mardi 19 décembre 2017

THE FLORIDA PROJECT

THE FLORIDA PROJECT

Drame/Comédie/Une chronique sociale hyper réaliste et très intéressante

Réalisé par Sean Baker
Avec Willem Dafoe, Bria Vinaite, Caleb Landry Jones, Brooklynn Prince, Valeria Cotto, Christopher Rivera, Macon Blair, Aiden Malik...

Long-métrage Américain
Durée : 01h52mn
Année de production : 2017
Distributeur : Le Pacte 

Date de sortie sur nos écrans : 20 décembre 2017


Résumé : Moonee a 6 ans et un sacré caractère.
Lâchée en toute liberté dans un motel de la banlieue de Disney world, elle y fait les 400 coups avec sa petite bande de gamins insolents.
Ses incartades ne semblent pas trop inquiéter Halley, sa très jeune mère. 
En situation précaire comme tous les habitants du motel, celle-ci est en effet trop concentrée sur des plans plus ou moins honnêtes pour assurer leur quotidien…

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : après le très bon TANGERINE (2015), filmé sur iPhone, qui suivait les tribulations de travestis dans les rues de Los Angeles, Sean Baker s'intéresse à une tranche de vie d'une petite fille et de sa maman célibataire qui est elle-même toujours une enfant. Son cinéma est toujours aussi juste et franc pour montrer la réalité d'un visage d'une partie importante de la population américaine, celle du chômage ou des petits boulots mal payés, de la démerde et des emmerdes. 

Sean Baker, le réalisateur de THE FLORIDA PROJECT
Il nous fait connaître les personnages en nous montrant les règles qui régissent une pseudo-résidence en motel et les petites choses de la vie de personnes qui font face aux mêmes défis : réussir à réunir les dollars qui leur permettront d'avoir un toit au-dessus de leur tête pour la semaine et à en avoir encore un peu pour manger mal et pas cher. Il ne laisse jamais sa caméra devenir misérabiliste, au contraire. Malgré de mauvais choix liés à un désespoir présent, mais jamais exprimé, la mère de Mooney, femme-enfant qui réagit face au monde avec une hargne et une agressivité qu'on sent venir d'un passé sans concession, ressort presque comme admirable, car elle aime sa fille de toutes ses forces et de toutes ses capacités. Certes, l'éducation qu'elle lui offre ne fait pas rêver et l'environnement dans lequel la fillette grandit n'est pas idéal, cependant Mooney est une puce vibrante de liberté, ivre de vie, heureuse. Il est indiscutable que la multitude de dangers, fort bien montrés ou sous-entendus par Sean Baker, qui entourent les enfants, plus ou moins livrés à eux-mêmes, qui grandissent dans ces motels, sont immenses et ne font pas de cette vie un exemple à suivre, mais elle apprend aussi l'amitié, la solidarité, la débrouillardise et la maîtrise de son environnement pour en tirer le meilleur parti. Les leçons de vie sont, elles aussi, précieuses. 

THE FLORIDA PROJECT pourrait presque être vu comme un documentaire, si le réalisateur n'y ajoutait pas une touche d'onirisme fantasmé comme pour laisser l'espoir d'une échappatoire hélas peu probable. Sa narration, scène après scène, moment après moment, nous amène à devenir familier avec les habitants du motel et à mieux appréhender les difficultés qu'ils affrontent.


Willem Dafoe est excellent dans le rôle de Bobby, le manager du motel, ange gardien de ces âmes en peine. 



Bria Vinaite est criante de vérité dans le rôle de Halley, mère célibataire qui se bat à sa façon pour survivre et offrir à sa fille un semblant de confort.

Brooklynn Prince est formidable dans le rôle de la jeune Mooney. Ses répliques sont rafraîchissantes et ont le goût de l'enfance. Elle est très attachante.


Avec ce film, Sean Baker nous offre une chronique sociale hyper réaliste et très réussie. Une grande sensibilité se dégage des relations humaines derrière l'habillage de dureté dans ce film. À la fois touchant et intéressant, THE FLORIDA PROJECT est une nouvelle très belle création de ce réalisateur qui a des messages à nous faire passer. Il ne faut pas hésiter à aller la découvrir au ciné.

NOTES DE PRODUCTION
(Á ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Aux quatre coins des États-Unis, les motels bon marché sont devenus le dernier refuge pour tous ceux qui se retrouvent dans une situation précaire. Une population de “sans-abris clandestins“ de plus en plus importante, dont 41% sont des familles, se bat quotidiennement pour ne pas être à la rue. THE FLORIDA PROJECT se déroule dans la banlieue d’Orlando, capitale mondiale du divertissement, abritant le célèbre “Royaume enchanté“ de Disney. L’autoroute qui dessert les parcs à thèmes et les hôtels-clubs est bordée de motels autrefois fréquentés par les touristes et désormais pris d’assaut par des familles sans abri. Moonee et sa mère, Halley, âgée de 22 ans, vivent dans l’un de ces motels : le Magic Castle Motel. Moonee, qui ne connaît pas son père, se prend d’affection pour Bobby, le patron de l’établissement, type discret et méticuleux, dont les enfants se moquent. Halley a perdu son boulot ; une petite fille de l’âge de Moonee vient de s’installer dans la chambre voisine. L’été promet d’être mouvementé !

