vendredi 20 septembre 2013

Back to the future





Un film de Jean Cocteau
Avec
Jean MARAIS
Josette DAY
Marcel ANDRÉ

De nouveau en salles le 25 SEPTEMBRE 2013


Résumé : Il était une fois une jeune fille d’une grande beauté appelée Belle. Son père, un marchand ruiné, s’égare un soir dans la forêt et prend refuge dans un château lugubre. Le lendemain, le marchand cueille une rose dans le parc du château pour la rapporter à Belle. Mais il se fait surprendre par le maître des lieux, une Bête à l’aspect mi-humain mi-animal, qui le condamne à mort pour son geste. Belle renonce à sa liberté et accepte de vivre avec la Bête pour épargner son père. Elle va alors découvrir, au-delà de l’aspect terrifiant de la Bête, une âme pure dont elle tombe peu à peu amoureuse…

Film Annonce de LA BELLE ET LA BETE (de Jean Cocteau) restauré


Ce que j'en ai pensé : J'ai eu la chance de découvrir ce film au cinéma cette semaine. J'avais déjà vu ce classique des dizaines de fois dans mon enfance mais jamais sur grand écran. Quel plaisir, quel bonheur! C'est toujours aussi magique.
Dès le début, le réalisateur, Jean Cocteau, demande à l'audience de retrouver son cœur d'enfant afin de pouvoir profiter de ce conte de fées. C'est tellement féerique et poétique, impossible de résister. On se laisse porter par les ombres et lumières, les costumes magnifiques, la mise en scène onirique, les décors merveilleux.



J'ai redécouvert les effets spéciaux qui sont absolument fabuleux. Sans oublier le masque de la Bête qui est vraiment splendide. Jean Marais est extrêmement touchant lorsqu'il joue ce rôle.


Il faut savoir que le film a été tourné entre le 26 août 1945 et le 11 janvier 1946, juste après la seconde guerre mondiale. La pénurie rendait tout plus difficile et cela a influencé le tournage. Mais peu importe, Jean Cocteau, fort heureusement, a tenu bon et à surmonter toutes les épreuves logistiques pour nous offrir ce chef-d'oeuvre. Je vous conseille de lire les notes de production ajoutées en bas de ce post (que vous ayez déjà vu le film ou non). Elles donnent une excellente idée de l'ambiance de l'époque et de l'état d'esprit du réalisateur. Elles informent également sur la restauration du film.

Jean Cocteau décrit de nombreux thèmes dans LA BELLE ET LA BÊTE. La famille et sa dynamique. L'amour bien sûr, filial mais aussi celui qui est refusé, impossible, désiré.
La tolérance et le bon cœur de Belle, interprétée par Josette Day, me touche à chaque fois. C'est une leçon sur la façon de regarder le monde, sur ce que les apparences peuvent cacher.

N'hésitez pas à aller découvrir ce film ou à le revoir. C'est un classique, il a un côté un peu désuet. Mais il est attachant et la géniale inventivité de son réalisateur se retrouve dans chaque scène. Nous n'avons pas si souvent l'opportunité de revoir un film en noir et blanc sur grand écran. C'est l'occasion de se faire plaisir!


Exposition Jean Cocteau à la Cinémathèque Française 

Le film de Jean Cocteau a été restauré par SNC (Groupe M6), en collaboration avec la Cinémathèque Française, le fond culturel Franco-Américain et le comité Cocteau. Il sera distribué en salles par SND (Groupe M6) dès le 25 septembre, en parallèle d’une rétrospective et d’une exposition à la Cinémathèque Française consacrées à l’œuvre de Jean Cocteau.

« Sur simple présentation de votre ticket d’entrée acheté pour revoir LA BELLE ET LA BETE de Jean Cocteau en salles, bénéficiez d’une entrée gratuite à l’Exposition « Jean Cocteau et le cinématographe » au Musée du Cinéma de La Cinémathèque française !

Le chef d’œuvre de Jean Cocteau, LA BELLE ET LA BETE, ressortira en salles le 25 septembre prochain dans toute la France, dans un magnifique version restaurée (4K).  Les cinéphiles auront ainsi la possibilité de redécouvrir ce chef-d’œuvre de Jean Cocteau dans une version jamais vue au cinéma ! Les parents auront ainsi également la possibilité de faire découvrir à leurs enfants ce conte intemporel qui suscite toujours autant d’émerveillement, de peur ou de ravissement auprès du jeune public.

Sur simple présentation de leur ticket d’entrée acheté pour revoir le film, les spectateurs bénéficieront en outre d’une entrée gratuite à l’exposition « Cocteau et le cinéma » à la Cinémathèque française. Gardez votre ticket !

« LA BELLE ET LA BÊTE » est distribué au cinéma par SND (groupe M6).

L’exposition « Jean Cocteau et le cinématographe » présentée au Musée du Cinéma du 2 octobre 2013 au 9 février 2014  est l’occasion de montrer des fonds collectés par La Cinémathèque française et de rendre hommage à la générosité de ses donateurs. Elle dévoile affiches, scénarios, correspondances, ouvrages précieux, dessins, photographies de plateau et de tournage, ou encore des costumes et  objets, dont le célèbre costume d’homme-cheval imagine par Cocteau pour Le Testament d’Orphée et la robe dessinée par Marcel Escoffier pour La Belle et la Bête. Les collections témoignent aussi des activités de critique de Cocteau, et de son implication dans diverses manifestations d’importance, notamment le Festival de Cannes dont il fut à plusieurs reprises Président du jury avant d’en être nommé Président d’honneur.


Avez-vous remarqué dans la rue ces affiches… d’il y a 67 ans ?

Le magnifique film de Jean Cocteau, LA BELLE ET LA BÊTE, ressort en salles.

A cette occasion, une étonnante campagne d’affichage est en place : elle reprend à l’identique les deux affiches d’origines du film, datant de 1946, et signées de l’affichiste Jean-Denis Malclès. Ainsi, le public aura-t-il l’occasion de croiser jusqu’à la ressortie du film, les mêmes affiches que celles qu’il aurait pu voir dans Paris il y a exactement 67 ans!

Ces différentes affiches seront visibles dans le métro, dans les gares et dans la rue, sur des colonnes Morris, des kiosques ou du mobilier 8m2.

Cette opération originale a été rendue possible grâce au soutien de JCDecaux, Media Transports Métro et Gares, CBS Outdoor et Médiakiosk.




