samedi 1 novembre 2014

Back to the future


Thriller/Drame/Policier/Un film noir au rythme lent avec de superbes acteurs

Réalisé par Michael R. Roskam
Avec Tom Hardy, Noomi Rapace, James Gandolfini, Matthias Schoenaerts, John Ortiz, Elizabeth Rodriguez, Michael Aronov, Morgan Spector, Michael Esper, Mike Houston...

Long-métrage Américain
Titre original : The Drop 
Durée : 1h47mn
Année de production : 2014
Distributeur : Twentieth Century Fox France

Date de sortie sur les écrans américains : 12 septembre 2014
Date de sortie sur nos écrans : 12 novembre 2014 

Résumé : Bob Saginowski, barman solitaire, suit d’un regard désabusé le système de blanchiment d’argent basé sur des bars-dépôts – appelés « Drop bars » - qui sévit dans les bas-fonds de Brooklyn. Avec son cousin et employeur Marv, Bob se retrouve au centre d’un braquage qui tourne mal. Il est bientôt mêlé à une enquête qui va réveiller des drames enfouis du passé...

Bande annonce (VOSTFR)


MICHAEL R. ROSKAM le réalisateur de QUAND VIENT LA NUIT 
sera présent le mardi 4 novembre 2014 
à l’UGC Les Halles pour présenter le film en avant-première !


Ce que j'en ai pensé : Le scénario de QUAND VIENT LA NUIT est de Dennis Lehane, auteur de romans tels que Mystic River et Shutter Island. Il s'est basé sur sa nouvelle «Animal Rescue» pour écrire cette histoire. J'ai beaucoup aimé l'ambiance des bas-fonds de Brooklyn. On a l'impression d'y être. Le quartier semble tenu par les criminels et les habitants ne peuvent pas y échapper. Ce lieu paraît petit et étouffant. Tout le monde connaît tout le monde et échapper à une brute ou à son passé dans cet endroit est impossible. C'est dans ce cadre qu'on découvre les personnages. Au départ, la narration est un peu déstabilisante car on ne sait rien des protagonistes donc on ne sait pas pourquoi le réalisateur, Michael R. Roskam, décide de nous montrer tel ou tel événement. Au fur et à mesure que l'intrigue avance, les pièces du puzzle se mettent en place et on comprend qui sont vraiment les personnages et comment le déroulement de l'action va influencer leur vie. Au premier abord, on se dit que le film est classique, mais finalement la patte de Dennis Lehane, qui met en exergue la souffrance et la psychologie des protagonistes, lui donne une identité et un but spécifique. La moralité, dans un cadre de vie dirigé par la criminalité, est assez floue. Le réalisateur joue habilement sur cet aspect important de l'histoire.
Le rythme est assez lent mais la personnalité des personnages, les dialogues et les ambiances sont bien travaillés. On se laisse porter tranquillement par l'histoire qui, par sa narration particulière et les surprises qu'elle comporte, attise notre curiosité.
Les acteurs sont superbes. Tom Hardy, qui interprète Bob Saginowski, un barman taciturne, doux et calme qui semble juste vouloir vivre en paix, est excellent. Son jeu est tout en nuance.



Face à lui, James Gandolfini, qui interprète le cousin Marv, exprime parfaitement à la fois un aspect paternaliste et un côté plus sombre et égoïste.



Noomi Rapace, qui interprète Nadia, apporte beaucoup de sensibilité et de fragilité à son personnage.


QUAND VIENT LA NUIT est très réussi dans son genre. Si vous aimez les films policiers sombres qui déroulent leur histoire en prenant le temps de poser les personnages et qui mettent en avant le très beau jeu de leurs acteurs alors ce film est fait pour vous. 


