jeudi 10 novembre 2016

UN VRAI FAUSSAIRE - DOCUMENTAIRE - COFFRET DVD


En coffret DVD et VOD dès le 6 décembre 2016

Le coffret DVD du film "UN VRAI FAUSSAIRE", long-métrage documentaire de Jean-Luc Leon, va sortir début décembre, à temps pour les fêtes, dans une belle édition de luxe. Il sera également disponible en vidéo à la demande sur iTunes, entre autres. 

Il permettra de (re)découvrir le parcours impressionnant de ce peintre de talent et voyou de génie qu'est GUY RIBES (qui fut également entre autre les mains de Michel Bouquet dans le film "Renoir" reproduisant les toiles du maître qu'on pouvait voir dans le film).
Ce documentaire est sorti au cinéma le 2 mars 2016. Il dure 1h28.



Résumé : Peintre de talent et voyou, Guy Ribes, 65 ans, est le plus prolifi que des faussaires français recensés à ce jour ayant inondé le marché de l’art pendant 30 ans. En 2005, la police a saisi plus d’une centaine de ses «faux» et en 2010 le Tribunal de Créteil l’a condamné à trois ans de prison, dont un an ferme.

Guy Ribes n’a jamais rien copié. Ses Picasso, ses Matisse, ses Chagall, et autres Léger ont l’apparence trompeuse du «vrai» et égalent leurs inspirateurs. Mais combien de faux de sa main, authentifiés par des experts, vivent encore aux murs des collectionneurs, des galeries ou des musées ? Et dans les pages de catalogues raisonnés ?

Guy Ribes nous livre les secrets de fabrication de ses «balourds», contant, avec une gouaille de marlou, une vie de flambe, de plaisir et d’arnaques. La dernière, celle qui l’a fait tomber, sort tout droit d’une série noire. On y croise une veuve bidon, de faux héritiers, un «pigeon» suisse collectionneur et des marchands sans scrupules.

Le policier qui l’a arrêté, le procureur, l’expert judiciaire et un collectionneur floué révèlent les autres facettes de ce personnage incroyable, qu’on pourrait croire sorti tout droit d’une fiction...

Tout au long du film, le pinceau de Guy Ribes crée sous nos yeux une toile qui semble être de la main des maîtres qui l’ont inspiré.

Bande annonce



Extrait 1

  • Les bonus : Le film-annonce + une interview de Guy Ribes intitulée "Dans l'atelier" réalisée par PARISMATCH.com
  • Un livret fait parti du coffret DVD. Les informations ci-dessous sont tirées du livret.
GUY RIBES

JEUNESSE

Né à Riorges, près de Roanne (Loire) le 17 juillet 1948 dans une maison close (l’hôtel du Cheval Blanc) de parents proxénètes, Guy Ribes passe son enfance et sa jeunesse dans la région lyonnaise. Son père, Jean-Baptiste Ribes, est un colosse mesurant plus de deux mètres ; sa mère, «Madame Jeanne», une gitane originaire de Murcie, en Espagne. Quand ceux-ci, qui possèdent aussi un cinéma, sont absents, ce sont les prostituées qui s’occupent du jeune Guy. Suite à la loi Marthe Richard, l’hôtel ferme, et ses parents sont arrêtés, jugés et emprisonnés.

Il se retrouve alors en internat, où un père jésuite lui fait, à l’âge de huit ans, découvrir et travailler la peinture.

À onze ans il aide son père, sorti de prison, sur les marchés ; à douze ans il travaille en usine, à treize il dort dans la rue, et à seize il est apprenti dans un prestigieux atelier de dessins de soierie à Lyon, mais continue de peindre et vend ses toiles et aquarelles sur les marchés.

Il garde néanmoins un pied dans le milieu, faisant même le portrait de la mère de Mémé Guérini, sur commande de ce dernier.

LE FAUSSAIRE

Après un passage dans la Marine nationale, il vit à Athènes, où il essaye de vivre de son art, peignant notamment deux décors pour le théâtre national grec, et fréquente la jet set locale.

Il commence, en 1975, à copier des chefs-d’oeuvre. Sa rencontre en 1984 avec un marchand de tableaux le fait devenir faussaire professionnel. Installé dans un atelier à Saint-Mandé, il réalise alors, souvent sur commande, des faux Chagall, Picasso, Dalí, Léger, Bonnard, Modigliani, Renoir, Laurencin, Braque, Vlaminck ou Matisse, ne faisant jamais de copie de tableaux existants, préférant peindre dans le style de l’artiste copié. Certaines de ses oeuvres sont même authentifiées comme vraies par des experts sincères, ou publiées dans la Gazette de l’Hôtel Drouot ; la propre fille de Marc Chagall s’y laisse aussi prendre, croyant d’un faux être une toile de son père. Il déclare avoir peint un millier de faux.