Notes de production

La Belle et la Bête - 1946


« Après un an de préparatifs et d’obstacles, voilà le moment venu de prendre corps à corps un rêve. Le problème, outre les innombrables pièges creusés entre ce rêve et l’appareil, consiste à tourner un film dans les limites imposées par une époque d’économie. C’est peut-être le moyen d’exciter l’imagination qui s’endort assez vite au contact de la richesse. (…) Ma méthode est simple : ne pas me mêler de poésie. Elle doit venir d’elle-même. Son seul nom prononcé bas l’effarouche. J’essaie de construire une table. A vous, ensuite, d’y manger, de l’interroger ou de faire du feu avec. »
Jean Cocteau, La Belle et la Bête, Journal d’un film, Janin, 1946

La Presse de l’époque
« La Belle et la Bête est d’abord l’acte de fidélité d’un homme mûr qui se souvient d’un enfant de dix ans. »
François Chalais, Carrefour, 7 novembre 1946
« Une magistrale utilisation de la lumière a permis de transformer un grand nombre de ses vues en tableaux de maître d’une grande beauté ».
Jean-Jacques Gautier, Le Figaro, 31 octobre 1946
« La Belle et la Bête contient assez de beautés pour justifier tous les enthousiasmes. Les énumérer est inutile puisque vous verrez tous une œuvre qui ne peut se comparer à nulle autre. » Georges Charensol, Les Nouvelles Littéraires, 7 novembre 1946

Fiche technique
Réalisateur : Jean Cocteau
Producteur : André Paulvé
Distributeur : Discina
Scénario et dialogues : Jean Cocteau
Auteur adapté : Jeanne-Marie Leprince de Beaumont
Directeur de la photographie : Henri Alekan
Musique : Georges Auric
Décors : Christian Bérard
Costumes : Marcel Escoffier, réalisation Pierre Cardin
Caméraman : Henri Tiquet
Conseiller technique : René Clément
Montage : Claude Ibéria
Son : Jacques Lebreton, Jacques Carrères
Laboratoire : G.M. Film
Longueur : 2 553 mètres
Durée : 94 mn
Format image : 1 : 37

L’Interprétation

Photographie de plateau de LA BELLE ET LA BETE © 1946 SNC (Groupe M6) / Comité Jean Cocteau. 
Crédit photo : © G.R. Aldo (collection Cinémathèque française)

Josette Day            Belle
Jean Marais            Avenant, La Bête, Le Prince
Marcel André          Le Père
Michel Auclair        Ludovic
Mila Parely             Adélaïde
Nane Germon         Felicie
Raoul Marco           Un marchand
Jean Cocteau         La voix

« L’interprétation est excellente. Josette Day est fort jolie et parle bien. Mila Parely et Nane Germon traduisent avec esprit le rôle des deux sœurs exécrables. Marcel André est un honnête père de conte de fées. Mais c’est Jean Marais, sans conteste, qui domine la situation. Il n’a jamais été plus poignant que dans le rôle de la Bête. »
Henri Troyat, Cavalcade, 14 novembre 1946

Le Tournage

Photographie de tournage à Rochecorhon, LA BELLE ET LA BETE © 1946 SNC (Groupe M6) / Comité Jean Cocteau. 
Crédit Photo : © Henri Alekan (collection Cinémathèque française)

Le tournage s’est déroulé entre le 26 août 1945 et le 11 janvier 1946. Les scènes extérieures ont été filmées à Rochecorbon (Indre et Loire) et au Château de Raray (Oise). Le tournage en studio a été  effectué à Epinay-sur Seine (Eclair) et à Saint-Maurice (Franstudio).

Sortie en salle
Le film sort à Paris le 29 octobre 1946 après avoir été présenté au premier Festival de Cannes en septembre.
Le Film reçoit le prix Louis Delluc en décembre 1946.

Résumé
Il était une fois, une jeune fille, Belle, qui était bonne et affectueuse. Son père étant tombé au pouvoir de la « Bête », un monstre doté d'un pouvoir magique, elle s'offrit comme otage. Et, peu à peu, elle se prit de pitié, de compréhension, puis d'amour pour le monstre qui devint le Prince Charmant.

A propos du film

A la recherche de la lumière de Vermeer, LA BELLE ET LA BETE © 1946 SNC (Groupe M6) / Comité Jean Cocteau. 
Crédit Photo : © Henri Alekan (collection Cinémathèque française)

L’approche poétique et les novations visuelles de Cocteau sont soulignées dès le générique dans un clin d’œil à l'enfance : les comédiens et autres collaborateurs l’écrivent sous nos yeux à la craie sur un tableau noir.
"L’étonnante publicité faite à l’avance autour de ce film vient certes moins de nous (je veux dire de la curiosité que suscitent nos entreprises) que de cette Bête et de cette Belle dont s’excitait notre enfance. Il reste heureusement de l’enfance dans ce public blasé. C’est cette enfance qu’il faut atteindre. C’est la réserve incrédule des grandes personnes qu’il faut vaincre." (Jean Cocteau, La Belle et la Bête, Journal d’un Film).
Au plan esthétique, il est difficile de trouver un film visuellement plus réfléchi par son réalisateur et son équipe technique. Outre les recherches poétiques de Cocteau, le réalisateur exprime son désir de transposer l'univers visuel de Vermeer et de Gustave Doré au cinéma. Cocteau dit ainsi du décor créé par Christian Bérard : "Par miracle il est arrivé à nouer ensemble le style de Vermeer et celui des illustrations de Gustave Doré dans le grand livre à couverture rouge et or des contes de Perrault".
Cocteau a laissé nombre d’indices sur ses intentions artistiques et cinématographiques dans son Journal de la Belle et la Bête : "Rien ne me semble plus morne que l’unité photographique d’un film, unité que les spécialistes prennent pour le style. Un film doit distraire l’œil par des contrastes, par des effets qui ne cherchent pas à copier ceux de la nature, mais à trouver cette vérité que Goethe oppose à la réalité."

L’histoire est une opposition entre le réel (la vie dure de la famille de la Belle sous l’influence visuelle de Vermeer) et le merveilleux (le château de la Bête sous l’influence visuelle de Doré). La construction narrative souhaitée par Cocteau est appuyée par une véritable architecture d’ombres et de lumières conçue par Henri Alekan.
"Comparables à une musique visuelle" qui traduit en surfaces et en volumes le jeu d’alternance des clairs et des ombres, les flux de lumière sont organisés par Alekan par axes selon les surfaces à couvrir, la réflectivité des matériaux, les effets exigés par la scène, les sources de lumière naturelle, etc. ("Des Lumières et des Ombres" d’Henri Alekan). Alekan compose donc dans l’opposition, travaillant les séquences du quotidien familial (tournée en Indre et Loire, au manoir de Rochecorbon) sous l’influence des lumières des peintres flamands. Ainsi, les fenêtres diffusent un éclairage laiteux sur des visages de femmes tout droit sortis des tableaux de Vermeer (le foulard entourant les cheveux de la Belle rappelle La Jeune Fille à la Perle ou La Laitière).
Dans La Belle et la Bête, Jean Cocteau fait aussi preuve d’avant-gardisme en matière de trucages. Si Cocteau joue sur la désuétude de certains effets pour ancrer son récit dans l’univers de l’enfance (les téléportations de la Belle en forme d’hommages à Méliès et à la magie des images), d’autres restent comme de formidables innovations qui marqueront les générations de cinéphiles : Jean Marais portant le masque de la Bête (réalisé par le perruquier parisien Pontet et dont la pose prenait près de quatre heures) ; les bougeoirs animés par des bras sans corps, des statues de cheminées aux visages animés, ou l’envolée finale des deux amants dans les nuages. Un florilège d’effets spéciaux qui ont marqué l’histoire du cinéma et qui ont magnifiquement servi le dessein poétique voulu par le cinéaste.