NOTES DE PRODUCTION
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

Le nom de Dennis Lehane est aujourd’hui indissociable d’intrigues criminelles complexes se déroulant dans des milieux populaires, comme en témoignent GONE BABY GONE et MYSTIC RIVER. Auteur de best-sellers et de séries télé, Dennis Lehane signe ici son premier long métrage pour le cinéma, d’après sa nouvelle «Animal Rescue».
Chernin Entertainment, société de production fondée par l’ancien PDG de News Corporation Peter Chernin, a acquis les droits d’adaptation de la nouvelle, peu après sa publication au sein du recueil «Boston Noir». Au départ, Lehane souhaitait écrire un roman, mais il n’a jamais pu dépasser le stade du premier chapitre, et a donc opté pour une nouvelle. Il a été assez surpris d’être contacté par Chernin Entertainement dans la perspective de transposer son court récit en long métrage – d’autant plus qu’il avait lui-même envisagé d’en tirer son premier scénario pour le grand écran. «C’est le seul livre que j’aie commencé et que je n’aie pas pu finir», souligne-t-il. «Je l’ai mis dans un tiroir, et n’y suis plus jamais revenu, mais je ne cessais de repenser à Bob, au chiot qu’il sauve et à la femme qu’il rencontre. Je crois que c’est resté dans un coin de ma tête parce que j’étais fasciné par la solitude qui se dégageait de ces personnages. On ne dit jamais à quel point cela peut être ravageur. Je fais partie de ces gens qui pensent que cela tue davantage que le cancer. Je suis donc parti de ce type, Bob, qui est un grand solitaire».
«La nouvelle était très mince sur le plan dramaturgique», ajoute l’écrivain. «Il y avait Bob, Nadia et Eric Deeds. Le cousin Marv était un personnage secondaire qui est devenu l’un des protagonistes. Je n’avais que le squelette de l’intrigue. Pour moi, la nouvelle est comme un bourgeon, et le film comme une fleur totalement épanouie».
Lehane a développé seul la première version du scénario, pendant l’été 2010. «Ce que j’ai beaucoup apprécié, c’est qu’on ne m’a jamais demandé de rendre le film plus accessible au grand public. On a toujours respecté mon point de vue, consistant à parler de personnages en souffrance qui tentent de reconstruire leur vie», dit-il encore.
Par la suite, Lehane et Larocca ont retravaillé ensemble le scénario, intégrant de nouveaux enjeux dramatiques à l’intrigue pour lui donner davantage d’envergure. «La première mouture de Dennis était déjà excellente», affirme Larocca. «C’est l’histoire d’un type qui, potentiellement, peut devenir quelqu’un de très dangereux, même si on ne voit pas cette facette de sa personnalité au départ. La question est alors de savoir s’il peut être sauvé de cet enfer dans lequel il s’est lui-même enfermé. On a enrichi la trame criminelle ce qui, du coup, fait monter les enjeux et donne une idée plus précise de l’univers de Bob».
«C’est l’histoire d’un type qui découvre un pitbull blessé dans une poubelle», raconte Mike Larocca, producteur chez Chernin Entertainment. «En sauvant la vie du chien, il déclenche une série d’événements qui vont bouleverser son existence. Au bout du compte, il ne s’agit pas tant d’un homme qui sauve un chien, que d’un chien qui sauve un homme…»
Il était essentiel de développer davantage certains personnages, et notamment le cousin Marv. «Dès que James Gandolfini a été retenu pour le rôle, je me suis mis à lui écrire plus de répliques, parce que je suis conscient que, s’agissant de certains personnages, mes dialogues comportent une musicalité particulière», reconnaît Lehane. «C’est très difficile pour la plupart des comédiens, et Jimmy était l’acteur rêvé pour le rôle : je n’aurais pas pu imaginer mieux que lui pour le cousin Marv. Ma dernière contribution au scénario a consisté à lui donner plus d’ampleur et davantage de texte, car je savais qu’il s’en sortirait très bien. C’était un pur bonheur».
«Le scénario était magnifique», s’enthousiasme la productrice Jenno Topping, chez Chernin Entertainment. «Ce qui m’a frappée, c’est sa complexité, la force de ses enjeux et l’émotion qui s’en dégage. C’est un sacré exploit ! J’étais très emballée par le personnage de Bob. C’est un rôle formidable, si bien que j’étais convaincue qu’il nous fallait un acteur à la hauteur».
L’intrigue, comme le rappelle Lehane, est d’une grande simplicité : «Un type trouve un chien et ce chien lui permet de retrouver un peu de dignité», dit-il. «Mais au même moment, il se retrouve pris en étau par des forces extérieures : les mafieux tchétchènes, propriétaires du bar où il travaille, soupçonnent qu’un cambriolage se prépare. Et le propriétaire du chien veut récupérer son animal et n’est pas disposé à négocier…»
Le film démarre le jour où Bob a décidé de s’ouvrir de nouveau au monde, dont il s’était retiré. Et le chiot Rocco est le point de départ. «Bob a choisi, il y a dix ans, de s’isoler du reste de l’humanité et de se protéger contre la moindre émotion», explique l’auteur. «Soudain, quelque chose se met à s’ouvrir en lui. Il rencontre une femme. Peu à peu, il se sent appartenir de nouveau à l’espèce humaine. La question centrale du film est celle de savoir si Bob peut vraiment être sauvé».
