoire et les enfants Marrowbone. Elle représente le monde réel, par conséquent sa vie est radicalement différente de celle des quatre frères et sœurs. »
George MacKay, qui partage le plus de temps à l’écran avec Anya Taylor-Joy, ajoute : « Elle a beaucoup d’empathie pour son personnage, ce qui vous amène naturellement à vous impliquer dans tout ce qu’elle fait. »

Le réalisateur poursuit : « Anya est en avance sur son âge, j’avais parfois du mal à croire qu’elle n’avait que 20 ans. Elle est incroyablement talentueuse et est capable d’exprimer chacune de ses pensées et chacun de ses doutes avec une clarté absolue. Elle a l’esprit vif et possède une extraordinaire intensité. » J.A. Bayona précise : « Malgré son jeune âge, Anya Taylor-Joy a pris part à de nombreux projets significatifs tels que THE WITCH ou SPLIT, et elle tire pleinement parti de son expérience. »

Pour les cinq acteurs, qui ne se connaissaient pas avant le tournage, toute la difficulté a consisté à former un clan soudé à l’écran. Heureusement, ils se sont immédiatement bien entendus et ont tiré profit des deux semaines passées dans les Asturies avant le début du tournage. Au lieu de répéter leurs scènes, ils ont passé la majorité de leur temps à improviser, créant ainsi des liens forts. Le fait de se retrouver isolés dans un pays étranger dont ils ne parlaient pas la langue les a beaucoup rapprochés. D’une certaine manière, et même si ce n’était que pour une période limitée, ils ont formé une famille. Pour J.A. Bayona, la qualité du film repose en grande partie sur le talent de ces jeunes acteurs.

TOUT AU BOUT DU MONDE 

La maison où vivent Jack, Jane, Billy et Sam constitue un univers miniature qui les affranchit autant qu’il les enferme. Elle joue un rôle majeur dans cette histoire. Bien que les événements se déroulent dans une localité fictive du Maine, le film a été tourné dans les Asturies en Espagne. Sergio G. Sánchez, qui est originaire de la région, tenait à tourner le film dans son pays pour renforcer le caractère émotionnel de l’histoire. Ce sont en effet les paysages de l’Asturie qui ont accompagné et influencé l’état d’éprit du cinéaste tout au long de l’écriture du scénario. C’est donc en toute logique que le film y a été tourné.

Il était très important pour Sergio G. Sánchez, comme pour le reste de l’équipe, que la maison soit réelle ; il ne voulait pas qu’elle soit construite en studio. Il explique : « Il était essentiel qu’elle craque et qu’elle respire. » C’est donc lui qui a proposé Torre de Arango, sur la commune de Pravia, comme décor principal.

Le chef décorateur Patrick Salvador, dont le brillant travail sur AUTOMATA de Gabe Ibáñez a impressionné l’équipe, a eu pour mission de donner l’illusion que la demeure de pierre asturienne du XVIIe siècle se situe en réalité dans le Maine. Pour ce faire, la façade extérieure ainsi que l’agencement intérieur de la maison ont dû être modifiés.

Sergio G. Sánchez ne voulait pas d’une maison terrifiante ; il cherchait plutôt quelque chose d’authentique qui reflète l’état émotionnel de ses occupants. Il était donc nécessaire de souligner le caractère vétuste des lieux, conformément à la situation financière précaire de la fratrie. Ainsi, la pelouse n’a pas été tondue durant les cinq mois qui ont précédé le tournage, de sorte que le jardin qui entoure la maison a progressivement pris des airs de jungle. Cette végétation luxuriante marque la frontière entre la maison et le reste de la civilisation. Les personnages évoluent dans un monde régi par ses propres règles, invisibles aux yeux de la société qui continue à suivre son cours de l’autre côté de ce mur végétal.

Pour créer cette atmosphère hors du temps, le choix de la maison, totalement isolée et sans aucun signe de vie moderne aux alentours, comme oubliée du reste du monde, a joué un rôle crucial.

