samedi 12 septembre 2015

Back to the future


Espionnage/Action/Comédie/Une réussite dans son genre

Réalisé par Guy Ritchie
Avec Henry Cavill, Armie Hammer, Alicia Vikander, Elizabeth Debicki, Luca Calvani, Sylvester Groth, Hugh Grant, Jared Harris, Christian Berkel, David Beckham, Misha Kuznetsov...

Long-métrage Américain
Titre original: The Man from U.N.C.L.E. 
Durée: 01h57mn
Année de production: 2015
Distributeur: Warner Bros. France

Date de sortie sur les écrans américains : 14 août 2015
Date de sortie sur nos écrans : 16 septembre 2015


Résumé : Au début des années 60, en pleine guerre froide, Agents très spéciaux - Code U.N.C.L.E. retrace l'histoire de l'agent de la CIA Solo et de l'agent du KGB Kuryakin. Contraints de laisser de côté leur antagonisme ancestral, les deux hommes s'engagent dans une mission conjointe : mettre hors d'état de nuire une organisation criminelle internationale déterminée à ébranler le fragile équilibre mondial, en favorisant la prolifération des armes et de la technologie nucléaires. Pour l'heure, Solo et Kuryakin n'ont qu'une piste : le contact de la fille d'un scientifique allemand porté disparu, le seul à même d'infiltrer l'organisation criminelle. Ils se lancent dans une course contre la montre pour retrouver sa trace et empêcher un cataclysme planétaire.

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : J'ai eu la chance de découvrir ce film hier soir, lors du 41ème Festival du Cinéma Américain de Deauville. La marque de fabrique de Guy Ritchie, le réalisateur, est de mélanger action parfaitement orchestrée et humour décalé. AGENTS TRÈS SPÉCIAUX - CODE U.N.C.L.E. ne fait pas exception à la règle. Sa mise en scène est hyper inventive, donne parfaitement le ton à son histoire et se cale impeccablement bien sur une ambiance années 60. Encore une fois, Guy Ritchie prouve qu'il peut mélanger les styles et les faire coexister tout en nous livrant un résultat équilibré, cohérent et super divertissant. Le film ne se prend jamais au sérieux et il est malgré tout très bien fait. J'ai particulièrement apprécié son usage de la musique pendant tout son long-métrage. Elle nous guide, participe à l'humour et aide à souligner certains moments, malin !
AGENTS TRÈS SPÉCIAUX - CODE U.N.C.L.E. est un remake de la série télé éponyme que je ne connais pas du tout, ce qui est à mon avis très bien car j'ai ainsi pu faire la connaissance des personnages sans rien savoir d'eux auparavant.

Guy Ritchie, le réalisateur, sur le tournage du film
Le trio des acteurs principaux, composé d'Henry Cavill, qui interprète Napoleon Solo, d'Armie Hammer qui interprète Illya Kuryakin et d'Alicia Vikander, qui interprète Gaby Teller, est impeccable. Les rôles sont distincts. Ils ont chacun leur personnalité, leurs forces et leurs faiblesses. Leur relation s'établit sur toute la durée de l'histoire. Leur dynamique et leurs échanges fonctionnent très bien. Ils sont attachants et forment un groupe que j'apprécierais de revoir dans un autre film. En tant qu'acteurs, ils font preuve d'autodérision et c'est fort sympathique.







AGENTS TRÈS SPÉCIAUX - CODE U.N.C.L.E. est un divertissement dont l'action est très bien orchestrée avec un scénario solide et de supers acteurs qui assurent sous toutes les coutures. C'est une réussite dans son genre et je vous conseille d'aller en profiter sur grand écran.


NOTES DE PRODUCTION
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers!)