«Comme la plupart des personnages du film, il court après quelque chose qui a disparu», poursuit Lehane. «Ils cherchent tous à renouer avec un pan de leur personnalité qui n’existe plus. C’est une Grâce au succès de son premier film, Roskam n’a pas tardé à être sollicité par Hollywood. Mais celui-ci a étudié soigneusement chaque proposition. «C’est la première fois que je réalise un film dont je n’ai pas écrit le scénario», commente-t-il. «Si j’ai accepté de le mettre en scène, c’est que j’aurais aimé l’écrire. Je savais que c’était une intrigue qui me correspondait. C’était très bien écrit, les enjeux dramatiques étaient forts, et les personnages possédaient cette complexité qui me plaît».
Grand admirateur de BULLHEAD, Lehane était ravi de voir Roskam s’atteler à son premier projet américain. «Michaël et moi avons beaucoup discuté des thématiques, et notamment celles qui touchent au catholicisme et à la spiritualité», indique Lehane. «On est tombé d’accord pour dire qu’il s’agissait d’un conte de fée urbain, certes très sombre, mais qui recèle une dimension supplémentaire».
Lauréat d’un Writer’s Guild of America Award pour SUR ÉCOUTE, et auteur de plusieurs épisodes de BOARDWALK EMPIRE, Lehane a une idée précise des qualités d’un bon scénario, mais il souhaite toujours laisser le réalisateur se l’approprier. «Lorsque j’écris un script, je sais que je le fais pour le confier à un metteur en scène», observe-t-il. «J’écris aussi pour les acteurs. Mais je n’écris pas pour que le scénario soit lu par un lecteur. Un scénario n’est pas destiné à être lu. Ce n’est qu’un projet architectural». «Je fais en sorte de laisser beaucoup de marge de manœuvre au réalisateur pour qu’il puisse interpréter les situations comme il l’entend», reprend-il.
«Michaël s’est emparé du script et l’a emmené dans la direction qu’il voulait. Et il a travaillé avec des acteurs hors normes, et formidables. C’est mon scénario. Mais c’est leur film». Roskam a beaucoup apprécié l’approche de l’écrivain-scénariste. «Il ne m’a pas dit, ‘voilà le scénario et surtout, ne t’en éloigne pas !’», relève-t-il.
«Il m’a dit, ‘Fais-en ce que tu veux’. Il m’a même laissé développer certaines scènes, qu’il a ensuite adaptées à son style. C’est vraiment un atout de travailler avec un scénariste comme Dennis». Le dispositif du bar comme «plaque tournante» est né de l’imagination de Lehane. En effet, l’auteur s’est inspiré de rumeurs glanées au fil des années pour mettre au point ce système grâce auquel les mafieux changent constamment d’adresse pour y entreposer les recettes de la nuit.
«Dennis s’est pas mal documenté sur le crime organisé», remarque Larocca. «Il savait qu’à un moment donné, la mafia se disait qu’il était plus sûr de réunir ses fonds dans un même lieu, quitte à en changer ensuite. Du coup, en cas de vol, les mafieux étaient plus susceptibles de savoir qui avait fait le coup. Dennis s’en est inspiré pour inventer le concept du bar comme plaque tournante». Grâce à ce système, la police ne peut pas mettre la main sur l’argent sale.
«Il pouvait s’agir de paris réalisés par des bookmakers, ou de recettes générées par des salons de massage – bref, tout ce qui rapporte de l’argent liquide et qui ne peut pas être consigné dans les livres de compte», explique Roskam.
«Le liquide pouvait être une preuve se retournant contre la mafia, et il fallait donc surtout que la police ne mette pas la main dessus. En cachant l’argent toujours au même endroit, les criminels pouvaient être sûrs que la police finirait par le retrouver. Au contraire, en changeant de lieu sans cesse, ils gardaient toujours une longueur d’avance sur les flics».
Lehane reconnaît qu’il n’a aucune certitude concernant la réalité des anecdotes lui ayant inspiré l’idée du bar comme plaque tournante. «Mais je m’en suis servi pour l’intrigue», dit-il. «Je suis un grand adepte de cette citation d’Einstein, qui dit que l’imagination est plus importante que le savoir. Je ne me suis pas trop pris la tête pour savoir si tel ou tel élément existait dans le monde réel, car cette histoire relève un peu du conte : un ogre sort de sa grotte et commence à se défaire de sa part animale».
Le réalisateur apprécie beaucoup cette approche. Il précise : «C’est une histoire très sombre, très désenchantée, mais qui comporte une part d’optimisme. Je me retrouve totalement dans les thématiques qui traversent le film. Cette histoire parle d’une quête désespérée d’innocence dans un monde foncièrement complexe».
Si le film aborde des thèmes très sombres, son point de vue sur le monde est plein d’espoir, selon Jenno Topping. «Au départ, on a le sentiment que les personnages n’arrivent pas à se libérer de leur passé, et que celui-ci risque de se répéter», dit-elle. «Au bout du compte, pourtant, l’amour triomphe».
Le film suggère l’idée d’une rédemption possible : comme le souligne Larocca, l’être humain est profondément bon. «Mais cela montre aussi que les gens sont un peu plus compliqués qu’ils en ont l’air», dit-il. «C’est un élément qui m’a toujours séduit. La force du scénario de Dennis réside dans le fait qu’il ne perd pas ça de vue. C’est une histoire atemporelle qui parle de gens dont les ambitions ne se sont peut-être pas réalisées comme ils l’espéraient – c’est là quelque chose d’universel et d’atemporel».

