vendredi 15 avril 2016

GREEN ROOM


Thriller/Action/Un bon survival sympa et efficace

Réalisé par Jeremy Saulnier
Avec Anton Yelchin, Imogen Poots, Patrick Stewart, Alia Shawkat, Joe Cole, Callum Turner, Mark Webber, Eric Edelstein...

Long-métrage Américain
Durée: 01h34mn
Année de production: 2015
Distributeur: The Jokers / Bac Films

Date de sortie sur les écrans américains : 29 avril 2016
Date de sortie sur nos écrans : 27 avril 2016


Résumé : Au terme d’une tournée désastreuse, le groupe de punk rock The Ain’t Rights accepte au pied levé de donner un dernier concert au fin fond de l’Oregon… pour finalement se retrouver à la merci d’un gang de skinheads particulièrement violents. Alors qu’ils retournent en backstage après leur set, les membres du groupe tombent sur un cadavre encore chaud et deviennent alors la cible du patron du club et de ses sbires, plus que jamais déterminés à éliminer tout témoin gênant…

Bande annonce (VOSTFR)

video

Ce que j'en ai pensé : J'ai découvert GREEN ROOM lors du Festival du Film Américain de Deauville en Septembre 2015. Je l'ai vu lors d'une séance tardive . Pour découvrir ce thriller qui ne fait pas d'économies sur l'hémoglobine, c'était le bon moment de la journée.
Jeremy Saulnier, le réalisateur, part d'une idée simple et la transforme en cauchemar. Le principe de ce genre de film, on le connaît. Le spectateur se demande qui va se faire trucider en premier et prend des paris sur le comment. Et ce qui est bien avec GREEN ROOM, c'est que le décor et les idéaux nauséabonds du groupuscule, qui reçoit les jeunes héros de l'histoire, vous mettent tout de suite dans l'ambiance. Le champs des possibles horreurs - aidé par notre imagination productive - participe alors autant à nous faire flipper que ce qui se passe réellement à l'écran.
L'histoire ne se révèle pas spécialement originale au final, mais le rythme est là, la mise en scène est efficace et l'angoisse nous titille. Tout y est donc, les agneaux sont bel et bien enfermés dans la cage aux loups. 

En plus, personnellement, j'ai eu plaisir à voir des acteurs que j'apprécie. 
Anton Yelchin est excellent dans le rôle de Pat. Son apparente fragilité sert parfaitement bien ce personnage, qui représente notre regard sur la situation, et qui ne veut pas croire au pire jusqu'à ce que... 



Imogen Poots interprète Amber, une jeune fille qui ne compte pas se laisser aller au désespoir. Elle est tout à fait crédible dans ce rôle. 


Patrick Stewart interprète une ordure très convaincante. Son personnage, Darcy Banker, ne laisse pas planer le doute sur ses intentions ignobles. 


GREEN ROOM assure un bon spectacle de survival angoissant avec son ambiance de huis clos sous pression et ses moments qui tournent à l'excès d'hémoglobine. Efficace et sympathique, c'est une bonne surprise que je vous conseille si vous aimez ce genre de film.


Sortie le 22 avril 2016


Les frères Brooke et Will Blair composent de la musique ensemble depuis leur plus jeune âge.
Après plusieurs années de tournées et d’enregistrements avec différents groupes (le dernier en date étant East Hundred de Philadelphie), ils sont passés à la musique de film en travaillant avec Jeremy Saulnier (Crabwalk, Murder Party et Blue Ruin). Ils ont aussi participé à la bande son du film Man From Orlando. Ils travaillent également pour la publicité et leur liste de clients comprend Ogilvy & Mather, Google, Zagat et MasterCard. Ils viennent de lancer Blair Brothers Music, une maison de production musicale basée à Philadelphie. Ils élaborent en ce moment des installations sonores et musicales pour des musées de Philadelphie.
Après une collaboration fructueuse entre eux et Jeremy Saulnier pour Blue Ruin, Brooke et Will Blair ont composé pour Green Room une musique sombre et anxieuse, en tout point aussi intense et intime que les murs sanglants de la salle de concert du film.
Le son furieux et rutilant du punk hardcore et du trash metal est omniprésent dans Green Room.
Les titres de Corpus Rottus et Battletorn en sont l’aspect old school, tandis que le groupe du film, The Ain’t Rights, au-delà de leur reprise de « Nazi Punks Fuck Off » des Dead Kennedys, y apportent une touche plus moderne. L’album contient également « Sinister Purpose » par Creedence Clearwater Revival.

