mercredi 1 mai 2013

Back to the future

Thriller/Crime/Drame/Intriguant puzzle

Réalisé par Danny Boyle
Avec James McAvoy, Vincent Cassel, Rosario Dawson, Tuppence Middleton, Danny Sapani, Wahab Sheikh...

Long-métrage Britannique
Durée: 01h35mn
Année de production: 2013
Distributeur: Pathé Distribution
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Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs 

Date de sortie sur les écrans britanniques: 27 mars 2013
Date de sortie sur nos écrans: 8 mai 2013


Résumé : Commissaire-priseur expert dans les œuvres d’art, Simon se fait le complice du gang de Franck pour voler un tableau d’une valeur de plusieurs millions de dollars. Dans le feu de l’action, Simon reçoit un violent coup sur la tête. À son réveil, il n’a plus aucun souvenir de l’endroit où il a caché le tableau. Ni les menaces ni la torture ne lui feront retrouver la mémoire. Franck engage alors une spécialiste de l’hypnose pour tenter de découvrir la réponse dans les méandres de l’esprit de Simon…

Bande annonce (VOSTFR)


Ce que j'en ai pensé : Avec 'Trance', Danny Boyle, le réalisateur, nous entraîne dans un labyrinthe dans lequel, pour trouver la sortie, il faut suivre le film avec attention jusqu'au bout. Là où il est très fort, c'est qu'il suggère au spectateur des pistes, sans donner l'impression de le vouloir, nous permettant de croire qu'on a deviné de quoi il s'agit, alors qu'en fait pas ce n'est pas le cas. C'est donc un film qui demande un peu de concentration et qui oblige à se remuer les méninges.

Danny Boyle, le réalisateur
'Trance' est un thriller psychologique très maîtrisé et tout à fait réussi à mon avis. Mon conseil est de ne pas regarder d'extraits du film et d'y aller sans trop savoir de quoi il s'agit pour le plaisir de vous laisser prendre par surprise par ce scénario en forme de puzzle. En plus d'une réalisation très précise et d'un scénario prenant, 'Trance' bénéficie d'un trio d'acteurs efficaces. En tête, il y a James McAvoy, qui interprète Simon. Sans cesse sous tension, il est excellent.


Rosario Dawson, qui interprète Elisabeth est parfaite dans le rôle de ce personnage difficile à cerner.


Et enfin, Vincent Cassel, très classe, interprète Frank, un criminel qui, comme le spectateur mais pas pour les mêmes raisons, essaie de démêler les fils de l'intrigue.


Je vous conseille d'aller voir 'Trance', en prévenant tout de même que c'est un film troublant avec des scènes qui peuvent choquer. Mais c'est de l'excellent Danny Boyle et il ne faut pas passer à côté.


NOTES DE PRODUCTION
(Attention spoilers! A ne lire qu'après avoir vu le film!)

UN THRILLER AU-DELÀ DU GENRE…

Danny Boyle : «Après SLUMDOG MILLIONAIRE, le producteur Christian Colson et moi-même étions à la recherche d’un nouveau projet. Je lui ai parlé de deux histoires qui me plaisaient beaucoup : celle d’Aaron Ralston – que j’ai racontée dans 127 HEURES – et un incroyable thriller intitulé TRANCE qui me paraissait taillé sur mesure pour le scénariste John Hodge, avec lequel j’avais collaboré sur TRAINSPOTTING et PETITS MEURTRES ENTRE AMIS.»
John Hodge : «À travers l’histoire de ces trois personnages, Danny voulait explorer le thème des comportements humains extrêmes. Ils font preuve d’un désir et d’une violence inouïs, mais aussi d’un instinct de conservation et d’une cupidité désespérés. Tous ceux qui travaillent avec Danny Boyle savent qu’il cherche à repousser les limites aussi loin que possible. C’est passionnant pour un scénariste.» Loin de l’atmosphère sombre et détachée de nombreux thrillers noirs classiques, Danny Boyle a eu envie de donner à TRANCE «une dimension émotionnelle», tout en rajeunissant l’image traditionnelle de la femme fatale. Si au début, le film possède toutes les caractéristiques d’un film de braquage, il se transforme rapidement en une oeuvre plus inattendue. Danny Boyle : «Je voulais essayer de renouveler le genre du film noir, sans imiter les classiques ni chercher la référence. Je voulais m’approprier cet univers tout en le modernisant. Lorsque je parle de renouveler le genre, je veux également dire sur le plan émotionnel. Aucun des personnages n’a de plan B, il n’y a ni organisation, ni hiérarchie, ni famille ou structure de soutien : ils sont seuls. C’est pour cette raison que ces films sont toujours liés à l’univers du crime, car les protagonistes agissent toujours seuls, en dehors du cadre de la loi.» John Hodge ajoute : «Nous voulions que les personnages ne soient jamais tout à fait certains de connaître la vérité. Tous doivent presque exclusivement s’en remettre aux dires ou aux actes des autres afin de comprendre la situation. Mais évidemment, tout ce qu’ils racontent ou font n’est que mensonge ou manipulation, et donc forcément peu fiable. Les protagonistes sont prisonniers d’un labyrinthe édifié par eux-mêmes. Leur défi est de trouver la sortie de ce labyrinthe, c’est ce qui fait tout l’intérêt du film pour le public.»