LE SAUVETAGE DE LA PLANÈTE EST TOUJOURS D'ACTUALITÉ 

Signé Guy Ritchie, AGENTS TRÈS SPÉCIAUX – CODE U.N.C.L.E. nous entraîne dans une aventure rocambolesque aux quatre coins de la planète. Bourré d'action et d'humour, le film s'attache autant aux rapports chaotiques entre deux super-espions rivaux – Napoleon Solo et Illya Kuryakin – qu'à leur mission.
"J'ai toujours été fasciné par les relations qu'entretiennent les personnages masculins", souligne Ritchie, à la fois réalisateur, producteur et coscénariste d'AGENTS TRÈS SPÉCIAUX – CODE U.N.C.L.E., qui s'inspire de la série éponyme des années 60. "Même à l'époque d'ARNAQUES, CRIMES ET BOTANIQUE (1998), j'étais attiré par ce type de dynamique qui s'instaure entre hommes et qui, à mes yeux, constitue presque un genre à part entière".
Dynamique est d'ailleurs le terme qui convient quand on sait que la première fois que Solo, brillant agent de la CIA, rencontre Kuryakin, son non moins redoutable homologue du KGB, les deux hommes tentent de s'entretuer… En pleine guerre froide, chacun a été missionné pour enlever le même individu à Berlin-Est car il est susceptible de détenir des informations d'intérêt vital. Et si par la même occasion, ils pouvaient éliminer leur concurrent, ce serait vraiment la cerise sur le gâteau. Quelques jours plus tard, ils apprennent par leur hiérarchie respective qu'ils devront désormais travailler ensemble sur l'affaire : il est désormais hors de question – pour l'heure – de s'entretuer.
Mais ce n'est pas une raison pour s'apprécier et les deux rivaux de toujours, laissant libre cours à leur antagonisme idéologique et professionnel, se jettent l'un sur l'autre comme deux bêtes sauvages. Autant dire que ce film peut s'apparenter à un "buddy movie"… sauf "qu'ils se foutent sur la gueule dès qu'ils se croisent", précise Henry Cavill qui campe Solo, l'agent américain séduisant et cupide. Armie Hammer, sous les traits de Kuryakin, précise : "Kuryakin est le bon petit soldat par excellence, toujours au garde-à-vous et prêt à mouiller sa chemise. Tout à coup, il se retrouve dans une position qu'il déteste mais il ne peut rien y faire. Le type avec qui il doit faire équipe, Napoleon Solo, a des méthodes très peu orthodoxes. Il ne suit pas les règles. Il ne semble même pas savoir qu'il y a des règles…"
"Ce qui nous a séduits, c'était de prendre ces deux agents que tout oppose et de les obliger à collaborer ensemble", indique Ritchie. "Du coup, ils commencent par vouloir s'entretuer et ils finissent par coopérer même s'ils ne se font sans doute pas totalement confiance. Le film s'attache essentiellement à l'évolution de leurs rapports. Le fait que le premier incarne l'Amérique capitaliste et le second la Russie communiste – et que les deux superpuissances doivent faire alliance pour éliminer une menace aux enjeux planétaires – est un formidable postulat susceptible de donner lieu à des situations irrésistibles". Après avoir collaboré au diptyque SHERLOCK HOLMES, le producteur et coscénariste Lionel Wigram refait équipe avec Guy Ritchie.
"Quand on a souhaité s'approprier le matériau de départ, on s'est dit qu'on allait raconter les origines de l'organisation U.N.C.L.E.", dit-il. "Dans la série d'origine, l'U.N.C.L.E. existait déjà et au cœur de la guerre froide, on voyait la CIA et le KGB s'unir dans le plus grand secret pour la survie de l'humanité, à une époque où les relations Est-Ouest étaient catastrophique. On s'est donc demandé comment une telle alliance avait pu voir le jour". Le film commence en 1963. Les États-Unis et l'Union soviétique se livrent à un jeu des plus risqués sur la maîtrise des armes nucléaires et les recherches des anciens scientifiques nazis sont encore prisées. Un mur de béton de 3m60 de haut divise Berlin et c'est là que Solo et Kuryakin se jaugent en se lançant dans une course-poursuite débridée à travers les rues de la ville.
Leur cible : Gaby Teller, mécanicienne d'origine est-allemande particulièrement futée (Alicia Vikander) qui est aussi la fille du docteur Udo Teller, autrefois scientifique préféré d'Hitler. Depuis que le chercheur a disparu des écrans-radars, les deux grandes puissances tentent désespérément de retrouver sa trace avant que ses connaissances ne puissent être utilisées pour fabriquer des armes capables d'anéantir la planète. Or, Gaby, qui a coupé les ponts avec son père, est peut-être la seule qui puisse faire sortir Teller de sa tanière. Le réalisateur souhaitait conserver le contexte de la guerre froide : "C'est un hommage à la série", dit-il.
"On voulait retrouver la singularité et l'atmosphère de cette époque tout en rendant celle-ci accessible au spectateur d'aujourd'hui et en en proposant une interprétation nouvelle". Résultat : "l'ambiance est à la fois contemporaine et historiquement marquée, mais c'est un mélange qui me semble aller de soi". Comme le savent les connaisseurs de sa filmographie, c'est là une caractéristique du cinéaste. Tout comme SHERLOCK HOLMES plongeait le spectateur dans le Londres de l'époque victorienne avec une touche résolument contemporaine, AGENTS TRÈS SPÉCIAUX – CODE U.N.C.L.E. est un formidable hommage aux années 60 – évoquant ses tendances artistiques, vestimentaires, musicales, sociales et idéologiques – qui semble à la fois rétro et totalement actuel. "C'est le secret de Guy Ritchie", souligne Wigram. "Grâce à sa sensibilité, tout ce qu'il aborde semble moderne". "Ce qui m'avait le plus frappé dans la série, c'est sa tonalité", déclare le réalisateur. "Quand on m'a proposé ce projet, c'est ce que je voulais retrouver. DES AGENTS TRÈS SPÉCIAUX me parlait vraiment. Je m'en sentais proche instinctivement". À bien des égards, les années 60 telles qu'elles sont évoquées dans la série sont idéalisées et n'existent pas dans la réalité.