La restauration de 2013

Le directeur de la photographie, Henri Alekan, ici sur le tournage des Ailes du désir (Wim Wenders), D.R.

Le précédent de 1995
En 1995, pour commémorer le centenaire de l’invention du Cinéma, La Belle et la Bête fit déjà l’objet  d’une restauration photochimique minutieuse sous la direction du chef opérateur Henri Alekan. Un peu moins de 5 années plus tard, un master HD fut produit par VDM sur l’une des premières machines disponible en France.
Malgré l’attention portée au matériel de ce film-phare du patrimoine cinématographique, les éléments photochimiques et magnétiques issus de ces travaux comportent d’importantes lacunes.
Faute de disposer des possibilités technologiques actuelles, les éléments issus de la restauration photochimique furent légèrement raccourcis par Henri Alekan qui tentait tant bien que mal de contourner les problèmes de collages et d’images manquantes. D’autre part, le master fabriqué il y a douze ans est incompatible avec les normes du DCI et ne permet pas la fabrication d’un DCP.

Une nouvelle restauration pour le cinquantenaire de la mort de Cocteau
Depuis l’acquisition de la société SNC par Groupe M6 en 2005, une politique active de restauration et  de circulation de ses films de patrimoine a été instaurée. Des sommes considérables ont été investies  afin de revitaliser son catalogue. La Belle et la Bête bénéficie aujourd’hui de cette politique de  restauration et de préservation. Ainsi, SNC-Groupe M6, en partenariat avec la Cinémathèque  française, a souhaité poursuivre l’initiative entreprise en 1995 pour mener à bien cette restauration,  par le biais de moyens techniques encore indisponibles à l’époque. L’objectif était de disposer d’une  nouvelle restauration du film en 2013, année marquant les 50 ans de la disparition de Jean Cocteau.  A cet effet :
- Un appel trilingue a été lancé via la FIAF afin d'obtenir des éléments antérieurs à la restauration de  1995 afin de récupérer les images manquantes. 
- Une supervision conjointe de la restauration par SNC-Groupe M6, FILMO et LA CINEMATHEQUE  FRANCAISE a été mise en place. 
- On a eu recours exhaustif aux notes et copies de références établies par Henri Alekan lors de la  restauration 1995 car il s’est révélé primordial pour mettre les nouvelles technologies au service des  ambitions artistiques de ce film.
Le journal tenu par Cocteau lors du tournage du film (La Belle et la  Bête, Journal d’un Film, Janin édit. 1946) a également fourni de précieux indices concernant la  tonalité et l'orientation visuelle souhaitées par l'auteur-réalisateur. 

Le journal du tournage du film – des indications pour la restauration
Fait rare (unique ?) pour l’époque : le tournage et l’enregistrement sonore de LA BELLE ET LA BETE  d’août 1945 à avril 1946 a été entièrement documenté par son réalisateur. Ce récit est non  seulement merveilleusement bien écrit et fort divertissant, mais c’est aussi un guide technique  exceptionnel pour la restauration du film. 
La documentation des obstacles techniques rencontrés (mais pas toujours surmontés) est également  très parlante. Jean Cocteau décrit des fausses teintes dues à la météo instable de la Touraine ; un  objectif défectueux et vibrant ; des lots de pellicules différents (Kodak, AGFA, Rochester) avec des  qualités de texture différentes et parfois défectueux ou mal développés par le laboratoire; des  passages d’avions durant certaines prises sonores; des pannes d’électricité durant le tournage en  studio à Epinay-sur-Seine; des résistances qui explosent et lancent des flammes… 
De plus, le journal indique que l’ordre chronologique du tournage des scènes ne correspond pas à un  montage linéaire du film. Autrement dit, le chef opérateur Henri Alekan comprend les souhaits de  Cocteau en termes de contraste, de lumière, de texture et d’angle de prise de vues au fur et à  mesure du tournage. Toutefois, cette maîtrise grandissante ne se traduit pas dans le montage final  par une succession de scènes de plus en plus perfectionnées. Au contraire, des passages moins  maîtrisés tournés au début suivent parfois des passages de perfection absolue tournés plus tard.  L’arrivée tardive sur le tournage du directeur technique du film, René Clément (en tournage de son  propre film LA BATAILLE DU RAIL) se fait également sentir dans la maîtrise technique des scènes  tournées après son apparition. 
Beaucoup de règles ont été brisées au cours de la réalisation de ce film: les raccords sont parfois  approximatifs (selon Jean Cocteau lui-même) ; la cinématographie d'Alekan n'est pas  conventionnelle, mais précise et claire - presque comme dans un documentaire ; la musique d'Auric  rompt les effets visuels plus qu'elle ne les souligne....

Les orientations visuelles





La numérisation
Le négatif original en nitrate a été réparé et soumis à de nombreux tests de projections  photochimiques et numériques comparatifs. Le choix s’est arrêté sur un scan complet du négatif image nitrate en immersion sur Nitroscan chez Eclair Laboratoires. Ce choix est orienté par le rendu  de définition obtenu par le scan du négatif direct et par la bonne tolérance du scanner à nous  restituer l'intégralité de la plage des hautes et basses lumières du négatif.  Le scan a été effectué en 5K, afin de couvrir l'intégralité du film qui défile d'un bord à l'autre, tout en  intégrant les perforations, qui, ainsi numérisées, ont rendu possible la stabilisation numérique, car  elles sont les seuls repères physiques fixes qui permettent d'aligner une image par rapport à la  précédente.  Il a été également nécessaire de sélectionner des éléments filmiques intermédiaires à réinsérer dans  le négatif, afin de combler les 843 images manquantes.  Les choix se sont orientés assez rapidement vers deux éléments principaux : un marron nitrate à  densité variable provenant du stock de la Cinémathèque française et un marron à densité fixe  fabriqué en Allemagne à partir d'un contretype. Les deux éléments ne sont pour autant pas complets  et trois plans qui ne sont pas sur le négatif ont été retrouvés. Ces plans ont été sauvegardés mais ne  figurent pas dans la restauration finale, car ils n’appartiennent pas à la version exploitée à l’origine  en France.  La reconstruction s’est faite bobine par bobine avec les rustines provenant des différents éléments,  en vérifiant que l'intégration soit parfaite et ne génère pas de doublons d'image. La stabilisation et le  positionnement des rustines ont été effectués lors de leur intégration au montage.

L’étalonnage
Une fois le film « reconstitué », l'étalonnage numérique a pu débuter en projection grand écran.  Le découpage technique du film, conservé à la Cinémathèque Française, ainsi que le Journal de Jean  Cocteau ont été consultés pour vérifier les ambiances et orienter l’étalonnage : clair de lune, nuit  américaine, contraste – tous les indices ont été exploités. 
Afin de décrypter la démarche suivie par Henri Alekan, des projections ont été effectuées afin de  comparer des copies 35 mm issues de la restauration de 1995 et des copies 35 mm antérieures à  cette date et donc proches du résultat obtenu en 1946. Les copies tirées avant la restauration de  1995 présentent une douceur conforme à l'esthétique de l'époque ; l'équilibre est parfait et la  gamme de gris complète. Cette image très cohérente ne correspond toutefois pas à ce que Jean  Cocteau recherchait selon les indications dans son journal. 
Les copies issues de la restauration supervisée par Alekan en 1995 montrent un tout autre aspect. L'utilisation d'un élément intermédiaire à haut contraste change considérablement l'image. Les noirs  sont profonds et les blancs intenses. Ce contraste répond clairement à l'intention initiale de Jean  Cocteau. Mais cette orientation ne fonctionne réellement qu'avec les ambiances « nuit château » en  plans larges ne comportant pas trop de détails. Tous les plans de jour, ainsi que les plans de nuit  cadrés serré, manquent de niveau de gris et de richesse dans les détails. 
L’orientation d’Henri Alekan a donc été suivie avec des outils techniques plus adaptés que ceux qu’il  avait à sa disposition. Ces indications permettent à la fois de maintenir ce haut contraste absent des  anciens tirages, tout en conservant la gamme des gris afin d'obtenir une image équilibrée.  Mais si l'étalonnage numérique permet d'aller plus loin que l'étalonnage photochimique, il n'est pas  pour autant exempt de défauts.
Ainsi, lors des tests de scan effectués à partir du négatif, la remontée  d'informations parasites, générées par « la bonne définition » du négatif et par l'interprétation du  scan de cette définition, a été observée.  La pellicule négative de l’époque a une bonne définition mais elle est largement inférieure aux  pellicules actuelles.
Contrairement aux supports modernes dont le grain est parfaitement homogène  en taille et en disposition, la pellicule de 1946 comporte des grains de tailles disparates, organisés de  manière aléatoire.  Les scanners, réglés sur la pellicule moderne, ont du mal à interpréter les pellicules anciennes qui  comportent des grains espacés de façon aléatoire et dont les tailles disparates réagissent  différemment à une exposition identique.
Un traitement léger du grain a donc été nécessaire.  À cette fin, des tests d'étalonnage ont été effectués pour trouver la gamme permettant d’harmoniser  les intentions initiales de Jean Cocteau, le contenu de la pellicule d’origine et les orientations de la  restauration supervisée par Henri Alekan. 

La restauration numérique
Suite à l'étalonnage du film, le travail de restauration numérique de l'image a pu débuter. Un cahier  des charges a été établi afin de définir les bonnes règles de restauration.  Il convenait en effet d'identifier clairement les origines de chaque défaut afin de déterminer s'il faut  le traiter et à quel niveau de restauration. Cette démarche permet de distinguer les défauts qui sont  liés au temps et à l'usage intensif du matériel photochimique, des défauts qui sont issus du tournage. 
Il est entendu que la restauration de l'image doit permettre au spectateur de se plonger dans le film  sans ressentir de gêne visuelle. Mais elle peut conserver certains défauts mineurs et ne doit surtout  pas attaquer la texture de l'image. 
La première étape de la restauration numérique a consisté à filtrer l'image afin d'effectuer une  sélection de toutes les poussières présentes, puis de les supprimer (les poussières apparaissant au fil  du temps et des manipulations, elles ne sont pas originellement présentes sur la pellicule). Les taches  plus importantes, traces de colle ou cassures, ont été traitées à la palette graphique manuellement,  image par image. 
Si la plupart des rustines (inserts d’images issues des éléments photochimiques intermédiaires) ont  été correctement intégrées en termes de texture et de niveau de gris, lors des séances d'étalonnage,  certaines présentent néanmoins des différences qui nécessitent du « compositing/matte painting »  sur certaines parties du décor, en réemployant deux images issues de deux éléments différents. 
Les défauts particuliers du film décrits par Cocteau dans son Journal, comme les taches noires  regroupées (« pattes d’ours »), sont corrigés dans les parties de l'image où ils apparaissent comme  gênants visuellement, mais sont conservés dans les parties de l'image où la gêne n'est pas ressentie.  Les points de glace (diffraction de lumière photographiée, ayant pour origine des défauts de l'objectif  ou le filtre placé devant l'objectif) présents sur une bonne partie du film, n’ont été réduits que  lorsqu'ils étaient visibles sur les visages en mouvement (principalement en fin de film).
Pour le reste  du film, ils étaient peu perceptibles en raison de l'équilibre de l'étalonnage.  L’effet de pompage de la lumière a été étudié plan par plan car il était parfois voulu (pour imiter la  lumière d’une bougie vacillante) et a été introduit en cours de tournage par René Clément. Mais  parfois ce pompage était accidentel et le résultat des éclairages vacillants provoqués par des  variations d'intensité liées à l'instabilité du courant électrique.

Le son
Jean Cocteau parle également du son dans son Journal, laissant des indices sur les bruitages, les  difficultés d’enregistrement sonore et l’orientation (peu habituelle) de la partition musicale.  Le positif son de 1995 a été tiré de manière continue après plusieurs tests jouant sur la lumière de  tirage et la qualité du développement. Les tests de numérisation chez LE Diapason ont établi que le  tirage d’un nouvel élément n’était pas nécessaire. Cette piste audio a été intégralement numérisée  chez LE Diapason.  Puis la conformation de la piste audio a été faite en prenant la reconstruction finale du film intégrant  toutes les images manquantes comme référence.  Cette conformation laisse deux petites séquences audio sans images correspondantes.
Le son de ces  scènes, décrites dans le scénario original mais ne figurant pas dans le montage final du négatif, a été  sauvegardé.  L'audio a été restauré en limitant les montées de souffle intempestives, tout en conservant un  certain niveau de souffle tout au long du film pour garder ses qualités sonores d’origine. Les plops et  les craquements ont été supprimés. Les textures de son ont été équilibrées afin que les voix et les  musiques conservent un timbre riche en harmoniques, cohérent avec l'époque du film.  Un mastering spécifique a été effectué pour la projection sur grand écran, que ce soit au travers  d'une copie numérique (DCP) ou d'une nouvelle copie 35mm pour que le son du film soit adapté aux  systèmes d'écoutes présents dans les salles actuelles. 

Prestataires
ECLAIR
DAEMS
LE DIAPASON
FILMO

LES PARTENAIRES DE LA RESTAURATION DU FILM
LE FONDS CULTUREL FRANCO AMERICAIN (DGA MPAA SACEM WGAW)
Créé en 1996 à l’initiative la Société des Auteurs Compositeurs et Editeurs de Musique en France  (SACEM), le Fonds Culturel Franco-Américain (FCFA) est une collaboration unique avec les guildes  américaines de réalisateurs (Directors Guild of America - DGA), de producteurs (Motion Picture  Association - MPAA) et de scénaristes (Writers Guild of America West - WGAW). Financé par les  ressources issues de la copie privée, il a pour but de promouvoir et d’enseigner l’art du cinéma sur le  territoire américain et français. Il est présidé par Jean-Noël Tronc, Directeur Général de la Sacem.  Aux Etats-Unis, le Fonds est le créateur et l’organisateur du Festival COL COA (City of Lights - City of  Angels). En France, le Fonds soutient les Rencontres Cinématographique de l’ARP et finance, pendant  le Festival du Cinéma Américain de Deauville, le Prix Michel d’Ornano qui récompense un premier  film français, dans le but d’aider à sa reconnaissance, sa promotion et son exploitation. 
Dans sa politique générale, le Fonds tient à présenter au plus grand nombre le patrimoine  cinématographique des deux pays. Depuis 2006, le Fonds Culturel Franco-Américain s’est associé  avec la Cinémathèque française et The Film Foundation de Martin Scorcese pour mener à bien cette  mission de restauration de films.  Le Fonds est heureux de poursuivre cette collaboration avec la restauration du film LA BELLE ET LA  BETE de Jean Cocteau.  Avec La Cinémathèque française, présidée par Costa-Gavras, le Fonds Culturel Franco-Américain a  trouvé le partenaire idéal pour restaurer quelques grands films qu’il est important de préserver pour le patrimoine cinématographique français.

LA CINEMATHEQUE FRANÇAISE
« Les réalisateurs du monde entier connaissent La Cinémathèque française, même s’ils n’y sont jamais  venus.  C’est notre demeure spirituelle. ».  C’est ainsi que Martin Scorsese qualifie ce qui est devenue l’une des archives les plus célèbres dans le  monde.  Association loi 1901, La Cinémathèque française fondée en 1936 par Henri Langlois, Georges Franju,  Jean Mitry et Paul Auguste Harlé, longtemps installée au palais de Chaillot, occupe depuis 2005 un  bâtiment de l’architecte Frank Gehry au 51 rue de Bercy à Paris 12ème
Tout à la fois école et conservatoire de l’image, maison des cinémas du monde entier, bibliothèque  et archive du film, La Cinémathèque française, dotée de nouveaux moyens, peut désormais  poursuivre ses missions : conserver et restaurer les films et les archives de ses collections ou les titres  phares du cinéma, accueillir étudiants, cinéphiles et chercheurs dans une bibliothèque et un centre  de ressources, programmer les grands classiques mais également des rétrospectives complètes et  hommages à des cinéastes, acteurs, producteurs et techniciens du cinéma, exposer les fabuleux  objets de ses collections dans son musée du cinéma, organiser des expositions pour dévoiler la  richesse de ses fonds et mettre en valeur les liens qu’entretient le cinéma avec les autres arts. 
La Cinémathèque française en ligne : le catalogue des restaurations et tirages de La Cinémathèque  française est désormais accessible à tous.  Qu’il soit programmateur professionnel, chercheur ou simple cinéphile, ce catalogue offre une  information complète sur une sélection de 90 films restaurés par La Cinémathèque française.  Outre une fiche technique pour chaque œuvre présentée, le visiteur y trouve des informations sur la  restauration elle-même, les éléments disponibles pour la projection, les séances dont la restauration a déjà fait l’objet, l’intérêt historique et esthétique du film, ainsi qu’une sélection de ressources  complémentaires disponibles à La Cinémathèque française ou sur Cinematheque.fr. 

SORTIE SALLE – SND (GROUPE M6)
EN DVD ET EN BLU-RAY
Suite au formidable travail de restauration, soucieux de donner la possibilité au plus grand nombre  de redécouvrir ce chef-d’œuvre du patrimoine français dans une qualité jamais vue au cinéma depuis  1946, SND, la filiale de distribution du groupe M6, a décidé d’organiser une large ressortie  événementielle du film dans les salles françaises en septembre.  Le film ressortira donc dans toute la France le 25 septembre 2013, à la fois dans des cinémas art et  essai et dans des multiplexes, offrant ainsi la possibilité à un public cinéphile autant que familial de  redécouvrir ce conte de fées intemporel.
La sortie du film aura lieu en parallèle de l’exposition Jean  Cocteau à la Cinémathèque française, et sera soutenue par un dispositif publicitaire exceptionnel  pour ce type de ressortie, ainsi que par de nombreux partenaires médias. « Au-delà de son public  naturel de cinéphiles, nous avons été frappé par la fascination qu’exerçait encore ce film sur les  enfants d’aujourd’hui, près de 70 ans après sa sortie », souligne Anne Masson, responsable de la  communication de SND. « Ce film retrouvant une seconde jeunesse grâce à sa restauration, il nous  semblait logique de permettre aux adultes comme aux enfants de redécouvrir ce film au cinéma, dans  les salles les plus modernes de France. » 
Dès le 09 Octobre 2013, l’édition restaurée de LA BELLE ET LA BETE sortira également en vidéo.  Disponible en édition Prestige DVD, le film de Jean Cocteau sera également édité pour la première  fois en France en Blu-Ray. Les cinéphiles retrouveront non seulement l’œuvre de Jean Cocteau dans  une qualité inégalée, mais également de nombreux suppléments inédits, parmi lesquels des scènes  coupées ou plusieurs documentaires exclusifs (avec la participation de Pierre Bergé, Serge Toubiana,  Dominique Marny et Jean-Jacques Paulvé). 

Cocteau et le Cinématographe, Exposition / Rétrospective
du 23 septembre 2013 au 16 mars 2014, à La Cinémathèque française.
A l’occasion du cinquantenaire de la mort de Jean Cocteau, La Cinémathèque française exposera ses  fonds rassemblés au fil des décennies autour de l’œuvre du cinéaste et présentera l’intégrale de ses  films dans une rétrospective exceptionnelle.  L’exposition, installée dans la Galerie des donateurs, sera l’occasion de montrer des fonds  exceptionnels collectés grâce à la politique d’acquisition de La Cinémathèque française et à la  générosité de donateurs, à commencer par Cocteau lui-même dans les années 50, et plus récemment  par Claude Pinoteau, son assistant depuis Orphée.  Elle dévoilera des affiches, scénarios, correspondances, ouvrages précieux, dessins, photographies de  plateau et de tournage plus belles les unes que les autres, ou encore des costumes et objets, dont le  célèbre costume d’homme-cheval imaginé par Cocteau pour Le Testament d’Orphée et la robe  dessinée par Marcel Escoffier pour La Belle et la bête.  Les collections témoignent aussi des activités de critique de Cocteau, et de son implication dans  diverses manifestations d’importance, notamment le Festival de Cannes dont il fut à plusieurs reprises président du jury avant d’en être nommé président d’honneur.  Pour accompagner cette exposition inédite, l’intégralité des courts et longs métrages réalisés par  Jean Cocteau, ainsi que ceux dont il écrivit le scénario seront projetés à La Cinémathèque française, de La Belle et la Bête aux Enfants terriblesCommissariat : Florence Tissot et Joël Daire.
Plus d’informations sur www.cinematheque.fr.

