samedi 12 mars 2016

A PERFECT DAY (UN JOUR COMME UN AUTRE)



Drame/Comédie/Intelligent et intéressant, une très bonne surprise

Réalisé par Fernando León de Aranoa
Avec Benicio Del Toro, Tim Robbins, Mélanie Thierry, Olga Kurylenko, Fedja Stukan, Eldar Residovic, Sergi López, Nenad Vukelic...

Long-métrage Espagnol
Titre original : A Perfect Day 
Durée: 01h46mn
Année de production: 2015
Distributeur: UGC Distribution 

Date de sortie sur les écrans espagnols : 28 août 2015
Date de sortie sur nos écrans : 16 mars 2016


Résumé : Un groupe d’humanitaires est en mission dans une zone en guerre : Sophie, nouvelle recrue, veut absolument aider ; Mambru, désabusé, veut juste rentrer chez lui ; Katya, voulait Mambru ; Damir veut que le conflit se termine ; et B ne sait pas ce qu'il veut.

Bande annonce (VOSTFR)



Ce que j'en ai penséJ’ai été très agréablement surprise par A PERFECT DAY (UN JOUR COMME UN AUTRE). J’ai beaucoup aimé la façon dont le réalisateur, Fernando León de Aranoa, nous montre toute la difficulté des missions humanitaires en zone de guerre. Une action à laquelle nous consacrerions une heure ou deux devient extrêmement compliquée dans un pays subissant un conflit. Et ce sont les aspects à la fois dramatiquement humains, politiques et sécuritaires que le réalisateur réussit à mettre en avant, tout en nous faisant simplement suivre un groupe d’humanitaires pendant une de leur mission. J’ai trouvé super la façon dont il utilise l’humour pour désamorcer la gravité des situations auxquelles les protagonistes doivent faire face. Et en même temps, la tension permanente est palpable, on comprend qu’à tout moment la situation peut dégénérer. Les voir se débattre pour aider autant qu’ils peuvent avec aussi peu d’aide et si peu de résultats en retour est très touchant. Pour pouvoir affronter ce genre de vie, il faut des personnes avec des caractères courageux et marqués. C’est bien le cas avec les personnages de l’histoire.

J’ai été ravie de voir Benicio Del Toro dans le rôle de Mambrú, un homme charismatique - c’est le leader incontesté de l’équipe - mais imparfait et qui doute sur son engagement. Je l’ai trouvé très convaincant.



Tim Robbins est extra dans le rôle de B. Il est drôle et apporte le brin de folie nécessaire à l’équilibre de l’équipe.



Mélanie Thierry interprète Sophie, une jeune femme qui n’a pas sa langue dans sa poche et qui apporte la fraîcheur du nouveau au groupe.


Fedja Stukan est Damir, l’interprète de la mission. J’ai beaucoup aimé son jeu qui reflète la position délicate qu’il doit endosser tous les jours.
Olga Kurylenko interprète Katya. Elle joue très bien mais je trouve que l’apport de l’intrigue amoureuse qui vient avec son rôle n’est pas la partie la plus passionnante du film.
Eldar Residovic interprète le jeune Nikola avec un naturel déconcertant, il est très mignon.




La dynamique de l’équipe fonctionne parfaitement bien. Je me suis attachée à eux et à partir de là c’est gagné, puisque les aventures qu’ils vivent m’ont touchées.

A PERFECT DAY (UN JOUR COMME UN AUTRE) est un film intelligent et intéressant. Je vous le conseille aussi bien pour le traitement de son sujet que son casting super sympa.

Photo : Fernando Marrero - © REPOSADO P.C. and MEDIAPRODUCCIÓN S.LU. 

NOTE D’INTENTION DU RÉALISATEUR

Le film porte sur ceux dont la mission délicate consiste à mettre de l’ordre dans le chaos. Il raconte leurs tentatives quotidiennes pour mener une guerre à l’intérieur d’une autre – une guerre contre l’irrationnel, contre le découragement. Contre leur désir irrépressible de rentrer chez eux.