"Pour nous, cette époque est extraordinaire et DES AGENTS TRÈS SPÉCIAUX en fait partie", poursuit Wigram. "On a depuis longtemps envie de faire un film d'espionnage. On était fans des premiers 'James Bond', qui nous ont beaucoup impressionnés quand on était jeunes, et puis on a adoré les films italiens de l'époque comme L'AVVENTURA et LA DOLCE VITA, passionnants et novateurs sur le plan esthétique. Qu'il s'agisse de la mode, des voitures, du cinéma ou de l'architecture, les années 60 ont vraiment marqué le début de la modernité". Grâce à leurs sources d'inspiration communes, leur passion pour le cinéma et un sens de l'humour partagé, Ritchie et Wigram forment un tandem de scénaristes soudé. "C'est formidable d'avoir un producteur qui soit aussi auteur, car l'écriture fait partie intégrante de la fabrication d'un film et la construction dramaturgique est un dispositif vivant et en constante évolution", souligne Ritchie. "Ce qui nous séduisait, c'était de nous attaquer à un genre très codifié et d'en proposer une relecture originale", reprend Wigram. "Guy cherche sans cesse à renouveler les scènes d'action de telle sorte qu'elles soient inédites pour le public".
AGENTS TRÈS SPÉCIAUX – CODE U.N.C.L.E. est une œuvre à part entière. Mais ceux qui connaissent le feuilleton, comme Ritchie, Wigram et les producteurs John Davis et Steve Clark-Hall, étaient ravis de rendre hommage à une série qui a emballé les téléspectateurs et les passionnés d'espionnage des deux côtés de l'Atlantique au milieu des années 60. "Quand j'étais gamin, ces personnages étaient les mecs les plus géniaux qui soient, et ils avaient des gadgets et des armes qui nous faisaient rêver", signale Davis qui a grandi aux États-Unis. "Ils bossaient pour une organisation secrète internationale qui œuvrait en coulisses pour protéger le monde, comme une sorte d'ONU de l'espionnage, et j'adorais ça". Lui-même fan de la série, Hugh Grant, qui interprète l'énigmatique Waverly, ajoute : "J'avais une petite voiture qui s'inspirait du feuilleton. Je crois qu'en appuyant sur un bouton, le toit s'ouvrait et le véhicule se transformait en machine de guerre. Je l'ai peut-être encore aujourd'hui".
Si les récits d'espionnage et les missions secrètes continuent à fasciner les nouvelles générations, c'est sans doute parce que l'histoire et la politique obéissent à des cycles. "Sans pousser trop loin l'analyse, quand on parle de l'affaire Snowden ou des révélations spectaculaires récentes sur les écoutes, on se rend compte que ça captive toujours autant les gens", indique Clark-Hall. "C'est lié aux trahisons qu'implique l'espionnage et aux réseaux d'alliances complexes dans lesquels les États se retrouvent sans savoir à qui se fier. À plusieurs égards, le monde actuel fait écho aux tensions des années 60 qui sont au cœur du film". En outre, Jeff Kleeman et David Campbell Wilson, coauteurs du scénario, étaient séduits par le charme persistant de "ces agents solitaires et audacieux qui affrontent des puissances redoutables et restent élégants en toutes circonstances. La singularité des films d'espionnage, ce sont leurs héros qui sont régulièrement contraints de s'appuyer sur leurs armes secrètes : l'intelligence, l'ingéniosité et l'agilité d'esprit". Pour le réalisateur, l'essentiel – outre le sens aigu de la répartie de ses deux acteurs principaux et leur placidité inébranlable – est "l'équilibre entre le suspense, les enjeux dramatiques, l'action et une certaine délicatesse. C'est la juxtaposition de différentes ambiances que je trouve innovante et stimulante", dit-il, précisant qu'il réalise le genre de films qu'il aime en tant que spectateur : l'humour qui affleure naturellement est un élément essentiel de son cinéma.
"Je ne cherche pas non plus à faire une pure comédie", reprend-il. "Ce qui m'intéresse, c'est la plus grande palette d'émotions. On commence par écrire des scènes empreintes d'une certaine gravité, et puis le jour du tournage, l'humour s'impose et le côté sérieux s'estompe". "On avait de formidables acteurs, à commencer par Henry, Armie, et Alicia dans le rôle de Gaby", poursuit-il. "L'alchimie a très bien fonctionné entre les deux garçons et Alicia est une comédienne exceptionnelle. Sans parler du fait qu'ils ont bossé dur : ce n'était facile ni sur le plan psychologique, ni sur le plan physique. Un tournage est un travail d'équipe et je tiens à ce que les comédiens s'approprient leurs dialogues. Certes, le réalisateur a l'avantage d'avoir plus de recul et les acteurs doivent lui faire confiance, mais je suis toujours preneur des bonnes idées, d'où qu'elles viennent. Tant que cela ne nous retarde pas – et c'est rarement le cas – , je suis ouvert à toutes les propositions".
"C'est formidable de sentir qu'ensemble, on va plus loin que ce que suggère le scénario", note Alicia Vikander. "On en vient à mieux cerner son personnage parce qu'on ne se focalise pas uniquement sur ce que ses partenaires vont dire mais sur ce qu'ils peuvent dire potentiellement". Cavill, dont la motivation première était la présence de Ritchie au générique, confirme : "Ses films sont formidables et son approche de la mise en scène n'appartient qu'à lui. Il ne nous fait pas répéter à l'excès, si bien que lorsqu'on débarque sur le plateau, on a un vrai sentiment de fraîcheur". "C'est grâce à ça qu'on garde l'esprit vif", signale Hammer qui ne voulait pas manquer l'occasion de tourner sous la direction de Ritchie.
"Il faut bien apprendre son texte et se montrer prêt à tout car rien n'est figé à l'avance. Je pense qu'il fait en sorte d'avoir une bonne ambiance sur le plateau parce qu'on obtient le meilleur de chacun quand les acteurs ont l'esprit libre et que tout est fluide. Cela instaure un espace propice aux idées novatrices et c'est ce que Guy cherche à cultiver sur le tournage". 

