mardi 3 octobre 2017

BLADE RUNNER 2049



Science fiction/Thriller/Une oeuvre dense, visuellement stupéfiante

Réalisé par Denis Villeneuve
Avec Ryan Gosling, Harrison Ford, Jared Leto, Ana de Armas, Sylvia Hoeks, Robin Wright, Dave Bautista, Mackenzie Davis...

Long-métrage Américain
Durée : 02h32mn
Année de production : 2017
Distributeur : Sony Pictures Releasing France

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Date de sortie sur les écrans américains : 6 octobre 2017
Date de sortie sur nos écrans : 4 octobre 2017


Résumé : En 2049, la société est fragilisée par les nombreuses tensions entre les humains et leurs esclaves créés par bioingénierie. L’officier K est un Blade Runner : il fait partie d’une force d’intervention d’élite chargée de trouver et d’éliminer ceux qui n’obéissent pas aux ordres des humains. Lorsqu’il découvre un secret enfoui depuis longtemps et capable de changer le monde, les plus hautes instances décident que c’est à son tour d’être traqué et éliminé. Son seul espoir est de retrouver Rick Deckard, un ancien Blade Runner qui a disparu depuis des décennies...

Bande annonce (VOSTFR)



Extrait - Ils te savent ici (VOSTFR)


Featurette Time to Live/Il est temps de partir (VOSTFR)



Featurette The World of Blade Runner 2049/Le Monde de Blade Runner2049 (VOSTFR)



Featurette Joshi (VOSTFR)



Featurette Luv (VOSTFR)



Featurette Joi (VOSTFR)



Ce que j'en ai pensé : le défi du réalisateur Denis Villeneuve prend de multiples facettes. BLADE RUNNER est un film culte, il doit donc convaincre les fans de l'utilité de ce prolongement et de sa capacité à respecter l'esprit de l'original. Comme BLADE RUNNER est un long-métrage de 1982, il faut aussi intéresser les jeunes générations qui ne connaissent pas forcément ce premier opus et qui ne doivent pas penser être perdues en allant découvrir cette suite. À mon avis, son pari est réussi.

BLADE RUNNER 2049 est un film dense. Denis Villeneuve est, sans aucun doute, un grand cinéaste, ses précédents films le prouvent. Il enfonce le clou ici en nous proposant deux heures quarante-trois de plans cinématographiques impeccables. Le soin apporté à une mise en scène au cordeau est tout simplement bluffant. Les ambiances se multiplient et pourtant, il y a une grande cohérence dans l'univers présenté. Denis Villeneuve utilise avec talent les ombres et les lumières, les couleurs, les décors et les effets spéciaux de façon à servir la narration.





L'histoire reste vraiment dans les pas du scénario de BLADE RUNNER, mais s'étend dans sa logique. Le spectateur est face un véritable film de science-fiction autant sur le fond que sur la forme. Les thématiques de la place de l'humanité dans l'univers, de l'usure de la Terre pour nos besoins en ressources naturelles, de ce qui définit la condition humaine sont bien présentes en coulisse de cette quête d'identité. La souffrance est omniprésente dans ce monde déshumanisé où la haine et la violence prennent facilement racine dans une atmosphère surpeuplée et étouffante, au sein d'une société où les écarts sont immenses.

Tout en respectant effectivement l'esprit de l'original, Denis Villeneuve produit ici un film qui porte sa marque. Rien ne nous est servi sur un plateau, les explications arrivant au fur et à mesure. Il n'en résulte pas de confusion pour autant, car l'imbrication des idées et des faits se déroule régulièrement. La réponse à une interrogation provoque une nouvelle question qui est résolue et ainsi de suite.

Les acteurs et actrices participent à rendre cette aventure envoûtante, à la limite du songe cauchemardesque. Les femmes ont des rôles périphériques, mais elles sont très présentes et ont des visages multiples et extrêmes, qu'elles soient fantasmées comme Joi, interprétée par Ana de Armas, déterminées et violentes comme Luv, interprétée par Sylvia Hoeks, leaders comme le lieutenant Joshi, interprétée par Robin Wright ou encore rebelles comme Mariette, interprétée par Mackenzie Davis. L'exploitation du corps de la femme est le thème central et le fil conducteur de ce récit.




Ryan Gosling interprète l'officier K. Il nous transmet avec sensibilité et subtilité les doutes et les peines associés à la raison même de son existence.



Harrison Ford reprend son rôle de Rick Deckard, on a vraiment le sentiment de retrouver ce personnage, il est toujours aussi excellent dans son interprétation.



BLADE RUNNER 2049 est un réplicant nouveau modèle, magnifique visuellement, fort dans ses propos, répondant aux attentes et les dépassant même parfois. Cela ne signifie pas qu'on ait envie de mettre l'ancien modèle au rebut. Bien au contraire, les deux films se font écho et ont chacun une personnalité bien définie. Après visionnage, cette nouvelle mouture se laisse décanter tant elle est intense en images et en idées. Denis Villeneuve nous offre une véritable œuvre de science-fiction et les amateurs du genre ne doivent pas passer à côté.


NOTES DE PRODUCTION
(Á ne lire/regarder qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Le réalisateur nommé à l’Oscar Denis Villeneuve (PREMIER CONTACT) nous livre une nouvelle vision du futur avec BLADE RUNNER 2049, la suite très attendue de BLADE RUNNER – un film considéré comme un monument de la science-fiction.

BLADE RUNNER 2049 est interprété par les acteurs nommés aux Oscars Ryan Gosling (LA LA LAND) dans le rôle de K et Harrison Ford (la saga STAR WARS, WITNESS : TÉMOIN SOUS SURVEILLANCE), qui reprend celui de Rick Deckard. La distribution internationale comprend également Ana de Armas (WAR DOGS), Sylvia Hoeks (RENEGADES), Robin Wright (WONDER WOMAN), Mackenzie Davis (SEUL SUR MARS), Carla Juri (BRIMSTONE) et Lennie James (« The Walking Dead »), ainsi que Dave Bautista (la franchise LES GARDIENS DE LA GALAXIE) et l’acteur oscarisé Jared Leto (DALLAS BUYERS CLUB).

Les producteurs sont Andrew A. Kosove & Broderick Johnson (THE BLIND SIDE – L'ÉVEIL D'UN CHAMPION), cités aux Oscars, et Bud Yorkin, lauréat de trois Emmys & Cynthia Sikes Yorkin. Le cinéaste nommé aux Oscars à de multiples reprises Ridley Scott (SEUL SUR MARS, GLADIATOR), à qui l’on doit le premier BLADE RUNNER, assure la production exécutive du film. Bill Carraro est producteur exécutif et administrateur de production.

Denis Villeneuve réalise le film d’après un scénario d’Hampton Fancher et Michael Green, sur une histoire d’Hampton Fancher basée sur les personnages du roman de Philip K. Dick Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?. Tim Gamble, Frank Giustra, Yale Badik et Val Hill sont aussi producteurs exécutifs.

BLADE RUNNER 2049 marque la troisième collaboration du réalisateur Denis Villeneuve avec le directeur de la photographie Roger A. Deakins, après SICARIO et PRISONERS pour lesquels le chef opérateur a remporté deux de ses 13 nominations aux Oscars. L’équipe technique du film comprend également le chef décorateur oscarisé Dennis Gassner (BUGSY, 007 SPECTRE, INTO THE WOODS : PROMENONS-NOUS DANS LES BOIS), le chef monteur nommé aux Oscars Joe Walker (12 YEARS A SLAVE, SICARIO, PREMIER CONTACT) et la chef costumière Renée April (SICARIO, PREMIER CONTACT). La musique est signée par le compositeur oscarisé Hans Zimmer (DUNKERQUE, LE ROI LION) et Benjamin Wallfisch (ÇA, ANNABELLE 2 : LA CRÉATION DU MAL).

Alcon Media Group présente, en association avec Columbia Pictures, une production Ridley Scott/Alcon Entertainment/Bud Yorkin, en association avec Torridon Films et 16:14 Entertainment, un film de Denis Villeneuve. Projeté en 2D et en 3D dans certains cinémas et salles IMAX, BLADE RUNNER 2049 sera distribué aux États-Unis par Warner Bros. Pictures, une société Warner Bros. Entertainment, et à l’international par Sony Pictures Entertainment.


DE BLADE RUNNER À BLADE RUNNER 2049

J’ai occupé ton poste dans le temps…

Qu’est-ce qui définit un être humain ? Telle est la question soulevée par le réalisateur Denis Villeneuve, et les étonnantes réponses proposées par son nouveau film, BLADE RUNNER 2049, défient notre conception de ce qu’est l’humanité… et de la direction qu’elle prend.

Ce n’est pas la première fois que la valeur – et les valeurs – de l’humanité sont remises en cause. Il y a trente-cinq ans sortait sur les écrans BLADE RUNNER, un film de science-fiction révolutionnaire. Réalisé par le légendaire Ridley Scott et inspiré du roman de Philip K. Dick Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?, il plongeait les spectateurs dans un futur tel qu’ils n’en avaient encore jamais vu, à la fois inédit et étrangement familier.

À l’époque, personne n’imaginait l’impact qu’allait avoir le film sur la culture contemporaine en inventant un tout nouveau genre cinématographique : le néo-noir cyberpunk. Aujourd’hui, le chef-d’œuvre visionnaire de Ridley Scott est considéré comme l’un des plus grands films de tous les temps. Son influence a été telle qu’elle a dépassé le seul cadre du cinéma pour trouver des échos à la télévision, dans la musique, dans l’art, la mode et même à l’université.

Plus de trois décennies après, BLADE RUNNER 2049 nous replonge dans l’univers qui a fasciné plusieurs générations de fans. Mais s’il s’agit de la suite tant attendue de l’original, le film n’en est pas moins une expérience cinématographique à part entière.

Denis Villeneuve, qui fait lui-même partie des fans du film de 1982, déclare : « Je me souviens très clairement de la première fois que j’ai vu BLADE RUNNER. J’ai été époustouflé par ce qui est pour moi l’une des scènes d’ouverture les plus saisissantes de l’histoire du cinéma : un survol du Los Angeles de 2019 où dominent les centrales pétrolières. Ridley Scott donnait à voir un futur dantesque à la fois séduisant et terrifiant.
« Sur le plan esthétique, poursuit-il, BLADE RUNNER était révolutionnaire car il mêlait deux genres qui, à première vue, n’allaient pas ensemble : la science-fiction et le film noir. C’était du jamais vu et cela m’a profondément marqué. Ce film a influencé mon éducation cinématographique avant même que je prenne la décision de devenir réalisateur. »

Ridley Scott admet qu’en raison de toutes ces particularités, jamais il n’aurait pu prédire le caractère emblématique qu’allait revêtir le film – l’un des premiers de sa carrière. « On ne pense pas à cela sur le moment, en revanche j’étais tout à fait conscient que nous avions réalisé quelque chose de très spécial. »

Ryan Gosling, qui joue le rôle de K, un Blade Runner de la police de Los Angeles, remarque : « Le film original vous hante, il laisse un souvenir indélébile. Il vous oblige à vous interroger sur votre propre conception de la nature humaine, et vous fait douter de votre capacité à distinguer le héros du méchant. Il met en scène une vision cauchemardesque de l’avenir qui est solidement ancrée sur des bases plausibles et donc, paraît tout à fait tangible et vraisemblable. Et pourtant la manière romantique et onirique dont elle est présentée est particulièrement envoûtante. Le temps a démontré la singularité de cette œuvre. »

Dans BLADE RUNNER 2049, K se voit assigner une mission qui pour plusieurs raisons, pourrait avoir des conséquences bien plus lourdes qu’il ne l’avait anticipé. Elle va remettre en cause la séparation entre les humains et les réplicants, entre l’espèce humaine et la technologie, ce qui pourrait faire basculer le monde dans l’anarchie ou même la guerre. »

Mais BLADE RUNNER faisait plus que brouiller la frontière entre les humains et la technologie. Il abordait également bien des préoccupations sociétales qui prédominent aujourd’hui. À l’aube de 2019, l’année où se déroulait BLADE RUNNER, le film, qui avait entre autres préfiguré le déclin urbain, le changement climatique, la manipulation génétique, la surpopulation et l’accroissement du fossé économique et social, semble plus éloquent et pertinent que jamais.

Harrison Ford y incarnait le personnage central, Rick Deckard – un rôle inoubliable qu’il reprend aujourd’hui. Il déclare : « BLADE RUNNER était prémonitoire à bien des égards. Avec le développement de la technologie, les gens ont commencé à voir certains des problèmes soulevés dans le film apparaître dans leur vie quotidienne, ce qui a rendu les thèmes de BLADE RUNNER d’autant plus vraisemblables. »

Le producteur Andrew A. Kosove ajoute : « BLADE RUNNER était en avance sur son temps à bien des égards. Avec son histoire captivante offrant matière à réflexion et son univers visuel caractéristique brillamment conçu par Ridley Scott, le film a imprégné notre culture et modifié notre perception des rapports entre l’espèce humaine et la technologie, ce qui en retour, nous pousse à nous interroger sur ce qui fait de nous des humains. Je pense que c’est la raison pour laquelle il s’est imposé comme un film culte. »

Cette popularité et cette admiration ont naturellement fait réfléchir Andrew A. Kosove et son associé chez Alcon Entertainment, le producteur Broderick Johnson, lorsqu’ils ont été contactés pour discuter de la possibilité d’une suite. Broderick Johnson raconte : « Il a évidemment fallu mener une solide réflexion avant d’accepter un projet aussi ambitieux, mais nous aimions tellement l’original que nous avons décidé de nous lancer. »

Ce sont les producteurs Bud Yorkin, qui faisait partie de l’équipe de production du précédent film, et sa femme, Cynthia Sikes Yorkin, qui ont soumis à Alcon l’idée de créer un nouveau chapitre à l’histoire de BLADE RUNNER. Cynthia Sikes Yorkin se souvient : « Bud rêvait depuis des années de donner une suite à l’histoire et j’ai tout fait pour que son rêve se réalise. Malheureusement, il est décédé avant de pouvoir voir le film achevé, mais il était très heureux de savoir qu’il verrait le jour. Andrew et Broderick ont fait preuve de beaucoup de respect envers Bud et ils nous ont impliqués dès le début dans chaque aspect de la production. Ils ont mis tout leur cœur dans ce projet, je n’aurais pas pu demander de meilleurs partenaires pour donner vie à notre rêve. »

La première étape a consisté à remonter à la source. Andrew A. Kosove explique : « Il était essentiel pour Broderick et moi de nous rendre à Londres pour rencontrer Ridley Scott. »

Le cinéaste, qui assure la production exécutive du nouveau film, déclare : « BLADE RUNNER avait été conçu comme un film unique, mais à l’époque déjà, nous étions conscients que l’histoire ne s’arrêtait pas là. »

Ridley Scott a alors contacté le scénariste Hampton Fancher, coauteur du film original. Ce dernier se souvient : « On aurait dit que c’était écrit : je venais juste de terminer une nouvelle qui se déroulait dans l’univers de BLADE RUNNER. J’ai lu à Ridley le premier paragraphe et il m’a demandé si je pouvais venir à Londres. C’est comme ça que tout a commencé. »

Ridley Scott poursuit : « Hampton n’a pas écrit un scénario conventionnel, il a écrit une nouvelle où l’on retrouvait son superbe style de dialogues. Nous avons ensuite fait appel à Michael Green pour en faire un scénario qui a progressivement pris forme. »

