vendredi 22 avril 2016

DALTON TRUMBO



Biopic/Drame/Intéressant et touchant

Réalisé par Jay Roach
Avec Bryan Cranston, Diane Lane, Helen Mirren, Adewale Akinnuoye-Agbaje, David James Elliott, Elle Fanning, Louis C.K., John Goodman, Michael Stuhlbarg, John Getz, David Maldonado, Alan Tudyk...

Long-métrage Américain
Durée : 2h04m
Titre original : Trumbo
Distributeur : UGC Distribution
Année de production : 2015

Date de sortie sur les écrans américains : 25 novembre 2015
Date de sortie sur nos écrans : 27 avril 2016


Résumé : Hollywood, la Guerre Froide bat son plein.
Alors qu’il est au sommet de son art, le scénariste Dalton Trumbo est accusé d’être communiste. 
Avec d’autres artistes, il devient très vite infréquentable, puis est emprisonné et placé sur la Liste Noire : il lui est désormais impossible de travailler.
Grâce à son talent et au soutien inconditionnel de sa famille, Il va contourner cette interdiction. 
En menant dans l’ombre un long combat vers sa réhabilitation, il forgera sa légende.

Bande annonce (VOSTFR)



Extrait - VOSTFR - Le Procès



Rencontre exclusive avec Bryan Cranston - UGC Distribution - (*)


Ce que j'en ai penséJ’ai beaucoup aimé DALTON TRUMBO car son réalisateur, Jay Roach, explore de façon équilibrée et intelligible trois aspects : l’époque historique, une partie de la vie professionnelle de Dalton Trumbo impactée directement par l’époque en question et la vie personnelle de Dalton pendant cette même période. Bien sûr, les trois sont indissociables cependant j’ai trouvé intéressante la manière dont il les imbrique pour nous en expliquer les implications à tous les niveaux. Le film part d’un cadre historique global pour se centrer sur les studios Hollywoodiens, puis plus précisément sur le cas des scénaristes bannis, pour finalement faire un focus sur Dalton Trumbo, le scénariste, le mari et le père de famille. Le réalisateur fait donc un zoom sur son personnage mais n’oublie jamais de le présenter dans le cadre bien particulier de la Guerre Froide et de sa paranoïa galopante. Il respecte Dalton Trumbo en présentant à la fois son esprit brillant – les dialogues sont fort bien tournés -, ses failles mais aussi sa très grande force intellectuelle. Il a choisi la résistance, en a assumé le prix et a su lutter de la meilleure des manières : intelligemment. C’est donc une histoire assez incroyable que nous raconte Jay Roach quand on y réfléchit. Sa façon élégante de présenter des images d’archives mêlées à des images tournées par ses soins, mais qui semble elles-aussi sortir de boîtes d’archives bien réelles, nous rappelle qu’il s’agit d’une histoire vraie, ce qui est d’autant plus touchant.

Bryan Cranston incarne vraiment bien Dalton. Il lui donne une personnalité qu’on imagine facilement assez proche de la réalité et qui en tout cas colle parfaitement à l’histoire. L’acteur s’efface pour laisser place à l’homme, c’est une belle performance. 






Il y a beaucoup de seconds rôles dans ce film. La liste est longue mais trois ont particulièrement attiré mon attention.
Helen Mirren interprète avec classe une magnifique peste du nom de Hedda Hopper. Elle représente une opposition nauséabonde. On aime beaucoup la détester. 




Louis C.K. interprète le scénariste Arlen Hird. C'est un rôle qui lui va bien car cet homme simple et franc n'a pas sa langue dans sa poche. De plus, son rôle oblige Dalton à affronter ses propres incohérences.

John Goodman est un excellent Frank King. Il se fout du système, l'exploite autant qu'il peut et sa personnalité rebelle est impeccablement représentée par ce super acteur. 



DALTON TRUMBO est un film intéressant. On y apprend par l’exemple comment la société américaine fonctionnait pendant la Guerre Froide. De plus, la façon dont Dalton a choisi de mener sa bataille et de lutter est un bel exemple à suivre. Je vous conseille ce biopic qui nous explique une page de l’Histoire du cinéma.


Crédits photos : © HILARY BRONWYN GAYLE

NOTES DE PRODUCTION
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Après la projection du film, nous avons eu la chance de pouvoir faire un Skype avec Bryan Cranston qui était en direct depuis le salon de sa maison à Los Angeles. Détendu et sympathique, il a répondu avec patience et conviction aux questions posées dans la salle. La discussion a tourné autour de son rôle et des thèmes historiques et politiques abordés dans DALTON TRUMBO, mais aussi un petit peu autour de BREAKING BAD :-). 
La vidéo officielle sous-titrée de cette rencontre est en haut de ce post (*). Retrouvez le Skype complet dans mes vidéos ci-dessous. Les vidéos sont en anglais et il n'y aura ni traduction, ni sous-titrage *sorry* :




LES PHOTOS DU SKYPE


















NOTES DE PRODUCTION

Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, les relations entre les États-Unis et l'Union soviétique se dégradent et la peur de la "menace communiste" atteint des sommets sans précédent. C'est dans ce contexte que la Commission des Activités Antiaméricaines (HUAC: House Un-American Activities Committee) enquête sur des dizaines de milliers d'Américains soupçonnés de sympathie procommuniste. Des enseignants, des fournisseurs de matériel militaire et des fonctionnaires, entre autres professions, perdent leur emploi, leur réputation et même leur famille, tandis qu'une vague de suspicion et de paranoïa déferle sur le pays. 

La HUAC s'intéresse particulièrement à Hollywood et organise des audiences en octobre 1947 destinées à purger le secteur cinématographique de ses éléments communistes. De nombreux acteurs, réalisateurs, producteurs et scénaristes de tout premier plan sont publiquement critiqués en raison de leur proximité avec des organisations jugées "anti-américaines". Craignant de perdre leur travail, nombreux sont ceux qui acceptent de témoigner contre leurs amis et confrères. En revanche, dix d'entre eux refusent de répondre à la moindre question, contestant la légitimité de la Commission à les interroger sur leur sensibilité politique et dénonçant les audiences comme une violation de leurs droits civiques. Ces dix personnes sont condamnées à de la prison ferme pour outrage au Congrès. Le plus célèbre d'entre eux est Dalton Trumbo. 