Guy Ribes ne vend pas directement ses toiles, un réseau prenant en charge cette tâche. Une des méthodes les plus courantes est la suivante : un membre du réseau se fait passer auprès d’un acheteur potentiel pour un héritier d’un grand maître, désargenté et donc mis dans l’obligation de vendre une oeuvre héritée. C’est seulement à partir du moment où Guy Ribes vend directement ses toiles qu’il est arrêté par la police.

ARRESTATION, PROCÈS ET CONDAMNATION

Dénoncé, il est arrêté par la police à Saint-Mandé le 5 janvier 2005 et jugé à Créteil pour «contrefaçon en bande organisée» en juillet 2010 dans un procès où seront montrées plus de 350 de ses œuvres. Il est alors condamné à trois ans de prison, dont deux avec sursis. Onze autres personnes, complices du trafic, sont condamnées à diverses peines, dont le marchand de tableaux parisien Pascal Robaglia, considéré comme le cerveau de la bande, qui écope de deux ans et demi ferme et 50 000 euros d’amende.

Au cours du procès, Guy Ribes déclare : «J’ai tout appris en imitant les plus grands. Je les aimais, je voulais me comparer à eux, par orgueil puis par jeu. J’ai bien essayé d’adapter mon oeuvre à celle de Picasso, mais c’était impossible. Les gens préféraient mes toiles inspirées des grands maîtres. C’était plus facile de réaliser des imitations que de peindre pour des gens qui se détournaient de mes œuvres». Il ajoute, à propos du trafic : «Je n’étais pas systématiquement payé».

Et sur son arrestation : «J’étais content que les policiers débarquent. Chez moi, c’était devenu la porte ouverte à tout un tas de gens qui voulaient grappiller des choses.»

Gilles Perrault, l’expert venu témoigner, avoue quant à lui : «Je suis déjà intervenu dans beaucoup de dossiers de ce genre, mais je n’ai encore jamais vu un faussaire avec une telle palette d’artistes. Si Picasso était encore vivant, il l’embaucherait.»

D’après l’avocat de Guy Ribes, le tribunal a fait valoir à son client «la grande qualité de ses œuvres», reconnaissant sa «qualité d’artiste» et ne le limitant pas «à un simple faussaire.»

Après avoir été démasqué, Guy Ribes met un terme à la fabrication de faux et peint des œuvres sous son nom. Il réalise en 2012 des toiles pour les besoins du film de Gilles Bourdos, Renoir. Il y double aussi les mains de Michel Bouquet, qui joue le rôle-titre, lorsque celui-ci est censé peindre.

ENTRETIEN AVEC JEAN-LUC LEON (RÉALISATEUR)

Pourquoi avoir fait un film sur Guy Ribes ?

Des faussaires qui acceptent de se montrer à visage découvert, il n’y en a pas beaucoup. S’ils n’ont pas été pris par la justice, ils restent dans l’anonymat.
Guy Ribes a été jugé en 2010, il a donc accepté le principe du film. Après trente ans dans la clandestinité, il était content d’en sortir.

Pourquoi un film sur un faussaire ?

L’idée m’est venue du film d’Orson Welles, F For Fake (Vérités et mensonges), que j’ai vu à sa sortie en 1973. Comme son nom l’indique c’est un film qui joue sur la frontière ténue entre réalité et mensonge qui évoque des faussaires, en peinture mais aussi en littérature. A la fin du film, une question vient immédiatement à l’esprit : «Et si un faux avait plus ou autant de valeur qu’un vrai ?». Pas financièrement bien sûr…
Le film de Welles sème le doute sur cette question, et personnellement je préfère les films qui sèment le doute plutôt que ceux qui assènent des vérités.

En 1994, j’ai réalisé un documentaire sur le marché de l’art (Le Marchand l’Artiste et le Collectionneur) et j’ai tenté, sans succès, de trouver un faussaire qui se laisse filmer. Il a fallu le procès de Guy Ribes en 2010 pour que cela devienne possible.

Diriez-vous qu’il est plus intéressant d’écouter un faussaire comme Guy Ribes et de le regarder travailler plutôt que de faire la même chose avec de « vrais » peintres ?