Lorsque l’opportunité de prendre part à un nouveau BLADE RUNNER s’est présentée à Michael Green, le scénariste, fan du premier film, a immédiatement accepté. Il confie : « Hampton et Ridley avaient déjà mis en place les fondations de ce que pourrait donner un nouveau film et j’ai eu l’extraordinaire chance d’étoffer ces éléments. Le premier film est riche de thèmes fascinants, dont celui de la limitation de la durée de la vie. Parmi les thèmes que nous voulions explorer dans BLADE RUNNER 2049 figurait celui non de la durée, mais de la qualité d’une vie. Les deux films mettent en scène des humains et des réplicants, et bien qu’ils se comportent de la même manière sous bien des aspects, ils ont des origines très différentes car les premiers naissent tandis que les seconds sont créés. La société accorde une valeur bien plus importante aux humains qu’aux réplicants parce que seuls ceux qui sont nés ont une âme. Mais qu’est-ce que l’âme ? Et est-elle uniquement humaine ? »

Denis Villeneuve se souvient de sa réaction lorsqu’il a reçu la version finale du scénario. « J’étais très ému par la confiance que me témoignait Alcon en me confiant la réalisation de ce film. Ça a été l’un des plus beaux compliments de ma carrière. »

Après avoir collaboré avec le cinéaste sur le film dramatique à succès PRISONERS, les producteurs étaient pleinement conscients de ce qu’il pouvait apporter au projet. Broderick Johnson commente : « Denis est un formidable réalisateur qui sait exactement ce qu’il veut et comment l’obtenir. Nous savions que c’était l’homme de la situation non seulement en raison de ses qualités de directeur d’acteurs, mais aussi de sa capacité à générer de la tension et à instaurer une atmosphère particulière, comme il le fait avec brio dans chacun de ses films. C’était indispensable au succès de BLADE RUNNER 2049 car la magie du film repose sur sa tension, son intrigue et ses personnages, et Denis maîtrise tout cela à la perfection. »

Avant d’accepter de diriger le film, le réalisateur avait une requête. « Je voulais l’approbation de Ridley Scott. C’était ma seule condition. »

Sans surprise, le cinéaste lui a accordé sa bénédiction et bien plus encore. Denis Villeneuve raconte : « Il m’a dit exactement ce que j’avais besoin d’entendre, à savoir que j’avais une liberté totale mais que si jamais j’avais besoin de lui, je pouvais l’appeler à n’importe quel moment et il répondrait présent. Et ça a été le cas à chaque fois que j’en ai eu besoin. Je lui en serai toujours reconnaissant. »

Pour le style visuel du film, Denis Villeneuve tenait à rester fidèle à l’esprit de l’original. Il explique : « Mon objectif était d’honorer l’esthétique inspirée du film noir du premier opus tout en conférant à BLADE RUNNER 2049 son identité propre. »

En effet, si le film peut être considéré comme une suite, il forme aussi une entité indépendante. Cynthia Sikes Yorkin précise : « Vous n’aurez aucun mal à comprendre l’histoire même si vous n’avez jamais vu BLADE RUNNER. BLADE RUNNER 2049, grâce à la manière dont il est écrit et présenté, est divertissant et captivant même si l’on ignore ce qui s’est passé avant. »

L’équipe du film a dû imaginer les conditions qui régneraient sur la planète trente ans plus tard. Denis Villeneuve explique : « BLADE RUNNER se déroulait en 2019 et était prophétique à certains égards, mais nous savons déjà que notre avenir proche sera très différent de celui décrit dans le film. Nous avons donc pris la décision de créer notre propre version de 2049 dans le prolongement du premier film. L’univers de BLADE RUNNER 2049 est une extension de celui de BLADE RUNNER, pas de la réalité. »

Le réalisateur poursuit : « L’esthétique du film a été dictée par cette décision. Dans BLADE RUNNER, la nature avait quasiment disparu ; trente ans plus tard, la Terre connaît des conditions encore plus hostiles. On retrouve le même genre d’atmosphère oppressante que dans le premier film, mais plus pesante encore. L’environnement est encore plus toxique, les océans incontrôlables, les conditions météorologiques sont plus rigoureuses encore, il fait encore plus froid… Le climat est plus invivable encore et cela se reflète dans l’architecture, les véhicules et les costumes. »

Pour donner vie à cet univers apocalyptique, Denis Villeneuve a fait appel au directeur de la photographie Roger A. Deakins, au chef décorateur Dennis Gassner et à la chef costumière Renée April. Il déclare : « Artistiquement, Roger, Dennis, Renée et moi étions sur la même longueur d’onde car nous tenions tous à honorer ce qui avait été fait précédemment. »

Il ajoute : « Les acteurs ont également fait preuve d’un grand enthousiasme pour le projet ; le film leur doit à tous beaucoup, mais en particulier à Ryan Gosling et Harrison Ford qui ont apporté de nombreuses idées et ont été mes sources d’inspiration sur le tournage. »

Les deux acteurs n’ont eux aussi que des éloges pour le réalisateur. Harrison Ford déclare : « J’ai vu tous les films de Denis, et je les admire. Je n’ai pas tout de suite mesuré son approche de BLADE RUNNER 2049, il m’a fallu un moment avant de cerner réellement l’ampleur de ce qu’il ambitionnait pour ce nouveau film. Denis est quelqu’un de réfléchi et d’extrêmement intelligent qui prend le temps nécessaire pour répondre aux questions qu’il se pose. Il a été un partenaire intellectuel de choix pour aborder tous les sujets difficiles dont traite le film. »

Ryan Gosling ajoute : « Dès ma première conversation avec Denis, je me suis senti en confiance. Il tenait à ancrer le film dans la réalité et à raconter une histoire empreinte de sincérité. Il avait le plus grand respect pour l’original mais cela n’a jamais semblé l’intimider. Il a transformé son admiration en inspiration, et cela nous a poussés à faire de même. »

Le tournage de BLADE RUNNER 2049 s’est entièrement déroulé en Hongrie, se partageant entre les studios Origo à Budapest, les studios Korda à Etyek, et plusieurs sites à travers le pays.

L’équipe du film a pris la décision d’éviter au maximum d’avoir recours aux images de synthèse et aux écrans verts, privilégiant les effets spéciaux physiques et des décors réels. Denis Villeneuve explique : « J’aime travailler dans de vrais décors, avec de vrais objets. Il était très important pour moi de créer un univers tangible afin que les acteurs évoluent dans le monde que nous avions créé plutôt que d’essayer de l’imaginer. »

Pouvoir évoluer dans des environnements physiques a eu l’effet désiré sur la distribution, comme en atteste Ryan Gosling : « C’était incroyable de pouvoir jouer dans des décors réels parce qu’en tant qu’acteur cela vous permet de vous concentrer sur ce qui se passe à l’intérieur de votre personnage au lieu d’essayer de vous représenter un monde extérieur qui n’existe pas. »

Denis Villeneuve ajoute : « BLADE RUNNER 2049 nous plonge dans un monde fantastique qui conserve cependant un caractère profondément humain. Le film raconte une histoire finalement intimiste dans un cadre d’une ampleur saisissante. »

HUMAINS ET RÉPLICANTS

Deux des rôles principaux de BLADE RUNNER 2049 étaient déjà attribués avant même que le scénario ne soit écrit. Il va sans dire que personne d’autre que Harrison Ford ne pouvait incarner Rick Deckard, mais il s’avère que les cinéastes n’avaient qu’un seul nom en tête pour l’interprète de K, le nouveau Blade Runner : Ryan Gosling.

Le scénariste Hampton Fancher se souvient : « Dans le vol qui m’emmenait à Londres voir Ridley, je réfléchissais au casting, et je me suis dit : « C’est Ryan Gosling qu’il nous faut ». L’une des premières questions que Ridley m’a posées a été de savoir qui je voyais dans le rôle… et lui aussi avait déjà choisi Ryan de son côté ! À ce stade, on ne savait même pas encore ce qu’allait être l’histoire, mais j’avais déjà en tête l’image du personnage principal, et c’était Ryan. »

Ryan Gosling s’est intéressé au projet dès qu’il en a appris l’existence. « Quand on m’a dit que Ridley envisageait de poursuivre l’histoire, j’ai tout de suite voulu m’investir : j’avais toujours eu envie de savoir la suite… C’était formidable d’avoir la chance de faire partie de cet univers et de contribuer à raconter cette histoire. »

À propos du nouveau film, l’acteur note : « Le monde est devenu bien plus âpre et plus désolé que celui que l’on a découvert il y a trente ans. La profession des Blade Runners est plus difficile encore. Quand on fait la connaissance de K, il est confronté à ces difficultés et à l’isolement.