L’humour à froid est l’arme du film pour aborder les événements avec distance : piquant, âpre, décapant – désespéré aussi – tout au long du film, souvent en plein cœur de la tragédie. Sûrement parce que c’est dans ces moments qu’il est indispensable.

Le film s’attache à la routine de ceux qui travaillent là où rien n’est routinier. Il évoque les forces et les faiblesses de ces travailleurs, leurs erreurs, leurs décisions, leurs petits malheurs. Sans jamais perdre de vue que l’héroïsme est lié à l’effort consenti plus qu’aux seuls actes. 

Le film se déroule dans une région montagneuse, véritable microcosme où tous ceux qui participent à la guerre, de près ou de loin, sont réunis : soldats, civils, Casques bleus, journalistes… Dans ce contexte, un groupe d’humanitaires tente de remonter un cadavre d’un puits, jeté là pour contaminer l’eau – déclaration primaire, mais efficace, d’une guerre biologique.

Un problème a priori facile à résoudre. Mais la première victime de tout conflit armé est le bon sens. Ce qui explique peut-être le fait qu’ils effectuent des allers-retours en voiture sur ces étroites et labyrinthiques routes de montagne, à la recherche d’une issue qui n’existe sans doute pas…

Un labyrinthe à ciel ouvert, écrasé par le soleil, sous le ciel infini des Balkans : étouffant de grandeur. Depuis le début de l’écriture du scénario, j’ai cette vision en plongée des deux 4x4 parcourant sans but ces routes de montagne.

Dans le cadre de la réalisation de mes précédents films, j’ai souvent eu l’occasion de travailler aux côtés d’humanitaires dans des pays en guerre. La première fois, c’était en février 1995 pendant la guerre de Bosnie. Nous les avions filmés avec deux Betacams, couvrant ainsi le conflit. Nous avions ramené plusieurs dizaines de cassettes et quelques mots – peu – que nous utilisions fréquemment pour évoquer la guerre : désorientation, irrationnel, Babel, labyrinthe, impuissance.

Il y a quelques années, j’ai tourné un documentaire dans le nord de l’Ouganda avec des membres de Médecins sans Frontières. Dans ce qu’on peut appeler un bar, situé à une quinzaine de kilomètres de la frontière soudanaise, alors qu’on buvait une bière Nile Special tiède, j’ai entendu notre responsable de la sécurité évoquer le roman de Paula Farias, Dejarse llover, pour la première fois.

Paula est médecin, coordinatrice d’urgences pour MSF, et écrivain. D’une certaine manière, elle a deux façons d’aider les autres. J’ai été fasciné par la simplicité de l’intrigue de son roman, et par sa profondeur. Il dépeint avec un humour absurde la cruauté de la guerre. C’est dans ces pages, et dans mes propres souvenirs de cette montagne sinueuse et impénétrable au cœur des Balkans, que j’ai puisé l’idée du film. Loin des scénarios habituels du genre, le film s’attache à une autre guerre, une guerre silencieuse, qui va audelà des lignes de front et des accords de paix. Une guerre qui se prolonge avec les mines antipersonnel et les enfants armés aux postes de contrôle militaires. Une guerre qui continue avec la haine de l’autre, avec la peur d’une mère, plus forte que n’importe quelle peur.

Les humanitaires.

À la frontière entre l’Éthiopie et la Somalie, une experte en logistique australienne nous a un jour raconté que son travail était comparable à celui de ces trois catégories de personnes : les missionnaires, les mercenaires, les martiens. Soit il s’agit de personnes qui viennent de débarquer et qui veulent sauver le monde, soit d’humanitaires professionnels qui sont là depuis des années, soit encore de personnes ballotées d’une guerre à l’autre depuis tellement longtemps qu’elles ne trouvent plus leur place nulle part. Le film les évoque toutes les trois.

Ces gens, qui mènent une guerre à l’intérieur d’une autre au quotidien. La guerre entre la volonté et le découragement, entre le bon sens et l’absurde. Leur guerre, et l’espoir et l’humour comme remparts contre la tragédie.

