mercredi 3 janvier 2018

DOWNSIZING


Science fiction/Drame/Comédie/Un film malin et original qui aborde beaucoup plus de sujets qu'on peut le penser au premier abord

Réalisé par Alexander Payne
Avec Matt Damon, Kristen Wiig, Christoph Waltz, Hong Chau, Laura Dern, Neil Patrick Harris, Jason Sudeikis, Paul Mabon...

Long-métrage Américain
Durée: 02h15mn
Année de production: 2017
Distributeur: Paramount Pictures France 

Date de sortie sur les écrans américains : 22 décembre 2017
Date de sortie sur nos écrans : 10 janvier 2018


Résumé : Pour lutter contre la surpopulation, des scientifiques mettent au point un processus permettant de réduire les humains à une taille d’environ 12 cm : le ‘downsizing’.

Chacun réalise que réduire sa taille est surtout une bonne occasion d’augmenter de façon considérable son niveau de vie.

Cette promesse d’un avenir meilleur décide Paul Safranek (Matt Damon) et sa femme (Kristen Wiig) à abandonner le stress de leur quotidien à Omaha (Nebraska), pour se lancer dans une aventure qui changera leur vie pour toujours.

Bande annonce (VOSTFR)



Extrait - Christoph Waltz dit ses 4 vérités à Matt Damon (VOSTFR)



Ce que j'en ai pensé : le DOWNSIZING d'Alexander Payne est un film surprenant. Très agréable, car le réalisateur développe sa narration sur un rythme régulier en posant vraiment son histoire, il nous prend en même temps sans arrêt à contre-pied en cheminant vers des embranchements qui ne sont pas ceux qu'on attend. Il explore une myriade de sujets (science, environnement, humanité, critique sociale, secte, solidarité, accomplissement personnel, consumérisme...) et nous laisse les développer selon nos goûts ou nos croyances sans imposer un avis, car, déjà, il nous entraîne vers un autre développement. On peut prendre son film de façon littérale ou lui trouver une ou des morales philosophiques. Ce panel thématique donne l'impression de se divertir tout en réfléchissant. L'humour ironique, parfois même noir, d'Alexander Payne ne nous échappe pas lorsqu'on lit entre les lignes de ses scènes. 

Les effets spéciaux sont impeccables et s'insèrent parfaitement avec le style du film et sa façon de conter l'histoire. Ils participent à rendre plausible le postulat de la réduction humaine et à capter de ce fait notre attention afin de réussir à nous passer des messages au-delà de ce thème qu'on croit central. 


Côté casting, Matt Damon est extra dans le rôle de Paul Safranek. Ce personnage trimballe son acceptation passive et son affabilité discrète au travers cette aventure pour réussir à se trouver. L'acteur est très juste pour donner les clefs de son personnage sans évidence.


Le passage vers son accomplissement se produit grâce à des rencontres inattendues. En tête, Ngoc Lan Tran interprétée avec une crédibilité désarmante par Hong Chau. Ce protagoniste féminin, fougueux, décidé et improbable est une des très bonnes surprises de ce film. Elle est certainement celle où l'humour s'entremêle le plus à l'émotion dans chacune de ses répliques. 



Il y a aussi Dusan Mirkovic, interprété par Christoph Waltz, à qui le personnage va comme un gant. Il est l'opposé de Paul et du coup, son meilleur ennemi. La dynamique entre Paul et Dusan fonctionne à merveille. 



DOWNSIZING est presque un inclassable, sauf qu'on peut le classer dans la catégorie des films réussis. Alexander Payne impose son style tout en laissant le spectateur libre de vivre cette histoire comme il l'entend. Malin et intéressant, c'est un plaisir de le découvrir au cinéma. 

NOTES DE PRODUCTION
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

PROJECTION SPÉCIALE, 20 NOVEMBRE - PARIS
CONVERSATION AVEC ALEXANDER PAYNE










Animatrice conversation :
Mister Alexander Payne himself!
(Monsieur Alexandre Payne lui-même !)
Merci Alexander de vous joindre à nous. 

Alexander Payne :
Avez-vous attendu longtemps ?

Animatrice conversation :
Oui, ça fait des heures qu'on attend… Non, une seule minute. Et nous sommes en train de réduire le temps de toute façon, n'est-ce pas ? 

Animatrice conversation :
Commençons cette discussion. Downsizing c'est vraiment un projet qui vous a passionné pendant plus de 10 ans. Je voudrais savoir, qu'est-ce qui a déclenché chez vous cette solution tellement originale pour la surpopulation et le changement climatique ? Pourquoi pensez-vous que ce film est resté si longtemps dans votre esprit ? 

Alexander Payne :
D'abord, laissez-moi vous parler des projets passionnels. Je suis fatigué des projets passionnels. Cela m'a pris 11 ans pour faire ce film, entre la conception et l'exécution. Et cela ne veut pas dire que… J'y ai tellement pensé et ça a pris tellement de temps et tellement d'efforts, mais ça ne veut pas vraiment dire que le résultat est meilleur qu'un film sur lequel j'aurais passé une année, que j'aurais fait rapidement. Les films sont vraiment drôles dans le sens où vous ne savez jamais à l'avance, par exemple. Combien d'étudiants en cinéma dans la salle ? Est-ce que vous êtes des étudiants en réalisation ? Vous êtes de la FEMIS n'est-ce pas ? Et qui d’autre est dans la salle ? Est-ce qu'il y a des blogueurs ? Voilà… C'est vous que j'ai déçu ! Et qui d'autre est dans le public ? Pour simplement savoir à qui je parle.

Animatrice conversation :
La FEMIS, des réalisateurs, des membres de l’AMPAS et des blogueurs.

Alexander Payne :
Il y a des acteurs ? Des blogueurs ?

Animatrice conversation :
Voilà, il y en a quelques-uns.

Alexander Payne :
D'accord.

Animatrice conversation :
Qu'est-ce qui a suscité cette idée ?

Alexander Payne :
Mon co-scénariste, Jim Taylor, a un frère complètement dingue qui s'appelle Doug, et Doug Taylor nous a dit « Vous savez, vous devriez faire un film sur des gens qui seraient comme ça, petits, et vous auriez de grandes maisons, pas tellement de dépenses alimentaires, et peut-être même qu'il y aurait un conflit entre les grands et les petits. Alexander, qu'est-ce que t'en penses ? » Je ne savais pas très bien quoi en penser, ça me semblait un peu bête. En 2006, j'étais en avion et subitement j'ai repensé à leur idée, et je me suis dit « qu'est-ce qu'il se passerait vraiment, comment est-ce qu'on pourrait encrer ça dans la réalité ? », et je me suis dit « peut-être que les scientifiques scandinaves en rêveraient », comme une panacée pour la surpopulation, c'est comme ça que l'idée est venue.

Animatrice conversation :
Avec Jim Taylor avez-vous travaillé avec des scientifiques ou avez-vous décidé d'être vos propres scientifiques ? 

Alexander Payne :
Un peu les deux, plutôt la dernière solution. En fait on a surtout inventé, on a essayé de deviner un peu ce qu'il pouvait se passer. On a un peu discuté avec un biologiste quelles seraient vraiment les lois physiques si on devait être aussi petits et vivre petits comme ça. Plus tard, quand j'ai réalisé le film et quand je travaillais sur les effets visuels, avec le directeur des effets visuels il fallait que je parle un peu plus des lois physiques de cet état. Mais on ne s'est pas tellement concernés… Qui s'en fout de la réalité ?

Animatrice conversation :
Le ton du film, le vôtre… C'est vraiment un ton très grave, et en même temps un ton plein d'humour, et drôle. Quelle était vraiment la recherche d'un équilibre très subtil qui fait partie de votre ADN ?

Alexander Payne :
On m'a souvent posé la question « Comment vous faites l'équilibre entre l'humour et le drame ? » Il n'y a pas vraiment une manière de faire, je ne peux pas vraiment le décrire. C'est comme ça vient. Il n'y a pas de méthode.

Animatrice conversation :
Mais quand vous travaillez, ce processus de l'écriture, comment vous l'échangez entre vous ? Vous vous dites « tiens, on va aller dans ce sens ou dans cette direction » ?

Alexander Payne :
D'abord ça a été un processus très très long d'écriture. Le scénario de ce film… Il y a eu 6 ans entre Sideways et The descendants, et c'était un peu cette raison, parce que je voulais que ce film soit le film après Sideways, mais le scénario a pris tellement de temps, et après on a eu beaucoup de mal aussi à trouver des financements, c'était presque impossible d'en trouver. Vous pouvez me poser d'autres questions sur le scénario, vous pouvez me dire comment on a fait, et ceux parmi vous, les étudiants qui travaillent là-dessus, vous savez que c'est un travail très instinctif. On ne se dit pas « Tiens, comment va-t-on faire ça ? ». Avec la distance, je peux vous dire « on a fait de telle ou telle manière », mais vraiment c'est comme ça vient. La seule chose que je peux dire, et ce n'est pas une réponse complète à votre question : l'humour pour nous vient du fait de prendre un point de départ tout à fait absurde et on le traite de manière très sérieuse, et plus on est sérieux là-dessus, plus c'est drôle. Mais ce n'est pas une sorte d'humour qui vous fait éclater de rire, c'est un humour très intellectuel. 

Animatrice conversation :
En fait, le film est assez dingue. Quels étaient les effets techniques et artistiques, vous avez parlé des effets visuels, auxquels vous avez fait face ? Parce que c'est la première fois pour vous que vous êtes face à des effets visuels.

