dimanche 12 février 2017

20TH CENTURY WOMEN


Drame/Comédie/Touchant, drôle, un joli film et Annette Bening y est magnifique

Réalisé par Mike Mills
Avec Annette Bening, Greta Gerwig, Elle Fanning, Billy Crudup, Lucas Jade Zumann, Alison Elliott, Thea Gill, Olivia Hone...

Long-métrage Américain
Durée: 01h58mn
Année de production: 2016
Distributeur: Mars Films

Date de sortie sur les écrans américains : 20 janvier 2017
Date de sortie sur nos écrans : 1 mars 2017


Résumé : Santa Barbara, été 1979. L’époque est marquée par la contestation et d’importants changements culturels. Dorothea Fields, la cinquantaine, élève seule son fils Jamie. Elle décide de faire appel à deux jeunes femmes pour que le garçon, aujourd’hui adolescent, s’ouvre à d’autres regards sur le monde : Abbie, artiste punk à l’esprit frondeur qui habite chez Dorothea, et sa voisine Julie, 17 ans, aussi futée qu’insoumise…

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé Mike Mills, le réalisateur, nous entraîne sur les traces d'une relation mère/fils liée à une époque très spécifique et particulière : celle de la fin des seventies en Californie. Et qu'il est bien retranscrit cet esprit de liberté et de trouble aussi. J'ai beaucoup aimé la sensibilité de la mise en scène, des plans et des mises en situation du réalisateur. Il y a une simplicité étudiée dans les décors qui laisse la place aux personnages pour s'épanouir et aux dialogues pour fonctionner. Ces derniers sont d'ailleurs parfois drôles, surtout dans les situations décalées. Les relations humaines sont étroitement connectées à l'année 1979. Mike Mills croque des portraits de femmes de générations différentes dans un moment où le monde change et dans lequel elles cherchent à affirmer leur place entre modernité férocement désirée et héritage du passé lourd à porter. Il a trouvé trois magnifiques actrices pour réussir à faire vibrer les émotions délicates qu'il cherche à transmettre aux spectateurs.
Annette Bening est formidable dans le rôle de Dorothea, cette mère à l'amour débordant, qui doit élever un adolescent qui cherche sa place et son indépendance. Son interprétation de cette femme intelligente, à la personnalité originale et forte, est d'autant plus touchante dans les moments reflétant ses fragilités. 





Greta Gerwig interprète Abbie, une jeune femme artiste, pleine de vie, qui dit ce qu'elle pense.



Elle Fanning interprète Julie, une adolescente en pleine rébellion familiale. 




Et au milieu de ces femmes et de leur flot d'émotions bardées de contradictions, le jeune Jamie, interprété par l'attachant Lucas Jade Zumann
, cherche son chemin vers l'âge adulte.


Billy Crudup interprète quant à lui William, un homme dont l'expérience de la vie lui permet de surnager parmi ces dames. Il sait être présent et en même temps les laisser vivre.


20TH CENTURY WOMEN ne suit pas forcément des chemins pavés. Il sait être inattendu et dépeint des personnages auxquels on ne s'identifie pas forcément, mais avec lesquels on sent une connexion émotionnelle. C'est un film à la fois doux et touchant. Mike Mills nous propose une jolie histoire qu'il ne faut pas hésiter à aller découvrir au cinéma.


AVANT-PREMIÈRE
SESSION DE QUESTIONS/RÉPONSES AVEC LE RÉALISATEUR MIKE MILLS

Le 9 février 2017, lors de l'avant-première parisienne du film, le réalisateur Mike Mills a eu la gentillesse de venir répondre à quelques questions avant la projection. Je vous propose de retrouver cet échange dans la vidéo ci-dessous qui ne contient pas de spoilers.



NOTES DE PRODUCTION 
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)
« LE FUTUR VIENT TOUJOURS TROP VITE ET PAS DANS LE BON ORDRE. »ALVIN TOFFLER, « LE CHOC DU FUTUR »

1979 marque une formidable période de transition. C’est la dernière année du mandat de Jimmy Carter. En Iran, la Révolution islamique a commencé, parallèlement à la crise des otages à l’ambassade des États-Unis. Pour la première fois, les Américains ont le sentiment de ne plus pouvoir maîtriser leur besoin croissant de pétrole : la dépendance à l’égard du Moyen- Orient aboutit à de longues files d’attente aux stations-services et à une « crise énergétique » présente sur toutes les lèvres. Désormais, les véhicules énergivores n’ont plus la cote et l’industrie automobile de Detroit perd de sa puissance. Le pays plonge alors dans la récession. Carter prononce son discours sur la « crise de confiance ». Brenda Ann Spencer, adolescente responsable du meurtre de deux adultes dans une école, donne lieu à la première affaire du genre de l’époque contemporaine. Le pays connaît son accident nucléaire le plus grave à la centrale de Three Mile Island. Les classes moyennes ont de plus en plus recours à la psychothérapie. Apple entre en bourse. Margaret Thatcher est nommée Premier ministre du Royaume- Uni. Quant à la contre-culture, elle perd du terrain…

D’une certaine manière, c’est à cette époque que les problématiques, les technologies et les enjeux culturels que nous qualifions aujourd’hui de « contemporains » font leur apparition. Comme l’explique Mike Mills : « Les années 78-79 marquent le début de la période contemporaine, même si vers la fin de cette décennie on n’était absolument pas préparé aux grands bouleversements qui suivront : les répercussions de la politique de Reagan, la cupidité des années 80, la tragédie du Sida, l’impact de l’Internet, les événements du 11 septembre et les disparités liées au libéralisme sauvage. D’où le sentiment que 20TH CENTURY WOMEN est une ode nostalgique à une époque d’innocence à jamais révolue. »

C’est dans ce contexte que Dorothea, mère célibataire vivant à Santa Barbara, doit elle aussi affronter les mutations de la société. Suite à des bouleversements dans sa vie privée, cette logeuse à l’esprit bohème demande à ses locataires de l’aider à préparer son fils aux vicissitudes du monde. Résultat : le jeune garçon découvre les joies rebelles du punk rock, la dangereuse séduction de l’art et de l’amour et la fragilité de la vie.

20TH CENTURY WOMEN est une comédie dramatique qui mêle les parcours intimes de ses personnages aux changements profonds que traverse la société américaine. Le film est tour à tour une histoire d’amour et de liens familiaux précaires et un hommage à la force des femmes de toutes générations. Chemin faisant, il montre combien notre quotidien peut devenir, avec le recul des années, une époque sur laquelle on porte un regard émerveillé.

Quatre fois citée à l’Oscar, Annette Bening campe une femme discrète mais toujours prête à héberger ceux qui ont besoin d’un toit. Dorothea est une mère qui fait face à des changements majeurs : elle nous rappelle que les enfants de la Grande Dépression sont devenus les parents des années 70 – et que ce sont leurs fils et leurs filles qui ont façonné notre société actuelle. « Je voulais raconter une histoire intime, ponctuée de moments de grâce, dans une période chaotique et m’intéresser à la manière dont d’insondables trajectoires personnelles se mêlent à des évolutions sociales majeures », note Mike Mills.

Le film est également une déclaration d’amour à la mère de Mills et aux femmes qui l’ont élevé. Le cinéaste confie : « En un sens, c’est l’histoire de la rencontre entre la «Génération grandiose» et la «Génération X» – puisque ma mère est née dans les années 20 et moi à la fin des années 60. D’un certain point de vue, le film raconte une histoire d’amour entre une mère et son fils – une histoire d’amour profonde et totalement à part – mais qui ne peut pas leur procurer l’ancrage émotionnel auquel ils aspirent tous les deux. Le film tente d’évoquer ces moments fugaces où l’on ressent un lien très fort avec un proche, ces moments délicats de grâce, de compréhension et de proximité, qui sont plus fragiles et éphémères qu’on ne le pense – mais quand ils se produisent, même s’ils ne durent pas, ils nous marquent pour longtemps. »

APRÈS BEGINNERS
« Je lui ai dit que la vie était riche et pleine de surprises, qu’il découvrirait les animaux, les arbres, le ciel, les villes, la musique, le cinéma et les stars et les couleurs, et qu’il le ferait à son rythme. Et qu’il découvrirait aussi les baisers, l’amitié, et l’amour et qu’il aurait lui-même des enfants. »

Le précédent film de Mike Mills, BEGINNERS, qui a valu à Christopher Plummer un Oscar et un Golden Globe, s’inspirait du père du réalisateur qui a attendu ses 75 ans pour assumer pleinement son homosexualité. 20TH CENTURY WOMEN s’appuie, en revanche, sur la plus grande proximité entre Mills et sa mère. Pourtant, hormis quelques points communs fondamentaux – l’inspiration autobiographique, l’humour, un certain penchant pour l’art, une fascination pour la fugacité des choses et un style visuel proche du collage –, les deux films sont très différents. Tout d’abord parce que, comme son titre l’indique, 20TH CENTURY WOMEN parle de l’identité des femmes aux États-Unis vers la fin du siècle dernier.

