vendredi 11 septembre 2015

Back to the future


Documentaire/Une nouvelle très belle aventure proposée par Pascal Plisson

Réalisé par Pascal Plisson
Avec Nidhi Jha, Albert Ensasi Gonzalez Monteagudo, Deegii Batjargal, Tom Ssekabira...

Long-métrage Français
Durée: 01h26mn
Année de production: 2014
Distributeur: Pathé Distribution

Date de sortie sur nos écrans: 23 septembre 2015 


Résumé : Aux quatre coins du monde, de jeunes garçons et filles se lancent un défi : aller au bout de leur rêve, de leur passion et réussir l’épreuve qui va bouleverser leur vie. Ensemble ils vont vivre une journée unique celle de toute les espérances.

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : Mercredi soir, j'ai eu la chance d'être invitée à découvrir ce documentaire en avant-première. Nous avons de la chance en France d'avoir un réalisateur humaniste tel que Pascal Plisson. Déjà avec SUR LE CHEMIN DE L'ECOLE, il avait su lier humanité, simplicité et démonstration de courage. Il continue ici avec LE GRAND JOUR.
De nouveau, il s'intéresse à de jeunes gens qui ont en commun une belle force de caractère et une obstination sans faille. Avec peu ou pas de moyens, dans des milieux très modestes, ces gamins marchent vers leur destin avec beaucoup de doutes, de peurs et d'espoirs à porter. Les obstacles ne sont qu'une étape de plus à franchir sur leur chemin tant leur détermination est évidente. Ils ont un objectif (différent pour chacun d'entre eux) et ils s'y accrochent coûte que coûte. On peut penser a priori que le film va relever de la leçon de morale bon marché, mais ce n'est pas le cas.
Au-delà de la belle leçon de courage (toujours bonne à prendre pour une petite mise en perspective de sa propre vie), ce qui est formidable dans ce film c'est l'unité dans l'humanité. Entourés de familles aimantes qui les soutiennent, ces enfants sont comme des maillons qui s'assemblent et qui nous invitent à entrer dans la danse des rêves qui s'accomplissent.





La mise en scène de Pascal Plisson est simple, belle et efficace. Il nous invite au voyage au travers de magnifiques images. Il ne tend vraiment pas à rendre son histoire larmoyante (loin de là tant le message est positif ce qui fait un bien fou), il réussit à isoler la quintessence de l'émotion : ce sourire, ce regard, ce moment clé, et à nous le faire vivre comme si c'était le nôtre. Résultat, on termine le film complètement ému avec l'impression de connaitre ces jeunes et d'avoir vécu l'aventure avec eux. On est touché et attaché à ces destins qui forcent l'admiration. 

Ai-je encore besoin de vous conseiller d'aller voir LE GRAND JOUR ou mon coup de cœur est-il suffisamment évident ?


DISCUSSION
avec Pascal Plisson et les enfants du film
(attention les vidéos contiennent des spoilers !)
Après la projection, le réalisateur et les enfants, Nidhi, Roberto, Albert et Tom, ont eu la gentillesse de venir nous rejoindre dans la salle pour un échange autour de cette belle aventure. Retrouvez cette discussion dans les trois vidéos ci-dessous :




NOTES DE PRODUCTION
(A ne lire qu'après avoir vu le documentaire pour éviter les spoilers !)

ORIGINE DU PROJET
« Dans un train pour Saint-Pétersbourg, à la fin d’un tournage, je suis intrigué par un jeune homme d’à peine quinze ans assis à côté de moi. Il a un violon soigneusement posé sur les genoux et lit des partitions d’un air très concentré. Timidement, le jeune homme frêle me raconte qu’il vient d’un petit village de Sibérie. Il est en route pour passer une audition dans une des plus grandes écoles de musique de la ville. Je m’étonne du fait qu’il voyage seul. Il m’explique que sa famille, après des mois d’économies pour lui permettre de présenter le concours, n’a pas eu les moyens de l’accompagner. S’il réussit, il intègrera l’école en tant qu’interne et boursier. Il incarnera dès lors la fierté de sa famille, et deviendra le gardien des espoirs de son village natal. De retour en France, très touché par son histoire, je contacte l’école : le jeune homme a brillamment réussi. Je ne le reverrai jamais, mais cette rencontre a semé mon désir de filmer à travers le monde la passion, la détermination et le surpassement de soi d’enfants exceptionnels. LE GRAND JOUR raconte donc le parcours de quatre jeunes, portés par la fougue et l’innocence, et dont les efforts sur le chemin de la vie vont se cristalliser autour d’une journée qui, quoi qu’il arrive, bouleversera leur existence. » 
Pascal Plisson 