TÂCHE DE NE PAS TUER TON PARTENAIRE DÈS LE PREMIER JOUR… 

Tout en étant attaché au postulat et au contexte politique de la série, Ritchie s'en est surtout servi comme d'un point de départ pour développer les personnages de Solo et de Kuryakin et explorer leur parcours personnel – des grandes lignes aux plus infimes détails – d'une manière jusque-là inédite. Étant donné que lorsque le feuilleton démarre, les deux protagonistes ont déjà fait alliance, les auteurs et les comédiens avaient toute latitude pour imaginer les circonstances dans lesquelles ces deux hommes que tout oppose parvenaient à s'entendre.
Hammer, qui ne connaissait pas la série, a visionné certains épisodes marquants pour s'en imprégner, tandis que Cavill, qui ne l'avait jamais vue non plus, a opté pour une démarche radicalement différente. Mais ils ont tous les deux cherché à s'approprier les personnages. "Solo n'a pas le parcours traditionnel d'un agent de la CIA", explique Cavill. "En réalité, il est plutôt hostile à la hiérarchie. Il a développé ses compétences en achetant et en revendant des œuvres d'art et des antiquités sur le marché noir après s'être fait sa place dans la très bonne société européenne de l'après-guerre, et il s'est révélé tellement efficace qu'il a pu agir en toute impunité pendant des années. Il en est extrêmement fier. Mais il a fini par être lâché par une petite amie jalouse et la CIA, consciente de ce qu'elle pouvait tirer d'un homme comme lui, lui a soumis un ultimatum : aller en prison ou travailler pour l'agence. Il a donc fini par devenir agent, avec beaucoup de succès, mais avec une certaine réticence. Ceci dit, c'est toujours mieux que d'être en prison et il peut continuer à être super bien sapé".
À l'inverse, l'ascension de Kuryakin au sein du KGB est le fruit d'années d'efforts, d'entraînement et de concentration sur un seul objectif. "C'est un espion traditionnel", déclare Hammer, en évoquant son personnage, plus jeune espion de l'organisation à avoir atteint un tel statut. "Il a grandi au sein du système et a gravi les échelons de la hiérarchie en étant très respectueux des règles. Son but de toujours est de devenir agent du KGB et c'est ce qui compte le plus à ses yeux". Il est difficile de savoir ce qui agace le plus le Soviétique chez son nouveau partenaire qu'il surnomme "le Cow-boy" : ce qu'il perçoit comme une attitude désinvolte typiquement américaine, ses compétences acquises par accident ou son complexe de supériorité. "Mais il y a incontestablement des tensions entre eux", note Hammer.
"Dans le même temps, même si Illya le considère comme un amateur qui ne sait pas ce qu'il fait, Solo a quand même réussi à s'introduire dans un bâtiment sécurisé avec un accessoire qui ressemble à un trombone. Il ne peut pas s'empêcher d'être assez impressionné…" De son côté, Solo trouve le Russe mal dégrossi et imprévisible, "mais à certains égards, ils incarnent les deux facettes du même homme", remarque Cavill. "Il y a des différences énormes dans leurs personnalités et leurs méthodes, mais ils appartiennent au même monde. Et même s'ils participent à cette opération parce qu'ils n'ont pas d'autre choix, ils n'oublient jamais qu'ils ont une mission à accomplir et que des vies humaines sont en jeu – sans parler de la destruction du monde. Du coup, ils se doivent de bien fonctionne ensemble. Si ça se trouve, l'équipe qu'ils forment vaut mieux que la simple addition de ses membres".
Ce qu'ils se gardent bien de révéler, c'est que, même si leurs supérieurs respectifs semblent coopérer sur cette opération bien particulière, chacun des deux agents a des consignes très claires sur le dénouement de leur mission. Solo est censé livrer Teller et/ou le fruit de ses recherches au QG de la CIA à Langley, tandis que Kuryakin est censé faire de même à Moscou. Autant dire qu'aucun des deux ne peut se permettre de laisser quoi que ce soit – y compris leur association – en travers de leur route. Pour le moment, ils ont des préoccupations plus immédiates. Ils ont d'abord besoin d'une couverture et c'est dans ce contexte que Gaby Teller s'avère des plus utiles. Pour retrouver la trace de son père, sans doute séquestré à Rome par une organisation criminelle – dont fait partie Rudi, l'oncle abject de Gaby –, Kuryakin se fait passer pour un architecte russe et la jeune femme pour son adorable fiancée. En vacances à Rome où son soi-disant futur mari étudie l'architecture locale, Gaby devra prendre contact avec Rudi pour savoir où se trouve son père pour le convier à son mariage. De son côté, Solo fera semblant de ne pas connaître le jeune couple, tout en restant à proximité.
"On avait adoré Alicia dans ROYAL AFFAIR", affirme Wigram, "et elle a enchaîné de nombreux succès depuis. On voulait une comédienne européenne pour ce rôle, quelqu'un qui puisse camper une Allemande et qui possède un formidable mélange de jeunesse et d'insouciance, mais aussi d'intelligence et de force". Passer d'une mécanicienne assez banale à une ravissante jeune femme vêtue de robes de haute couture n'a pas été simple pour la jeune femme qui ne mâche pas ses mots.
"Mais si cela lui permet de rester du bon côté du mur de Berlin pour le restant de ses jours, Gaby est prête à tout", note l'actrice. "Ce qui m'a séduite, c'est qu'on a fait d'elle une jeune fille un peu garçon manqué avec un caractère bien trempé", poursuit-elle. "Gaby a grandi dans un monde d'hommes, si bien qu'elle est plutôt fougueuse et qu'elle s'affirme. D'ailleurs, elle a du mal à se détendre et à faire semblant d'être une ravissante femme au foyer, et je crois que c'est en partie sa volonté de marquer son indépendance qui suscite des disputes entre elle et Illya".