LES PERSONNAGES

Danny Boyle : «Il y a trois rôles remarquables dans ce film, et disposer de trois personnages forts rend toujours l’histoire intéressante. C’est ce que j’ai retenu de PETITS MEURTRES ENTRE AMIS, l’un des films que j’ai faits avec John, dans lequel il y avait également trois rôles incroyables, chacun se battant pour être le personnage principal. Un trio permet de créer une dynamique intéressante car on ne sait jamais vraiment à quel personnage appartient l’histoire. Au début de TRANCE, on pense qu’il s’agit de l’histoire de Simon, alors qu’à la fin c’est plutôt devenu celle de Franck, mais Elizabeth joue également un rôle central.»

JAMES McAVOY (Simon)

L’acteur a immédiatement été séduit par le rôle : «Lorsque j’ai lu le scénario, j’ai été époustouflé par ce thriller psychologique, étonnant et inclassable. J’ai le souvenir d’un scénario très dense et complexe. Lors de l’audition, Danny a été incroyable. J’ai rarement été dirigé de manière aussi intéressante lors d’une audition, ça a été un véritable plaisir et une séance de travail fantastique. Il en a été de même sur le tournage, nous découvrions chaque jour ce script original et audacieux, vraiment stimulant sur le plan artistique. À mon sens, tous les films de Danny sont empreints d’audace et de courage. Il ne s’embarrasse pas des contraintes liées au genre. Lorsqu’il s’attaque à un genre, il est prêt à en repousser les limites, voire à explorer d’autres territoires. Anthony Dod Mantle, le directeur de la photographie, et lui font preuve d’une énergie incroyable, leur enthousiasme et leur détermination sont contagieux sur le tournage. On se demande parfois si telle ou telle scène va fonctionner, si on n’en fait pas trop, mais bien entendu ce n’est pas le cas. L’une des principales qualités de Danny est de dire que pour savoir si une scène va trop loin, il faut la tourner d’abord.» Danny Boyle : «Je pensais que James serait un peu trop jeune pour interpréter le rôle, mais lorsque nous nous sommes rencontrés et que nous avons discuté, j’ai réalisé que le rôle le vieillissait. C’est vraiment fantastique de voir à quel point il a évolué et mûri dans ce personnage. Je voulais que James conserve son accent écossais naturel pour le rôle, et on ne le lui demande pas souvent. Vincent et lui ont pris beaucoup de plaisir à jouer sans se préoccuper de leurs accents. J’aime beaucoup les accents, qu’il s’agisse d’Ewan McGregor, de Cillian Murphy ou de James McAvoy. Je ne sais pas d’où ça vient. Peut-être que j’ai des griefs contre les acteurs anglais ! Toute ma famille est originaire d’Irlande et j’ai eu le plaisir de travailler avec de nombreux acteurs écossais extraordinaires sur mes deux premiers films, et cela m’a de toute évidence marqué.» Le scénariste John Hodge commente : «Simon est sans doute le personnage le plus complexe des trois du point de vue du public. C’est un homme qui a une obsession, une obsession physique, sexuelle. Il a par ailleurs été accro au jeu dans le passé. Ces deux aspects de sa personnalité cadrent mal avec son image de commissaire-priseur respectable de la classe moyenne. Ce sont ces deux vices qui l’entraînent sur une pente sombre et destructrice.»