Alexander Payne :
Oui, merci pour l'adjectif brillant, car vraiment je trouve ça brillant. C'est la première fois que je fais un film avec des effets visuels, c'est vraiment la première fois que j'utilise des effets visuels dans mon film. Ce que j'en ai appris, ce n'est pas que ce soit difficile, c'est simplement que ça prend énormément de temps, c'est très chronophage. En tant que réalisateur, vous avez besoin d'un directeur pour les effets visuels, et moi je lui ai dit « Explique-moi, apprends-moi à comprendre et fais-moi croire que je suis en train de faire un vrai film, c'est-à-dire sans effets visuels », parce que la première chose dont on souffre dans ces films, c'est la performance des acteurs et l'histoire, et ça je ne voulais pas du tout que ça arrive pour mon film. Le processus des effets visuels, il y a 750 effets visuels dans le film… un grand nombre a été fait autour de mon désir que les acteurs soient vraiment protégés, et je voulais que les effets soient tellement bien et qu'ils soient crédibles à en devenir banals. Je voulais que le film ait l'air d'avoir été fait en 1978. Une autre chose par rapport aux effets visuels : au contraire des films d'action, ici, le plan séquentiel est assez long, et le public a le temps de détecter les imperfections, donc ça c'était un défi de plus.

Animatrice conversation :
Je ne sais pas pour vous, mais une des images qui m'ont vraiment frappée, c'est cet espace où on rétrécissait les gens. Est-ce que vous avez donné des instructions à votre décorateur ?

Alexander Payne :
Oui, j'ai dit qu'il fallait que ça ressemble à un grand four à micro-ondes.

Animatrice conversation :
C'est votre idée d'un four à micro-ondes ? Vous êtes très très étonnant Monsieur Payne.

Alexander Payne :
Et là aussi, quand on les rase, on a construit tout ça. Ça c'est ma séquence favorite, merci de me poser la question, mais ce n'est pas une séquence d'effets visuels, c'est vraiment une séquence de décor, tout a été construit. Par la suite, quand on leur a arraché les dents, on a filmé ça dans une école de dentistes, à Toronto, au Canada. 

Animatrice conversation :
Quand le film a été lancé au festival du film de Venise, on a dit que c'était une satire politique, un film de science-fiction, comment désigneriez-vous votre film ? Qu'avez-vous voulu explorer ?

Alexander Payne :
Pour moi c'est un film… Ça c'est le réalisateur prétentieux. Je ne fais pas de comédie ou de drame, je fais un film. C'est vrai, ce n'est pas à moi de mettre une étiquette sur mon film. 

Animatrice conversation :
Je suis d'accord.

Alexander Payne :
Si vous me posez la question, pour moi tous mes films, même The Descendants qui est un peu déprimant, pour moi ce sont tous des comédies. Je suis à la recherche de l'humour et de l'absurde. D'autres personnes disent « Vous dites que c'est une comédie, mais ce n'est pas tellement drôle, c'est comme un drame un peu drôle », ça m'est égal. Ce que j'essaye de faire, c'est de diriger ce que je fais. J'aime les films qui sont charmants, et j'aime les films qui sont drôles. Souvent, je vois des films contemporains et on me dit « Qu'est-ce que vous en pensez ? C'est quoi pour vous ? », je dis « C'était bien, mais il n'y a pas de blagues. » Je n'aime pas les films où il n'y a pas d'humour. 

Animatrice conversation :
Vos films en ont, c'est sûr. Au travers du prisme de ce film, qu'avez-vous voulu personnellement explorer ?

Alexander Payne :
Quelles autres questions avez-vous, dans vos papiers ?

Animatrice conversation :
Je ne vous dirai pas ! C'est le jeu. 

Alexander Payne :
« Explorer », est-ce que je dois prendre ce mot littéralement ? 

Animatrice conversation :
Non, vous le prenez comme vous voulez.

Alexander Payne :
Il ne s'agit pas « d'explorer ». Après Sideways, j'avais vraiment le besoin de faire quelque chose de plus ambitieux que ce que j'avais fait jusque-là, avec un peu de conscience politique, comme c'était le cas dans mes deux premiers films, Election (L'Arriviste en France) et Citizen Ruth. Donc c'était ça. 

Animatrice conversation :
Donc c'est comme ça que je le vois, vous appelleriez ça une histoire d'amour ?

Alexander Payne :
Ça évolue pour devenir une histoire d'amour durant la dernière heure, pour une histoire improbable. Au tout début vous le voyez dans deux relations qui sont fausses, l'une avec sa femme, et l'autre femme avec laquelle il sort. Vous savez, c'est vraiment la relation ridicule après un divorce. Finalement, la troisième fois, il trouve la bonne personne sans la rechercher. Ça c'est l'histoire d'amour qui nous a surpris, même pendant qu'on l'écrivait on n'y a pas pensé, elle s'est imposée, elle est apparue. Dans Sideways il y avait aussi une sorte d'histoire d'amour. C'est vraiment la première fois que j'ai vraiment une histoire d'amour, et j'ai vraiment aimé ça. 

Animatrice conversation :
Et vous avez laissé un couple tout à fait improbable. Lui a vraiment voulu être rétréci, et la militante vietnamienne qui a été réduite à contrecœur et amputée… 

Alexander Payne :
C'est une comédie.

Animatrice conversation :
Bien sûr, nous avons des acteurs que nous connaissons : Matt Damon, Christoph Waltz, Kristen Wig… Ce sont des acteurs internationaux, mais la Vietnamienne… Qu'est-ce qui vous a décidé à la caster comme étant la personne parfaite ? 

Alexander Payne :
Pourquoi elle par opposition à une star ?

Animatrice conversation :
Non, pas simplement par opposition à une star, mais une militante, amputée, vietnamienne…

Alexander Payne :
Ça c'est dans le scénario. Après, à nous de trouver le bon acteur, et les dieux du casting m'ont envoyé Hong Chau. Qui est Hong Chau ? Elle est vietnamienne, elle est née en Thaïlande de parents vietnamiens réfugiés. Ils ont émigré aux États-Unis quand elle était une petite fille, ils étaient dans l'état de Louisiane. Parce qu'il y a là beaucoup de Vietnamiens, parce qu'il y a là l'industrie des crevettes, donc ils ont été là où il y avait la même sorte d'industrie. Ses parents n'étaient pas pêcheurs de crevettes mais ils tenaient des sortes d'épicerie où on trouvait tout. Elle était la première de sa famille à aller à l'université. Elle a fait des études de cinéma, elle aimait le cinéma plus que d'être actrice. En étant étudiante, elle jouait dans les films de ses amis. On lui as dit « Tu es vraiment très bonne ». Elle se disait « Ah bon ? », elle n'était pas… Et après l'université, elle est allée à New York, elle a pris des cours d'actrice, elle a travaillé un peu et la voici. Je l'avais vue dans un film de Paul Thomas Anderson, Inherent Vice, elle a un petit mais mémorable rôle de prostituée dans ce film ; et puis dans des séries américaines que je n'avais pas vraiment vues, comme Big Little Lies. Est-ce que vous connaissez ? Qu'en pensez-vous ?

Animatrice conversation :
Oui, j'aime bien. Vous voulez mon opinion ? Je vous la donne. Vous dites qu'elle vole la vedette, et c'est vrai, pas en tant qu'actrice…

Alexander Payne :
C'est le film de Matt Damon, mais Hong Chau arrive et on se dit « Qui est Matt ? », c'est elle qu'on regarde. 

Animatrice conversation :
C'est vrai. Je ne sais pas si vous êtes d'accord avec moi, mais je pense aussi que celui qui vole la vedette c'est vraiment Christoph Waltz. Honnêtement, à chaque fois qu'il est à l'écran, je ne sais pas pour vous mais je me dis « J'en veux plus, j'en veux plus ! ». 

Alexander Payne :
Ma femme est ici dans le public. Elle hoche la tête. Quand elle a vu les premières images du film, elle a dit « Les gens vont adorer Christoph Waltz, s'il y a d'autres scènes il faudrait les garder avec lui. »

Animatrice conversation :
Vous devriez toujours écouter votre femme.

Alexander Payne :
Je sais, elle est d'accord aussi.

Animatrice conversation :
C'est intéressant, dans une interview que j'ai lue et qu'il a donné, il a dit qu'il percevait son rôle comme un mentor. C'est comme ça que vous le conceviez aussi ?

Alexander Payne :
Il a eu cette idée parce qu'il est plus âgé que Matt Damon. Avant de le rencontrer, j'avais rencontré des acteurs plus jeunes pour ce rôle, il n'aurait pas eu ce même point de vue. En fait un acteur doit faire un choix une fois qu'il est casté : « Quel va être mon point de vue ». Et Christoph a décidé d'être le mentor de ce personnage. L'acteur fait des choix, il se dit « Je vais faire ça comme ça », et moi ça me va bien pourquoi pas, c'est une belle dynamique. Une fois que vous choisissez un acteur en particulier, vous le voulez pour la manière dont il va apparaître dans ce film.

Animatrice conversation :
Je voudrais savoir aussi, pendant l'écriture, est-ce que vous écrivez en ayant en tête un acteur ou une actrice, et vous pensez à eux sans que ce soit ceux que vous allez avoir dans votre film. Comme par exemple, vous aviez dit que pour Monsieur Schmidt, c'était William Holden. Et ici, pour ce film, qui vous aviez en tête quand vous écoutiez les voix de vos personnages ?