Quel que soit son moyen d’expression, Mills a toujours mêlé des histoires personnelles à des événements historiques. Comme beaucoup de sa génération – celle qu’on désigne simplement d’un «X» ambivalent, coincée entre les baby-boomers et la génération Y –, l’homme est inclassable. Il mène depuis longtemps une carrière pluridisciplinaire comme graphiste et réalisateur. Il a ainsi conçu les pochettes d’albums des Beastie Boys et de Sonic Youth, collaboré aux clips d’Air, Pulp et Yoko Ono et exposé ses oeuvres picturales dans plusieurs galeries du monde entier, au Musée d’art contemporain de Los Angeles (MoCA) et au Musée d’art moderne de San Francisco (SFMOMA). Pour lui, l’art doit entretenir un rapport avec le monde qui l’entoure : son oeuvre montre que des moments d’intimité peuvent, comme les pièces d’un puzzle, trouver leur place sur de vastes échiquiers culturel, sociétal et historique. Comme le dit le slogan féministe, « le personnel est politique ». Les tout premiers courts métrages de Mills témoignent de sa passion pour la dimension drôle et insolite du quotidien et les tendances éphémères de la culture actuelle. DEFORMER (2000) s’attache à l’univers de l’artiste et skateur professionnel Ed Templeton, tandis que PAPERBOYS (2001) se penche sur le métier de livreur de journaux voué à disparaître. Dans son premier long métrage, ÂGE DIFFICILE OBSCUR (2005), adapté du roman de Walter Kirn, il offre un point de vue original sur le malaise et les angoisses de l’adolescence. Puis, il enchaîne avec le documentaire DOES YOUR SOUL HAVE A COLD? (2007), autour de l’arrivée des antidépresseurs au Japon. En 2010, le succès de BEGINNERS impose Mills comme un cinéaste majeur.

Mais c’est avec 20TH CENTURY WOMEN qu’il relève son plus grand défi. Car lorsqu’un homme met en scène les femmes, le propos n’est pas toujours des plus convaincants. Or, Mills a non seulement puisé dans sa propre adolescence, profondément marquée par la présence de femmes fascinantes, mais il s’est nourri d’entretiens et de lectures pour mettre au point des portraits au féminin de trois générations différentes, à divers stades de leur parcours : Dorothea, qui a grandi pendant la Grande Dépression et qui doit concilier sa vie professionnelle et sa vie de mère, Abbie, artiste issue du baby-boom et Julie, adolescente incarnant la Génération X.
« J’ai été élevée par une femme au fort tempérament, et le scénario est très proche de ce qu’était sa vie, affirme le réalisateur. Mon père était présent, mais pas pendant mon enfance. Quand j’étais enfant, je passais l’essentiel de mon temps avec ma mère et mes deux soeurs. Depuis, je fréquente surtout des femmes et je crois avoir compris très tôt qu’en cherchant à cerner les femmes de mon entourage, j’assurais ma propre survie. J’ai passé mon temps à m’intéresser à elles et à tenter d’apprendre à leur contact, même lorsqu’elles étaient insondables. »

Si Jamie ne parvient pas totalement à percer à jour Dorothea, il l’aime profondément et éprouve un immense respect pour son courage de mère célibataire et son étonnante force de caractère. Un apparent paradoxe qu’il n’était pas évident d’évoquer dans le scénario d’autant plus qu’il est au cœur du film : « Je n’ai aucune difficulté à épouser un point de vue féminin mais le personnage de Dorothea m’a posé problème, notamment parce que ma propre mère a longtemps été – et le restera en partie – une énigme à mes yeux, indique le cinéaste. Il s’agissait de chercher à comprendre le fonctionnement d’une mère de 55 ans qui non seulement a eu un enfant à 40 ans, mais qui est née dans les années 20 – puis de la confronter aux grands bouleversements de la société des années 70. Il a fallu à la fois que je mène des recherches et que je puise dans mon propre parcours. »

Mills a emprunté certains traits de personnalité de Dorothea à sa mère. « Elle voulait, elle aussi, devenir pilote, elle a travaillé dans une entreprise dont tous les salariés étaient des hommes et elle adorait les vieux films, surtout ceux avec Bogart », se remémore-t- il. Le grand acteur hollywoodien est devenu un fil conducteur pour le réalisateur, lui-même extrêmement cinéphile. Car si le mouvement punk était emblématique d’une génération qui rejetait les héros traditionnels, Bogart, à ses yeux, était l’ultime archétype masculin à trouver sa place dans le nouveau monde de l’après-guerre qui se dessinait – un homme ténébreux, délicieusement caustique et noble dans un univers pétri d’incertitudes.
« J’ai vu énormément de films de cette époque et les dialogues mordants entre hommes et femmes m’ont aussi inspiré, poursuit le cinéaste. Plusieurs de ces films sont drôles et subversifs et m’ont permis de mieux cerner Dorothea. J’ai compris qu’elle aspirait moins à vivre une grande histoire d’amour avec lui qu’à être Bogart ! Un leitmotiv est revenu sans cesse pendant l’écriture du personnage : Qu’est-ce que ferait Bogart dans cette situation ? »

Le personnage d’Abbie, jeune femme punk qui a abandonné ses rêves d’artiste à New York en se découvrant un cancer, s’inspire d’amis artistes du cinéaste et d’une jeune femme ayant survécu à une tumeur. Car le film parle aussi bien de l’exaltation propre au mouvement punk que de mortalité et de fécondité. « Une amie à moi a souffert du cancer du col de l’utérus et je me suis longuement entretenue avec elle pour les besoins du script », reprend le réalisateur. La toute jeune – mais non moins complexe – Julie s’inspire de plusieurs filles que fréquentait Mills au lycée et qu’il a retrouvées pour les interviewer. « J’ai fait un travail de journaliste pour bien comprendre leur fonctionnement », explique le réalisateur.

Pour autant, il a su imprégner ses recherches journalistiques de considérations plus stimulantes pour l’imagination : la mémoire, l’humour et surtout l’effet du temps qui passe sur les élans du coeur. Mills souligne que les cinéastes qui l’inspirent s’intéressent à l’impact du passage du temps sur l’existence et les relations amoureuses. Il cite souvent Alain Resnais qui a évoqué la nature chaotique du souvenir dans LA GUERRE EST FINIE, HIROSHIMA MON AMOUR et MURIEL, ou encore UN FILM D’AMOUR d’Istvan Szabo où un homme est hanté par une histoire d’amour adolescente qu’il a vécue entre la fin de la guerre et la mise en place du rideau de fer. Le nom de Fellini revient également dans la bouche du réalisateur : il regardait souvent ses films sur son iPad avant de tourner. « Il n’y a pas de plus grand maître que Fellini pour donner à son propre vécu une envergure cinématographique », s’enthousiasme Mills. Malgré tout, 20TH CENTURY WOMEN ne s’intéresse pas seulement au temps qui passe mais surtout à son accélération dans les dernières décennies. Annette Bening remarque : « L’être humain s’est toujours adapté au changement, mais c’est le rythme de ces mutations qui est inédit depuis la fin du XXème siècle. Tout va tellement vite ! Et si j’ai adoré ce scénario, c’est notamment parce que j’étais une jeune fille en 1979, vivant en Californie, si bien que je m’identifie aux personnages féminins du film. Et j’ai aussi l’impression d’avoir été proche de l’ensemble des personnages à un moment ou à un autre de ma vie. À mon sens, on dispose aujourd’hui du recul suffisant pour se pencher sur les dernières décennies du XXème siècle – et c’est exactement ce qu’a fait Mike avec le talent qui lui appartient. »

Au-delà du seul cinéma, le film puise dans d’autres influences socioculturelles : des albums vinyles, des best-sellers, le malaise politique de l’époque, des émissions de télévision à succès et toutes sortes d’objets présents dans les décors. Ils ne datent pas tous de 1979 mais évoquent également l’évolution des goûts artistiques de Dorothea. « On pourrait presque résumer le film à la trajectoire qui va de «As Time Goes By» [chanson emblématique de CASABLANCA, NdT] au groupe de punk Buzzcocks », plaisante Mills.
Le film se distingue essentiellement par ce sentiment entêtant que certains souvenirs et obsessions mêlés composent notre vie personnelle. Mais un autre motif caractéristique du début du XXIème siècle imprègne 20TH CENTURY WOMEN : la mise en abîme et l’autofiction. En effet, en voyant le film, on a le sentiment étrange qu’il s’agit du réalisateur qui se penche sur son parcours personnel d’artiste… en réalisant le film qu’on est en train de visionner !

Billy Crudup intervient : « Notre identité est forgée par notre enfance, mais Mike ne se contente pas de puiser dans sa propre trajectoire : son regard est nourri par le recul qu’il a acquis sur son vécu au fil des années. Il montre que le gamin qu’il était est devenu un vrai cinéaste qui a su mettre au point un style avec lequel il raconte son histoire. C’est pour cela, à mon avis, que ce récit est universel. Mike a réussi à concocter une histoire merveilleuse dans laquelle chacun d’entre nous peut projeter sa propre vie. »
À mi-chemin du récit, la dimension introspective du film entre particulièrement en jeu : Dorothea informe le spectateur de ce qui va bientôt lui arriver, modifiant ainsi notre perception des événements à venir (et nous rappelant que nous avons nous-mêmes une distance de plus de 35 ans par rapport au récit), mais sans détour, ni mysticisme. Ce parti-pris s’est imposé à Mike Mills très naturellement. « Cela correspondait parfaitement à Dorothea, dit-il. Dorothea est constamment insaisissable, un peu comme une arnaqueuse ! Et l’avenir est tellement imprévisible qu’on se trompe systématiquement. Mais elle nous offre un petit aperçu fugace sur ce qui va peut-être se passer… »

DOROTHEA
« Sortons ce soir. J’ai envie de voir à quoi ressemble ce monde moderne. »

« Dorothea a 55 ans et ressemble à Amelia Earhart [première femme aviatrice à traverser l’Atlantique, NdT] », écrit Mike Mills en parlant de sa protagoniste. Dans le film, son fils Jamie la décrit à travers ses contradictions les plus marquantes : elle fait l’inventaire de ses actions tous les matins, elle fume des Salem parce qu’elle sont censées être meilleures pour la santé, elle porte des Birkenstocks parce qu’elles sont modernes, elle lit « Les Garennes de Watership Down », elle sculpte des lapins en bois et ne sort jamais avec un homme pendant très longtemps.