DERRIÈRE LE BAR

Roskam a réuni des acteurs de diverses nationalités pour son premier film américain, à l’instar du Britannique Tom Hardy, qui a fasciné le public sous les traits du criminel masqué de THE DARK KNIGHT RISES, l’Hispano-suédoise Noomi Rapace, qui s’est fait remarquer dans le rôle de la brillante et perturbée Lisbeth Salander dans MILLÉNIUM, LE FILM, le regretté James Gandolfini, originaire du New Jersey, qui s’est imposé dans la série LES SOPRANO, et le comédien belge Matthias Schoenaerts, qui tenait le rôle principal de BULLHEAD. Roskam précise qu’il ne recherchait pas forcément des acteurs d’origine européenne. «Mais quand je les ai rencontrés, cela m’a paru logique», affirme-t-il. «New York est une ville peuplée de nomades. C’est une porte ouverte sur le reste du monde. On y croise toutes les nationalités ! 40% des gens que j’ai rencontrés au cours des repérages s’exprimaient avec un accent qui n’avait rien à voir avec Brooklyn».
Au final, les comédiens se sont montrés enthousiastes à l’idée de travailler sous la direction de Roskam. «Grâce à Michaël, ils se sont rapidement engagés dans le projet», déclare Larocca. «Ils avaient vraiment envie de tourner avec lui, et il a obtenu d’eux des prestations magnifiques». La production a eu particulièrement du mal à trouver l’acteur qui convienne au personnage de Bob, qui concentre les enjeux émotionnels du film : «Michaël et moi avons beaucoup parlé de ce que Bob représente», indique Lehane. «Chez lui, tout est contenu. Même quand il n’est pas totalement au fond du trou, Bob n’est pas très extraverti, et le fait qu’il ait refoulé ses sentiments ne l’aide pas vraiment. Il essaie de se conformer à l’idée qu’il se fait des rapports humains». Au début du film, Bob sort à peine d’une période de dix ans d’hibernation qu’il s’est imposée à lui-même.
Comme l’explique Larocca, «Tandis que la situation se complique pour lui, on ne sait pas très bien s’il est à même de pouvoir affronter les obstacles qui se dressent sur sa route. Au bout du compte, c’est un personnage héroïque car il reste fidèle à ses principes, contrairement aux autres».
Tom Hardy révèle une nouvelle facette de sa personnalité à travers le rôle de Bob Saginowski, barman de Brooklyn replié sur soi. «Tom est un acteur formidable, et il est aujourd’hui très sollicité», souligne Larocca. «Le fait qu’il ait choisi ce projet parmi tous ceux qu’on lui propose témoigne de la force du scénario. Son jeu est très surprenant. C’est un rôle extrêmement difficile qui demandait beaucoup de précision et de justesse. En tant qu’acteur, il ne se répète jamais, et on n’avait jamais vu Tom dans un rôle pareil. C’est l’un des meilleurs comédiens de sa génération, et il continue à le prouver». Pour Jenno Topping, le jeu du comédien était fascinant : «On a envie de le regarder travailler sans relâche», signale-t-elle. «Bob est très introverti, très renfermé, mais le moindre tressaillement d’émotion sur son visage indique qu’il se passe des choses chez lui intérieurement».
Hardy avait un point de vue très précis sur son personnage en arrivant sur le plateau. «Il le considérait comme un homme qui n’apprécie pas forcément la solitude, mais qui fonctionne plutôt bien retiré du monde», reprend le réalisateur. «J’ai non seulement dû apprendre à connaître Tom pour travailler avec lui, mais j’ai aussi dû apprendre à connaître Bob à travers lui. Il s’investit beaucoup dans son travail, et du coup, on a mis en place une vraie collaboration, aussi respectueuse que fructueuse». Pour Hardy, Bob incarne un nouveau genre d’antihéros. «Il est modeste et, du coup, on ne le prend pas trop au sérieux», note l’acteur. «Il est toujours imprévisible. C’est une sorte de monsieur-tout- le-monde d’une grande générosité. Il a un passé difficile, mais il n’est pas du genre à s’épancher sur l’épaule de son entourage, car il préfère rester silencieux. Il mène une vie banale».
Ce sont les personnages complexes, et parfois contradictoires, qui ont conquis Hardy. «Dennis a un vrai don pour imaginer des personnages intéressants, profonds, humbles et drôles», dit-il. «Je ne laisse jamais passer la chance d’incarner un personnage d’une telle richesse. Et le casting m’a aussi convaincu. Cela faisait un moment que Noomi Rapace et moi cherchions un projet commun. Matthias Schoenaerts était hallucinant dans BULLHEAD. Et James Gandolfini était vraiment la cerise sur le gâteau. Ce sont des partenaires doués, drôles, investis et compétents».
Hardy salue aussi Roskam qui, selon lui, a su donner un vrai point de vue sur le film. «Michaël est un type formidable et un metteur en scène épatant», poursuit-il. «Il met en place un environnement de travail qui permet aux comédiens de s’approprier leur personnage, et les encourage à assumer leurs choix. Michaël est ouvert aux idées des autres et se laisse toujours convaincre par la meilleure proposition. Il cherche à faire de très bons films, avec des personnages très forts, et il y arrive».
Au moment où Bob découvre Rocco, tremblant de froid et couvert de sang, il rencontre aussi Nadia : alors qu’elle lui apprend à soigner le chiot, ils se rapprochent peu à peu l’un de l’autre. «Le film est constamment imprévisible», déclare Larocca. «Nadia ressemble pas mal à Bob d’une certaine manière. Elle ne se dévoile pas entièrement, et c’est peut-être ça qui risque de lui faire du mal. La grande question qu’elle se pose est celle de savoir si elle est capable d’accorder de nouveau sa confiance à quelqu’un».
Noomi Rapace, qui incarne Nadia, s’impose de plus en plus aux États-Unis, après avoir obtenu un immense succès dans sa Suède natale. «Noomi est à une étape formidable de sa carrière», reprend Larocca. «Nous avons eu une chance inouïe car, quand elle nous a contactés, elle nous a dit, ‘Il faut que je décroche ce rôle’. C’est ce genre de désir passionné qu’on recherche chez un acteur». Le scénario a encore renforcé l’envie de la comédienne de rejoindre l’aventure. Autant dire que lorsqu’elle a su que Roskam et Hardy participaient au projet, elle s’est montrée plus empressée encore.
«Après avoir lu le scénario, je n’ai pas cessé de harceler mon agent pour savoir comment le projet avançait», confie-t-elle. «Lorsque ce dernier m’a dit que les producteurs avaient contacté Michaël, je me suis dit qu’il correspondait parfaitement au rôle. Je peux tomber amoureuse d’un personnage, mais il faut que je me sente en confiance avec le réalisateur. Quand j’ai rencontré Michaël, j’ai eu une conversation avec lui qui a duré environ dix heures !» «Je lui ai dit que, pour moi, Nadia avait une belle âme, mais que c’était une jeune femme meurtrie, et on est partis de là», dit-elle. «Elle a beaucoup souffert. On dirait qu’elle se sent coincée, qu’elle se protège et qu’elle ne veut surtout pas changer de vie. Elle et Bob sont deux êtres solitaires, mais au fond, ils rêvent tous les deux de rencontrer quelqu’un qui les comprenne».
Nadia, même si elle semble endurcie par la vie, est une femme vulnérable qui a traversé énormément d’épreuves. «Noomi s’est beaucoup investie dans son rôle», indique Roskam. «On a vraiment essayé de lui imaginer un parcours que Noomi tenait à vivre au quotidien. C’est un personnage qui a un passé très lourd, et Bob n’est sans doute pas le genre d’homme capable d’affronter ça. Il fallait que leur relation soit crédible, ce qui a exigé beaucoup de temps et d’investissement personnel de la part des acteurs». L’ambivalence qui se dégageait du scénario de Lehane était un grand atout pour Noomi Rapace. «C’est une histoire sombre, mais très belle, qui n’est pas dénuée d’espoir et de rêves», dit-elle. «Ces personnages ont une vraie rage de vivre, et la découverte du chiot n’est que la première étape de leur renaissance. Elle invite Bob chez elle à cause du chien. Ils se rapprochent l’un de l’autre à partir d’un élément très banal».
La comédienne, qui suit le parcours de Hardy depuis quelques années, sentait qu’il faisait partie des acteurs prometteurs. «Cela fait un bon moment que j’avais envie de travailler avec lui», affirme-t-elle. «C’est un comédien unique qui avait toujours des idées auxquelles je n’avais pas pensé. Cela m’a obligée à réfléchir aux rapports entre nos personnages et à rester ouverte à ses propositions. Les scènes pouvaient partir dans diverses directions, en fonction de son point de vue». Hardy était enchanté de tourner avec Noomi Rapace. «Noomi est capable de tout faire dès qu’elle s’y attelle», souligne le comédien. «Rien ne l’arrête : elle est courageuse, sincère et généreuse. Et c’est une formidable partenaire de travail. Si vous cherchez à constituer une équipe, vous pouvez compter sur elle. Même quand tout son entourage est fatigué et à court d’idées, elle conserve son énergie».
James Gandolfini incarne Marv, figure paternelle de Bob qui connaît bien l’univers de la rue et affiche une mine désabusée. «Le cousin Marv a pas mal de petites manies», note Jenno Topping. «Jim rend son personnage très crédible. C’était un comédien très doué et subtil, qui apporte beaucoup de finesse au rôle». Dennis Lehane, qui avait déjà collaboré avec Sean Penn, Tim Robbins, Ben Affleck et Clint Eastwood, a été enchanté de faire équipe avec Gandolfini, alors au sommet de son art. «Jim était conscient que Marv court après le passé, plus que n’importe qui d’autre», déclare l’auteur. «Autrefois, ce type était quelqu’un. Il a un peu tiqué quand de gros durs ont débarqué, et il ne s’en est jamais remis. Du coup, il fait un effort désespéré pour remporter la mise. Mais il se berce tristement d’illusions s’il pense que ça va fonctionner».
Roskam, admirateur de longue date du comédien, explique qu’il était parfois surpris de voir Gandolfini sur le plateau, même lorsqu’il ne tournait pas ou qu’il ne répétait pas. «C’était formidable de tourner avec un type qui a une telle expérience», dit-il. «Et pourtant, il se remettait sans cesse en cause. J’ai fini par comprendre que c’était comme ça qu’il abordait chaque personnage. Il était comme ce carnet de notes vierge qu’il portait avec lui : il analysait le parcours de son personnage et y notait toutes ses impressions. Avec moi, il dévoilait sa part de fragilité et d’incertitude. À mon avis, il craignait que je ne sois intimidé par lui et que je n’approuve tout ce qu’il faisait». Hardy avait, lui aussi, beaucoup de respect pour l’acteur : «James Gandolfini était un artiste de grand talent, bienveillant et sensible», précise-t-il. «Il a apporté une formidable authenticité à son personnage. C’était formidable de travailler avec lui, car c’était un homme vif, drôle et très généreux. Je ne pense pas que j’aurais ri autant avec un autre acteur que lui ! Rares sont les comédiens qu’on a envie de regarder même quand on ne partage pas la scène avec eux. J’ai même eu le sentiment de ne pas être à la hauteur de Jimmy, parce que je passais mon temps à l’observer alors que j’aurais dû davantage travailler».
Matthias Schoenaerts, qui partageait l’affiche de DE ROUILLE ET D’OS de Jacques Audiard avec Marion Cotillard, incarne Eric Deeds, rival de Bob. «C’est à lui qu’appartenait le chien, et il a aussi eu une aventure récente avec Nadia», relève Lehane. «Il fait une fixation sur elle qui tourne à l’obsession malsaine. Il n’est pas totalement maître de ses facultés, et il représente un obstacle majeur pour Bob». La présence menaçante du comédien en faisait un rival crédible pour Hardy, homme au physique particulièrement imposant. «Il fallait que Deeds puisse faire peur à Tom de manière vraisemblable», indique Larocca. «Et aussi que ce soit un type qui en impose suffisamment – et c’est assurément le cas de Matthias ! Les scènes qui les réunissent tous les deux sont particulièrement enthousiasmantes».
Deeds est un homme mystérieux, estime Matthias Schoenaerts. «On ne sait pas très bien qui il est, ni d’où il vient au départ», dit-il. «On comprend que Rocco lui appartient, mais de toute évidence, il se passe quelque chose qui ne se résume pas au chien. Eric n’est pas défini de manière extrêmement précise dans le scénario, et du coup, il fallait camper un personnage sur lequel on peut projeter pas mal de choses».
Noomi Rapace et Matthias Schoenaerts ont travaillé ensemble pour imaginer un passé à leurs personnages. «On s’est dit qu’ils avaient eu une relation orageuse, chaotique et parfois violente», raconte-t-elle. «Lorsqu’Eric jette le chiot dans la poubelle de Nadia, c’est un appel au secours. Matthias a incarné Eric avec une telle détresse qu’il a vraiment su le faire exister. Ce n’est pas un salaud. Ce n’est pas simplement l’ex-petit copain abominable qu’on pourrait imaginer, et on perçoit sa tristesse».
Matthias Schoenaerts a éprouvé une réelle empathie pour l’ensemble des personnages qui, selon lui, cachent une part essentielle de leur identité. «Ils sont tous malheureux, et ont tous honte de quelque chose», dit-il. «Ils échafaudent des plans ridicules qui, espèrent-ils, vont les tirer d’affaire, alors qu’ils ont besoin de tendresse – d’une tendresse humaine sincère et authentique. C’était étonnant et fascinant d’introduire cette dimension-là au cœur d’un drame criminel».
Même les seconds rôles sont interprétés avec force par des comédiens de premier plan. C’est ainsi que John Ortiz, qui campe l’inspecteur Torres, en charge de l’enquête sur le cambriolage du bar, est un célèbre comédien de théâtre new-yorkais et cofondateur de la troupe LAByrinth Theater Company. On l’a aussi vu dans des séries et des films comme HAPPINESS THERAPY. «John est un formidable acteur», affirme Larocca. «On a donné plus d’ampleur à son rôle dans le scénario. On s’est dit que le personnage de l’inspecteur pouvait nous permettre de mieux comprendre la fonction de chacun des protagonistes dans cet univers. Grâce à John, Torres est devenu un personnage à part entière, complexe et fascinant». Ortiz salue Lehane pour avoir su imaginer une histoire profondément humaine, pleine de suspense et de rebondissements.
«QUAND VIENT LA NUIT est une plongée dans la tragédie de la vie racontée par un formidable écrivain et un réalisateur tout aussi doué, et portée par des comédiens inspirés», s’enthousiasme-t-il. «Le film parle de l’espoir que fait naître l’amour. Lorsque cet amour est partagé entre les êtres, il peut s’avérer très fort».
Pour Ortiz, Torres n’est que l’un des nombreux personnages remarquablement construits. «J’ai le sentiment qu’on aurait pu s’attacher à n’importe lequel d’entre eux et lui consacrer tout un film», remarque-t-il. «Lui, comme les autres, cache ses sentiments, tout en cherchant ses repères entre le bien et le mal». Originaire de Brooklyn, Ortiz s’est dit impressionné par la manière dont le cinéaste a su retranscrire sa ville à l’écran. «En lisant le scénario, je savais exactement où l’histoire était située», déclare-t-il. «Je connais le quartier, je connais le bar, je connais l’immeuble et je connais ces gens. C’est le coin de Brooklyn qui ne s’est pas encore embourgeoisé».
James Frecheville, cité à l’Australian Film Institute Award du meilleur acteur et du meilleur espoir pour ANIMAL KINGDOM, campe un petit malfrat du nom de Fitz. «Il n’est pas très futé et quand la situation commence à dégénérer, il ne sait plus comment y faire face», confie-t-il. «C’est un type assez simple qui cherche à se faire un peu d’argent parce qu’il n’en a pas du tout. Il s’embarque dans ce cambriolage qui se passe plutôt bien, mais les choses se gâtent pour lui par la suite».
On trouve aussi au casting Michael Aronov, habitué aux planches de Broadway, qui campe ici le caïd tchétchène de la mafia, nouveau propriétaire du bar de Marv. «Ce type incarne une menace permanente», indique Aronov. «C’est lui qui détient le pouvoir. Il fait peur, tout en étant très raffiné et élégant». «Ce qui m’a fasciné, c’est que tous les personnages – criminels et policiers confondus – sont tous imparfaits, mais qu’ils essaient de s’en sortir», dit-il. «Le film montre qu’on a tous du potentiel, si on parvient à surmonter les obstacles. Et comme dans la vie, certains y arrivent, et d’autres pas».

