lundi 27 janvier 2014

Back to the future










Drame/Biopic/Réaliste, superbes interprétations, quelques longueurs

Réalisé par Jean-Marc Vallée
Avec Matthew McConaughey, Jennifer Garner, Jared Leto, Steve Zahn, Denis O'Hare, Michael O'Neill, Dallas Roberts, Griffin Dunne...

Long-métrage Américain
Durée : 1h57m
Année de production : 2014
Distributeur : UGC Distribution 

Date de sortie sur les écrans U.S. : 22 novembre 2013
Date de sortie sur nos écrans : 29 janvier 2014 


Résumé : 1986, Dallas, Texas, une histoire vraie. Ron Woodroof a 35 ans, des bottes, un Stetson, c’est un cow-boy, un vrai. Sa vie : sexe, drogue et rodéo. Tout bascule quand, diagnostiqué séropositif, il lui reste 30 jours à vivre. Révolté par l’impuissance du corps médical, il recourt à des traitements alternatifs non officiels. Au fil du temps, il rassemble d’autres malades en quête de guérison : le Dallas Buyers Club est né. Mais son succès gêne, Ron doit s’engager dans une bataille contre les laboratoires et les autorités fédérales. C’est son combat pour une nouvelle cause… et pour sa propre vie.

Bande annonce (VOSTFR)


Extrait (VOSTFR) - This is my patient


Ce que j'en ai pensé : DALLAS BUYERS CLUB, c'est du cinéma indépendant américain. Très réaliste, il n'arrondit pas les angles par rapport à son sujet. Le réalisateur, Jean-Marc Vallée, dépeint une épidémie, une maladie, une méconnaissance, une peur. Ce genre de film est important car il témoigne d'une époque et de l'hypocrisie ayant entourée l'arrivée du SIDA. Combien de personnes la désinformation et les œillères ont-elles tuées? C'est un des nombreux sujets abordés par ce film. Le nombre de thèmes parcourus par le scénario est par ailleurs considérable.
Tout comme le personnage principal, l'histoire n'hésite pas à mettre en exergue les sujets qui fâchent. Et au-delà de la vision d'une société qui n'a pas su faire face assez vite, c'est le parcours d'un homme, touché de plein fouet par la maladie, que l'on découvre. Dans le rôle de Ron Woodroof, Matthew McConaughey, est aussi impressionnant que méconnaissable. Son jeu est très juste. Il montre parfaitement l'évolution de la mentalité de Ron. Il est hyper convaincant du début à la fin autant dans la colère ou le déni, que dans le drame, la force de caractère, l'humour...


Parce qu'il est grande gueule, excessif, malin, courageux et qu'il n'a plus rien à perdre, Ron Woodroof fait avancer les choses. Dans ses quêtes, il va rencontrer des personnes qui vont l'influencer telle que Rayon, interprété par un Jared Leto fragile et touchant, ou qu'il va influencer telle que le Dr Eve Saks, immunologue interprétée par Jennifer Garner, à qui il va ouvrir les yeux sur la vérité des traitements expérimentaux dans les hôpitaux.



Il y a quelques longueurs qui alourdissent parfois le propos inutilement. Le film est édifiant, il aurait été tout aussi percutant en étant un peu plus court. DALLAS BUYERS CLUB est un film à découvrir pour son histoire bien menée, pour les superbes performances de Matthew McConaughey et de Jared Leto et pour son réalisme qui rend ses arguments percutants. 


NOTES DE PRODUCTION
(A ne lire qu'après avoir vu le film pour éviter les spoilers!)

Direction Dallas
En septembre 1992, Ron Woodroof est mort de complications liées au virus du SIDA.
Sept ans plus tôt, on ne lui donnait plus que trente jours à vivre.

Durant le mois qui précéda la mort de Ron Woodroof, le scénariste Craig Borten prit la route depuis Los Angeles jusqu’à Dallas afin de le rencontrer et de commencer à travailler sur un film qui serait l’histoire de sa vie et allait prendre vingt ans pour voir le jour : DALLAS BUYERS CLUB.

C’est un ami qui a fait connaître à Craig Borten l’histoire de Ron Woodroof et celle du Dallas Buyers Club. Ron Woodroof avait contracté le VIH en 1985, alors que l’Amérique commençait seulement à ouvrir les yeux sur ce qu’était le SIDA. Le virus faisait déjà des ravages au sein de la communauté gay depuis quatre ans. Cet électricien dragueur et macho faisait partie des millions de gens qui pensaient que le SIDA, "c’est juste qu’une maladie de gay".

A l’âge de 35 ans, ce fier Texan s’est retrouvé exclu et fuit par ses amis et ses collègues. Il était mourant et pratiquement sans ressources. Mais il était déterminé à survivre. Et contre toutes les prédictions, il n’a pas seulement survécu, il s’est aussi épanoui et a permis de sauver d’autres vies.

Durant les sept années qui ont suivi son diagnostique positif, Ron Woodroof est devenu une encyclopédie vivante concernant les médicaments anti-viraux, les procès et brevets pharmaceutiques, les régulations de la FDA (agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux), et les décisions de justice. Il s’est battu pour les droits des patients ainsi que pour leur accès aux médicaments et aux traitements alternatifs.

Après avoir écrit des lettres restées sans réponses, Craig Borten appela les bureaux du Dallas Buyers Club. Ron le prit au téléphone et dit au scénariste de venir le voir dès le lendemain.

Le scénariste Craig Borten :  ”Plus j’en apprenais, plus j’étais fasciné. J’étais très intéressé par cet homme, fondamentalement intolérant, qui se retrouve victime de cette même intolérance de la part de ses amis. Après cela, il va évoluer et apprendre ce qu’est la vraie amitié et ce qu’elle signifie. Ceux qui vont l’accepter et le réconforter sont des malades du VIH et du SIDA, et ils sont pratiquement tous homosexuels.
 Voilà quelqu’un qui, condamné à mourir, renverse la situation et découvre d’autres choses. Fort de cette expérience, il change et aide d’autres personnes. Les individus qui défient la fatalité m’inspirent, et Ron en fait partie. Et puis, ça a fait de lui une meilleure personne.”

Craig Borten a passé plusieurs jours avec Ron au Dallas Buyers Club, où il a enregistré plus de vingt heures d’entretiens sur son dictaphone.
Après son décès, l’histoire de Ron – celle d’un homme dont l’instinct singulier de survie a été bénéfique à la vie de tant d’autres – a pris une tournure inattendue. Craig Borten continuait ses recherches tout en écrivant. Lorsqu’il estima qu’il avait réussi à raconter l’histoire de Ron sous forme de scénario, il donna son travail à lire à une amie proche, la productrice Robbie Brenner.

Robbie Brenner, productrice : ”J’ai tout de suite adoré. Ron a vécu une aventure incroyable. Par sa personnalité, son éducation et ses origines, Ron avait cette faculté de remettre les choses en question et de se battre quels que soient les obstacles ou la gravité des problèmes. Lorsqu’il contracta le SIDA, il réussit à regarder sa vie sous un autre angle, il réussit à s’adapter et de là, à aider les autres. Cependant, il n’a jamais eu l’ambition de réussir quoi que ce soit. Il essayait juste de survivre. Le scénario me rappelait celui de films que j’aime et qui m’ont marquée. J’ai dit à Craig que je voulais produire ce film.”
Cela se passait en 1997, alors que Robbie Brenner était productrice exécutive pour un studio américain. Le projet atteignit l’étape du développement mais n’alla pas plus loin. Craig Borten récupéra ses droits, continua de faire lire son scénario, reçu des propositions, et le ré-écrivit en ajoutant les éléments de ses plus récentes recherches.

En 2000, Craig Borten s’associa à la scénariste Melisa Wallack pour retravailler le scénario. Ensemble ils aiguisèrent l’histoire en écartant les trop nombreuses informations et opinions pour se concentrer sur le récit de la quête d’un homme.

Melisa Wallack, scénariste : ”L’évolution de Ron est assez spectaculaire. Ce sont ses découvertes sur lui-même ainsi que celles qu’il fit sur le SIDA et les médicaments qui ont guidé le scénario dans la voie qu’il a finalement prise”.
En 1985, l’AZT (azidothymidine) était le seul médicament anti-viral qui avait des résultats positifs pour le traitement contre le VIH et le SIDA. Mais il était inaccessible, limité aux tests cliniques, ou alors vendu au marché noir, en plein essor. Puis, en 1987, il a été mis sur le marché au prix le plus élevé de l’histoire des médicaments : plus de 10 000 dollars pour une année de prescription.

Des patients mouraient chaque jour. Les décès causés par le VIH et le SIDA croissaient de façon exponentielle. Et sans répit, les activistes et les patients tels que Ron se battaient pour obtenir des traitements à des prix abordables et des thérapies alternatives. Ils insistaient pour que la FDA accorde des brevets aux douzaines de médicaments potentiellement efficaces mais interdits aux USA.

Melisa Wallack : ”Ron a tenu tête à la FDA, et parfois même à la DEA (Drug Enforcement Administration), au FBI et à l’IRS (équivalent du FISC). Cet homme a bataillé avec le gouvernement pour défendre le droit de chacun à contrôler ce qu’il introduit dans son corps. Il a porté plainte contre la FDA devant la cour fédérale de San Francisco au motif que leurs actions violaient son droit "à un esprit sain", droit inscrit au 9ème Amendement. Plus on faisait des recherches, plus on était confronté à des débats constitutionnels liés à la liberté individuelle”.

Le moment pour Ron

Quand Craig Borten et Melisa Wallack finirent leur nouvelle version du scénario, DALLAS BUYERS CLUB entra alors dans une étape de développement actif au sein d’un studio américain, et cela pendant dix ans. Mais rien ne se produisit. Lorsque le WGA (Writers Guild of America, le syndicat des scénaristes américains) permit aux deux scénaristes de récupérer leurs droits en 2009, ces derniers reprirent contact avec Robbie Brenner;
Craig Borten : ”A chaque fois que le projet connaissait un revirement de situation, Robbie affirmait qu’elle pouvait, elle, faire exister ce film.”

Melisa Wallack : ”On a alors considéré que le moment était venu pour elle de le promouvoir.”

Robbie Brenner envoya le scénario de Borten et Wallack à l’acteur Matthew McConaughey afin de savoir si ce Texan de naissance accepterait de jouer le rôle  d’un autre Texan.
Matthew McConaughey, après sa première lecture du scénario de DALLAS BUYERS CLUB : “C'est une grande histoire, une histoire incroyablement humaine et sans sentimentalisme. Je n’avais jamais lu de scénario qui s’attaque au sujet de cette façon.
Ron était un Américain hors normes. Il déplaçait les montagnes. Il se faisait entendre. J’ai dit que je voulais que ça se fasse, que l’histoire de Ron soit racontée.”
C’est tout ce que Robbie Brenner avait besoin d’entendre. Déterminée à faire passer le film de l’étape de développement à celle de la production, elle contacta une autre militante passionnée du projet, Rachel Winter, pour l’associer à la production.

Rachel Winter, productrice : ”Ce fut un honneur. Je devais aider à ce que cette histoire soit racontée. Ça me touchait personnellement : mon père et moi avions vécu la mort de mon oncle atteint du SIDA.
Je me suis demandé ce que j’aurais fait à la place de Ron. De quoi suis-je capable ? Aurais-je renoncé à la vie ? Aurais-je rejoint une communauté qui m’était au départ totalement étrangère ? Voilà les clefs d’une grande histoire.”

Les deux productrices cherchèrent un esprit créatif qui partagerait leurs sentiments et Robbie Brenner estima que le réalisateur canadien Jean-Marc Vallée (plusieurs fois récompensé) pouvait être la bonne personne.

Pour Robbie Brenner, Jean-Marc Vallée saurait mettre le scénario en images avec un regard personnel et de la poésie. “J’avais vu ses deux premiers films et j’étais ébahie par le fait qu’un même réalisateur ait su faire un film décalé comme C.R.A.Z.Y. et ensuite un film historique et romantique comme THE YOUNG VICTORIA. Je me suis dit que ce réalisateur était très doué.

Jean-Marc Vallée travaillait alors sur un autre film, CAFE DE FLORE, mais l’histoire de Ron Woodroof l’a bouleversé.

Jean-Marc Vallée, réalisateur : ”J’ai été très impressionné. Je suis fasciné par les personnages forts, et cette fois-ci j’ai été ému et inspiré. J’ai tout de suite adoré le scénario. Malgré ses défauts, Ron m’a touché, et je pense que le public le sera aussi.”
Dans le courant de l’année 2012, la pré-production était en chantier. Jean-Marc Vallée demanda à tous les chefs d’équipe et aux acteurs de regarder le documentaire plusieurs fois récompensé HOW TO SURVIVE A PLAGUE.

Jean-Marc Vallée : ”C’est un très bon film et une très bonne référence en la matière, présentant les organisations militantes dans les premières années du SIDA. Ces groupes étaient essentiels, avec des organisations telles que ACT UP, Project Inform, AIDS Action Council, et People With AIDS (PWA) Coalitions.”

Pour jouer aux côtés de Matthew McConaughey, Jean-Marc Vallée et les productrices voulaient des acteurs de poids, dans la mesure où ces personnages allaient avoir des échanges intenses avec Ron.

Robbie Brenner : Pour le rôle de Rayon, j’ai proposé à Jean-Marc Vallée de prendre Jared Leto. Je ne voyais que lui et n’entendais que sa voix pour incarner le personnage.”
Jean-Marc Vallée : ”Je n’ai jamais rencontré Jared Leto. J’ai rencontré Rayon et il voulait me séduire. Il était tellement habité par son personnage, jusqu’à ses vêtements.”

Jared Leto travaillait en tant que scénariste/réalisateur et chanteur/compositeur depuis cinq ans et n’envisageait pas de redevenir acteur.

L'acteur Jared Leto :  ”Tout se combinait – le rôle, le scénario, le réalisateur, Matthew jouant Ron – pour m’obliger à accepter. J’étais à fond sur d’autres choses, mais comme un ami me dit toujours : si tu veux qu’un projet aboutisse, confie-le à la personne la plus occupée de la pièce.”  Jared Leto savait que ce rôle demanderait un investissement énorme, mais c’est ce challenge qui l’a attiré.

Jared Leto : ”Je ne voulais pas m’éloigner de ce personnage, je voulais être aussi proche de lui que possible. J’ai rencontré des gens merveilleux grâce à ce rôle que j’ai eu beaucoup de plaisir à créer. Il m’a beaucoup apporté.”

Après que McConaughey lui eut parlé de ce projet, Jennifer Garner (récompensée aux Golden Globes et à l’Actors Guild) lut le scénario et accepta de jouer le rôle de l’immunologiste pleine de compassion, le Dr Eve Saks.
Pour elle, l’histoire est comme un projecteur braqué sur un moment obscur des USA, et avec du recul, cette histoire montre les progrès accomplis depuis autant qu’elle rend hommage aux personnes qui ont lutté pour ces progrès.

McConaughey est d’avis que la grâce et les qualités naturelles de Garner vont de pair avec son rôle : “Eve veut que mon personnage prenne les bonnes décisions. Il voit que c’est une personne bien, une femme qu’un homme se doit de protéger. Non pas qu’elle soit faible, mais vous savez que si elle n’a pas tort, eh bien, c’est sans doute que vous n’avez pas raison… A travers Jennifer, on reconnaît toute la compassion et la bonté d’Eve.”

Jared Leto : ”Jennifer est pleine d’empathie et très à l’écoute, et cela trouve un écho dans la tendresse qu’Eve porte à Rayon.”

L’actrice, qui est née dans le Texas et a grandi en Virginie-Occidentale, a retrouvé cette ambivalence entre deux mondes chez son personnage.

L'actrice Jennifer Garner : ”Eve doit gérer Ron, le cow-boy, et Rayon, qui est son ami. Elle fait partie du système mais veut que ses patients obtiennent les meilleurs soins possibles. Lorsqu’elle réalise qu’il y a peut-être d’autres traitements contre le SIDA, alors elle défie le système. Ses gestes de médecin deviennent ceux d’un guérisseur.” Une fois le casting et les financements validés, la production a pu se mettre au travail en novembre 2012.

Jean-Marc Vallée : ”L’histoire est belle et on se doit de la raconter. Nous sommes tous reconnaissants et chanceux de faire partie de ce projet. L’histoire de Ron va droit au coeur.”

Batailles et Business

Au début des années 80, Michael O’Neil (qui joue le rôle de Richard Barkley, un agent de la FDA) était acteur à New York. Il se souvient de la confusion et des peurs de cette époque où l’on ne comprenait pas comment le virus se contractait et où toutes sortes d’idées fausses étaient banalisées et répandues”.

L'acteur Michael O’Neil : ”Un soir, j’étais dans le métro et j’ai vu un jeune type tout droit sorti du Midwest. Il essayait de cacher ses plaies sous du maquillage. Je me suis dit qu’il était venu ici, à New York, pour pouvoir être qui il était, et qu’il n’en repartirait pas vivant.” Le mélange d’intolérance et de préjugés contre la communauté LGBT (lesbien, gay, bisexuel et transsexuel) serait l’une des raisons pour lesquelles la réaction du gouvernement américain fut si lente par rapport au V.I.H., lenteur entraînant le versement de fonds insuffisants à la recherche contre le SIDA. Le lien entre SIDA et homosexualité déclencha une violente vague d'homophobie tandis que des patients mouraient dans les tranchées de cette guerre inavouée.

Quartier après quartier, le V.I.H. et le SIDA faisaient des ravages. Habitant à l’époque à Chelsea dans New York – quartier qui n’a que récemment changé – O’Neil pense qu’il est important de ce souvenir de cette époque.
Kurt et Bart, les costumiers de DALLAS BUYERS CLUB, s’en souviennent très bien : “On a vécu cette époque et toutes ses peurs. Tant de personnes mouraient et on n’en savait si peu sur les traitements. Il y eut tellement d’efforts fourni par des gens pour sauver des vies. Trop peu de films traitent de ce sujet.
Chaque individu travaillant sur le film se sentait concerné et y participait pour une raison personnelle. Le personnage de Rayon, et le lien qu’il crée avec Ron, déclenche beaucoup de souvenirs.”

Contre vents et marées, la communauté LGBT a fait preuve d’exemplarité, combattant le virus avec ses activistes, avec ses propres recherches et avec compassion. Entré dans la bataille par un autre chemin, Ron a rallié leur cause à sa façon.
La productrice Robbie Brenner : ”Beaucoup pensaient que ça ne concernait que les homosexuels et se demandaient si ça se contractait par la voie orale ou par le toucher. Les gens avaient peur et les médecins portaient des masques par manque de connaissance. Lorsque Ron compris qu’il allait mourir d’un virus qui était le symbole de tout le contraire de sa vie, de ce en quoi il croyait, et il décida de s’instruire.”

Matthew McConaughey, durant les mois de sa préparation, fit tout ce qu’il est possible de faire pour pénétrer dans l’esprit de Ron : ”Après avoir écouté les enregistrements et fait des recherches, je pensais ne plus avoir besoin d’informations. Les entretiens de Ron ont été tellement utiles. En écoutant Ron parler après avoir vécu sept années avec le V.I.H., j’ai réalisé qu’un homme parle différemment de lui-même et de ses réalisations selon qu’il en parle de façon rétrospective ou bien s’il a encore un avenir.

Mais j’ai voulu rencontrer sa famille et ce fut décisif. Cela a été très instructif. Ce sont des gens merveilleux qui m’ont ouvert leur maison et donné accès aux archives de sa vie. Ils m’ont prêté ses carnets, d’autres enregistrements, ses journaux intimes…” McConaughey a aussitôt partagé ses découvertes avec la production, ce qui a grandement aidé le travail créatif de certaines équipes. En lisant les journaux de Ron et en écoutant ses proches parler de lui, l’admiration de McConaughey pour Ron s’est accentuée.
Matthew McConaughey : ”Au début de l’aventure, c’est une sorte de cow-boy, et à la fin, c’est un scientifique. Il avait la fibre d’un ingénieur et il l’utilisait pour son job d’électricien. Et là aussi, c'est son instinct de survie qui s'exprimait. Lorsqu’il comprend qu’il est atteint du V.I.H., il se fixe un objectif, une chose claire à réaliser : rester en vie. Tout le reste découle de cet objectif.”

La productrice Rachel Winter : « Lorsque Ron informe ses proches de sa situation, leur réaction est très blessante, mais compte tenu de la peur et de l’ignorance de l’époque, c’était la seule à attendre. Je pense que T.J., superbement interprété par Kevin Rankin, représente les vestiges de ce qu'était la vie de Ron avant.” La scénariste Melisa Wallack :
”La nouvelle vie de Ron commence lorsqu’il décide de s’instruire. Imaginez comment c’était sans internet ! Nous montrons le temps qu’il passe à la bibliothèque, à étudier des microfiches et des journaux, à lire des revues scientifiques et médicales pour saisir des informations sur une maladie que personne ne connaît. Il ne connaissait pas les agences gouvernementales, les compagnies pharmaceutiques et les médicaments, mais il a appris et il a défié tout le monde.”

Durant tout le travail d’écriture, Melisa Wallack a adoré traiter le sujet de la combativité du personnage principal : “Ron était un cow-boy bouseux qui, en fait, a tenu tête à tant de choses et tant de personnes. Il était très robuste. Peut-être que ça vient de son côté texan genre "ce n’est pas le gouvernement qui va me dicter ma vie". Tout ça l’a rendu très proactif. Au début, c’est sa survie qui le motivait, ensuite il est devenu très altruiste. Il ne s’apitoyait pas sur son sort. Il savait qu’il allait mourir, mais il comptait partir les santiags aux pieds et en se battant.”

Dans DALLAS BUYERS CLUB, lorsque Ron est lâché par le système de santé de son pays, il se tourne vers le marché noir et découvre une oasis de médicaments alternatifs à la frontière du Texas, au Mexique. Là, dans la clinique pour malades du SIDA, il rencontre un médecin expatrié, le Dr Vass (joué par Griffin Dunne). Au Mexique, Ron retrouve espoir et santé, mais aussi, il entrevoit l’opportunité d’une activité lucrative grâce à la contrebande de médicaments. Il sait qu’aux USA il pourra vendre des médicaments alternatifs aux patients en attente de traitements à des coûts abordables. Mais ses affaires vont attirer l’attention de l’agent Barkley de la FDA, qui le pistera durant des années.

Pour O’Neil, la clé de son personnage Barkley c’est que, voyant que Ron est malade, il ne veut pas jouer les méchants. Au début, Barkley ferme les yeux. Durant les interrogatoires, Barkley ne retient que ce qui l’arrange, ce que finalement tout le monde fait.
Michael O’Neil : ”Mon personnage n’est pas à condamner. Il se porte garant d’un système mis en place pour protéger les Américains. La question est de savoir en quoi ce système a été négligeant à cette époque. »

En réalisant que la contrebande de médicaments n’est en fait pas chose facile, Ron découvre que Rayon est un excellent négociateur et son lien essentiel avec cette communauté que Ron ne comprend pas et n’a pas cherché à comprendre.
Matthew McConaughey : ”Ron voit en Rayon une autre personne marginale, comme lui. Mais leur connexion n’est pas instantanée. Ron ne fonctionne pas comme ça. Ron veut vivre et réussir dans ses affaires et il voit d’abord en Rayon un bon associé pour le business. Ensuite ça devient "nous contre eux”, ou “nous contre le monde".”
Jared Leto, sur la dynamique entre les deux personnages : ”Rayon et Ron sont aux antipodes. Voilà en quoi c’est intéressant : un cow-boy et une queen. C’est un duo génial pour un scénario. Le réalisateur a donné vie à une belle écriture en filmant comment ils communiquent et se rapprochent. Etre associé à Ron donne à Rayon un sens à sa vie, une forme d’avenir.”

Alors que les affaires de Ron et Rayon sont en plein essor, le Dallas Buyers Club subit de fréquentes perquisitions de la FDA, de la DEA, la police locale, avec en jeu la confiscation de tout leur stock. De son côté, Ron demandera des ordonnances restrictives et renflouera son stock sous leur nez. Lorsque la FDA bloque les importations de certains produits en provenance de certains pays, Ron se rend dans ces pays pour aller les chercher ou trouver des produits alternatifs.

Robbie Brenner : ”La FDA était, et est encore, une agence de réglementation nécessaire pour déterminer la qualité d’un aliment ou d’un médicament. Mais cette agence réglemente aussi en faveur de très puissantes multinationales, et lorsque tant de milliards de dollars sont en jeu, les dés sont pipés. Nous étions tous très rigoureux dans nos recherches afin que le contenu du scénario soit correct et respectueux des personnes encore vivantes ou non, qui vécurent cette époque. Chaque élément du script a été validé par tous les intervenants, médecins et activistes inclus. Ron a vécu plus longtemps grâce à des médicaments alternatifs qui ralentissaient les symptômes du SIDA, mais ne pouvaient le guérir.”

Rachel Winter : ”Craig et Melisa ont trouvé le bon équilibre dans l’exactitude des faits rapportés, pas uniquement au niveau médical mais aussi au niveau juridique et des conflits entre le gouvernement et Ron. Il y a des limites à l’explication des "procédures" dans un film, ce dernier devant aussi être divertissant. Il était important de coller à la personne de Ron, c’était pour Matthew un travail passionnel.”

McConaughey pense que la façon dont Ron poussait sans cesse les limites fut un ingrédient important dans les avancées pour l’accessibilité aux traitements contre le SIDA.
Matthew McConaughey : ”Ron était un caillou dans la chaussure de la FDA, et il encourageait les clients de son Buyers Club à semer la pagaille. Ron, les défenseurs des droits des patients et les activistes se relayaient pour mettre la pression afin que les médicaments soient accessibles et surtout abordables.”

Souvent, ces ingénieux activistes et défenseurs coordonnaient leurs actions et partageaient leurs informations avec le Buyers Club. En décembre 1991, le journaliste du Chicago Tribune, Jean Latz Griffin, rapportait qu’il y avait plus d’une douzaine de clubs opérant depuis de petits bureaux, de petits magasins et des lofts, avec une clientèle d’environ 10 000 personnes à travers tous les USA. Outre le club de Ron, à cette époque les Buyers Club comprenaient le Healing Alternatives Foundation à San Francisco, la People With AIDS (PWA) Health Group à New York, et Fight for Life à Fort Lauderdale.

Au milieu des années 90, le “AIDS cocktail”, combinant plusieurs thérapies, devint un protocole de traitement autorisé pour les patients atteints du V.I.H. / SIDA. En dose réduite, l’AZT était la composante de base de ce traitement qui sauvait des vies. Cet assemblage de médicaments a sauvé et prolongé des millions de vies. Dans un “ARV cocktail”, trois médicaments attaquent chacun des éléments différents de la réplication virale, et donc réduisent considérablement les effets du V.I.H. La lutte pour trouver un remède est encore d’actualité, comme l’est la lutte pour offrir une thérapie aux patients dans le besoin. Des dizaines de milliers de personnes atteintes du H.I.V. aux USA, et des millions dans le monde entier, sont dénuées d’information ou de traitement.

Jennifer Garner : ”Tous les progrès accomplis résultent de gens qui se sacrifient ou se sont sacrifiés. Je n’arrive toujours pas à imaginer ce que ça a dû être de perdre tant d’amis à cette époque.”

A fond dans le personnage

Depuis leur première rencontre à New York pour discuter de DALLAS BUYERS CLUB, Matthew McConaughey et Jean-Marc Vallée partagent une même vision. L’acteur du Texas et le réalisateur de Montréal sont déterminés à ce que l’histoire de Ron reste authentique et qu’elle inspire autant que l’homme qui l’a vécue.

Matthew McConaughey : ”En tant qu’acteur, la première chose que j’essaie de faire est de me mettre au service du texte. Le scénario de Craig Borten et Melisa Wallack permet de cerner le vrai Ron et d’investir son personnage à 100%, mais il montre aussi tout ce que Ron n’est pas. Jean-Marc Vallée et moi savions que nous avions une histoire folle et sauvage, une histoire rock’n’roll avec du coeur et de l’humour, une histoire avec des rencontres très inattendues qu'il ne fallait pas négliger. Pour nous, si ça restait humain, ça allait marcher.”

Jean-Marc Vallée : ”Dans chaque film, j’essaie de saisir la réalité, d’être honnête et j’essaie de créer des instants authentiques et vrais à l’écran. Avec les acteurs, j’explore le contenu émotionnel de chaque scène et j’essaie de trouver le tempo correspondant le mieux au travail. Pour ce projet, ce fut un feu d’artifices d’émotions.”

Pour McConaughey, l’esprit d’équipe et les idées claires de Jean-Marc Vallée lui correspondent bien. “Quand on fait un film, c’est la partie architecturale, comment un film se construit, que je préfère. Dès nos premières conversations, j’ai compris que Jean-Marc Vallée savait écouter. Je crois qu’il ne m’a jamais interrompu, et je peux parler pendant des heures ! Nous partagions la même approche et la même compréhension des choses qui rendraient le film meilleur, des choses qui marcheraient. Dès le début, lorsque nous devions faire des choix, nous prenions la même décision sans même nous consulter.”
Jean-Marc Vallée a été impressionné par l’investissement de McConaughey. “C’est un professionnel qui travaille dur. C’est un excellent élève qui fait ses devoirs. J’ai rarement vu un acteur se préparer et travailler comme il l’a fait. Sa copie du scénario était couverte de notes. Il questionnait toujours la narration et son personnage pour être certain que ça fonctionne. Matthew est né et a grandi juste en dehors de Dallas, donc il connaît la culture et l’histoire qui ont façonné Ron Woodroof.”

Matthew McConaughey : ”Je sais que mon personnage est un salopard de bougon avec un sens de l’humour démoniaque. C’est un type facilement détestable mais qu’on ne peut pas s’empêcher d’aimer. Lorsqu’une personne est authentique, tu l’acceptes comme elle est et tu t’attaches à elle. En travaillant mon rôle, je n’ai jamais oublié que mon personnage est d’abord un homme d’affaires dont l’unique souci est sa survie. Ce n’est que plus tard qu’il devient un militant pour une cause, et cela sans s’en rendre compte. Il a aidé tant de personnes. Que ce soit par générosité ou par égoïsme, il l’a fait.”
La productrice Rachel Winter a observé comment McConaughey a tout fait pour que Ron existe entièrement. “Il a travaillé dur avec nous, avec Craig Borten et Melisa Wallack, pour que la personnalité, la voix et les tripes de Ron pénètrent le scénario. Ron parlait vite, c’était un magouilleur et un bagarreur. Matthew s’est assuré que tous ces traits de caractère figurent dans les dialogues et dans sa façon de parler et qu’ils soient présents dans toute l’interprétation.”

Jean-Marc Vallée : ”Pour avoir étudié les enregistrements originaux et les écrits de Ron, je peux dire que Matthew est presque devenu son double parfait. Sur toute la durée de travail que ce film a demandée, Matthew s’est transformé en un autre.”

Jennifer Garner : ”J’admire ce qu’a fait Matthew, et pas seulement au niveau du sacrifice physique, ça va au-delà. Cela exige une intense quête de vérité. Il connaissait son personnage par coeur, il le démontait puis le reconstruisait. Chaque jour, il mettait ses émotions en jeu.”

Durant son travail de préparation pour le rôle de l'immunologiste Dr Eve Saks, l’actrice s’est entretenue avec différents médecins et a beaucoup lu. Cependant elle dit que c’est par Matthew McConaughey qu’elle a le plus appris sur cette période, les médicaments et leurs effets sur les patients.

Rachel Winter : ”Matthew s’est plus qu’investi pour raconter cette histoire. Le poids qu’il a perdu et les recherches qu’il a faites montrent à quel point il s’est dévoué au Dallas Buyers Club. Je pense que le public va oublier qu’il regarde Matthew McConaughey et ne verra que Ron Woodroof.”

La productrice Robbie Brenner : ”Il s’est métamorphosé en Ron. Quand j’ai vu les essais de coiffure et de maquillage, j’en ai eu des frissons.”

De toutes ses recherches, Matthew McConaughey estime que ce sont les journaux intimes de Ron qui lui ont offert les meilleures indications pour comprendre comment un électricien fan de rodéo a pu trouver le courage et la ténacité de devenir un expert engagé dans la lutte contre le SIDA. Ron a tenu un journal dès qu’il a commencé à avoir divers petits boulots.

Matthew McConaughey : “Tout y était méticuleusement noté : …mercredi, j’ai dépensé 12$ en essence, je dois encore 3$ à Mme Rosa…etc. Il racontait son travail de la semaine et finalement réalisait qu’il avait travaillé moins que ce qu’il espérait, mais il restait optimiste. Il se levait tous les jours à 6h du matin et se comportait comme s’il avait un emploi à plein temps. Chaque matin, il était prêt à travailler, puis il s’asseyait et attendait. Son bipeur ne bipait pas, son téléphone ne sonnait pas, mais il était sur le pied de guerre. Ensuite venaient deux pages de gribouillages qui devaient correspondre aux moments où il devait glander chez lui à rien faire sinon se défoncer et rêver d’une vie meilleure. J’ai réalisé qu’il avait du mal à aller jusqu’au bout des choses. Que ce soit dans ses relations sentimentales ou dans ses projets d’inventions. Il était créatif et avait des idées très concrètes. Sa famille et ses amis lui disaient de déposer des brevets. Mais il faisait un prototype et passait à autre chose sans avoir déposé de brevet. Il aurait pu, mais ne l’a jamais fait. Il n’allait pas au bout des choses qu’il entreprenait. Puis finalement, avec le SIDA, il a mené un projet jusqu’à son terme : sa survie.” Matthew McConaughey a vécu une totale métamorphose physique pour jouer le rôle d’un homme frêle, amaigri et mourant. “Jean-Marc et moi en avions parlé très tôt. Il ne voyait pas comment j’allais réussir à perdre tout ce poids. Je lui ai dit de ne pas s’inquiéter pour ça, que c’était mon boulot.” Ce travail-là a commencé quatre mois avant le tournage. Dans un premier temps Matthew McConaughey estimait que perdre du poids demanderait 50% de régime et 50% d’exercice. Rassuré, il s’est aperçu que c’était plutôt 98% de régime et 2% d’exercice, même si la diète a été très extrême. La dernière phase du régime lui permettait de ne pas perdre de la masse musculaire tout en atteignant le poids fixe.

Matthew McConaughey : “Le plus dur était de passer certaines étapes du régime. Quand j’ai réussi à atteindre les 80 kilos, je suis rapidement descendu à 77kg. Puis ça a été dur d’atteindre les 75kg, mais une fois passée cette étape, atteindre les 72kg a été facile, et ainsi de suite… Mais ça demande une certaine force mentale. J’avais toujours faim. Il fallait sans cesse que j’étouffe mes envies. On réalise à quel point la nourriture prend de la place. J’ai mangé beaucoup de glaçons....”

Sous suivi médical, Matthew McConaughey a perdu plus de 20kg pour jouer Ron, pour atteindre 65kg, et même 60kg pour les scènes à l’hôpital.

“C’était une aventure merveilleuse, spirituellement et intellectuellement, qui a non seulement amélioré mon jeu mais aussi ma vie. Je lisais plus. J’écrivais plus. Mon esprit s’est aiguisé. Je dormais moins : trois heures en moins chaque nuit. J’ai beaucoup appris sur le discernement et le choix, et sur les choses qu’on tient pour acquises.” Après le tournage, on a conseillé à l’acteur d’être prudent dans sa reprise de poids après s’être habitué à manger si peu.

Matthew McConaughey : “Ça a été la partie la plus dangereuse de mon travail. On ne peut pas juste se remettre à manger des sucreries et des hamburgers. Le corps et les organes ne le supporteraient pas. Depuis le tournage, je continue à manger sainement, en augmentant ma dose de protéines en fonction du poids que je prends, et en prenant mon temps pour intégrer de l’exercice physique dans le processus. Ces mois de perte de poids sont à l’image de ce que je voulais de mon engagement dans le rôle de Ron. J’ai obtenu ce que je voulais, et d’avantage encore.”

Dans la même veine que McConaughey, Jared Leto sait ce que ça fait de changer de poids pour un rôle. Avec seulement trois semaines de préparation, Jared Leto a jeûné pour atteindre la silhouette squelettique de Rayon dont le corps subit non seulement les effets du SIDA mais aussi ceux de la drogue. Lorsque le tournage a débuté, Jared Leto pesait 52kg.

L’acteur explique qu’il voulait simplement jouer son personnage le mieux possible. Plusieurs fois Jared Leto a transformé son corps pour des rôles : en maigrissant pour devenir un véritable athlète dans l’histoire vraie de Steve PREFONTAINE, en perdant une dizaine de kilos pour REQUIEM FOR A DREAM, en prenant plus de 25kg pour CHAPTER 27. Il s’est juré de ne jamais revivre le gain de poids.

 “Prendre du poids est pire que d’en perdre. C’est affreux. Ce qu’on fait subir à notre corps est bien plus toxique, surtout quand on ne mange pas très équilibré.” Au contraire, pour DALLAS BUYERS CLUB, Jared Leto était confiant dans sa méthode très rigoureuse d’amaigrissement.

Jared Leto : ”Dans l’histoire de l’humanité, le jeûne tient une place importante dans la spiritualité. Je ne pense pas que ce soit forcément mauvais. Tout dépend de la durée du jeûne, comment on le fait, et comment on s’y prépare. On perd de la masse musculaire, pas seulement du gras. J’ai bu beaucoup et vraiment mangé très peu. C’est ce qu’il fallait faire pour ce rôle. La transformation corporelle vous affecte de toutes les manières, y compris émotionnellement. Elle affecte votre énergie. Elle affecte votre voix et votre apparence, votre manière de bouger et de vous tenir. Et puis l’enjeu était monté d’un cran. En voyant Matthew et le dévouement avec lequel il a investi son personnage et l’histoire, vous travaillez encore plus dur à tous les niveaux pour faire des choix radicaux. Nous nous sommes tous surpassés.”

Matthew McConaughey : ”Certaines personnes n’auraient pas forcément supporté que Jared soit dans son personnage en permanence. Tant pis pour eux. Ça a été bénéfique pour lui et pour moi. N’importe quel acteur aurait pu jouer son rôle de façon caricaturale, mais Jared a fait en sorte que l’excentricité de Rayon soit authentique. Jared s’est concentré sur l’humain, ce qui a facilité le jeu avec lui et le rendait plus sincère.”
Rachel Winter : ”Le coeur du film est la relation entre Ron et Rayon. L’alchimie qui s’est opérée entre Jared et Matthew rappelait un MIDNIGHT COWBOY qu’on aurait mixé avec du BUTCH CASSIDY AND THE SUNDANCE KID. Il y a une connexion entre ces deux acteurs qui crève l’écran.”

Au Dallas Buyers Club, la communauté LGBT était bien représentée tant du côté staff que du côté clientèle, mais aussi parmi les associés. Cependant, comme le rappelle la scénariste Melisa Wallack : “Le Texas des années 80 devait être l’un des pires endroits où se trouver lorsque vous étiez homosexuel ou transsexuel, et pire encore si vous étiez atteint du SIDA. ”

A travers Rayon, nous voulions montrer un personnage déchiré entre le désir de vivre et celui de mourir. Ron ne connaissait pas ce dilemme, il était déterminé à vivre.”
Dans la mesure où il avait de la latitude pour jouer ce rôle, Jean-Marc Vallée félicite l’instinct de Jared Leto : “Jared a présenté quelque chose de très précis. Je visualisais Rayon comme un combo de rock glamour, du mec gay sexy et féminin. Mais Jared est allé à fond dans le côté féminin.”

Jared Leto : ”J’ai fait sortir mon côté féminin, parce que c’est un ingrédient fort du personnage. Au niveau émotionnel, il était important pour moi d’étudier ce que cela voulait dire être une femme transsexuelle, de comprendre ce point de vue et cette appréhension de la vie. Sans vouloir faire de mauvais jeu de mots, Rayon est une source de lumière. Elle veut être aimée et veut aimer les autres. Elle veut s’occuper des autres avec humour et gentillesse. Elle veut être stimulée. Je pense qu’elle est une âme d’espoir, de joie et d’optimisme.”

Jennifer Garner : ”Jean-Marc Vallée, Jared et moi-même avons discuté du passé qui lie Eve et Rayon. Nos personnages se connaissent depuis longtemps, bien avant l’arrivée de Ron dans leurs vies. Rayon a toujours apporté de la frivolité dans la vie très sérieuse d’Eve. Elle a toujours été sa protectrice, et encore plus à ce moment-là.”

Jared Leto : ”Rayon appelle le Dr Saks : Evie. Ils étaient amis au collège et au lycée jusqu’à ce que Rayon goûte à un tas de trucs et quitte l’école. Ils se sont miraculeusement retrouvés lorsque Rayon a été diagnostiqué positif. Eve est la personne qui prend soin de Rayon.”

Jennifer Garner : ”Comme Matthew, Jared s’est entièrement métamorphosé pour ce rôle. Il était habité par la fragilité de Rayon, il était papillon, il inspirait une belle et délicate façon d'être. Ce fut un privilège d’être sur un plateau avec ces deux acteurs.” Pour Jean-Marc Vallée, avoir deux acteurs physiquement transformés et entièrement investis dans leurs rôles voulait dire qu’en tant que réalisateur il avait plus de liberté pour laisser surgir la force narrative des émotions et laisser le jeu des acteurs guider les scènes. “Nous pouvions faire confiance à ce qui était écrit et juste laisser la caméra filmer Jared et Matthew.”

Michael O’Neil se souvient de ne pas avoir reconnu Matthew, et en voyant Jared de s’être dit que "cette fille était mignonne".

Michael O’Neil : “Ils vivaient dans leurs personnages. Je suis heureux d’avoir fait partie de ce travail, d'avoir joué face à eux un rôle qui leur mettait la pression alors qu’ils incarnaient la résistance de l’esprit humain. Mais je ne voulais pas que Barkley soit un agent sans coeur. Jean-Marc Vallée s’est assuré que ce rôle ne soit pas déshumanisé, ce qui me donnait plus de pistes.”

L’acteur pouvait mesurer l’évolution de son personnage dans la mesure où il évoluait avec Ron Woodroof.

Michael O’Neil : ”A chaque fois qu’ils se rencontrent, Ron est monté d’un cran dans son activisme, donc Barkley doit se montrer à chaque fois un plus dur envers un type qui est de plus en plus malade. Il voit que cet homme souffre, mais il doit aussi accomplir son devoir professionnel.”

Le Dr Eve Saks se retrouve également déchirée entre son devoir professionnel et sa compassion personnelle. Pour McConaughey, Jennifer Garner joue un rôle très difficile : “Le Dr Eve a très peu de marge. Elle doit écouter, analyser, puis décider quoi faire avec des informations dont les sources sont très différentes, même au sein du milieu médical.”
Eve n’est pas que le médecin de Ron et Rayon, mais aussi leur lien avec un monde scientifique et médical en pleine crise alors qu’une pandémie sévit.

Jennifer Garner : ”Tout le monde émettait des idées très incertaines dans l’espoir de trouver un traitement. Les gens faisaient de leur mieux pour tenter de comprendre ce terrifiant virus. Je ne pense pas qu’il y ait eu des gens sans coeur, mais il est censé y avoir un équilibre entre le business et la médecine.”

Dès le début et très fréquemment, Ron débat avec l’immunologiste.
McConaughey : ”Ron débarque et chamboule tout en déclarant avoir trouvé de nouvelles façons de faire, ce qu’Eve a du mal à accepter.”

Jennifer Garner : ”Par son évolution, Ron devient plus qu’un patient pour elle. Il devient quelqu’un qu’elle ne peut pas s’empêcher de respecter.”

Une lumineuse façon de filmer

Faire un film avec 25 jours de tournage nécessite que tous les intervenants s’adaptent au planning. Pour le réalisateur de DALLAS BUYERS CLUB, Jean-Marc Vallée, ce fut l’opportunité d’exploiter chaque minute du tournage d’une façon que peu avaient anticipée : il n’allait pas utiliser d'éclairages artificiels. Jean-Marc Vallée avait déjà réduit l’utilisation des éclairages artificiels pour CAFE DE FLORE qui a été entièrement tourné caméra à l’épaule avec la caméra digitale RED. Pour cette production, la moitié des scènes ont été filmées avec des éclairages artificiels et l’autre, sans.

Jean-Marc Vallée : “J’avais enfin l’opportunité de tourner un film entier sans éclairage artificiel et en utilisant la caméra digitale Alexa. Comme la RED, la caméra Alexa offre un large éventail de couleurs et d’ombres même lorsqu’il y a très peu de lumière naturelle. Pour moi, c’était le bon choix pour ce projet. Ce que l’on voit, ce que l’on ressent, donne l’impression qu’on a filmé la réalité. Même si DALLAS BUYERS CLUB n’est pas un documentaire ni dans le fond ni dans la forme, on y a mis cette subtile texture. On a tourné tout le film caméra à l’épaule avec deux objectifs, un de 35mm et un de 50mm. Ils permettent d’être proche des acteurs sans que l’image soit déformée. Pour chaque scène, le chef opérateur, Yves Bélanger, réglait la vitesse de la caméra à 400 ou 1600 ASA, jouant avec différentes balances de couleurs.” Le chef décorateur John Paino (nominé aux Emmy Award) plaçait des lampes supplémentaires en cohérence avec chaque scène et créait de la lumière.