Originaire de la petite ville de Montrose, dans le Colorado, Trumbo arrive à Los Angeles en 1925 avec ses parents et sa soeur pour y trouver une stabilité financière. À la mort de son père, c'est désormais lui qui fait vivre sa famille : il n'a que 21 ans. Il travaille dans une boulangerie, mais sa passion pour l'écriture le pousse à publier des articles et des nouvelles dans Vanity Fair, le Saturday Evening Post et le Hollywood Spectator. Contraint de trouver un équilibre entre ses obligations familiales et ses ambitions artistiques, il se découvre très tôt une compassion pour la classe ouvrière et un intérêt marqué pour la question des inégalités sociales et des privilèges de caste. 

Après avoir décroché un contrat d'écriture à la Warner, Trumbo s'impose comme le scénariste le plus recherché d'Hollywood grâce à son énergie, sa détermination et son sens de l'humour. Mais on se souvient surtout de lui aujourd'hui comme l'artiste le plus en vue des "Dix d'Hollywood". 

Brillant, ambitieux et polémique, Trumbo se plaisait à dénoncer ce qu'il considérait comme l'hypocrisie et l'injustice dans ses films, à l'instar de VACANCES ROMAINES et des CLAMEURS SE SONT TUES, écrits tous les deux sous des pseudonymes au cours de ses treize ans d'exil, ou encore d'importantes productions comme SPARTACUS et EXODUS, qui ont relancé sa carrière et amorcé le déclin de la Liste noire.

Le scénariste John McNamara a découvert l'histoire de Dalton Trumbo lorsqu'il étudiait l'écriture scénaristique sous la supervision d'auteurs qui avaient eux-mêmes été "blacklistés", comme Ring Lardner Jr., Waldo Salt et Ian McClellan Hunter, qui avait servi de prête-nom à Trumbo. "J'ai dit à Hunter que j'avais adoré le scénario qu'il avait écrit pour VACANCES ROMAINES", souligne McNamara. "Il m'a répondu qu'il n'en était pas l'auteur, mais qu'il s'agissait de Dalton Trumbo". 

Hunter a pris conscience que non seulement McNamara ignorait l'impact considérable des audiences de la HUAC et de la liste noire, mais qu'il en était de même des autres étudiants. "Pendant deux jours, ces hommes, qui avaient connu cette époque, nous ont raconté leur histoire de leur point de vue", se souvient McNamara. "Lorsque Ian m'a conseillé de lire la biographie de Trumbo écrite par Bruce Cook, je me suis empressé de le faire". 

McNamara y a décelé la matière pour un film capable d'évoquer cette période tourmentée de l'histoire politique américaine à travers une trajectoire individuelle. "C'est très rare de tomber sur une histoire vraie qui se termine bien", note-t-il. "À Hollywood, on élabore des dénouements heureux parce qu'il y en a très peu dans la vraie vie. Cette histoire m'a captivé et n'a cessé de me hanter, mais je n'arrivais pas à coucher sur le papier ce que j'envisageais dans mon esprit – jusqu'à ce que je tombe sur un article écrit par la fille aînée de Trumbo, Nikola". 

En lisant ce récit dense et poignant, intitulé "Une enfance différente", McNamara s'est aperçu qu'il considérait son protagoniste comme un scénariste et un militant politique, mais qu'il ne connaissait rien de l'homme. "Grâce à l'article de Nikola, j'ai découvert un être faillible et pétri de contradictions", reconnaît-il. "Elle parle du type de père et de mari qu'il était, et elle raconte ce qu'elle a ressenti lorsque sa famille a reçu les citations à comparaître. Tout cela m'a ouvert de nouveaux horizons". 

Comme McNamara commençait à s'en apercevoir, le nom de Dalton Trumbo résonnait différemment en fonction des gens. "C'était un marginal et un type opprimé par le système", déclare le producteur Michael London, qui a très tôt souhaité s'engager dans l'aventure. "Il était à la fois capitaliste et communiste. C'est ce genre de contradictions qui définissent les personnages les plus forts. Par-dessus tout, j'adorais sa volonté d'affronter le pouvoir en place et de sacrifier sa propre carrière au nom d'une cause juste. Trumbo détestait les tyrans. Il refusait de répondre aux questions s'il risquait, chemin faisant, d'être déloyal envers ses amis. Et il l’a payé cher – très cher". 

McNamara a fini par contacter Nikola Trumbo pour qu'elle lui fasse part de son point de vue sur le scénario en cours d'écriture. "Elle m'a envoyé un email extrêmement bienveillant avec des critiques très précises du script dans son ensemble et de son personnage en particulier", reprend le scénariste. "Elle m'a donné des conseils pertinents et intelligents, et m'a fait part de recommandations d'ordre émotionnel, qui m'ont permis d'enrichir le scénario". 

Nikola Trumbo et sa soeur cadette Mitzi ont contribué de manière décisive au scénario. "Elles sont les seuls membres de la famille proche encore en vie et il était donc essentiel pour nous de bénéficier de leur plus grande coopération", souligne London. "Grâce à nos discussions avec elles, nous avons glané des moments importants du parcours de leur père. Ce n'était pas toujours facile pour elles. Leur famille a vécu des épisodes douloureux et traumatisants, mais Nikola et Mitzi ont été d'une grande générosité et ont tout fait pour que le film soit le plus sincère et réaliste possible". 

Nikola est toujours extrêmement fière de l'héritage de son père qu'elle tient à préserver : "Aujourd'hui, on retient surtout que Trumbo a été communiste, mais on ne se rend pas compte qu'en réalité c'était un patriote", dit-elle. "Il était communiste à la fin des années 30 et au début des années 40, à une époque où cela voulait dire qu'on défendait la classe ouvrière et qu'on s'opposait aux lois ségrégationnistes, et qu'on se battait pour les droits civiques accordés aux Noirs américains. Cela n'avait rien à voir avec la Russie : il s'agissait de réfléchir à la manière dont un grand pays comme les États-Unis pouvait encore accomplir des progrès". 

"Il estimait que le Congrès n'avait aucunement le droit de l'obliger à révéler ses opinions politiques", ajoute-t-elle. "Je crois qu'il a été abasourdi d'avoir perdu ce combat. C'est l'histoire d'un homme qui est resté fidèle à ses propres croyances et convictions. C'est le genre de héros que nous pouvons tous aspirer à devenir, quels que soient nos défauts et nos faiblesses". 

Chez Groundswell Productions, l'enthousiasme pour le projet allait croissant. "C'est l'un des meilleurs scénarios qu'on ait jamais lus", indique la productrice Janice Williams, présidente du département production de la société. "Peu importe que ce soit une reconstitution historique avec un important casting et un sujet 'politique'. Nous étions tellement emballés par le projet que, quelles que soient les difficultés, nous étions déterminés à monter le film". 

Pour Janice Williams, TRUMBO est un récit étonnamment vivant et émouvant sur un sujet d'une formidable gravité. "Il ne s'agit pas du tout d'une oeuvre politique, mais d'une histoire sur le droit à la liberté d'expression", souligne-t-elle. "C'est un film exaltant qui repose sur une formidable galerie de personnages fascinants ayant réellement existé. Il s'attache à une période sidérante de l'histoire d'Hollywood, et dépeint à la fois la dimension glamour et reluisante de cet univers et sa part d'ombre, sans oublier la Commission des Activités Antiaméricaines". 

De son côté, la productrice Monica Levinson a encore du mal à croire que cette aventure extraordinaire d'un homme qui triomphe de l'adversité soit vraie. "L'histoire de Trumbo parle vraiment de notre droit, en tant que citoyens américains, à la liberté d'expression et à la liberté de réunion", dit-elle. "Trumbo et les autres artistes blacklistés se sont non seulement vu retirer ce droit mais ils ont été poursuivis en justice sans avoir commis le moindre délit. Trumbo était un vrai patriote : il adorait son pays". 

Jay Roach a été sollicité très tôt pour mettre en scène le film. Surtout connu pour ses comédies, comme la saga MON BEAU-PÈRE ET MOI, Roach n'en a pas moins réalisé des oeuvres à contenu politique. On lui doit ainsi "Recount", autour de l'élection présidentielle controversée de 2000, "Game Change", qui s'attache au rôle de Sarah Palin lors de la campagne présidentielle de 2008, et "All The Way", adaptation d'une pièce ayant triomphé à Broadway où Bryan Cranston interprète Lyndon B. Johnson.

"Ces films parlent d'événements historiques majeurs", affirme Janice Williams. "Jay a un vrai don pour partir d'histoires vraies et en faire des films captivants. On voulait que TRUMBO soit accessible et divertissant. Je ne vois pas de réalisateur qui s'en serait mieux tiré que lui". 

Roach a trouvé que le scénario offrait un point de vue percutant sur une histoire à la fois importante et fascinante qu'il fallait raconter. "Je crois que la plupart des gens ont au moins entendu parler de la liste noire", confie le réalisateur. "Ils connaissent même peut-être le nom de Dalton Trumbo et ils savent sans doute qu'il était un scénariste extraordinairement brillant, blacklisté en 1947 pour ses convictions politiques. D'ailleurs, il était le scénariste le mieux payé au monde lorsque son nom a été inscrit sur la liste noire. Il était doué et prolifique, et il n'hésitait pas à dire ce qu'il pensait haut et fort. Il pouvait aussi être irascible, agaçant et agressif. Par-dessus le marché, il était communiste – un communiste très riche – , ce qui donnait lieu à une histoire complexe et intéressante". 

Roach a été totalement séduit par l'histoire de Trumbo dès qu'il a commencé à lire ses lettres. "Son style d'écriture est fascinant et sincère, profond, intelligent et drôle", relate le réalisateur. "Il était parfois incohérent et paradoxal, mais constamment irrésistible. Je me suis demandé comment on a pu se dire qu'il fallait empêcher cet homme aussi doué d'écrire. L'une des questions que soulève le film – du moins je l'espère – est de savoir comment cet homme profondément patriote, cet artiste qui aimait son pays, a pu être considéré comme un traitre qui méritait d'être jeté en prison". 

"Grâce aux nombreux entretiens avec les filles de Trumbo pendant la phase de développement et le tournage, on a fait en sorte que la représentation de la famille soit la plus juste possible", ajoute Roach. "Nikola a hérité du tempérament fougueux et de la passion pour le débat d'idées de son père, mais c'était souvent une source de conflits entre eux. Elle parle de lui avec un immense respect et beaucoup d'admiration, mais leur famille vivait dans le stress et la tension". 

D'après Mitzi Trumbo, Roach a été très attentif aux propos des deux soeurs et a corrigé le scénario en fonction de leurs indications. "Le biopic est un genre délicat", indique-t-elle. "On est spectateur de la réinterprétation que propose quelqu'un d'autre de votre propre vie. Jay s'est montré d'une sensibilité extraordinaire. Il se souciait des mêmes choses que moi. L'histoire de mon père est un exutoire pour pas mal de gens et il voulait faire en sorte de la raconter avec exactitude". 

Pour Brown, la génération qui ne connaît pas l'existence de la liste noire d'Hollywood sera touchée par le parcours de Trumbo car rien de ce qu'il combattait n'a disparu aujourd'hui. "Même aux États-Unis, et de toute évidence dans d'autres régions du monde, des gens sont toujours persécutés pour leurs convictions", dit-il. "Le message de ce film est malheureusement encore d'actualité. La liberté d'expression n'est pas universellement partagée, loin de là". 

McNamara explique que Trumbo est "l'être humain le plus complexe que j'aie jamais tenté de transposer dans un scénario". Il ajoute : "Il me manque maintenant que le film est terminé. Je m'identifie sans mal à un scénariste soupe au lait qui est dépensier, qui ne respecte pas ses délais et qui hurle sur ses enfants lorsqu'ils l'interrompent. Mais je ne suis pas aussi courageux que Dalton. Je ne suis pas sûr d'être prêt à aller en prison au nom d'un idéal. Je ne pense pas qu'il existe d'autre parcours comparable au sien à Hollywood". 