STREAMING

LISTE DES TITRES
WEAPONS READY
WHAT HAVE I BECOME? THE AIN’T RIGHTS
CORPUS ROTTUS CORPUS ROTTUS
OREGON COAST
BALEFIRE
PROWLING LEATHER MIDNIGHT
NAZI PUNKS, FUCK OFF THE AIN’T RIGHTS
RED LACES
POUR A FLOOR
BLADES AND FANGS
CORONARY THE AIN’T RIGHTS
INEVITABLE FAILURE HOCHSTEDDER
MOSH PIT
MOPPING UP
LET’S PRETEND
SAVAGE PRESSURE BATTLETORN
TAKIN’ OUT THE TRASH PATSY’S RATS
MELTED PATSY’S RATS
ODIN HIMSELF
FRESH AIR
THE RESIDENCE
WE NEED THE POLICE
SINISTER PURPOSE CREEDENCE CLEARWATER REVIVAL
TOXIC EVOLUTION (BONUS TRACK) THE AIN’T RIGHTS

NOTES DE PRODUCTION 
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

ENTRETIEN AVEC JEREMY SAULNIER

Comment ce film est-il né ? 

Cela fait plusieurs années que je mûris le projet. Quand j’étais lycéen, je tournais des films de zombie et je me produisais dans des groupes punks. Je n’étais pas vraiment musicien et, du coup, je hurlais dans un micro pendant que mes copains, plus doués que moi, jouaient de leur instrument. Pendant un moment, j’étais autant attaché aux sonorités, au style et à la dimension purement physique de la musique punk que j’étais déterminé à devenir réalisateur. Du coup, réunir ces deux univers dans GREEN ROOM s’est imposé naturellement. Ce fi lm est destiné à être vécu comme une expérience viscérale, et l’affrontement entre les punks qui ne sont pas de la région et les néo-nazis du coin n’était qu’un point de départ. À mesure qu’avance le fi lm et que la situation dégénère, l’idéologie et les appartenances des uns et des autres, à l’origine du conflit, disparaissent totalement. Je ne voulais pas faire un fi lm politique, mais porté par un véritable élan vital. 

Au début du film, le groupe est piégé par les skinheads, déterminés à ne pas leur laisser la vie sauve, ce qui rappelle certaines scènes d’ASSAUT, SUBURBIA (Penelope Spheeris -1983), DÉLIVRANCE et même LA NUIT DES MORTS VIVANTS. Ces films «de siège» vous ont-ils inspiré ? Quelles directions nouvelles souhaitiez-vous explorer avec GREEN ROOM ? 

Ce sont de formidables références ! J’ajouterais LES CHIENS DE PAILLE. Quant à mes sources d’inspiration esthétiques et visuelles, je citerais APOCALYPSE NOW, MAD MAX 2, et RIVER’S EDGE (Tim Hunter - 1986). Comme dans BLUE RUIN, je me suis dit que la manière la plus originale d’aborder le «fi lm de siège» si tant est que le genre existe – consistait à m’attacher à des personnages dramatiquement dépassés par les événements. Personne ne dispose d’un plan ultime pour se sortir de là : c’est un énorme bordel pour chacun d’entre eux ! Pendant l’écriture du scénario, je m’en remettais davantage à mon instinct qu’à ma réfl exion. Du coup, si GREEN ROOM s’articule autour d’une structure thématique assez simple, ce sont ces personnages agissant de manière impulsive dans un contexte extrêmement diffi cile qui sont les moteurs de l’intrigue. Lorsqu’ils prennent des décisions en cédant à la panique, je les laisse se tromper. Ce ne sont pas des héros de fi lm d’action : ce sont des jeunes terrorisés qui ne sont pas aussi teigneux qu’ils pensaient l’être quelques minutes plus tôt… Ce fi lm se veut expérimental, pulsionnel, et destiné à susciter une réaction primaire chez le spectateur. GREEN ROOM n’a rien de l’horlogerie suisse : il se veut plutôt un coup de poing à l’estomac.

Comment trouver l’équilibre entre le périple dans lequel vous embarquez le spectateur et les conséquences de la violence que vous évoquez ?