VINCENT CASSEL (Franck)

Vincent Cassel : «Ce qui m’a plu, c’est que le film commence comme un film classique puis prend une direction totalement différente à la 25ème page. Il est inclassable. On ne peut plus se fier à son jugement car on ne sait jamais clairement qui sont les bons et qui sont les méchants. La situation est fluctuante, elle ne cesse d’évoluer et de basculer du début à la fin du film. Les personnages eux-mêmes évoluent. On se fait avoir dès lors qu’on les juge, car on réalise soudain que la situation n’est pas exactement telle qu’on la croyait.» De Vincent Cassel, Danny Boyle dit : «Il faut garder en tête que, bien qu’il parle très bien l’anglais, les dialogues du film ne sont évidemment pas dans sa langue maternelle, c’est en quelque sorte une espèce de limite naturelle qui lui est imposée. Mais on dépasse cela lorsqu’on le voit jouer. Les acteurs de sa trempe sont rares. Vincent Cassel : «Lorsqu’on a affaire à un bon scénario et un bon metteur en scène, cela facilite énormément le travail de l’acteur. Si le scénario est bien écrit et les dialogues percutants, on n’a pas besoin de les réinventer, il suffit de les apprendre, et lorsqu’on sait qu’on a affaire à un bon réalisateur – comme c’est le cas avec Danny – on y va les yeux fermés. Il tente tout le temps de nouvelles choses. Curieusement, il fait des films très modernes, mais en même temps, comme il est issu du monde du théâtre, sa relation au jeu, aux comédiens en général et même au scénario est très naturelle. J’ai également remarqué que sa mise en scène est toujours très visuelle et très originale, voire excentrique. Mais ce n’est jamais uniquement une question de style, il y a toujours un sens à ce qu’il fait. L’approche visuelle est peutêtre différente et moderne, mais elle sert toujours l’histoire.» Le regard que John Hodge porte sur le personnage de Vincent Cassel permet de comprendre la manière dont Danny Boyle et lui ont imaginé et donné de la profondeur au personnage de Franck : «De prime abord, Franck est un gangster plutôt traditionnel, mais je pense qu’on découvre peu à peu un personnage plus humain, pour lequel on pourrait même éprouver une certaine sympathie. Au fil de l’histoire, il découvre qu’il est plus que le gangster qu’il prétend être.» Pour intégrer le gang de Franck à l’histoire, il a également fallu se détacher des stéréotypes du genre. Le réalisateur et le scénariste voulaient s’éloigner du personnage du gangster londonien contemporain classique. Danny Boyle : «De nombreux films ont exploré cet univers. Nous voulions qu’il y ait un gang dans TRANCE, mais nous ne voulions pas copier Guy Ritchie ou BRIGHTON ROCK. S’il s’agissait d’un film français, le décalage aurait été moindre, car Vincent est bien connu pour ses rôles de gangsters, mais évidemment, pour notre film, il était parfait.» Vincent Cassel déclare en souriant : «Je suis très fier de mon gang, je le trouve très cool !»

ROSARIO DAWSON (Elizabeth)

Danny Boyle : «J’ai toujours imaginé Rosario pour le rôle d’Elizabeth. Je voulais travailler avec elle depuis longtemps. Nous nous étions rencontrés il y a six ou sept ans pour un projet aux États-Unis qui ne s’est finalement pas fait, mais cela ne m’a pas empêché de continuer à la trouver formidable. Elle m’en voudra peut-être de dire cela, mais je pense qu’on ne l’a pas utilisée à sa juste valeur dans ses précédents films. À mon sens, son talent d’actrice n’a pas été pleinement exploité.» À propos d’Elizabeth Lamb, son personnage, Rosario Dawson déclare : «Je n’ai jamais joué quelqu’un comme elle. Bien sûr, j’ai incarné des personnages assez peu sympathiques et j’ai essayé de leur conférer une certaine humanité pour que les gens se souviennent d’eux en sortant de la salle. Dans HE GOT GAME de Spike Lee par exemple, les gens ont détesté mon personnage, mais à la fin du film ils le comprenaient.» «Elizabeth est cependant très différente car elle n’exprime aucun sentiment. On a seulement un indice sur ce qu’elle ressent à travers la manière dont elle se coiffe, tout en retenue ou au contraire, les cheveux détachés – elle est alors très différente, on perçoit une autre facette de sa personnalité. C’est quelque chose de subtil et de totalement implicite. J’ai trouvé sa présence très importante face à ces deux hommes.» Danny Boyle : «J’ai fait beaucoup de films avec de grands rôles féminins, mais d’abord portés par des acteurs : Ewan McGregor, Cillian Murphy, Dev Patel, James Franco ou Leonardo DiCaprio. Ce qui m’a beaucoup plu ici, c’est la présence d’un personnage féminin au coeur de l’intrigue, qui ne doit cette place prédominante qu’à elle-même.» Danny Boyle avait initialement pensé tourner le film à New York et choisir une actrice anglaise pour incarner Elizabeth avant d’opter pour l’idée inverse : il s’agit désormais d’un personnage américain à Londres. Je voulais qu’Elizabeth soit une étrangère, une outsider. Il est essentiel pour l’histoire qu’elle n’ait personne vers qui se tourner et qu’elle ait le sentiment d’être isolée. Le film noir est un genre à part, c’est une sorte de bulle étanche à l’intérieur de laquelle les personnages sont emprisonnés. Il n’y a pas de monde réel que l’on peut soudain contacter au-delà de cette bulle, Elizabeth ne peut donc pas se confier à une mère ou à une soeur qui sortirait de nulle part. C’est pourquoi nous avions besoin d’une actrice qui possède une véritable présence, une femme indépendante qui se suffise à ellemême. » Rosario Dawson a assisté à des cours d’hypnose et a lu attentivement des livres sur l’hypnothérapie et la psychologie. Observer les échanges entre thérapeutes et patients a permis à l’actrice de s’approprier un aspect essentiel de son rôle : le ton autoritaire mais calme d’une hypnothérapeute professionnelle capable de conduire des séances d’hypnose profonde avec Simon, le personnage incarné par James McAvoy. «J’ai rencontré deux hypnothérapeutes et je me suis fait moi-même hypnotiser. Nous avons également fait venir un hypnotiseur pendant les répétitions afin que tout le monde puisse vivre cette expérience. Toutes les personnes que j’ai rencontrées possédaient une assurance qu’on ne voit pas dans toutes les professions. Bien que leurs approches aient été complètement différentes, ils partageaient tous cette confiance totale en eux.» John Hodge : «Je pense qu’Elizabeth est une femme qui a vécu une histoire douloureuse et qui est déterminée à ne plus jamais revivre ça. C’est pourquoi elle utilise toutes ses compétences et tous ses talents pour manipuler les hommes, afin de prendre sa revanche, en quelque sorte.»

