lundi 9 janvier 2017

UN JOUR MON PRINCE


Comédie/Un film frais, mignon et rigolo

Réalisé par Flavia Coste
Avec Sarah-Jeanne Labrosse, Mylène Saint-Sauveur, Pierre-François Martin-Laval, Catherine Jacob, Jean-Luc Couchard, Hugo Becker, Flavia Coste, Margaux Van Den Plas...

Long-métrage Français/Canadien 
Durée: 01h22mn
Année de production: 2015
Distributeur: Paradis Films 

Date de sortie sur nos écrans : 11 janvier 2017


Résumé : Il y a presque cent ans que La Belle au Bois dormant est plongée dans un profond sommeil. Or jusqu’ici, aucun prince n’a réussi à la réveiller d’un baiser. Et le temps presse : si aucun candidat sérieux ne se présente, le royaume des fées risque de disparaître à jamais. La Reine Titiana envoie donc deux fées à Paris, Blondine et Mélusine, avec une mission spéciale : trouver l’homme idéal. Mais nos deux fées, propulsées au 21ème siècle, vont vite se rendre compte que la tâche est plus compliquée qu’elle n’y paraît…

Bande annonce (VF)


Extrait “Staff Meeting” (VF)



Extrait “Leçon de langage” (VF)


Extrait “Le Corbeau” (VF)



Ce que j'en ai pensé : avec UN JOUR MON PRINCE, Flavia Coste réussit une comédie mignonne et fraîche. L’idée est saugrenue et marrante. Panique au pays des fées, la Belle au Bois Dormant n’a pas trouvée son Prince, résultat, elles vont disparaître, il faut donc organiser une mission d’envoi de fées d’urgence pour trouver un Prince à Paris. J’ai particulièrement aimé l’inventivité dont fait preuve Flavia Coste dans sa réalisation. On sent qu’elle a peu de moyens, mais avec un peu de douceur et d’ambiance apaisée, beaucoup de luminosité et un bon brin d’imagination, elle créé un pays des fées très agréable.




Bien sûr, le principal ressort comique tient sur la rencontre entre deux mondes qui n’ont rien en commun : celui des contes avec Paris et ses habitants. La bonne idée est d’avoir des fées au charmant accent canadien et aux expressions québécoises qui ne manquent jamais de nous faire sourire. Sarah-Jeanne Labrosse, qui interprète la fée Blondine, et Mylène Saint-Sauveur, qui interprète la fée Mélusine,  se complètent au niveau de leur personnalité tout en aillant en commun une belle énergie. Elles sont tout à fait crédibles en fées jolies, naïves et décalées qui cherchent à accomplir leur devoir sans oublier leurs envies. Toutes deux doivent parcourir un cheminement personnel afin de trouver un équilibre dans leur vie.



Comme vous pouvez vous l’imaginer, avec deux fées lâchées dans Paris, il faut s’attendre à quelques débordements. Le film reste simple et dans les codes du conte de fées. Il en ressort une comédie originale, qui change les idées et donne le sourire. UN JOUR MON PRINCE est une très bonne surprise que je vous conseille pour ensoleiller votre journée.

Crédit Photos @ Sophie Davin 

NOTES DE PRODUCTION 
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)


Un jour mon Prince, votre premier long-métrage, puise ses racines dans un conte de Perrault « La Belle au bois dormant », une princesse qu’un sort a condamné à dormir 100 ans jusqu’à ce que le fils d’un roi vienne la réveiller. Mais vous en détournez la trame, faute de prince pour rendre vie à la Belle, ce sont des fées envoyées dans le Paris d’aujourd’hui à la recherche de l’homme idéal.

Les contes sont un puits d’inspiration sans fond et leurs personnages des repères essentiels, incarnant le bien et le mal, les symboles de nos peurs et de nos rêves. Ils maintiennent le lien entre le réel et l’imaginaire. « La Belle au Bois Dormant » m’intéressait particulièrement car sont évoqués le passage à la vie de femme, la quête de l’amour. Dans le conte originel, la Belle attend passivement que l’homme de sa vie vienne la sauver, la révéler. Et quelle chance, le premier homme qui arrive est le bon ! Ici à l’inverse, l’idée d’envoyer des fées à la recherche de l’homme idéal m’a semblée une façon pertinente d’aborder le thème de la quête amoureuse, en passant du rêve à la réalité, en introduisant l’aspect « comédie » sachant que ces deux ambassadrices ne connaissent rien à l’amour chez les simples mortels.