Alexander Payne :
Pour Matt Damon, pour son personnage, je pensais à Paul Giamatti et Jack Lemmon. Pour Christoph Waltz à un ami serbe. Pour Ngoc Lan, je pensais à Gong Li, sur le travail qu'elle faisait pendant les années 80. Mais ce n'est pas tout le temps comme ça. Parfois, quand vous écrivez un film, si vous avez du mal quelquefois, ça vous aide de penser à quelqu'un que vous connaissez, ou à un acteur, même s'il n'est plus en vie, parce qu'on se dit « Qu'est-ce que cette personne aurait fait, qu'est-ce qu'elle dirait ? ». 

Animatrice conversation :
Vous avez aussi dit avoir toujours aspiré à faire un film de Altman. Diriez-vous que ce film est celui qui se rapproche le plus à cause de sa structure ? Ou en tout cas qui vous a inspiré, quelle a été votre inspiration ? Vous adorez mes questions, je sais.

Alexander Payne :
Celui-ci a été inhabituel. Pendant qu'on écrivait ce scénario, nous avions l'impression d'innover. On n'arrivait pas à comparer… Je ne suis pas en train de me complimenter, j'aurais bien voulu penser à un film. En termes de structure, ne pas comparer ce film à d'autres grands films, on en a parlé plus tôt aujourd'hui. Un des réalisateurs qui m'a un peu aidé, parce que le scénario devenait tellement dingue, c'est l'un des premiers de Fellini, Huit et demi, La Dolce Vita, où on suit un seul personnage dans une série d'épisodes qui peuvent être très différents, et le public peut se dire « Pourquoi je me retrouve là, qui sont ces nouveaux personnages que je rencontre et avec qui je dois aussi avoir une certaine relation ? », jusqu'au moment où, à la fin, il y a une sorte de révélation et il y a un focus sur le personnage, et là on a un peu la sensation de toute l'expérience accumulée qui défile devant ses yeux. Il y a une sorte de fil narratif qui devient très clair et très tendu. Là aussi, je ne suis pas en train de comparer mon film à ces films extraordinaires de Fellini, mais j'y puise beaucoup d'inspiration. Vous savez, moi je m'ennuie… je n'ai pas besoin d'une structure avec trois acteurs. Fellini nous apprend, et Scorcese aussi, qu'il ne faut pas réfléchir en tant que trois acteurs, un trio, mais en termes de séquences. C'est ce qu'on appelle la vie.

Animatrice conversation :
Je suis sûre que vous avez discuté de ce film avec vos acteurs, avant, pendant le tournage. Vous avez peut-être partagé avec eux des rêves ou des cauchemars. Est-ce que vous ou d'autres seriez contents d'être réduit à la taille d'une tablette de chocolat ?

Alexander Payne :
C'est quoi votre prochaine question ? 

Animatrice conversation :
Non, je veux savoir, vous avez certainement discuté de tous ces points. On n'est pas sur YouTube, on peut dire ce qu'on veut.

Alexander Payne :
Tout au début de mes interviews on me demande « Est-ce que vous, vous rétréciriez ? », et moi j'étais là à réfléchir à une réponse intelligente, et je n'y arrivais pas. Je ne sais pas, si j'aimerais.

Animatrice conversation :
Quand vous discutiez avec vos acteurs, c'est pas possible, vous avez dû discuter de cette question, est-ce que…

Alexander Payne :
On n'a jamais eu cette conversation. 

Animatrice conversation :
Vous n'avez jamais parlé de ça ? Et moi je dois vous croire ?

Alexander Payne :
Oui.

Animatrice conversation :
Est-ce qu'on croit Alexander Payne ? D'accord, OK. C'est vrai que vos films, et celui-ci n'est pas une exception, sont toujours un peu curieux sur le plan émotionnel. Quelle est la scène qui vous a demandé le plus intellectuellement, ou celle qui vous a touché le plus, que ce soit pendant le tournage ou pendant le montage ?

Alexander Payne :
Ça c'est une question facile.

Animatrice conversation :
Je suis ravie.

Alexander Payne :
Il y a une prise où Ngoc Lan, quand elle dit « Je vais aller en Norvège avec vous ». Ça c'est vrai pour n'importe quel réalisateur : au moment de terminer un film, je l'ai vu des milliers de fois, je n'ai pas besoin de le revoir pour le restant de ma vie. Mais cette prise, où on a capté sa performance quand la caméra se rapproche de son visage, elle l'a fait dès la première prise. Chaque fois que je la vois, je me dis « Dieu merci, on l'a eue celle-ci. » Si le film n'existe que pour soutenir cette prise, ça me va très bien. Mais ça c'est moi, peut-être que vous aimez autre chose dans le film. C'est un moment tellement excitant, tellement génial quand on a une performance extraordinaire.

Animatrice conversation :
Quand on sent que c'est vraiment allé dans le mille. 

Alexander Payne :
Ça reflète tout le travail qui a été fait pour le tournage, tout le planning du scénario, le casting, tout a été réfléchi pendant si longtemps, et quand ça arrive ça a l'air d'être tellement spontané, et on a l'impression que ça arrive pour la première fois, et c'est ce qu'on veut faire. J'ai dîné il y a un mois à Londres avec Ken Loach, le grand Ken Loach. Et il parlait de l'excitation du cinéma par opposition au théâtre. C'est de pouvoir… Attraper des acteurs, des êtres humains qui réagissent à quelque chose pour la première fois et qu'on puisse le capter à jamais. C'est plus difficile quand on fait un film de fiction, quand on a répété et planifié les choses. C'est plus facile quand il n'y a pas de répétition, avec des acteurs qui ne sont pas des professionnels, ou avec un acteur qui improvise ses dialogues. Et moi je respecte Monsieur Loach, mais c'est aussi possible dans les films de fiction si vous avez un acteur extraordinaire, et si vous arrivez à capter une des premières prises, et si le réalisateur ne s'en mêle pas trop. Vous savez « le réalisateur doit toujours coacher l'acteur » : non, en fait le réalisateur doit choisir le bon acteur. Le vieux cliché : 95 % du travail de la réalisation c'est le casting. Et dans ce cas-là, moi, les dieux m'ont envoyé la bonne actrice. Dès la première prise, je ne lui avais rien dit avant cette prise, et elle était parfaite. Moi, je n'aurais jamais pu faire ça avec l'éclairage et la caméra, pouvoir livrer quelque chose non pas qui avait l'air, mais qui était authentiquement spontanée, bien que ça avait été très répété. Est-ce que j'en dis trop ?

Animatrice conversation :
À vous, les questions. Des questions ?

Alexander Payne :
Allez-y, réveillez-vous !

Animatrice conversation :
Je peux aussi dire qu'une des choses que j'ai trouvées intéressantes, tout comme vous, Paul n'a jamais quitté le Nebraska et Omaha, là où vous avez grandi. Je trouve ça quand même assez intéressant. Vous êtes toujours à Omaha, Nebraska, mais pour la première fois vous avez choisi des acteurs très internationaux. Est-ce que c'était très important pour vous ? Comment cela a alimenté votre vision de tout ?

Alexander Payne :
Oui… Oui !

Animatrice conversation :
Ah bon, il est d'accord ?

Alexander Payne :
Oui oui, je suis d'accord ! Le film commence petit et évolue, évolue, évolue beaucoup, prend beaucoup d'ampleur. Et pour moi, personnellement, vous l'avez dit, c'était important de pouvoir l'ancrer dans quelque chose de familier. Et ce qui, pour moi… C'était de tourner à Omaha, qu'il soit quelqu'un que je comprenne. Je ne veux pas que tous mes films soient ainsi, mais d'une manière ce film est très lié à mes 6 films précédents.

Animatrice conversation :
Quand vous dites que ces films… En fait il y a une chose tout à fait subtile dans vos films : tous vos personnages, en commençant par Citizen Ruth… Downsizing, d'une manière, c'est aussi un film sur une sorte de mort sociale et physique, mais toujours pour aller vers un nouveau départ. Et dans ce cas, c'est ce que Leisureland offre ou n'offre pas. Comment est-ce que vous vous réinventez à chaque fois en tant que cinéaste, écrivain… Est-ce que vous avez besoin d'avoir une sorte de mort mentale pour que vos personnages prennent vie ?

Alexander Payne :
Oh la la, mon dieu ! Que vais-je faire avec cette question ?

Animatrice conversation :
Est-ce vrai que tous vos personnages sont sur le point de mourir, que ce soit dans Citizen Ruth, dans Monsieur Schmidt, dans The Descendants… Il y a beaucoup de morts physiques ou de morts sociales qui en fait vont lancer l'histoire ou l'intrigue, et là c'est la même chose.

Alexander Payne :
Monsieur Schmidt, The Descendants, Nebraska et celui-ci ont cet élément. C'est une sorte de conscience de la proximité de la mort, cette conscience vous fait réfléchir et cette réflexion lance aussi l'action. Le succès de cette action est une autre paire de manches. C'est un vieux cliché, mais c'est vrai. Si vous savez que vous allez mourir demain, vous comporteriez-vous différemment ? En fait, on va tous mourir demain, mais c'est peut-être demain dans deux ou trois ans. 

Animatrice conversation :
Alors, vos questions ? 

Intervenant 1 :
Bonsoir. Merci pour votre film. J'aimerais savoir quelle est votre idée de la conception de la volonté, du choix libre dans ce film, et qui est George ?