E N T R E T I E N AV E C PA S C A L P L I S S O N , R É A L I S AT E U R 

Considérez-vous que LE GRAND JOUR constitue une suite directe à SUR LE CHEMIN DE L’ÉCOLE ? 

L’idée du GRAND JOUR m’est venue avant de terminer SUR LE CHEMIN DE L’ÉCOLE. Mes projets naissent souvent de rencontres qui déclenchent en moi une idée spécifique. Il y a environ six ans, j’ai croisé un enfant d’une dizaine d’années dans un train en Russie. Il venait d’un tout petit village de Sibérie et était assis à côté de moi. Je me souviens qu’il portait une chapka un peu pourrie et un survêtement. Un violon était posé sur ses genoux. Il lisait une partition. Je l’ai interpelé en lui demandant : « Mais qu’est-ce que tu fous là, tout seul ? ». En réalité, ses parents et son village s’étaient cotisés pour lui permettre de passer une audition dans une grande école de musique à Saint-Pétersbourg. J’ai trouvé cette démarche incroyable. Il se trouve qu’il a convaincu le jury et que sa vie s’en est trouvée changée. Il a obtenu une bourse et a fait la fierté de son village. C’est là qu’est venue l’idée d’un film sur des gamins passionnés qui se battent pour aller au bout d’un rêve précis. Pour en arriver là, il fallait partir au bout du monde pour trouver des enfants ayant quelque chose de particulier, de singulier. Beaucoup de gens demandaient une suite à SUR LE CHEMIN DE L’ÉCOLE et sans l’être tout à fait, LE GRAND JOUR s’est présenté comme une succession naturelle. 

Comment faites-vous pour choisir les pays où vous filmez et les enfants dont vous racontez l’histoire ? 

J’ai la chance d’avoir beaucoup voyagé pour tourner des documentaires télévisés. Du coup, j’ai en tête des images très fortes de certains pays. J’ai habité une quinzaine d’années en Afrique. J’ai des relais un peu partout à travers le globe, ce qui m’aide dans mes recherches (6 mois en moyenne, ndlr). Pour LE GRAND JOUR, je voulais, dès les prémices, partir sur une oeuvre pluridisciplinaire. J’ai choisi la boxe à Cuba avec Albert, un concours d’entrée dans une prépa de mathématiques en Inde avec Nidhi, un récit autour du cirque en Mongolie avec Deegii et la quête d’un diplôme de Ranger en Ouganda avec Tom. La boxe m’intéressait et je savais que dans des états comme Cuba ou le Panama, il y avait de nombreux jeunes garçons à fort potentiel. J’en ai sélectionné une vingtaine, je les ai vus boxer, j’ai vu leurs parents… avant de tomber sur Albert dans le cadre d’un petit tournoi dans une province reculée. Il m’a soufflé. Il avait une gueule de boxeur, mi ange, mi démon. Il intériorise à l’extérieur du ring et extériorise à l’intérieur. Il a été réceptif. J’ai été fasciné par son profil. Il représentait ce que je recherchais : une personnalité, un talent, de belles valeurs d’amitié (Albert est indissociable de son pote Roberto. Pour Pascal Plisson, intégrer ce meilleur ami, connu pour des problèmes de discipline, était une condition non négociable. Au final, le film a permis à Roberto de se recentrer sur ses études au lieu d’épouser le chemin de la délinquance)… Concernant l’Inde, on m’a parlé du concours « Super 30 » qui permet chaque année à des enfants défavorisés, comme Nidhi, d’intégrer une prépa. J’ai trouvé ça très intéressant. La Mongolie, j’y ai pensé naturellement parce que c’est le pays du cirque. En revanche, j’ai hésité avant de filmer l’école de contorsionnistes car c’est un milieu vraiment dur. Enfin, l’Ouganda est un pays qui se reconstruit notamment par le biais d’une jeunesse investie dans la protection animale. Comme beaucoup de ses concitoyens, Tom a cette envie irrépressible de travailler au coeur de la nature. Ça me touche. 

