samedi 10 janvier 2015

Back to the future


Drame/Biopic/Une belle interprétation et de superbes paysages

Réalisé par Jean-Marc Vallée
Avec Reese Witherspoon, Gaby Hoffmann, Laura Dern, Thomas Sadoski, Michiel Huisman, W. Earl Brown, Kevin Rankin, Brian Van Holt...

Long-métrage Américain
Durée : 1h56m
Année de production : 2014
Distributeur : Twentieth Century Fox France

Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs 

Date de sortie sur les écrans américains : 19 décembre 2014
Date de sortie sur nos écrans : 14 janvier 2015


Résumé : Après plusieurs années d’errance, d’addiction et l’échec de son couple, Cheryl Strayed prend une décision radicale : elle tourne le dos à son passé et, sans aucune expérience, se lance dans un périple en solitaire de 1700 kilomètres, à pied, avec pour seule compagnie le souvenir de sa mère disparue… Cheryl va affronter ses plus grandes peurs, approcher ses limites, frôler la folie et découvrir sa force. Une femme qui essaye de se reconstruire décide de faire une longue randonnée sur la côte ouest des Etats-Unis.

Bande annonce (VOSTFR)


Extrait - Mère et fille (VOSTFR)



Ce que j'en ai penséWILD est adapté des mémoires de Cheryl Strayed. Avec ce film, Jean-Marc Vallée, le réalisateur, nous fait voyager sur fond de dépassement de soi et de remise en question. 
L'héroïne principale, Cheryl Strayed, est interprétée par Reese Witherspoon, à la fois touchante et attachante par sa simplicité. Elle fait parfaitement ressortir les forces et les faiblesses de son personnage. Elle nous fait comprendre le chemin parcouru par Cheryl.






Elle est aidée par la mise en scène qui soigne les transitions entre présent et passé tout au long de l'aventure. J'ai particulièrement aimé qu'elle ne soit jamais héroïque et que son courage soit toujours opposé à ses erreurs, ses doutes ou à ses peurs. Cela la rend très humaine. Par contre, j'ai été un peu décontenancée par le fait que certains sujets soient abordés à plusieurs reprises et que finalement le scénario n'en parle plus, nous laissant dans le doute par rapport à ce qui a pu se passer par la suite. C'est un petit peu frustrant.
L'histoire racontée ici est à la fois très personnelle notamment sur les raisons pour laquelle elle entreprend son long périple et totalement universelle sur la façon dont elle vit ce voyage. Je me suis plus passionnée pour le voyage lui-même, qui renferme de l'humour, un apprentissage, des enjeux et un but, qu'au passé du personnage, qui verse parfois dans le larmoyant dans la manière dont il est présenté.

WILD s'apprécie pour la très belle interprétation de son actrice principale, la beauté des paysages et la leçon de vie qui se met en place au fur et à mesure que le chemin se déroule sous les pieds de Cheryl.


NOTES DE PRODUCTION
(A ne lire qu'après avoir vu le film afin d'éviter les spoilers!)
“C’était tellement bon de lâcher prise…“
Cheryl Strayed 
Ce film est une histoire vraie. Celle d’une femme qui, convaincue d’avoir tout perdu, a décidé de laisser les ruines de son existence derrière elle pour se confronter à la nature sauvage au cours d’une randonnée en solitaire de 1 700 kilomètres qui l’a conduite au bout d’elle-même.

Cheryl Strayed relate cette expérience dans un best-seller captivant qui retrace bien davantage que le simple périple d’une randonneuse inexpérimentée, du désert de Mojave au Nord-Ouest Pacifique, en suivant le parcours abrupt et sauvage du Pacific Crest Trail (PCT), le « Chemin des crêtes du Pacifique ». Entre humour grinçant et sincérité désarmante, Wild raconte en effet aussi le voyage initiatique d’une femme moderne et en perte de repères qui répond à sa manière à l’appel de la nature. Au cours de son périple, Cheryl Strayed a affronté la soif, la chaleur, le froid, les animaux sauvages et ses plus grandes peurs, mais elle ne s’est jamais laissée abattre et a continué à tracer son chemin malgré le chagrin lié à la disparition brutale de sa mère et un passé difficile. Wild est aujourd’hui porté à l’écran par le réalisateur nommé à l’Oscar Jean-Marc Vallée (DALLAS BUYERS CLUB), d’après un scénario de Nick Hornby, auteur salué par la critique et cité à l’Oscar (UNE ÉDUCATION). L’actrice oscarisée Reese Witherspoon, qui interprète Cheryl Strayed à l’écran, a acquis les droits du livre tout immédiatement après l’avoir lu. Ensemble, ils ont entrepris de raconter cette histoire à la fois intime et universelle. Films d’aventure en pleine nature et cinéma sont indissociables depuis les tout débuts du 7e art. Du film muet de 1912 « À la conquête du pôle » de Georges Méliès, à JEREMIAH JOHNSON réalisé par Sydney Pollack, en passant par INTO THE WILD de Sean Penn ou 127 HEURES de Danny Boyle, tous retracent l’histoire d’hommes vivant à l’écart de la civilisation. C’est pourquoi l’équipe du film a été séduite par le point de vue féminin de WILD. 

Reese Witherspoon, qui produit le film avec son associée, Bruna Papandrea, déclare : « WILD explore des sujets qui touchent chacun d’entre nous. Il y est question de la vie, de l’amour, du deuil et de la famille. C’est l’histoire d’une femme brisée qui réussit malgré tout à se reconstruire. » Jean-Marc Vallée ajoute : « Le film raconte l’histoire d’une femme qui veut changer de vie et qui le fait de manière drastique en entreprenant une randonnée. Plus qu’une simple marche, il s’agit d’un voyage initiatique au cours duquel elle est confrontée à elle-même et à toutes ses questions les plus fondamentales et les plus difficiles. Plus que tout, Cheryl est en quête de rédemption. » 
Si c’est au-dessus de tes forces, dépasse-toi.
Emily Dickinson (citation reprise par Cheryl Strayed dans le registre du Pacific Crest Trail) 
WILD est avant tout l’histoire très personnelle de Cheryl Strayed, celle d’une femme sous le choc du décès brutal de sa mère qu’elle adorait et de l’échec de son mariage, qui perd pied et décide de mettre un terme à son comportement autodestructeur en partant seule à l’aventure. Sans aucune expérience de la vie en plein air, lestée d’un sac à dos monstrueusement lourd et guidée par une volonté vacillante, Cheryl Strayed a entrepris de parcourir toute seule le Pacific Crest Trail, le sentier de randonnée le plus long, le plus difficile et le plus sauvage d’Amérique. Quelques minutes seulement après le début de sa marche, elle a envisagé d’arrêter. Mais elle a persévéré et au cours de ces quelques mois, elle a renoué avec la joie de vivre et le courage en dépit de ses peurs, de l’épuisement et du danger. Cette aventure lui a permis de se reconstruire, de jeter les bases d’une nouvelle vie, désormais forte d’une expérience éprouvante mais remarquable. Elle se souvient : « Ces 94 jours sur le PCT ont été très durs physiquement, mais ils ont aussi été pour moi un éveil spirituel. Comme pour beaucoup de gens, la nature a été ma planche de salut. J’ai entrepris de parcourir le PCT alors que j’étais perdue et désespérée, incapable de faire un pas de plus. D’une certaine façon, j’ai littéralement réappris à mettre un pied devant l’autre pour avancer. » Si ce périple a transformé la vie de Cheryl Strayed à titre personnel, elle ne pensait pas qu’il trouverait un écho aussi puissant chez ses lecteurs. Dès sa parution en 2012, Wild est en effet devenu un best-seller et a été salué par la critique, tant pour son style irrévérencieux, bien qu’émouvant, que pour son caractère aventureux. Le New York Times Book Review l’a même qualifié de « triomphe littéraire et humain », tandis que le Boston Globe l’a décrit comme « un livre addictif et formidable, à la fois distrayant et bouleversant. » 

Reese Witherspoon a pu lire Wild plusieurs mois avant sa sortie en librairie. L’actrice oscarisée et productrice venait alors tout juste de monter sa société de production avec Bruna Papandrea. Malgré les nombreux manuscrits qui lui parvenaient, Reese Witherspoon a immédiatement été touchée par le récit de Cheryl Strayed. Elle se souvient : « J’ai lu la première moitié de Wild dans l’avion et j’ai fondu en larmes. Je n’avais qu’une envie, c’était de le finir, ce que j’ai fait lors du vol retour. Je me suis dit qu’il fallait impérativement que je contacte Cheryl Strayed. »

L’actrice a appelé l’écrivain pour lui dire combien son histoire l’avait touchée et à quel point elle allait toucher encore plus de gens.

Elle raconte : « Cheryl était exactement comme je l’avais imaginée, spirituelle et émouvante. C’est quelqu’un de franc, qui ne s’embarrasse pas de fioritures, et c’est précisément ce qui a plu aux lecteurs dans son livre. » Cheryl Strayed a accepté de confier les droits d’adaptation à Reese Witherspoon, et celle-ci a commencé à développer l’histoire avec Bruna Papandrea.

Les deux femmes avaient conscience de s’aventurer sur un terrain difficile, non seulement sur le plan physique, avec le Pacific Crest Trail et ses célèbres embûches, mais également sur le plan émotionnel. 

La productrice Bruna Papandrea déclare : « Nous tenions à conserver la clarté du récit de Cheryl. L’immense succès de Wild tient au fait qu’il nous rappelle que nous pouvons trouver en nous la force de nous sauver, peu importe que l’on ait des problèmes familiaux, perdu un être cher ou que l’on soit confronté à des épreuves. Cheryl reprend sa vie en mains parce qu’elle décide de s’ouvrir au monde. Et c’est cette histoire que nous voulions raconter. » Reese Witherspoon et Bruna Papandrea se sont associées à Bill Pohlad (12 YEARS A SLAVE, INTO THE WILD, LE SECRET DE BROKEBACK MOUNTAIN) et River Road Entertainment afin de développer le scénario de WILD. Lorsque le projet a commencé à prendre forme, les producteurs exécutifs Nathan Ross et Bergen Swanson ont rejoint l’équipe. Nathan Ross, qui a également produit DALLAS BUYERS CLUB, le film précédent de Jean-Marc Vallée, déclare : « Comme beaucoup de gens, j’ai été captivé par le livre. Il s’agit d’un voyage physique mais également intérieur qui a fait de Cheryl quelqu’un de meilleur. » Le film a également trouvé un écho très personnel chez Bergen Swanson, (SHAME, TOUT VA BIEN ! THE KIDS ARE ALL RIGHT). Il explique : « Je suis né dans l’Oregon et le film se déroule dans un univers qui m’est très familier et a rarement été décrit au cinéma. Pour les habitants de l’Oregon, le succès populaire de Wild a une saveur toute particulière car il souligne l’importance de la nature et combien le lien que nous entretenons avec elle est essentiel. »

Pour adapter le livre, l’équipe du film a fait appel au romancier et scénariste britannique Nick Hornby, lui aussi tombé sous le charme du livre de Cheryl Strayed. Nick Hornby est surtout connu pour ses propres romans à succès, à la fois drôles et poignants, qui traitent de la société contemporaine et de l’amour, tels que Haute fidélité, À propos d’un gamin et Vous descendez ?. Il a également été nommé aux Oscars pour l’adaptation d’UNE ÉDUCATION, le film de Lone Sherfig acclamé par la critique. Nick Hornby a été séduit par le style de Cheryl Strayed. Il déclare : « Plusieurs éléments m’ont plu à la lecture de Wild. 

Le ton qu’emploie Cheryl m’est très familier : elle est toujours pleine d’humour mais elle est aussi sérieuse et passionnée, et elle s’exprime sans détour. J’ai été séduit par sa candeur et sa capacité à raconter son passé douloureux sans s’apitoyer sur son sort et sans haine envers ellemême. J’ai été touché par son optimisme à toute épreuve et par sa détermination à se diriger vers la lumière même si celleci semble impossible à atteindre. J’ai aimé son profond attachement à l’art, à la musique et à la littérature. Wild a résonné à mes oreilles comme une chanson de Bruce Springsteen, en particulier celles de l’album « Darkness on the Edge of Town », et j’ai essayé de conserver cela dans le scénario. » À travers son écriture, Nick Hornby a également essayé d’exprimer le chagrin qui terrasse Cheryl, sans oublier son courage hors pair.

Il commente : « À mes yeux, l’essentiel était de réussir à saisir toute la douleur, le chagrin et la solitude de Cheryl au cours de ce voyage, mais également de montrer sa foi inébranlable dans ce projet apparemment insensé. Il y a une certaine magie dans cette histoire : malgré le poids du passé, en dépit de la douleur physique et de l’implacable difficulté du tracé du PCT, cette marche se révèle étrangement bénéfique. À travers cette épreuve, Cheryl espère atteindre la rédemption. C’est ce à quoi nous aspirons tous. » Nick Hornby n’est pas particulièrement amateur de nature, mais il pense que cela lui a permis de s’identifier plus facilement à Cheryl, complètement novice lorsqu’elle s’est lancée dans l’aventure. Il confie : « Je n’ai absolument aucune expérience des grands espaces ! Ce que j’aime le plus dans le livre, c’est qu’il est écrit pour les gens comme moi. Ce que vit Cheryl – le choc que représente cette expérience, son total manque de préparation – s’adresse directement à ceux d’entre nous qui consacrons tout notre temps à penser à l’écriture, à la littérature, à la musique ou au cinéma. L’autre raison pour laquelle tant de lecteurs ont été touchés par ce livre, c’est qu’il n’a pas été écrit pour les randonneurs… et puis je me suis dit que ce serait à JeanMarc et son équipe de gérer les dangers sur le terrain ! Ça m’allait très bien de faire des recherches sur le PCT depuis mon bureau de North London ! » Le scénariste a construit le film de manière à ce que Cheryl emmène avec elle tous ses souvenirs, ses doutes et son vécu afin qu’ils se mêlent à son présent. Il explique : « Je pense que le livre est moins intérieur qu’il n’y paraît. Beaucoup d’événements se produisent. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est inhabituel qu’un livre sur la nature contienne autant de sexe et de drogue ! Et puis Cheryl croise la route de plusieurs personnes au cours de sa marche, et chacune de ces rencontres est en soi transformatrice. » Il poursuit : « J’avais cependant envie de modifier la structure de l’histoire afin de révéler autrement le passé de Cheryl. Dans le livre, Cheryl aborde le décès de sa mère dès le début, tout part de là. C’est tout à fait logique car son écriture est tellement captivante qu’on a envie de la suivre n’importe où. Mais sans ses mots, j’ai pensé qu’il fallait créer une sorte de mystère autour de l’histoire, de sorte que le public se demande ce qui a bien pu arriver à cette jeune femme pour qu’elle soit aussi désespérée. Le film commence donc par son divorce, avant de revenir à la source de tous ses maux : la mort de sa mère, Bobbi. » 

Cheryl Strayed était ravie que l’équipe ait choisi Nick Hornby pour adapter son histoire. Elle déclare : « Nick est un écrivain que je respecte énormément, j’admire beaucoup son travail. Il est drôle, intelligent et touchant. C’était la personne idéale pour adapter mon livre pour le grand écran. Il a écrit un scénario magnifique et courageux. » Reese Witherspoon a elle aussi été impressionnée par le travail du scénariste : « Nick a brillamment réussi à s’approprier le style de Cheryl tout en restructurant le film de manière non linéaire. Il a conféré au film un caractère mystérieux ; peu à peu, les raisons pour lesquelles Cheryl a entamé ce long périple nous sont dévoilées. Il a le don unique de faire ressortir ce qu’il y a de plus émouvant dans les relations humaines. » Pour Bruna Papandrea, le talent de Nick Hornby réside également dans sa capacité à se glisser dans la peau de personnages féminins. Elle déclare : « Les romans de Nick parlent de l’homme moderne, et il excelle dans ce domaine, mais UNE ÉDUCATION racontait l’histoire du passage à l’âge adulte d’une jeune femme et était tout aussi brillant. Je trouve intéressant qu’il soit attiré par ces figures féminines au cinéma. » Lorsque Reese Witherspoon et Bruna Papandrea ont commencé à songer aux potentiels réalisateurs du film, elles ont tout de suite évoqué Jean-Marc Vallée. À l’époque, le cinéaste venait d’entamer la postproduction de DALLAS BUYERS CLUB, dont le succès était encore à venir. Mais les deux femmes avaient été fascinées par le dynamisme de ses deux précédents films, C.R.A.Z.Y., la poignante histoire d’un jeune homosexuel qui grandit avec un père conservateur dans le Québec des années 1970, et VICTORIA – LES JEUNES ANNÉES D’UNE REINE, qui retrace le début du règne de la reine victoria.

Tous deux étaient magnifiquement interprétés. Après avoir rencontré Bruna Papandrea, l’équipe de Fox Searchlight et Nathan Ross, Jean-Marc Vallée a lu le scénario de Nick Hornby et a été conquis. L’histoire lui a tellement plu, il y a vu un tel potentiel qu’il n’avait qu’une envie : réaliser le film. Nathan Ross déclare : « Jean-Marc a un don pour raconter des histoires dans lesquelles les personnages traversent un processus de transformation complexe. C’est le cas dans DALLAS BUYERS CLUB, dont le personnage principal connaît une métamorphose physique et émotionnelle saisissante. » Jean-Marc Vallée déclare : « En choisissant de réaliser un film, on choisit un mode de vie. Lorsque je m’implique sur un projet, j’aime me réveiller le matin avec le sourire aux lèvres et prendre du plaisir à faire mon métier. Et le meilleur moyen pour que cela se produise, c’est de bien choisir son projet. Étrangement, je ne pense pas avoir choisi WILD, c’est WILD qui m’a choisi ! C’est un privilège d’avoir pu prendre part à ce film, et je pense que toute l’équipe a ressenti la même chose. Ça a été une chance incroyable de pouvoir me mettre au service d’une telle histoire. 

L’histoire de Cheryl nous rappelle humblement qu’en dépit des difficultés et de la cruauté de la vie, il ne tient qu’à nous d’en apprécier la beauté. » Le réalisateur s’est mis au travail tout de suite après avoir intégré l’équipe. Reese Witherspoon commente : « Jean-Marc et Nick ont passé deux mois à retravailler le scénario pour qu’il corresponde à sa vision du film. Ils l’ont enrichi de métaphores visuelles. Jean-Marc est un cinéaste attentionné et sensible, et il tenait vraiment à créer une atmosphère évocatrice. » Jean-Marc Vallée déclare : « Après avoir lu le scénario, puis le livre, j’ai eu envie de devenir ami avec Cheryl. C’est ce que j’ai ressenti en tant que lecteur, et encore davantage en tant que réalisateur. J’avais envie de passer du temps en sa compagnie et d’en apprendre davantage sur son périple sur le PCT, de l’entendre se raconter sans aucune censure. Comment a-t-elle réussi une telle prouesse ? L’être humain rejette habituellement d’abord la faute sur les autres. C’est toujours la faute d’autrui, pas vrai ? Mais pas Cheryl. Sa profonde humanité m’a fait du bien. Son histoire m’a ému aux larmes, elle m’a fait rire et réaliser combien nous sommes petits de manière générale, en particulier à l’échelle de la planète et au milieu de la nature, mais aussi combien nous sommes résistants et reliés les uns aux autres et au monde, et combien nous pouvons être forts et puissants. » 

La capacité de Jean-Marc Vallée à souligner la beauté dans les lieux les plus improbables et à ne pas flancher face à la difficulté était très importante pour Reese Witherspoon. L’actrice et productrice explique : « Il était essentiel pour Jean-Marc comme pour moi de montrer tous les aspects du voyage de Cheryl, les bons comme les mauvais. Nous tenions à montrer combien cette expérience était difficile pour elle sur le plan physique et spirituel, mais également combien elle était admirable. » Le réalisateur déclare : « Pour que le film soit aussi bouleversant que le livre, j’ai essayé de rester le plus fidèle possible au récit et au style de Cheryl. Toute la force du livre réside dans son style, il fallait donc que ce soit aussi la force du film. Cheryl a une manière particulière de parler d’elle-même, d’évoquer la vie, la mort, l’amour ; elle fait preuve d’une cruelle sincérité, mais aussi de compassion, elle a le désir de vivre, de panser ses blessures, de faire son deuil et d’essayer de comprendre ce qui ne va pas. « Qu’est-ce que je fous là ? » se demande-t-elle dès ses premiers pas sur le sentier. » L’histoire a également trouvé un écho chez le cinéaste. Il explique : « Cette histoire m’a beaucoup ému. Ma mère est décédée d’un cancer en 2010, elle avait 72 ans, pas 45, mais la manière dont Cheryl parle de son chagrin et du deuil m’a renvoyé à mon expérience personnelle. Je viens aussi d’une famille très humble et j’ai été élevé par des femmes qui ont tenu une place très importante dans ma vie, je me suis donc reconnu en Cheryl. C’est donc tout naturellement que je me suis mis au service de cette histoire. » 

Il poursuit : « Savoir quel point de vue adopter en tant que réalisateur a été une autre histoire. Je tenais à faire honneur aux mots et à la vie de Cheryl, bien entendu, mais sans en faire trop, en restant le plus simple possible. Cela a été mon plus grand défi tout au long du tournage. Ce projet m’a séduit en raison de son caractère émouvant, mais aussi par son exigence technique, parce qu’il présentait potentiellement tous les éléments me permettant de prendre du plaisir à exercer mon métier de réalisateur – langage visuel, montage, musique, sons, mise en scène et cadrages, avec la possibilité de filmer aussi bien des panoramas spectaculaires que des gros plans intimes sur le corps ou le visage de Reese. » Jean-Marc Vallée reprend : « Wild était raconté du point de vue d’un personnage féminin fort au cours d’un périple solitaire, et loin de moi l’idée de modifier cela. On voit ce qu’elle voit. Nous sommes témoins de ses pensées et de ses rêves. On entend ce qu’elle entend, mais aussi ce qu’elle dit, car nous avons opté pour une voix off. Ses pensées et ses commentaires nous accompagnent tout au long du film, et cela me plaît beaucoup. J’ai toujours aimé les voix off. J’ai aussi toujours préféré l’utilisation de sources musicales issues du film plutôt que de musiques composées spécialement. À ma grande joie, Cheryl est fan de musique. Cela m’a permis d’en jouer, de me mettre en quête de morceaux correspondant à l’univers du film et aux personnages. Il n’y avait aucun doute dans mon esprit : WILD était fait pour moi. Il fallait absolument que je réalise ce film. » Jean-Marc Vallée et Yves Bélanger, le directeur de la photographie de DALLAS BUYERS CLUB, ont appliqué pour la première fois leur style minimaliste caractéristique – caméras numériques portables, éclairage naturel – aux grands espaces. Ces panoramas grandioses, mêlés aux rencontres – humaines et animales – de Cheryl ainsi qu’aux flashbacks et au flux incessant de ses pensées, racontent une histoire intime et universelle.
“Et si la bonne réponse était oui au lieu de non ? Et si ce qui m’avait poussée à commettre toutes ces erreurs m’avait également conduite jusqu’ici ? Et si je n’atteignais jamais la rédemption ? Et si c’était déjà fait ?“
Cheryl Strayed 
Jean-Marc Vallée n’a jamais envisagé de confier le premier rôle de WILD à une autre actrice que Reese Witherspoon. Il explique : « Tout comme Matthew McConaughey dans DALLAS BUYERS CLUB, Reese a tissé des liens profonds avec son personnage. Le livre de Cheryl l’a bouleversée et elle a parfaitement saisi qui était cette femme. Elle était en outre prête à prendre des risques et à relever ce défi incroyable. Elle a abordé ce projet avec une grande humilité, elle ne s’est jamais mise en avant, son seul désir était de servir le personnage. » Si Cheryl fait plusieurs rencontres, tour à tour enrichissantes et effrayantes, au cours de son périple, elle est seule la majeure partie du temps, ce qui signifie que Reese Witherspoon est à l’écran dans la quasi-totalité des plans. Bruna Papandrea n’avait cependant aucun doute sur la capacité de l’actrice à relever ce défi. Elle déclare : « Je trouve que Reese et Cheryl se ressemblent beaucoup, ce sont toutes les deux des femmes fortes mais également très généreuses. Elles ont l’esprit ouvert et n’ont pas peur d’évoquer les difficultés de la vie. En tant que productrice, j’étais très enthousiaste à l’idée que le public découvre Reese comme il ne l’a encore jamais vue. Elle se met physiquement et émotionnellement à nu dans ce film, et elle est exceptionnelle. » Pour Reese Witherspoon, la vision qu’a Cheryl du Pacific Crest Trail peut à première vue sembler incroyablement naïve, car quelles que soient les difficultés qu’elle a connues par le passé, elle reste convaincue que son salut viendra d’ellemême. L’actrice et productrice déclare : « Cheryl aurait pu faire des choix différents, sombrer dans la drogue et ne jamais s’en sortir. Mais elle en a décidé autrement, et son combat est une incroyable source d’inspiration pour tous ceux qui sont confrontés à des épreuves, quelles qu’elles soient. Beaucoup de gens ont le sentiment d’être seuls et abandonnés, mais cette histoire nous rappelle qu’on peut être son propre sauveur. Je trouve que c’est un message très fort. »

Le rôle de Cheryl est très exigeant sur le plan physique, car la jeune femme escalade des montagnes, traverse des cours d’eau et est confrontée à des conditions extrêmes. Mais grâce à son amour et son respect pour les grands espaces, Reese Witherspoon a abordé ces obstacles sereinement. Incarner Cheryl lui a cependant fait découvrir la nature sauvage, que ce soit dans le désert ou en haute montagne, sous un nouveau jour. L’actrice commente : « Je n’aurais jamais pu jouer ce rôle si je n’avais pas aimé la nature car cela a été extrêmement difficile à tous les niveaux… et beaucoup plus physique que je ne l’avais imaginé ! Il a fallu que je fasse l’ascension d’une montagne, que je traverse une rivière en gardant l’équilibre, que je marche en ayant de la neige jusqu’à la poitrine et que je plonge dans un fleuve aux eaux glaciales. Je ne pensais pas que ce serait aussi dur, mais ça a aussi été très enrichissant. » Les moments les plus difficiles du tournage se sont en effet révélés les plus gratifiants. Pendant le tournage de la scène d’ouverture du film – dans laquelle Cheryl perd malencontreusement l’une de ses chaussures alors qu’elle se trouve sur le flanc d’une montagne –, l’actrice a eu le sentiment de vivre un moment charnière. Elle explique : « L’endroit où nous avons tourné cette scène est l’un des plus beaux qu’il m’ait été donné de voir, et j’étais très émue d’y jouer cette scène cruciale. C’est accrochée au flanc de cette montagne que Cheryl se dit pour la première fois que rien ne pourra jamais l’anéantir. Elle a l’impression que l’univers s’est ligué contre elle, mais à cet instant précis, elle décide de ne plus se laisser faire. » 

Les extraordinaires décors du film ont été une source d’inspiration constante pour Reese Witherspoon au cours du tournage. Ils lui ont aussi permis de comprendre pourquoi Cheryl était tombé sous leur charme et comment ils l’avaient aidée à tenir, même lorsque son moral était au plus bas. Elle commente : « C’est le genre d’endroits dont la seule vue vous comble. Face à l’incroyable beauté de notre monde, on prend du recul et nos problèmes deviennent soudain insignifiants. Je pense que c’est ce que Cheryl a ressenti. » La présence de Cheryl Strayed sur le tournage a également été d’une grande aide pour l’actrice. Elle explique : « Cheryl était ma boussole. Parfois, la seule chose qui me permettait de savoir si j’étais sur la bonne voie était de jeter un œil dans sa direction et de voir sur son visage qu’elle revivait la scène avec moi. On perçoit tout ce qu’elle a traversé dans son regard et dans sa voix. En tant qu’actrice, c’était une chance incroyable de l’avoir sur le tournage. » Reese Witherspoon s’est tellement identifiée à son personnage qu’elle répondait à chaque fois que quelqu’un appelait Cheryl sur le plateau de tournage. Cheryl Strayed a quant à elle été impressionnée par la dimension personnelle que l’actrice a apportée au rôle. Elle raconte : « Avant le tournage, nous avons passé beaucoup de temps ensemble à évoquer nos vies, et je pense que comme n’importe quel artiste, elle s’est s’appropriée le rôle. Je lui ai raconté ce qui m’était arrivé pendant cette marche et dans la vie de manière générale, et elle a fait de même.

Nous avons appris à vraiment nous connaître. Je dirais que Reese est une « exploratrice », c’est quelqu’un de très pragmatique, mais elle est aussi très intelligente et réfléchie. » Sur le tournage, l’auteure a été impressionnée par le talent de celle qui l’incarne à l’écran. Elle raconte : « J’étais derrière les moniteurs lorsque Jean-Marc a filmé la scène dans laquelle Reese tombe à genoux et se met à pleurer, je l’ai vue faire quatre ou cinq prises et j’ai pleuré avec elle à chaque fois. C’était très étrange car je revivais un moment très personnel à travers elle, et en même temps, je savais qu’elle invoquait des souvenirs qui lui étaient propres. C’est là toute la puissance de l’art. » Si Cheryl Strayed s’est nourrie de la solitude qu’elle a trouvée dans ces grands espaces, elle a également puisé de la force dans ses rencontres, rencontres qui jouent un rôle majeur dans le film. Reese Witherspoon déclare : « J’ai beaucoup aimé qu’elle rencontre toutes ces personnalités différentes au cours de cette marche solitaire. Ça me rappelle un peu LES FRAISES SAUVAGES d’Ingmar Bergman, parce qu’au cours de son périple elle fait la rencontre de gens qui, chacun à leur manière, l’aident à y voir plus clair dans sa vie. » Le style de Jean-Marc Vallée, tout en fluidité et en mouvement, a été une révélation pour l’actrice et l’a poussée à prendre encore plus de risques dans son interprétation. Elle explique : « Je n’avais encore jamais tourné de cette façon. Le style de Jean-Marc sort de l’ordinaire – il filme avec des caméras numériques portables continuellement en mouvement, sur 360 ° – mais en tant qu’acteur, cela vous libère de vos vieilles habitudes.

On a l’impression que tout est possible parce qu’on vit intensément le moment présent. On pouvait passer d’un plan large à un gros plan, ou d’une émotion extrême à une autre en l’espace d’un instant. C’est une manière de travailler très stimulante. » Au fil du tournage, Reese Witherspoon s’est plus qu’habituée au lourd sac à dos de Cheryl et à ses douloureuses chaussures de marche. Si le sac à dos est souvent source de comédie dans le film, il incarne également de manière plus métaphorique le poids du passé qui repose sur les épaules de Cheryl et avec lequel elle doit continuer à avancer. Reese Witherspoon déclare : « Ces chaussures et ce sac à dos ont fini par faire partie de moi. Le sac à dos était une extension de ma personne, comme un bras ou une jambe, au point que j’en oubliais parfois de le poser entre deux prises ! Le chef accessoiriste devait me rappeler que je pouvais l’enlever. Comme le dit Cheryl dans son livre, il y a quelque chose d’assez extraordinaire dans le fait de réaliser que tout ce dont on a vraiment besoin dans la vie peut tenir dans un sac à dos. C’est incroyablement libérateur et assez merveilleux. » Pendant le tournage, l’actrice a beaucoup souffert physiquement, et comme Cheryl avant elle, elle a connu d’intenses moments de doute, mais elle a puisé la force de continuer dans le sentiment d’accomplissement que lui donnait son travail. Elle commente : « Ça a été dur, c’est vrai, mais tous les soirs, j’avais le sentiment d’avoir accompli quelque chose. » Elle conclut : « C’est un immense privilège d’avoir la chance de raconter une histoire comme celle de Cheryl. »

LES RÔLES SECONDAIRES : ENTRE PASSÉ ET FUTUR

Si Cheryl est le personnage central de WILD, le film met également en scène une galerie de personnages divers, qu’il s’agisse des fantômes du passé ou de compagnons de route éphémères. Parmi eux, la personne qui a eu le plus d’influence dans la vie de Cheryl est sa mère, Bobbi. Lorsqu’on lui diagnostique un cancer en phase terminale, la vie de Cheryl bascule. Bobbi est interprétée par Laura Dern, nommée à l’Oscar et sacrée meilleure actrice aux Golden Globes à trois reprises, qui a récemment remporté un Golden Globe pour « Enlightened » sur HBO. Reese Witherspoon et Bruna Papandrea ont tout de suite pensé à elle pour interpréter le rôle. Bruna Papandrea déclare : « Il s’agit du second rôle le plus important du film, car la relation qui unit Cheryl à sa mère est centrale. Nous recherchions une actrice qui possède les mêmes qualités que Bobbi, il fallait qu’elle ait un esprit libre et qu’elle soit capable d’exprimer beaucoup d’amour malgré ce qu’elle a vécu. Et lorsqu’on rencontre Laura, on réalise très vite qu’elle est ce genre de personne. C’est quelqu’un de très ouvert et sa ressemblance avec Reese est assez incroyable. » Cette ressemblance physique a permis aux deux actrices de se rapprocher pendant le tournage. Reese Witherspoon a également été touchée par ce que sa partenaire a apporté à son rôle. Elle déclare : « Laura se transforme entièrement pour chacun de ses rôles, et celui de Bobbi ne fait pas exception à la règle. Elle a passé beaucoup de temps à essayer d’en apprendre le plus possible sur la mère de Cheryl. Et puis je pense qu’elle a puisé dans son extraordinaire joie de vivre pour qu’on comprenne pourquoi Cheryl a l’impression qu’elle ne pourra jamais se remettre de son décès. Laura exprime avec une justesse incroyable l’amour inconditionnel qu’une mère porte à sa fille. » À propos de l’actrice, Jean-Marc Vallée déclare : « Quelle présence, quelle voix et quel rire ! Laura a un rire contagieux. Malgré sa longue expérience devant la caméra, chaque fois qu’elle entend « action ! », on dirait que c’est la première fois qu’elle joue la comédie ! Elle a l’air tellement enthousiaste, tellement heureuse de faire son métier, d’essayer quelque chose de nouveau, de différent, de fou, d’émouvant…

Laura est une femme incroyable, nous avons non seulement filmé toutes ses scènes mais nous en avons également créé de nouvelles pour donner plus de place à la mère de Cheryl dans le film. Il s’agit de scènes improvisées que nous avons tournées sur le vif, entre deux prises, à l’occasion d’un essai maquillage ou pendant une pause, et chacune d’entre elles est dans le film. C’est une actrice hors du commun. » Laura Dern a étudié les autres écrits de Cheryl Strayed sur sa mère, et en particulier Tiny Beautiful Things. Elle a également discuté avec l’auteure, qui a toujours qualifié WILD d’ « histoire d’amour mère-fille » – un concept qui a trouvé écho chez l’actrice. Elle déclare : « J’ai la chance incroyable d’avoir une mère extraordinaire dont je suis très proche, et à plusieurs reprises, j’ai même joué le rôle de sa fille au cinéma ! J’ai donc étudié la relation mère-fille sous tous les angles, et c’est un lien qui tient une grande place dans ma vie. C’était la première fois que je lisais un livre dans lequel la relation mère-fille était aussi forte, et cela m’a beaucoup intriguée. » En apprenant à connaître Bobbi, Laura Dern a développé une immense admiration pour elle. Elle commente : « Je pense que ce qui m’a le plus touchée, c’est qu’en dépit de tout ce qu’elle a traversé – la violence conjugale, la pauvreté –, elle ne s’est jamais posée en martyre. Ce n’était pas une victime. Elle était heureuse d’être vivante, de pouvoir changer de vie pour elle et ses enfants, et elle n’avait pas peur de l’inconnu. En tant que femme, je trouve cela vraiment admirable, c’est une vraie source d’inspiration. Avoir la chance d’apprendre à la connaître à travers les souvenirs de Cheryl a été un immense privilège. » Laura Dern a également instinctivement su que Reese Witherspoon était la bonne personne pour interpréter Cheryl. Elle explique : « Lorsqu’on m’a dit qu’elle avait lu le livre et qu’elle avait tout de suite su qu’elle voulait l’adapter au cinéma, j’ai compris qu’il ne s’agissait pas d’un simple projet pour elle : elle était animée par une véritable passion. Elle savait que le moment était venu pour elle d’explorer ce genre de rôle et d’histoire, et cela m’a donné encore plus envie de prendre part au film. » L’actrice n’a cependant pas toujours envié le sort de sa partenaire pendant le tournage. Elle explique : « Je regardais souvent Reese marcher dans le froid glacial avec son sac de randonnée extraordinairement lourd, épuisée, blessée, presque à l’agonie, tandis que j’attendais qu’on tourne l’une de mes scènes. Ça avait l’air éreintant et effrayant, je ne sais pas comment elle a réussi à supporter tout ça. » Le défi de Laura Dern a été de réussir à camper l’immense influence de Bobbi en un minimum de scènes. Elle déclare : « Nous avons filmé des scènes appartenant à différentes époques de la vie de Bobbi et Cheryl : la séparation d’avec son mari, les études de Cheryl et la maladie. Chacun de ces flashbacks est essentiel pour comprendre la personnalité de Cheryl, et Jean-Marc a brillamment réussi à condenser son enfance dans ces quelques scènes. Réussir à résumer toute une vie en quelques plans a été un défi formidable et excitant. » Parmi les autres personnages clés du passé difficile de Cheryl figure son mari, Paul, incarné par Thomas Sadoski, acteur de théâtre acclamé que l’on a aussi pu voir dans « The Newsroom », la série d’Aaron Sorkin.

Paul éprouve toujours des sentiments profonds pour Cheryl mais ne comprend pas pourquoi elle agit comme elle le fait. Thomas Sadoski était enthousiaste à l’idée d’interpréter ce mari aimant qui voit la femme qu’il aime lui échapper. Il commente : « Paul et Cheryl s’aiment profondément mais n’arrivent plus à vivre ensemble. Il est parfois nécessaire de se séparer d’un grand amour pour devenir celui ou celle qu’on est censé être. » L’acteur a particulièrement aimé développer la relation de Paul et Cheryl avec Reese Witherspoon. Il déclare : « Reese possède une présence naturelle incroyable et elle est d’une sincérité frappante. C’est une partenaire exceptionnelle qui s’est révélée très disponible, ouverte et généreuse. » Jean-Marc Vallée a pris beaucoup de plaisir à regarder les deux acteurs se donner la réplique. Il explique : « Le visage de Thomas est très expressif, il n’a pas besoin d’en dire beaucoup pour être bouleversant. » Le frère cadet de Cheryl, Leif, est incarné par Keene McRae. Leif a une réaction très différente de celle de sa sœur à l’annonce de la maladie de leur mère. L’acteur déclare : « Leif prend ses distances, il ne veut pas affronter la réalité et laisse Cheryl s’occuper seule de leur mère et la regarder mourir. » La meilleure amie de Cheryl à Minneapolis, Aimee, interprétée par Gaby Hoffmann, que l’on a pu voir dans OBVIOUS CHILD de Gillian Robespierre et dans la série « Girls » sur HBO, est le dernier personnage du passé de Cheryl. De son personnage, l’actrice dit : « Aimee est la personne la plus stable de l’entourage de Cheryl. Elles se rencontrent trois ou quatre ans après la mort de sa mère, lorsque Cheryl est au fond du gouffre. Elle est totalement perdue et Aimee fait tout ce qu’elle peut pour l’aider à reprendre pied. » Comme de nombreux lecteurs, Gaby Hoffmann s’est identifiée à Cheryl, même si elle n’a pas traversé les mêmes épreuves. Elle explique : « Je n’ai jamais entrepris une aventure aussi incroyable, mais entre 20 et 30 ans, j’étais perdue et je suis partie à la découverte de moi-même. Le cheminement spirituel et psychologique de Cheryl a trouvé un écho en moi, mais aussi, je le pense, en beaucoup d’autres personnes. C’est quelque chose que nombre de femmes, et de gens en général, traversent. » Parmi ceux qui transforment Cheryl au cours de sa marche figure Jonathan, un jeune homme qu’elle rencontre alors qu’elle quitte la forêt et pénètre dans la ville d’Ashland en Oregon au moment de la mort de Jerry Garcia. Le rôle clé de Jonathan est interprété par Michiel Huisman, l’acteur hollandais que l’on a pu voir dans WORLD WAR Z, et VICTORIA – LES JEUNES ANNÉES D’UNE REINE de Jean-Marc Vallée. 

La productrice Bruna Papandrea déclare : « Reese et moi l’avions trouvé formidable dans VICTORIA – LES JEUNES ANNÉES D’UNE REINE. Il est parfait dans le rôle du premier homme avec qui Cheryl a des relations sexuelles depuis qu’elle a arrêté de se droguer. Nous tenions à trouver un acteur qui incarne l’esprit de cette époque et de ce lieu. Et puis Michiel est aussi très séduisant ! » Michiel Huisman déclare : « Lorsque Jonathan rencontre Cheryl, il est intrigué. Elle est très directe et ça lui plaît. » Il ajoute : « J’aime beaucoup Jonathan, mais ce n’est pas la seule raison pour laquelle j’ai eu envie de jouer dans WILD. Le film raconte une histoire magnifique, à la fois drôle et triste, et ça a été un honneur de pouvoir y prendre part. » Greg, randonneur expérimenté du Pacific Crest Trail, croise la route de Cheryl lorsqu’elle en a le plus besoin. Il est interprété par Kevin Rankin, qu’on a vu dans « Breaking Bad », « Trauma » et « Unforgettable », mais également dans DALLAS BUYERS CLUB. Lorsque Greg rencontre Cheryl – alors qu’il sort nu de l’eau après avoir piqué une tête –, il semble peu probable qu’elle ira au bout de sa randonnée. Il explique : « Greg prépare cette marche depuis des années, ce qui fait prendre conscience à Cheryl à quel point elle est dépassée par la situation et peu préparée par rapport à lui. Mais tout cela change progressivement. » La scène dans laquelle l’acteur sort de l’eau nu a malheureusement dû être tournée dans l’Oregon par des températures glaciales. Il se souvient : « C’est censé être l’été en Californie, mais il faisait à peine 5°C. Ce genre de scène nécessite une bonne préparation mentale, croyez-moi ! » Frank est la toute première personne que Cheryl rencontre en Californie, alors qu’elle est désespérée et affamée, et sur le point d’entrer sur le sentier. Il travaille dans un champ isolé et lui propose de la ramener chez lui dans sa camionnette. Franck est interprété par W. Earl Brown, acteur de genre renommé surtout connu pour le rôle de l’impétueux Dan Dority dans « Deadwood » sur HBO. L’acteur affirme que le personnage lui est venu naturellement. Il explique : « Je connais bien Frank. Il pourrait faire partie de ma famille – j’ai grandi dans une ferme dans le Kentucky. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je suis devenu acteur. À 12 ans, alors que je transportais du foin, je me suis dit qu’il était hors de question que je fasse ça toute ma vie. Mais l’ironie du sort veut qu’aujourd’hui je joue le rôle d’un fermier ! » Pour W. Earl Brown, la rencontre de Frank préfigure ce qui attend Cheryl sur la route : il va en effet falloir qu’elle affronte toutes ses peurs. Il commente : « C’est précisément le but de son périple. Au début, elle a l’air plutôt naïve de se lancer dans une telle aventure sans aucune préparation. Elle fait le grand saut sans filet de sécurité. Avant, elle tenait ses peurs et sa douleur à distance avec la drogue, alors qu’avec cette randonnée elle décide de les affronter de manière frontale et immédiate. »

L’une des rencontres les plus surréalistes et les plus comiques de Cheryl se produitlorsqu’elle est « interviewée » par un homme baptisé Jimmy Carter, qui souhaite faire le portrait d’une « véritable vagabonde ». Mo McRae, qu’on a dernièrement vu dans LE MAJORDOME et la série télévisée à succès « Sons of Anarchy », a pris beaucoup de plaisir à interpréter ce rôle. L’acteur déclare : « Jimmy Carter est quelqu’un de très intéressant, c’est l’un des nombreux personnages qui croisent la route de Cheryl. Il est journaliste pour le Clodo Times et il confond Cheryl avec une vagabonde, ce qui est très difficile à trouver. Il est donc assez excité. » Il poursuit : « À sa décharge, lorsqu’il la rencontre, Cheryl a vraiment l’air d’une clocharde, et Jimmy a un faible pour les sans-abris. Elle tente de lui expliquer qu’elle n’est pas une vagabonde… mais il a du mal à la croire étant donné qu’elle n’a pas de travail, pas de maison et qu’elle semble transporter tout ce qu’elle possède dans son sac à dos ! » Jimmy Carter fait également office de miroir pour Cheryl. Mo McRae explique : « Je pense que d’une certaine manière, Jimmy Carter représente le regard de la société. Il essaye immédiatement de lui coller une étiquette. Il veut qu’elle soit ce qu’il voit en elle, et il occulte tout ce qu’elle dit et qui ne colle pas avec cette image. Cheryl est confrontée au même problème avec ses proches. Elle veut simplement qu’on la voie différemment. »

À LA MERCI DES ÉLÉMENTS : LA VIE EN PLEINE NATURE

Dès le départ, il était évident que WILD ne pourrait être tourné qu’en décors naturels afin que le public prenne toute la mesure de ces étendues sauvages et découvre leur toute-puissance aux côtés de Cheryl. Et à bien des égards, la production a été confrontée aux mêmes épreuves que la jeune femme. Si le Pacific Crest Trail s’étend sans interruption de la frontière mexicaine à la frontière canadienne, le film a essentiellement été tourné dans l’Oregon, pour ses paysages typiques de l’Ouest américain où Cheryl Strayed a plus tard choisi de s’installer, ainsi que dans l’aride désert de Mojave. Jean-Marc Vallée déclare : « WILD raconte l’histoire d’une femme qui marche seule en pleine nature sauvage, c’est donc là qu’il devait être filmé. Nous avons tourné autant que possible sur le PCT et dans ses environs, en gardant toujours à l’esprit la beauté des paysages décrits par Cheryl dans son livre. Nous avons filmé tôt le matin afin de saisir les premières lueurs du jour et tard le soir pour capter les reflets du soleil couchant. » Jean-Marc Vallée s’est attaché à faire ressortir le contraste saisissant entre la frêle silhouette de Reese Witherspoon et ces paysages grandioses. Il commente : « J’avais parfois l’impression de réaliser un western dans lequel John Ford aurait été remplacé par ce petit bout de femme perdu au milieu de ces immenses paysages. » Le réalisateur a été aidé dans sa tâche par une équipe technique dont plusieurs membres avaient déjà collaboré avec lui sur DALLAS BUYERS CLUB, comme le directeur de la photographie Yves Bélanger et le chef décorateur John Paino.

Tout au long de sa carrière, Yves Bélanger a développé un style unique et instinctif qui confère à ses films un caractère hyperréaliste grâce notamment à l’utilisation de caméras numériques portées et d’un éclairage naturel. Pour WILD, il a cependant dû adapter sa méthode de travail aux grands espaces. Il déclare : « Pour DALLAS BUYERS CLUB, nous n’avons utilisé que des caméras portées et avons joué sur les objectifs. Aucun éclairage artificiel, pas de pied, pas de Dollies, pas de grues, simplement des décors réels et de la lumière naturelle. Mais l’immensité des décors de WILD a constitué un défi de taille. JeanMarc et moi avions cependant très envie d’utiliser cette méthode dans ces décors majestueux, car le film explore non seulement des endroits de toute beauté, mais également l’âme humaine. » Il poursuit : « Cette technique est très libératrice pour tout le monde. Les acteurs sont ravis parce que lorsqu’on commence à tourner une scène, on ne s’arrête plus, et ils se sentent beaucoup plus à l’aise car ils sont seuls face à la caméra. » Comme sur DALLAS BUYERS CLUB, Yves Bélanger a utilisé la caméra Arri Alexa, associée cette fois-ci à des objectifs Zeiss Master Prime qui lui ont permis d’atteindre un degré de précision dans les détails inégalé, tant pour les gros plans que pour les panoramas. Il a en outre eu recours à quelques éclairages artificiels pour les séquences qui le nécessitaient, notamment celles qui se déroulent sous la pluie. Il précise : « Nous sommes cependant restés aussi réalistes que possible. » Chaque élément du film a reçu le même traitement, qu’il s’agisse de Cheryl ou du mystérieux renard qui la suit. Yves Bélanger raconte : « Jean-Marc et moi ne mettons jamais l’accent sur quoi que ce soit, nous avons tout filmé aussi simplement que possible. Ce renard apparaît donc comme un simple renard, même s’il peut aussi être vu comme une métaphore. » Jean-Marc Vallée déclare : « Tourner la plupart du temps en extérieurs, en pleine nature, dans le froid ou sous un soleil brûlant, a évidemment comporté son lot de difficultés. La nature a été le principal obstacle de Cheryl au cours des premières semaines, c’était l’ennemi tout trouvé. Mais son véritable ennemi, c’était elle-même. Le fait de tourner un film porté par un seul personnage qui est à la fois le héros et son adversaire me préoccupait. La principale difficulté rencontrée par Cheryl pendant son périple se trouve en elle et dans son passé. Tandis qu’elle remonte le Pacific Crest Trail, elle se remémore différents moments de sa vie, ceux-là même qui l’ont poussée à entreprendre cette marche et qui révèlent progressivement sa personnalité. Ces flashbacks représentent un peu plus d’un tiers du film, le reste se déroule sur le sentier de randonnée. Mais comment réussir à filmer une femme qui marche seule avec son sac à dos et ses pensées pour seule compagnie ? Je n’avais pas vraiment de réponse à cette question au début du tournage. Quelle était la meilleure manière de filmer Reese ? Quel objectif utiliser ? Quelle était la bonne distance à adopter ? La caméra portée était une évidence – sauf la scène finale, tournée avec une steadicam.

En revanche, ce n’est qu’en salle de montage que j’ai trouvé la bonne distance entre le personnage principal et le public. Je ne savais pas trop si la caméra devait se trouver à un endroit fixe devant elle en attendant qu’elle la dépasse, à ses côtés ou derrière elle en la suivant, ou bien à un endroit fixe derrière elle en la regardant disparaître à l’horizon et se fondre dans la nature. » Le réalisateur poursuit : « Comme nous n’étions pas encore certains de la bonne distance à adopter, le directeur de la photo, Yves Bélanger, et moi-même nous sommes couverts sur le tournage. Nous avons filmé la plupart des scènes de différentes manières, afin d’avoir le choix lors du montage. Nous avons finalement opté pour le positionnement de la caméra aux côtés du personnage. La plupart du temps, nous sommes près de Reese et marchons avec elle. On voit son visage, on peut donc facilement distinguer ce qu’elle regarde et comprendre ce à quoi elle pense. Mais il était également important qu’on la voie parfois toute petite, au loin, comme immergée dans cette nature sauvage d’une beauté à couper le souffle. Je suis toujours ému lorsque je revois ces panoramas et cette silhouette frêle avec un sac à dos aussi grand qu’elle sur les épaules, se frayant lentement un chemin vers Dieu sait où, pour Dieu sait quelles raisons. J’imagine que je suis ému par leur caractère évocateur. L’histoire et le personnage de Cheryl qui se révèlent peu à peu me touchent d’autant plus lorsque je vois ces magnifiques images de la nature. » La collaboration de Jean-Marc Vallée et Yves Bélanger a donné le ton aux acteurs et au reste de l’équipe. La productrice Bruna Papandrea commente : « Ils n’ont pas peur d’essayer des choses différentes. Ils sont ouverts et savent saisir les opportunités lorsqu’elles se présentent. Ils font preuve d’une grande liberté – ce qui était tout à fait opportun pour un film sur une femme en quête de liberté. » Le producteur exécutif Bergen Swanson ajoute : « Jean-Marc et Yves ont une manière de travailler qui est bien loin des grosses productions hollywoodiennes. Ils essayent autant que possible de réduire les choses à l’essentiel, c’est-à-dire le réalisateur, ses acteurs et la caméra. » Et c’est précisément le style de JeanMarc Vallée qui a séduit le chef décorateur John Paino, qui déclare : « Ce qui me plaît chez Jean-Marc, c’est son « réalisme poétique ». Il filme la réalité puis l’épure au montage, en retirant tout ce qui n’est pas pertinent pour l’histoire. » La principale mission du chef décorateur a été de mêler les univers passé et présent de Cheryl. Il explique : « Le film met en scène de splendides paysages naturels et un univers urbain associé au passé du personnage. Pour autant, nous voulions éviter les clichés où la ville serait un endroit horrible et la nature un lieu enchanteur. Nous tenions à ce que ces deux mondes s’opposent, mais également à ce qu’ils soient liés dans l’esprit de Cheryl. » Il poursuit : « Nous avons tiré parti des couleurs artificielles de la ville et sommes restés éloignés des bleus et des verts, très présents dans la nature. Il y a cependant du bleu, du vert et du jaune dans la maison de Bobbi, car c’est une période très heureuse de la vie de Cheryl. »

John Paino a mené d’importantes recherches photographiques – d’abord sur le Pacific Crest Trail et ses environs, pour s’assurer que chaque lieu de tournage, qu’il se trouve sur le sentier de randonnée ou pas, ait l’air authentique jusque dans les moindres détails. De plus, Cheryl Strayed a partagé ses photos personnelles avec lui. Le chef décorateur se souvient : « Cheryl nous a fourni de nombreuses photos de son enfance, et cela nous a beaucoup aidés. Nous avons ainsi eu un aperçu des endroits dans lesquels elle avait grandi, ce qui nous a été très utile. Cela nous a aidés dans le choix des couleurs et des textures, mais également à réaliser combien sa famille était pauvre. Elle nous a même prêté la huche à pain fabriquée par son père pour sa mère pour la scène de la cuisine, ce qui était incroyable. » Le Pacific Crest Trail est également devenu un personnage du film à part entière et incarne le charme sauvage de l’Ouest américain. Ce sentier, qui sillonne 25 forêts protégées et 7 parcs nationaux, culmine à près de 4 000 mètres d’altitude dans la Sierra Nevada et redescend au niveau de la mer le long du fleuve Columbia. Il traverse des milieux divers et uniques tels que le désert de Mojave, le Sequoia National Park, Tuolumne Meadows, les monts volcaniques de Hood et Rainier, les forêts de Crater Lake et le pont cantilever qui enjambe le fleuve Columbia et relie l’Oregon à l’État de Washington, baptisé le « pont des Dieux ». Certains lieux de tournage étaient si isolés que la production a dû utiliser des ânes et des chevaux pour y acheminer le matériel, mais cela en valait la peine. Le producteur exécutif Nathan Ross commente : « Les scènes qui se déroulent à Crater Lake n’auraient pas pu être tournées ailleurs. Il y a plusieurs endroits emblématiques où il était essentiel que nous puissions filmer car nous ne voulions pas utiliser de fond vert. Nous avons également tourné au pont des Dieux car il est associé à un moment très émouvant du périple de Cheryl, et il fallait que ce soit authentique. » 

L’équipe du film a aussi pu compter sur la coopération de la Pacific Crest Trail Association et a collaboré avec plusieurs consultants affiliés au sentier de grande randonnée, qui les ont beaucoup aidés en les conseillant sur les lieux de tournage et en leur fournissant des cartes. Liz Bergeron, directrice exécutive et PDG de la Pacific Crest Trail Association, explique : « Le Pacific Crest Trail n’a aucun secret pour nous. Nombre de nos employés ont parcouru la totalité ou de grandes parties du sentier, et nous avons du personnel présent au quotidien sur le chemin dans le cadre de leur travail. Personne ne connaît donc mieux le PCT que nous. » Elle poursuit : « Ce qui nous a vraiment surpris sur WILD, c’est la volonté de chacun des membres de la production de rendre cette expérience aussi authentique et réaliste que possible. » L’authenticité voulue par l’équipe du film s’exprime également dans les costumes créés par la chef costumière Melissa Bruning (LA PLANÈTE DES SINGES : L’AFFRONTEMENT, LAISSE-MOI ENTRER). Cette dernière a elle aussi étroitement collaboré avec Cheryl Strayed : elle a soigneusement étudié ses photos du Pacific Crest Trail et lui a même emprunté des bijoux ayant appartenu à sa mère pour Laura Dern. Pour la tenue de randonnée de Reese Witherspoon, Melissa Bruning a reproduit celle que portait Cheryl Strayed en 1995. Elle déclare : « Nous avons créé plusieurs versions de ses shorts dans des états différents : neufs, mouillés, sales… » Pour ses chaussures de marche, la chef costumière a eu une chance incroyable. Elle raconte : « Les chaussures qui figurent sur la couverture du livre de Cheryl sont aujourd’hui mythiques, il était donc important qu’on arrive à les recréer à l’identique. J’ai contacté la société Danner Boot Company, à Portland, qui a pu les reproduire pour nous. En 10 jours, ils en ont fabriqué plusieurs paires. C’était tout simplement incroyable, je ne pensais même pas que c’était possible ! » 