Gaby provoque également des tensions entre Kuryakin et Solo, mais uniquement parce que cela leur donne une raison de plus de se disputer. Tout commence par une scène comique où ils tentent de rivaliser d'ingéniosité en matière vestimentaire tout en cherchant à aider Gaby à se trouver une garde-robe à la mode… si bien qu'elle en vient à se demander si la prévention de l'Apocalypse est la partie la plus difficile de cette mission ! Mais tandis que nos trois protagonistes se glissent rapidement dans la peau de leurs alias, ils se préparent à affronter leurs redoutables adversaires. L'oncle Rudi, nazi jusqu'au bout des ongles, est complice du couple richissime et dépravé, Alexander et Victoria Vinciguerra. Ensemble, ils tentent d'obliger leur beau-frère Udo Teller à leur dévoiler sa méthode révolutionnaire d'enrichissement de l'uranium. Grâce à ce procédé, ils espèrent pouvoir concevoir et fabriquer une bombe atomique bien plus rapidement, puis la vendre au plus offrant.
Elizabeth Debicki campe Victoria, jeune femme ambitieuse d'origine très modeste à la blondeur incendiaire et à la beauté stupéfiante : elle a épousé un riche séducteur italien n'attachant d'importance qu'à l'apparence physique. "Ce n'est pas franchement le cerveau de l'opération", reconnaît Elizabeth Debicki. "Il aime les bolides et les femmes, et cela convient à Victoria puisqu'elle peut en profiter pour prendre les commandes – et c'est ce qu'elle a toujours voulu faire. C'est une autodidacte, doublée d'une véritable entrepreneuse dans l'âme, et très, très ambitieuse". "Elizabeth était époustouflante dans GATSBY LE MAGNIFIQUE", déclare Wigram.
"Elle s'est vraiment démarquée parmi les comédiens du film et lorsqu'on a suggéré son nom, Guy et moi avons eu le sentiment que ce choix s'imposait. Elle a fait une lecture et s'en est tirée remarquablement et, en plus, elle nous faisait penser à Catherine Deneuve jeune, ce qui était parfait par rapport à l'époque où se passe le film". D'origine australienne, Elizabeth Debicki campe une jeune femme de Liverpool s'exprimant dans un anglais très policé : "Presque personne ne joue un personnage de sa propre nationalité", précise-t-elle. De fait, l'Anglais Cavill incarne un Américain, l'Américain Hammer interprète un Russe, et Alicia Vikander, d'origine suédoise, joue une Allemande.
Ce mélange n'a fait qu'ajouter à l'atmosphère internationale du tournage et aux différents décors situés en Angleterre et en Italie. À l'exception du comédien qui incarne Alexander, le mari de Victoria : Luca Calvani décroche ici son premier rôle en langue anglaise sous les traits de ce passionné de voitures de course. "C'est une formidable révélation pour les spectateurs du monde entier", s'enthousiasme Wigram. "Luca correspond exactement à ce qu'on recherchait. Il donne à Alexander une allure à la fois sombre et glamour qui le rend crédible et très drôle".
"Alexander s'imagine qu'il a trouvé la ravissante idiote qu'il voulait", remarque Calvani. "Mais le plus drôle, c'est que c'est lui qui se retrouve dans la peau du ravissant idiot en fin de compte, puisqu'il finance les stratagèmes diaboliques de Victoria. Pourtant, il a un ego tellement surdimensionné qu'il croit maîtriser la situation". "Ce sont deux rôles magnifiques", reprend Elizabeth Debicki.
"Les Vinciguerra portent des tenues hallucinantes, ils sont extraordinairement pervers et ils se revendiquent comme un couple libre. Ils sont très sixties dans l'âme". Chemin faisant, la hiérarchie ne lâche pas ses agents dans la nature sans surveillance. Il y a d'abord Sanders, patron de Napoleon à la CIA, campé par Jared Harris : l'acteur était ravi de retrouver Ritchie et Wigram après avoir campé le redoutable Moriarty dans SHERLOCK HOLMES 2 : JEU D'OMBRES. Clin d'œil cinéphilique s'il en est – le personnage porte le nom de George Sanders, interprète légendaire du Saint et d'innombrables espions au cinéma. "Sanders a un peu de mal à gérer cet agent aussi frondeur et incontrôlable que doué", note Harris. "C'est sans doute pour cela qu'il a mauvais caractère et qu'il est grincheux. Il évolue dans un monde complexe, mais il est très manichéen et, pour lui, les États-Unis incarnent l'idéal absolu".
Après avoir tourné dans quatre saisons de la série MAD MEN, Harris était un habitué des années 60. Heureux de découvrir un autre aspect de cette époque, il précise : "C'était un très bon scénario, très bien rythmé, et ponctué d'humour". Hugh Grant campe le placide et imperturbable Waverly qui, avec Solo et Kuryakin, est le seul personnage issu de la série. Sensible au scénario, il indique avec son humour si caractéristique : "J'ai toujours aimé les films de Guy et pensé qu'ils étaient branchés. Or, je ne crois pas avoir jamais tourné dans quoi que ce soit de branché… Autant dire que j'étais motivé. En outre, j'ai un oncle qui était espion et j'ai toujours été fasciné par cet univers, si bien que je me suis dit que j'allais pouvoir m'amuser. On n'avait pas le droit de dire que c'était un espion – il était officiellement dans la marine – mais on était tous au courant".
D'une grande modestie, Waverly se présente en donnant un simple nom alors qu'il se révélera être un homme d'influence et de pouvoir – dont on percevra l'étendue bien plus tard. "J'imagine qu'il s'agit d'un agent secret britannique haut placé, très posé et effrayant", reprend le comédien. "Comme beaucoup de ses congénères, il a sans doute travaillé dans la marine. Il a dû pas mal se battre quand il était plus jeune, mais il porte aujourd'hui des costumes impeccables et il s'amuse à déjouer les plans des espions derrière le rideau de fer, et peut-être même des membres de la CIA, car il y a toujours eu une rivalité entre agents anglais et américains, et cela se retrouve dans le film".
Citons encore au casting Misha Kuznetsov, d'origine sibérienne, dans le rôle d'Oleg, homme du KGB de nature méfiante et homologue de Sanders, l'Allemand Christian Berkel sous les traits d'Udo Teller, brillant scientifique pris au piège d'une situation dont il ne peut s'extraire, et Sylvester Groth dans le rôle de Rudi, nazi invétéré aussi dévoué à sa cause qu'à ses passe-temps pervers. Détail amusant : Groth est né en RDA et a fini par passer à l'Ouest. 