LE TOURNAGE

À l’été 2011, le scénario était prêt, les acteurs avaient été choisis et le financement était en place. Il est pourtant devenu évident que la production devrait faire face à certains problèmes de calendrier assez complexes. Danny Boyle s’était déjà engagé à mettre en scène la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Londres en juillet 2012, un projet de taille qui nécessiterait toute son attention au cours de la première moitié de l’année. Le réalisateur avait le temps de tourner TRANCE à l’automne 2011, mais cela ne lui laissait pas assez de temps pour achever le montage, travailler sur la musique, le mixage son et l’étalonnage du film avant les Jeux Olympiques. Danny Boyle : «Je me suis dit que si je ne m’occupais que des J.O. pendant deux ans, j’allais devenir fou et me transformer en un membre du comité d’organisation. Lorsqu’on travaille sur un projet de cette envergure, on doit être présent à chaque instant, mais nous avons eu la chance que le Comité International Olympique (CIO) nous accorde quelques congés. Je m’étais déjà engagé à mettre «Frankenstein» en scène au National Theatre en 2010 et nous avons saisi l’occasion pour réaliser TRANCE en 2011. Ces deux projets prouvent combien célébrer la nation au quotidien peut faire naître en vous des idées sombres !»

La photographie

Pour mettre au point le style visuel et l’atmosphère du film, Danny Boyle a fait appel à son collaborateur de longue date, le directeur de la photographie Anthony Dod Mantle. «Ce doit être mon sixième film avec Danny. Nous savons comment travailler ensemble, nous avons notre méthode. Nous discutons généralement de quelques mots clés, de quelques émotions ou points précis du film avant le début du tournage. Sur 127 HEURES par exemple, il s’agissait avant tout de montrer la poussière et l’aridité du décor, et de placer le spectateur dans la même situation désespérée que James Franco. En revanche, dans SLUMDOG MILLIONAIRE, les personnages étaient sans arrêt en train de courir !» «Nous avons visité de nombreux lieux de tournage potentiels. Nous avons arpenté Londres de long en large, et c’est là que s’est fait l’essentiel de la préparation. Chacun des films que nous faisons possède sa propre palette de couleurs, son propre abécédaire. En ce sens, TRANCE n’a pas été différent. Il fallait que nous transmettions cette idée de «transe» sans être trop explicites quant à la définition et au sens de cet état, car il appartenait au film de répondre à cette question.» «C’est drôle parce que Danny et moi nous sommes vus quelques semaines avant le tournage, et à cette occasion, il a qualifié TRANCE de “petit film”, ce qui est hilarant étant donné que pour lui, tous ses films sont des “petits films”. Mais je suppose que c’est le cas comparé à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques, cela devait avoir une ampleur colossale !» Danny Boyle souhaitait que la ville dans laquelle se déroule l’histoire puisse passer pour n’importe quelle grande ville européenne, sans nécessairement insister sur l’aspect typique de Londres. Danny Boyle : «J’adore tourner à Londres, j’essaie toujours de filmer cette ville de manière originale si possible, en choisissant des lieux un peu surprenants. C’est une ville qui change très rapidement, surtout à l’Est. Mais Londres ne tient pas un rôle de premier plan dans ce film, contrairement à 28 JOURS PLUS TARD où elle occupait une place centrale au début du film. Anthony et moi essayions sans arrêt des choses différentes. Nous avons abordé TRANCE avec un style plus classique que celui que nous avions adopté dans 127 HEURES ou SLUMDOG MILLIONAIRE.»