Annette Bening s’est appropriée chacun de ces détails. Mais la comédienne quatre fois citée à l’Oscar (TOUT VA BIEN – THE KIDS ARE ALRIGHT, ADORABLE JULIA, AMERICAN BEAUTY, LES ARNAQUEURS) a réussi à transcender cette simple addition de caractéristiques, comme le souligne le réalisateur. « Tout comme ma mère, Annette est un peu secrète, note-t-il. Elle incarne un mystère à part entière et ce qu’elle fait est magique. Elle possède tellement son métier qu’elle comprend parfaitement la construction des scènes. Mais elle va bien plus loin que la technique d’acteur pour incarner le personnage avec force et être totalement spontanée. Ce que j’aime passionnément chez les acteurs, c’est quand ils réussissent à dépasser la préparation technique d’une scène et qu’ils prennent leur envol – et Annette adore faire ça. On était tous les deux souvent surpris par ce qu’elle faisait devant la caméra. »

Il renchérit : « On a beaucoup parlé de ma mère mais Annette ne s’est pas contentée de l’imiter : elle s’est servie de tous les détails que je lui ai donnés pour livrer une prestation originale. La Dorothea qu’on découvre à l’écran est issue du sens du tempo d’Annette, de son intuition, de son intelligence et de son humour. Elle réussit à se mettre dans la peau d’une femme dans ce genre de circonstances. »

Annette Bening a été aussitôt frappée par les paradoxes profondément humains de Dorothea : « J’aime les femmes pétries de contradictions – et nous en avons tous, dit-elle dans un éclat de rire. Dans la plupart des scénarios, les femmes sont stéréotypées. Mais chez Mike, ce sont des êtres humains complexes, aux multiples facettes. »

En acceptant le rôle, la comédienne a tâché de trouver l’équilibre entre les souvenirs de Mills et sa propre interprétation. « Dorothea n’est pas une incarnation à proprement parler de sa mère, dit-elle, mais pour me préparer au rôle, je me suis nourrie de ses souvenirs d’elle, j’ai vu des photos et j’ai compris ce que cet épisode de sa vie représente à ses yeux. Pour bien jouer un rôle, il faut qu’une savante alchimie se produise entre votre investissement personnel et l’exploration du personnage. C’est d’autant plus facile lorsque l’histoire est formidable et qu’on a le sentiment de puiser dans ses propres émotions tout en étant au service d’une œuvre qui vous dépasse. »

20TH CENTURY WOMEN est une déclaration d’amour aux mères chères à nos cœurs que, toutefois, on ne comprend pas toujours. Autant dire qu’Annette Bening était consciente d’être en terrain miné. « C’était compliqué parce qu’on s’attache forcément à Dorothea mais on la trouve également susceptible et froide, surtout avec son fils, souligne la comédienne. C’est un équilibre subtil car elle encourage les autres à entrer dans son univers tout en faisant comprendre à Jamie qu’il y aura toujours une part d’elle-même qui lui sera inaccessible. Dans une certaine mesure, j’ai considéré que c’était à Mike de résoudre cette équation dans l’intrigue, mais qu’il m’appartenait de jouer chaque situation le plus sincèrement possible. »

L’actrice s’est aussi inspirée de l’héroïne de Dorothea, l’aviatrice Amelia Earhart, qui a bousculé l’image traditionnelle des femmes dans les années 20 et 30. Elle a notamment servi de source d’inspiration pour son style personnel sans prétention. « Quand on voit des photos d’Amelia, on se rend compte qu’elle incarne une toute nouvelle conception de la féminité et de la beauté, note-t-elle. Elle n’a rien à voir avec la tendance actuelle qui privilégie un maquillage sophistiqué, et la quête de perfection physique et d’éternelle jeunesse. Dorothea n’est pas attirée par tout cela : elle n’a pas évolué dans un monde qui a entretenu ce culte de la féminité. C’est une autre de ses contradictions : elle est totalement en prise avec son époque – 1979 – comme son indépendance le prouve, mais elle est aussi issue d’un temps où les moeurs étaient différentes. »
Ce sont ces valeurs plus traditionnelles qui donnent un véritable ancrage à Dorothea mais qui la poussent aussi à s’interroger sur l’avenir – surtout dans cet environnement où elle voit des jeunes femmes mener un style de vie qu’elle n’aurait jamais envisagé à leur âge. « Abbie et Julie jouissent d’une vraie liberté qui, à mon avis, n’échappe pas à Dorothea, reprend Annette Bening. Elle se demande comment elle aurait évolué si elle avait connu le même contexte culturel à son époque. Dans le même temps, elle a suffisamment d’expérience pour savoir que la liberté a un coût et qu’il n’est pas forcément plus facile d’être une jeune femme en 1979. C’est tout simplement différent de ce qu’elle a elle-même vécu. »

À un moment donné de l’histoire, Dorothea est séduite – pour un temps seulement – par William (Billy Crudup), son homme à tout faire, ancien hippie plutôt taciturne. Annette Bening a instinctivement compris l’attirance de son personnage pour William. « J’ai vraiment eu le sentiment que je connaissais William et j’ai ressenti beaucoup d’affection à son égard avant même le tournage, reconnaît l’actrice. Mais Billy l’a campé avec un tel naturel qu’il m’a semblé encore plus irrésistible. » « Je crois que Dorothea est la première surprise par ses sentiments vis-à-vis de William mais elle n’est pas prête à remettre en question son indépendance pour s’engager davantage, reprend-elle. Je ne sais pas si c’est une bonne ou une mauvaise chose, mais elle est comme ça. C’est quelque chose dont on prend conscience en vieillissant : nous faisons tous de notre mieux mais nous savons aussi quelle limite nous ne franchirons pas même si cela nous coûte. J’ai aimé jouer un personnage qui en est conscient. S’il y a bien une chose à laquelle Dorothea n’est pas prête à renoncer, c’est son indépendance d’esprit. Elle ne fera aucune concession sur ce qu’elle considère comme son intégrité».

Annette Bening a demandé à Mills de porter un bijou ayant appartenu à sa mère : elle arbore ainsi un bracelet en argent tout au long du film. « C’était un peu comme un talisman, souligne le réalisateur. Je considère souvent le cinéma comme un tour de magie et de spiritisme et je trouve donc que c’est une bonne idée de convoquer les muses pour vous guider. » La comédienne reconnaît que ce genre d’objet revêt une résonance mystérieuse. « Le plus important, c’est que ça comptait beaucoup pour Mike, dit-elle. On sait tous qu’un objet totalement banal aux yeux d’un tiers peut nous bouleverser personnellement. Les accessoires qu’a utilisés Mike n’avaient rien de particulier en eux-mêmes mais c’est la force qu’ils symbolisent qui compte vraiment. Grâce à eux, on plonge de plain-pied dans l’histoire. »

ABBIE
« Il faut que je m’invente une histoire. »

Dorothea engage Abbie, à qui elle loue une chambre, pour l’accompagner dans l’éducation de Jamie. D’une formidable créativité, cette jeune femme a mené une véritable introspection et tente désormais de retrouver sa place après avoir survécu à un cancer qui a entamé sa foi en l’avenir. Comédienne, scénariste et réalisatrice surtout connue pour ses rôles dans GREENBERG, FRANCES HA et MISTRESS AMERICA de Noah Baumbach, Greta Gerwig a été emballée par le personnage d’Abbie.

« Au départ, c’était difficile de m’imaginer qui pouvait camper le rôle, reconnaît Mills. Mais j’ai ensuite pensé à Greta. Elle connaît le milieu artistique et elle a elle-même quitté Sacramento pour tenter sa chance à New York dans le théâtre expérimental. Mais elle a aussi été touchée par la mélancolie et la part d’ombre d’Abbie. Elle était tellement en empathie avec elle qu’il lui arrivait de pleurer quand on parlait du personnage tous les deux. Elle est drôle et vive tout comme Abbie et elle réussit à exprimer des émotions profondément ancrées en elle. »

La comédienne s’est prise d’affection pour le personnage dès sa lecture du scénario. « J’ai ressenti une proximité immédiate avec elle, se souvient-elle. Je sais ce que c’est d’être originaire de Californie et d’aspirer à frayer dans le milieu artistique newyorkais. Avec son état d’esprit, son côté ténébreux et ses angoisses, elle a l’impression qu’elle n’a pas vraiment sa place en Californie et c’est pour cela qu’elle en est partie. Mais elle a dû y revenir et elle le vit difficilement. »

Si Greta Gerwig est venue à New York pour le théâtre, elle a apprécié de se plonger dans l’univers d’Abbie : le milieu de l’art et de la photographie des années 70, de style délibérément réaliste. C’était la fin d’une période où New York n’avait rien à voir avec ce que la ville est devenue aujourd’hui : les loyers des lofts étaient encore abordables, la criminalité était alarmante, et on assistait à un foisonnement de spectacles d’expression corporelle très physiques, de photographies naturalistes, de tapisseries d’inspiration féministe, de graffitis, de galeries d’art anticonformistes et d’oeuvres écologiques. « C’était galvanisant d’explorer cet univers à travers le regard d’Abbie, relate la comédienne. La danse, la peinture, la musique, la photo et la ‘street culture’ se donnaient rendez-vous à Soho à l’époque et c’était sans doute un spectacle fascinant pour Abbie. »

Greta Gerwig a étudié l’oeuvre de la photographe Cindy Sherman dont les autoportraits où l’artiste se met elle-même en scène fustigent les archétypes de la représentation de la femme dans la culture populaire du XXème siècle. Elle s’est également intéressée à l’artiste féministe Barbara Kruger connue pour juxtaposer ses photos de slogans provocateurs (« Votre corps est un champ de bataille ») et à l’artiste punk Patti Smith qui, parmi d’autres, a exploré l’image du corps de la femme et sa chosification. « C’était une époque où les femmes photographes s’attachaient à leur propre représentation et à l’idée du regard, ajoute la comédienne. Ce que je retiens de ces artistes, c’est un mélange de sexualité, de force et de dureté, mais aussi la farouche volonté de faire en sorte que tout cela vibre dans leur oeuvre de manière incandescente. »
Le réalisateur et la comédienne ont évoqué plusieurs sources d’inspiration pour le rôle, à l’instar de la bassiste androgyne des Talking Heads Tina Weymouth et de la chanteuse Debbie Harry, du groupe Blondie, qui a donné une vision assez sombre de la pin-up. Greta Gerwig précise : « Ce qui était très attirant chez ces filles punk, c’est qu’elles semblaient dire : «Je suis sexy mais ce n’est pas pour vous». Elles n’étaient pas aguicheuses. Leur sensualité avait presque un côté dangereux. Et je crois que ce style punk où les sentiments comptent davantage que le talent résonne très fort chez Abbie. »

Pour s’approprier davantage encore le rôle, Greta Gerwig s’est baladée avec un appareil photo des années 70 pendant des mois et s’est astreinte à ne pas écouter de musique enregistrée après 1978. Puis, elle s’est teint les cheveux avec la coloration temporaire Manic Panic sortie en 1977 qui séduisait les premières femmes punk.

Aussi séduisante et fière soit-elle, Abbie se sent en revanche profondément vulnérable : elle récupère en effet d’un cancer causé par le Distilbène qui modifie son regard sur la sexualité et la maternité. Elle s’est entretenue avec des femmes souffrant de cancer du col de l’utérus et a lu plusieurs ouvrages sur des malades atteintes de tumeurs. « Ces femmes ont eu la générosité de me raconter leur parcours, souligne la comédienne. Ce qui m’a notamment frappée, c’est que le contexte n’était pas du tout le même en 1979 pour les malades : il n’y avait pas de fondation en faveur des personnes atteintes de cancer, ni de mouvements de fierté des survivants. On ne parlait pas de sa maladie en public et c’était même mal vu. Le contexte a vraiment changé. »

Greta Gerwig s’est appropriée les contrastes qui définissent Abbie. « Ce que j’adore chez elle, c’est que son côté indomptable s’accommode très bien de son instinct maternel, dit-elle. Ces deux pôles de sa personnalité ne sont pas exclusifs l’un de l’autre. À ses yeux, Dorothea est une vraie femme indépendante qui a su créer son univers avec ses règles qui lui sont propres. Abbie se sent totalement dans l’impasse à son retour en Californie et je crois que Dorothea lui permet de retrouver un sens à sa vie. »

Quand elle décide de séduire William, Abbie y trouve une autre forme de réconfort, même s’il n’est que fugace. « Au départ, Abbie voudrait emprunter un autre visage avec William parce qu’il lui est trop douloureux d’être elle-même, remarque Greta Gerwig. Elle est très complexée. Mais William, qui est très généreux, souhaite la prendre telle qu’elle est. Elle n’est pas vraiment faite pour William mais leurs moments ensemble sont très beaux. »

JULIE
« Il ne s’agit même pas de bonheur. Il s’agit de force de caractère et de résistance aux autres émotions. »

Si Julie ne vit pas vraiment chez Dorothea, elle y est malgré tout une pensionnaire « clandestine », se faufilant souvent par la fenêtre pour se glisser en pleine nuit dans le lit de son meilleur ami Jamie. Pour ce dernier, Julie correspond totalement à sa vision d’une âme soeur… même s’il se désole qu’elle se dérobe à ses sentiments amoureux. Issue de la libération sexuelle – dont elle connaît pourtant les limites –, elle est aussi la fille d’un psychothérapeute. Autant dire qu’elle est habituée à sonder ses émotions, mais elle a fini par s’en lasser.

« Grâce à Julie, j’ai pu m’attacher à la différence entre un personnage qui a grandi dans un monde habitué à la psychothérapie et une femme comme Dorothea qui est née à une époque où il était normal de cacher ses sentiments, indique Mike Mills. Mais la normalité et la maturité apparentes de Julie ne sont qu’un masque qui dissimulent la personnalité d’un être pas comme les autres. »

Il a confié le rôle à Elle Fanning, 18 ans, à l’affiche de NOUVEAU DÉPART de Cameron Crowe et MALÉFIQUE. Le réalisateur avait le sentiment qu’elle était proche du personnage à plusieurs égards. « Elle est une jeune fille futée, avec les pieds sur terre, et d’une grande maturité si bien qu’on sent qu’elle se laisse guider par son intuition, reprend-il. Elle a un immense talent et elle sait instinctivement comment être dans la sincérité sur un plan émotionnel, ce qui est hallucinant pour une comédienne aussi jeune. Elle a une approche du métier qui me fait penser à celle d’Annette, dans la mesure où elle est parfaitement consciente de l’enjeu de la scène et, dans le même temps, elle sait incarner totalement son personnage en oubliant la caméra. Sa manière de se donner totalement dans chacune des scènes est d’une grande pureté. Pour autant, même si Julie a pas mal de jugeote, Elle a très bien compris que le personnage reste une ado. »

Elle Fanning a ressenti une proximité immédiate avec Julie. « Elle a de multiples facettes, dit-elle. Elle voudrait être une femme mais elle ne sait pas comment s’y prendre et, dans le même temps, elle fait de son mieux pour le dissimuler. J’ai l’impression qu’elle voudrait être perçue comme une sorte d’intello précoce – à la Jodie Foster – et elle s’en rapproche à certains égards mais elle a un côté canaille et peu sûre d’elle. Sans même parler du fait qu’elle est fumeuse compulsive – sans l’avouer. Avec Mike, on a beaucoup évoqué les femmes qui nous ont servi de sources d’inspiration mais notre objectif était d’aller au-delà de l’apparence de ces filles particulièrement séduisantes. »

Habituée à la thérapie de groupe depuis son plus jeune âge, Julie sait ce qu’on ressent quand on est dans une quête de bonheur qui vous échappe ou quand on cherche à percer des secrets à jour. « Julie est très partagée parce que, d’un côté, elle aime garder des choses secrètes comme tous les ados, mais dans le même temps elle est accoutumée à tout raconter pour être analysée, note la comédienne. Elle a réussi à inverser le processus en analysant les autres, et notamment Jamie. Elle a été élevée dans l’idée qu’il était parfaitement normal d’évoquer ouvertement les sentiments les plus intimes de ses interlocuteurs. »

La formidable capacité d’introspection de Julie ne lui est guère utile s’agissant de sa sexualité naissante. Bien qu’elle vive à une époque de libéralisation des moeurs, où le Sida n’existait pas, Julie ne sait pas très bien comment s’y prendre. Elle a donc décidé de marquer une nette séparation entre le physique, l’émotionnel, et l’excitation qu’elle ressent en attirant les garçons. « À ses yeux, le sexe ne se confond pas avec l’amour, souligne Elle Fanning. Elle ne sait pas bien ce qu’est l’amour, mais elle en a une conception fantasmée qui, à mon avis, lui permet de se protéger. Même si elle a beaucoup d’affection pour Jamie, elle ne veut pas gâcher leur amitié en couchant avec lui. D’une certaine façon, elle a peur de perdre leur amitié. »

La comédienne s’est plongée dans la culture de l’époque pour se préparer au rôle. Elle évoque son « immersion » musicale : « Mike m’a fait écouter des dizaines de morceaux de Fleetwood Mac, dit-elle. C’était la musique de Julie. » Elle s’est aussi plongée dans le livre préféré de son personnage, « Le chemin le moins fréquenté» » de Scott Peck, ouvrage de psychologie emblématique de l’époque qui commence par les mots « la vie est difficile » et qui a poussé de nombreux jeunes dans une quête d’épanouissement personnel. « Mike m’a demandé de le lire attentivement et de repérer les passages susceptibles d’intéresser Julie. C’était un travail préparatoire formidable. »

Julie utilise également un nouveau dispositif qui a bouleversé la vie des femmes en 1979 : le tout nouveau test de grossesse à effectuer chez soi. Bien qu’il ait commencé à être mis au point dans les années 60, il n’a été commercialisé aux États- Unis qu’à partir de 1977. La publicité de l’époque promettait alors : « Une petite révolution personnelle accessible à toutes les femmes. » Le réalisateur analyse : « Le test de grossesse à pratiquer soi-même est une étape historique majeure. Le film évoque les difficultés liées à la naissance. Abbie ne peut pas avoir d’enfant. La soeur de Julie est née avec une infirmité motrice cérébrale et Julie a peur de tomber enceinte. La reproduction est une problématique majeure dans le parcours des femmes, que ce soit d’un point de vue historique, politique ou intime. »

Plus tard, Dorothea demande à Julie de jouer un rôle maternel avec Jamie, ce qui l’enthousiasme. Elle Fanning était enchantée de retrouver Annette Bening à qui elle avait donné la réplique dans GINGER & ROSA de Sally Potter. « Ça m’a aidée d’avoir déjà travaillé avec Annette, dit-elle, parce que Julie n’est pas du tout impressionnée par Dorothea et, du coup, je ne l’étais pas avec Annette. Elle vous pousse à donner le meilleur de vous-même et à vous dépasser. Ce qui ne l’empêche pas d’être une femme merveilleuse et une comédienne brillante. C’est la première fois que sur un tournage – en l’occurrence avec sa scène d’anniversaire – je suis émue aux larmes. »