Après avoir lu des dizaines de mémoires des témoins de la liste noire, il raconte qu'une phrase d'Arthur Laurents, dramaturge, metteur en scène et scénariste, lui est restée en tête. "C'est la réflexion la plus poignante sur laquelle je sois jamais tombée", dit-il. "Laurents a déclaré que toute une génération de scénaristes, réalisateurs, comédiens et producteurs d'une certaine orientation politique ont soudain été réduits au silence. Et si la liste noire n'avait pas existé ? Qu'est-ce que Trumbo aurait écrit en 1955 en signant de son vrai nom ? Qu'est-ce que Ring Lardner aurait écrit en signant de son vrai nom ? Qu'est-ce que Michael Wilson aurait écrit ?" 

Des milliers de personnes à Hollywood et ailleurs ont été touchés par la liste noire mais Dalton Trumbo était l'un des très rares à posséder le talent, la persévérance et la personnalité pour se défendre efficacement, selon Brown. "Il était prêt à assumer les conséquences", note le producteur. "Il y avait beaucoup de gens qui écrivaient sous des pseudonymes ou qui avaient recours à des prête-noms, mais ils ne se battaient pas pour une grande cause comme lui". 

Selon McNamara, ce n'est pas un hasard si Trumbo a écrit SPARTACUS, l'histoire d'un gladiateur qui affronte ses maîtres et prend la tête de la révolte des esclaves. "Ce film est le plus bel exemple de fantasme collectiviste jamais produit par Hollywood", s'exclame le scénariste. "C'est un chef-d'oeuvre dans la mesure où il montre bien que le collectivisme n'a sans doute rien de merveilleux, mais que c'est largement préférable à un système où l'on est un pion sur un échiquier destiné à enrichir quelqu'un d'autre. À mon avis, ce que Trumbo voulait dire dans ce film, c'est que tant qu'à mourir, autant mourir debout, en livrant bataille et en restant unis".

UNE INCARNATION PLUS VRAIE QUE NATURE 

Dalton Trumbo maniait la rhétorique avec entrain et il était conscient qu'il attirait l'attention dès qu'il entrait dans une pièce, ce qui l'amusait beaucoup. S'il était animé de sentiments nobles, il menait la grande vie – autant dire qu'il était pétri de contradictions et que les auteurs du film tenaient à en brosser un portrait au plus proche de la réalité. 

"Dalton Trumbo est un être très complexe", souligne Janice Williams. "Un type extrêmement riche qui avait réalisé le rêve hollywoodien… et qui était communiste ! Nous avions tous été sensibles à l'incarnation de Walter White par Bryan Cranston dans BREAKING BAD, et on se disait qu'il y avait quelque chose dans son jeu qui correspondait exactement à ce qu'on recherchait. Bryan est capable de camper des personnages contradictoires. Il dégage lui-même une grande tristesse et une profonde rectitude morale, et il a su apporter au personnage le juste équilibre". 

Roach ne souhaitait pas seulement confier le rôle de Trumbo au comédien pour sa prestation dans la série-culte : "Qu'il s'agisse de son interprétation dans BREAKING BAD, dans la pièce 'All the Way', où il campe Lyndon Johnson, ou même dans la série MALCOLM, Bryan Cranston fait preuve d'une intensité qui correspond à Dalton Trumbo", indique le réalisateur. "Il arrive à exprimer la fougue, l'intelligence et l'autosatisfaction de Trumbo, et il parvient à se montrer aussi charmant, piquant et drôle qu'était ce grand homme". 

Pour London, il y a de vraies similitudes entre l'acteur et le scénariste : "Je pense que ce personnage ressemble vraiment à Bryan", dit-il. "Bryan peut être irascible, têtu et obsessionnel, et passionné dans ses convictions. Tout cela correspond à Dalton Trumbo. Grâce à la proximité entre le comédien et son modèle, il a su imprégner son interprétation d'un amour insondable et d'une véritable compréhension de ce qu'incarnait Trumbo". 

Selon le réalisateur, l'interprétation sincère de Cranston rend le personnage plus fascinant encore. "Bryan est épatant", poursuit Roach. "Il a su cerner l'artiste qu'était Trumbo tout en en faisant un homme ancré dans la réalité. C'était un choix intéressant et ce rôle se distingue de sa filmographie. La force de Bryan et son intuition artistique ont rendu le personnage plus complexe encore que je l'imaginais". 

Après avoir lu le scénario, Cranston s'est dit qu'il devait participer à ce projet à tout prix. "Jay Roach nous a transmis sa passion et ses conseils", relève-t-il. "Il y avait là un scénario très fort et une histoire convaincante. C'était palpitant et cela donnait matière à réflexion sur le plan intellectuel. J'ai été séduit, tout comme l'ont été Diane Lane, Helen Mirren, John Goodman, Michael Stuhlbarg et Louis C.K., car nous voulions tous participer à un projet de première importance".

Cranston explique qu'il y a trois éléments qui entrent en ligne de compte lorsqu'on lui propose un rôle. "D'abord, il y a l'histoire", indique-t-il. "Est-ce qu'elle me touche ? Est-ce que le film va m'apporter quelque chose ? Même s'il me permet d'oublier mes soucis pendant deux heures, cela en vaut la peine. Ensuite, il y a la qualité du texte. Même si on a une histoire extraordinaire entre les mains, il faut la raconter avec élégance. Enfin, il y a le personnage. De toute évidence, ce projet réunissait ces trois critères". 

Tout comme avec Lyndon B Johnson qu'il campait à Broadway, Cranston se sentait investi d'une responsabilité en interprétant le personnage. "Les filles de Dalton Trumbo m'ont été d'une aide précieuse", déclare-t-il. "C'était inestimable d'avoir leur point de vue, et ça l'était aussi de pouvoir lire les biographies et autobiographies des gens qui l'ont connu. On disposait donc d'une documentation presque inépuisable. Plus j'en apprenais sur lui, plus je me sentais proche de l'homme qu'il était". 

Pour Cranston, ceux qui souhaitent mieux connaître Trumbo ont intérêt à voir les films qu'il a écrits. "Si on devait organiser une rétrospective de ses films, on se rendrait compte qu'aucun d'entre eux n'est subversif ou ne véhicule un message dangereux", poursuit Cranston. "Il aimait son pays. Il pensait qu'il pouvait encore progresser. Comme il le dit dans le film : 'Nous avons le droit de nous tromper'. Reconnaître à l'autre le droit à l'erreur est un fondement de la mentalité américaine". 