Alexander Payne :
Je n'ai aucune idée de comment répondre à cette question, vraiment je ne sais pas quoi vous dire sur le libre choix. George était un frère à moi qui est mort il y a deux ans, et vous n'avez pas vu ce film.

Intervenante 2 :
Est-ce que dans ce film, le plus difficile a été de rendre les humains petits, en tout cas donner l'impression que les humains étaient petits, ou donner l'impression que le monde était plus grand ? Quel a été le plus difficile ?

Alexander Payne :
Excellente question. Je pense que ce que vous essayez de me demander, c'est pourquoi je suis tellement beau, n'est-ce pas ? Comment est-ce que je peux avoir 56 ans et une si belle peau ? Vous savez, j'utilise une crème hydratante et je lave mon visage avant d'aller dormir. Je ne sais pas quoi vous dire, je ne sais pas quelle réponse vous donner ! C'est une question à laquelle je n'arrive pas à répondre. Est-ce que vous êtes en train de parler sur le plan intellectuel ou sur le plan d'effets visuels ?

Animatrice conversation :
Les effets visuels.

Alexander Payne :
Le directeur des effets visuels, le directeur de la photo et moi-même avons discuté longuement s'il fallait utiliser des grosses caméras ou des petites. Comment tourner des gens petits. Jusqu'au moment où le personnage de Matt Damon avait rétréci, on a filmé les hommes petits comme s'ils avaient existé, et que nous avions des caméras normales. Et quand on fait un focus, le champ de vision est très superficiel, ou alors vous avez une lentille macro où vous pouvez vous approcher énormément et c'est très large. Le film fait une transition dans une seule prise, là où on voit des nurses jamaïcaines et trinidadiennes qui attendent l'arrivée des petits, vous ne le savez pas au début puis vous voyez les grandes nurses et vous réalisez, avec Matt Damon on se dit « Tiens, on est avec les petits. » Ça aussi c'est une transition optique, où on prétend que les caméras petites existent aujourd'hui dans ce monde petit. Jusqu'à la fin du film, chaque fois qu'on voit le grand monde, les gens qui sont grands sont montrés du point de vue d'une petite caméra. Je n'essaie pas de prendre votre question de manière très littérale, je vous explique un peu le processus et nos discussions techniques.

Intervenante 3 :
Bonsoir, merci d'être ici. J'ai une question qui n'est pas aussi sujet de la taille mais au sujet de ce qui se passe au début du film, quand Matt Damon parle avec sa mère. Elle lui dit qu'elle a très mal, il lui dit que les gens souffrent de mille façons différentes. Je voulais savoir si vous essayez d'expliquer cette idée dans le reste du film, de la douleur des gens ?

Alexander Payne :
Merci pour cette question, ça me fait plaisir pour Jim et moi. Je ne peux pas vraiment vous l'expliquer de manière… Mais pour nous ça nous semblait bien d'écrire cette… Mais pour ce personnage, je pense que c'est bien qu'il soit conscient de la douleur des autres, même s'il semble très passif dans ce film, on ne sent pas trop son moteur intérieur qui le porte… C'est peut-être un peu un défaut dans le scénario, normalement le protagoniste a un but, il essaye d'y parvenir et il surmonte ou pas les défis durant l'histoire. Son personnage, lui, il a des visées assez silencieuses et très subtiles, mais nous savons qu'il est conscient de la douleur des autres, et qu'il veut aider les autres. On le voit aider sa mère, puis dans son travail, et par la suite il s'occupe de sa femme. Il est un peu perdu dans ce monde matérialiste, et puis cette femme dingue vietnamienne le prend par la nuque et elle l'oblige à revenir à lui-même. Ce dialogue ce n'est pas vraiment un thème du film, mais ça en dit long sur cette conscience qu'il a, merci d'avoir soulevé la question.

Intervenant 4 :
Merci pour ce film. Je tenais à vous dire que je suis vietnamien et que je trouvais que le comportement du personnage vietnamien est vraiment crédible. Je voulais savoir : a-t-il été conseillé par des vietnamiens ?

Alexander Payne :
Non c'est elle-même qui l'a fait. Le vietnamien est sa langue maternelle. Elle dit que sa performance… En fait elle lui a dit qu'elle rendait hommage à ses parents en faisant ce film. Elle respecte le rythme, la comédie, le pathos et la manière dont les dialogues sont écrits, mais c'est aussi pour elle rendre hommage à ses parents, parce qu'ils parlent de cette manière-là. Est-ce que vous comprenez ?

Intervenante 5 :
Bonsoir. Le film parle beaucoup d'écologie et le fait que le downsizing soit fait justement pour sauver l'espèce humaine. On voit à la fin que, finalement, c'est un peu plus compliqué que ça. Vouliez-vous que le film soit pessimiste à ce sujet ou alors qu'il y ait malgré tout une lueur d'espoir sur ce sujet, qui nous concerne tous aujourd'hui de manière très urgente ?

Alexander Payne :
Je pense que ce n'est pas le fait d'être optimiste ou pessimiste, c'est simplement le fait d'être réaliste. Ce que les journaux nous disent tous les jours, c'est qu'il y a énormément de problèmes et que c'est peut-être déjà trop tard, et que nous avons déjà peut-être 200 ou 800 ans encore à vivre, mais qui sait. Là, en tout cas, le monde va dans une mauvaise direction. 

Animatrice conversation :
Est-ce que vous pensez vraiment que rétrécir les gens c'est pour sauver la planète ou sauver le budget ? En fait, vous n'orientez jamais votre public à aller d'un côté.

Alexander Payne :
Que voulez-vous dire par le budget, le fait d'avoir plus d'argent ? Ça c'est le génie de cette idée, Christoph Waltz le dit d'ailleurs. L'altruisme est à la recherche de l'égoïsme. La seule manière d'amener les gens à faire la chose qu'il faut faire est de faire appel à leur intérêt personnel.

Intervenant 6 :
Je me posais la question : puisque ce sont les Hommes qui détruisent la terre, et considérant la fin de votre film, est-ce que vous pensez que sauver l'espèce humaine est important ? 

Alexander Payne :
C'est une question tout à fait juste. 

Animatrice conversation :
C'est vraiment la question que votre film pose.

Alexander Payne :
Je pense, oui. Asbjørnsen, le scientifique, dit, l'homme est bien trop beau, pas toujours, mais est très improbable, c'est une forme de vie tellement improbable, il n'a pas le droit de disparaître pour toujours. Nous savons que nous ne sommes pas seuls, on ne sait pas qui il y a d'autres, on ne le saura jamais, les choses sont trop lointaines. 

Animatrice conversation :
Quelques milliards de vies… Des questions ?

Alexander Payne :
Je pense qu'il faut sauver les éléphants. 

Animatrice conversation :
Vous avez vu que Trump… ? 

Alexander Payne :
Quel con, Trump !

Animatrice conversation :
Comment est-ce qu'on peut permettre le commerce avec des éléphants… Ce n'est pas possible. Je sais que vous connaissez bien Paris, vous avez tourné Paris je t'aime dans le 14ème, et vous avez choisi un casting très international. Mais pourquoi vous n'avez pas inclus un de nos acteurs… Pourquoi vous n'avez pas essayé de rétrécir Depardieu ou Deneuve ? Pourquoi ne pas avoir choisi un acteur ou une actrice français(e) ?

Alexander Payne :
C'est un peu dur de rétrécir Depardieu aujourd'hui… Désolé !

Animatrice conversation :
Mais quand même ! Pourquoi ne pas avoir d'acteurs français dans votre film ? Votre casting est vraiment international.

Alexander Payne :
En fait j'aimerais beaucoup, vraiment beaucoup travailler avec Marion Cotillard un jour, je pense que c'est une grande star. Pas tout le monde n'est d'accord avec moi ? Pas tout le monde n'est d'accord, je le sais, je le comprends, mais quand elle est à son meilleur elle est très bien. Chacun a ses goûts, moi je l'aime, elle me plaît. 

Intervenante 7 :
Vous venez de parler de Marion Cotillard, je crois qu'elle est très impliquée dans l'écologie, la défense de l'environnement, etc. Je voulais savoir à quel point vous êtes militant dans ce domaine-là, parce que vous avez dit que votre film est une comédie, mais c'est quand même beaucoup plus que ça. Vous traitez de thèmes très très forts et sérieux. Je voulais savoir à quel point vous êtes militant et engagé sur ces sujets-là ?

Alexander Payne :
Je ne le suis pas. Bien sûr je le ressens et je suis très concerné, mais l'aspect environnemental du film était vraiment une porte d'entrée. On s'est dit « Si les hommes pouvaient être rétrécis, qu'est-ce qu'on ferait de cette idée ? » et je me suis dit « Comment cela se produirait dans la réalité ? ». Mais de manière complètement… C'est certainement un scientifique complètement dingue qui rêverait de ça comme une panacée pour la surpopulation et le changement climatique. Et de toutes les questions qui se posent sur terre, comme les armes nucléaires, il y a vraiment le climat. Peut-être que c'est déjà trop tard. Pour ne pas prendre votre question littéralement, je ne suis pas militant, mais je pense que c'est bien d'ajouter cet aspect dans le bon côté de notre processus. Ce film comporte cette idée de différentes manières. Ce qui est terrible, c'est que la question de ce changement climatique est devenue tellement politisée. Ça c'est la chose la plus idiote que j'aie jamais entendue. Donc je suis désolé. Le film a d'autres éléments politiques aussi. Et ce n'est pas un film militant, nous faisons des comédies, mais au moins le film nous montre une prise de conscience et reconnaît tel et tel problème, et nous dit « Regardez, regardez ! ». C'est une comédie douce, gentille.