Vous les plongez dans un Paris d’aujourd’hui, bien loin de l’image qu’elles s’en faisaient.

Elles ne connaissent cette ville qu’à travers quelques guides touristiques sur Paris, la ville des amoureux. Dès leur arrivée Blondine et Mélusine découvrent une autre réalité. A l’image qu’elles se font du Prince charmant, Paris ne se résume pas à la Tour Eiffel. C’était un vrai choix de les faire atterrir dans le 18ème arrondissement chez Puck pour accentuer le décalage entre ce qu’elles croient connaître et ce qu’elles découvrent. Le quotidien est bien loin des images d’Epinal, d’autant que Blondine et Mélusine ne connaissent rien en dehors du monde des fées. Elles ne sont pas nées avec une cuillère en argent dans la bouche, mais avec une baguette magique dans les mains ! Sans elle, elles se retrouvent totalement handicapées. Or, Paris est une ville hostile quand on est sans repère et sans argent. En tentant de se fondre dans la masse dès leur arrivée, elles vont agir par mimétisme, comme le font les enfants.

Faire venir des personnages imaginaires dans notre réalité offrait la possibilité de pouvoir parler du quotidien en creux tout en gardant un regard naïf et décalé. J’ai trouvé amusant de questionner l’idéal amoureux à travers ces deux femmes candides, n’ayant aucune clé du comportement humain, ni de nos codes sociaux.

Les deux fées ont des caractères que tout oppose. L’une, Blondine, est aussi curieuse et délurée que l’autre, Mélusine, est en apparence raisonnable. Jusqu’à ce que les rapports s’inversent…

L’arrivée des fées en ville est un choc radical, elles ne sont pas raccords avec la vie citadine. Confrontées à cette réalité, elles réagissent de façon différente. Mélusine, d’apparence plus sage va être séduite par les enjeux d’une vie normale avec son lot d’espoirs et de risques alors que Blondine, qui paraissait plus délurée sera vite effrayée préférant la quiétude du monde des fées. L’opposition de leur caractère va s’accentuer : Blondine fuit la réalité et l’urgence de la situation en s’enivrant, tandis que pour Mélusine, la recherche d’un homme éveille en elle de nouvelles émotions.

Mélusine s’éveille aux rapports humains, dialogue avec les autres, ressent de l’empathie, s’intègre, ment… donc s’humanise !

Blondine, qui au contraire, souffre d’être pour la première fois en échec et en danger, trouve la vie beaucoup trop violente. Comme une adolescente en manque de repère, elle est tout de suite attirée par les excitants (alcool-drogue) qui lui permettent de se sentir plus à l’aise au sein de cette société qui la bouscule. Elle se raccroche aussi à tout ce qui est matériel. La technologie la rassure parce qu’elle lui évoque ses pouvoirs magiques et que ce sont des choses facilement maitrisables pour elle. On ne se dispute pas avec une télécommande, elle marche ou elle ne marche pas. Un être humain, c’est plus compliqué !

L’idée que ces deux fées se font du prince charmant est savoureuse car utopique. Le mythe du prince charmant est-il toujours aussi persistant selon vous ?

Leurs aventures me permettent de mettre en relief avec humour les attentes démesurées des hommes et des femmes envers l’autre camp. En ce qui concerne les femmes, nous sommes bercées depuis l’enfance par ce mythe du héros valeureux qui arriverait par magie et qui saurait nous comprendre et nous protéger. Mais les choses changent. Alors je souhaitais rectifier le tir : « Sois belle et attends » c’est terminé !

Désormais les femmes sont moins dans cette idéalisation, elles n’attendent plus systématiquement que l’homme parfait arrive, elles se mettent aussi à sa recherche de manière pro active. On voit bien que l’explosion des rencontres en ligne traduit la difficulté à rencontrer l’âme-soeur. Révolution sociale et amoureuse, Internet et les applications constituent une révolution relationnelle, c’est l’industrialisation de la drague avec des modes de recherches très performants. Aujourd’hui, les femmes peuvent adopter le prince de leur choix en forçant le hasard par le biais de Tinder ou tenter d’aborder leur voisin de palier ! Dans mon film, le prince est ce boy next door, mais il n’est pas parfait. Il ne l’est que pour une personne. Je raconte cela : chacun cherche son prince.