La violence dans GREEN ROOM est extrême. Pas en raison du nombre de cadavres (plutôt peu élevé par rapport à la plupart des fi lms d’action) ou des effets maquillage (qui sont effroyables), mais à cause de l’impact émotionnel de cette violence et du sentiment de deuil qu’elle occasionne. Quand on ressent de l’empathie pour les victimes de la violence se déroulant à l’écran – comme on peut en ressentir pour les jeunes du fi lm , c’est déchirant de les voir souffrir. On peut même éprouver de l’empathie pour certains des néo-nazis du fi lm. Ce que je voulais, c’était offrir au spectateur les émotions fortes qu’il recherche en allant voir un fi lm de genre, sans pour autant être complaisant dans la représentation de la mort à l’écran (à l’exception sans doute d’une fusillade salvatrice qui, je le précise, pourra susciter des cris de joie si on a atteint notre objectif). Pour utiliser une analogie galvaudée, GREEN ROOM est comme toute montagne russe qui se respecte : ce n’est qu’après avoir vécu cette expérience que j’espère intense qu’on est vraiment en mesure de l’apprécier.

À cet égard, GREEN ROOM semble jouer sur certaines thématiques déjà à l’œuvre dans vos deux premiers longs métrages, MURDER PARTY et BLUE RUIN. Qu’aviez-vous envie d’aborder différemment dans ce film ?

GREEN ROOM est un fi lm violent qui est à la fois un adieu à ma jeunesse et un hommage au cinéma avec lequel j’ai grandi. J’ai certainement repris des thèmes propres à MURDER PARTY et BLUE RUIN, mais GREEN ROOM se réclame d’un autre registre. Après le succès de BLUE RUIN, j’ai souhaité tenter quelque chose de différent. Il s’agit d’un fi lm de genre pur et dur, où les conversations entre les nombreux personnages comptent autant que l’ambiance oppressante et le suspense. Alors que BLUE RUIN était un film mélancolique au rythme lent, plus contemplatif et intimiste, GREEN ROOM est un film d’action frénétique et survolté. 
Certes, on retrouve des éléments qui ont toujours été importants pour moi, quel que soit le projet : des personnages développés avec sincérité, un attachement au style visuel, un peu d’hémoglobine et de l’humour. C’est le genre de choses qui, dès le début, m’ont plu au cinéma et, forcément, on les retrouvera d’une manière ou d’une autre dans tous mes films.

GREEN ROOM mêle humour, légèreté, action et suspense. Avez-vous souhaité faire se croiser les genres ?

Je ne cherche pas spécialement à mêler les genres car, pour moi, il n’y a pas de délimitation claire entre eux. J’ai tendance à trouver qu’il y a de l’humour dans des situations très sombres et je me fi e à cette intuition pendant l’écriture. Pour moi, c’est le moment où je ne ressens aucune pression et où ma créativité est à son maximum. Lorsque je suis seul face à mon ordinateur, je peux savourer certains détails, me laisser aller à des digressions et d’étranges moments fugaces qu’en théorie, je devrais éliminer au montage. Mais comme ils sont vrais, réalistes et inattendus, ils peuvent tout à fait fonctionner dans le fi lm. Dans bien des cas, il s’agit d’une soupape qui procure un moment de répit au spectateur. Mon seul regret, c’est que je ne peux me laisser aller à ces intuitions qu’au moment de l’écriture : lorsque le tournage commence, il y a tellement de choses à faire et d’échéances à respecter qu’il n’y a pas beaucoup de marge de manœuvre pour ce genre d’expérimentation.

Dans vos films, les personnages ont souvent les pieds sur terre, ils n’ont rien d’exceptionnel, et le spectateur peut facilement s’identifier à eux. Que cherchez-vous à travers ces personnages avec lesquels le public peut sympathiser ?

J’aime faire de mes protagonistes des gens normaux, car ce sont aussi mes spectateurs. Quand ils se voient à l’écran, cela met non seulement en valeur leurs liens affectifs à l’intrigue, mais cela augmente les enjeux et rend la situation plus intense lorsque le confl it éclate. On s’attend tous à voir débarquer le Justicier Masqué à chaque scène pour régler les problèmes d’une main de maître, mais dans mes fi lms, on ne peut pas compter là-dessus. Si le spectateur peut se reconnaître, d’une manière ou d’une autre, à l’écran, parce que mes personnages sont réalistes, il peut d’autant plus facilement s’attacher aux enjeux de l’histoire qui, du coup, n’en devient que plus inquiétante. Si je parviens à lui faire comprendre que les situations n’obéissent pas toujours aux «conventions cinématographiques », alors les héros sont aussitôt vulnérables.

Comment avez-vous réuni un tel casting ? À quel moment Patrick Stewart s’est-il engagé dans l’aventure ?