La comédienne appréhendait la séquence où Dorothea tente, en voiture, de pousser la jeune fille dans ses retranchements et finit en réalité par se retrouver elle-même sous le feu nourri de questions personnelles sur sa vie amoureuse. « Je savais que cette scène serait vraiment à part et, heureusement, on l’a tournée vers la fin, avoue Elle Fanning. Du coup, je me sentais vraiment à l’aise. Annette a une grande force de caractère et Julie n’a pas peur de Dorothea et c’est l’occasion pour elle de l’affronter en face-à-face. »

Annette Bening ajoute : « Elle est une jeune femme exceptionnelle mais ce qui m’a plu, c’est que le personnage qu’elle a créé ne lui ressemble pas totalement. Julie est une dure à cuire mais elle se révèle bouleversante parce qu’elle est vraiment en quête de quelque chose. Je la trouve provocatrice, drôle et touchante. J’ai aussi le sentiment que leur type de relation est inédit au cinéma. Elles sont toutes les deux susceptibles mais elles s’admirent mutuellement et se méfient l’une de l’autre. »

Elle Fanning a noué un vrai lien avec Greta Gerwig : « On était très proches pendant le tournage, affirme-t-elle. C’est un être humain fascinant – créatif et cool – et ça tombait très bien parce que c’est exactement ce que ressent Julie à l’égard d’Abbie. »

Si Julie voit très peu William, la jeune comédienne a malgré tout ressenti une proximité avec lui qui se passait de mots. « Il incarne une version masculine plus âgée de Julie, explique Elle Fanning. Tout comme elle, il ne comprend pas grand chose à l’amour et ce sont tous les deux des âmes en peine. Billy a été formidable et m’a inspirée. »

La jeune actrice a été séduite par la direction d’acteur de Mike Mills qui procède par étapes. « Il organisait des mini-séances de travail entre moi et Lucas, moi et Greta, moi et Annette, dit-elle. C’était un travail psychologique avant tout et nous devions nous raconter ce que nous faisions quand on était gamins, ce qui nous a considérablement rapprochés. Je me sentais totalement en confiance avec Mike pour raconter des détails personnels, sans doute en partie parce qu’il me confiait aussi des choses personnelles et qu’on avait le sentiment d’être deux potes qui discutaient. Il n’a pas oublié l’ado qu’il a été, il a gardé intact sa capacité d’enthousiasme et il tenait à ce que ce film soit une déclaration d’amour à sa mère. Je pense qu’on peut entendre les battements de son cœur dans ce film. »

WILLIAM
« Je me dis toujours que cette nouvelle relation va avoir plus d’importance qu’elle n’en a en réalité, mais ce n’est pas le cas. Et je me dis alors que la prochaine comptera davantage, ou encore celle d’après. »

Le seul personnage adulte masculin du film est William : homme à tout faire, il rénove la maison de Dorothea dont il devient une figure familière. Si Dorothea le considère tout d’abord comme un père de substitution pour Jamie, celui-ci n’a guère d’affinités à son égard. En revanche, les femmes projettent leurs désirs sur lui.
Pour Mike Mills, William s’inspire très précisément des anciens hippies qui tentaient difficilement de retrouver une place à l’aube des années 80. « William fait partie de ces hommes attirés par la contre-culture des années 60 mais qui se sont rendu compte que cela ne leur suffisait pas pour construire leur vie et vers la fin des années 70, il a perdu ses repères, note le réalisateur. C’est une époque où les hommes n’étaient plus sûr d’eux. Il n’y avait plus de Bogart en 79. Même Carter est le président le plus introverti et le plus vulnérable des États-Unis. »

Billy Crudup, à l’affiche de SPOTLIGHT et de PRESQUE CÉLÈBRE de Cameron Crowe, campe ce personnage à la fois drôle et tendre. « Tous les comédiens ne seraient pas à l’aise dans les situations où se trouve William, mais Billy est l’un des rares qui n’a peur de rien, s’enthousiasme Mills. Il fait de William un homme doux et gentil, un peu perdu et qui a du mal à s’exprimer. Billy bégaie un peu et s’interrompt quand il parle, accréditant l’idée d’un homme taiseux sur lequel tout le monde projette des choses. En outre, il avance lentement comme s’il était dans le brouillard. Il est passif mais il sert d’aiguillon à tous les occupants de la maison. »

L’acteur a travaillé les nuances du personnage : « Mike avait pas mal d’idées sur William mais nous avons réfléchi ensemble pour l’ancrer dans la réalité, indique Crudup. Il m’a raconté qu’il y avait toujours un type chez sa mère, qui était soit homme à tout faire, soit ouvrier du bâtiment, mais dans le film William est celui que choisit Dorothea comme figure masculine pour Jamie. Elle n’a qu’un seul but : permettre à son fils de traverser une période difficile de sa vie qui est aussi une période difficile pour les États-Unis. »

Symbole d’une masculinité en pleine mutation, William n’était pas un personnage simple à camper avec réalisme. « William est censé être un symbole et ce n’est jamais facile à jouer, note Crudup. Il fallait donc qu’on ait des détails précis sur lui pour en faire un personnage concret et avec Mike on a passé pas mal de temps à définir son passé. On s’est longuement demandé pourquoi ce type aime se compliquer la vie avec toutes ces femmes mystérieuses, élégantes et complexes autour de lui. »

Au moment du tournage, Crudup était encore plus emballé par le rôle. « Je ne voulais plus m’arrêter de jouer le personnage, ce qui n’est pas toujours le cas, avoue-t-il. Parfois, même quand on adore un personnage, il peut s’avérer lassant à la longue mais pas William. Je pense que c’est parce qu’il appartient totalement à son époque et qu’il est paumé. Du coup, chaque journée de tournage réservait son lot de surprises. J’étais également très intrigué par la souffrance que dissimule sa douceur et par son manque d’ambition. Il n’a plus d’ambition au sens classique du terme mais il n’a pas baissé les bras. Il tente toujours d’aimer et d’être aimé et c’est ce qui est très touchant chez lui. »

Le mélange de placidité et de compassion ajoute au charme du personnage. « Derrière son visage avenant se cache un homme en souffrance qui attend qu’on vienne l’aider à construire son identité, reprend-il. Mais dans le même temps, il est ouvert à toutes les situations qui se présentent. Il est prêt à pousser la porte de toutes les chambres de la maison, sous n’importe quel prétexte, pour voir ce qui peut arriver. »
À commencer par la chambre de Dorothea. « Il trouve son mélange de fragilité et de force galvanisant, commente Crudup. C’est une femme qui n’hésite pas à mettre les mains dans le cambouis et à réparer des choses – et c’est un point très positif à ses yeux. C’est aussi la seule femme qui l’a reconnu pour ce qu’il est. »

Crudup remarque que le climat régnant dans le pays fait écho à sa quête d’identité : « Mike a vraiment choisi l’époque la plus marquante pour explorer l’état d’esprit, sexuel et personnel, qui domine chez Dorothea, dit-il.»La crise d’identité de la nation à la fin des années 70 a façonné la culture ambiante. Ça a plongé beaucoup de gens dans la dépression. »

Avec Abbie, elle-même en pleine dépression, William joue un rôle de catalyseur : en étant le premier homme à coucher avec la jeune femme depuis son cancer, il se met en danger sur un plan intime. « Abbie s’imagine qu’il est le type idéal pour la ramener dans le monde des vivants, souligne Crudup. Il se prend alors au jeu, sans se soucier des raisons pour lesquelles ils ne peuvent pas former un couple. »

Crudup a beaucoup apprécié de pouvoir travailler avec ses mains, comme s’il s’agissait pour William d’un refuge dans un monde de plus en plus envahi par la technologie. « Je n’ai jamais été très fort en mécanique si bien que j’ai passé quelques jours à me renseigner sur les moteurs de voitures, et j’ai ensuite travaillé avec des menuisiers et un céramiste, explique l’acteur. C’était comme un apprentissage en accéléré et j’adore ça sur les tournages. »

JAMIE
« Veuillez excuser l’absence de Jamie en cours ce matin : il a travaillé comme bénévole pour les sandinistes. »

Le film adopte le point de vue de Jamie, permettant au spectateur de porter sur ce monde un regard propre à l’adolescence – ce moment de l’existence où, plus qu’à tout autre âge, on exprime davantage ses émotions, on est plus en proie au doute et on aime la vie passionnément. Comme beaucoup de garçons de son âge, Jamie est en quête d’identité – mais il est sans doute l’un des seuls à être guidé par des femmes de générations et de parcours différents, à commencer par sa mère qu’il adore mais qu’il ne comprend pas du tout. Mike Mills a confié au débutant Lucas Jade Zumann un rôle qui fait écho à sa propre jeunesse. Pour autant, le réalisateur ne voulait pas d’un acteur qui lui ressemble. « Ce n’est pas ma propre personne qui m’intéresse, confie-t-il. Du coup, j’aime bien le fait que Lucas ne me ressemble pas du tout. En revanche, il se retrouve dans ma situation à l’époque – moi qui étais skateur, punk et entouré de toutes ces femmes – d’une manière différente de la mienne. Lucas est étonnamment réfléchi pour un ado de 14 ans, et du coup il est parfaitement crédible en jeune homme extrêmement observateur, qui a vraiment envie de connaître ces femmes gravitant autour de lui. Il campe Jamie en ne faisant de lui ni un macho, ni un intello constamment fourré dans ses livres, ni un garçon souffrant de mal-être. »

Zumann a lui-même été fasciné par le contexte du film. « Jamie est à un moment de sa vie où il cherche à devenir un homme mais sans figure masculine à laquelle s’identifier, dit-il. Au contraire, il vit dans une maison entouré de femmes qui tentent de lui donner des repères et c’est à partir de là qu’il doit affirmer sa masculinité. »

Bien que sa vie n’ait rien à voir avec celle de Jamie et que Zumann n’ait jamais été punk et ne s’intéresse pas à la littérature féministe, il a été immédiatement sensible à la quête d’identité de son personnage. « Ce qui est formidable dans l’écriture de Mike, c’est qu’elle nous touche de manière intime et qu’on s’attache au moindre personnage », dit-il. Cependant, le jeune acteur tenait à s’inspirer de Mills : « Quand il s’adressait aux acteurs, j’écoutais ce qu’il disait mais dans le même temps je l’observais et prenais des notes, plaisante-t- il. J’espère sincèrement qu’on retrouve un peu de Mike à travers Jamie. Bien sûr, il ne lui ressemble pas – et nous avons d’ailleurs évoqué leurs différences – mais je voulais faire de mon mieux pour camper ce merveilleux artiste quand il était jeune. »

S’il y a bien un point commun entre Zumann et Jamie, c’est leur passion pour le skate-board. Le comédien a ainsi bien compris pourquoi il s’agit du moyen de s’évader privilégié du garçon. « Au cours des répétitions, Greta – à la demande de Mike – m’a interrogé sur mon goût pour le skateboard et je me souviens de lui avoir répondu : «J’ai l’impression d’être dans une petite bulle quand je me déplace sur cette planche de bois – je passe à côté de tous ces gens sans les juger», se remémore-t-il. Je pense que c’est aussi mon cas. »

Pour plonger Zumann dans une époque qu’il n’a évidemment pas connue, Mills lui a envoyé une énorme boîte remplie d’objets emblématiques des années 70. « J’ai passé une semaine à lire «The Cultural Dictionary of Punk» tout en regardant des documentaires et des clips punk de ces annéeslà », indique-t-il. Il s’est aussi entretenu avec sa grand-mère, elle-même adolescente dans les années 70. « C’était formidable de discuter avec quelqu’un qui a connu cette époque et qui a pu m’en parler concrètement. »

Le plus difficile restait à trouver l’équilibre dans la relation à la fois affectueuse et difficile avec Annette Bening. Mais Zumann a été surpris dans le bon sens : « Je me souviens qu’en voyant les noms de mes partenaires, j’ai été impressionné et me suis demandé comment être à la hauteur, reconnaît-il. Mais le courant est immédiatement passé entre Annette et moi et on a instinctivement senti qu’on était mère et fils. Elle m’a tout de suite appelé «petit» et je l’ai appelée «madame». Chose amusante : j’avais plus de rapports maternels avec Annette que n’en a Jamie dans l’histoire, mais c’est tout l’enjeu du film et on a réussi à trouver des moments de proximité qui consolident les liens entre Jamie et Dorothea. »

« Lucas est un garçon charmant et j’ai été ravie qu’on ait pu avoir une relation aussi franche et surprenante, confie Annette Bening. Ce n’est pas un ado comme les autres et c’est ce qui explique que Mike l’ait engagé pour le rôle de Jamie. J’ai beaucoup appris à son contact parce qu’il a encore cette pureté dans son jeu d’acteur que nous essayons tous de conserver… » Zumann a longuement réfléchi aux attentes de Jamie vis-à-vis de sa mère, même si elles ne seront jamais satisfaites. Il était particulièrement conscient de leur profond écart générationnel. « Comme tous les jeunes, il aspire à une relation forte avec sa mère, dans laquelle il ne se sente pas mal à l’aise, mais ils ont du mal à y parvenir. Ils ont grandi dans des mondes et à des époques extrêmement différents. Par moments, on dirait qu’ils ne parlent pas la même langue. Mais ce que je trouve formidable, c’est que si certains spectateurs s’identifieront à Dorothea, et d’autres à Jamie, Mike apporte un éclairage intelligent sur ces deux générations. » Il a également été sensible à la relation entre Jamie et Julie qui n’a rien d’une banale histoire d’amour adolescente – même si le garçon aimerait qu’il en soit autrement. « J’ai le sentiment que Jamie considère Julie comme beaucoup plus mûre que lui, et il lui envie cette qualité, analyse le comédien. Le plus drôle, c’est que l’objectif de Dorothea, c’est qu’il apprenne au contact de la jeune fille – et c’est ce qui se passe ! Elle lui en apprend énormément sur les femmes et sur lui. Pour autant, elle n’est pas encore adulte, aussi mûre qu’elle paraisse, et Elle a formidablement joué ce contraste. »

Les plus belles scènes tournées par Zumann se passent de dialogue et sont merveilleusement cinématographiques. En témoignent les séquences où il danse avec Abbie comme si personne ne les observait. Un souvenir mémorable pour le jeune acteur : « Mike a eu l’excellente idée de ne jamais me laisser regarder le combo, dit-il, amusé. Il était conscient qu’il ne fallait surtout pas que je me sente gêné, même si ce n’était pas vraiment possible. J’ai essayé de puiser dans mes souvenirs d’enfance : je me souviens par exemple que j’écoutais du Billy Idol pendant que je dansais dans ma chambre et que je jouais de la guitare. Je me souviens de m’être senti libre et seul au monde, comme si plus rien d’autre n’avait d’importance. »
Au bout du compte, Zumann explique que son univers a basculé pendant le tournage, mais de manière subtile et intime. Il confie : « Je crois que ce film m’a permis de grandir, de réfléchir sur moi-même et sur la vie – et j’espère qu’il en sera de même pour les jeunes de mon âge : ils se sentiront peut-être moins seuls et s’accepteront peut-être davantage comme ils sont… »

LA SCÈNE PUNK
« Ils ne se rendent pas compte que c’est la fin du punk. Ils ne se rendent pas compte que Reagan s’apprête à être élu, avant Bush et Clinton… C’est impossible, à cette époque, d’envisager que la séropositivité et le Sida vont bientôt déferler, comme il est impossible d’imaginer le micro-ordinateur, les figures acrobatiques au skate-board, l’Internet… »

En 1979, la culture du punk-rock – considérée par certains aussi bien comme un état d’esprit que comme une forme d’art, de musique, de littérature et de mode vestimentaire anarchique et formidablement expressive – sortait enfin de la clandestinité pour toucher les banlieues américaines. Alors que le monde se préparait à des bouleversements majeurs, la musique populaire connaissait sa première grande révolution depuis l’avènement du rock’n’roll.

Si ses origines sont sujettes à caution, le punk s’est imposé comme un courant culturel « underground » florissant au milieu des années 70 dans les clubs les plus radicaux de New York et les quartiers déshérités de Londres. En effet, les jeunes qui avaient perdu leurs illusions exprimaient ainsi leur lassitude et leur frustration à l’égard de la contre-culture des années 60 : mettant en pièces les emblèmes de la génération précédente, ils remplaçaient les injonctions au « peace and love » par des accès de rage, une apologie du chaos et la revendication d’une « absence de perspectives d’avenir ». Radicalement hostile au consumérisme érigé en mode de vie et préférant la vitalité à la virtuosité, le punk est devenu un pôle de stabilité pour beaucoup de jeunes et notamment pour les marginaux partout dans le monde. Ce courant culturel favorise la débrouille, exalte l’altérité et se teinte parfois d’engagement politique. En Californie, le punk trouve sa propre expression, s’épanouissant à Los Angeles et dans l’Orange County. Alors qu’émergent le « hardcore » et le « surf punk », à l’instar de l’emblématique Black Flag en 1979, des rivalités divisent les partisans de groupes plus sophistiqués et ceux qui, à l’inverse, sont séduits par ces nouveaux venus plus agressifs.

Pour Mike Mills, qui a grandi dans la petite ville bien sage de Santa Barbara, la découverte du punk a été à la fois une révélation et un moyen psychédélique d’exprimer ses émotions. « Pour moi, l’énergie du punk était euphorisante, dit-il. J’avais le sentiment de me précipiter vers la liberté les yeux fermés. Je me souviens que, du jour au lendemain, j’ai abandonné Elton John pour les Clash ! L’art ne m’avait pas procuré beaucoup d’émotions avant que je ne découvre ce courant musical. Je voulais que cette énergie et cet élan vital soient au cœur du film. »

Le réalisateur se souvient aussi des oppositions entre fans de différents groupes qui ont marqué la culture punk californienne. « On m’a traité de snob », se rappelle-t-il. Tout comme Jamie, qualifié ainsi parce qu’il aime le groupe exigeant et haut de gamme Talking Heads. « On m’a balancé ça au visage parce que j’appréciais les Talking Heads, Bauhaus et Joy Division. C’était une époque où on pouvait en venir aux mains si on disait haut et fort qu’on aimait tel ou tel groupe. »

Ce phénomène est incompréhensible pour Dorothea pour qui la musique est romantique et source de sérénité. En revanche, Abbie se sert de la musique comme moyen d’apprentissage pour Jamie : elle lui fait découvrir les aspects plus secrets et féminins du punk à travers les groupes anglais entièrement composés de femmes The Raincoats, et Siouxsie and the Banshees qui façonnaient un courant culturel à part entière.