Le sous texte de votre film est assez féministe. Ne va-t-il pas précisément à l’inverse de celui transmis par les contes traditionnels ?

Un jour mon Prince est un conte de fées des temps modernes. Les fées déchantent rapidement car elles comprennent que dans la vraie vie, la perfection n’existe pas, qu’il ne s’agit que de s’adapter aux différences de l’autre. Je considère que le propos du film est moins naïf et surtout moins passif que celui du personnage féminin de La Belle, mais il reste optimiste. La fin est très symbolique pour moi : Ramener la Belle à la vie en la sortant du château valorise l’idée qu’il y a toujours une issue et qu’il ne tient qu’à nous de l’inventer. Nous sommes les auteurs de notre propre vie. Il ne tient qu’à nous de faire bouger les choses, en ré–écrivant la suite de notre propre histoire. Alors tout est possible. Pour les femmes, comme pour les hommes.

Ce sont deux Canadiennes : Sarah-Jeanne Labrosse et Mylène Saint-Sauveur qui interprètent Blondine et Mélusine, pourquoi avoir fait de ces deux fées des Québécoises ?

L’idée vient de mon producteur, Antoine de Clermont-Tonnerre, qui souhaitait monter le film en co-production avec Christian Larouche au Québec. Une partie de l’équipe est québécoise, c’est d’ailleurs Jorane, une chanteuse que j’admire qui signe la musique du film. Quant à l’assemblée des fées, elle a toujours été définie comme internationale depuis les premières versions d’écriture. J’y ai tout de suite vu l’opportunité d’accentuer le côté « touristes » des personnages en enrichissant les dialogues d’expressions typiquement québécoises (ou que j’ai parfois totalement inventées) et en jouant sur la sonorité de leur accent. Sarah-Jeanne et Mylène, bien connues au Québec, ont deux tempéraments complémentaires et elles ont cette capacité à retourner vers l’innocence de l’adolescence sans maniérisme tout en ayant la sensualité de deux jeunes femmes. J’avais vraiment envie d’un couple de buddy-movie et il y a encore si peu de duo féminins au cinéma !

Vous multipliez les situations cocasses tout en portant un regard assez critique sur la société actuelle : la modernité des équipements, la solitude, les substances illicites sont omniprésentes dans votre histoire.

A travers la candeur des héroïnes, on sent que les hommes ont parfois envie de tirer profit de la situation, c’est une critique sous-jacente de la naïveté de certaines jeunes filles. Il s’agissait aussi de parler en arrière plan des tentations auxquelles les adolescents sont confrontés. Ils croient souvent qu’y céder leur permettra de s’affirmer et c’est d’ailleurs le cas de Blondine qui boit plus que de raison. L’alcool la grise et l’aide à affronter les situations périlleuses. Finalement, perdre tout contrôle va la déstabiliser davantage. Mélusine en revanche qui n’a pas peur d’être en lien avec ses émotions, n’a pas besoin de cette béquille. Ma fille de neuf ans m’a demandé ce que c’était que la poudre que le méchant de l’hôtel propose aux fées, je lui ai répondu : de la poudre maléfique. Ça rend fou. Comme dans Les Temps Modernes !

Vous abordez beaucoup la question de la finitude humaine

Certains se raccrochent à Dieu pour réussir à accepter le fait que l’être humain soit éphémère, pourquoi ne pas se raccrocher aux fées ? Blondine le dit bien : « Si nous n’existons plus, vous n’aurez plus rien à raconter à vos enfants, ils manqueront de repères et ils ne pourront pas grandir convenablement ». Mélusine, elle, fait le choix de renoncer à cette immortalité et d’en accepter les conséquences.

On retrouve toujours l’amour et la poésie dans vos univers, mais ce premier long-métrage est plus axée sur la comédie, est-ce un choix délibéré ?