À L’ORIGINE DU PROJET 

“Une version contemporaine des PETITES CANAILLES. C’est comme ça que je décris THE FLORIDA PROJECT en général. Pour ceux qui s’en souviennent, cette série de courts métrages des années 20 et 30 parle d’enfants de familles pauvres pendant la Grande Dépression. Mais leurs origines modestes ne constituent qu’une toile de fond : les courts métrages s’attachent essentiellement à leurs aventures, drôles et piquantes”, explique Sean Baker. 

Alors que le coscénariste et producteur Chris Bergoch aidait sa mère à emménager en Floride, il a souvent eu l’occasion de parcourir l’autoroute 192, également surnommé Irlo Bronson Memorial Highway, l’un des principaux axes menant à Disney World, pilier économique de l’État. Il n’a pas tardé à découvrir les conditions de vie d’une partie de la population à quelques pas de l’univers féerique de Disney… qui n’avaient rien de magiques. Il a en effet été stupéfait de constater que la plupart des motels du coin hé- bergeaient non pas des touristes, mais des familles en situation précaire. Les motels qui bordent l’autoroute exploitent la mythologie chère à Walt Disney, incorporant des iconographies de pirates et de châteaux magiques dans leur décoration. 

Il y a une dizaine d’années, ils étaient pris d’assaut par les touristes. Quelques vestiges de cette époque subsistent, à l’instar de certains établissements qui font payer 35 dollars pour une virée en hélicoptère ou de magasins de souvenirs vendant des T-shirts de contrebande à l’effigie de la dernière princesse à la mode. 

Bergoch se souvient : “C’était en 2011. Je me rendais à EPCOT quand j’en ai parlé à Sean… je lui ai parlé de ces enfants que je voyais jouer sur le bas-côté de cette autoroute très fréquentée, à quelques minutes des parcs à thème. Impossible de chasser cette image de ma tête… On a écrit quelques lignes de synopsis début 2012 afin de tenter de trouver un financement pour ce projet. Et puis, on a réuni l’argent pour STARLET et on a quitté la Floride pour la San Fernando Valley, près de Los Angeles. A chaque fois que je revenais à Orlando, je passais devant ces motels et je repensais constamment à ce projet. La situation n’a fait que s’aggrave et, parallèlement, mon obsession pour cette histoire et ce contexte n’a fait que croître”. 

Après TANGERINE, tourné en 2014, Baker et Bergoch se sont régulièrement revus pour retravailler leur intrigue floridienne. “Nous ne l’avons pas analysée pour modifier les scènes en profondeur mais nous avons totalement changé le dénouement qu’on avait envisagé au départ. En revanche, on savait depuis le début qu’on souhaitait adopter le point de vue d’une enfant”, signale le réalisateur. Bergoch ajoute : “Et on savait aussi que, sans pouvoir s’offrir un billet pour le parc à thème voisin, notre jeune héroïne était capable de vivre ses propres aventures et de s’éclater de son côté.” 

Comme dans toutes leurs collaborations, la documentation s’est révélée fondamentale. Les deux hommes ont mené des recherches approfondies à Kissimmee, en Floride, se rendant sur place à de multiples reprises pendant trois ans et séjournant dans des motels de l’autoroute US 192. “Nous entamons systématiquement notre travail de la même façon : on demande aux gens du coin si ça les intéresserait de participer au tournage et, le cas échéant, s’ils aimeraient nous parler de leur vie dans ces motels”. 

Le projet s’est vraiment concrétisé quand June Pictures a accepté de le financer : “Andrew Duncan et Alex Saks m’ont laissé une totale liberté artistique et m’ont soutenu à tous les niveaux”, déclare le réalisateur. “Je suis vraiment heureux de cette collaboration”. “C’est en janvier 2016 que nous avons découvert le nouveau projet de Sean, au moment même où on lançait June Pictures”, confient Andrew Duncan et Alex Saks. “On avait évoqué la ligne éditoriale de notre toute nouvelle société et on était tombés d’accord sur le fait que notre priorité était de soutenir et de financer des cinéastes ayant d’importantes histoires d’une grande diversité à raconter. On avait travaillé sur un projet de documentaire intitulé JOSHUA : TEENAGER VS. SUPERPOWER, autour d’un jeune homme épatant, Joshua Wong, qui se battait pour défendre la démocratie et les droits de l’homme à Hong Kong. Ce qui nous remplissait de fierté, c’est qu’à travers ce documentaire on était capable de sensibiliser l’opinion publique mondiale aux injustices sociales et politiques, et après en avoir parlé à Sean, on a compris qu’on pouvait faire de même avec son film dans le contexte américain. Sean est un formidable conteur, totalement à part, qui transpose à l’écran des milieux appartenant au monde réel et qui réussit à leur donner la même incarnation et la même intensité que ceux dont il s’inspire. Ses personnages et leurs univers sont forts, concrets et sincères. Il est l’auteur d’une œuvre qui nous bouscule, et qui nous oblige à nous confronter à notre propre humanité et à mieux comprendre le monde qui nous entoure. C’était extraordinaire de travailler avec Sean et de l’accompagner pour donner vie à THE FLORIDA PROJECT”. 