À l’intérieur, l’austérité domine. Chaque détail, chaque objet a cependant été choisi avec soin par le chef décorateur pour raconter subtilement l’histoire des enfants. Tout au long de sa carrière, Patrick Salvador s’est distingué par sa capacité à faire de ses décors une extension de l’histoire.

Tous les acteurs étaient très enthousiastes à l’idée de tourner en décors réels. Charlie Heaton déclare : « C’était fascinant de tourner dans une vraie maison. »

Non loin de là se trouve le village où se rend occasionnellement Jack pour faire quelques courses. La petite localité a été imaginée de manière à offrir un contraste brutal avec la maison. Tandis que cette dernière est restée inchangée depuis qu’elle a été fermée en 1931, les habitants du village sont en phase avec l’époque à laquelle se déroule l’action, en 1969. Patrick Salvador déclare : « On voit très peu la ville, c’est pourquoi il était important de transmettre en quelques images seulement l’impression que l’on se trouve dans un autre monde. Nous avons choisi l’ancienne Fabrique d’armes d’Oviedo qui a également dû être transformée pour répondre aux besoins géographiques et temporels de l’histoire. »

Pour que la maison prenne tout son intérêt, le travail de Patrick Salvador se devait de s’accorder avec la photographie de Xavi Giménez, un prestigieux directeur de la photographie à la filmographie impressionnante. Son style visuel intemporel convenait admirablement à ce lieu figé dans le temps.

Il déclare : « Le scénario comprenait déjà les principales indications au plan stylistique. La grammaire visuelle était déjà là. L’instabilité émotionnelle de l’histoire se traduit à l’écran à travers le jeu des ombres et de la lumière. » La collaboration entre Sergio G. Sánchez et Xavi Giménez s’est faite tout naturellement. Les deux hommes étaient d’accord pour utiliser l’éclairage et les palettes de couleurs qui correspondaient le mieux à l’histoire. Le réalisateur tenait à ce qu’il émane de chaque plan une impression de souvenir idéalisé. La photographie évoque ainsi les étés de l’enfance que l’on n’oubliera jamais et qu’on aimerait revivre, mais qui nous échappent chaque jour davantage.

De même que pour les décors du film, Sergio G. Sánchez était attaché à ce que la photographie s’éloigne délibérément des conventions du genre. J.A. Bayona, qui a travaillé avec Xavi Giménez sur la série « Penny Dreadful », commente : « Le style photographique du SECRET DES MARROWBONE est très réaliste et ne fait pas dans la démesure. Je trouve cette manière d’aborder le genre très intéressante. »

Pour l’éclairage également, la production a dès le départ opté pour une lumière naturelle. Le directeur de la photographie explique : « Nous avons utilisé un mélange de lumière naturelle et de lumière artificielle aussi réaliste que possible qui permet aux personnages de se déplacer naturellement et avec beaucoup de liberté dans les décors. »

La mise en scène était cependant très importante car il était impératif que l’éclairage soutienne les performances des acteurs. Ce détail a également été dicté par le fait que bien que le principal décor du film – la maison – soit raccordé au réseau électrique, les personnages ne l’utilisent pas en raison de la vétusté de l’installation. De cette manière, le recours à la lumière naturelle répond de façon organique aux besoins du scénario. À propos de Xavi Giménez et de la manière dont il a abordé l’éclairage du film, Patrick Salvador déclare : « Xavi montre beaucoup d’audace dans son travail et fait un usage poétique du clair-obscur. »

Le tournage dans les Asturies a confronté l’équipe en charge de l’éclairage à quelques difficultés. Il était par exemple impossible de prédire le temps qu’il ferait d’une heure à l’autre car dans la région, le beau temps peut laisser la place à un épais brouillard en l’espace de quelques minutes. Ces conditions climatiques aléatoires ont obligé la production à prendre des décisions rapides en fonction de ses besoins. En contrepartie, les paysages à couper le souffle des Asturies imprègnent le film de leur force saisissante.