Le sac à dos du personnage est également inspiré du vrai « monstre » que Cheryl Strayed a conservé en souvenir. Les sacs de randonnée d’aujourd’hui sont plus modernes et plus légers, la production a donc dû faire réaliser sur mesure plusieurs exemplaires de l’original, dont le modèle n’est plus en vente. Pour ses tatouages aussi, Reese Witherspoon a voulu être le plus authentique possible : elle a engagé le tatoueur qui a réalisé ceux de Cheryl après son divorce, vingt ans plus tôt, afin qu’il les reproduise pour elle. Le style des costumes évolue également subtilement au cours du film. Jeune, Cheryl porte des robes légères et colorées, puis elle adopte des tenues plus glamour durant son mariage avant de se tourner vers un style plus sombre et grunge lorsqu’elle tombe dans la drogue. Enfin, lorsqu’elle entreprend de parcourir le Pacific Crest Trail, sa garde-robe est réduite au minimum : des shorts, des pantalons en polaire et quelques tee-shirts basiques. Melissa Bruning déclare : « J’ai abordé le film comme si les scènes sur le sentier étaient la réalité et les flashbacks tenaient davantage du rêve nostalgique, du souvenir. » C’est au moment du montage du film que l’équilibre entre réalité et flashbacks est devenu essentiel. Tout comme sur DALLAS BUYERS CLUB, Jean-Marc Vallée a supervisé le montage. Il déclare : « Martin Pensa et moi savons comment nous stimuler l’un l’autre. Le fait qu’il ait vingt ans de moins que moi me plaît beaucoup car il a des références différentes des miennes et veut toujours repousser ses limites. Notre mission consiste à instiller la juste quantité d’émotion et à insuffler du rythme au film. » En découvrant les images du film, Martin Pensa a été époustouflé par l’interprétation de Reese Witherspoon. Il confie : « Elle est formidable dans ce rôle, elle s’est impliquée totalement. Ça a véritablement été une expérience physique et mentale difficile au cours de laquelle elle a dû exprimer des émotions très différentes. Elle m’a beaucoup impressionné. » La plus grande difficulté lors du montage a été de rester dans la tête de Cheryl et d’imiter le cheminement ininterrompu de l’esprit humain et ses va-et-vient dans le temps et les souvenirs.

Le monteur commente : « Nous tenions à ce que le film reflète la manière dont l’esprit fonctionne. Le flux de nos pensées est discontinu, c’est un mélange de souvenirs, de chansons, de réflexions et d’associations d’idées improbables. Et c’est précisément ce que nous avons essayé de reproduire. » Jean-Marc Vallée déclare : « Monter WILD a été l’une des expériences les plus émouvantes de ma carrière. Je n’avais encore jamais monté un film avec une boîte de mouchoirs à portée de main ! J’étais une vraie fontaine, vous auriez dû me voir, je n’en menais pas large. Mais ce n’était pas des larmes de tristesse. Je pleurais et je riais en même temps, j’étais heureux de monter ce film, de découvrir comment faire en sorte que le public ait la sensation d’être dans la tête de Cheryl. Ma manière de travailler est parfois assez obscure, à l’image du fonctionnement du cerveau. J’ai essayé de rassembler toutes les pièces du puzzle sans interférer avec les magnifiques prestations de Reese, Laura et des autres acteurs, en m’efforçant de laisser les émotions s’exprimer pleinement. J’ai coupé le moins possible les scènes, en les laissant suivre leur rythme au moment où elles avaient été tournées. J’ai simplement souligné ce que nous avions capté sur le tournage. Aujourd’hui, ma vision du métier de réalisateur est celle d’un chef d’orchestre dont la mission est de saisir ce qui se passe en face de lui, sans interférer ni influencer les événements, en se faisant simple observateur et en captant la beauté de l’instant. Je veux filmer la beauté. Et je suis infiniment reconnaissant à Cheryl Strayed d’avoir rendu cela possible. »

La créativité est un élément fondamental du travail de Jean-Marc Vallée, et cela a particulièrement plu à Martin Pensa. Il explique : « Jean-Marc est un homme passionné doublé d’un grand artiste. J’ai un immense respect pour ses choix et sa manière de voir les choses. Pour lui, le travail n’est jamais achevé avant que tout s’imbrique parfaitement. » La musique devait elle aussi trouver sa place dans ce puzzle. Jean-Marc Vallée déclare : « Lorsque je me suis demandé comment j’allais utiliser la musique dans les scènes qui se passent sur le Pacific Crest Trail, la réponse n’a pas tout de suite été évidente. Cheryl n’a pas écouté de musique pendant sa marche en 1995 parce qu’elle n’avait pas de lecteur sur elle, alors pourquoi changer cela ? J’ai donc décidé qu’il n’y aurait pas de musique dans les scènes sur le PCT, exactement comme dans la réalité. Mais une fois en salle de montage, je suis revenu sur mon idée. J’avais envie qu’il y ait de la musique en dehors des moments où elle chante ou fredonne, mais je ne voulais pas d’une vraie musique de film. Je ne voulais pas que le public ait l’impression de « regarder un film », vous comprenez ? C’est pourtant souvent l’impression que me donnent les musiques de films, elles ramènent à la réalité, au fait que l’on se trouve devant un écran et que nous, spectateur, entendons une musique que les personnages n’entendent pas. J’essaie d’éviter cela dans tous mes films, et plus particulièrement dans WILD. Pourtant, en salle de montage, j’ai été pris à mon propre piège, j’ai essayé d’intégrer de la musique sans me faire repérer par les spectateurs et en conservant une impression de réalisme. J’ai donc opté pour un son lointain, à peine audible et associé à un effet d’écho pour donner l’impression qu’il vient de l’esprit de Cheryl, comme si elle essayait de se souvenir d’un morceau ou d’un couplet de chanson. C’est le moyen que j’ai choisi pour entrer et sortir en douceur des scènes de flashbacks. Mais l’idée générale était de n’utiliser la musique que dans les flashbacks. Et lorsqu’il y en a, ce n’est que par l’intermédiaire d’un autoradio ou un lecteur de CD par exemple. La musique qu’on entend dans le film est celle que Cheryl écoute. » Le réalisateur reprend : « La musique annonce les souvenirs et les moments heureux de la vie de Cheryl. Comme le film se déroule en 1995, nous avons essayé de choisir les tubes de l’époque. « El Condor Pasa » de Simon and Garfunkel accompagne également constamment Cheryl dans sa marche. On l’entend en fredonner certains passages, mais ce n’est qu’à la fin du film que la version de Simon and Garfunkel est diffusée. » À travers les décors du film et le jeu de Reese Witherspoon, Jean-Marc Vallée tenait à faire vivre des émotions fortes au public. Il voulait reproduire ce que les lecteurs ont ressenti lorsqu’ils ont découvert le récit de Cheryl Strayed et qu’ils ont été transportés dans cet univers viscéral et primitif où un simple pas en avant peut se transformer en un triomphe vibrant de vie. Le réalisateur conclut : « Se retrouver en pleine nature, se fondre en elle, apprendre à la voir non pas comme une ennemie mais comme une alliée, prendre conscience de sa beauté et respirer l’air pur peut provoquer un profond changement en l’être humain. Cheryl l’a vécu et s’est abandonnée durant près de 100 jours. Elle s’est retrouvée seule face à ses démons, à ses rêves et à son passé, et cela l’a poussée à s’interroger sérieusement sur ce qu’elle voulait faire de sa vie. »

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CHERYL STRAYED • Auteure 

Cheryl Strayed est l’auteure du best-seller du New York Times, Tiny Beautiful Things et du roman intitulé Torch. Ses écrits ont été publiés dans l’anthologie The Best American Essays, ainsi que dans le New York Times Magazine, le Washington Post Magazine, Vogue, Salon, The Missouri Review, The Sun, Tin House et The Rumpus, pour lequel elle rédigeait la populaire rubrique conseils baptisée « Dear Sugar », entre autres. Cheryl Strayed a été éditrice invitée de The Best American Essays 2013 et contribué à de nombreuses anthologies. Ses livres ont été traduits dans plus de 30 langues à travers le monde. Elle est titulaire d’un master en écriture créative de l’université de Syracuse et une licence de l’université du Minnesota. Cheryl Strayed vit à Portland, dans l’Oregon, avec son mari et leurs deux enfants.

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