Les acteurs ont été extraordinaires. La réussite du projet dépendait entièrement d’eux. Il nous fallait des comédiens crédibles, capables de jouer des personnages ancrés dans le réel, et il nous fallait un engagement physique et émotionnel total de leur part. Le groupe est le plus souvent enfermé dans une pièce unique. Pour que cela fonctionne, il était essentiel qu’on s’attache à chacun d’entre eux tout au long du fi lm. Nous avons travaillé avec le directeur de casting Avy Kaufman et rencontré un nombre impressionnant de comédiens formidables. Le plus difficile a été de ne pas pouvoir proposer de rôle à certains acteurs épatants qu’on a auditionnés. C’est très difficile de trouver la bonne alchimie avec un tel casting. Mais au bout du compte, on a compris qu’on avait les interprètes correspondant parfaitement à la fois aux Ain’t Rights et aux néo-nazis, à la fois à titre individuel et collectif. 

S’agissant de Sir Patrick, qui campe un type particulièrement cruel du nom de Darcy Banker, chef des salauds de l’histoire, on a vraiment eu de la chance. Comme si on avait gagné le gros lot à la loterie ! Organiser le plan de tournage s’est avéré extrêmement difficile car on avait beaucoup d’acteurs à trouver, et que chacun était tributaire des autres. On était à quelques jours du début du tournage et on n’avait pas encore notre Darcy. C’est alors que, par hasard, quelqu’un, chez mon agent, m’a fait remarquer que Patrick venait de rejoindre l’agence. 

Au départ, j’étais un peu dubitatif car Patrick est un acteur d’une grande dignité, très apprécié dans le monde entier, et adorable – alors que Darcy est un épouvantable salopard. C’est alors que je me suis dit que c’était précisément pour cette raison qu’il était parfait pour le rôle ! Nous avons appris à ce moment-là qu’en réalité Patrick avait vraiment envie de camper un salopard. Il a vu mon fi lm précédent, on a discuté au téléphone, tous les feux sont passés au vert et deux semaines plus tard, il était sur le plateau en train d’aboyer ses ordres à ses hommes de main (sous les traits de Darcy, dois-je préciser). 

C’était hallucinant et je crois qu’on n’a jamais vu Patrick Stewart comme on va le découvrir dans ce film.

Qu’en est-il de Macon Blair, qui a un rôle modeste mais très complexe, et qu’on a vu dans tous vos films ?

Pour être honnête, j’étais au départ réticent à l’idée de lui confi er un rôle dans GREEN ROOM. Comme on venait de terminer BLUE RUIN, je ne pouvais l’envisager que dans le rôle principal. Je n’arrivais pas à m’ôter de l’esprit son personnage de Dwight Evans (dans BLUE RUIN, NdT). Mais Macon se sentait proche du personnage de Gabe dans GREEN ROOM et il m’a pris par surprise en m’envoyant un DVD sur lequel il s’était filmé en train de passer une audition. 

J’ai été bluffé : il s’était fait faire des tatouages temporaires, il s’était rasé le crâne et métamorphosé en Gabe tel que je l’avais écrit. Je lui ai immédiatement confi é le rôle et je me suis souvenu pourquoi notre collaboration était aussi solide : il travaille pour obtenir chaque rôle et sait se montrer indispensable. Il est non seulement ma muse, mais mon collaborateur de création – et il a même coproduit le fi lm. Il a été présent à chaque instant et m’a aidé dans les moments difficiles sur le plateau. Il y avait de tels enjeux sur ce tournage éclair que je pouvais toujours me tourner vers Macon lorsque j’étais en panne d’inspiration.

Avez-vous eu du mal à faire en sorte que les comédiens forment un groupe musical crédible ?

Anton Yelchin, qui joue Pat, le bassiste, et Alia Shawkat, qui campe Sam, la guitariste, avaient déjà eu un groupe de rock. Mais Callum Turner (le chanteur Tiger) et Joe Cole (Reece, le batteur) se sont retrouvés plongés dans ce groupe fi ctif sans aucune expérience préalable. Nous avons préenregistré la musique composée par mes anciens camarades de lycée afin qu’ils puissent se familiariser avec les chansons. Je m’étais dit qu’ils en savaient suffisamment pour faire semblant et être crédibles dans la version finale du montage. Mais au bout du compte, ils ont fi ni par former un véritable groupe ! Joe s’est entraîné religieusement à la batterie, chaque jour, à tel point qu’il avait des ampoules partout. La chanson «Nazi Punks Fuck Off» des Dead Kennedys n’est pas facile à interpréter, mais il a bossé comme un dingue et s’en est super bien tiré.