Animatrice conversation :
C'est ce qui va conclure notre conversation. Y a-t-il une autre question ? Peut-être… Qu'avez-vous déjà dans votre tête, y a-t-il quelque chose dans votre esprit [au sujet de ce] que sera votre prochain film dans quelques années ?

Alexander Payne :
Non, je ne sais pas quel sera mon prochain film, mais j'espère faire un jour un western.

Animatrice conversation :
Merci beaucoup Alexander, merci d'être là.

Alexander Payne :
Merci.

Animatrice conversation :
Donc on vous verra la prochaine fois avec un chapeau de cow-boy !

NOTES DE PRODUCTION

“C'EST TOUT BON…"

Paul Safranek (Matt Damon) a décidé de réduire sa taille il y a longtemps. Parvenant à peine à joindre les deux bouts avec son salaire d'ergothérapeute, il n'a pas su réaliser les rêves ambitieux de sa femme Audrey (Kristen Wiig) et a renoncé aux siens pour répondre aux attentes des autres. Autant dire que les perspectives d'avenir de ce couple issu de la classe moyenne, âgé d'une quarantaine d'années et sans enfant, étaient plutôt moroses. 

Dix ans plus tôt, il avait vu à la télévision le scientifique norvégien Jorgen Asbjørnsen (Rolf Lassgård) et son équipe promettre au monde une solution à son problème le plus préoccupant : la surpopulation. Plus concrètement, il s'agissait d'une miniaturisation cellulaire surnommée "downsizing". 

L'objectif ? Convaincre d'ici 200 ans 6% des hommes et des femmes vivant sur cette planète de réduire volontairement leur taille à environ 12 cm et diminuer ainsi le risque d'une disparition de l'espèce humaine. Réduire la taille des hommes visait donc un but majeur. Mais cette noble démarche consistant à sauver l'humanité nécessitait quelques ajustements.

Paul et Audrey ont pris conscience des avantages du downsizing en croisant leur copain Dave (Jason Sudeikis) à l'occasion d'une réunion d'anciens élèves. Paul n'en croyait pas ses yeux : Dave et sa femme Carol, mesurant désormais 12 cm, menaient une vie de rêve dans la communauté protégée de Leisureland spécialement conçue pour les personnes de taille réduite. Il fallait que les Safranek découvrent ce site par eux-mêmes ! 

La visite de Leisureland s'est révélée fascinante : il s'agit d'un concentré de ce que le monde réel a de mieux à offrir – réduit à l'échelle de ses habitants. L'avantage ? Les 100 000 dollars dont disposent les Safranek ont ici une valeur de 12,5 millions de dollars. Le couple pourrait donc vivre dans le luxe jusqu'à la fin de ses jours. L'inconvénient ? Il lui faut accepter d'être rétréci à hauteur de 0,03634% de leur masse corporelle actuelle. Le downsizing est irréversible. Par chance pour les Safranek, toutes les failles du système ont été corrigées au cours des dix dernières années. Ils étaient donc partants. Ou c'est ce que Paul croyait… Un an plus tard, cette décision ne s'est pas avérée des plus heureuses. Paul était divorcé et seul, il avait un boulot alimentaire de télévendeur et vivait dans un modeste appartement… jusqu'à ce que le sort en décide autrement. 

Son voisin Dusan Mirkovic (Christoph Waltz), play-boy d'origine serbe, et son associé Konrad (Udo Kier) bousculent son quotidien sinistre et lui font découvrir leur mode de vie festif … et lucratif ! C'est à cette occasion qu'il rencontre la dissidente vietnamienne Ngoc Lan Tran (Hong Chau), femme de ménage infirme de Dusan, qui a été rétrécie contre son gré et contrainte à l'exil. Ne supportant pas la moindre naïveté, elle oblige Paul à découvrir l'envers du décor : le bâtiment gigantesque, situé de l'autre côté d'un mur imposant, où vivent les immigrés qui, comme elle, n'ont pas d'argent. Projeté dans son univers, Paul envisage une relation amoureuse qu'il n'aurait jamais pu imaginer et découvre un point de vue sur le monde qui renverse ses certitudes – mieux encore, il a l'occasion inespérée d'accomplir de grandes choses.

JE TE RETROUVE DE L’AUTRE CÔTÉ.
PAUL SAFRANEK

« Magnifique. Drôle. Bouleversante ».

C’est en ces termes que Matt Damon qualifie l’histoire qu’Alexander Payne a coécrite avec Jim Taylor. Une comédie dramatique profondément noire – mais aux résonances contemporaines – conjuguée à une aventure de science-fiction autour d’un homme ordinaire qui a soudain la possibilité de donner du sens à sa vie. Ce sont Jim Taylor et son frère le producteur Douglas Taylor qui ont eu l’idée du postulat de départ. 

« Doug a imaginé un dispositif permettant de rétrécir les gens et a ensuite fait de savants calculs pour savoir combien de personnes de taille réduite on pouvait nourrir avec un hamburger », raconte Jim. En jouant avec l’idée que des opportunités inouïes peuvent se présenter à des êtres humains ainsi rétrécis, ils n’ont pas tardé à disposer d’un « point de départ intéressant pour un film ». 

Payne a cherché à donner plus d’envergure à ce postulat. « On s’est dit que le downsizing deviendrait une tendance mondiale, si bien qu’avec Jim, on eu envie d’étendre le dispositif à tous les pays, et pas de se cantonner aux États-Unis », dit-il. « Tout le reste a découlé de ce point de départ ». 

En élargissant le contexte, les auteurs mettaient en valeur la dimension universelle des thèmes abordés par le film. « Nos protagonistes sont américains, vietnamiens et serbes », reprend le réalisateur. « Dans le film, on entend parler l’anglais, le vietnamien, le serbo-croate, l’espagnol, le norvégien, le grec, le coréen, la tagalog, l’arabe, le français et, pendant quelques instants, le langage des signes américain. On n’avait pas, au départ, l’intention de brasser plusieurs langues, mais cela enrichit l’intrigue et appuie l’idée que le monde de Paul s’élargit dès l’instant où il choisit de rétrécir ». 

Taylor ajoute : « Avec DOWNSIZING, on voulait faire un film qui soit plus tourné vers les autres que nos scénarios précédents. On s’est toujours intéressé à cette tendance de la nature humaine à accuser les autres d’être à l’origine de nos problèmes plutôt qu’à assumer nos responsabilités ». 

« Les films d’Alexander Payne ne parlent pas de courses-poursuites en voiture ou de braquages de banque », commente le producteur Mark Johnson. « Ils mettent en scène de braves types qui tentent d’agir au mieux, et si l’univers de DOWNSIZING a plus d’envergure que dans ses précédents films, il s’agit quand même d’une oeuvre centrée sur un personnage. Je n’avais jamais lu de scénario pareil. Je m’attendais à ce que le résultat soit drôle, et s’il frôle avec l’absurde, je ne pensais qu’il serait aussi émouvant. C’est un formidable mélange de comédie, de drame, conjugué à une histoire d’amour particulièrement complexe. Ce qui est magnifique dans un film comme DOWNSIZING, c’est qu’on ne peut pas le résumer en une ou deux phrases ». 

Quand le spectateur fait la connaissance de Paul, il est ergothérapeute chez Omaha Steaks et il vient en aide à tous ceux qui souffrent de troubles musculosquelettiques. « C’est un type consciencieux, et foncièrement honnête, qui s’est marié très jeune », note Damon. « Kristen (Wiig) campe ma femme Audrey et on comprend très vite à qui on a affaire. Ils n’arrivent pas à s’en sortir à Omaha. La perspective du downsizing leur semble de plus en plus séduisante. Suite à plusieurs événements, ils sont progressivement convaincus que c’est sans doute un dispositif qui leur conviendrait bien. Paul se sent en partie responsable d’Audrey. Il a souvent tendance à céder et à lui donner ce qu’elle veut, même si ce n’est pas forcément ce qu’il y a de mieux pour lui. Il passe son temps à s’occuper des autres, au risque de s’oublier lui-même. C’est dans sa nature d’être serviable. Il fait partie de ces types sympas dont on abuse constamment de la gentillesse, à différents égards, parce que tout le monde le perce rapidement à jour ». 

L’acteur poursuit : « Il sait qu’Audrey n’est pas heureuse. On lui a répété qu’il n’avait pas les moyens d’acheter une maison, qu’il n’était pas en capacité d’emprunter suffisamment et qu’il fallait qu’il ait un apport personnel plus important. Il a tenu bon et a fait ce qu’il fallait, comme toujours. Et aujourd’hui, il n’a pas le boulot qu’il aurait voulu avoir. Il est conscient d’avoir déçu Audrey ».

Le couple, comme la plupart des gens qui veulent en savoir plus sur le downsizing, « découvre assez vite qu’une fois réduit à la taille de 12 cm, on peut augmenter considérablement sa consommation, vivre dans une maison de plus de 550 m2 – avec 8000 m2 de terrain – qui, en réalité, est aussi grande qu’une table basse », constate Damon. 

« Cet aspect du dispositif est présenté par la publicité comme étant bénéfique pour l’environnement. Mais la plupart des gens veulent tout simplement disposer d’un confort matériel qu’ils ne peuvent pas s’offrir dans le monde réel ». C’est le cas de Dave, vieux camarade de lycée de Paul et Audrey, qui convainc le couple de venir vivre à Leisureland. « J’ai abordé mon personnage comme si c’était un grand golfeur dans un country club, mais qui s’occupe aussi de la gestion des lieux », indique Jason Sudeikis. 