L'IMPORTANCE DES DÉCORS 

Les décors jouent un rôle majeur dans AGENTS TRÈS SPÉCIAUX – CODE U.N.C.L.E., contribuant à y instaurer l'atmosphère et l'authenticité. "On a été ravis que sur SHERLOCK HOLMES, notre reconstitution de Londres au XIXème siècle ait enthousiasmé les spectateurs, et nous avons essayé de faire de même avec Berlin et Rome, en nous inspirant de nombreux films de l'époque", explique Wigram.
"Rome est emblématique du style des années 60 et Berlin, bien entendu, est le centre névralgique de tous les films se déroulant sur fond de guerre froide". "Certaines images marquantes comme celles du mur de Berlin et de Checkpoint Charlie sont des éléments essentiels pour qu'une histoire comme celle-ci soit fidèle au genre et à l'époque", note Ritchie. À Berlin, les tonalités sont froides et monochromes, tandis qu'en Italie les couleurs et les matières sont plus vives et sensuelles.
"Guy tenait à ce que le style des années 60 se retrouve à l'image, mais sans les stéréotypes habituels et en glissant quelques références à la guerre froide", indique le chefdécorateur Oliver Scholl. "C'était un équilibre déterminant à trouver". C'est aussi ce qui a guidé l'ensemble des choix artistiques. La régisseuse d'extérieurs Sue Quinn a sillonné toute l'Europe pour dénicher des lieux qui correspondent à la vision de Ritchie des années 60, "à la fois glamour et contemporaine", dit-elle.
"On a commencé par Rome, où l'on trouve de nombreux bâtiments typiques de l'architecture mussolinienne des années 30 extrêmement photogéniques. Mais comme Rome est envahi par les touristes, c'était très difficile d'y tourner sur un plan logistique, et on s'est donc rendu à Naples et dans ses environs pour étendre nos recherches". À Rome, l'équipe a tourné sur les célèbres marches reliant la place d'Espagne à l'église de la Trinité des Monts, le Théâtre Marcello, la place de Venise et le Grand Plaza Hotel où Solo, Kuryakin et Gaby séjournent pour approcher les Vinciguerra. À Naples, la production a investi les tunnels souterrains de la Fonderie pour camper les donjons de l'île des Vinciguerra, site idéal pour dissimuler un physicien nucléaire et son laboratoire secret. Quant au Château de Baia de la Baie de Naples, dont on pense qu'il a été construit pour l'empereur Néron, il a été utilisé pour ses magnifiques extérieurs.
"L'architecture n'est pas aussi sensible aux tendances que les vêtements ou les accessoires et du coup le style architectural de nos décors est beaucoup plus varié", précise Scholl, qui s'est servi de différentes constructions qu'on trouvait dans les années 60. "L'époque est évoquée à travers toutes sortes d'infimes détails, à l'instar de devantures de magasins, de typographies, d'auvents, d'affiches, de vitrines de boutiques, de portes, de meubles et d'outils".
Pour les scènes se déroulant en RDA, la production a tourné en Angleterre, en décors naturels et dans les studios Leavesden de Warner Bros., notamment pour le célèbre Checkpoint Charlie reconstitué en plateau. Une partie du Greenwich Naval College dans le sud-est de Londres et les Chatham Docks dans le Kent, largement modifiés en infographie, ont été utilisés pour la scène de course-poursuite, au début du film, censée avoir lieu le long du mur de Berlin. Par conséquent, l'équipe Décors a pu mettre au point l'ensemble des détails qu'elle recherchait et bénéficier du confort d'un environnement parfaitement sécurisé. Le circuit automobile de Goodwood, dans le West Sussex, est devenu – le temps du tournage – un site italien où Alexander Vinciguerra exhibe les voitures de son écurie. Ont aussi été reconstitués en studio les intérieurs de l'hôtel de Rome, le siège de la société de Victoria au style géométrique d'inspiration néo-fasciste, et le laboratoire secret où Udo Teller, séquestré, est contraint de mener ses recherches.
Mais le décor le plus complexe, d'un point de vue artistique, technique et logistique, reste l'île des Vinciguerra où se déroule la course-poursuite la plus spectaculaire du film. En réalité, ce décor est une mosaïque de plusieurs lieux, comme la région rurale de Hankley Common, dans le Surrey, les tunnels de Miseno et le Château de Baia à Naples, quelques routes de la périphérie de Rome et Aberystwyth, sur la côte ouest du pays de Galles. Le chef-opérateur John Mathieson a travaillé en étroite collaboration avec Ritchie pour mettre au point un éclairage "à la fois évocateur de l'époque et dégageant une énergie contemporaine", selon les propos de Wigram. "Il s'en est remarquablement tiré". 