"Ce qu'on retrouve dans tous ses films, c'est un personnage qui privilégie l'honneur à son intérêt personnel et qui se bat pour des causes justes", remarque le comédien. "Il avait le sentiment d'être un porte-parole pour les sans-grade, ce qui fait de lui un type remarquable. Mais on s'est dit qu'il était tout aussi important de montrer sa part d'humanité. La pression qu'il subissait aurait pu anéantir sa famille et c'est en grande partie grâce à la force de Cleo Trumbo que cela ne s'est pas produit". 

"Les combats de Dalton Trumbo pesaient lourd sur sa famille, mais sa femme veillait à ce que leur foyer n'en souffre pas trop", note le réalisateur. "Cela fait partie intégrante de l'histoire de Dalton. Pendant treize ans, on lui a interdit d'exercer son métier. Il a trouvé un moyen ingénieux de s'occuper, mais il travaillait 20 heures par jour – il restait éveillé grâce à des stimulants et il arrivait à dormir en prenant de l'alcool et des médicaments uniquement délivrés sur ordonnance. Sa famille a commencé à être durement éprouvée par le stress. Grâce à Cleo et à son amour pour ses enfants, la famille est restée unie et elle s'y est pris avec douceur et humour".

LA FAMILLE TRUMBO 

Selon Brown, McNamara a eu l'intelligence de centrer l'histoire autant sur Dalton Trumbo que sur ses proches : "C'est le premier film qui s'attache à l'impact de la liste noire sur l'entourage de ceux qui en étaient les cibles", dit-il. "On comprend alors le prix qu'a dû payer toute la famille de Trumbo pour ses convictions politiques". 

Son épouse, Cleo, était comédienne quand elle était enfant, faisant vivre sa mère et son petit frère. C'est une femme qui a témoigné de sa force face à l'adversité. Elle incarnait le glamour hollywoodien, tout en sachant tenir tête à l'opiniâtreté de son mari. Quand Cleo et Trumbo se sont rencontrés, elle était serveuse dans un drive-in d'Hollywood où sa dextérité à jongler avec les verres d'eau était particulièrement appréciée des clients. Séduit par sa beauté et sa vivacité, Trumbo n'a pas tardé à lui demander de l'épouser. Elle a refusé sans ménagement et lui a même rendu les énormes pourboires qu'il essayait de lui laisser. Pourtant, la persévérance de Trumbo a fini par produire ses effets et Cleo est restée à ses côtés tout au long des épreuves qu'il a traversées. 

"Ce n'était pas une vie de tout repos", indique Janice Williams. "Mais elle est restée à ses côtés parce qu'elle avait foi en ce qu'il faisait. Diane Lane, qui interprète Cleo, incarne très bien ce genre de femme hollywoodienne à la fois futée et élégante". 

Selon London, le rôle de Cleo Trumbo était d'une complexité inhabituelle. "Cleo était vraiment un pôle de stabilité affectif pour Dalton", note le producteur. "Elle acceptait que son mari polarise toute l'attention. Diane est une actrice très généreuse et a bien compris qu'elle serait dans l'ombre de Bryan, tout comme Cleo l'était vis-à-vis de Dalton. Elle l'a non seulement accepté, mais elle a imposé une forme de sérénité qui était parfaitement à l'image de la véritable Cleo. Elle a beaucoup de charisme, mais elle n'en fait jamais étalage". 

Cleo puise sa force dans les difficultés qu'elle a dû surmonter quand, enfant, elle devait se produire sur scène pour faire vivre sa famille : "C'est ce qui lui a forgé son caractère et lui a donné envie de se battre", indique Diane Lane. "On dit que le métal est plus résistant quand il a été soudé, et je pense que c'est aussi valable pour Cleo". 

Alors qu'elle avait le physique et le charisme d'une star, Cleo Trumbo a préféré être une épouse et une mère. "Elle était très dévouée à son mari et à ses enfants et sa détermination à les protéger lui a donné de la force", ajoute la comédienne. 

Diane Lane précise que si elle avait entendu parler des Dix d'Hollywood et de Trumbo, elle a largement étoffé ses connaissances au cours du tournage. "C'est ce qui m'a convaincue de la nécessité de raconter cette histoire", confie-t-elle. "C'est effrayant de voir à quel point les gens – et moi la première – connaissent peu l'histoire. Les drames humains qui se sont joués à cette époque m'ont beaucoup choquée. Cette histoire restera d'actualité tant que le patriotisme pourra être détourné. Cela a encore lieu de nos jours et Cleo Trumbo voulait affirmer que tout ce qui s'est passé à l'époque aurait pu être évité". 

Brown apprécie Diane Lane depuis longtemps et a été impressionné par sa manière de s'approprier le rôle de Cleo Trumbo : "Elle s'est imposée comme l'une des plus grandes actrices de sa génération", dit-il. "Elle est aussi belle que douée. Elle est partie du scénario pour enrichir son personnage". 

Témoins des épreuves endurées par leur père, Niki et Mitzi Trumbo étaient des observatrices privilégiées des conséquences de la liste noire sur les familles des victimes du maccarthysme : "La peur du communisme dans les années 50 était à son comble", se souvient Mitzi. "On ne savait jamais à quoi s'attendre quand on prononçait le nom de Trumbo. Quand j'étais à l'école primaire, les associations de parents d'élèves commençaient à organiser des réunions secrètes pour savoir qui était communiste dans le quartier, et visaient mes parents en particulier. On m'a retirée de l'école et j'ai suivi des cours à domicile pendant quelque temps. On était très soudés en raison des circonstances. Mes parents nous disaient toujours la vérité, mais il y avait beaucoup de choses qu'on ne pouvait pas raconter à l'extérieur. Je n'avais pas d'ami dont le père ait fait de la prison. Je pouvais dire que mon père était écrivain, mais pas évoquer ce qu'il écrivait". 

McNamara a prévenu les deux soeurs que certains événements de leur vie étaient susceptibles d'être romancés. "En fait", poursuit Niki, "l'intrigue est assez proche de la réalité. Les auteurs s'en sont remarquablement tirés pour restituer la complexité et l'intensité de mes rapports avec mon père. Je pense qu'on était très semblables tous les deux – à la fois têtus, très déterminés et volontiers provocateurs. Autant dire qu'on passait notre temps à nous disputer". 