Le film n’a d’autre genre que la vie elle-même. Comme une poupée russe, il s’agit d’un drame à l’intérieur d’une comédie, à l’intérieur d’un road-movie, à l’intérieur d’un film de guerre.

Mais une chose est sûre. S’il s’agissait de musique, ce serait du rock punk. Rapide, direct, âpre, ce film, comme une course contre la montre, n’a pas de temps à perdre. Il est comme les humanitaires : dur, résistant, intuitif, rapide, direct. Ici, il n’y a pas de temps pour la réflexion, la culpabilité ou le travail de deuil. Il n’y a pas de temps pour la compassion ou les larmes. Il n’y a de temps que pour l’action.

Fernando León de Aranoa 

NOTES DE PRODUCTION 
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

LE TON

Comme la guerre elle-même, le film fait ressortir l’absurdité et la part d’irrationnel de l’être humain. La première victime de tout conflit armé est la raison. C’est pour cela que l’irrationnel est sans doute le plus redoutable ennemi de notre film. L’humour est inhérent au drame, et je ne peux pas imaginer l’un sans l’autre. Ils se complètent, comme s’il s’agissait des deux faces de la même pièce de monnaie.

LE TRAVAIL DES HUMANITAIRES

Peu de films mettent en scène les humanitaires. Leur importance sociale est inversement proportionnelle à leur présence dans les œuvres de fiction. Quand je les ai accompagnés au cours de leurs missions, que j’ai été témoin de leur travail au jour le jour, difficile et si peu routinier, je me suis dit qu’il fallait raconter leur histoire. Je ne voulais pas évoquer uniquement la dimension spectaculaire de leur métier, les moments dits héroïques parce qu’ils sauvent des vies. Je souhaitais montrer leur quotidien. Car pour moi, l’héroïsme consiste en premier lieu à assurer une présence sur place et tenter de faire de son mieux.

LE TOURNAGE

Nous avons tourné en altitude, dans une région montagneuse, difficile d’accès. C’était un tournage très exigeant sur le plan physique pour chacun, techniciens et comédiens. Mais leurs efforts à tous se voient à l’écran : le travail humanitaire n’a rien de confortable. Le climat est extrêmement changeant en altitude, ce qui a rendu notre tâche plus difficile encore. Mais nous avions une équipe formidable, presque entièrement composée de techniciens espagnols, déterminés à donner le meilleur d’eux-mêmes. Leur professionnalisme et leur talent sont palpables de bout en bout.

LA PHOTO

Avec Alex Catalan, le directeur de la photographie, nous étions conscients de vouloir éviter la tentation de reconstituer un paysage de guerre qui soit gris, monochrome et archétypal. Nous ne souhaitions pas faire un film sombre, mais dynamique et porteur d’espoir, car c’est notre vision du travail humanitaire. On a tourné au printemps, si bien que la beauté spectaculaire de la nature tranche brutalement avec le contexte dramatique de la guerre.

Ces immenses paysages qui s’étendent à perte de vue deviennent des espaces oppressants, confinés. Tout comme la journée pendant laquelle se déroule l’histoire, le film prend des tonalités plus sombres, plus claustrophobiques. Plus tard, le soleil se lève à nouveau et le film retrouve, grâce à la lumière, l’énergie dont il a besoin.

FILM CHORAL

Il s’agit d’un film choral et nous avions donc souvent plusieurs comédiens réunis en même temps sur le plateau. Si le fait de ne pas avoir pu répéter avec eux préalablement me rendait la tâche difficile, c’était aussi un défi que j’ai pu relever grâce à une base solide : le talent de chacun de mes acteurs. Quand on tourne, chaque comédien – et même chaque membre de l’équipe technique – a son propre rythme. Ma mission, en tant que réalisateur, consiste à l’identifier et à mettre en place un espace de travail qui n’est pas forcément toujours le même pour chacun. Le film passe également de l’humour noir au drame, puis revient à l’humour en un quart de seconde. Il nous fallait beaucoup de précision et de retenue pour y parvenir.