Callum s’est cassé la voix à plusieurs reprises à force de travailler le personnage. Anton et Alia se sont mis à écrire de nouvelles chansons pour le groupe. Et qui du coup s’est produit à notre fête de fin de tournage ? Notre soi-disant groupe de fiction, les Ain’t Rights ! Leur implication était phénoménale. Alors, pour vous répondre, cela n’a pas été difficile pour moi, car ce sont eux qui ont fait tout le boulot.

Au début du film, le groupe interprète le grand classique punk «Nazi Punks Fuck Off». Pourquoi avez-vous choisi cette chanson ? Le groupe influe-t-il sur son propre destin en envoyant ce message à un monde hostile ?

Les Ain’t Rights infl uent peut-être – ou pas – sur leur destin en entonnant «Nazi Punks Fuck Off» à un public de néo-nazis. Certes, c’est provocateur et agressif. Mais c’est punk. Et l’interprétation de cette chanson peut aussi leur valoir du respect dans cet environnement hostile. Avec sa musique, le groupe génère de l’énergie, puis réussit à la canaliser sur sa chanson suivante de telle sorte que, ne serait-ce que pour un bref instant, l’atmosphère semble d’une grande pureté dans le club.

La première fois que j’ai découvert la musique punk pure et dure, c’est en écoutant l’album «Fresh Fruit for Rotting Vegetables» des Deak Kennedys. Nous étions partis en voyage avec ma famille à travers le pays en 1985, et un ami a passé cette chanson. Il fallait absolument que je m’en fasse une copie, mais la seule cassette que j’avais sur moi était mon enregistrement de la bande-originale du FLIC DE BEVERLY HILLS à laquelle je tenais particulièrement. J’ai serré les dents, j’ai collé du scotch sur les alvéoles de protection et j’ai enregistré la chanson par-dessus. Le fait que 30 ans après, jour pour jour, GREEN ROOM rende hommage à ce moment clé de ma vie est absolument unique pour moi. Patrick Stewart et sa bande de skinheads sont particulièrement terrifiants et en même temps crédibles. Vous êtes-vous documenté sur la Confrérie Aryenne, ou d’autres groupes du même genre, pour que vos personnages soient convaincants ?

Entre l’histoire de ces groupuscules néo-nazis et les photos d’archives des attaques de pitbull, la recherche que j’ai faite pour ce fi lm me hantera à vie. Ce qui est encore plus perturbant, c’est que ce fi lm est plus d’actualité que jamais. Ces néo-nazis ne sont pas des monstres fictifs ou définitivement hors d’état de nuire : ils disséminent une idéologie qui prospère dans le monde entier en 2015.

Mais GREEN ROOM est davantage une étude de l’organisation du pouvoir conservateur aux États-Unis qu’une attaque en règle contre un groupe en particulier. C’est un point auquel j’ai prêté attention dès le départ, si bien que j’ai fait en sorte de montrer, à travers le dialogue des personnages, que les skinheads du fi lm ne sont affiliés à aucun groupuscule en particulier. L’objectif était de voir comment une poignée d’individus sont capables de recourir à la peur et à la fascination pour convaincre des personnes vulnérables de les rejoindre et de commettre des actes qui vont à l’encontre de leurs propres intérêts, puis d’en tirer profit. C’est là toute la malhonnêteté de Darcy Banker : il est bien plus animé par l’appât du gain que par ses croyances.

Avez-vous le sentiment que notre époque est de plus en plus en proie aux mouvements extrémistes, qu’ils soient culturels, politiques ou autres ?

Absolument. Il y a non seulement une montée de l’extrémisme et des disparités économiques, mais les réseaux sociaux nous permettent d’avoir immédiatement accès à la moindre atrocité, la moindre tragédie et le moindre point de vue haineux qui circule sur internet. Tout cela contribue à une forme de cacophonie qui peut rendre fou. Mais ce fi lm est avant tout un thriller punk-rock hargneux destiné au public, et pas un cours universitaire. Et les méchants néo-nazis sont une cible facile de toute façon. Mon but était donc d’humaniser tous les personnages du fi lm et de m’attacher à l’intrigue. Quoi qu’il en soit, GREEN ROOM est une étude de l’organisation du pouvoir sociétal aux États-Unis et de la manière dont des intérêts égoïstes peuvent être promus et «vendus» sous forme d’une idéologie à destination de ceux qui sont le moins à mêmes d’en bénéficier. Enfin, le cinéma est mon refuge personnel à l’abri de la cacophonie ambiante, et la dramaturgie, comme l’expérience, sont pour moi essentielles. La dimension politique a tendance à se greffer sur mes films, mais sans que j’aie l’intention d’en faire un élément prépondérant.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire