mercredi 27 août 2014

Back to the future


Comédie/Romance/Une belle histoire d'amour qui prend à contre-pied

Réalisé par Gillian Robespierre
Avec Jenny Slate, Jake Lacy, Gaby Hoffmann, Gabe Liedman, David Cross, Richard Kind, Polly Draper, Cindy Cheung...

Long-métrage Américain
Durée : 1h23m
Année de production : 2014
Distributeur : Paradis Films

Date de sortie sur les écrans américains : 20 juin 2014
Date de sortie sur nos écrans : 3 septembre 2014 


Résumé : La vie de la jeune Donna Stern n'a rien de particulier : un petit ami, un job dans une librairie, sa bande de potes, des parents divorcés... Mais, chaque soir, sur une scène de Brooklyn où elle interprète son numéro de stand-up, ce quotidien banal devient une source inépuisable de sketches. Avec un humour ravageur et souvent cru, Donna y déballe sa vie intime, ne prend rien au sérieux, se moque de tout et surtout d'elle-même. Mais, coup sur coup, Donna perd son travail, se fait larguer par son petit ami, déprime, a une aventure alcoolisée d'un soir et... tombe enceinte. Dès lors, Donna va devoir assumer ses choix et grandir un peu, mais peut-être aussi rencontrer l'amour au moment où elle s’y attend le moins.

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : Avec OBVIOUS CHILD, Gillian Robespierre, la réalisatrice, nous offre une comédie romantique douce amère très réussie. Il s'agit d'un film indépendant. Il suit certains codes de la comédie romantique, suffisamment en tout cas pour ne pas perdre les spectateurs. En même temps, il s'autorise une vision non politiquement correcte du couple. Cela change et c'est drôlement bien.
La réalisation de Gillian Robespierre est claire et fluide. Elle maintient un rythme constant dans le déroulement de l'histoire, nous évitant tout ennui.
Les événements se déroulent à New York qui offre un écrin vibrant et charmant au couple, héros de cette tranche de vie. Ce dernier est composé de Donna Stern, interpretée par l'étonnante et véritablement attachante Jenny Slate, et de Max, interprété par Jake Lacy, qui est très touchant.
Superbe découverte, Jenny Slate est aussi juste dans le rôle de la grande gueule que dans les moments de fragilité.





De son côté, Jake Lacy est lui aussi impeccable. Son personnage est l'opposé de Donna et son parfait complément.




OBVIOUS CHILD est spécial dans son approche de la romance mais il aborde, courageusement et sans verser dans les clichés, des thématiques qui ne sont pas simples. Je vous le conseille. J'ai eu un coup de cœur pour ce joli film qui assume complètement le risque qu'il prend en osant prendre les spectateurs à contre-pied.


NOTES DE PRODUCTION 
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers !)

GENÈSE DU FILM  

Obvious Child aborde avec réalisme la situation d’une jeune femme et les droits de nombreuses autres femmes, encore bien souvent battus en brèche aujourd’hui. Même si une femme sur trois aura recours à l’avortement avant l’âge de quarante-cinq ans, au cinéma les grossesses imprévues se soldent systématiquement par une naissance ou une fausse alerte. Le parcours de Donna illustre un choix qui est toujours source de conflit, mais qui se fait souvent sans honte ni regret. Donna et Max ont sans doute envie d’avoir des enfants un jour, mais pour le moment, ils souhaitent juste prendre le temps de grandir, peut-être même ensemble. Même si l’histoire de Donna n’illustre en aucun cas une expérience ou une opinion partisane, sa sincérité – blagues potaches comprises – mérite qu’on s’y intéresse. Obvious Child était à l’origine un court-métrage réalisé en 2009 par Anna Bean, Karen Maine et Gillian Robespierre, et interprété par Jenny Slate. Projeté dans de nombreux festivals en 2010, le film a retenu l’attention des sites Jezebel, Bust et Slate, ainsi que celle de 40 000 internautes qui l’ont visionné et qui ont donné à la scénariste et réalisatrice Gillian Robespierre l’envie et la détermination d’en faire un long-métrage. Au cours de son développement, le film a reçu le soutien de l’Independent Filmmaker Project, de Rooftop Films, du Tribeca Film Institute et de la San Francisco Film Society. Obvious Child est le premier long-métrage de Gillian Robespierre. 

À PROPOS DU FILM*

DU COURT AU LONG 

Gillian Robespierre (réalisatrice) : En 2009, mes meilleures amies Anna Bean, Karen Maine et moi avons écrit le scénario d’un court-métrage intitulé Obvious Child. La trame était la même : une fille se fait larguer, elle a une aventure d’un soir, suivie d’un premier rendez-vous dans le cadre improbable d’un centre de planning familial. Le film a été tourné au cours de l’hiver 2009. Nous avons d’abord eu du mal à trouver l’actrice idéale pour le rôle de Donna. Il fallait qu’elle soit drôle et pleine d’esprit, mais aussi crédible dans les scènes dramatiques. Par le plus grand des hasards, nous sommes allées voir le spectacle comique gratuit Big Terrific. À l’époque, il se tenait dans l’arrièreboutique d’un magasin de vins et spiritueux, mais ce lieu est aujourd’hui devenu un restaurant très huppé. Jenny Slate se produisait ce soir-là. Elle était tellement hilarante sur scène que nous avons décidé de la rencontrer. Jenny et moi avons des goûts similaires, et pas seulement en matière de blagues scatologiques ! Elle raconte des histoires sous la forme de confessions intimes, et elle parvient à faire le grand écart entre des passages à hurler de rire et des moments pleins de douceur et d’innocence. Anna, Karen et moi nous sommes regardées et nous nous sommes dit : « Mais elle est carrément géniale cette fille! » Par chance, nous avions un ami commun. Nous avons envoyé un e-mail à Jenny pour lui parler du court-métrage et elle a dit « Oui.» On connaît la suite...  Le court-métrage a fait la tournée des festivals et il a été bien accueilli. Quand nous l’avons mis sur Internet, c’était fascinant de constater que les gens le regardaient vraiment ! Mais ce qui était encore mieux, c’était toutes les conversations que suscitait le film. Cela m’a vraiment encouragé et m’a donné envie d’en faire un long-métrage, pour partager le film et ces échanges avec encore plus de monde. Trouver un partenaire pour y arriver n’est pas chose aisée. [Elisabeth Holm, la productrice] a cru en cette histoire et en moi, et elle a joué un rôle crucial non seulement pour trouver des financements, mais aussi pour développer le projet dans son ensemble. Faire un film est une expérience tellement fantastique, étrange et difficile, mais au final, ce qui compte c’est d’être bien entouré.

* Extraits d’entretiens pour Vice, Indiewire, Filmmaker Magazine, Boston.Com, Vanity Fair, Roger Ebert, Sumoskinny, Npr, Variety, Hollywood Chicago, Beliefnet.   

Elizabeth Holm (productrice) : Je suis une inconditionnelle à la fois de Gillian, du courtmétrage Obvious Child qu’elle a réalisé avec ses amies Anna Bean et Karen Maine, et de l’incomparable Jenny Slate. Je savais que le film était exactement le genre d’histoire sincère, empathique, hilarante et profondément humaine dans laquelle j’allais pouvoir me plonger avec délice pendant quelques années, surtout aux côtés de ces femmes incroyables. J’étais persuadée que la comédie romantique était le moyen le plus intelligent, le plus intéressant et le plus divertissant pour raconter l’histoire de cette femme, et je n’avais encore jamais rien vu de semblable auparavant (hormis le court-métrage d’origine, bien sûr). Il semblait manquer à ce genre cinématographique, qui parle des femmes et qui s’adresse à un public féminin par excellence, un récit d’une telle sincérité, auquel je pense que beaucoup de spectateurs, quel que soit leur sexe, seront soulagés de pouvoir s’identifier. En outre, en tant que productrice, c’est exaltant de pouvoir à la fois célébrer et subvertir les conventions de la comédie romantique, qui plus est en faisant rire les gens.

G.R. : [Elizabeth] et moi avons passé une année à développer le scénario ensemble, le soir et le week-end, parce que nous travaillions toutes les deux à plein temps. Nous nous retrouvions le samedi et nous écrivions le dimanche. Nous avons fait tout le casting et avons recruté l’équipe technique dans un bar de l’East Village, et je suis presque sûre que le barman a fini par nous prendre pour des prostituées. Nous étions là-bas tous les soirs entre 18h et 21h30, et un tas d’hommes passaient nous voir, puis ils repartaient en laissant la place à un autre homme, ou bien une femme, des hommes et des femmes... Nous devions avoir l’air d’être super douées.

STAND-UP

G.R.: Jenny [Slate] et moi avons réalisé à quel point nous aimions travailler ensemble pendant le tournage du court-métrage. Nous avions écrit un scénario, rien de plus. Pour les numéros de comédie sur scène, c’est Jenny qu’il faut féliciter. Je ne suis que son humble admiratrice. Je serais bien incapable de monter sur scène - rien que d’y penser ça me rend malade ! J’ai fait beaucoup de recherches, mais quand il a fallu écrire un sketch, je n’ai pondu qu’un monologue à deux balles. Rien à voir avec du stand-up. Jenny a insufflé beaucoup de son talent dans le numéro de stand-up du film, c’est certain. Je pense qu’elle est l’une des humoristes et des actrices les plus brillantes de notre génération.

Jenny Slate (comédienne) : Le film est vraiment un travail collectif, fruit de nombreuses étapes. […] Gillian [Robespierre] a écrit un numéro de stand-up pour Donna en s’inspirant de mon propre style, mais sur des sujets différents. En général je ne parle pas de ma vie amoureuse. Je parle de mon corps, mais je n’avais encore jamais abordé ses sécrétions. Ça ne m’intéressait pas vraiment. Mais maintenant, c’est fait ! Gil et Liz [la productrice] m’envoyaient des versions de travail du scénario. Ça me plaisait beaucoup, et le texte s’améliorait sans cesse. La seule fois où je m’en suis vraiment mêlée, c’est quand nous avons abordé la question du stand-up. Le processus a été long et compliqué. Pas difficile, mais compliqué. Gillian avait déjà écrit le numéro. Il était très drôle, mais aussi TRÈS long. Les trois passages de stand-up en disaient beaucoup sur l’état d’esprit de mon personnage. […] Visiblement, Gillian les avait écrits pour une bonne raison, il fallait qu’ils soient dans le film, mais le tout faisait 45 minutes. Et puis la San Francisco Film Society nous a octroyé une bourse. Nous avons passé une journée là-bas pour faire une lecture du scénario. Ensuite, Gillian m’a demandé de faire une impro pour les acteurs présents en m’inspirant de son texte. Je me suis exécutée. Gillian m’a enregistrée et elle a ensuite réécrit tout le passage sur la base de l’enregistrement. Le jour du tournage, je ne me suis servie que d’une liste avec les grandes lignes du texte. Je n’avais rien appris par coeur, je voulais que ça ait l’air naturel, comme lorsque je suis sur scène. Donc il y avait juste quelques idées sur un papier, mais je n’avais rien mémorisé. Il y avait plusieurs répliques que Gillian avait envie que je dise, mais elle m’a laissée faire à ma façon. C’était un processus assez complexe.

G.R. : Nous avions un scénario, mais je ne tenais pas à ce que l’on respecte mon texte à la virgule près. Quand on a la chance de travailler avec des acteurs aussi doués, intelligents et drôles que Jenny Slate, Gabe Liedman, Jake Lacy, Richard Kind et Polly Draper, autant les mettre à contribution. Il faut rester ouvert à leur propre vision des personnages, et leur laisser le champ libre. C’est la clé de tout quand on fait un film : instaurer une véritable collaboration. Quel bonheur de voir tous ces acteurs s’emparer du texte et le rendre drôle et authentique !

UNE “ROM-COM”… SUR L’AVORTEMENT?

G.R. : Obvious Child est une comédie qui raconte l’histoire de Donna Stern, une humoriste de Brooklyn qui se fait larguer, perd son travail et tombe enceinte juste à temps pour la pire ou la meilleure (c’est selon) St Valentin de sa vie. Voilà pour le résumé express. Donna est en fait une jeune femme naturellement drôle et intelligente, proche de la trentaine, qui se défait peu à peu des derniers attributs de son adolescence. Ses parents la tannent pour qu’elle fasse des choix plus judicieux et qu’elle se comporte davantage en « adulte ». Donna y est contrainte lorsqu’une aventure d’un soir la force à prendre une décision difficile, qui déterminera – ou non - le reste de son existence. Même si elle est sûre de son choix, Donna devra apprendre à croire en son talent, en elle-même et en ce que les autres ont à lui offrir, en particulier un type finalement pas mal du tout (Jake Lacy), qui pourrait bien améliorer ce qui s’annonce comme la pire et la meilleure St Valentin de sa vie. 

J.S. : Vous remarquerez qu’il n’y a pas beaucoup de blagues sur l’avortement dans le film. Nous avons surtout cherché à trouver des choses qui nous faisaient rire, mais qui n’étaient ni trop légères, ni trop désinvoltes ou « branchées ». Je n’aime pas beaucoup les humoristes qui font de l’esbroufe ; je pense qu’il vaut mieux conserver une certaine délicatesse. C’était notre parti-pris de départ. Parfois nous avons poussé le bouchon un peu loin, mais tant mieux. Il est bon de garder une certaine souplesse quant aux limites de ce qui est acceptable en matière de comédie. Cela nous prouve que ces limites ne sont pas fragiles et rigides au point que tout risquerait de s’effondrer si l’on adoptait un ton ou un angle différent.

G.R. : De nombreux journalistes ont repris l’étiquette de la « comédie sur l’avortement », mais je la trouve un peu réductrice. Le film est une comédie romantique sur un personnage qui traverse diverses épreuves dans sa vie. Nous adorons les comédies romantiques, et nous voulions vraiment rester fidèles au genre. La question n’a jamais été « Vont-ils le faire ou non ? », « Donna va-t-elle ou non se faire avorter ? » C’était plutôt : « Sera-t-elle capable de le dire à cet homme qu’elle vient à peine de rencontrer ? » Et aussi, il me semble : « Comment va-t-il réagir ? » Nous avons toujours voulu que le film finisse bien. On les laisse tous les deux là où on les avait rencontrés : alors qu’ils font connaissance.

À PROPOS DES PERSONNAGES SECONDAIRES

MAX (JAKE LACY)

G.R. : Max fait aussi des erreurs, et ses chaussures bateau le trahissent. Il pisse, il pète, il a des petits accidents. Ce n’est pas un individu tout à fait mature, pas plus que Donna, mais ils sont d’un grand soutien l’un pour l’autre. On le voit, pas simplement au sujet du choix de Donna, ou du fait qu’il l’accompagne ou non au rendez-vous. C’est une impression plus générale, on sent qu’il est présent pour elle. On lit sur son visage qu’il est en admiration devant elle, et qu’il cherche à lui donner quelque chose en retour.

J.S. : Pour moi, l’alchimie entre deux partenaires a beaucoup à voir avec leur gentillesse et le fait qu’ils aiment s’amuser. Dès notre première rencontre, Jake et moi avons très facilement blagué ensemble. À mes yeux, quand ça se produit, c’est gagné. L’alchimie à l’écran, il n’y a rien de plus mystérieux, parce que ça n’a rien à voir avec le fait de choisir de faire un bout de chemin avec quelqu’un dans la vraie vie : on utilise les mots de quelqu’un d’autre, on reste dans le cadre du scénario et de son personnage. Cela demande aussi beaucoup de concentration, et comme on est sur un plateau de cinéma avec plein de gens autour, il ne faut pas que ce soit trop dégoûtant de nous voir nous embrasser. [Elle rit]

LES PARENTS DE DONNA (POLLY DRAPER & RICHARD KIND)

G.R. : Quand il a été question de trouver des acteurs pour interpréter les parents, Jenny faisait déjà partie du film, et nous avons donc cherché un parfait mélange de fantaisie, de fibre artistique et de tempérament. Nous aurions pu avoir un père assez strict et une mère plutôt bohème, mais dans le script, c’est le père qui est créatif et rigolo, alors que la mère est plus coincée. Je les imagine bien dans les années 1980, faisant la bringue à New York, très attirés l’un par l’autre, mais incapables de faire durer leur histoire sur le long terme. Ils incarnent deux types de personnalités, l’une plutôt analytique et sérieuse, et l’autre beaucoup plus intuitif et généreux, et Donna est le parfait mélange des deux. Elle aime raconter des blagues scatos, mais elle a aussi un QI très élevé, ce que sa mère ne se prive pas de lui rappeler à longueur de journée. Et sur scène, dans son rapport au public, elle partage des moments de grande réflexion sur sa vie personnelle auxquels les gens peuvent s’identifier, mais elle le fait d’une façon un peu loufoque. Nous voulions donc que ses parents reflètent ces deux aspects de sa personnalité. J’ai toujours adoré Polly Draper dans Génération Pub. J’ai grandi en regardant cette série, j’en suis carrément obsédée. Elle et Jenny ont la même voix, un peu rauque. Je trouve aussi qu’elles se ressemblent. Quant à Richard Kind, Jenny et lui ont le même genre de traits malléables qui se prêtent si bien à la comédie. Je suis tellement ravie qu’ils aient accepté de faire ce film. Ils ont lu le scénario, celui-ci leur a plu, et quand ils ont vu que Jenny Slate en serait l’héroïne, ils ont dit « oui » tout de suite.

Autre post du blog lié à OBVIOUS CHILDhttp://epixod.blogspot.fr/2014/08/back-to-future_11.html

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