L’esthétique du film s’inspire de la passion du punk pour le collage – pour cette propension à déchirer, puis à réunir des éléments de notre quotidien pour créer une composition pleine de connotations et de sens cachés. Mills a parcouru les archives photographiques de l’époque pour les photos documentaires qu’on aperçoit dans le film, de Joe Strummer au grand artiste punk de Los Angeles Darby Crash. « La musique est un personnage à part entière dans 20TH CENTURY WOMEN et on y entend toutes sortes de registres musicaux, observe le réalisateur. Mais à mes yeux, il s’agit avant tout d’un film punk, à la fois dans sa narration et ses contradictions humaines. »

LE DISCOURS DU « MALAISE »
« L’identité de l’homme ne se définit plus par ses actes mais par ses possessions matérielles. Pourtant, nous nous sommes rendu compte que la propriété et la consommation ne satisfont pas notre quête de sens. »Jimmy Carter

À mi-chemin du film, les personnages s’adonnent à un rite typique de la fin du XXème siècle : ils se réunissent devant la télévision pour écouter le discours de Jimmy Carter. Cette allocution – surnommée par la suite « discours du malaise » ou « discours de la crise de confiance » – a été prononcée le 15 juillet 1979, vers la fin du mandat chaotique de Carter. Témoignant d’une candeur sans précédent pour un président – choquante aux yeux de nombreux observateurs –, Carter regrette que son pays soit autant focalisé sur ses « plaisirs immédiats et son obsession du consumérisme», se livre à son autocritique et indique qu’il s’inquiète du fait que, face à la crise, la nation a perdu « toute communauté de vues ». Grâce à ce discours, sa cote de popularité grimpe mais quelques jours plus tard, il exige la démission de la plupart des membres de son gouvernement : les Américains sentent que sa présidence est en pleine déliquescence.

Pour Mike Mills, le discours du malaise était un moment opportun pour que les pensionnaires de la maison de Dorothea se rapprochent. « Cette allocution semblait refléter une crise d’angoisse palpable dans le pays – le sentiment que la vie ne pouvait plus continuer comme avant. Et elle intervient au moment où Dorothea et Jamie se sentent au bout du rouleau, remarque-t-il. Ce qui m’a plu, c’est de pouvoir esquisser la réalité affective de mes personnages sur une toile de fond historique. Ce que j’aime également dans ce discours, c’est qu’il serait quasi inenvisageable aujourd’hui mais qu’il est précurseur à de très nombreux égards de ce qui s’est passé par la suite. Il n’y a qu’à cette époque que les discours politiques pouvaient être aussi visionnaires. »

SANTA BARBARA
« Quitte cette ville sinon tu finiras comme vendeur de lunettes de soleil. »

Tous les éléments de 20TH CENTURY WOMEN – la culture punk, la culture du skate-board, la contre-culture sur le déclin, le mélange de classicisme et de mode de vie bohème de Dorothea et l’atmosphère de liberté qui règne à Santa Barbara et dans la vieille maison défraîchie de la protagoniste – se retrouvent dans le style visuel du film.

Le réalisateur souligne que Santa Barbara n’était pas la même en 1979. Il s’agissait déjà d’une station balnéaire relativement cossue à la météo toujours clémente, mais pas encore de la ville très chic qu’elle est devenue aujourd’hui. « Quand j’étais gamin à Santa Barbara, le mot «Yuppie» n’existait pas et les gens n’affichaient pas leur réussite matérielle de la même façon, dit-il. Oprah n’habitait pas là. C’était une petite ville tranquille et sans grand intérêt, faisant surtout penser à GREY GARDENS. Il y avait des familles installées là depuis longtemps qui n’avaient presque plus d’argent, beaucoup de maisons délabrées et de bâtiments en piteux état. C’est un lieu qui fait écho à l’intrigue du film. À Santa Barbara, les gens de la classe moyenne se mélangeaient aux plus fortunés, alors qu’aujourd’hui, les habitants sont soit extrêmement riches, soit très pauvres. »

Mills a travaillé en étroite collaboration avec son équipe – le chef-opérateur Sean Porter (KUMIKO, THE TREASURE HUNTER, GREEN ROOM), le chef-décorateur Chris Jones (HENRY’S CRIME), la chef-costumière Jennifer Johnson (BEGINNERS) et la chef-monteuse citée à l’Oscar Leslie Jones (RULES DON’T APPLY, THE MASTER, LA LIGNE ROUGE) – pour mettre au point un climat vivant, donnant le sentiment que le spectateur débarque directement dans la vie des personnages en pleine tourmente.

Cherchant à imprimer au film un rythme et une énergie punk – tout en apportant un soin particulier à la composition des plans –, Mills a fait part à Sean Porter de son intention de multiplier les mouvements d’appareil. Il note : « On a disposé des rails un peu partout dans la maison afin que la caméra puisse se déplacer dans toutes les directions et on a tourné des séquences d’une grande complexité. » Pour lui, le mouvement n’est pas seulement physique, mais métaphysique. « J’aime les films qui sont structurés tout en réservant des effets de surprise et ce qui me plaît, ce sont les contrastes, en passant rapidement d’une scène drôle à une scène triste, d’un moment où les comédiens sont statiques à un autre, plus inattendu », reprend-il.

Porter et Mills ont aussi choisi de tourner en Scope et d’utiliser le maximum de lumière naturelle. « J’aime le rendu des éclairages naturels au cinéma, constate le réalisateur. Je trouve qu’ils mettent en place un espace crédible et qu’ils ont une incidence sur la vraisemblance du jeu des acteurs. Cela fait vraiment partie de l’esprit même du film. »

Le chef-décorateur a déniché la maison de Dorothea – personnage à part entière – dans le quartier de West Adams de Los Angeles car c’est là un genre d’architecture qui n’existe presque plus à Santa Barbara. Mills souhaitait trouver une propriété patricienne mais désormais délabrée et en pleine rénovation. « On a beaucoup parlé de la maison, qu’il s’agisse de sa taille, du sentiment qu’elle menace de s’effondrer sur ses occupants et de son réalisme, précise Jones. Mais le plus important, c’est qu’on se dise que cette maison recèle des trésors – rien qu’à voir toutes ces fissures et tous ces défauts, on sent qu’il s’agit d’un lieu chaleureux et chargé d’histoire. Quand on a trouvé la maison, on a fait en sorte de donner à chaque chambre le style de son occupant. »

Un mot revient régulièrement sur les lèvres de Jones en parlant des décors : la sédimentation. C’est ce qui donne à la maison de Dorothea son atmosphère accueillante : elle réunit plusieurs « couches » d’objets de chacun de ses pensionnaires, traduisant leurs obsessions les plus intimes. Il s’agissait aussi de ponctuer la maison d’objets issus de la propre histoire de Mills – et de certains accessoires aperçus dans BEGINNERS : « Il y a le couvre-lit de mes parents dans la chambre de Dorothea, leurs chaises et quelques-uns de leurs tableaux, note Mills. Ce sont des notations discrètes mais qui imprègnent la maison d’une touche de cette inexplicable magie propre aux origines. »

Pour le chef-décorateur, cette démarche était à la fois une aubaine et un défi. « Comme ce film puise dans l’intimité de Mike, la vraie difficulté consistait à comprendre ce qu’il a en tête et le concrétiser, sans me contenter d’une simple évocation de ses souvenirs. Bien entendu, il faut aussi se rappeler que Mike est aussi graphiste. Il est obsédé par les couleurs et par l’évolution de certains objets en symboles – c’est aussi l’un des thèmes du film. »

S’est également posée la question de savoir comment aborder une époque qui a souvent donné lieu à un traitement kitsch au cinéma. Mills souhaitait une approche plus frontale et propre à ses personnages. « Je ne voulais pas qu’ils aient l’air d’être des caricatures des seventies, affirme le réalisateur. J’ai privilégié des décors sobres tout en étant caractéristiques de l’époque. Beaucoup d’objets qu’on voit dans la maison datent d’avant les années 70 puisqu’ils remontent à la jeunesse de Dorothea. » « Le style du film n’est pas immédiatement identifiable à l’époque car il s’agit moins d’évoquer les seventies que le point de vue personnel de Mike sur cette décennie, relève le chef-décorateur. On a pas mal travaillé ensemble. Avec notre décorateur de plateau, on proposait à Mike des objets issus de magasins d’accessoires et de catalogues, et il en refusait davantage qu’il n’en acceptait, mais ce n’était pas un problème pour nous parce qu’au fil du temps, on a réussi à comprendre ce qu’il voulait et à resserrer nos propositions. » On découvre l’aménagement de la maison quand Julie y débarque pour la première fois. « C’était très intelligent de la part de Mike et Sean Porter de montrer Julie en train de déambuler à travers la maison car c’est un moyen d’esquisser la cartographie du film, souligne Jones. Ce qui nous a séduit dans cette propriété, c’est qu’on peut voir une pièce à partir d’une autre et on a renforcé ce dispositif avec nos choix de matières et de plantes. »

Lui-même affichiste, Mills était particulièrement intéressé par les œuvres ornant les murs de la maison et d’autres décors. Sur le lieu de travail de Julie, on découvre des affiches de Maxfield Parrish, dont les lithographies aux couleurs vives étaient prisées des Américains tout au long du XXème siècle. On aperçoit aussi des affiches de style Art Nouveau d’Alphonse Mucha, ou encore des lithographies inspirées de Marimekko. « Elles évoquent une époque antérieure à l’avènement du numérique et de l’Internet », précise Mills.

Pour la chambre de Dorothea, Jones a privilégié des objets des années 60 et du début des années 70 et des teintes douces dans les gris. Pour reconstituer le bureau d’architecte où elle travaillait comme dessinatrice industrielle, Jones a investi un vieil hôpital, aménageant les pièces au style ultra-minimaliste de tables à dessins d’une autre époque.

Les chambres d’Abbie et de Jamie sont aux antipodes de ces décors. «1979 était une année de changements majeurs, mais je pense aussi qu’elle marque un tournant dans la mesure où les gens des générations précédentes étaient obligés de voir le monde dans lequel vivaient leurs enfants d’un autre oeil. Pour eux, c’était un coup difficile à encaisser, souligne Jones. Par conséquent, surtout dans la chambre d’Abbie, on remarque pas mal d’influences punk, entre ces vermillons tendance, ces bleus sarcelle et ces couleurs qui font déjà très années 80. » En outre, Jones a créé les photos censées avoir été prises par Abbie au cours de ses expériences artistiques. « On a passé tout un après-midi à photographier des objets dans le style d’Abbie », ajoute Jones, amusé.

La chambre de Jamie est plus vide – et pas seulement parce qu’il appartient, comme l’a surnommée la chanson de punk rock de Richard Hell and the Voidoids, à la « génération vide ». Le chef-décorateur s’explique : « Jamie apprécie l’esthétique punk très dépouillée, mais il ne peut pas non plus s’investir outre-mesure dans la déco de sa chambre car tout évolue constamment dans cette maison et qu’il ne sait jamais quel projet de rénovation sa mère va avoir. Du coup, il se contente d’un matelas à même le sol, qui fait écho à l’idée qu’il est très influençable et qu’il se cherche encore. Je trouve que c’est propre aux chambres de garçons. Les filles sont plus mûres et ont un point de vue plus arrêté sur leurs centres d’intérêt. Mais les garçons restent dans cet état de vacuité jusqu’à ce qu’ils soient bousculés par un phénomène dynamique et galvanisant comme le punk… ou par l’arrivée d’une fille dans leur vie ! »

C’est d’ailleurs Julie qui introduit la couleur dans la chambre de Jamie, à travers les créations de la chef-costumière Jennifer Johnson. « Dès que Julie apparaît, elle porte des couleurs extrêmement audacieuses et acidulées, souligne Jones. Elle insuffle à la chambre de Jamie un tout autre regard sur la vie. » Jones a été particulièrement sensible à la création du club punk de Santa Barbara, ayant lui-même été initié à la culture punk à un très jeune âge. « Dans les années 80, j’ai été nourri à la musique post-punk et j’ai moi-même découvert ce style alors que j’habitais une petite ville – on pensait moins à faire la révolution qu’à apprendre à réfléchir sur le monde d’une autre façon, indique Jones. En 1979, les clubs punk se trouvaient surtout dans des caves et des bars miteux et on a dégoté un bar formidable pour le club de Santa Barbara qui avait déjà les couleurs qu’on voulait. Mike y a ajouté des portraits de poètes français comme Rimbaud et Baudelaire, et j’y ai moi-même fixé un néon rouge vermillon pour être dans une cohérence chromatique et donner un véritable éclat au lieu. »

LES LIVRES
« Voilà quelques livres de mon cours sur le féminisme. Je me suis dit qu’ils pourraient t’intéresser. »

Quand les pensionnaires de la maison de Dorothea n’écoutent pas de musique, il leur arrive fréquemment de lire – d’authentiques ouvrages de papier imprimé, écornés et soulignés. En 1979, personne n’aurait pu se douter que le livre, comme d’autres objets de l’époque, deviendrait en l’espace de quelques décennies une espèce en voie de disparition, menacée par l’avènement de l’électronique. Mais à l’époque où Mike Mills était enfant, on trouvait son identité ou on cherchait sa voie grâce à la lecture et le réalisateur a soigneusement choisi les livres aperçus – et cités – dans le film.

Dorothea lit « Les garennes de Watership Down » de Richard Adam, roman de 1972 devenu culte autour d’une bande de lapins tentant d’échapper aux hommes pour reconquérir leur liberté, ou encore « Le choc du futur » (1970) d’Alvin Toffler, affirmant que la société américaine connaissait une mutation structurelle majeure en s’orientant vers le « super-industrialisme » qui plongerait la population dans un état de stress, d’absence de repères et de solitude.

Bibliophile, Julie lit « Pour toujours» » (1975) de Judy Blume, roman sur la sexualité adolescente, « Le fléau » (1978), thriller apocalyptique de Stephen King, et « Le chemin le moins fréquenté », best-seller de psychologie de Scott Peck. Dans le film, elle cite les conseils de Peck : « De toutes les idées fausses sur l’amour, la plus forte et la plus répandue est celle selon laquelle l’amour revient à tomber amoureux. » De son côté, Abbie lit « Sur la photographie » (1977) de la philosophe féministe Susan Sontag, recueil d’essais sur l’impact de l’image photographique sur la société. Elle y écrit de manière visionnaire : « L’omniprésence d’appareils photo suggère avec force que le temps est constitué d’événements intéressants qui méritent d’être photographiés. »

Jamie trouve des réponses à ses questions dans les ouvrages sur le féminisme que lui prête Abbie. Il s’intéresse ainsi à « Our Bodies, Ourselves» », publié pour la première fois en 1971 par le collectif de Boston Women’s Health Book, appelé à devenir l’ouvrage de référence sur la sexualité féminine. Il découvre aussi « Sisterhood Is Powerful: An Anthology of Writings From The Women’s Liberation Movement », compilé par Robin Morgan en 1970, qui s’est imposé comme le manifeste passionné de toute une génération. C’est à partir de ce recueil que Jamie cite l’essai fondateur « The Politics of Orgasm » de Susan Lydon (d’abord paru dans le magazine radical Ramparts), chroniqueuse à Rolling Stone, à Dorothea. Il espère en effet qu’avec cette référence sa mère pourra enfin s’ouvrir à lui, mais elle se contente de détourner le regard.

LA COMMUNAUTÉ DE 20TH CENTURY WOMEN
« C’est là que ça devient vraiment difficile. Et puis, ça s’améliore et ça redevient difficile. »

Pour mettre au point l’atmosphère d’une étonnante authenticité du film, Mike Mills a poussé ses acteurs dans leurs ultimes retranchements. Si son style dégage une sensibilité postmoderne, le cinéaste apprécie la dimension « artisanale » de la mise en scène, tout particulièrement pour ce projet qui s’inspire de l’esthétique punk adepte de la débrouillardise. Le réalisateur aime tourner dans la continuité chronologique et organiser de traditionnelles séances de répétitions intensives. Il jette ainsi les bases d’un récit intime à partir de relations éphémères – entre comédiens et entre leur vie personnelle et les thèmes du film – avant de tourner. Il a donc réuni les acteurs deux semaines avant le début du tournage et leur a proposé des jeux et des exercices et les a soumis à des entretiens. « J’aime mettre en place une ambiance de travail très riche», dit-il.

Le cinéaste a brisé la glace entre les comédiens en restant cohérent par rapport à l’intrigue : il a organisé des déplacements à Santa Barbara et des soirées dansantes où chaque interprète était invité à apporter une musique en lien avec son personnage. Annette Bening est venue avec des standards des années 30 et 40 ; Greta Gerwig avec des morceaux des Talking Heads et de David Bowie ; Billy Crudup avec des chansons folk ; Elle Fanning avec du Fleetwood Mac ; et Lucas Zumann avec plusieurs titres de punk qu’il venait de découvrir. Quel que soit le genre musical, ils ont tous dansé. « Les scènes de danse qu’on voit dans le film sont réellement nées comme ça, signale Mills. C’est devenu une manière de tisser des liens entre eux et il est évident que quelque chose de viscéral s’est produit à ce moment-là. »

Comme l’affirme Greta Gerwig : « Il n’y a rien de plus gênant que de danser en plein jour avec cinq parfaits inconnus. Et pourtant, ces séances ont été organisées tellement en amont qu’elles nous ont permis de nous sentir à l’aise les uns avec les autres. C’était une manière efficace de se sentir vraiment détendu. »

Tout au long des répétitions, les comédiens, conscients qu’il s’agit d’une histoire très personnelle, ont posé des questions à Mills : « La générosité de Mike a été déterminante, assure Crudup. Il nous racontait ses anecdotes et parlait du film d’une manière si élégante et tendre qu’on a tous eu envie de contribuer à raconter cette histoire à travers son regard. » « Mike nous a jeté un sort, s’amuse Greta Gerwig. C’est l’un des réalisateurs les plus bienveillants et sensibles avec qui j’ai travaillé. Il se mettait parfois même à pleurer derrière le combo tellement il était ému par les personnages. J’ai vraiment eu l’impression de m’initier à une nouvelle direction d’acteur. Il est très respectueux de l’intégrité de chacun. Et il passait son temps à passer de la musique. Certains jours, il faisait venir un violoncelliste qui jouait pendant que les techniciens préparaient des scènes complexes avec travellings. On avait constamment le sentiment qu’un événement se produisait et que le film naissait de ces événements. Mais si ce dispositif peut sembler le fruit du hasard, il exige en réalité une discipline de fer et beaucoup d’habileté. »

Le mot de la fin revient à Annette Bening : « Grâce à l’atmosphère que Mike instaure, on a envie de se donner à fond pour concrétiser sa vision du film. C’est un homme généreux qui a une belle âme et je trouve que ces qualités imprègnent le film. Il est d’une grande douceur, ce qui ne l’empêche pas d’être un artiste pugnace qui a beaucoup à dire. Sa vie, son regard sur le monde et ses goûts se retrouvent dans le film. Rien n’était laissé au hasard – jusqu’au moment où il s’apprêtait à dire « Moteur ! » C’est là que la situation devenait palpitante – car il y avait alors une part d’inattendu qui séduit Mike. C’est ce je-ne-sais-quoi qu’on ne peut définir mais qui finit par toucher le spectateur en plein cœur. »

 
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