LE SAUVETAGE DE L’ANIMAL

Malgré la célèbre citation de W.C. Fields – «un homme qui déteste les enfants et les chiens ne peut pas être tout à fait mauvais» –, le film n’existerait pas sans Rocco.
Roskam n’a d’ailleurs jamais envisagé d’autre animal qu’un pitbull. «Il était convaincu qu’il y avait un lien profond entre cette race, si mal-aimée, et le personnage principal, particulièrement énigmatique», estime Jenno Topping. La dresseuse Kim Krafsky, d’Animal Actors, est experte en matière de dressage de chiens pour le cinéma. Elle a dû dénicher trois chiots pour «interpréter» le bébé pitbull que recueille Bob.
«On m’a demandé ce que les chiens étaient censés savoir faire», explique Roskam. «Les choses étaient très simples pour moi. Je voulais qu’ils se contentent d’être des chiens. Ça s’est passé à merveille. J’aurais pu faire du chien un personnage au caractère bien défini, capable d’exécuter des acrobaties, mais je souhaitais qu’il se contente d’être un chien normal».
La production a opté pour un chien de couleur gris ardoise, appelé «pitbull au nez bleu» : Kim Krafsky l’a trouvé grâce à un réseau d’éleveurs responsables. «On travaille en général avec des chiens de sauvetage, mais dans ce cas précis, il fallait que les animaux correspondent à nos critères», remarque-t-elle.
«On a eu recours à trois chiots différents parce qu’on ne tournait pas dans la continuité. T avait 11 semaines au début du tournage, et Pupper 8 semaines. Comme ils grandissaient rapidement, on a dû en trouver un autre de 8 semaines pour la dernière semaine de tournage».
Étant donné que les chiens étaient très jeunes, Kim Krafsky ne pouvait guère les soumettre à un dressage intensif. «Mais il y avait quand même des tâches bien précises qu’ils ont dû apprendre», reprend-elle. «Il y avait une scène où T devait monter, puis descendre des marches, ce qui est un véritable exploit à 12 semaines. On a tenté de rendre ces exercices les plus ludiques possible».
Kim Krafsky était ravie qu’une race de chiens pour laquelle elle a beaucoup d’affection soit, pour une fois, représentée de manière positive. «Les pitbulls ne sont pas conformes à l’idée que s’en font les gens», poursuit-elle. «D’ailleurs, au XIXème siècle, on les appelait ‘chiens nounous’ parce qu’ils protégeaient la famille. Ils étaient aussi dressés pour le combat, et c’est l’image qu’on retient d’eux le plus souvent. Mais même en matière de combat de chiens, ils ne sont pas censés être agressifs à l’égard de l’homme».
Les comédiens se sont vite pris d’affection pour les trois chiots, comme en témoignent les liens privilégiés entre Tom Hardy et T, dont Internet s’est fait l’écho : «Les paparazzi, qui étaient à proximité du plateau, s’en sont donnés à coeur-joie», précise Larocca. «C’était le premier jour du tournage. C’était un peu surprenant de voir à quelle vitesse et à quelle échelle ces photos se sont propagées. À croire que les gens s’intéressent à tout ce que fait Tom. Mais ce sont des photos très attendrissantes».