LA SITUATION RISQUE DE DÉGÉNÉRER… 

L'action fait partie intégrante du film et c'est bien un paramètre sur lequel Ritchie ne transige pas. "Les comédiens ont bossé très dur", affirme-t-il. "Ils se sont beaucoup entraînés physiquement. C'est souvent une situation explosive : on tire dans tous les sens, on voltige partout, et il faut vraiment être sportif car, les jours les plus éprouvants, on trime pendant huit heures d'affilée".
Les scènes d'action ont mobilisé le chef-cascadeur Paul Jennings et le superviseur Effets spéciaux Dominic Tuohy, car le réalisateur souhaitait apporter une touche de nouveauté au film. "On voulait aussi que les scènes d'action soient éloquentes sur les personnages", souligne Jennings, qui a entraîné les comédiens pour les bagarres, les fusillades, les courses-poursuites en moto et en voitures, et les explosions, entre autres cascades.
"Guy tourne avec ses tripes. Il n'est pas prisonnier d'un carcan et il vous offre la liberté de penser de la même manière. Il faut être audacieux et aborder ses tournages en mettant ses tripes sur la table. Même si tout ne fonctionne pas de manière optimale la première fois, il ne vous en veut pas : il est ravi qu'on joue le jeu". Henry Cavill et Armie Hammer étaient plus qu'enclins à jouer le jeu, prêts à s'investir totalement dans leur travail et à exécuter eux-mêmes le maximum de cascades.
"Je ne voudrais surtout pas diminuer le mérite de nos formidables cascadeurs qui ont fait de sacrées culbutes et qui ont accompli quelques exploits extraordinaires", ajoute Cavill. "Mais Armie et moi sommes très physiques et adorons nous investir dans ce qu'on fait. Il y a quelques scènes d'action de grande envergure dont j'aurais parié qu'elles seraient réalisées en infographie et qui ont fini par être tournées sur le plateau".
Fusillade berlinoise Le film s'ouvre sur une détonation – accompagnée par du verre brisé et du caoutchouc brûlé – au moment où Gaby et Solo, qui viennent de faire connaissance, tentent au volant d'une berline Wartburg d'échapper à la Trabant de Kuryakin à travers les rues de Berlin-Est afin de rencontrer le contact de Solo de l'autre côté du mur. "Guy envisageait cette scène comme un ballet", indique Tuohy. "Nous avons aménagé les deux véhicules de telle sorte que ce ne soit pas l'acteur installé dans le siège du conducteur qui pilote la voiture. S'agissant de la Wartburg, le poste de pilotage était perché sur le toit du véhicule tandis que pour la Trabant, il était en contrebas à l'avant du véhicule, ce qui permettait aux cascadeurs de conduire les deux voitures à toute vitesse et aux acteurs de rester concentré sur la scène. Par ailleurs, nous avions une voiture-travelling qui les suivait". "Nous voulions que les deux voitures restent proches l'une de l'autre, tout en prenant des virages serrés", poursuit-il, "si bien qu'on a fait en sorte que l'une des deux soit extrêmement légère et nous avons construit un dispositif qui les relie l'une à l'autre. Par la suite, sur un fond vert, nous avons fabriqué une platine hydraulique afin de pouvoir réunir les deux véhicules ou encore de les faire avancer ou reculer, comme s'ils étaient sur le point de se distancer, et de les laisser se déplacer indépendamment l'un de l'autre ou de pivoter sur eux-mêmes à 360°".
La production a utilisé les effets mécaniques autant que possible. "Par exemple, les postes de pilotage installés dans les véhicules ont été laissés hors champ, comme on l'aurait fait à l'époque où les effets infographiques n'existaient pas, si bien que la caméra cadre ce que le spectateur voit à l'écran, et non pas l'intégralité du dispositif qui est ensuite corrigé à la palette numérique". Dans le même temps, les effets visuels, supervisés par Richard Bain, se sont avérés indispensables dans d'autres occasions comme, par exemple, lorsqu'il s'est agi de transformer les rues de la Greenwich Royal Naval Academy et les Chatham Docks – où la course-poursuite a été filmée – en Berlin-Est. "Greenwich est l'un de nos sites patrimoniaux les plus importants, et le fait même d'y tourner une course-poursuite est exceptionnel", constate Tuohy.
"Ses rues sont uniques au monde et c'était un défi en soi de protéger les lieux. Les trottoirs qu'on aperçoit ne sont pas authentiques : nous avons installé un revêtement spécial afin qu'on puisse rouler dessus sans abîmer ce qui se trouve en-dessous". La course-poursuite dans le port "Guy tenait à acheminer un camion sur un bateau et à aborder sur un mode comique la scène où le bateau coule à cause du camion, alors que Solo est toujours dans la cabine", analyse Tuohy. Il s'agit du moment où les deux agents doivent s'échapper d'un bateau rempli de tueurs après une nuit de traque dans l'usine des Vinciguerra.
Le chef-cascadeur Jennings indique : "Au cours de la poursuite dans le port, Armie a dû être souvent au poste de pilotage. On l'a emmené faire un tour en bateau pour voir comment il se débrouillait et il s'est révélé doué naturellement, ce qui nous a permis de le filmer en train de manœuvrer le navire. C'est formidable de pouvoir demander à un acteur de se glisser dans une telle situation tout en sachant qu'il va très bien s'en sortir". Pour l'équipe de Tuohy, la logistique s'est révélée être plus complexe : "Quand on conduit un véhicule et qu'on le balance d'un promontoire pour qu'il atterrisse sur un bateau, il a tendance à repousser le bateau", explique-t-il.
Du coup, un camion très léger a été conçu pour qu'il puisse s'emboîter dans un dispositif capable d'atterrir à un endroit bien précis. Autre problème : pour couler l'énorme bateau conçu en fibre de verre, il fallait un déplacement d'environ 30 tonnes, ce dont la production ne disposait pas. Elle n'avait pas non plus le temps d'attendre qu'il soit submergé. Par conséquent, elle a utilisé des charges pyrotechniques pour briser les joints d'étanchéité et pour laisser l'eau s'infiltrer. Entretemps, un bélier hydraulique a été conçu pour précipiter l'ensemble par plusieurs mètres de fond en moins de dix secondes, permettant à Cavill de mêler humour et héroïsme pour la scène en une seule prise. La découverte du domaine des Vinciguerra en tout-terrain La course-poursuite trouve son aboutissement sur l'île des Vinciguerra : c'est là que les enjeux sont à leur paroxysme, que les personnages recourent au premier mode de transport qui leur tombe sous la main et que chaque rebondissement bouscule l'équilibre des forces en présence.
Nos héros pilotent donc une moto datant de 1960, une Land Rover customisée qui va sur l'eau, et un 4x4 tout-terrain que Ritchie a surnommé "la bête". "Certes, le Rock Crawler est un peu anachronique, mais je ne voulais pas que cela nous empêche d'en utiliser un et du coup, on a construit le nôtre", dit-il. Le véhicule effectue ce que son nom semble suggérer : il escalade des collines à presque 90% de dénivelé avant de parcourir une centaine de mètres à travers un lac. "Je ne sais plus trop quoi en faire à présent. Il mesure plus de 2 m de large".
Le réalisateur recherchait un terrain ardu pour une scène réunissant en réalité divers décors. Jennings s'explique : "On démarre par l'Italie, on traverse un tunnel et on grimpe à la montagne, toujours en Italie, et puis on enchaîne avec un plan au pays de Galles, et ensuite à Hankley Commons, et on y intègre quelques images du Northshire. On a tourné un peu partout, mais au bout du compte, je crois qu'on a obtenu un résultat franchement unique". Aux commandes du Rock Crawler, Solo témoigne de sa vivacité au cours de la scène. Conscient que la Land Rover d'Alexander Vinciguerra peut facilement le rattraper sur la route, il trace son propre parcours à travers la broussaille, les collines, la forêt, la boue et la poussière afin de prendre de l'avance sur lui. Entretemps, Kuryakin emprunte une autre route au cours de scènes d'action se déroulant au même moment : il enfourche une moto des années 60 qu'il pilote jusqu'à ce qu'elle soit hors d'usage. C'est alors que notre agent qui ne manque pas de ressources lui trouve une nouvelle fonction. Pendant la préparation, Hammer n'était pas particulièrement inquiet. Très bon pilote depuis qu'on lui a offert une moto tout-terrain quand il était enfant, il se considérait à même de relever le défi.
Mais l'assistant chef-cascadeur Lee Morrison n'avait pas, au départ, la même vision de la situation : "On a débarqué sur une grande étendue d'herbe et Lee m'a dit, 'Très bien, on va faire un petit test pour voir si tu es bon pilote. Va là-bas, fais un virage, reviens, fais un grand huit et puis passe entre les cônes et arrête-toi'. Je me suis dit que c'était facile. J'ai fait ce qu'il m'a dit, je suis revenu au point de départ, et il m'a interpelé : 'Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? C'est comme ça que tu te tiens assis ? C'est comme ça que poses tes coudes ?' Il m'a appris les bons gestes et, franchement, il m'a fait progresser, et c'était génial, surtout sur une moto aussi vintage qui ne bénéficiait pas d'un demi-siècle de progrès technologiques. Du coup, elle était lourde et encombrante".
Certes, elle est lourde et encombrante mais elle est marquée par l'histoire d'Hollywood. En effet, la moto pilotée par Hammer était une édition limitée de la Métisse Desert Racer construite par le célèbre atelier Métisse dans l'Oxfordshire suivant le modèle Mark III imaginé par Steve McQueen et Bud Ekins dans les années 60. On découvre aussi parmi les véhicules du film un hélicoptère Hiller UH12E4 de 1960 qui a déjà joué un rôle dans un autre film d'espionnage. Voilà qui peut suffire à faire en sorte que des producteurs chevronnés redeviennent des fans de James Bond !
"Nous avons utilisé l'hélicoptère de Pussy Galore qui vient de GOLDFINGER", s'enthousiasme Wigram. "Autant vous dire que j'étais comme un gosse !" Pussy Galore est aussi présent dans une série télé à laquelle avait contribué Ian Fleming, auteur de "James Bond". 