« Il ne tarit pas d’éloges sur la qualité des services de son nouveau paradis. Pour lui, le véritable intérêt du downsizing est matériel ». Peu de temps après que Paul a découvert Leisureland, Dave organise une fête d’anniversaire spectaculaire pour sa fille de 7 ans, où il fait même venir de petits poneys portant une corne de licorne sur la tête. Ne reculant devant rien, pas même les pires excès, Dave estime en effet qu’il faut profiter de la vie au maximum. « Ce type est d’une totale vacuité », ajoute Sudeikis. 

« Paul s’en rend compte et le perce à jour ». De son côté, Kristen Wiig a trouvé le rôle d’Audrey, femme malheureuse, jubilatoire. « J’ai le sentiment que lorsqu’on fait la connaissance d’Audrey, elle n’est pas au sommet de sa forme », dit la comédienne. « Elle n’est pas vraiment heureuse ». Selon Payne, Audrey est « assez sympa mais un peu égocentrique. Et très exigeante ». « J’adore engager des acteurs comiques pour camper des personnages assez sérieux », poursuit-il. 

« J’étais sûr que Kristen était capable de jouer n’importe quel rôle. Elle a un tempo un peu plus soutenu qu’un comédien qui n’a pas son habitude de la comédie ». Comme l’explique Taylor, c’est grâce à cette aptitude qu’ « on a pu demander à Kristen de camper un personnage complexe que peu d’acteurs auraient accepté de jouer, mais elle a tellement bien cerné les nuances de son tempérament que c’en était époustouflant. Elle est brillante et drôle – j’ai beaucoup d’admiration pour elle ». 

C’est la deuxième fois que Kristen Wiig tourne avec Matt Damon après avoir partagé l’affiche avec lui dans SEUL SUR MARS de Ridley Scott. « Même si on jouait tous les deux dans SEUL SUR MARS, on n’avait pas de scènes en commun si bien que j’étais un peu frustrée », se souvient la comédienne. Avec ce film, « j’ai fait coup double, d’autant que je voulais tourner avec Matt et Alexander depuis très longtemps ». 

Elle ajoute qu’elle a adoré observer Alexander sur le plateau : « C’est un formidable chef d’orchestre, d’une très grande précision, si bien que ses comédiens se sentent en sécurité à un point que c’en est presque troublant. Car on sait que tout a été soigneusement pensé à l’avance. Quand il passe à la scène suivante, on a le plus souvent le sentiment que la prise est bonne ». 

Aux yeux de Matt Damon, sa partenaire est tout simplement « extraordinaire. Kristen est bien entendu connue comme auteur et comédienne comique, mais c’est aussi une actrice pleine d’énergie qui a su cerner les subtilités d’Audrey et brosser un portrait authentique du personnage ». Pour se glisser dans la peau de Paul, Damon devait subir tous les jours une séance de quatre heures aux cours desquelles on lui appliquait des prothèses, y compris un faux ventre. « En réalité, ça correspond à ma physionomie quand je ne suis pas en forme », confie-t-il en riant. 

« Ce qui était formidable, c’est que les prothèses étaient moulées sur mesure pour moi ». Une fois que Paul a été rétréci grâce au downsizing, il reprend ses esprits et constate qu’il est seul dans ce nouvel univers. Au lieu de vivre dans une somptueuse propriété, il échoue lamentablement dans un appartement sans âme… après avoir divorcé ! Pire encore, il se retrouve télévendeur alors qu’il était auparavant ergothérapeute. Grâce à son voisin de l’étage supérieur, Dusan Mirkovic, fêtard et jouisseur patenté, Paul a pourtant la chance de repartir à zéro. 

« C’est un Serbe odieux et un peu cinglé qui parcourt le monde, écoute sa musique très fort et, forcément, n’est pas un très bon voisin », indique Damon. Toujours aussi sympa, Paul finit par accepter l’invitation de Dusan à sa fête. C’est là qu’il rencontre Konrad (Udo Kier), associé de Dusan occupé à refourguer des substances illicites aux convives fortunés. Lorsque Paul interroge Dusan sur les dangers de son petit trafic, ce dernier lui répond : « Tu crois vraiment qu’on va s’intéresser à un Serbe de 12 cm qui revend des cigares cubains ? C’est le Far West, mon pote ». Damon reprend : « Il lui ouvre les yeux sur le monde. Il voudrait que Paul arrête de laisser passer des opportunités, qu’il profite à fond de sa nouvelle vie et qu’il le fasse avant qu’il ne soit trop tard ».

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« Dusan gagne sa vie en faisant du trafic de produits de luxe en provenance du monde extérieur qu’il importe à Leisureland », explique Payne. « Grâce à ses contacts de sa vie d’avant, il se débrouille dans les deux mondes ». 

Homme pragmatique, Dusan est un vendeur accompli, obnubilé par ses affaires. C’est lui qui a compris qu’un « vrai filon est apparu quand le phénomène du downsizing a commencé à se répandre », ajoute Taylor. « Il ne mâche pas ses mots et dit ce qu’il a sur le coeur, ce qui peut se révéler à la fois piquant et rebutant ». 

Waltz raconte qu’il n’a pas accepté de jouer Dusan « uniquement pour le metteur en scène, ou uniquement pour l’intrigue, ou uniquement pour l’importance du rôle. Il fallait que les trois paramètres se conjuguent harmonieusement. Dans le cas de ce projet, si j’ai accepté, c’est parce qu’Alexander Payne – qui aurait pu me suffire à me convaincre – était aux commandes, parce que l’intrigue m’a plu et que le rôle était formidable ». 

Waltz ajoute que le film comporte un message – « sinon, ce serait totalement vain », dit-il. « Certains films assument leur statut de ‘pur divertissement’, et sont dépourvus du moindre sous-texte. Dans un film, il y a toujours des références cachées au-delà des apparences. C’est en tout cas l’intention des vrais cinéastes ». L’intention est d’ailleurs la clé de voûte de la satire. « Dans mon livre, la satire est l’un des moyens les plus efficaces de garder un oeil critique sur notre mode de vie », signale Waltz. 

« J’ai vraiment le sentiment que le cinéma parle de nous, autrement dit des spectateurs. En voyant un film, chacun d’entre nous en retire quelque chose. Chacun devrait s’en faire sa propre idée, y projeter ses propres associations, inquiétudes, commentaires, espoirs, angoisses, satisfactions, et inquiétudes. Il est important que chacun y projette ses propres fantasmes ». C’est la nature imprévisible du personnage de Waltz qui fait de lui un type très drôle, comme l’affirme Damon. 

« C’est aussi quelqu’un qui vit en étant toujours joyeux et qui tient à ce que son entourage partage ce sentiment de gaité », dit-il. « C’est un rôle magnifique pour un grand acteur. Pour moi, Christoph est l’un des meilleurs comédiens au monde. Il est brillant et vif. Il est capable d’emprunter toutes les directions et de passer facilement d’un registre à l’autre ». 

C’est par l’intermédiaire de Dusan que Paul croise une improbable âme soeur en la personne de Ngoc Lan Tran (Hong Chau), dissidente vietnamienne : la jeune femme a subi le downsizing contre son gré dans son pays et été expulsée, puis placée dans un carton de téléviseur avec d’autres dissidents rétrécis. Parmi ses 18 compagnons de galère, elle a été la seule à survivre, bien qu’elle ait été en partie amputée d’une jambe. Elle a monté une petite entreprise de nettoyage et passe son temps libre à venir en aide aux autres. « Elle ne pense pas à elle », indique Taylor. 

« Comme Paul, Ngoc s’occupe d’abord des autres. On s’est toujours intéressés à des personnages obsessionnels, déterminés, monomaniaques et un peu sourds à ce qui se passe autour d’eux. C’est pour ça qu’on les aime, mais ils peuvent aussi faire du mal aux autres ». Chez Ngoc, « on perçoit la différence entre la gentillesse et la bienveillance », intervient le réalisateur. 

« Elle n’est pas toujours gentille, mais elle est profondément bienveillante ». Aux yeux de Hong Chau, Ngoc est « un peu despote, un peu Mère Teresa, et un peu Charlot. Elle est drôle. Tyrannique. Exigeante. Et elle est déterminée à venir en aide aux malades qui n’ont personne pour s’occuper d’eux ». 

Le choix de Hong Chau a été providentiel pour Payne, convaincu « que seule Hong pouvait jouer ce rôle ». Fille d’immigrés, la comédienne vietnamienne insuffle une sincérité, une sensibilité et un enthousiasme incomparables au rôle. « Il n’y a pas beaucoup de grands rôles comme celui-là pour les acteurs asiatiques », analyse-t-elle. 

« En général, quand on voit des personnages qui ont un fort accent, ou qui viennent d’un milieu défavorisé, ce ne sont pas les protagonistes. Quand on voit des personnages de femmes de ménage, de chauffeurs de taxi ou d’esthéticiennes, ce sont le plus souvent des seconds rôles. On ne découvre pas où ils habitent, on ne sait rien de leur famille, de leurs croyances, de leurs centres d’intérêt, on ne sait pas s’ils ont un point de vue sur quoi que ce soit, ou s’ils ont des désirs. On oublie parfois que les immigrés ont eu un parcours intéressant, et complexe, avant d’arriver aux États-Unis « . 