DIFFUSION AU CINÉMA – REPRISE DES SÉANCES DANS LE CADRE DU DISPOSITIF NATIONAL ECOLE ET CINÉMA*
Entré au catalogue national d’École et cinéma en 1999, La Belle et la Bête est un des films  incontournables d’un parcours d’éducation artistique au cinéma de nos écoliers. Totalisant en 13 ans,  450 000 entrées lors des séances scolaires sur l’ensemble du territoire, ce sont chaque année 30 000  enfants de 5 à 12 ans qui le découvrent avec leurs camarades de classe et leur enseignant, qui  frissonnent à l’unisson des émotions voulues par Cocteau, pour ensuite s’approprier la poésie  visuelle et auditive si particulière à cette oeuvre, film jalon de notre patrimoine.  Il était très important pour Les enfants de cinéma, que « voir La Belle et la Bête », expérience active  et véritable aventure de spectateur en soi, puisse traverser époques et mutations technologiques,  pour perdurer dans les salles de cinéma. Voilà la chose faite, par la conviction de tous : c’est  désormais sur cette magnifique copie 4K pour le cinéma, enrichie de tous les détails retrouvés par la  restauration numérique de la lumière et du son, que de nouveaux enfants pourront découvrir le film,  et comme les générations qui les ont précédés, longtemps encore l’aimer !  * Mis en oeuvre par l’association Les enfants de cinéma, porteuse du projet depuis l’origine, École et cinéma  est un dispositif national d’éducation artistique au cinéma destiné au jeune public scolaire et à ses enseignants,  soutenu à la fois par le Centre national du cinéma et de l’image animée, sous l’autorité du ministère de la  Culture, et par la Direction générale de l’enseignement scolaire au Ministère de l’Éducation Nationale.

L’AGENCE POUR LE DEVELOPPEMENT REGIONAL DU CINEMA (ADRC)
À l'occasion du cinquantenaire de la mort de Jean Cocteau, le département Répertoire de l’Agence  pour le développement régional du cinéma (ADRC) est très heureux de s’associer à la réédition par  SND de La Belle et la Bête dans sa version restaurée réalisée par SNC (Groupe M6), La Cinémathèque  française avec le soutien du Fonds Culturel Franco-Américain (DGA MPAA SACEM WGAW).  L’ADRC est forte de plus de 1000 adhérents représentant l’ensemble des secteurs impliqués dans la  diffusion du film : réalisateurs, producteurs, exploitants, distributeurs et programmateurs, mais aussi  les collectivités territoriales.  Créée par le Ministère de la Culture, elle remplit en lien étroit avec le Centre national du cinéma et  de l’image animée deux missions complémentaires pour le maintien et la vitalité d’une diversité des  cinémas et des films en France :  Le conseil et l’assistance pour la création ou la modernisation des cinémas sur les territoires ;  L’amélioration de l’accès des cinémas à une pluralité effective des films par le financement de  circulations supplémentaires de ces films, aux côtés de leurs distributeurs.  Depuis treize ans, les interventions de l’ADRC pour l’accès aux films incluent le patrimoine  cinématographique. Aujourd’hui, ce sont plus de 900 cinémas qui ont bénéficié grâce à l’ADRC de  copies neuves (35 mm et numériques). Mais ses actions dans ce domaine concernent également  l’édition de documents pour les publics et les salles, le déplacement d’intervenants pour des débats,  la diffusion de ciné-concerts, des animations pour le Jeune Public et une fonction de centre ressource  au bénéfice des professionnels.

ANNEXES :

Biographie de Jean Cocteau
Poète, romancier, dessinateur, peintre, dramaturge, chorégraphe, scénographe, réalisateur de  cinéma, scénariste, acteur, éditeur mais aussi journaliste et homme de radio… Jean Cocteau est un  artiste protéiforme qui aura abordé tous les rivages de la création. Il est l’homme d’un art total,  inscrit dans un siècle foisonnant.  Jean Cocteau naît en 1889 à Maisons Lafitte dans une famille bourgeoise fortunée qui a le goût des  arts.  Dès 1909, il publie ses premiers articles, dessins et poèmes.  Il monte Parade en 1917, sur une musique de Satie et des décors de Picasso, collabore avec de  jeunes musiciens Le Groupe des Six et devient à partir des années 1920, une figure importante de  l’avant-garde.  Il se lance dans le théâtre avec Les Mariés de la Tour Eiffel, La Voix Humaine, OEdipe Roi, La Machine  Infernale... Il écrit également beaucoup de poèmes, de romans (Le Grand Ecart, Thomas l’ImposteurLes enfants terribles) et d’essais autobiographiques (Opium).  En 1936, il effectue un tour du monde en quatre-vingt jours pour Paris-Soir. Dans ces mêmes années  30, il entame une prolifique carrière de cinéaste avec Le Sang d’un poète (1930), La Belle et la Bête  (1946), Les parents terribles (1948), Orphée (1950), Le Testament d’Orphée (1960)… Pour Jean  Cocteau, le cinéma, c’est l’écriture moderne dont l’encre est la lumière mais c’est aussi un admirable  véhicule de poésie.  Jean Cocteau réalise également de grandes fresques pour la Villa Santo-Sospir à Saint-Jean-Cap-  Ferrat, la chapelle Saint Pierre à Villefranche sur mer, la Salle des Mariages de la Mairie de Menton  ou encore pour la Chapelle Saint Blaise des Simples à Milly la Forêt.  Il est reçu à l’Académie française en 1955.  Il meurt le 11 octobre 1963, dans sa maison, à Milly la Forêt. Il repose dans la chapelle Saint-Blaise  des Simples et son épitaphe précise Je reste avec vous.