DES COSTUMES TAILLÉS POUR HOMMES… ET FEMMES 

Les tenues conçues par la chef-costumière Joanna Johnston s'accordaient à la palette de couleurs choisies par le chef-décorateur : "À Berlin, l'élément dominant est le béton", dit-elle. "Tout était froid, dur et assez sinistre. Dès qu'on franchit le mur et qu'on passe à l'ouest, nous avons quelques imprimés, mais la palette reste froide. Et puis, en Italie, les couleurs sont beaucoup plus chaudes et les tenues élégantes".
La chef-costumière s'est inspirée de la rupture culturelle entre l'atmosphère terne de l'immédiat après-guerre et les années 60, et s'est documentée en consultant des magazines de mode de l'époque : "La couleur était primordiale", reprend-elle. "C'était une période à la fois audacieuse et radicale, en art, en mode et en musique. Ce qui m'a vraiment frappée, c'est la liberté de création de l'époque qu'on retrouve dans la photographie, les mannequins, le style etc."
En accord avec Ritchie, la chef-costumière s'est efforcée d'éviter les stéréotypes susceptibles de gâcher un film d'époque, en choisissant "des matériaux plus subtils et originaux, mais élégants et doux au regard, comme dans ces films où tout le monde était chic quelles que soient les circonstances". Hammer explique que ses tenues vestimentaires l'ont aidé à bâtir son personnage : "Je n'avais pas l'impression d'endosser des costumes de cinéma", affirme-t-il. "J'avais plutôt le sentiment de porter de simples vêtements car rien n'était excessif". En effet, Kuryakin porte des tenues plutôt discrètes, notamment parce "qu'il est limité par un budget soviétique", ironise Hammer.
Joanna Johnston a fait en sorte que les costumes de l'agent russe soient sobres, décontractés et élégants : "Il porte des vêtements achetés séparément, comme des vestes en daim et en velours, des pantalons habillés et, bien entendu, des pulls à col roulé, unique élément que j'ai conservé de la série car c'est la première chose que tous les gens à qui j'en ai parlé m'ont évoqué". Elle a adopté une tout autre approche pour Solo. "Solo s'est réinventé pour ainsi dire, et je lui ai donc choisi un style beaucoup plus élaboré", note-t-elle. "Il porte des tenues très chics de Saville Row [quartier de Londres réputé pour ses costumes sur mesure, NdT] et des chaussures fabriquées à la main, et il a donc l'air du parfait gentleman. Il est très imbu de sa personne et ne pense qu'à l'image qu'il renvoie de lui : il veut être séduisant, chic et porter des tenues très chères".
Cavill acquiesce : "Ses costumes sont fabriqués à partir des plus beaux tissus et dès que je les ai enfilés, j'ai eu le sentiment de glisser dans la peau de Napoleon Solo", dit-il. La conception des tenues féminines a encore enrichi la palette. Si on découvre d'abord Gaby en salopette de travail, comme un garçon manqué, elle passe sans mal à des tenues de haute couture. Son style désinvolte est qualifié par Joanna Johnston de "jeune, audacieux, simple et élégant tout en donnant le sentiment qu'elle pourrait entreprendre n'importe quoi à n'importe quel moment".
"Je suis venue faire quelques essayages, ce qui était un très bon moyen de me glisser dans la peau du personnage, et Joanna m'a totalement associée à son travail", se rappelle l'actrice. "Elle m'a apporté des cahiers de tendances truffés de photos et d'idées, et c'était alors facile de laisser son imagination et ses fantasmes s'emballer. J'ai remarqué une robe magnifique avec un dos nu que j'ai adorée et, la fois suivante, elle m'attendait".
La chef-costumière a discerné une trace de Solo chez la glaciale Victoria : "À sa manière, Victoria joue dans la même cour que lui dans le sens où elle peaufine l'image qu'elle donne d'elle-même", dit-elle. "Elle aime porter des tenues qui en mettent plein la vue. Cette femme est un serpent et elle veut attirer les gens dans son antre".
Elizabeth Debicki a collaboré avec bonheur avec la chef-costumière pour mettre au point les tenues noires et blanches, très élégantes et couture de Victoria : "Ses vêtements sont ce qu'on faisait de mieux en matière de mode dans les années 60", ajoute-t-elle. "Elle adore les bijoux ostentatoires et les ceintures et comme elle est très riche, on s'est dit qu'elle n'avait pas à se fixer de limite. En outre, quand on est le salaud de l'histoire, on peut faire ce qu'on veut !" 

UNE MUSIQUE QUI MÈNE LA DANSE 

"La musique est un élément essentiel du film", signale réalisateur. "Je trouve que parfois, dans certaines scènes, la musique doit mener la danse et que c'est l'action qui est censée s'y adapter. Nous avons travaillé pour la première fois avec un jeune compositeur très doué, Daniel Pemberton, et je suis ravi du résultat".
Le musicien se souvient d'une expérience inoubliable : "Il voulait que tous les morceaux soient simples et marquants", dit-il. "Il voulait que chacun d'entre eux puisse être considéré comme une partition à part entière, tout en étant à même de mettre en valeur l'action. C'était un défi hallucinant, mais c'était aussi formidable et enthousiasmant pour moi parce que j'ai dû repousser mes propres limites et faire preuve d'audace comme j'ai rarement eu l'occasion de le faire".
En témoigne l'assaut final sur le domaine des Vinciguerra : l'action est tellement intense et les événements s'enchaînent à un tel rythme que le réalisateur les montre par moments en split-screen, effet rehaussé par la musique. "Souvent, il y a très peu ou pas de dialogue", reprend Pemberton. "Je me souviens qu'avec Guy et son chef-monteur James Herbert, on essayait de trouver une musique qui se distingue de ce que le spectateur a l'habitude d'entendre, et on a eu l'idée de percussions chaotiques, presque polyrythmiques, qui font écho à l'intensité des combats. On bascule ensuite vers le chaos, puis la musique se reprend en suivant des mouvements oscillatoires en fonction de l'action. C'est l'un des passages dont je suis le plus fier".
Pour rester en accord avec l'atmosphère du film, Pemberton a cherché une sonorité qui mêle la sophistication actuelle à la singularité des années 60. Tout d'abord, la musique a été enregistrée dans le studio 2 d'Abbey Road où, comme chacun sait, les Beatles enregistraient leurs albums. Sur le plan thématique, "nous avons choisi une approche minimaliste qui revenait à écrire une partition dont l'impact était poche d'une grande formation orchestrale", dit-il.
Techniquement, le studio d'Abbey Road regorgeait de matériels d'époque nécessaires pour obtenir la sonorité recherchée. "On a utilisé tous les accessoires et instruments qu'on trouve là-bas depuis les années 60", poursuit-il, avec l'enthousiasme d'un archéologue qui vient de dénicher un trésor.
"On s'est servi de magnétophones, de vieux bureaux et même de la chambre de réverbération du bâtiment, qui permettait de créer des échos avant l'ère du numérique, voire des matériels analogiques. On balançait un micro sur un sol carrelé dans une pièce munie d'un haut-parleur, et on enregistrait le bruit que cela produisait. On a retrouvé de vieux instruments d'époque, qu'il s'agisse de clavecins vintage, de basses et de guitares, et on a collaboré avec Sam Okell, expert maison des années 60, qui connaît le moindre accessoire et le moindre équipement après avoir mixé et remixé les tubes des Beatles pendant tant d'années".
"On voulait vraiment créer un son à part", conclut-il. "Je dirais qu'on a dû voyager à travers le temps pour y parvenir". Wigram ajoute : "C'est formidable de pouvoir reconstituer une époque grâce à la technologie d'aujourd'hui. Avec Guy, on adore les films d'époque car on a le sentiment de pouvoir susciter des émotions très fortes tout en étant crédible. On peut aussi se permettre de magnifier des événements réels car on essaie toujours d'y injecter un minimum de réalisme".
"En tant que réalisateur, on doit composer avec plusieurs contraintes artistiques lorsqu'on aborde un projet", indique Ritchie, en évoquant l'époque où l'adaptation de la série lui a été proposée. "Les rapports entre les personnages, le rythme et la narration sont autant de questions exaltantes. En outre, il fallait transposer une histoire se déroulant dans les années 60 de manière moderne et divertissante, et on s'est tous beaucoup plu en découvrant comment en tirer le meilleur parti.

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