« Dans le film, personne n’arrive à prononcer le nom de mon personnage », poursuit-elle. « Paul l’appelle ‘Nock Lang’. Mais son nom, en réalité, veut dire Orchidée de jade, et en vietnamien, on décline d’abord son nom, puis son prénom. Du coup, Ngoc est en fait son nom et Lan son prénom. Alexander m’a demandé, deux ou trois jours avant le début du tournage, si je voulais qu’on change son nom. Je lui ai répondu ‘non, personne ne choisit un nom aussi difficile que Ngoc Lan. En général, on choisit Mai ou Lin ou Kim’. Mais je voulais qu’il garde ce nom, justement parce qu’il était compliqué ». 

Tout comme son personnage. Ngoc Lan subit le downsizing dans ses pires dérives : « L’homme a cette capacité extraordinaire à transformer les meilleures inventions en catastrophes. À tel point qu’elles se retournent contre leur créateur et deviennent une forme de châtiment », dit-elle. « C’est ce qui est arrivé à cette femme : elle est victime de la part d’ombre des nouvelles technologies ». 

Alors que Paul tente d’améliorer la prothèse de jambe de Ngoc Lan, mais qu’il échoue lamentablement, il se sent coupable et « elle en profite », signale Hong Chau en riant. « En réalité, elle veut utiliser ses compétences au service de ceux qui en ont besoin » et qui vivent dans le misérable bâtiment. 

« Elle est très exigeante, mais elle cherche à venir en aide à tous ces gens qui sont malades et qui n’ont personne pour prendre soin d’eux. Elle est attentive à leur souffrance et c’est ce qui lui permet d’aller de l’avant et la pousse à ne jamais ménager sa peine ». « Par chance, Paul est un garçon foncièrement bienveillant qui accepte de l’épauler », ajoute-t-elle. 

« Elle se rend compte que c’est un type bien et c’est alors que leur relation amoureuse… s’épanouit ». Ngoc Lan redonne un sens à la vie de Paul. « Mais il la fait aussi considérablement évoluer et, au bout du compte, c’est parce qu’elle se sent enfin aimée », dit-elle. Ce rôle lui a ouvert le champ des possibles. 

« C’est un personnage exceptionnel, si bien que j’avais envie de le jouer en faisant de mon mieux », poursuit la comédienne. « Ce n’est pas seulement un formidable rôle féminin, ou un formidable rôle féminin pour une comédienne asiatique – c’est un formidable rôle tout court ! » « C’était fascinant de voir Hong tourner », confie Taylor. 

« Elle a brillamment su jouer toutes les nuances du personnage, en lui insufflant une vraie qualité d’âme ». Ngoc offre à Paul la possibilité de reprendre goût à la vie, lui qui a été bien malmené. Il était essentiel que l’alchimie entre Damon et Hong Chau fonctionne et le comédien avoue que sa plus grande inquiétude, avant de donner son accord, concernait le choix de l’interprète de Ngoc. 

« Quand Alexander m’a envoyé le bout d’essai de Hong, j’ai su qu’on avait tiré le gros lot », se remémore Damon. « Hong a un formidable sens de la comédie et elle est parfaitement bilingue. À mon avis, tous les acteurs du film sont épatants, mais Ngoc y joue un rôle décisif ».

CE QUI EST FORMIDABLE QUAND ON EST RÉTRÉCI,
C’EST QU’ON DEVIENT RICHE DU JOUR AU LENDEMAIN.
À MOINS QU’ON NE SOIT EXTRÊMEMENT PAUVRE
ET, DANS CE CAS, ON EST JUSTE RÉTRÉCI !
KONRAD

Au terme de leur périple, Paul, Ngoc, Konrad et Dusan se retrouvent en Norvège. Alors qu’ils s’y dirigent, ils croisent le docteur Jorgen Asbjørnsen (Rolf Lassgård), le scientifique norvégien qui a mis au point le downsizing et qui entretient une relation hors du commun avec Ngoc. « On a fait des auditions à Oslo pour ce rôle », note Payne, « et on nous a expliqué que le meilleur acteur de toute la Scandinavie était Rolf Lassgård. Il est suédois et n’a jamais mal joué de sa vie ! Quand on a enfin réussi à lui faire passer une audition, il s’est immédiatement imposé dans le rôle ». 

Mais le personnage le plus important restait Paul. Pour le réalisateur, Damon était le seul acteur envisageable. « C’est un comédien qui peut tout jouer, de Jason Bourne à un abruti fini », dit-il. « Dans chacun de ses films, on peut, d’une manière ou d’une autre, se reconnaître en lui ou retrouver chez lui quelqu’un qu’on connaît ». Payne et Damon ne se connaissaient pas avant de collaborer sur DOWNSIZING. C’est Steven Soderbegh, un ami commun, qui leur a conseillé de travailler ensemble. 

« Soderbergh m’a toujours dit que Matt était un grand pro, qu’il était intelligent et courageux et qu’il maitrisait très bien les rouages de la mise en scène. Quand je me retrouvais dans une impasse, je pouvais lui en parler très librement et il avait souvent une solution à proposer », remarque le cinéaste. 

Damon précise : « Je ne connaissais pas Alexander si bien que lorsqu’il m’a raconté le principe du film, je ne savais pas s’il était sérieux ou pas. Je me suis demandé s’il n’était pas en train de me piéger ! » 

Pourtant, il a accepté le rôle avant même de lire le scénario. « Très franchement, je pourrais réciter l’annuaire téléphonique pour Alexander Payne. Je n’ai jamais vu un seul acteur mal jouer dans l’un de ses films, et maintenant que j’ai tourné sous sa direction, je me rends compte que ce n’est pas un hasard. Il est très précis et a une telle vision de son film que s’il se dit que la prise est bonne, je sais qu’il a raison ». 

Du coup, en commençant à envisager le rôle, Damon a insisté pour le jouer avec réalisme. « Quand je joue Jason Bourne, il faut que je sois très vaniteux », dit-il. « Je dois réfléchir à son allure parce que je ne lui ressemble pas du tout. Je ne me comporte pas comme lui. Paul est tout l’inverse, si bien que je l’ai joué comme un personnage très modeste. Cela se ressent dans sa manière de se comporter et de se placer et, au bout d’un certain temps, on se rend compte qu’on a le ton juste. La dimension physique du personnage, ses postures et sa gestuelle en disent long sur lui ». 

Comme l’intrigue est d’une grande richesse, la cohérence d’ensemble était fondamentale. « Il n’y a rien de plus jubilatoire que d’entendre ses propres dialogues dans la bouche des comédiens », indique Taylor. « Et c’est d’autant plus formidable que le développement du projet a été long … et c’est encore plus gratifiant quand on a affaire à des acteurs d’un tel calibre qui relèvent encore le niveau du scénario ». 

C’est justement la qualité du casting qui caractérise largement le cinéma de Payne, comme le rappelle Johnson. « Des premiers rôles aux figurants, il s’attache avec le plus grand soin à engager les comédiens qui correspondent précisément aux rôles. Il est prêt à consacrer plusieurs jours à dénicher les bons interprètes par rapport à ses besoins, et n’hésite pas à faire appel à des non professionnels pour leur naturel et à les faire côtoyer des professionnels dans la même séquence. Chaque détail compte dans sa mise en scène ».

LE MUR

Loin du bâtiment abritant le dispositif du downsizing, où les clients choisissent d’être rétrécis pour vivre dans une communauté huppée comme celle de Leisureland, le mur est un site beaucoup moins heureux. 

Ces deux mondes, qui se font face, exploitent leurs occupants de manières diverses. Pour les plus fortunés, qui souhaitent être rétrécis pour jouir d’une existence luxueuse, les commerciaux font penser à des bateleurs passant leur temps à vanter les mérites de ce gigantesque parc d’attraction. 

À l’inverse, tous les « indésirables » – immigrés pauvres, dissidents et criminels – dont les gouvernements et les dictatures veulent se débarrasser échouent de l’autre côté du mur. C’est au-delà de ce gigantesque édifice, installé là pour dissimuler ce secret honteux, que l’on trouve tous ceux qui ont subi le downsizing contre leur gré et qui ont été parqués à cet endroit. C’est le monde que Ngoc Lan Tran connaît bien et qu’elle est résolue à faire découvrir à Paul Safranek. La création de ces univers – et de la première colonie d’êtres humains miniaturisés en Norvège – a mobilisé un mélange d’effets visuels et de décors inédit pour Payne. 

« Le cinéma commercial a imposé une esthétique épouvantable », remarque le réalisateur, à son grand regret. « Il répond au diktat selon lequel l’univers d’un film est censé être plus beau que l’environnement du monde réel, et ça me rend dingue. Pour moi, le cinéma doit ressembler au monde où nous vivons et où nous avons nos repères. Je ne dis pas qu’il faut le filmer de manière banale, mais ce qui m’intéresse, c’est la banalité filmée avec brio ». 

Damon comprend ce qu’il veut dire. Il s’agit d’un style visuel incomparable que le frère de Damon compare à « une succession de toiles d’Edward Hopper », souligne le comédien. « Il est d’une très grande précision et il joue avec les moindres éléments de ses plans. Il témoigne d’une attention aux détails les plus subtils tout en donnant le sentiment qu’ils sont le fruit du hasard. Il maîtrise totalement sa mise en scène, ce qui est très rare ». 