Niki Trumbo ne tarit pas d'éloges sur Elle Fanning qui, à 16 ans, campe son personnage de l'âge de 13 à 31 ans de manière saisissante. Elles ont largement communiqué par e-mail tout au long du tournage. "Elle est très forte", déclare Niki. "Je lui ai écrit pour tenter de lui expliquer ce que je ressentais à cette époque où, adolescente, je me cherchais beaucoup. Elle interprète remarquablement la jeune fille que j'étais. J'ai presque eu l'impression de revivre mon adolescence". 

En dialoguant avec Niki Trumbo, la jeune comédienne a bien compris que tous les membres de la famille étaient victimes de la liste noire. "Il a fallu qu'ils changent totalement d'existence et qu'ils vivent dans la clandestinité", dit-elle. "Niki ne pouvait révéler à personne qui était son père, ni même ce qu'il faisait. On ressent déjà une telle pression quand on est ado sans ces circonstances… Mais la situation a fait d'elle une vraie battante. Son sens de l'éthique l'a sauvée. Et cela lui venait de son père". 

Comme le montre le film, Dalton Trumbo était loin d'être un père irréprochable à cette époque. "La situation pesait lourdement sur toute la famille", remarque Elle Fanning. "Dalton ne s'occupait de rien d'autre parce qu'il subissait un stress épouvantable. Niki lui en voulait beaucoup. Les amis, les devoirs pour l'école, la vie de famille – tout passait au second plan. Elle ne pouvait pas sortir avec ses copains parce qu'il avait besoin d'elle pour lui taper ses textes. Elle a dû murir très rapidement. Elle a toujours eu beaucoup de respect pour lui, si bien que le moment où ils finissent par se rapprocher est très émouvant". 

Au cours de leurs échanges, Niki a insisté sur son amour pour ses parents. "Elle a toujours appelé sa mère Cleo et son père Trumbo, au lieu de maman et papa", signale la comédienne. "On pourrait croire que c'était pour marquer ses distances, mais Niki m'a tout de suite précisé que c'était au contraire une marque d'affection. Ils se considéraient comme des égaux, ce qui en dit long sur la dynamique familiale". 

Tout au long du film, Niki est celle qui, au sein de la famille, pousse le plus Trumbo dans ses retranchements. "Elle exige de lui qu'il assume son rôle de père et de mari, même si lui a le sentiment de subir seul le poids de l'injustice", constate Roach. "Elle avait la force de caractère pour tenir tête à Bryan Cranston. Grâce à elle, on s'inquiète pour la famille dans ces moments d'angoisse et de combats acharnés".

UNE REDOUTABLE ENNEMIE 

L'une des plus farouches adversaires de Trumbo reste la reine des potins d'Hollywood, Hedda Hopper. Comédienne de théâtre avant de tourner dans des films muets, elle a réussi à passer le cap du cinéma parlant, même si elle n'a jamais connu de carrière étincelante. Lorsque les propositions se sont faites plus rares, elle a décidé de mettre à profit son énergie inépuisable pour devenir chroniqueuse mondaine à Hollywood. Très vite, elle a conquis un très grand nombre de lecteurs et acquis un pouvoir considérable. 

"Helen est une immense professionnelle qui se consacre corps et âme à son travail", ajoute Monica Levinson. "Elle a été merveilleuse et sur le plateau, tout le monde avait le sentiment d'être en présence d'une reine d'Hollywood. Elle a apporté une grande part d'humanité à Hedda Hopper qui, au fond, est l'antagoniste du film". 

"On pourrait facilement sous-estimer l'influence et la force de persuasion d'Hedda Hopper dès lors qu'il s'agissait, selon elle, de la menace communiste venant des États-Unis", analyse Roach. "Elle était réputée pour ses chapeaux extravagants recouverts de fleurs et de plumes, ce qui ne l'empêchait pas de s'attaquer à des sujets très sérieux dans ses chroniques. Elle galvanisait les anticommunistes d'Hollywood et s'en prenait en particulier à Dalton Trumbo. Elle était déterminée à convaincre les Américains que ces scénaristes patriotes étaient des traîtres, et elle a écrit des articles diffamatoires, colportant les pires rumeurs, qui étaient lus par 35 millions de personnes". 

Helen Mirren a été emballée par l'intrigue et le contexte historique de TRUMBO. "Hollywood était une organisation extraordinaire, alimentée par la publicité, par les Hedda Hopper et autre Walter Winchell [journaliste américain ouvertement favorable à McCarthy, NdT] de ce monde, par les attachés de presse et par les studios. Il y avait des géants dans tout Hollywood, stars et cinéastes confondus. J'ai adoré ce projet". 

La comédienne a aussi été séduite par la perspective de travailler avec Roach et Cranston. "En tournant avec Bryan, j'avais l'impression de retrouver un vieil ami", dit-elle. "Les acteurs sont attentifs au travail les uns des autres, et il nous arrive d'avoir un petit coup de foudre pour l'un ou l'autre. C'est ce que je ressens pour Bryan depuis longtemps". 

"Quant à Jay, il vous donne du courage, ce qui est formidable – surtout quand on campe un personnage extravagant comme Hedda", reprend-elle. "On a parfois le sentiment d'être sur un parapet, à deux doigts de tomber dans le vide. Du coup, on apprécie vraiment d'être soutenue". 

D'après Helen Mirren, Hedda Hopper croyait sincèrement qu'elle se battait pour défendre les intérêts des États-Unis et pour des valeurs auxquelles adhéraient les Américains. "Tout ce qui pouvait ressembler de près ou de loin au socialisme était le mal absolu", dit-elle. "Le dialogue en politique n'a guère changé. Il y a toujours un clivage entre ceux qui pensent qu'on a l'obligation morale de prendre soin des plus vulnérables et ceux qui ont foi en l'individualisme et le souverainisme".

LES "BLACKLISTÉS" 

Pour exprimer les points de vue et évoquer le sort des autres membres des Dix d'Hollywood, McNamara a notamment imaginé le personnage fictif d'Arlen Hird, qui s'inspire de plusieurs scénaristes ayant été réellement blacklistés. "Dans les premières versions du scénario, Arlen n'existait pas", souligne Brown. "Au départ, on a introduit des personnages qui s'inspiraient plus directement de figures historiques, mais on se dispersait. Il nous fallait un personnage qui assure un fil rouge au récit pour le faire avancer avec efficacité, et John a donc imaginé Arlen". 