« Au début du film, c’est une journée comme les autres pour lui. Il a été envoyé « retirer » un réplicant de l’ancien modèle. Mais au cours de sa mission, il met par hasard au jour un mystère qui le pousse à remettre en question tout ce qu’il croyait savoir. »
Denis Villeneuve observe : « K mène une existence très dure, très solitaire. Il a le pire boulot possible, mais de façon inattendue, sa dernière mission va éveiller en lui un rêve, un désir si fort qu’il va l’aveugler. C’est une évolution extraordinaire pour ce personnage.

« Lorsque j’ai lu le scénario, poursuit le réalisateur, Ryan Gosling avait déjà été suggéré pour jouer K, et j’ai dit oui tout de suite. C’est un acteur qui exprime énormément sans même une parole. Il me fallait un comédien d’une extrême intelligence, possédant cette force qui permet de plonger dans les ténèbres et d’en ressortir. La passion de Ryan et ses efforts constants pour s’assurer que chaque scène correspondait parfaitement à ce que nous souhaitions m’ont profondément ému. On sentait que c’était aussi important pour lui que pour moi de faire un grand film ensemble. »

Harrison Ford lui aussi était convaincu qu’il fallait confier le rôle à Ryan Gosling. « Je pensais que K serait un bon rôle pour Ryan, et j’ai fait part de mon enthousiasme aux producteurs. Nous étions tous du même avis. J’ai adoré travailler avec lui. Il apporte de l’originalité à tout ce qu’il fait, c’est un homme intelligent et un acteur sensible. Son jeu est toujours impeccable, on ne voit jamais ses rouages internes tourner. Il ne lutte pas pour entrer dans la peau du personnage, il l’habite littéralement. »

Ryan Gosling retourne son compliment à son partenaire : « Harrison est un grand. Ce n’est pas par hasard si la plupart de ses films sont entrés dans la légende, et ce n’est pas un hasard non plus si certains sont revisités. Il est la constante de toutes ces équations. Il existe plusieurs façons de jouer une scène, mais quand vous travaillez avec Harrison, vous réalisez qu’il n’y a qu’une seule grande manière de le faire. Et lui sait la voir avant tout le monde. »

Ridley Scott se souvient : « Lorsque j’ai contacté Harrison Ford pour lui proposer de reprendre le rôle de Rick Deckard, j’ai pensé qu’il serait peut-être sceptique. Mais quand je lui ai envoyé le scénario, il m’a dit : « Ridley, c’est fantastique. Correction : c’est le meilleur script que j’aie jamais lu ! »

Harrison Ford déclare : « C’est très amusant de rejouer un même personnage trente ans plus tard. D’une certaine façon, j’y suis habitué, c’est comme remettre de vieux vêtements…. Heureusement, ils me vont encore, et je n’avais aucune appréhension à incarner à nouveau Deckard. »

Denis Villeneuve commente : « Il aurait été inenvisageable de faire une suite à BLADE RUNNER sans Harrison Ford. C’était pour moi un privilège de travailler avec lui parce qu’il est étroitement lié à ma passion pour le cinéma : j’ai grandi en regardant ses films. J’étais fébrile avant notre rencontre : j’allais faire la connaissance d’une de mes idoles ! Heureusement, Harrison a tout de suite brisé la glace. C’est l’une des personnes les plus chaleureuses, les plus charmantes, les plus généreuses et les plus humbles que j’aie rencontrées. Le diriger a été pour moi comme de revenir sur les bancs de l’école de cinéma ; il avait tellement d’expérience et tant à donner, il est tellement généreux dans son jeu… J’ai rarement connu cela. Nous avons eu des échanges passionnants sur la manière d’aborder son personnage, ce personnage qu’il n’avait pas vu depuis trois décennies. »

Dans cette histoire, personne n’a vu Rick Deckard depuis trente ans. Harrison Ford explique : « Deckard a vécu des événements tragiques depuis le précédent film. Mais il a aussi été chargé de protéger certains secrets, et il s’est senti un devoir moral, un engagement, raison pour laquelle il a disparu. Il savait qu’il était recherché, il est donc allé dans un endroit où personne ne penserait à le trouver. Un endroit dangereux. Il y mène une vie singulière, très solitaire. »

Ryan Gosling précise : « Deckard est un élément clé dans l’affaire que mon personnage essaie de résoudre. K part à sa recherche, il veut obtenir des réponses à des questions qui sont désormais très personnelles. »

Harrison Ford reprend : « K piste Deckard, et ce qui va se passer entre eux est passionnant. L’intrigue est fascinante et aborde une question très audacieuse. Ce que j’ai le plus aimé, c’est le contexte émotionnel, je trouve qu’il a énormément de valeur. »
L’indice qui lance K sur la piste de Deckard a été découvert dans les archives de la Wallace Corporation. Bien que la plupart des documents aient été détruits dans la tempête électromagnétique de 2022 – le Blackout – quelques éléments ont pu être sauvés, dont un enregistrement à peine audible de la voix de Deckard.

Niander Wallace est l’énigmatique dirigeant de la Wallace Corporation. Sa parfaite éducation dissimule mal son ambition dévorante. Son obsession envers la création du réplicant idéal – d’une docilité absolue, ne remettant jamais en question l’autorité humaine – a conduit à la mise au point du dernier modèle, le Nexus 9. Wallace voit les réplicants comme nécessaires à la survie de l’humanité… mais il ne peut en produire qu’une quantité limitée. Des années plus tôt, ses avancées dans le domaine des aliments génétiquement modifiés ont évité une famine planétaire. En s’appuyant sur cette dette que le monde a contractée envers lui, il a fait pression pour mettre fin à l’interdiction des réplicants, et au cours du processus, il a amassé une fortune incalculable… et un pouvoir sans limite.

Jared Leto, qui incarne ce personnage, déclare : « J’ai sans doute une vision différente de ce personnage. C’est l’homme qui a sauvé la planète de la famine, alors son ego est incommensurable. Il a sauvé le monde, pour de vrai ! Il a acquis son pouvoir grâce à un dur travail et des études rigoureuses. C’est un génie, et aussi un fou – difficile de faire la différence. Il est fascinant et complexe. C’était un rôle très, très séduisant à jouer !

« Le lien que j’entretiens avec l’univers BLADE RUNNER remonte à mon plus jeune âge : je l’ai vu en vidéo sur mon magnétoscope VHS. Nous avons tous été marqués par certains films plus que d’autres. Pour diverses raisons, ils changent notre vision de la vie et du monde. BLADE RUNNER a été l’un d’eux pour moi. Il a eu un impact énorme et je n’ai jamais oublié. Il a toujours eu une place à part, et m’a très souvent inspiré au fil des ans. »

Denis Villeneuve confie : « Niander Wallace est un rôle difficile parce qu’il a des dialogues pas du tout évidents. Il fallait un acteur capable d’intégrer ces dialogues pour leur donner vie avec force, conviction, et aussi une certaine poésie. J’ai choisi une star, Jared, et il nous a tous époustouflés. J’ai apprécié qu’il s’immerge totalement dans chacune des facettes du rôle. Je savais avec quelle intensité Jared incarne tous les personnages qu’il joue, et j’étais curieux de le voir faire avec Wallace – un personnage aveugle… Quand Jared est arrivé, il ne jouait pas les aveugles : il l’était. »

Pour préparer son rôle, Jared Leto a passé du temps avec des personnes malvoyantes ou non-voyantes, observant entre autres leur manière de se déplacer dans un espace ou d’interagir avec leurs interlocuteurs. Denis Villeneuve déclare : « Jared est quelqu’un de passionné qui aborde son travail avec énormément de sérieux. Il était impliqué à 100 %. »

Du réalisateur, l’acteur dit : « Denis est un artiste rare. Sa fascination et son enthousiasme ne faiblissent jamais, et il est curieux de nature. Il vit chaque instant avec les acteurs et sait faire partager sa soif de découverte et son envie. C’est un metteur en scène incroyable et je suis ravi d’avoir eu la chance de faire ce film avec lui. »