Films écrits et réalisés par Jean COCTEAU
1925 JEAN COCTEAU FAIT DU CINÉMA - perdu ?
1930 LE SANG D'UN POÈTE
1946 LA BELLE ET LA BÊTE
1947 L’AIGLE Á DEUX TÊTES
1948 LES PARENTS TERRIBLES
1950 ORPHÉE
1950 CORIOLAN
1952 LA VILLA SANTO-SOSPIR
1960 LE TESTAMENT D'ORPHÉE (OU NE ME DEMANDEZ PAS POURQUOI)

Films écrits mais non réalisés par Jean COCTEAU
1940 LA COMÉDIE DU BONHEUR
1942 LE BARON FANTÔME
1943 L'ÉTERNEL RETOUR
1945 LES DAMES DU BOIS DE BOULOGNE
1947 RUY BLAS
1948 LES NOCES DE SABLE
1948 LE ROSSIGNOL ET L'EMPEREUR DE CHINE
1950 CE SIÈCLE A CINQUANTE ANS
1952 LA COURONNE NOIRE
1961 LA PRINCESSE DE CLÈVES

Biographie d’Henri Alekan
Né le 10 février 1909 à Paris, Henri Alekan étudie à l'Institut d'optique de Paris et suit les cours du  soir dispensés au Conservatoire National des Arts et Métiers. Il suit également ceux des studios  Pathé-Cinéma à Joinville-le-Pont.  Henri Alekan commence par être l'assistant d'Eugen Schüfftan dès 1937. Au début de la guerre, il est  fait prisonnier, s'évade, et rejoint les studios de la Victorine, à Nice, en zone libre. Il y rencontre les  réalisateurs Yves Allégret, Jacqueline Audry et Abel Gance pour lesquels il effectue la photographie.  Son premier long métrage comme chef-opérateur est Tobie est un ange (1941) d'Yves Allégret dont  la pellicule est entièrement détruite au cours d'un incendie. A la Libération, il est remarqué pour La  Bataille du rail(1945) de René Clément. En 1946, il est révélé pour son travail sur La Belle et la bête  (1946) de Jean Cocteau. Au long de sa carrière, il travaille avec des réalisateurs aussi différents que  Marcel Carné sur La Marie du port (1949), Henri Verneuil sur Frou-frou (1954), Abel Gance sur  Austerlitz (1960), Raoul Ruiz sur The Territory (1981) ou Wim Wenders sur Les Ailes du désir (1987).  Alekan fait une courte apparition dans Si loin, si proche (1992) de Wim Wenders.  De 1966 à 1968, il est président du syndicat des techniciens de la production cinématographique. En  1975, il crée l'association Arts et techniques du cinéma et de la télévision. Au théâtre, il éclaire de  nombreuses pièces. Il réalise en 1989 un moyen métrage en Imax pour le cinéma panoramique de la  Géode. En 1994, il éclaire l'exposition du sculpteur Arman, Tenues de samouraïs et de celle de Jean-  Michel Frouin, Une locomotive pour l'avenir. La ville de Paris lui demande d'éclairer la Butte  Montmartre et la ligne de métro Météor (1995). Il est aussi l'auteur de plusieurs ouvrages dont Des  lumières et des ombres (1985).  Il participe au jury du Festival de Cannes 1983.  Henri Alekan est mort le 15 juin 2001 à Auxerre (Yonne) et inhumé au cimetière du Montparnasse. La  cinémathèque de Boulogne-Billancourt, où il habitait, porte son nom. 

Extraits de LA BELLE ET LA BETE : Journal d’un Film. Par Jean Cocteau. © 1946. L’Edition anniversaire. Editions du Rocher, 2003

Les joies du cinématographe
« Après un an de préparatifs et d’obstacles de toute sorte, voilà que je tourne demain. Il serait fou de  se plaindre du genre de difficultés que soulève une pareille entreprise, car j’estime que notre travail nous oblige à dormir debout, à rêver le plus beau des rêves. En outre, il nous permet de manier à  notre guise ce temps humain si pénible à vivre minute par minute et dans l’ordre. Ce temps rompu,  bouleversé, interverti, est une véritable victoire sur l’inévitable. » (p.19) 
« Je m’interroge. Je me demande si ces journées si rudes ne sont pas les plus douces de ma vie. Pleines  d’amitié, de disputes tendres, de rires, de main mise sur le temps qui passe. » (p. 54)

Et les peines
« Mais hélas, à cinq heures, le ciel est devenu nuageux et orageux et m’oblige à cesser les plans  d’ensemble et à employer les lampes pour les gros plans. Mila pose, pose, pose, se décompose.  L’objectif vibre. Les électriciens, les machinistes essaient de le réparer et n’y parviennent pas. On arrête. Le procès-verbal n’arrange que la firme. Je décollais. Je retombe. Je rentre à Tours accablé de  fatigue, de Vouvray et de déception. » (p. 24)

L’équipe
« J’ai retrouvé l’équipe du Baron Fantôme. Bonne humeur et bonne grâce. Le moindre machiniste de  cinématographe participe au film, l’aime, s’y intéresse et collabore avec les artistes d’un bout à  l’autre. On peut lui demander, obtenir de lui n’importe quoi. C’est le contraire au théâtre où les  machinistes travaillent dans une coulisse d’ombre et se désintéressent de notre travail. » (p. 27) 
« Rentré à huit heures. Dîner avec l’équipe et une dame journaliste. Elle cherche des anecdotes. Nous entendre parler de coupe, de perspective et de jeu la rend stupide. Elle devait s’attendre aux farces classiques des troupes de théâtre. Or, j’ai la chance que les problèmes qui me passionnent,  passionnent mes artistes. » (p. 31) 
«Clément est étonné par la gentillesse de notre équipe. Il sort d’un monde très grincheux et très  dur…Je ne louerai jamais assez les machinistes et les électriciens qui nous assistent. C’est une merveille de les voir travailler si vite et sans l’ombre de mauvaise grâce. Ils collaborent au film. Ils  l’aiment. Ils le comprennent et inventent mille gentillesses pour me faire plaisir. » (p. 65)

Rochecorbon
« En Touraine, la Loire coulait, plate sous un ciel pâle de soleil. Rochecorbon. Je retrouve ce minuscule  manoir en contre-bas que la chance m’a fait trouver à l’époque de préparatifs. Les Domaines nous  l’avaient signalé entre cinquante. La barrière au bord de la route ne payait pas de mine. Nous  faillîmes ne pas descendre de voiture. D’un coup d’œil, je reconnus, dans les moindres détails, le  décor que j’avais craint d’avoir à construire. L’homme qui l’habite ressemble au marchand du conte et  son fils me dit : Si vous étiez passé hier vous auriez entendu votre propre voix. Je faisais entendre vos  disques de poèmes à mon père ». (p. 21)

Les trucages
« Premier trucage direct : le collier. On penche l’appareil. Le faux collier tombe hors champ, le vrai dans le champ. Ils ont l’air de se transformer pendant la chute. » (p. 58)

Relief, contour, contrastes et quelque chose d’impondérable
« Cinéma Majestic. Minute émouvante. Notre première projection. J’en arrive. C’est très, très beau. D’une netteté, d’une richesse de détails, d’une poésie robustes. Alekan a compris mon style. Relief,contour,contrastes et quelque chose d’impondérable, comme un vent léger qui circule… » (p. 45)
« Voilà notre récompense. La projection est admirable. Etincelante, douce et précise. Alekan a trouvé. » (p. 58)
« Rien ne me semble plus morne que l’unité photographique d’un film, unité que les spécialistes prennent pour le style. Un film doit distraire l’œil par des contrastes, par des effets qui ne cherchent pas à copier la nature, mais à trouver cette vérité que Goethe opposait à la réalité (gravure des moutons de Rubens, où l’ombre se trouve du côté du soleil)… « (p. 150)