Le directeur de la photo Phedon Papamichael (SIDEWAYS, THE DESCENDANTS, NEBRASKA) et le cinéaste, qui ont déjà collaboré à trois reprises, sont devenus tellement complices qu’ils se comprennent à demi-mot. « Avec Phedon, on se connaît depuis l’époque où je tournais mon film de fin d’études à UCLA », se souvient Payne. 

« On est restés en contact pendant des années et au moment de tourner SIDEWAYS, je lui ai proposé de l’engager. C’est désormais notre quatrième collaboration ». DOWNSIZING est un projet de bien plus grande envergure que leurs précédentes collaborations, comme l’explique Papamichael. « Alexander ne voulait pas changer de méthode de travail, autrement dit, il tenait à rester focalisé sur les personnages », dit-il. 

« On a essayé de faire en sorte que le spectateur ne décroche pas et qu’il reste concentré sur les rapports entre les personnages, l’humour et l’émotion. De ce point de vue, c’est très proche de nos précédentes collaborations ». 

Payne a l’habitude de tourner un film tous les trois ans et il déclare qu’il apprend beaucoup à chaque fois. « Mais des types comme Phedon et Matt tournent trois ou quatre fois tous les ans avec de très grands réalisateurs », signale-t-il. 

« Ils en savent bien plus sur la mise en scène que moi, et c’est une très bonne chose parce que, pour l’essentiel, mon boulot consiste à déterminer le style et l’atmosphère du film. Je peux me contenter de leur demander si on peut obtenir tel ou tel plan, et ils savent exactement comment s’y prendre ». 

« Plus j’acquiers d’expérience en matière technique, plus je me sens détendu et je peux me permettre de me consacrer à la direction d’acteur », note Payne. « Ceci dit, étant donné l’importance des effets visuels dans DOWNSIZING, j’ai adoré m’initier à toutes ces nouvelles technologies ». 

Le réalisateur considère en effet que le superviseur effets visuels James Price a joué un rôle déterminant dans la fabrication du film. Il l’a d’ailleurs consulté « en permanence. Grâce à lui et à Phedon, j’ai même pu oublier qu’il y avait des effets et j’ai eu le sentiment de réaliser un film traditionnel ». 

Price a eu la délicate mission d’insuffler du réalisme dans les images, en dépit de la dimension de science-fiction du film. « DOWNSIZING s’inspire de la réalité, si bien qu’il était fondamental que les effets visuels soient crédibles », dit-il. « On a utilisé de vraies photos et d’authentiques techniques de photographie quand c’était possible afin que les images soient ancrées dans la réalité, même si on les transformait ensuite en infographie.

Ce parti-pris est visible dès le début du film dans la scène où le docteur Asbjørnsen et ses confrères se présentent devant leurs pairs sous forme réduite, prouvant ainsi que le dispositif du downsizing fonctionne. « On a d’abord tourné tous nos arrière-plans en plateau, puis les éléments de décors et les accessoires des personnages rétrécis sur un fond vert », explique Price. 

« En intégrant les images tournées sur fond vert à celles filmées en plateau, on a le sentiment que les personnages rétrécis sont dans un plan à échelle normale. Outre les techniques traditionnelles, nous avons eu recours au numérique, et notamment à des imprimantes 3D pour confectionner des poupées de 12 cm, qui nous ont servi de doublures, et à un logiciel nous permettant de mesurer précisément les angles de prises de vue adaptées à ces poupées et aux acteurs de taille normale présents dans le plan. C’est ainsi qu’on est à même de connaître leur champ de vision et que les acteurs filmés sur fond vert peuvent s’y intégrer parfaitement par la suite ». La démarche était, encore une fois, très simple : « Il s’agissait de faire en sorte que les effets visuels et l’intrigue soient ancrés dans la réalité », reprend-il. 

« C’est pour cette raison qu’on tenait à filmer nos comédiens sur fond vert et à ne pas avoir recours à des personnages infographiques, sauf en cas d’absolue nécessité ». Payne a évité les effets infographiques car il souhaitait obtenir des effets visuels « aussi proches de la réalité que possible. Notre objectif était de leur donner une allure tellement banale qu’on en oublie qu’il s’agit d’effets visuels ». 

De même, la grande chef-décoratrice Stefania Cella (LA GRANDE BELLEZZA, STRICTLY CRIMINAL) a dû faire en sorte que ses décors sophistiqués soient des plus réalistes. « J’ai été ravie de travailler sur un film de cette ampleur d’autant qu’il multiplie les décors naturels, depuis le Middle-west américain jusqu’à la Norvège », déclare Stefania Cella. 

« Il y a des avions, des bus et des trains. Mais c’est avant tout l’histoire d’un homme où domine un sentiment de compassion. À mes yeux, c’est plus important que la dimension esthétique des accessoires et autres éléments de décor ». 

La chef-décoratrice et le directeur de la photo se sont vus régulièrement pour faire en sorte que les univers du film puissent coexister de manière plausible. « On a cherché à voir comment, à travers les jeux de lumière et de couleurs, on pouvait créer un climat émotionnel qui imprègne l’intrigue », remarque le chef-opérateur. 

« Stefania a été une formidable partenaire ». Pour Leisureland, il a fallu tourner sur l’un des immenses plateaux des studios Pinewood de Toronto. « Ce décor est censé être à l’échelle d’êtres humains de 12 cm, rétrécis à 7% de leur taille normale », explique Stefania Cella. « Autant dire qu’il nous fallait l’un des plus grands plateaux disponibles en Amérique du Nord ». 

Payne signale que le bâtiment Alondra Apartments, situé de l’autre côté du gigantesque mur, était un décor important pour Taylor et lui-même. « Ce sont d’anciennes baraques de chantier reconverties en appartements pour personnes rétrécies », précise le réalisateur. « On a vraiment construit en dur les trois premiers étages. Les niveaux supérieurs ont été créés grâce aux effets numériques ». 

La chef-décoratrice a privilégié la simplicité : « Le côté dépouillé de l’architecture et de l’ameublement était indispensable pour donner au décor un aspect ludique sans pour autant verser dans le grotesque ». Le village scandinave réduit est « très norvégien dans sa palette de couleurs, son architecture moderne et sa grande sobriété », note le directeur artistique Kim Zaharko. « Le dépouillement était crucial dans mon approche du style : les maisons, comme l’ensemble des décors, sont construits avec des matériaux bruts et naturels, dans la tradition de cet éco-village ». 

Damon a été particulièrement sensible au soin apporté à la création de l’univers pour les êtres rétrécis et au point de vue inédit de son personnage de 12 cm sur le monde. « Stefania a fait un boulot exceptionnel », dit-il. « Tout a été pensé et calibré depuis très longtemps, dans les moindres détails. Quand mon personnage se réveille dans la cabine du downsizing, on aperçoit le sol en granito qui donne le sentiment d’être moucheté. Tout est confectionné à la main. J’ai adoré me balader sur ce plateau et découvrir tous ces détails ». 

Les accessoires ont été essentiels dans l’élaboration de l’univers pour personnages réduits. « Nous n’avions pas beaucoup d’accessoires surdimensionnés, mais ceux que nous utilisions devaient correspondre à nos besoins », constate Payne. « Stefania Cella nous a présenté David Gullick, chef-accessoiriste, qui n’a pas ménagé sa peine pour que les accessoires soient tous réalistes ».

Qu’ils soient minuscules ou pas, les personnages devaient tourner avec des accessoires – aussi divers que des cartons de déménagement, une rose et un tambourin dans l’église. Tout comme les accessoires, il n’a pas été simple de concevoir des vêtements pour les personnages vivant dans le monde réduit. Le réalisateur a sollicité Wendy Chuck avec qui il travaille depuis L’ARRIVISTE en 1997. 

« Je n’ai jamais tourné sans elle », confie-t-il. « Elle a eu beaucoup à faire dans ce film, tout simplement parce qu’il y avait énormément de questions sur la nature des tissus pour des personnages de 12 cm ». Wendy Chuck s’explique : « Dans le ‘monde des grands’, les tissus sont tissés sur des machines de taille normale. Mais j’ai dû réfléchir aux tenues des hommes et des femmes de la première colonie puisqu’ils ne disposent pas de la technologie nécessaire pour rétrécir les machines ». 

Autrement dit, ils ne pouvaient porter que des habits tricotés ou cousus à la main. Restait à connaître la composition des tissus de leurs vêtements. Après avoir envisagé plusieurs possibilités, elle a opté pour des formes et des matériaux minimalistes, en particulier pour les villageois.

QUAND ON SAIT QUE LA MORT RÔDE,
ON EST PLUS ATTENTIF À CE QUI NOUS ENTOURE.
NGOC LAN TRAN

Vers la fin du film, Paul se retrouve de nouveau à la croisée des chemins. « Certaines personnes sont capables de changer, et d’autres, pas », note Payne. « Paul a besoin d’un nouveau départ et découvre ce qui pourra le rendre vraiment heureux. J’espère que le spectateur saura apprécier le soin qu’on a apporté à la réalisation et qu’il portera un regard neuf sur son monde ». 

Damon estime que le périple de son personnage est d’une étonnante actualité. « La perspective d’un homme qui accepte d’être rétréci parce que la population est en constante expansion est à la fois formidablement caustique et en résonance avec notre époque », dit-il. 

« Je pense que ce film arrive au bon moment. Certes, DOWNSIZING est parfois bouleversant, mais il incite aussi à la réflexion ». « J’espère qu’il restera gravé dans la mémoire du public », conclut-il.

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