samedi 17 janvier 2015

Back to the future


Animation/Aventure/Famille/Charmant, jolie histoire, personnages attachants, à partager avec ses enfants

Réalisé par Pascal Morelli
Voix :
Tourbillon-Noir : Lucien Jean-Baptiste
Tête-de-Léopard : Bertrand Nadler
L’Empereur : Jean-Yves Chatelais
Face-Blanche : Franck Capillery
Vipère-Jaune : Daniela Labbé Cabrera
Zhang : Philippe Catoire
Duan petit : Lucille Boudonnat
Duan grand : Hélène Bizot
Pei Pei : Hanako Danjo
Cai Jing : Xavier Aubert
Maréchal Gao : Mark Antoine
Doyen des mandarins : Jean-Loup Horwitz
Mort -Prématurée : Roland Timsit
Trépas-Instantané : Pierre Forest
Barbe-Pourpre : Franck Gourlat
Tonnerre-Fracassant : Michel Melki
Scorpion-de-Fer : Guillaume Lebon

Comédiens :
Duan grand : Pauline Laulhe
Tête-de-Léopard : Melissa Cornu
L’Empereur / Mort-Prématurée : Hugues Hausman
Pei Pei / Duan petit : Hanako Danjo
Tonnerre-Fracassant : Laurent d’Elia
Scorpion-de-Fer : Laurent van der Rest
Barbe-Pourpre/ Cai Jing : Jean-Philippe Lejeune
Tourbillon-Noir / Face-Blanche : Sylvain Mounier
Vipère-Jaune : Claire Gilbertas
Trépas-Instantané : Angelo da Spedale
Archer-Prodigieux : Nicolas Philippe

Long-métrage Français/Belge/Luxembourgeois
Durée : 1h44m
Année de production : 2014
Distributeur : Gebeka Films

A partir de 6 ans 

Date de sortie sur nos écrans : 21 janvier 2015


Résumé : Empire de Chine. XIIème siècle.
Les Rois-Démons terrorisent tout le pays. Pour vaincre ces monstres, il faudrait avoir le courage de cent tigres, la force de mille buffles, la ruse d’autant de serpents... et une chance de pendu. Le jeune prince Duan n’a que ses illusions romanesques et de l’embonpoint. Zhang-le-Parfait n’a que son bâton de moine et tout un tas de proverbes incompréhensibles.
La petite mendiante Pei Pei n’a que son bagoût et son grand appétit.
Mais surtout, le prince Duan, le vieux moine et la petite mendiante ne savaient pas qu’il était impossible de vaincre les Rois-Démons. Alors ils l’ont fait !

Bande annonce (VF)


Ce que j'en ai pensé : Le film 108 ROIS-DÉMONS s’inspire du roman Au bord de l’eau, un classique de la littérature chinoise qui relate les aventures de 108 hors-la-loi. Je suis allée le découvrir avec des doutes sur l'animation et l'histoire mais j'en suis sortie ravie. 
L'animation est originale. Des acteurs ont joué les personnages, puis leurs visages ont été remplacés par des avatars numériques. Il en résulte une animation des visages des personnages très particulière, à laquelle les spectateurs ne sont pas habitués. Elle surprend. Parfois, elle est impressionnante, parfois elle n'est pas très convaincante. Le fait que l'animation des visages ne soit pas réussie dans tous les cas est le seul reproche que je ferais à ce film d'animation familial. 
Finalement, la jolie histoire, les petites perles philosophiques, les dialogues amusants, la sympathie des personnages, la beauté et la finesse des dessins et la précision des détails sont autant de points positifs qui m'ont surtout fait apprécier ce long-métrage. Certaines scènes sont magnifiques à regarder. 
 


Le film est parfait à partager avec des enfants pour une approche de la culture chinoise, pour discuter du mensonge ou de la gourmandise ou encore pour aborder avec eux la morale de l'histoire. Les personnages sont attachants. J'ai adoré la relation entre Zhang, le gardien de l’harmonie céleste et de l’équilibre terrestre, et le jeune prince Duan. Elle est attendrissante. 



L'ensemble des héros sont bien travaillés, tant sur leur aspect physique et vestimentaire que sur leur passé qui se ressent dans leur façon d'être, et ce qui est assez rare c'est que les méchants aussi.








L'humour est très présent. Les dialogues sont enlevés et dynamiques. J'ai été étonnée de rire de bon cœur à certaines blagues. 
108 ROIS-DÉMONS est une belle découverte qui nous entraîne sur les traces d'une équipe de héros attachants aux personnalités distinctes. C'est un film à voir en famille qui amusera petits et grands et sur lequel vous aurez plaisir à partager vos impressions.


NOTE DE PRODUCTION 
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

L’histoire du film, selon Pascal Morelli 

C’est une histoire de mensonge. Le mensonge d’un traître, Gao, qui assassine l’Empereur de Chine et accuse de son crime des personnages légendaires : Les 108 Rois-Démons ! Le mensonge du sage, Zhang-le-Parfait, qui pense comme Sacha Guitry, que : «L’un des mensonges les plus intéressants qui soient, est celui de faire croire à quelqu’un qui vous ment, qu’on le croit.» Et Zhang choisit donc une poignée de braves et pittoresques hors-la-loi pour jouer le rôle de ces terribles mais imaginaires 108 Rois-Démons. Et les mensonges s’accumulent. Tout d’abord alimentés par l’imagination fertile d’une toute jeune mendiante, Pei Pei, les méfaits des 108 Rois-Démons sont bientôt relayés par tous les protagonistes. Les soldats défaits par cette bande de pouilleux expliquent leur déroute en décrivant des Rois-Démons toujours plus grands et plus féroces. Les villageois profitent de la pagaille pour se débarrasser du Préfet qui les tyrannise et accuser les Rois-Démons devenus pour l’occasion des mangeurs d’hommes. Et pour finir, le mensonge du jeune Prince Duan, qui scelle ainsi son passage dans le monde des adultes : «N’écoutant que son courage Gao, le brave Gao le noble, a terrassé les terribles Rois-Démons !»

Les Personnages, selon Pascal Morelli 

Les Rois-Démons C’est une bande de hors-la-loi au vrai sens du terme, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas vocation à être des malfaiteurs. Ils représentent chacun une couche de la société chinoise : poète, militaire, jeune fille noble, cuisinier, pêcheur, homme de science, etc... Ce ne sont donc pas des méchants « professionnels » et s’ils représentent des archétypes, ce ne sont pas des caricatures. 

DUAN 

A l’inverse de Pei Pei, il ne sait pas mentir. Il ne sait pas grand-chose d’ailleurs. Il est d’une certaine manière notre « Candide », celui qui suit le mouvement avec un tempo de retard. Il sera presque dans le rythme à la fin de l’histoire. Au début, c’est simplement un enfant. Les histoires de démons et les combats homériques le fascinent. Comme il est prince, il croit qu’il a l’étoffe d’un héros. Et comme personne ne le contredit, il dit sans réfléchir des choses « héroïques » qui le rendent à la fois ridicule et touchant. Avec Zhang, Duan rencontre la première personne qui ose lui dire : « tu ne sais rien de rien ». Alors il commence à poser des questions. Et même à réfléchir avant de les poser. Et ainsi, il va commencer à grandir. 

Zhang 

Zhang est un être hors d’âge. Il aime émailler son discours d’aphorismes énigmatiques. Il est rhumatisant, aveugle et ridé comme un pruneau, mais son esprit est vif et rapide. Pour les taoïstes, il est le gardien de l’harmonie céleste et de l’équilibre terrestre. Dit comme ça, c’est vague, mais pour lui, c’est tout à fait clair et ça a des implications tout à fait pratiques. Pour nous, il est juste tordu. A sa façon, il peut-être aussi cabotin que Pei Pei. 

Vipère-Jaune 

Elle a 17 ans. Bonne famille, très mauvaise éducation. Ce n’est pas sa faute : elle était la seule fille entourée de quatre garçons. Résultat : incapable de passer une robe sans mode d’emploi ! Au lieu des arts ménagers, elle a appris le kung-fu, l’escrime et l’équitation. Et à siffler dans ses doigts, aussi. Elle a énormément de charme mais ne le sait pas, donc elle n’en joue pas. Elle est très naturelle : elle dit et fait ce qu’elle pense, sans fard, ni calcul. Elle est à ce moment de sa vie ou le sentiment amoureux est vécu avec angoisse et horreur. Vipère-Jaune était « fille de... » et elle aurait dû devenir « femme de… ». Depuis qu’elle a refusé ce destin tout tracé, elle cherche une autre voie. Elle voudrait s’appartenir à elle-même. 
Armes : Foulards jaunes en soie et fils d’aciers 

Tête-De-Léopard 

La trentaine. Un félin. Taciturne, calme, un peu mystérieux, mais plus par réserve que par désir de poser. Du charme, mais rien d’ostentatoire. Autorité naturelle. Rarement un mot plus haut que l’autre. Lorsqu’il parle, ce n’est pas pour convaincre. Il exprime son opinion, voilà tout. Un humour que l’on a l’habitude de qualifier d’anglais. 
Armes : Deux sabres. 

Pei Pei 

Il y a deux Pei Pei : la gamine naturelle qui n’est en rien différente des autres filles de son âge. Et il y a la « conteuse » qui cabotine d’auberges en places de marché pour gagner sa pitance. Dans ce rôle, elle ne recule devant aucun effet pour captiver son auditoire. 

Tourbillon-Noir 

On ne sait trop d’où vient ce colosse armé d’une double hache rouge. Pei Pei prétend qu’il est né des amours d’une tornade et d’un tremblement de terre. En tous cas, il a bien le caractère violent et imprévisible d’une catastrophe naturelle. Son physique lui permet d’en imposer sans avoir à brailler ou à menacer. Mais Il n’est PAS une brute épaisse. Bien au contraire, il adore débattre, discuter, argumenter, et ce n’est que par dépit qu’il utilise sa force. Il a de l’humour et un code de la vie, certes particulier, mais qui sont ses seules richesses. 
Armes : Double-Hache en bronze 

Barbe-Pourpre 

Le râleur du groupe. Jamais content. Sa mauvaise foi le rend comique. Mais ce n’est pas un idiot, il connait son mauvais caractère et compose avec. Avec lui, c’est toujours non. D’abord non. Mais quand il voit les autres faire démarrer le train des embrouilles, il ne peut pas s’empêcher de sauter dedans. 
Armes : Lance. 

Face-Blanche 

Homme de lettres. Il est précieux dans son discours mais pas dans sa voix. On ne sait jamais s’il est vraiment sérieux. De l’ironie mais pas de cynisme. Il s’amuse de tout, rien ne semble l’atteindre vraiment. Sauf… Vipère. 
Armes : Chaine articulée en fer. 

Scorpion-de-Fer 

Bon vivant. Optimiste et jovial. Scorpion est à la cuisine ce que Tourbillon est à la justice : un amateur un peu trop passionné. Pour des nouilles trop cuites, pour un bouillon suspect, Scorpion est capable de dévaster une auberge. 
Armes : Couteaux… plein de couteaux. 

Tonnerre-Fracassant 

Personnage lunaire, Tonnerre est aussi sourd que l’Archer est muet. Mais chez lui, c’est acquis. Tonnerre entendait parfaitement, avant de rencontrer ses trois dangereux amis : salpêtre, soufre et charbon de bois. 
Armes : Explosifs. 

Archer-Prodigieux 

Il est donc aussi muet que Tonnerre est sourd. Ce qui ne l’empêche pas de tenir d’interminables conversations. 
Armes : Arc et flèches. 

Mort-Prématurée et Trépas-Instantané 

Ils sont frères jumeaux. Pêcheurs de leur état, ils en ont conservé les outils : harpons, filets et couteaux à écailler. Ils n’ont pas l’éducation de Face-Blanche, n’ont jamais fréquenté la Cour comme Léopard. Leurs maîtres d’armes, c’étaient la carpe rusée, l’anguille glissante et la truite rétive. A la mort de leur père, ils ont voulu l’enterrer eux-mêmes. Mais un bataillon de gendarmes est intervenu parce que cette pratique a été décrétée hors-la-loi. Alors ils ont quand même enterré leur papa, occis les gendarmes et les ont laissés sur le bord de la route, sans sépulture, puisque c’est la loi. 
Armes : Harpons et hameçons. 

Maréchal Gao 

Gao n’est pas stupide, ni cruel. Il aurait pu être un héros. Il a le physique pour. Il a du charme et de la distinction. Il est en bonne forme physique et, quand la situation l’exige – c’est-à-dire, quand cela lui profite – il peut même faire preuve d’un certain courage. En fait, il n’est limité que par sa philosophie simpliste. Pour lui, la vie consiste à amasser des profits. Contre tous, et par tous les moyens. Il ferait certainement un bon homme d’affaires, mais comme homme d’état, c’est une plaie. 

Cai Jing 

Il n’est pas très malin, mais il est très serviable. Un touche-à-tout de l’intrigue. Il n’a pas vraiment de personnalité. Peut-être serait-il bon s’il était au service d’un homme bon… ? 

Les 108, selon la légende… 

On sait bien comment ça se passe : quand on bâtit un beau château de sable, il y a toujours un idiot pour venir donner un coup de pied dedans. Par pure méchanceté. Eh bien, c’est exactement ce qui arriva quand on eut terminé de bâtir l’Empire de Chine, au tout début des temps anciens : 108 nouvelles étoiles apparurent dans le ciel d’Orient et, dès le lendemain matin, les 108 Rois-Démons surgirent du néant et se mirent à tout casser. Les palais, les chaumières, la vaisselle, la figure des gens… même les jouets des petits enfants. Les armes et les ruses des héros les plus braves ne pouvaient rien contre la fureur de ces monstres. Ils avalaient toutes crues les armées les plus puissantes. Rien ne pouvait les arrêter. 

Heureusement, il y avait quelque part dans les montagnes un grand sage qui avait consacré toute sa vie à l’étude de la Vraie Voie. On l’appelait le Maître Céleste. Chacun sait que les gens qui consacrent toute leur vie à faire une seule chose deviennent certes un peu bizarres, mais très très bons à cette chose-là. En vérité, le Maître Céleste devint même plus que bon. Il devint tout simplement parfait. Si parfait qu’il fit ce que personne n’arrivait à faire : il jeta les 108 Rois-Démons dans un trou très profond, sur lequel il posa une pierre très lourde surmontée d’une belle tortue sculptée. L’Empire était sauvé. Les habitants étaient très soulagés. L’empereur lui-même en pleurait de gratitude. Pour remercier le Maître Céleste, on lui offrit des monceaux d’or, des palais splendides et de très hautes fonctions. Naturellement, le Parfait refusa tout cela et s’en retourna méditer dans ses montagnes. 

Alors on se contenta de bâtir un temple, un simple temple rouge, au-dessus du trou fermé par la grosse pierre surmontée d’une belle tortue sculptée. Bien évidemment, on ferma très soigneusement les portes du Temple Rouge, afin que personne ne vienne jamais libérer les 108 Rois-Démons. Autour du Temple Rouge, on construisit, à flanc de montagne, les nombreux bâtiments d’un grand couvent qui fut baptisé « Monastère de la Pureté Supérieure ». Ceci est une légende. C’est-à-dire une histoire qui n’est probablement pas entièrement vraie. Pas complètement fausse non plus, d’ailleurs. Car le Temple Rouge existe encore, au moment où commence notre histoire. Et durant toutes ces années, ses portes sont demeurées fermées. Même les Barbares du Nord n’ont pas osé y toucher, lorsqu’ils ont mis à sac le Monastère de la Pureté Supérieure, à la fin du règne précédent. Là est la force de la légende. 

Pascal Morelli et Jean Pêcheux 
Extrait du roman 108 Rois-Démons, de Pascal Morelli et Jean Pêcheux 
Reproduit avec l’aimable autorisation des Éditions NATHAN © 2015 

Retrouver ce souffle épique… selon Pascal Morelli 

Le livre Au bord de l’eau comporte plus de 1700 pages. Issue de la tradition orale chinoise, l’histoire s’est bâtie au fil des siècles pour être compilée une première fois au XIVème siècle par un lettré du nom de Shi Nai’an. Adapter cette œuvre fleuve, reviendrait à sabrer dans un univers littéraire touffu, riche et complexe, désosser des intrigues multiples et savoureuses… Alors nous avons choisi d’écrire… l’avant, d’avancer à rebours. De préfacer, en quelque sorte le livre, et ce, afin de donner l’envie d’aller s’immerger dans cette œuvre épique. Adapter Au Bord de l’eau, c’est narrer une grande aventure menée à un rythme trépidant, mais qui sait aussi prendre le temps de poser son regard sur l’Histoire, la société et les gens qui la composent. 

Ce monument de la littérature chinoise est peu connu en occident ce qui rend également très attrayant ce projet pour l’amener vers un nouveau public. Dumas, Stevenson, London, les grands écrivains de la littérature d’aventure ont toujours su nous emmener sur des routes où le mendiant pouvait être plus riche que le puissant, où le héros connaissait aussi le doute et où les méchants n’étaient que ceux dont le chemin avait été trop sombre et trop rude. (...) (...) Comme ces grands auteurs, Au bord de l’eau raconte l’action et la réflexion, permet aux mots de combattre les armes et pose la complexité des êtres comme le vrai moteur de l’action. Nous dévoilant ainsi que les hauts faits ne sont rien sans la beauté du geste, le geste qui les conduit. 