Hird s'inspire de cinq scénaristes communistes qui ont connu Dalton Trumbo entre 1947 et 1970 : Samuel Ornitz, Alvah Bessie, Albert Maltz, Lester Cole et John Howard Lawson. "Ce que ces cinq hommes avaient en commun, c'est qu'ils avaient des points de vue sur l'existence et sur la politique moins souples que Trumbo", indique McNamara. "Si celui-ci était un homme engagé aux opinions progressistes bien assumées, il était suffisamment pragmatique pour comprendre que lorsqu'une stratégie était vouée à l'échec, il ne fallait ni baisser les bras, ni garder le cap, mais changer de stratégie". 

Arlen Hird est interprété par l'humoriste, comédien, scénariste et metteur en scène Louis C.K. "Même dans une histoire dramatique, on a besoin d'humour de temps en temps", affirme le réalisateur. "On a choisi Louis C.K. pour ce type cynique, parfois amer, mais le plus souvent drôle, qui commence à comprendre que ce qui se passe est vraiment hallucinant et qui arrive à la tourner en dérision avec beaucoup d'humour. Il décèle l'absurdité de la situation d'une manière qui échappe à certains acteurs dramatiques". 

Hird incarne une forme plus militante de communisme que Trumbo, selon C.K. "Arlen est communiste jusqu'au bout des ongles", dit-il. "Il est même allé en Espagne pour soutenir la révolution. Dalton Trumbo était un idéaliste qui croyait dans la solidarité, la force des syndicats, les conventions collectives et l'égalité des salaires. Pas mal de gens qui se sont retrouvés blacklistés se contentaient d'assister à des réunions et de participer à des débats d'idées – un peu comme sur un blog, sauf qu'à l'époque, il fallait être présent physiquement". 

"L'occasion de me plonger dans ce moment quasi surréaliste de l'histoire américaine m'a emballé", reprend-il. "Certaines personnes perdaient leur boulot parce qu'ils assistaient à une réunion. Mon personnage est un scénariste qui a besoin de bosser. Quant à moi, j'avais envie de travailler avec Bryan et Jay. Jay m'a dit : 'Et si on faisait un essai ?' – et c'est ce qu'on a fait. Il a un vrai don pour imaginer des scènes à la fois drôles et vraisemblables". 

Par ailleurs, McNamara a intégré au scénario le scénariste Ian McClellan Hunter, campé par Alan Tudyk, qui a vraiment existé. Hunter était l'un des plus proches amis et partenaires de Trumbo. Après avoir fait ses débuts à la fin des années 30, Hunter est devenu scénariste à succès et communiste aux idées progressistes. Pour autant, il n'a pas été cité à comparaître aux côtés des Dix de Hollywood. Par conséquent, il a pu continuer à travailler pour la Paramount jusqu'en 1950, date à laquelle la Cour Suprême a refusé d'examiner le recours des Dix de Hollywood condamnés pour outrage au Congrès : c'est cette décision qui a entériné la liste noire. 

Hunter s'est fait connaître pour avoir écrit la comédie romantique VACANCES ROMAINES. Or, en réalité, c'est Trumbo qui a remis à Hunter un exemplaire d'un traitement détaillé et autorisé celui-ci à signer à sa place. Le film s'est imposé comme un succès critique et commercial et a valu un Oscar à Hunter, alors même que Trumbo en est le véritable auteur. 

Au milieu des années 50, Hunter s'installe à New York avec sa famille et se met à écrire pour la télévision sous divers pseudonymes. Tandis que la liste noire commence à perdre de son influence dans les années 60, il collabore à plusieurs séries saluées par la critique. Professeur à New York University dans les années 80, il rencontre John McNamara et apporte un éclairage crucial sur l'époque de la liste noire et le parcours de Dalton Trumbo au jeune scénariste.

DES ALLIÉS INATTENDUS 

John Goodman campe Frank King, personnage ayant réellement existé, qui avec ses frères Herman (Stephen Root) et Maury, produisait d'innombrables films de gangster, d'horreur, de science-fiction et de westerns de série B dans les années 40 et 50. "Les frères King engagent Dalton pour écrire pour eux quand celui-ci se retrouve blacklisté", indique Janice Williams. "Ils ne s'intéressent pas à la politique. Leur seul objectif est de gagner de l'argent. Mais à leur manière, certes inhabituelle, ils contribuent à saper l'influence de la liste noire en permettant à des scénaristes déclarés indésirables de continuer à travailler". 

"On a eu une chance inouïe que John Goodman accepte de jouer le rôle", déclare London. "Pour nous, il était essentiel que le film soit drôle et divertissant. Il campe Frank King avec ce style flamboyant de l'âge d'or d'Hollywood. Il interprète le personnage avec délectation et enthousiasme. Il y a pris un plaisir non dissimulé et ça ne sonne jamais faux. Ces types-là étaient comme ça". 

Roach signale que King a été un héros malgré lui à cette époque. "Avec ses frères, ils ont engagé des scénaristes blacklistés et ont pu se procurer des scripts écrits par les plus grands auteurs américains pour des budgets très limités", note le réalisateur. 

Goodman explique que les frères ne cherchaient pas spécialement à soutenir les auteurs blacklistés. "Ils essayaient seulement de faire du fric", précise le comédien. "Ce sont des capitalistes qui cherchent à dépenser le moins possible tout en attendant d'importants retours sur investissements. Ils n'ambitionnaient pas de faire de la qualité, mais de la quantité. Le plus drôle, c'est que Dalton Trumbo a écrit un film pour eux intitulé LES CLAMEURS SE SONT TUES, sous le nom de 'Robert Rich', qui a remporté un Oscar". 

"L'histoire de Trumbo reste un modèle pour nous tous", affirme Goodman. "Il s'agit du parcours d'un homme qui a eu le courage de s'opposer au système. Beaucoup de vies ont été ruinées, comme la sienne et celle de sa famille, mais il a continué à se battre et il l'a fait avec une formidable élégance et un grand sens de l'humour. Il est presque impossible d'imaginer que la liste noire ait pu exister ou que des gens aient pu avoir autant peur les uns des autres. Cela nous rappelle qu'il faut rester vigilant car une telle situation peut se reproduire n'importe quand".