Certains peintres aiment avant tout parler d’eux-mêmes et de leur travail mais ne s’intéressent pas toujours au travail des autres. Guy Ribes, lui, est passionné par le style de chaque peintre. C’est un véritable amoureux de l’Art et des artistes. Il a travaillé pour retrouver leur technique, leurs gestes. Reste le génie. Guy Ribes n’«est» pas Picasso, Chagall ou Matisse mais il n’en est pas loin. Lui aussi est un artiste, son talent fait qu’on se laisse abuser. Et c’est aussi le danger : le très bon faussaire peut être aussi admirable que subversif parce qu’il fait voler en éclat la confiance. Et le marché de l’art n’aime pas ça !

Mais il me semble que ceux qui sèment le doute sont très intéressants car ils peuvent remettre en question certains préjugés.

Au-delà de Guy Ribes, au-delà du faussaire en tableaux, votre film est un questionnement sur la vérité…

Nous savons qu’il y a dans certains «grands» musées des tableaux qui ne sont pas l’oeuvre de tel ou tel peintre célèbre. Et alors ? S’ils fabriquent des émotions… Je ne suis pas fétichiste, ce n’est pas parce que le peintre n’a pas touché à la toile, qu’il n’y a pas mis son empreinte, que l’oeuvre en a moins de valeur émotionnelle ou esthétique.

C’est comme pour les magiciens : on croit à leurs tours et on ne connaît pas la vérité derrière l’illusion. Nous avons besoin d’histoires pour vivre, fussent-elles inventées.

Sauf que la législation et le marché de l’art ne tolèrent pas ça. Mais il y a eu d’autres époques, d’autres pays… Quand au XVIème siècle un élève imitait son maître et qu’il arrivait à le berner, on le félicitait. Aujourd’hui ce n’est plus pareil.

Certains disent de Guy Ribes : «Il a copié». Non, il n’a pas copié, il a interprété. Il a regardé 30, 40 tableaux ou plus d’un peintre, a lu tous les livres écrits sur lui et après seulement il s’est mis à peindre à la manière de… Et cela n’a pas été facile, il en a raté, il a recommencé, déchiré, refait jusqu’à ce qu’un jour quelqu’un passe chez lui et lui dise : «Tiens ! T’as un Picasso ? Ça m’intéresse.»

Avec son travail il remet en question nos présupposés sur l’art, sur le fait que chaque oeuvre est unique, que toutes les oeuvres des peintres sont forcément répertoriées. Lui en invente qui n’existent pas…

L’art aujourd’hui n’est pas tellement aux mains des artistes : il est dominé par des marchands, on parle plus d’argent que d’art, de la cote des artistes, que l’on fait et défait, l’art est devenu une monnaie.

Guy Ribes est intéressant parce qu’il ramène notre attention au niveau artistique même s’il ne le fait pas gratuitement. Il travaille à la commande et mieux il est payé plus il s’applique.

À propos d’argent, il n’en a pas été privé…

Il semble qu’à une époque Guy Ribes ait gagné beaucoup d’argent qu’il a dépensé dans les casinos, les vêtements de luxe, les voyages lointains… à un moment il avait même une Rolls avec chauffeur… Il savait que s’il manquait d’argent, il lui suffisait de faire un faux et de le vendre. Aujourd’hui, il vit avec très peu.

L’intérêt qu’il suscite, maintenant qu’il a été démasqué, peut, peut-être, lui profiter. Sa notoriété peut l’aider à vendre sa propre peinture. Pour un homme qui a travaillé trente ans dans la clandestinité, être reconnu est important. Il ne faut pas oublier le milieu d’où il vient... pas très généreux, pas très altruiste… Quand il peint, il est heureux.

Il a un petit côté gangster…

Il vient de là ! Sa famille était apparentée au Gang des Lyonnais. Son père a été jugé aux Assises pour meurtre. Guy Ribes a traîné lui aussi avec les Lyonnais. Et ses parents tenaient une maison close… Naître dans un bordel n’est pas anodin, ça crée un rapport aux femmes très particulier. Son enfance a été rude.

Par moments, on sent quelqu’un d’assez amer…

Amer par moments seulement. Il m’a souvent bien fait rire, c’est plutôt un bon vivant mais de tous les millions qu’il a pu gagner il ne lui reste rien !

Il estime que s’il avait été élevé ailleurs et avait reçu une éducation un peu moins brute, il aurait pu aller dans une école d’art, prendre des cours de peinture, devenir un vrai peintre.

Le métier, il l’a appris sur le tas, en imitant les grands Maîtres, et il a eu du mal à trouver son propre style parce que ce style, justement, est fait de ceux des autres.

Au début des années 2000, il avait exposé son travail personnel. Dans la galerie il y avait des tableaux relevant de six ou sept styles différents, les visiteurs étaient perdus et se demandaient : qui est le vrai Ribes ? Aujourd’hui c’est différent : il a 65 ans, il est enfin en train de trouver sa propre griffe.