En résumé, quels sont vos critères de choix ? 

C’est une question de ressenti, je crois. J’ai toujours aimé aller à la recherche de personnalités même si je dispose de très peu de temps pour me décider. Je vois un grand nombre d’enfants sans rester longtemps dans tel ou tel pays – en moyenne six jours de repérages par destination. Il y a un déclic presque naturel qui s’opère au contact d’un profil particulier. Ce sont des gamins qui n’ont pour la plupart jamais vu de caméras, qui ne savent pas comment on fabrique un film… C’est risqué, c’est sûr. Toute cette partie de sélection se fait uniquement en discutant. 

Avez-vous pensé à intégrer un cinquième enfant au casting par mesure de sécurité ? Au cas où le cheminement de l’un des quatre autres s’avérerait moins passionnant que prévu… 

L’idée au départ était d’avoir trois histoires et pas quatre, parce que je ne voulais pas refaire comme SUR LE CHEMIN DE L’ÉCOLE. Il faut savoir que c’est très compliqué de monter un film choral comme ça, avec quatre histoires (Pascal Plisson est présent tous les jours pendant la période de montage et suit, pas à pas, tous le processus de fabrication du film – mixage, étalonnage, version française, etc., ndlr). Ça demande une organisation incroyable. Il ne faut surtout pas se laisser aller à un découpage en forme de catalogue, qui suivrait scrupuleusement l’ordre : enfant 1, enfant 2, enfant 3 et enfant 4. A un moment, on a même fait sauter le segment se déroulant en Ouganda. Mais j’ai décidé de le réintégrer car il apporte beaucoup d’harmonie à l’ensemble. 

Comment s’y prendre pour écrire le scénario du GRAND JOUR, sachant que le film navigue entre le documentaire pur et le cinéma ? 

C’est un documentaire dans lequel je reproduis le quotidien des enfants, mais dans lequel il y a aussi énormément de moments de vie uniques et vrais. Au départ, il y a un scénario pour convaincre les investisseurs mais, dans l’absolu, l’écriture du concept même du film aurait suffi pour tourner. Cela dit, bien que bref, le script nous apporte une base de réflexion, une organisation… Mais, il change immanquablement de jour en jour selon mes observations et les choses que révèlent Nidhi, Albert, Tom et Deegii. Je les connais tellement bien que je finis par faire partie de leur quotidien. J’ai passé des journées avec eux avant le tournage. Je les ai accompagnés à l’école. Je les ai longuement observés, leurs habitudes, leurs craintes, leurs rêves… J’ai rencontré les parents, les amis, la famille… Il y a beaucoup de discussions en amont. Je me base sur ça, sur ce que je vois de leur vie. Je suis allé plusieurs fois dans chacun des pays concernés. Nous avons tourné énormément d’heures de rushes, et laisser beaucoup tourner la caméra au contact des enfants. Ce qui nous a permis de saisir des moments de vérité, des instants pris sur le vif, qui n’étaient pas écrits ou prévus initialement. Ce qui nous a valu un long montage de plus de 22 semaines.

La vraie difficulté de votre film était-elle de s’adapter aux différentes cultures en présence ? 

C’est un enseignement que j’ai tiré de tous mes précédents voyages. Je m’intéresse aux gens, à leurs habitudes, à leurs histoires et à leurs cultures. Si le rapport de confiance n’est pas établi, je ne les filme pas. Je prends vraiment le temps de connaître les gens. Car certaines personnes peuvent se braquer, se dire qu’on vient les filmer pour les caricaturer, pour immortaliser leur pauvreté et leur manière de vivre chichement. Ils pourraient se dire : « Pourquoi vient-il nous voir, nous ? ». J’ai tissé des liens forts avec tous ces gens et je continue d’être en contact avec eux. Je prends régulièrement de leurs nouvelles. Je repars d’ailleurs sous peu à Cuba pour rendre visite à Albert. Tom, je lui parle par téléphone très souvent, une fois par semaine, et on l’aide à persévérer dans sa voie. Ça va au-delà d’un film et d’un documentaire. Quelque part, ce sont un peu mes enfants. J’essaye de leur trouver des parrains, des sponsors… La jeune indienne du film a eu un mécène qui lui a payé quatre ans d’université par exemple. 

Pourquoi l’Europe est-elle à ce point exclue du GRAND JOUR ? 

Peut-être parce que j’ai passé ma vie à voyager en dehors de l’Europe… Peut-être aussi que je me suis intéressé à des enjeux de vie qui vont au-delà des nôtres. Ces enfants me touchent profondément et montrent aux nôtres, qui sont parfois très gâtés et choyés, que c’est bien d’aller au bout de ses passions. 

SUR LE CHEMIN DE L’ÉCOLE, votre précédent film, a été un immense succès avec 1,4 million d’entrées en salles… Cela a-t-il été difficile d’enchaîner sur un nouveau projet ? Aviez-vous une pression supplémentaire ?

C’est vrai que le succès a été au rendez-vous. Pour vous donner une idée, à 300.000 entrées, on aurait déjà sauté au plafond. On ne s’attendait pas à une telle mobilisation de la part du public pour un film intimiste centré sur l’école. Au départ, ce n’est pas forcément quelque chose qui peut attirer les enfants ou qui les touche. Et pourtant, le résultat est entré dans le coeur des petits et des grands. Le film a bénéficié d’un incroyable bouche à oreille qui nous a permis d’être diffusé au cinéma quasiment jusqu’à sa sortie en vidéo. 

Dans SUR LE CHEMIN DE L’ÉCOLE comme dans LE GRAND JOUR, il y a une sacralisation de l’école, de l’éducation… 

J’ai été en échec scolaire. J’ai arrêté l’école à quinze ans pour voyager. J’ai effectué des petits boulots en Angleterre, aux Etats-Unis... Je me suis intéressé aux enfants quand j’en ai eus. J’ai très vite dit adieu à ma vie d’aventurier pour me consacrer à l’éducation de mes enfants. Avant ça, je filmais des animaux dans la savane. Voir des mômes, comme ceux du GRAND JOUR ou SUR LE CHEMIN DE L’ÉCOLE, qui font tout pour faire des études quand je les ai moi-même abandonnées, ça me touche, ça m’interpelle. Derrière, il y a peut-être une dénonciation de l’échec scolaire. Mais je suis persuadé qu’il y a des talents ici, partout, dans nos villes, nos banlieues… Il faut les chercher, les aider et leur faire prendre conscience de leur potentiel. J’aimerais bien réaliser un documentaire sur l’histoire de quatre ou cinq familles françaises d’horizons différents. Je suis sûr d’avoir de belles surprises. 

Quel a été votre grand jour ? 

Le César sûrement… Et réussir SUR LE CHEMIN DE L’ÉCOLE, qui a changé ma vie. Je galérais pas mal, j’avais un style de tournage qui laissait sceptique beaucoup de gens. On voulait me mettre dans une case : « Non ne filme pas comme ça », « C’est pas la bonne idée »… Le César du meilleur documentaire a été une vraie reconnaissance, qui m’est allée droit au cœur. Il n’y a vraiment pas d’âge pour avoir un grand jour (rires). 

Pour quelles raisons, au final, filmez-vous ces enfants ? 

Ils m’apprennent l’humilité, le respect… Ils me renvoient quelque chose de fort sur la responsabilité, le dépassement de soi… Ils me font pleurer. Ils galèrent mais sourient. Je crois tout simplement que ce sont des gens avec qui je me sens bien. Ils sont authentiques, dignes, profondément vrais. J’ai le plus grand respect pour eux. Ils n’ont pas grand-chose et ils donnent tout en échange, sans jamais se plaindre. Et ce, même si la vie est parfois très dure. J’aime être avec eux et partager leur vie. On devrait tous s’inspirer de leur intelligence.

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