Clair de lune et crépuscule
« Il m'arrive d'éclairer plus un visage qu'un autre, d'éclairer plus une chambre qu'il ne se devrait ou  moins, de donner à une chandelle la force d'une lampe… Chez la bête (parc), j'adopte une sorte de  crépuscule qui correspond mal à l'heure où la Belle sort. J'enchaînerai peut-être même ce crépuscule  avec du clair de lune si j'en ai besoin… » (p. 150) 
« Plan funeste – Sortie de Belle au clair de lune (Ecran rouge). Alekan dispose des lampes, des écrans,  des rails. Le soleil tourne. L’ombre empiète… » (p. 53) 
« J’ai trouvé le début de la scène de la rose. Le marchand approche : la rose s’éclaire. Il la regarde. Et  la rose éclaire tout : la porte, les arbres, etc… Ainsi je passe du gris à la lumière sans aucune gêne… »  (p. 105)

Contraste au château
« L'ensemble est trop beau, trop diffusé, trop gris. Le château fait maquette. J’avais supplié Alekan de  tout laisser dans le noir et de ne frapper que certains angles avec les arcs … » (page 103) 
« La pellicule n'est pas bonne, je n'arrive pas à retrouver la puissance blanche des arcs…. Quelque  chose manque. Peut-être avec cette pellicule molle faut-il tripler les lumières et tirer sombre. À force de lutte, j’arriverai à rejoindre mon rêve…» (p. 107). 
« Je trouve que l’éclairage d’Alekan, sur les statues vivantes, était trop vif et les humanisait. Je  recommence les prises. Je charge les têtes en peinture sombre comme si le feu les avait léchées.  Aussitôt les yeux brillent et les têtes se mélange aux moulures. Les essais me le prouvent à la loupe »  (p. 193)

Un style épuré sans diffusion
« J’ai peu dormi. Le film se déroulait et affichait ses fautes. Alekan a de la crainte. Il hésite. Il n’ose pas  travailler dans le dur. Il en résulte une certaine mollesse qu’il faut que je lui corrige. Tout cela est  encore trop beau. Je le voudrais plus rude, avec plus de contrastes. Je l’embêterai jusqu’à ce qu’il y  parvienne… » (p. 108) 
« Après la projection, je gronde Alekan dont la manie de tramer et de diffuser me révolte. C'est le genre artiste. Rien ne vaut la sublimation du style documentaire. C'est ce style que je veux obtenir de  lui » (pp. 108-109)

Sur la pellicule
« Alekan m’annonce que nous aurons six mille mètres de pellicule Agfa. Il est désespéré de se rendre  compte, après des essais d’avant-hier, que tout ce nous avons fait rendait cent fois plus sur une  pellicule sensible. Je garderai la bonne pellicule pour la séquence de la salle noire chez la Bête… » (p.  149) 
« …je tourne deux essais sur pellicule Kodak et sur pellicule Agfa. Le laboratoire les a développés cette  nuit et nous les présente ce matin à neuf heures. Il en résulte que la pellicule Agfa donne des noirs  plus souples et des blancs plus durs, que preuve est faite de la magnificence du décor pourvu qu’on  n’éclaire jamais les angles… » (p 190)
« Les lumières de lune et de bougies étaient surnaturelles, mais, hélas, la projection nous prouve que  notre pellicule Agfa, trop vieille, exige une surcharge de lumière… » (p. 201)
« Pour la chambre de Belle, je compte abandonner la pellicule Agfa qui mange les détails, charge en  noir, mais convenait parfaitement à l'atmosphère étouffante du château de la Bête. La chambre de  belle au château doit être aérienne, représenter un effort de la Bête dans le sens gracieux… » (p. 203) 
« Mercredi, après les fêtes, je commence le Prince Charmant sur la pellicule Rochester, plus douce,  plus précise que l’Agfa et que la Kodak… » (p. 215) 

Sur le son
« Nous avons enregistré le bruit des flèches. Comme toujours le vrai bruit est faux. Il importe de le  traduire, d’inventer un bruit plus exacte que le bruit lui-même. Clément trouve la badine qui fouette le  vide… » (p. 63) 
« La poudre rouge illumine les feuilles. Les fumées pompeuses se déroulent. Je demande le moteur.  Mais hélas, c’est tantôt des pintades qui crient, un tracteur qui passe sur la route, tantôt un paysan  qui excite ses bœufs. Je m’acharne. Sur neuf prises, il m’en reste deux bonnes. On tremble en pensant  au nombre de chances qu’il faut réunir pour contenter le metteur en scène, le chef opérateur, les  artistes et le son… » (p. 95) 
« Hier, à Joinville, j’ai vu l’ensemble du film mis bout à bout par Ibéria. Il est dur de voir un pareil film sans qu’il baigne dans l’élément de la musique… (p. 226) 
« Après ce montage neuf, j’attaquerai le détail, après le détail les synchronisations, après les  synchronisations, le mixage et la musique. Je ne le montrerai à Georges Auric qu’une fois nettoyé de  ses grosses erreurs… » (p. 227) 
« Le lendemain, Saint-Maurice pour les bruits. Un métier bien fait me passionne. Rauzenat, le  bruiteur, aime son métier et il s’y amuse. Certains bruiteurs produisent les bruits près du microphone  avec les doigts, de la terre, une brindille, des allumettes. Rauzenat travaille avec les pieds, les mains,  la bouche. Pour un cheval qui galope, il se frappe la poitrine et le ventre…. » (pp. 239-240) 
« Voici le jour de la Musique. J’ai refusé d’entendre ce que Georges Auric composait… Nous  enregistrons de neuf heures du matin à cinq heures dans la Maison de la Chimie… Le microphone est  dressé sur une longue perche au centre de la salle. Derrière l’orchestre, l’écran recevra le film que la demi-lumière et des appareils de fortune permettent de distinguer à peine. Et voici le silence et voici les trois foudres blanches qui annoncent l’image et voici l’image et voici le prodige de ce synchronisme qui n’en est pas un puisque Georges Auric l’évite, à ma demande… » (p. 241) 
« J’affirmerai la création de ces syncopes ou l’imagination bute et se réveille, en supprimant la  musique sur certains passages. Ainsi la remarquera-t-on mieux, et le silence (puisque sa musique  existe) ne rompra-t-il pas le moindre vide… » (p. 242) 

Notes
LA BELLE ET LA BETE fait partie intégrante de l’histoire du cinéma mondial. Le film est très apprécié des critiques et est apparu récemment sur les listes de meilleurs films de tous les temps :
- n° 10 dans le palmarès des meilleurs films français pour TIMEOUT (2012)
- n° 26 dans le palmarès des meilleurs films tournés dans une langue autre que l’anglais pour
EMPIRE MAGAZINE (2010)
- n° 51 dans le palmarès des meilleurs films pour LES CAHIERS DU CINEMA (2008)
- une cotation de 8,1/10 (11,975 votants) sur l’IMDB

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