Dès la première semaine du tournage, Xavi Giménez et Sergio G. Sánchez ont compris que LE SECRET DES MARROWBONE n’était pas un film qui pourrait être tourné normalement et qu’ils allaient devoir être souples. Il fallait qu’ils lâchent prise et qu’ils laissent les émotions guider la caméra. Le réalisateur confie : « C’est un véritable luxe de travailler avec un directeur de la photo aussi à l’écoute des émotions. »

LA MUSIQUE

Les émotions du film s’expriment également à travers la musique de Fernando Velázquez, le compositeur à qui l’on doit les bandes originales inoubliables de nombreux films, dont L’ORPHELINAT et THE IMPOSSIBLE. Les chemins de Sergio G. Sánchez et Fernando Velázquez s’étaient donc déjà croisés et les deux hommes étaient impatients de retravailler ensemble. Leur confiance l’un en l’autre était si évidente que Sergio G. Sánchez a encouragé le compositeur à prendre toute liberté avec ses créations.
Fernando Velázquez déclare : « LE SECRET DES MARROWBONE est un film très émouvant et plein de caractère. J’espère que lorsque les spectateurs le verront, ils ressentiront grâce à la musique ce que j’ai éprouvé en le découvrant. Mon objectif était d’évoquer le caractère intemporel de l’histoire ; la musique contribue à renforcer la dimension classique du film. »

Le réalisateur n’avait aucun doute sur le choix du compositeur, dont la capacité à exprimer les émotions et à créer des mélodies simples mais inoubliables correspondait parfaitement à ce qu’il recherchait pour l’histoire. L’objectif était non seulement de composer une musique qui accompagne les spectateurs au-delà du film, mais qui les guide également dans l’intrigue en traduisant chaque élément du scénario sur le plan musical. Fernando Velázquez révèle qu’il a commencé par écrire la musique des séquences les plus lumineuses de l’histoire avant de s’attaquer aux moments les plus sombres – un cheminement de la lumière vers l’ombre qui reflète l’évolution du film.

Pour le thème principal, Fernando Velázquez a choisi un morceau auquel il a apporté des variations en fonction de celui des quatre frères et sœurs qu’il accompagne, renforçant du même coup l’unité de la fratrie et l’individualité de ses membres. Pour Sam par exemple, il a utilisé des instruments tels que la harpe ou le célesta, tandis que pour Billy, il a opté pour des violons américains. Le compositeur a par ailleurs pris en compte le fait que l’univers musical d’Allie et Porter se devait d’être différent de celui des quatre frères et sœurs puisqu’ils appartiennent à la réalité tandis que Jack, Jane, Billy et Sam sont associés à un espace hors du temps.

La bande originale du SECRET DES MARROWBONE a permis à Fernando Velázquez de collaborer avec l’Orchestre Symphonique de la Principauté des Asturies. Il raconte : « Il s’agit d’un des meilleurs orchestres d’Espagne et c’est la première fois qu’il participe à un film. J’ai donc eu la double chance de pouvoir les diriger et de les accompagner dans leur première expérience cinématographique, un processus quelque peu différent de celui d’un concert symphonique. Ça a été un privilège de travailler avec eux, j’avais l’impression d’être un enfant le matin de Noël ! »

L’enregistrement de la bande originale a eu lieu à l’auditorium Príncipe Felipe d’Oviedo dont l’impressionnante acoustique a, selon le compositeur, conféré une qualité très particulière à la musique et renforcé sa dimension classique. Les créations de Fernando Velázquez viennent parfaire l’univers complexe du SECRET DES MARROWBONE, un film conçu dès le départ pour pouvoir être vu et revu plusieurs fois, en ne révélant tous ses secrets qu’au fur et à mesure.

Sergio G. Sánchez conclut : « Il est difficile d’arriver à parler du SECRET DES MARROWBONE sans révéler les détails de l’intrigue… Ce que je peux vous dire en revanche, c’est que le public va découvrir un univers incroyablement riche, tout en nuances, dans lequel les rebondissements se succèdent, mais avant tout plein d’émotions. C’était en tout cas notre intention en faisant ce film, et j’espère que c’est ce que les spectateurs verront. »

Textes des notes de production : Coming Soon Communication

  
#LeSecretdesMarrowbone

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