Il met réellement trois quarts d’heure pour peindre un Chagall ?

Pour le dessiner oui, pour le peindre non. Un jour à 9h30 il a commencé à peindre. Je le filmais et j’étais assez préoccupé par la caméra, je ne regardais pas où il en était. A 13h00, il a posé trois tableaux sur un meuble : une encre de Chine à la plume, façon Picasso des années 1910-1915, une gouache à la manière de Fernand Léger et une aquarelle dans le style de Miro et a dit « Si on allait déjeuner ?» : il avait fini. Et là j’ai compris que j’avais un vrai monstre talentueux en face de moi !

A-t-on une idée du nombre de faux qu’il a pu peindre ?

Pas exactement. La fourchette doit être entre 1000 et 5000.

On comprend bien avec le film qu’il y a deux types de faussaires, les copistes qui reproduisent des tableaux à l’identique et les gens comme Ribes qui peignent « à la manière de ». Quelle est vraiment la différence entre les deux ?

Un copiste a le tableau devant lui et doit le recopier à l’identique, en respectant certaines proportions fixées par la loi, il y a des copistes en permanence au Musée du Louvre mais ils doivent modifier de 10% ou plus les dimensions d’une oeuvre pour ne pas tomber sous le coup de la loi et ils n’imitent pas la signature de l’artiste.

Ribes, lui, regarde deux, trois tableaux et en fait une sorte de remix. Il dit : « Picasso faisait 30 tableaux par jour dont certains qu’il déchirait, moi j’en fais un autre, entre le 22 et le 23ème...»

Et puis surtout : pas parfaits. Là où il s’est trompé parfois, c’est quand il a peint certains tableaux trop parfaits, trop aboutis, trop lisses. Il faut arriver, dit-il, à comprendre les erreurs du peintre d’origine et faire les mêmes.

Fondamentalement, qu’est-ce qui différencie un vrai Picasso d’un faux peint par Guy Ribes ?

C’est Picasso qui a inventé le style. Guy Ribes, lui, crée des variations autour de ses oeuvres.

On a le cas, en littérature (voir récemment le cas «Millenium») ou en en bande dessinée, d’auteurs qui, lorsqu’ils meurent, sont remplacés par d’autres auteurs qui font à la manière de…

Oui mais la différence, c’est la signature. Ils signent de leur propre nom, pas du nom de l’auteur original. Il n’y a aucune confusion possible.

La signature, c’est l’ultime garantie mais elle peut aussi être imitée. Le film nous interroge vraiment sur les limites de ce que l’on considère comme vrai.

Quand un faux est très bien fait et qu’il abuse tous les connaisseurs, tous les esthètes, tous les experts, tous ceux qui connaissent bien l’oeuvre originale du peintre, il n’y a pas de raison que cette oeuvre soit déconsidérée. Il y a des faux qui sont des oeuvres magnifiques.

Mais ce n’est pas légal si l’oeuvre n’est pas dans le domaine public et, de plus, ils ne doivent jamais porter de fausses signatures. Ribes signait pour donner de la valeur marchande aux oeuvres. Il connaissait même les nombreuses signatures de Picasso.

Au Moyen-Âge, le trafic de faux existait surtout pour les reliques sacrées.

Dans les ateliers de peinture de la Renaissance, les élèves peignaient et signaient du nom du maître certains tableaux, même si celui-ci n’avait apporté qu’une touche légère.

Michel-Ange lui-même a fait des fausses statues grecques pour satisfaire ses riches acheteurs : son premier client, le Cardinal di San Giorgio, ne voulait acquérir que de «vraies» antiquités. Michel-Ange a donc enterré une statue d’un «Cupidon dormant» puis a eu la «chance» de la déterrer. Il lui a vendu 200 ducats.

L’histoire de Ribes est récente mais les choses ont-elles déjà changé ?

L’imagerie médicale a évolué de telle sorte que la police scientifi que et les experts en peinture peuvent de plus en plus précisément dater les toiles et analyser les pigments des couleurs. Il n’y a que les dessins au crayon qui échappent parfois aux experts scientifiques parce qu’on trouve encore des papiers d’il y a 50 ans, des vieilles mines de crayon... mais en ce qui concerne la peinture, il est devenu de plus en plus diffi cile d’abuser les spécialistes.

Entretien réalisé par Vincent Lebrun
Septembre 2015

PHOTOS DU FILM







Crédit photos : Jean-Luc Leon / Pretty Pictures

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