La phrase de John Ford « When the legend becomes a fact, print the legend! » nous permet de croire que le geste légendaire qu’est Au bord de l’eau, au sens de fresque littéraire comme les œuvres du Moyen-âge européen qui racontaient les aventures de preux chevaliers, doit bien receler quelques secrets. Ces mystères nous avons voulu les imaginer, leur donner vie, afin de présenter les personnages du livre : une horde de 108 bandits révoltés contre la corruption du gouvernement de l’Empire de Chine, des gueux pour qui le ciel lui-même écrira leurs titres de gloire. 

Dans sa traduction américaine, Pearl Buck a traduit le livre sous le titre Tous les hommes sont frères (All Men Are Brothers -1933), en se référant plus spécifiquement à la bande de hors la loi. Ce film nous parle de courage, de solidarité et d’émancipation et souhaite montrer que tout le monde peut réussir… 

Et si une phrase doit rester à la fin du film ce serait : «Les mots sont plus forts que les épées ! ». 

Repères littéraires, historiques… 

Le film 108 Rois-Démons s’inspire du roman Au bord de l’eau, un grand classique de la littérature chinoise qui relate les aventures de 108 hors-la-loi. L’histoire d’Au bord de l’eau (Shui-hu-zhuan en chinois) s’est d’abord transmise oralement, avant d’être fixée par écrit. Il en existe plusieurs versions. La plus connue est attribuée à Shi Nai-an, un écrivain du XIVème siècle. Elle met en scène les bagarres et les banquets d’une bande de brigands, dans un style très vivant. Elle compte 92 chapitres, dont 6 (VII à XII) consacrés à l’histoire personnelle de Lin Chong, dit Tête-de- Léopard, l’un des principaux héros du roman. Cette histoire de hors-la-loi redresseurs de torts est très populaire en Chine et dans le monde. Elle est appelée The Water Margin en anglais et Suikoden en japonais. Elle a fait l’objet de nombreuses adaptations, sous forme de film, de bande dessinée, de feuilleton télévisé, de jeu vidéo… L’opéra La Forêt des sangliers, par exemple, raconte comment Lu Zhi-shen sauva la vie de Lin Chong. 

Au bord de l’eau se passe au début du XIIème siècle, sous la dynastie des Song du Nord. Il se base sur des évènements réels : le parcours de Song Jiang, un célèbre bandit qui prit la tête de la révolte contre l’administration corrompue de l’empereur Huizong. Héros phare du roman, Song Jiang est considéré comme le Robin des Bois chinois. 

La dynastie Song : Lin Chong (Tête-de-Léopard) et ses amis vivent à l’époque des Song. Les temps sont troublés ; en 1127, les Jin, nomades du Nord-Est de l’actuelle Chine, envahissent le nord de l’empire et forcent les Song à se réfugier dans le sud, d’où la division successive de la dynastie en Song du Nord (960-1127) et Song du Sud (1127-1278). Malgré tout, la période est prospère : les arts atteignent un haut degré de raffinement, les sciences progressent et le commerce se développe. 

Pourquoi ce titre Au Bord de l’eau ? La plus grande partie de la population vit sur la côte ou dans les vallées fertiles de deux fleuves dont celle du Yangzi Jiang, le plus long fleuve d’Asie et le troisième du monde, et du Huang He, appelé « fleuve Jaune » car il charrie des alluvions de couleur jaune. Les Chinois utilisent ces fleuves pour l’irrigation et le transport. À partir du Vème siècle av. J.-C., ils ont aussi creusé le Grand Canal, la plus longue voie d’eau artificielle du monde, qui relie Pékin (aujourd’hui Beijing) au nord à Hangzhou au sud. L’histoire du roman se situe sur les rives du fleuve Jaune, dans les provinces du Henan et du Shandong. Considérées comme le berceau de la civilisation chinoise, ces terres abritent de nombreux trésors : Kaifeng, la capitale des Song du Nord, Qufu, la ville natale du sage Confucius, Shaolin, le temple des arts martiaux, Longmen, les grottes bouddhiques, le Taishan, la plus sacrée des montagnes chinoises… 

Extrait du livre 108 Rois-Démons, Au temps de la Chine impériale, texte de Sandrine Mirza, reproduit avec l’aimable autorisation des Éditions NATHAN © 2015. 

Autre post du blog lié au film LES 108 ROIS DÉMONS : http://epixod.blogspot.fr/2014/12/back-to-future_22.html

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