L’intrigue se déroule sur une seule journée, de fait, l’évolution et la trajectoire émotionnelle des personnages devait être juste. C’est pour moi ce en quoi consiste mon métier : tenir la carte d’une main et rappeler aux acteurs à quel endroit, et à quel moment précis, nous nous situons.

LES COMÉDIENS

J’ai proposé le rôle de Mambrú à Benicio del Toro. Il est le véritable protagoniste, responsable de l’équipe d’humanitaires. C’est lui qui maintient l’équilibre du groupe – ou, du moins, qui tente de le faire. Quand on travaille avec Benicio del Toro, on travaille avec un véritable artiste. Il ne s’est jamais plaint des longues heures que nous avons consacrées à la préparation. Son investissement dans le film était total.

Après Benicio, Tim Robbins s’est engagé dans l’aventure, dans le rôle de B, expert chevronné en matière de logistique. Dès qu’il a lu le scénario, il a compris ce que son personnage apportait au groupe : l’expérience et l’assurance, mais aussi la tendresse, l’humour, et ce côté un peu sauvage nécessaire pour survivre en temps de guerre. B est capable de surmonter la folie de la guerre parce qu’il la connaît mieux que quiconque.

Sophie, interprétée par Mélanie Thierry, est la spécialiste du groupe en matière de purification de l’eau. Je voulais que son personnage ait un côté naturel, pur et transparent, comme l’eau – autrement dit, pas encore corrompu. Sophie est également celle qui a rejoint le groupe en tout dernier. J’ai trouvé toutes ces qualités dans le physique de Mélanie, dans son regard franc et clair, mais surtout dans sa sincérité.

Olga Kurylenko campe Katya, une femme forte, intuitive, intelligente, mais aussi meurtrie. En effet, l’armure qu’elle s’est forgée dissimule une grande fragilité. Olga est une actrice courageuse, qui a mis au point un personnage nuancé, caustique et doué d’un vrai sens de l’humour. Sa présence apporte une dimension supplémentaire au conflit.

Fedja Štukan est quant à lui une véritable révélation. Son personnage, Damir, est un homme de la région qui sert d’interprète au groupe. Fedja l’a incarné avec élégance et dignité, et avec un sens exquis de la comédie. Il garde la bonne distance avec la tragédie, parce qu’il en a l’habitude. Damir est aussi le maillon le plus faible du groupe : sa vie a moins de valeur que celle des autres. C’est un personnage qui représente la dignité, la fierté et le sang-froid du peuple des Balkans pendant cette période tragique qu’est la guerre.

Tous les comédiens issus des Balkans ont accompli un travail remarquable. Nous avons tourné des scènes avec des acteurs bosniaques, serbes et croates, qui ont partagé le même plan, en étant du même côté : celui de la fiction. On les voyait collaborer ensemble, plaisanter et trinquer en buvant des bières après la journée de tournage. On le doit à notre directeur de casting en Bosnie, Timka Grahic. C’est aussi grâce à lui qu’on a découvert Eldar Reisidovic, garçon de 9 ans qui joue le petit Nikola : j’ai été bouleversé par son innocence, sa tendresse, mais aussi par sa détermination et son passage brutal à l’âge adulte.

Sergi López, qui n’a tourné que quelques jours avec Benicio del Toro, exprime facilement la complicité et la confiance qu’on trouve chez ceux qui ont déjà vécu plusieurs guerres.

Tous les personnages sont forts, chacun à leur manière. Le film a progressé grâce à eux et il repose sur leurs rapports, leurs épreuves, et leurs péripéties – ce réseau subtil de relations entre des gens qui travaillent ensemble dans un contexte extrême qui radicalise la moindre situation.

LA LANGUE

L’anglais est la langue parlée en temps de guerre. Les humanitaires, les journalistes, les Casques bleus sont tous de nationalités différentes et communiquent en anglais également avec la population locale. Ils parlent avec toutes sortes d’accents. Les équipes d’humanitaires sont comme de petites tours de Babel, qui peuvent parfois ajouter du chaos au chaos. 

Fernando León de Aranoa

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