Mille fois oui ! J’ai reçu beaucoup de conseils pour mon premier long-métrage : surtout ne pas commencer par une comédie, ne pas prendre d’enfants, pas d’animaux, peu d’acteurs, pas de costumes, pas d’effets spéciaux. Forte de tous ces conseils, j’ai donc réalisé un film avec tous ces ingrédients ! J’aime tous les genres au cinéma, le drame, le fantastique, le suspense, le thriller et j’ai déjà abordé beaucoup de ces genres dans mes précédents films, mais aujourd’hui mes projets me portent davantage vers la comédie. J’ai le sentiment qu’on peut dire des choses tout en procurant un moment de détente au spectateur. Cela n’empêche ni la rêverie, ni la réflexion. Et encore mois la poésie. La légèreté n’est pas synonyme de facilité ou de vulgarité. Faire rire les gens par les temps qui courent, je trouve que c’est quasiment mission impossible !

Vous cherchiez à faire un film Tout Public ?

Totalement. Il n’y a pas assez de films Tout Public aujourd’hui, à voir en famille. Quand je cherche un film à voir avec ma fille, ma mère et ma grand-mère, malgré les 18 films sortant chaque semaine, parfois il n’y a pas un seul film Tout Public s’adressant à ces 4 générations.

Un Jour mon Prince est accessible à tous, de 8 à 88 ans ! Les contes de fées font partie de la culture commune, tout le monde les a lu, c’est un langage universel, ils appartiennent à tous.

On a tous rêvé de posséder une baguette magique pour se sortir d’une situation délicate, ou pour embellir notre quotidien ! On a toutes été La Belle au bois dormant ou Cendrillon !

Ce film à double lecture s’adresse aussi bien aux adules qu’aux enfants. Les jeunes s’identifieront forcément aux personnages de contes et les adultes y liront en creux la mise en abîme de notre monde, l’angoisse du temps qui passe, la quête de l’être aimé, la violence du réel et l’absurdité de certains codes sociaux. Je voulais faire un film distrayant qui parle à plusieurs générations, sans violence, un feel-good-movie comme on dit aujourd’hui. Un film qui fasse du bien aux gens.

Contrairement à vos six derniers courts-métrages que vous avez écrits seule, vous consignez le scénario avec Gabor Rassov. Parlez-nous de cette collaboration.

Je connais Gabor depuis 20 ans, j’ai travaillé avec lui au théâtre, ses pièces sont extrêmement drôles et décalées.

Après avoir écrit seule une première version du scénario, j’avais à la fois besoin d’un regard extérieur et masculin. Il m’a encouragée à tout oser, tout proposer, alors que j’aurais parfois eu tendance à m’autocensurer. Il était plus facile de m’autoriser à égratigner l’image du prince charmant en ayant l’aval de mon co-scénariste ! Pendant quatre mois, il est rentré dans mon univers et m’a stimulée, confortée et a littéralement joué le rôle d’un accoucheur.

Nous avons repris ensemble la colonne vertébrale du récit, il m’a aidé à relier les trajectoires individuelles de chaque personnage à la mission initiale, à travailler sur l’humour des situations en lien direct avec le récit, puis j’ai terminé seule les dialogues de la version franco-québécoise.

Vous avez été comédienne au théâtre avant de passer à la réalisation, il y a une douzaine d’année. D’où est née cette envie de passer à la mise en scène ?

J’ai toujours eu envie de raconter des histoires. Comédienne est un métier fabuleux mais si un metteur en scène ne vous choisit pas, vous n’aurez jamais la possibilité de vous mettre au service de celle qu’il propose. En écrivant mes histoires et en les réalisant, je me donnais la possibilité de me battre pour qu’elles existent. Et en tant qu’auteure, j’ai l’avantage de me glisser dans la peau de chaque personnage et ça c’est un plaisir démultiplié.

En cinéma comme en littérature, tout a été déjà été magnifiquement dit, si bien que parfois je ne sais pas ce qu’il est encore possible d’inventer aujourd’hui.

On peut juste laisser une trace du regard que l’on pose sur notre époque et nos contemporains et c’est ce que j’essaie de transmettre.

Mais vous jouez également dans le film ?

Venant du théâtre, j’ai l’esprit de troupe, j’avais donc envie d’en faire partie. Le personnage de Pauline, sert en quelque sorte de guide pour Blondine et Mélusine. C’est une femme d’aujourd’hui, avec son lot de galères ordinaires, qui va leur apprendre des choses sur la vie sans le savoir. J’aimais bien ce rôle de passeuse.

#UnJourMonPrince

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