BROOKLYN NOIR

Jusque-là, les best-sellers de Lehane et les adaptations cinématographiques de ses livres se déroulaient dans son univers familier – les quartiers populaires de Boston. Si la nouvelle qui a inspiré QUAND VIENT LA NUIT a bouleversé ces repères, Lehane a accepté d’explorer de nouveaux territoires en changeant le cadre géographique du film.
«Boston est devenu victime de son propre succès à force d’être synonyme de criminalité des milieux populaires blancs», explique l’auteur.
«J’en suis en partie responsable, notamment à cause de MYSTIC RIVER et de GONE BABY GONE. Ben Affleck a réalisé THE TOWN, et avant cela, Ted Demme a réalisé MONUMENT AVENUE. Sans oublier, bien entendu, LES INFILTRÉS de Martin Scorsese».
Les producteurs avaient une ville précise en tête. Tout d’abord, ils souhaitaient une métropole historique de la Côte Est. «Par ailleurs, il fallait que l’histoire se passe dans un quartier où l’Église catholique a joué un rôle déterminant et continue d’avoir de l’importance», note Larocca.
«C’est un monde en voie de disparition. Une fois qu’on a établi nos critères, on avait le choix entre Boston, New York, Chicago, Pittsburgh et peut-être même Philadelphie». Après avoir envisagé ces différentes villes, la production a compris que l’histoire de Bob ne pouvait se dérouler qu’à Brooklyn, municipalité la plus peuplée de l’agglomération newyorkaise abritant une importante population de condition modeste et des générations successives d’immigrés. Bien que Park Slope et Williamsburg se soient récemment embourgeoisés, et attirent aujourd’hui de jeunes urbains dynamiques et des couples branchés, les quartiers moins connus conservent leurs racines ouvrières. L’équipe a investi la municipalité tout entière, depuis Windsor Terrace, et ses maisons de briques appartenant à des familles d’origines irlandaises, allemandes, polonaises et italiennes, Fort Greene, et ses rues arborées aux immeubles peu élevés, Bedford-Stuyvesant, quartier historiquement noir, jusqu’aux quartiers de Sheepshead Bay et de Marine Park, en bord de mer. Le réalisateur a consacré des semaines aux repérages qui, selon lui, ont été particulièrement fructueux.
«On a tourné dans des coins méconnus de Brooklyn, ce qui est assez rare au cinéma», ditil. «J’ai éclusé les bars de Brooklyn, et j’ai pu observer de près les habitants. Je n’ai jamais vu autant de bars de ma vie, et pourtant, j’aime fréquenter ces lieux. On a rencontré des gens qui nous raconté des tas d’anecdotes sur les mafieux et les malfrats de leur quartier». Au final, le quartier où se déroule le film est un Brooklyn idéalisé, quasi mythique, qui emprunte à divers sites de la municipalité.
«On y retrouve l’atmosphère de Brooklyn sans conteste», indique Larocca. «Le quartier a été magnifié par la caméra de notre chefopérateur Nicolas Karakatsanis et de Michaël. Comme si c’était la rencontre entre Martin Scorsese et Frank Capra, créant une atmosphère unique». Roskam, qui a été peintre avant de devenir cinéaste, s’appuie souvent sur l’oeuvre d’artistes plasticiens comme source d’inspiration esthétique : «Comme un peintre, nous racontons une histoire inscrite dans un cadre», note Roskam. «Ce que nous voyons se jouer à l’écran est un jeu d’ombres et de lumières. Et ça, c’est de la peinture».
Roskam, Nicolas Karakatsanis et la chef-décoratrice Thérèse DePrez ont ainsi étudié les oeuvres de George Wesley Bellows, originaire de Brooklyn. Portraitiste de la vie urbaine et d’événements sportifs à travers ses peintures du début du XXème siècle, il est réputé pour ses toiles expressives et audacieuses, considérées comme foncièrement américaines et évocatrices de Brooklyn. «Il se trouve qu’il y avait une exposition Bellows au Metropolitan Museum quand on y était», reprend le réalisateur. «En découvrant son extraordinaire palette de couleurs, je me suis rendu compte qu’on les retrouvait encore aujourd’hui à Brooklyn. C’est aussi le cas de la lumière. Thérèse et Nicolas l’ont très bien cernée dans le film». Karakatsanis et Roskam collaborent ensemble depuis 2005 et ont ainsi mis au point leur propre langage visuel. «Michaël et Nicolas forment un tandem extraordinaire», affirme Larocca.
«Michaël compose chaque plan comme un tableau, avec une grande méticulosité. C’est l’une des raisons pour lesquelles on savait qu’il y aurait une atmosphère bien spécifique dans le film, qui redonnerait ses lettres de noblesse au genre». «Je n’étais pas totalement préparé à la richesse visuelle du film», remarque Lehane. «J’adore l’étendue de la gamme de couleurs : on aurait pu prendre une photo et l’accrocher au mur ! Grâce à son regard de peintre, la magie opère». Le chef-costumier David Robinson vit à Brooklyn depuis plus de trente ans, mais ce projet lui a permis d’explorer des quartiers très peu connus de cette municipalité particulièrement étendue : «On a commencé par étudier bon nombre de tableaux de Vermeer et du Caravage, car la lumière dans un bar sombre est chaude et profonde», dit-il.
«On a utilisé des tons de bleu et de jaune, et Michaël a une vraie prédilection pour l’ocre. Nous avons assisté au Super Bowl Sunday au Joe’s Bar de Marine Park, ce qui s’est avéré être une phase de recherche extraordinaire. Il est fréquenté par une clientèle d’origine modeste très particulière». Robinson a mis au point un style authentique pour les personnages, en s’appuyant sur ses recherches. «On a aussi assisté à une partie de poker à Gravesend avec une bande de pompiers à la retraite, dont l’un est propriétaire du bar où nous avons tourné», poursuit-il. «Ils portaient tous des jeans clairs délavés. Leurs chaussures de tennis étaient impeccables. Leur style variait très peu, voire pas du tout».
Étant donné qu’aucun des acteurs ne vient de New York, la production a fait appel au répétiteur Jerome Butler pour ciseler un accent cohérent, puis qui a été adapté à chaque personnage. «Tom est britannique, si bien que je lui ai demandé de prendre un accent typique de Brooklyn», indique le réalisateur. «Noomi est suédoise, et cela ne me dérangeait pas qu’elle ait un accent légèrement étranger : son personnage peut être arrivé aux États-Unis à l’âge de 12 ou de 18 ans, et s’exprime donc sans doute avec une pointe d’accent étranger, tout en parlant parfaitement bien anglais. C’est très vraisemblable et proche de la réalité de Brooklyn. Et puis, Matthias adore adopter ce genre d’accent. Il adore ça et il s’en sort remarquablement bien».
Butler, qui avait déjà collaboré à NOÉ et ZERO DARK THIRTY, a cherché à retrouver le rythme, la posture et le dynamisme propres à New York dans l’expression orale des acteurs. «Le dialecte new-yorkais est immédiatement repérable», dit-il. «Et le dialecte de Brooklyn fait désormais partie intégrante du cinéma américain grâce à des films comme LES TROIS CORNIAUDS, ou à ceux de Spike Lee et Darren Aronofsky».
«Les sons de Brooklyn reflètent la mosaïque de communautés qui y vivent, et nous avons travaillé avec des comédiens qui ont enrichi la palette sonore du film», explique-til. «Nadia, le personnage de Noomi, témoigne de la réalité de Brooklyn et des États-Unis de manière plus générale. Car la population vient des quatre coins du monde. Leurs enfants apprennent la langue que parlent leurs parents, puis y intègrent les sons qu’ils captent dans la rue, ce qui crée une sorte de langage hybride. Mais, pour autant, ils viennent tous du même quartier».
QUAND VIENT LA NUIT mêle suspense, intrigue criminelle, histoire d’amour et, bien entendu, un adorable chien. «Le spectateur va découvrir des personnages passionnants», conclut Larocca. «L’histoire d’amour, magnifique, possède une complexité qu’on ne trouve pas dans la plupart des polars, et c’est vraiment grâce à Dennis Lehane. C’est un film palpitant et émouvant qui surprendra le spectateur à plus d’un égard». 

Plongez au cœur de l’univers du film avec un livre haletant

Dennis Lehane,
une success story hollywoodienne
« Dialoguiste et conteur hors pair »
Le Figaro 
« Son écriture si cinématographique
[...] garantit le suspense
»
Télérama 
« Lehane reste un formidable
styliste,
un écrivain passionné par le côté obscur de la force »
Lire 
« Lehane, qui est passé maître
dans le mélange des genres [...] est
aussi un formidable analyste des turpitudes humaines »
Elle


















aux éditions Rivages

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