Les décors

Christian Colson : «Mark Tildesley, notre chef décorateur, a fait un travail fantastique pour donner vie aux lieux de tournage et aux décors. Il a conféré une atmosphère sombre et noire à cette ville dans laquelle se produisent des événements terribles. L’éclairage d’Anthony a également joué un rôle crucial. Chacun contribue non seulement à créer l’esthétique du film, mais également son ambiance.» Travailler avec Danny Boyle et Anthony Dod Mantle sur TRANCE s’est révélé être une expérience difficile, mais également enrichissante pour Mark Tildesley. À propos du choix des lieux de tournage, il déclare : «Danny voulait s’amuser avec le film, le rendre percutant et divertissant, et jouer avec l’idée de dérouter le public pour qu’il ne soit jamais totalement certain de savoir si ce qu’il voit provient de l’inconscient d’un personnage ou si c’est la réalité. Il voulait également éviter que la ville de Londres ne soit trop présente. Il voulait créer un univers captivant. Nous avons tourné à l’Est de Londres, entre Canary Wharf et les docks de Tilbury. Il y a beaucoup de lieux qui n’ont jamais été utilisés au cinéma dans ce coin. Nous avons simplement laissé de côté tout ce qui était conventionnel ou ennuyeux.» L’équipe a trouvé l’appartement de Simon dans les Elektron Towers, à l’Est de Londres, des immeubles de standing récents dominant la Tamise et le quartier de Canary Wharf. Le chef décorateur commente : «C’était un choix inhabituel. L’appartement n’est pas particulièrement beau, mais il sort de l’ordinaire, ce n’est pas ce qu’on a l’habitude de voir. Danny voulait qu’il habite un appartement avec du caractère, qui possède une vue extraordinaire sur Canary Wharf, sur la Tamise et l’O2 Arena.» À propos du réalisateur, Mark Tildesley déclare : «Il a le don de prendre le contrepied de ce à quoi on s’attend. Lorsqu’on pense aller dans une direction, il propose quelque chose de totalement différent. On se prend à penser que c’est un peu étrange… mais absolument fantastique ! La très classique Harley Street, par exemple, constitue l’univers d’Elizabeth. On comprend donc qu’elle gagne très bien sa vie, qu’il ne s’agit pas d’un petit boulot qu’elle fait depuis chez elle. Elle a pignon sur rue, mais sa vie n’est pas très animée. Chez elle, il n’y a ni photos, ni signes de relations amoureuses ou amicales, ce qui est assez inhabituel. Il y a quelque chose d’un peu mystérieux chez cette femme, on la croirait tout droit sortie d’un film de David Lynch. Danny voulait que nous trouvions le moyen d’exprimer la personnalité d’Elizabeth à travers son appartement. Nous avons donc utilisé cet extraordinaire couloir en plexiglas jaune. Il est d’ailleurs intéressant de noter que, si le jaune est considéré comme un symbole de noblesse et de vertu en Asie, en Occident, c’est la couleur de la trahison et de la duplicité.»

Le son

Danny Boyle a accordé une importance toute particulière au son et aux voix pour TRANCE. Au cours de ses recherches, l’équipe a découvert que le timbre de la voix d’un thérapeute jouait un rôle primordial pour plonger le patient dans un état d’hypnose. Le réalisateur explique : «Il est très rare dans un film que les mots soient à l’origine des images, qu’ils en deviennent véritablement le langage visuel, mais j’ai expliqué à Simon Hayes, le preneur de son, qu’il fallait qu’il soit très rigoureux et qu’il crée un espace parfaitement hermétique dans lequel les personnages puissent jouer ensemble sans pouvoir compter sur autre chose qu’eux-mêmes.» «Nous voulions créer un paysage sonore à l’intérieur de cette bulle. Le son que Simon a enregistré est d’une telle qualité que j’ai pu mettre ce que je voulais dessus, il y a cette magnifique voix-off sur laquelle on peut ajouter n’importe quel élément. La voix est un élément central dans cette histoire.» 

Le montage

Jon Harris : «Danny tourne ses films comme des documentaires. Il fait en sorte de tourner autant de plans que possible afin de pouvoir ne conserver que les meilleurs pour la scène. Même si certains ne fonctionnent finalement pas, il essaye d’aborder la scène de la manière la plus variée possible. Ensuite, c’est à moi de réagir en fonction de ce qu’il me fournit. Ce qui compte pour Danny, c’est l’énergie, il n’a pas peur de prendre des risques lors du tournage pour dénicher ces moments qui naissent de l’innovation pure. Cela signifie que nous avons beaucoup de matière première à trier, et c’est généralement pour cette raison que le tournage dure deux mois, alors que le montage, lui, en dure six.» Aux prises avec trois personnages forts capables de tout pour capter l’attention du spectateur à chaque instant, Jon Harris a dû prendre les décisions permettant de trouver un équilibre entre eux. «Cela se fait au fur et à mesure. Je ne pense pas dévoiler de secret en disant que la plupart, si ce n’est la totalité, des acteurs ont besoin d’éprouver de la compassion pour leur personnage, même lorsqu’ils interprètent quelqu’un de malveillant. On distingue alors l’être humain derrière le rôle, et la raison qui pousse le personnage à avoir ce comportement destructeur. Avec TRANCE, certains personnages ont pris le dessus au cours du montage.» «Mais c’est en testant le film sur le public que l’on obtient les retours les plus intéressants. Nous le montrons aux gens et mesurons leurs réactions car elles sont primordiales. Chaque projection provoque des réactions différentes, mais certains fils conducteurs ressortent néanmoins et cela nous permet alors de mettre l’accent sur certains aspects.» «C’est un peu comme pour réussir un gâteau : il faut avoir autant de bons ingrédients que possible. Si on oublie un ingrédient essentiel, c’est tout le gâteau qui est raté. C’est pourquoi nous avons créé plusieurs versions différentes afin de tester l’alternance entre les scènes de pleine conscience et celles de transe par exemple – certaines marquaient une vraie différence entre les deux états, d’autres étaient plus ambiguës. C’est un processus interactif qui nous sert à définir quels sont les ingrédients qui fonctionnent auprès du public.»  

La musique  

Le réalisateur Danny Boyle a contacté Rick Smith, son collaborateur de longue date et membre du groupe Underworld, au début du mois de septembre 2012, après avoir passé plusieurs mois à travailler avec lui sur la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques. Le duo avait également collaboré sur LA PLAGE, «Frankenstein», la pièce mise en scène par Danny Boyle et couronnée aux Lawrence Olivier Awards, mais également sur TRAINSPOTTING, dont la chanson d’Underworld, «Born Slippy», est devenu l’hymne officiel de la scène électro entre 1995 et 2000 après son succès dans la bande originale du film. Rick Smith se souvient : «Danny m’a envoyé un drôle de message une fois les Jeux Olympiques terminés. Il disait quelque chose comme : “Tu ne voudras sans doute plus jamais retravailler avec moi après l’expérience que nous venons de traverser, mais est-ce que ça te dirait de prendre part à TRANCE ?” Cela fait vingt ans que nous travaillons ensemble par intermittence, je connais donc très bien Danny. Ça n’a pas été difficile d’accepter.» Le musicien a regardé un montage du film début septembre 2012 et s’est mis à composer la trame musicale du film. Rick Smith : «Il veut être surpris, et c’est quelque chose de fantastique pour un artiste. Je ne connaissais pas le script, j’ai donc abordé le projet de manière complètement originale.» «Danny aime mettre la main à la pâte. C’est également un grand amateur de musique, le rythme est quelque chose de très important à nos yeux. Il s’intéresse à tous les aspects qui font qu’une histoire fonctionne. Grâce à nos précédentes collaborations, nous savions comment travailler ensemble sur ce film. Je lui soumets des idées, des ébauches de morceaux et des commentaires sur les scènes où je pense que la musique soutiendra et appuiera l’histoire. Nous nous sommes vus régulièrement pour que je lui joue des morceaux et que nous en discutions. Le reste est plus complexe.» Rick Smith avait déjà collaboré avec l’auteure-interprète Emeli Sandé pour les Jeux Olympiques où elle avait chanté deux titres : «Heaven» et «Abide with Me». Les paroles des chansons d’Emeli Sandé et son timbre de voix lui ont fait penser au personnage de Rosario Dawson dans TRANCE, il a donc tenu à ce qu’elle prenne part à deux morceaux particuliers de la bande originale.  

LE TRÉSOR DE GOYA  

Danny Boyle : «Francisco de Goya est considéré comme le père de l’art moderne parce qu’il peignait des vues de l’esprit. Pendant plus d’un siècle, les peintres ont préféré représenter la manière dont ils voyaient le monde plutôt que ce qu’ils avaient réellement sous les yeux. Dans Le vol des sorcières, on peut voir un homme qui se cache sous une couverture, et pour moi il s’agit clairement du personnage de James, Simon.» John Hodge commente : «L’oeuvre de Goya recèle une grande violence. Je trouve que cela se prête parfaitement à l’histoire de TRANCE. Le vol des sorcières illustre à merveille cette sensation de contrôle surnaturel qui plane sur le film. Je pense que chacun des trois personnages se retrouve à agir contre sa propre volonté à différents stades de l’histoire. Tous sont, à différents moments du film, pris au piège de situations où l’on a l’impression que des esprits planent au-dessus d’eux.» Christian Colson : «Pour notre histoire, Goya présente également l’intérêt d’être à l’origine de certaines innovations dans la manière de peindre les nus de femmes et les corps. Avant lui, ils étaient idéalisés et débarrassés de toute imperfection. Il a été le premier à peindre la nudité telle qu’elle était.» Déterminé à conserver la beauté et le grain de l’oeuvre originale, Danny Boyle a demandé à son équipe artistique de lui fournir une copie qui ait l’air authentique. Le chef décorateur Mark Tildesley explique : «Danny voulait qu’elle ait la richesse d’un tableau classique. Il ne voulait pas d’un Hockney ou d’un Bacon, ou de quoi que ce soit de ce style. Il voulait une toile qui possède la beauté d’un Caravage tout en étant hors du commun. C’est le cas des tableaux de Goya, qui est un précurseur d’une certaine manière, avec ses oeuvres extraordinaires.» «Nous avons choisi Le vol des sorcières car c’est un tableau original et étrange, qui représente une personne soulevée dans les airs par trois sorcières affublées de chapeaux pointus qui s’élèvent dans le ciel comme dans un rêve, et sous elles se trouvent trois personnages. Il y a un âne, qui symbolise la folie ou la bêtise. Il y a l’homme qui ne voit rien, qui court la tête recouverte d’un linge, et enfin, il y a un personnage allongé par terre en train d’agoniser, les mains sur les oreilles. Cela nous a semblé être le tableau idéal pour le film.» «Je pense que le public, moi y compris, est toujours un peu stupéfait de voir les sommes d’argent incroyables qui circulent sur le marché de l’art. Elles n’ont souvent rien à voir avec l’art en lui-même, il s’agit plutôt d’une question de statut pour l’acheteur. Un tableau vaut souvent beaucoup d’argent uniquement parce qu’il a précédemment été vendu très cher et que cela a défrayé la chronique. Récemment, un Giacometti s’est vendu à 100 millions de dollars, alors qu’il ne s’agit pas là de son oeuvre la plus significative ou la plus connue. Le marché de l’art devient un cirque au sein duquel les acheteurs surenchérissent pour asseoir leur position dans la société.»
  