Étant donné son profil et son travail, il est logique que le bras droit de Wallace soit un Nexus 9. Sylvia Hoeks joue Luv, dont le dévouement absolu envers Wallace dépasse largement le cadre de son travail. L’actrice explique : « Wallace est bien plus que son patron. Il est son créateur, et s’il l’a fabriquée, il peut la détruire à tout moment. Je pense qu’une partie de son dévouement repose sur cette peur-là. Son objectif est d’être la meilleure possible, d’être tout ce qu’il attend d’elle et davantage encore. Elle est prête à tout pour l’aider à conquérir le monde et à réaliser ses rêves. Elle a le sentiment que c’est pour elle la clé du bonheur… même si elle ne sait pas trop ce qu’est réellement le bonheur. »

Sylvia Hoeks se souvient : « Pour préparer mon rôle, je me suis intéressée aux jeunes femmes qui incarnent la réussite aujourd’hui, des femmes puissantes, qui cherchent à gagner une sorte de course à la réussite. Elles sont observées et souvent jugées très durement, sur leurs actions, leur façon de vivre et même leur consommation. En un sens, c’est un peu comme si elles étaient fabriquées – leur image, du moins, l’est – et j’ai trouvé que c’était une manière très intéressante d’aborder le personnage. »

Denis Villeneuve note : « Sylvia est l’une des meilleures actices avec qui il m’ait été donné de travailler. Elle a une grande force intérieure et elle n’a pas peur de dépasser ses limites et de faire des choses folles, toujours pour servir son personnage. »

La relation qu’entretiennent Joi et K est très complète et dépasse le cadre amoureux : elle est son amie, sa confidente, et son seul vrai soutien. Ana de Armas, qui l’incarne, déclare : « Joi est intelligente, drôle et intuitive, surtout pour tout ce qui concerne K. Elle est indéniablement sexy mais il y a bien autre chose chez elle qu’une plastique séduisante. C’est une femme très complexe. »

Ana de Armas a développé le personnage en collaboration avec Denis Villeneuve : « C’était très intéressant d’explorer le personnage avec Denis. Sa seule existence était déjà un point de départ très important. Qui est-elle ? Que ressent-elle ? Quelles sont les règles à suivre pour développer dans la scène suivante ce que l’on a construit dans la précédente ? Denis m’a laissé une grande liberté dans la découverte de tout cela au fil du film. »

Denis Villeneveuve commente : « Ana avait déjà fait plusieurs films, mais c’est rare pour un réalisateur d’avoir l’impression d’assister à l’éclosion d’une vraie star. Ana a toutes les qualités requises : le talent pour la comédie, l’énergie, l’émotion, la puissance émotionnelle, le savoir-faire. Elle était parfaite pour jouer un personnage aussi compliqué. »

Tandis que les développements toujours plus surprenants de l’enquête de K l’entraînent sur une voie très dangereuse, Joi est la seule à qui il puisse faire pleinement confiance. En retour, elle le guide et l’encourage, lui offrant une perspective que personne d’autre ne pourrait lui donner.

Même la supérieure de K ignore tous les détails de ce que le jeune Blade Runner a découvert en cherchant à connaître la vérité. Robin Wright incarne le lieutenant Joshi de la police de Los Angeles. Cette patronne déterminée et volontaire montre à travers les ordres qu’elle donne à K qu’elle fera tout pour maintenir l’ordre.

Robin Wright déclare : « Joshi a parfaitement saisi les enjeux : elle sait qu’une découverte de cette ampleur pourrait plonger le monde dans le chaos. Mais elle se fait aussi du souci pour K. Elle est consciente que quelque chose ne va pas, qu’il cache peut-être des informations. Pourtant, elle ne peut pas laisser ses préoccupations et ses inquiétudes l’entraver dans son travail. »

Denis Villeneuve commente : « Robin incarne une figure d’autorité impressionnante en la personne du lieutenant Joshi. Mais il était aussi vital de montrer que cette femme de pouvoir est capable de compassion, notamment dans ses rapports avec K, et Robin a su faire passer cela avec beaucoup de subtilité. »

Joshi a lancé K à la recherche de Sapper Morton, un réplicant d’un vieux modèle qui a l’air d’être un simple fermier producteur de protéines inoffensif lorsque K débarque chez lui. Dave Bautista, qui incarne le personnage, explique : « Il veut juste exister – survivre. Quand K débarque, Sapper a tout de suite un mauvais pressentiment parce que d’une part il n’a jamais aucun visiteur, et d’autre part, il déteste en avoir. Il réalise que cela pourrait bien être la fin pour lui – ce qu’il a toujours essayé d’éviter. C’est pour cela qu’il s’est toujours gardé de se mêler des affaires des autres, préférant rester à l’écart. »

Denis Villeneuve déclare : « Dave a été l’un des premiers à qui nous avons pensé pour jouer Sapper parce qu’il a beaucoup de présence et de charisme. Je voulais un acteur imposant physiquement, un géant – mais un gentil géant. Quelqu’un qui suscite l’empathie. C’est important pour ce personnage. Et la tristesse mélancolique qu’on lit dans ses yeux, la vulnérabilité que lui a apportée Dave est essentielle. »

Il n’y avait qu’un problème : Dave Bautista est considérablement plus jeune que le personnage. Le maquilleur Donald Mowat – « un maître ! » selon les propres termes de Denis Villeneuve – a été chargé de vieillir le comédien. Le réalisateur se souvient : « Beaucoup de gens m’ont dit : « je ne savais pas qu’il était si vieux ! », ce qui est un compliment : on ne voit pas le maquillage, on voit juste Dave bien plus âgé qu’en réalité ! »

La mission de K, « retirer » Sapper, aurait dû n’être qu’une mission de routine, une de plus. Jamais le Blade Runner n’aurait imaginé qu’elle ouvrirait la porte à une révélation stupéfiante, qui allait faire voler en éclats toutes ses certitudes…

Aux côtés des rôles principaux, on découvre Mackenzie Davis dans le rôle de Mariette, une mystérieuse « doxie » qui semble s’intéresser de près à K ; Carla Juri dans celui du Dr Ana Stelline, dont le travail est vital pour la création et le comportement des réplicants, et Lennie James dans celui de Mister Cotton, qui veille sur des centaines d’enfants et d’adolescents abandonnés et détient peut-être les réponses aux questions de K.

L’AVENIR PREND FORME
Le style visuel

Les décors

Avant le début du tournage de BLADE RUNNER 2049, Denis Villeneuve a passé plusieurs semaines avec son collaborateur de longue date, le directeur de la photo Roger Deakins, à dessiner des storyboards et à mettre au point l’aspect visuel du film. « Roger a joué un grand rôle dans le langage cinématographique du film », précise le réalisateur.

Le producteur Andrew A. Kosove déclare : « Roger est l’un des plus grands directeurs de la photographie de tous les temps. Il a pris une année de congé pour préparer le film. Il dit qu’il lui a fallu mettre au point pour ce film certains des éclairages les plus complexes et les plus difficiles de toute sa carrière. »

« C’était néanmoins une opportunité rarissime, et un projet particulièrement excitant ! précise le directeur de la photo. Denis et moi n’avons pas été bloqués par l’original, bien au contraire : il nous a nourris. C’était l’une des premières visions d’un avenir apocalyptique, et une des plus stylisées. »

Le réalisateur ajoute : « L’un des plus grands défis a consisté à unir visuellement les deux films ; il fallait donner l’impression d’évoluer dans un futur inspiré par le passé. »

La caractéristique esthétique majeure du premier BLADE RUNNER reste sans conteste son ambiance sombre, humide, oppressante – et les conditions ne se sont pas améliorées en trente ans. Le réalisateur explique : « Je suis originaire de Montréal, et le climat du film s’inspire du sale temps du Canada, où il peut faire un froid mordant. Au lieu d’une pluie incessante, il y a maintenant aussi de la neige et de la boue. »

Ridley Scott remarque : « Le style est important, et Denis a fait preuve d’un grand respect pour ce que nous avions fait dans le premier film. »

La majorité de la population vit dans des cités d’immeubles qui s’élèvent très haut dans un ciel toujours gris. Le chef décorateur Dennis Gassner se souvient : « Ma première question à Denis a été : « Si tu devais résumer l’esthétique du film en un seul mot, quel serait-il ? ». Il a répondu « Brutale. Je veux une architecture brutale. » Nous sommes partis de là pour nos recherches, afin de développer la structure générale du langage visuel.