Yves Bélanger : ”Pour les publicités sur lesquelles Jean-Marc et moi avions travaillé, nous avions mis au point un style qui permettait d’utilisait les lumières existantes. Donc DALLAS BUYERS CLUB résulte de cette expérience. Pour ce film, nous n’avons pas non plus utilisé de pied de caméra ni de caméra dolly.”

Rachel Winter, productrice : ”Lorsque Robbie Brenner et moi avons entendu que Jean-Marc ne comptait pas utiliser d’éclairages artificiels, nous étions perplexes. Mais en fait, ça embellit et enrichit la narration. Cela donne aussi un autre rythme. Nous avons obtenu quelque chose de singulier sous la direction de Jean-Marc Vallée et l’objectif de Yves Bélanger.”

A partir du documentaire HOW TO SURVIVE A PLAGUE, chaque photo, chaque flyer, chaque archive des manifestions, avaient été scrutés. La revue gay The Dallas Voice fut une source riche d’informations.

Jared Leto : ”Toutes les équipes – costume, coiffure, maquillage – ont réalisé un travail exceptionnel et nous ont aidé à donner vie à nos personnages.” Les costumiers Kurt et Bart : Sachant que le personnage avait beaucoup de goût mais peu de moyens, on se rendait dans des boutiques vintage pour trouver sa garde-robe. Chaque jour on communiquait avec Jared parce qu’il repérait des fringues qu’il pensait être parfaites pour Rayon. Et il avait raison.”

Rachel Winter : ”La référence centrale pour Rayon est le glam-rock des années 70 à la Marc Bolan. Ce que Kurt et Bart ont façonné pour Jared est somptueux. Sur le plateau, les femmes disaient à Rayon de ne pas se tenir à côté d’elles, tellement il était beau.” En amont de la production, Kurt et Bart se sont rendus au Lesbian, Gay, Bisexual & Transgender Community Center à New York et à la New York Public Library pour consulter leurs fascinantes archives concernant les looks de l’époque, notamment les badges de slogans politiques que les gens portaient. L’équipe des costumes a fait le tour des boutiques de fripes pour dégoter des classiques des années 80 : ensembles en polyester, ceinturons, jeans taille haute, vestes à épaulettes…

Jennifer Garner s’en est amusée. “Porter ces jeans au-dessus des hanches… C’est drôle comme les vêtements peuvent faire ressurgir le passé. En jouant Eve, j’ai porté les mêmes vêtements que ma mère portait à l’époque. J’ai feuilleté une copie du Time présente dans le décor d'une des scènes. Ma famille a toujours acheté le Time et je me suis rappelé avoir lu ce numéro. Les objets, les vêtements, les coiffures vous propulsent dans le passé et vous mettent en condition.” Avec un planning serré et ce style de tournage particulier, les décors intérieurs et extérieurs devaient être montés de façon à ce que le réalisateur et les acteurs puissent se déplacer librement. Tout sur le plateau devait être anticipé et en place pour le tournage. Les intérieurs étaient toujours prêts à 100%. Pour DALLAS BUYERS CLUB, le parti-pris de l’éclairage naturel nécessitait moins de matériel et il y avait moins de personnes sur le plateau. Tout ce qui ne figurait pas dans la scène se tenait en dehors, dans une autre pièce, ou au coin de la rue. Le temps gagné par l’absence d’éclairages artificiels à installer et la réduction des interventions pour le maquillage et les costumes ont changé la dynamique de travail pour toutes les équipes. A la différence d’un plateau de tournage traditionnel, c’était d’avantage comme du théâtre où les acteurs évoluent au sein d’un univers préétabli.

Matthew McConaughey : ”Les seules fois où nous avons perdu du temps c’est lorsque Jared et moi jouions au même moment. Comme nos maquillages étaient conséquents, nous devions partager les interventions du maquilleur Robin Mattews. On entendait : "Prêt à tourner dans 5 minutes" alors qu’on était au beau milieu d’un gros chantier de maquillage où on devait passer du "style malade" au "style bienportant". Mais ce fut une expérience incroyable.”

Jean-Marc Vallée est allé chercher son inspiration chez John Cassavetes. “Je voulais essayer d’atteindre quelque chose qui a à voir avec les vrais moments d’intimité. Cassavetes allait partout avec sa caméra, il suivait les acteurs, et cela se passait devant vous. Même les prises floues étaient gardées.”

Le montage de DALLAS BUYERS CLUB a été fait par le réalisateur et le monteur Martin Pensa, qui a approfondi sa collaboration avec Jean-Marc Vallée entamée sur CAFE DE FLORE.

S’inspirant de la manière de travailler de Cassavetes, Jean-Marc Vallée encourageait ses acteurs à se déplacer avec liberté et spontanéité, ce qui est difficile dans les tournages traditionnels où le plateau et le cadrage sont plus rigides et les scènes très chorégraphiées.
Matthew McConaughey : “Il ne lâchait pas la caméra. Il entrait dans une pièce et il disait "on s’écarte et on entre encore une fois. Allez !"

Jared Leto : ”Je souhaite à tous les acteurs de vivre une telle expérience, avec une caméra qui tourne sans cesse. Ça vit en permanence, et alors vous vous oubliez.”

Matthew McConaughey : ”J’aimerais que ce soit comme ça à chaque fois. Vous avez le scénario dans la tête, la caméra tourne et c’est parti. Le travail est accompli chaque jour. On est plus dans des moments de vie que dans du jeu d’acteur. Il m’a semblé que c’était une nouvelle façon de faire du cinéma. J’étais impressionné par la manière dont Jean-Marc préparait les scènes en se concentrant sur ce qui était le meilleur pour le personnage et l’acteur. Il a confiance en lui-même mais son ego ne l’empêche pas de choisir la meilleure idée. Si on lui proposait une idée meilleure que la sienne, il pouvait dire : ce n’est pas du tout ce que j’avais en tête, mais j’aime cette idée, je la prends.”

Ron Woodroff a appris que savoir ce qu’on veut est la première étape pour l’obtenir.
Il savait qu’il voulait vivre et a atteint son objectif au-delà de tout espoir.

En 1992, le scénariste Craig Borten lui a demandé ce qu’il ressentait en se disant que son histoire deviendrait peut-être un film. Ron a répondu : “J’aimerais beaucoup qu’il existe un film sur moi. J’aimerais partager tout ce que je sais avec les gens, et j’aimerais que les gens sachent ce que moi j’ai dû apprendre tout seul à propos du gouvernement, des agences pharmaceutiques et du SIDA. J’aimerais me dire que, finalement, tout ça a servi à quelque chose. "


Autre post du blog lié à DALLAS BUYERS CLUB : http://epixod.blogspot.fr/2013/12/back-to-future_398.html

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