JOHN WAYNE, KIRK DOUGLAS ET EDWARD G. ROBINSON 

On ne saurait imaginer une histoire se déroulant pendant l'âge d'or d'Hollywood sans une galerie d'acteurs connus de toute une génération de spectateurs cinéphiles. John Wayne, Kirk Douglas et Edward G. Robinson ont joué un rôle important dans le parcours de Trumbo. "C'est très difficile de trouver les interprètes d'acteurs aussi connus du grand public", indique Janice Williams. "On n'a pas choisi de sosies, mais les comédiens qu'on a retenus se sont tellement identifiés à leurs personnages qu'on y croit totalement". 

Il était particulièrement complexe de dénicher l'interprète de John Wayne. Incarnation de la virilité et héros américain par excellence, Wayne est l'un de ceux qui ont précipité la chute de Trumbo. À la tête de la Motion Picture Alliance for the Preservation of American Ideals, il a mené la croisade contre les sympathisants communistes cherchant à utiliser le cinéma pour manipuler les Américains. 

La production a confié le rôle à David James Elliott, solide gaillard d'1m92. "John Wayne est une icône de l'histoire du cinéma américain", indique Roach. "L'idée de prendre quelqu'un qui trahisse le symbole qu'était John Wayne me terrorisait. David James Elliott a incarné John Wayne sans le caricaturer ou l'imiter". 

Elliott a visionné les films de John Wayne et s'est abondamment documenté sur ce dernier pour se préparer au rôle : "J'ai énormément de respect pour lui", dit-il. "En réalité, c'était l'un des plus modérés au sein de la Motion Picture Alliance. C'était une période mouvementée de grands changements dans le monde entier. La peur du communisme était omniprésente… C'était facile de voir le monde de manière binaire et Wayne pensait qu'il faisait ce qu'il fallait". 

Edward G. Robinson est devenu célèbre en 1931 en interprétant un criminel impitoyable dans LE PETIT CÉSAR, l'un des premiers grands films de gangster. À la ville, Robinson était un intellectuel cultivé et engagé. S'il n'était pas lui-même communiste, ses convictions progressistes l'ont amené à fréquenter plusieurs personnes qui, elles, l'étaient. 

Robinson a été convoqué à quatre reprises devant la HUAC avant de finir par livrer les noms de ses amis. "Edward G. Robinson est un grand défenseur de Trumbo et des autres scénaristes blacklistés au départ", signale Roach. "Mais il ne peut pas agir en prenant un pseudonyme, si bien qu'il finit par céder à la délation. C'est un pacte faustien. Il trahit ses amis – ceux-là mêmes qu'il soutenait au début – afin de pouvoir travailler. Comme la plupart des personnages du film, il se retrouve face à un dilemme moral extrêmement déchirant". 

Michael Stuhlbarg, qui incarne Robinson, est l'un des premiers comédiens auxquels la production ait songé. "Michael a été merveilleux", affirme Rawat. "Vu son parcours, il ne pouvait qu'être brillant. Il a étudié les films d'Edward G. Robinson et consulté tous les documents qu'il a pu trouver. Il est vraiment devenu Edward G. Robinson. Il a éprouvé la souffrance et l'anxiété du bonhomme et, quand on le voit à l'écran, on est en empathie avec lui".

Bien que Stuhlbarg connaisse la filmographie de Robinson, il ignorait tout de la vie du comédien. "Après avoir lu quelques ouvrages, j'ai été fasciné", confie-t-il. "Son nom figurait constamment sur des listes de personnes soupçonnés d'être communistes, même s'il n'a jamais assisté à la moindre réunion, ni appartenu au parti. Il ressentait le besoin impérieux de laver son honneur". 

McNamara, qui trouve le dilemme de Robinson déchirant, brosse dans le scénario le portrait d'un homme bouleversant. "C'était dur d'écrire ces scènes parce que je pense qu'il a sincèrement regretté d'avoir parlé devant la Commission", analyse le scénariste. "Mais à tort ou à raison, il a estimé qu'il n'avait pas le choix. Trumbo était en total désaccord avec lui : il pensait, au contraire, qu'on a toujours le choix de se comporter de manière intègre, de faire ce qu'il faut et d'être courageux". 

Au bout du compte, "il n'y a ni gentils, ni méchants dans cette histoire", renchérit Stuhlbarg. "Les gens font ce qu'ils peuvent pour s'en sortir. Nous vivons dans un monde dangereux et cruel, où tout va très vite, et nous avons encore beaucoup à apprendre du courage exemplaire de Trumbo". 

Kirk Douglas, campé par Dean O'Gorman, contribue de manière décisive à fournir du travail aux scénaristes, comédiens, réalisateurs et autres professionnels du secteur blacklistés. C'est ainsi qu'il engage Dalton Trumbo pour écrire le scénario de SPARTACUS de Stanley Kubrick. Alors au sommet de sa carrière, l'acteur est l'une de rares stars hollywoodiennes à user de son influence pour mettre un terme à la liste noire. 

Disposant d'une abondante documentation sur la vie et le parcours de Douglas, dont des livres de souvenirs signés par l'acteur, O'Gorman a pu facilement se représenter le personnage. "La difficulté consistait à cerner l'homme au-delà de l'image de la star", dit-il. "J'ai lu tout ce qu'il a écrit et j'ai vu une vingtaine de ses films. Avec Jay, on est tombé d'accord sur le fait que je n'allais pas me prêter à une imitation. Kirk a une voix bien particulière, et je n'ai pas cherché à reproduire ses intonations, mais à me rapprocher de sa véritable personnalité. Il est réputé pour son énergie débordante et c’est ce que j'ai cherché à restituer". 

Toute l'équipe du film a été fascinée par l'histoire de liste noire et par ses résonances avec l'époque contemporaine, affirme le réalisateur. "On a parfois tendance à considérer que nos droits vont de soi", dit-il. "C'est facile de défendre la liberté d'expression quand on tient des propos qui plaisent à l'opinion, mais la Déclaration des Droits de l'Homme est conçue pour protéger des discours impopulaires, particulièrement en temps de crise. On a presque oublié l'époque de la liste noire, mais nous avions là l'opportunité de rappeler au monde l'importance de ces événements".

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