« Le mot d’ordre pour BLADE RUNNER 2049, c’est que tout a été conçu autour de la survie, de la technologie à l’architecture. Les bâtiments ont été édifiés pour résister aux conditions météo, donc beaucoup ressemblent à des bunkers. »

Les costumes

« Brutal » a aussi été le concept qui a présidé à la création des costumes. Renée April, la chef costumière, observe : « L’environnement est très dur, il pleut, parfois il neige. Ça a été notre point de départ. Pour les matières, j’ai privilégié la fausse fourrure et le plastique, ce qui était une première pour moi. Je ne pouvais utiliser ni cuir, ni laine, ni matériau naturel quelconque car rien de tout cela n’existe plus. Tout est synthétique, artificiel. Et puis les coupes sont amples, oversized, à cause du froid.

« J’ai eu beaucoup de chance de travailler avec de pareils acteurs et actrices, tous conscients de l’importance des costumes. Ryan Gosling sait très bien ce qu’il peut porter ou non et ce qu’il aime ou pas. Il valait mieux qu’il aime son manteau parce qu’il garde le même pendant tout le film ! »

La productrice Cynthia Sikes Yorkin commente : « On avait tous envie de son manteau ! Les femmes en étaient folles. Renée est brillante, elle a créé des costumes géniaux qui correspondent parfaitement à la nature des personnages et aux lieux dans lesquels ils évoluent. »

Renée April précise : « Les costumes de Luv et Joi nécessitaient deux approches différentes. Pour Luv, la silhouette générale est fluide et épurée. Aucune fioriture, rien de superflu, et pas de couleur marquée, tout est beige, blanc ou gris. À l’opposé, Joi porte des couleurs vives et des tenues plus féminines, moins structurées.

« Pour les costumes de Niander Wallace, je me suis inspirée du superbe décor créé par Dennis Gassner pour son bureau. Beaucoup d’espace, des lignes pures, un esprit zen, dépouillé. J’ai donc voulu des lignes très simples, presque un uniforme, ou une sorte de pyjama pour quelqu’un qui ne sort pas et n’a plus rien à prouver. 

« Quant aux costumes de Rick Deckard, ils s’accordent bien à quelqu’un qui reste sous les radars depuis des dizaines d’années, il porte des vêtements qui paraissent vieux et usés. »

Parmi les plus mémorables images du premier BLADE RUNNER figurent les gigantesques panneaux électroniques qui diffusent des publicités animées. Le producteur Broderick Johnson explique : « Pour cette suite, nous sommes passés au niveau supérieur étant donné que trente années se sont écoulés. Il y a des publicités en hologrammes 3D qui possèdent une forme d’intelligence : si vous marchez dans la rue, une pub peut interagir avec vous. C’est assez terrifiant comme concept ! »

Denis Villeneuve ajoute : « L’idée, c’était que l’atmosphère est tellement épaisse à Los Angeles en 2049 que l’on peut y projeter des images en 3D. Les pubs ne se déroulent plus sur des écrans géants, elles sont au beau milieu de la foule. Là encore, il s’agit d’une projection de notre monde, d’un prolongement de notre réalité. On tend vers cette direction. »

Le réalisateur poursuit : « Pour préparer le film, nous avons rencontré des scientifiques, des médecins, des architectes, des designers, des chercheurs, des experts en informatique… Ces gens nous ont fait part des grandes lignes du développement de leurs spécialités respectives, de la forme que pourrait prendre l’avenir de notre société. Leurs conclusions ont beaucoup influencé l’esthétique globale du film. »

LOS ANGELES, 2049
Le tournage

Le tournage de BLADE RUNNER 2049 s’est déroulé en Hongrie. Son ampleur a nécessité les six plateaux et le backlot des studios Origo à Budapest, trois plateaux des studios Korda à Etyek, et plusieurs autres lieux répartis dans le pays.

Bill Carraro, producteur exécutif et administrateur de production du film, commente : « Les studios sont parfaitement équipés, et ce qui nous a attirés en Hongrie, et en particulier à Budapest, c’est la variété architecturale de la ville, où l’Europe de l’Est côtoie l’esthétique brutaliste de l’ère soviétique. »

Denis Villeneuve précise : « Budapest possède un style qui a impacté le film. Nous avons pu tourner certaines scènes dans les rues de la ville parce que l’architecture correspondait parfaitement à l’esprit du film. »

Aux studios Origo et Korda, Dennis Gassner et son équipe ont construit l’univers du film en partant presque entièrement de zéro puisque le réalisateur souhaitait travailler en décors réels. Denis Villeneuve déclare : « J’ai besoin d’environnements concrets parce qu’ils donnent des idées. Nous avons pris très tôt la décision de tout construire et d’employer le moins possible d’écrans verts, ce qui plaisait à tout le monde. Il a bien entendu fallu un peu d’images de synthèse pour l’extension de certains décors, mais tout ce que vous voyez au premier plan est vrai. »

Harrison Ford commente : « Les environnements physiques sont extrêmement utiles. On se comporte forcément plus naturellement quand le décor permet des choses comme le son normal de vos pas. En tant qu’acteur, je trouve que cela aide beaucoup. »

BLADE RUNNER 2049 commence par une scène où K se rend dans la ferme de Sapper Morton à bord d’un véhicule que les fans du premier film connaissent sous le nom de Spinner. Dennis Gassner déclare : « C’est le premier élément du film que nous avons conçu. C’est un hommage à l’original, mais dans le contexte du style brutaliste que souhaitait Denis. »

Le Spinner de K est un peu plus anguleux et légèrement plus compact que celui qu’avait Deckard dans BLADE RUNNER, mais même s’il s’agit d’un modèle plus récent, il n’est pas neuf, loin de là. Le superviseur artistique Paul Inglis note : « L’intérieur semble indiquer que le véhicule a 10 ou 15 ans. Tout est usé, marqué, éraflé… C’est un décor complet en soi. »

Deux Spinners ont été construits pour K, dont l’un pouvait être conduit et était pourvu de portières à servocommande pouvant s’ouvrir à la verticale. Équipé d’un moteur électrique et d’une direction assistée, il pouvait rouler à 80 km/h – ce qui n’était pas recommandé sur le plateau de tournage ! L’autre était conçu pour être suspendu par des câbles afin de simuler le vol, ou monté sur une plateforme à cardan sur grue avec Ryan Gosling à l’intérieur. Des caméras étaient installées derrière l’acteur pour filmer son point de vue à travers le pare-brise, tandis que les essuie-glaces balaient la pluie incessante.

Le Spinner de K dispose d’un accessoire qui n’existait pas dans le premier film : un objet intelligent semblable à un drone que John Nelson, le superviseur des effets visuels, appelle « poisson-pilote ». « Il est placé à l’arrière du Spinner et quand K fait un arrêt, il s’élève en vol stationnaire comme un drone. C’est un peu le coéquipier numérique de K, à qui il peut ordonner de surveiller la voiture, mais aussi de prendre la zone en photo et de lui donner des informations. »

Outre le Spinner, on voit d’autres véhicules dans le film, dont un Spinner-limousine à plusieurs places et le véhicule de Deckard, qui a été actualisé à partir de celui qu’il pilotait dans le premier film.

Les terres et le corps de ferme chez Sapper Morton ont été édifiés sur le backlot des studios Origo. C’est là que se déroule la confrontation entre K et Sapper, chorégraphiée par le coordinateur des cascades Joel Kramer. Celui-ci raconte : « Ryan Gosling s’investit à fond dans tout ce qu’il entreprend. Chaque fois qu’il avait une minute de libre, il venait s’entraîner avec nous. Tout ce qu’on lui disait, il l’intégrait avec une rapidité impressionnante. »

Joel Kramer a opté pour une approche très différente pour le combat entre K et Luv qui a lieu plus tard dans l’histoire. Il explique : « Même si Luv est une femme, elle sait se battre au moins aussi bien que K, si ce n’est mieux. J’ai trouvé une championne d’arts martiaux, Chloé Bruce, capable d’accomplir des prouesses physiques que je n’avais encore jamais vues. Ses mouvements ne paraissent même plus humains ! J’ai montré une bande démo à Denis, Andrew et Broderick, ils étaient fous ! On a engagé Chloé et on l’a entraînée en même temps que Sylvia Hoeks pour que cette dernière apprenne aussi les mouvements. Sylvia ne pouvait pas tout faire, bien sûr – personne n’est capable des mêmes prouesses que Chloé, mais elle s’est vraiment donnée. Et elle s’en est tirée de façon impressionnante, surtout quand on pense qu’elle n’avait encore jamais fait de combat. »

Sylvia Hoeks confie : « Les scènes d’action représentaient un vrai challenge pour moi. Je me suis entraînée six mois, et j’ai adoré parce que j’ai acquis des compétences que je n’avais jamais eues. Je me transformais en quelqu’un de fort physiquement et cela m’a aidée à interpréter mon personnage. Et puis comme actrice, c’était une chance extraordinaire de travailler ces mouvements, de développer mon corps et d’apprendre toutes ces techniques. »

Les décors de grande taille comprenant les différents bureaux et les archives de Wallace Corporation ont été construits sur des plateaux des deux studios. Le design minimaliste du bureau personnel de Wallace ne traduit en rien la complexité du décor, dont le centre, entouré par un fossé intérieur rempli d’eau, n’était accessible que par un chemin de pierres automatisé. Roger Deakins a utilisé les ondulations de l’eau des bassins pour jouer sur les reflets et les éclats de lumière sur les murs et le plafond, afin d’obtenir un effet lumineux spectaculaire.

Le superviseur artistique Paul Inglis observe : « La lumière jouait un rôle plus important dans ce décor que le style architectural. Roger avait été très clair : il voulait une lumière naturelle, pareille à celle du soleil, qui n’existe pas au-dehors parce que le ciel est toujours obscurci par la brume. Vous remarquerez qu’il n’y a d’ailleurs de fenêtre sur aucun des décors, mais dans l’univers de Wallace, on a le sentiment d’un soleil artificiel grâce aux rayons de lumière qui le parcourent. »

Jared Leto déclare : « Je pouvais sentir l’énergie qui se dégageait de ce décor. Jouer quelqu’un d’aveugle dans ce lieu particulier m’a fait ressentir les choses différemment – une expérience que je n’aurais jamais pu vivre autrement. Quand vous fermez les yeux, vous percevez l’espace autour de vous autrement, et c’est incroyable de vous rendre compte de la masse d’information que vous en tirez. L’une de mes grandes découvertes, c’est la réverbération du son des voix dans ces espaces vastes comme des cathédrales. Ces sons m’ont réellement aidé à me sentir fort dans ce rôle. »

La Tour Wallace contraste fortement avec l’environnement des moins fortunés qui vivent hors de ses murs. Tous ces gens moins chanceux aiment se retrouver dans des endroits comme le Bibi’s Bar, un lieu à ciel ouvert bondé où des hordes d’humains et de réplicants mélangés peuvent tout acheter, nourriture, boisson, marchandises diverses, et sexe. Ce décor complexe a été construit sur un plateau aux studios Korda. On y voit quantité de distributeurs automatiques à écran tactile, des étalages brillamment éclairés, des kiosques… Des trains passent au-dessus et des tuk-tuks manœuvrent parmi plus de 300 figurants en costumes.

Dennis Gassner souligne : « Bibi’s représente la première vraie concentration de couleurs. Étant donné l’état de la nature, le monde est plongé dans un hiver perpétuel, et donc tout a une couleur grisée, désaturée. Mais chez Bibi’s, on peut donner de l’énergie, redynamiser grâce à la couleur, comme Roger l’a fait avec la lumière. »

Parmi les décors les plus marquants du Los Angeles de 2049 figurent aussi le petit appartement fonctionnel de K, le toit de son immeuble d’habitation où il danse sous la pluie avec Joi, et le commissariat de police où est situé le bureau du lieutenant Joshi.

LOIN DE LOS ANGELES

Au contraire du premier film, l’histoire de BLADE RUNNER 2049 nous entraîne hors des limites de Los Angeles – un changement accueilli avec plaisir par Denis Villeneuve, qui explique : « Cela m’a donné l’occasion de réfléchir à ce à quoi ressemblerait le monde en dehors de la ville. Cela ouvrait sur une esthétique différente. Par exemple, dans le lointain, le brouillard est moins dense, l’atmosphère moins saturée, il y a donc plus de lumière. Il ne s’agit pas d’une belle lumière solaire brillante, elle reste faible, filtrée, mais il fait quand même moins sombre qu’en ville. »

L’enquête de K le conduit au sud de San Diego, où il effectue un atterrissage forcé avec son Spinner dans une vaste casse, une décharge qui s’étend à perte de vue. La « mesa d’ordures », comme l’a surnommée le chef décorateur, a été le plus grand décor du film. Il a été édifié sur le backlot des studios Origo. Cet immense décor réel a par la suite été étendu encore davantage grâce aux effets numériques et à l’utilisation de maquettes, pour qu’il s’étire jusqu’à l’horizon.

Dennis Gassner a imaginé le concept de base de cette « mesa d’ordures » en s’inspirant des cimetières de bateaux géants où on démantèle de vieux superpétroliers et des navires de la Marine réformés. Parmi les déchets, on peut repérer des morceaux de métal rouillé de toutes tailles, dont certains sont encore identifiables comme ayant fait partie d’un grand vaisseau. Pour des raisons de sécurité, les pièces de « métal » placées à proximité des acteurs étaient faites de caoutchouc peint.

S’élevant au-dessus des montagnes de détritus, des antennes paraboliques géantes ont été converties en quartier général : c’est là que s’exercent les activités de récupération de Mister Cotton. Les infortunés qui doivent vivre et travailler sur la décharge y trouvent aussi refuge.
Les intérieurs ont été assemblés dans différents lieux : un plateau à Origo, la centrale électrique Inota datant de l’ère soviétique, à une heure de route de Budapest, et un ancien entrepôt d’électronique situé à Kistarcsa, en Hongrie.

Sur les traces de Rick Deckard, K quitte la Californie pour aller jusqu’à Las Vegas, dans le Nevada. La ville ne ressemble plus du tout à celle que l’on connaît aujourd’hui, avec ses néons scintillants, ses casinos et ses lieux de détente. Toutes les lumières, toutes les couleurs se résument désormais à un halo monochromatique d’un rouge orangé, résultat de la catastrophe qui s’est produite cinquante ans plus tôt et a laissé la cité autrefois foisonnante de vie déserte… ou presque.

Pour créer ce Las Vegas post-apocalyptique, Denis Villeneuve et Dennis Gassner ont rencontré Syd Mead, célèbre futuriste visuel et concept artist, qui avait précédemment guidé Ridley Scott dans la Cité des Anges de 2019. Ce dernier explique : « Nous avons essayé d’imaginer ce à quoi ressemblerait Las Vegas en 2049. Un seul homme pouvait me donner la réponse : Syd Mead, un maître en la matière. Je lui ai expliqué les difficultés du film et il m’a donné en retour ces somptueuses illustrations de Vegas. »
Dennis Gassner ajoute : « Vegas et la région sont devenu un endroit désert, mort, où personne n’a envie d’aller – c’est justement ce qui en fait un lieu sûr pour Deckard, qui peut s’y cacher en plein jour. »

Au centre de Budapest, la production a transformé un immeuble vide qui abritait précédemment les locaux de la plus grande station de télévision hongroise en hall d’hôtel dont la grandeur passée est à présent étouffée sous une couche de poussière rouge. Les autres décors de l’hôtel/casino, dont le penthouse, la salle de casino et la salle de spectacle, ont été construits sur les plateaux des studios Origo.

Dans la salle de spectacle, les souvenirs des jours de gloire de Vegas prennent vie sous forme des incarnations holographiques des immortels Elvis Presley et Frank Sinatra. Des showgirls habillées par Renée April de plumes et de sequins dansent sur la scène. Ce « spectacle » a nécessité une mise en lumière particulièrement délicate. Roger Deakins raconte : « Le show démarre brusquement, puis tombe peu à peu en panne. Il clignote, et devient complètement anarchique. J’ai passé plusieurs semaines à mettre au point les différents éclairages, puis j’ai travaillé avec une société locale à Budapest pour créer une prévisualisation informatique de l’ensemble de la scène. Nous avons tout retravaillé pour en tirer les procédés d’éclairage concrets et les structures dont j’avais besoin pour filmer la scène en vrai. »

Certaines des journées de tournage les plus difficiles se sont déroulées dans un immense bassin construit spécialement par la production pour une séquence d’action clé. Le superviseur des effets spéciaux Gerd Nefzer et son équipe ont dirigé la construction de ce bassin d’une contenance de près de quatre millions de litres allant de un à cinq mètres de profondeur.

Le seul problème avec le bassin était que pour la scène du mur d’eau de mer, il fallait de grosses vagues… Gerd Nefzer explique : « Je me suis documenté sur différentes machines à vagues mais aucune ne produisait la taille de vagues dont nous avions besoin. Il a donc fallu inventer la nôtre. »

L’équipe du superviseur des effets spéciaux a acheté plusieurs citernes de propane qu’ils ont scellées et fixées sur des perches. Ils ont ensuite expérimenté en leur imprimant des mouvements synchronisés ; les citernes étaient plongées dans l’eau puis remontées. Plus le rythme était rapide, plus les vagues produites par le déplacement de l’eau étaient hautes.

L’équipe des effets spéciaux a également fabriqué des supports pour imprimer au Spinner de transport le mouvement adéquat quand il est battu par les vagues. « Il était très important pour Denis que la limousine ne reste pas dans l’eau immobile comme une statue. Quand elle est frappée par les vagues, elle bouge en fonction du mouvement de l’eau. Le dispositif mécanique qui nous a permis d’obtenir cet effet a été difficile à mettre au point et à régler. »

Pour protéger les acteurs travaillant dans le bassin, souvent plusieurs heures d’affilée, de grosses chaudières diesel ont maintenu l’eau à une température relativement confortable de 27 degrés. Dans l’air froid nocturne, cela formait de la vapeur qui venait ajouter à l’atmosphère de la scène.

ÉCHELLES ET DIMENSIONS

Bien loin de la Hongrie, les paysages urbains et campagnards que l’on peut voir à l’horizon dans le film ont été créés en miniature par l’équipe de Weta Workshop en Nouvelle-Zélande. Denis Villeneuve affirme : « Le terme miniature est réducteur : certaines de ces maquettes étaient absolument gigantesques ! »

Alex Funke, directeur de la photo chez Weta, confirme : « Nous avons construit la Tour Wallace – qui est dans le film l’un des plus hauts buildings sur Terre – à l’échelle 1/600e, et même ainsi, elle mesurait quand même près de quatre mètres de haut ! Pour chaque décor, on adaptait l’échelle parce qu’il fallait prendre un tas de choses en compte : à quelle distance la caméra allait s’approcher, quelle serait la texture en surface, quelle taille l’objet était supposé avoir à l’échelle un. Et question pratique : pourrait-on sortir la miniature de l’atelier de construction pour la transporter jusqu’au studio ? L’énorme « mesa d’ordures », par exemple, a été construite au 1/48e parce que cela donne des dimensions encore gérables. Nous aurions bien aimé la construite au 1/24e, mais il n’y aurait pas eu assez de place dans le studio ! »

Alors que la fin du tournage approchait, Denis Villeneuve a commencé à se consacrer au montage, en collaboration avec le chef monteur Joe Walker. Il a également travaillé avec les compositeurs Hans Zimmer et Benjamin Wallfisch pour donner naissance à l’ultime élément créatif : la musique.

Benjamin Wallfisch se souvient : « Il y avait une incroyable camaraderie, une magnifique connexion entre nous parce que nous aimions tous BLADE RUNNER. Partant de là, la tâche était monumentale : il fallait imaginer l’évolution musicale, trente ans après. »

Hans Zimmer explique : « Il est très difficile de prendre la suite de Vangelis, le créateur de la musique très évocatrice du premier film. Son utilisation des synthétiseurs est entrée dans la légende. Pour moi, il s’agissait de faire ce que Denis a réussi à accomplir : reprendre l’ADN de ce qui a été fait et y apporter une vision artistique complètement inédite. »

Dans cette optique, l’une des premières décisions prises par les compositeurs a été de préférer à une formation orchestrale traditionnelle une bande originale basée sur les synthétiseurs. Hans Zimmer explique : « Nous avons fait ce choix artistique pour être sûrs que la musique serait cohérente avec l’univers sonore de BLADE RUNNER. Si nous avions opté pour un orchestre au grand complet, cela aurait donné un film très différent. »

Benjamin Wallfisch commente : « Notre mission était de trouver le cœur du film, d’imaginer une analogie musicale à l’interrogation de K : qu’est-ce qui définit l’être humain face à des réplicants si sophistiqués qu’il est impossible de faire la différence ? Quel serait le son de cette question ? C’était un vrai processus de recherche et de découverte. Et quand nous sommes arrivés finalement au thème le plus épuré possible, une mélodie de quatre notes qui recèle une sorte de symétrie, il a ouvert la porte à tout le reste de la musique. »

Outre la musique de Zimmer et de Wallfisch, les cinéphiles pourront reconnaître certains passages de « Tears in the Rain » de Vangelis présents dans la bande originale de BLADE RUNNER. Ces notes familières forment un pont oral entre les deux films.

Denis Villeneuve confie : « Pour moi, BLADE RUNNER 2049 est une lettre d’amour à BLADE RUNNER, et je sais que tous ceux qui ont travaillé sur ce film ont été profondément inspirés par l’univers du premier et par la vision de Ridley Scott. Même les gens qui ne savent rien de cet univers vont découvrir que même s’il s’agit effectivement d’un film de science-fiction, c’est avant tout un drame humain poignant.

« Le propos de l’histoire ne se concentre pas sur la technologie mais sur la condition humaine, et c’est ce qui lui donne autant de puissance. Je n’aurai pas la prétention de prédire ce que les gens retiendront du film, mais ce que je peux assurer, c’est qu’ils passeront un bon moment. J’espère vraiment qu’ils seront touchés par le parcours de K. »

LA MUSIQUE

SUMMER WIND
Paroles et musique de Johnny Mercer, Hans Bradtke et Henry Mayer
Interprétée par Frank Sinatra
Avec l’accord de Frank Sinatra Enterprises, LLC
Sous licence Universal Music Enterprises

PIERRE ET LE LOUP
Composé par Sergei Prokofiev

SUSPICIOUS MINDS
Paroles et musique de Mark James
Interprétée par Elvis Presley
Avec l’accord de RCA Records
Et de Sony Music Licensing

KARMA DRAMA
Paroles et musique de Kully Bharma
Interprétée par Kully B et Gussy G

CAN'T HELP FALLING IN LOVE
Paroles et musique de Luigi Creatore, Hugo Peretti, et George Weiss
Interprétée par Elvis Presley
Avec l’accord de RCA Records
Et de Sony Music Licensing

ONE FOR MY BABY (AND ONE MORE FOR THE ROAD)
Paroles et musique de Harold Arlen et Johnny Mercer
Interprétée par Frank Sinatra
Avec l’accord de Frank Sinatra Enterprises, Llc

TEARS IN RAIN (FROM "BLADE RUNNER")
Composé par Vangelis
Avec l’accord de Warner Bros. Entertainment Inc.

© Alcon Entertainment, LLC

Textes : Pascale & Gilles Legardinier

  
#BladeRunner2049

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