Alors qu’on était déjà à la fin du printemps, que le financement était bouclé et que le début du tournage se rapprochait, la production se mit à chercher activement les comédiens pour les rôles principaux. C’est à cette époque que Brooklynn Prince, originaire de Floride, a répondu à une annonce et décroché le rôle de Moonee. “Je suis très heureux que Brooklynn Kimberly Prince ait passé l’audition pour THE FLORIDA PROJECT”, s’enthousiasme Baker. “Non seulement elle incarne le personnage à merveille, mais elle a su lui insuffler sa propre capacité d’émerveillement. C’est l’une des meilleures actrices – tous âges confondus – que j’aie jamais rencontrées”. Bergoch acquiesce : “Dès l’instant où elle est entrée dans la pièce, je me souviens que j’ai jeté un oeil à Sean et Shih-Ching… Ils étaient aussi sidérés que moi. Brooklynn correspondait exactement à la Moonee qu’on avait imaginée pendant des années et elle s’incarnait sous nos yeux”.

Sa partenaire, Valeria Cotto, est emblématique des méthodes de casting peu orthodoxes employées par Baker. “Je fais toujours un peu de casting sauvage pour mes films et la découverte dont je suis le plus fier sur celui-ci, c’est Valeria Cotto”, renchérit le réalisateur. “Je les ai vues, elle et sa mère, dans un supermarché Target de Kissimmee un soir. Valeria se démarquait des gens par ses cheveux roux flamboyants. J’ai donné ma carte de visite à sa mère et j’ai vraiment croisé les doigts pour qu’elle me rappelle afin de faire passer une audition à sa fille. C’est ce qu’elle a fait ; Valeria a été épatante… et on connaît la suite”. 

Si Baker, Bergoch et leurs producteurs Shih-Ching Tsou et Kevin Chinoy ont organisé des auditions pour les enfants de toute la ré- gion du centre de la Floride, c’est parce qu’il était essentiel pour le réalisateur de faire appel à des gens du coin. Il se trouve que Christopher Rivera est venu tenter sa chance alors qu’il séjournait, avec sa famille, dans l’un des motels de l’autoroute 192 : il a obtenu l’un des principaux rôles d’enfants, le redoutable petit Scooty. Tout comme il avait fonctionné pour TANGERINE – en faisant appel à des réseaux sociaux comme Vine –, Baker s’est servi d’Instagram vers la fin du casting. C’est alors qu’il a remarqué Bria Vinaite. “Il y avait quelque chose qui démarquait Bria des milliers d’autres utilisateurs d’Instagram”, note le réalisateur. “Elle ne se prenait pas au sérieux. Elle était super enthousiaste, insouciante et très, très drôle – autant de qualités qu’il nous fallait pour Halley. Elle a pris l’avion pour la Floride pour rencontrer les enfants qu’on venait d’engager. On a improvisé quelques scènes et, vers la fin du weekend, j’étais convaincu qu’elle pourrait insuffler une vraie fraîcheur à son personnage”. 

“Quand j’ai lu le scénario pour la première fois, j’ai pleuré”, reconnaît Bria. “Je me suis sentie très proche de Halley. C’était vraiment magnifique de l’incarner. J’ai beaucoup appris de cette expérience et il y aura toujours une part de Halley en moi”. Pour finir, il ne restait plus que le personnage de Bobby, le manager du motel et ange gardien malgré lui de ses habitants. “Je suis extrêmement chanceux et honoré d’avoir pu travailler avec Willem. Il a non seulement livré une prestation remarquable mais il était partant pour tenter de nouvelles pistes et donner de l’épaisseur et de la complexité à son personnage. Il a tourné l’essentiel de ses scènes avec des acteurs débutants et des non-professionnels et il a su se fondre parmi ces nouveaux venus, tout en apportant un grand réalisme au film grâce à la maîtrise totale de son jeu”. 

Pour terminer de donner au projet l’énergie qu’il recherchait, Baker a engagé le talentueux chef-opérateur Alexis Zabé pour THE FLORIDA PROJECT. Celui-ci compare l’esthétique du film à une “glace à la myrtille avec une touche de crème aigre-douce”. “Je voudrais que le spectateur s’attache aux personnages, à tel point qu’il ait envie de se précipiter sur son ordinateur pour voir sur Internet combien de familles américaines vivent ainsi dans des motels. Ça, ce serait vraiment magique”, conclut Sean Baker.  

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