L’HYPNOSE POUR TRAQUER UN SECRET  

Danny Boyle : «Le travail d’un bon hypnotiseur n’a rien d’un tour de magie, il ne s’agit pas de vulgaires tours de passe-passe à grand renfort d’effets de lumière. Lorsqu’une personne perd la vue lors d’une séance d’hypnose, elle est véritablement aveugle. Puis l’hypnotiseur lui rend la vue, et on s’interroge alors sur le fonctionnement de cette méthode. C’est vraiment fascinant. Comme le fonctionnement de l’esprit est un thème particulièrement intéressant à explorer dans le film, nous voulions aborder un certain nombre d’idées sur le sujet. Nous traitons notamment des concepts de la conscience et de l’inconscient, ainsi que de leurs interactions. Chacun pense être parfaitement maître de lui-même. Nous pensons par exemple contrôler ce que l’on s’apprête à dire, mais c’est illusoire.» Le producteur Christian Colson partage cet avis : «Ce que nous voulions montrer avant tout, c’est que le monde dans lequel nous évoluons, confiants dans nos certitudes, n’est d’une certaine manière qu’une illusion, que nos sens ne sont pas aussi fiables qu’on aimerait le croire, et que la distinction rassurante que l’on fait entre le réel et l’imaginaire est souvent fausse.» Les cinéastes ont fait appel au professeur David Oakley, psychologue clinicien et chercheur à l’University College de Londres, en tant que consultant et spécialiste de l’hypnose. Il a également mené des recherches à l’Institut de psychiatrie de Birmingham, utilisant notamment l’imagerie par résonance magnétique (IRM). Le professeur Oakley a tout d’abord résumé l’histoire de l’hypnose et exposé les différentes avancées dans ce domaine à l’attention de l’équipe du film, afin que tous comprennent les limites de cette pratique. David Oakley : «De Mesmer à Charcot, en passant entre autres par Elliotson, nous avons passé en revue un certain nombre de techniques que l’on voit dans le film, comme la mise en place d’indices, les suggestions post-hypnotiques ou pendant l’hypnose, les cheminements permettant de retrouver des souvenirs, ainsi que la manière dont tout cela est mis en oeuvre par un psychologue spécialisé. J’ai également évoqué une expérience sur laquelle j’avais travaillé avec mon équipe à propos de la douleur déclenchée par hypnose, elle est d’ailleurs assez similaire à certaines scènes du film dans lesquelles Simon ressent une douleur induite par hypnose à chaque fois qu’il est en présence d’une image donnée.» «Nous avons enregistré l’activité cérébrale d’une personne sujette à une douleur réelle, puis celle d’une personne sous hypnose à qui l’expérience de cette même douleur était simplement suggérée, et avons démontré qu’elles étaient très proches. Cela indique que l’hypnose provoque une véritable activité cérébrale, il est donc tout à fait plausible que le personnage de Simon ressente une douleur bien réelle sous hypnose, comme c’est le cas dans le film.» À propos des fondamentaux de ce domaine médical, le professeur Oakley ajoute : «L’hypnose est en pratique basée sur deux piliers. Premièrement un état hypnotique, semblable à un état de transe, que l’on obtient en focalisant l’attention du sujet sur ses pensées et ses idées. Il s’agit néanmoins d’un état de vigilance. L’hypnose n’a rien à voir avec le sommeil et ne nécessite pas d’être détendu. On confond parfois hypnose et relaxation. Il n’est pas nécessaire d’être relaxé pour être sous hypnose, bien que cela puisse permettre d’atteindre un état de profonde relaxation. L’hypnose ressemble beaucoup à un rêve éveillé ou à l’état dans lequel on se trouve lorsqu’on lit un bon roman ou que l’on regarde un bon film.» «De ce point de vue, ceux qui arrivent facilement à se mettre dans la peau d’un personnage, comme les acteurs, qui cherchent à éprouver de l’empathie avec les émotions et les pensées d’autrui, ont en partie recours à des techniques proches de l’hypnose pour s’immerger dans leurs personnages. À cet état de profonde concentration vient ensuite s’ajouter la suggestion, qui est le biais par lequel on provoque le phénomène de l’hypnose.» Le professeur Oakley déclare : «Une bonne partie du film est consacrée à la recherche de souvenirs et à l’idée qu’il est possible, sous hypnose, de se représenter un souvenir comme une sorte de tiroir que l’on peut ouvrir et examiner en toute sécurité. Ainsi, la manière dont Simon stocke ses souvenirs comme sur son iPad lui permet d’y accéder de manière plus sûre, car le patient a la sensation de pouvoir ainsi légèrement s’en distancier. C’est une technique très fréquemment utilisée en hypnothérapie.» «L’hypnose permet au thérapeute de faire emprunter à son patient un trajet imaginaire qui lui permet d’identifier ce qui s’oppose à son bien-être mental.» «Certaines personnes utilisent des méthodes dites indirectes, c’est-à-dire sans véritable procédure formelle mais simplement en orientant la discussion vers certains sujets qui intéressent le patient, ou vers certaines expériences qu’il a pu faire au cours de sa vie, et qui se rapprochent de l’état de transe. C’est une manière d’enclencher en douceur le processus.» «Un des éléments importants de l’histoire du film est la manière dont on procède pour induire des suggestions posthypnotiques. La manière de traduire les expériences sous hypnose du point de vue individuel au point de vue collectif en était un autre. Ceux qui pratiquent l’hypnothérapie sont en général des psychologues, des psychologues conseils, des psychologues cliniciens… Ils ont donc reçu une formation initiale en psychologie, à laquelle ils ont ensuite ajouté la pratique de l’hypnose. Il s’agit d’une compétence qui vient en compléter d’autres. Ce sont de plus des thérapeutes qui se forment pendant de nombreuses années.» Danny Boyle conclut : «L’histoire de TRANCE est une fiction, mais nous voulions cependant qu’elle soit ancrée dans la réalité. Bien que les méthodes d’Elizabeth ne soient pas toujours très éthiques, elles sont néanmoins crédibles d’un point de vue clinique. Pour les 5 % d’entre nous qui sont particulièrement influençables, ou «virtuoses», d’après le terme qu’emploient les spécialistes, c’est assez inquiétant !»   





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